2009 - À vélo couché du Kazakhstan à l'Inde



Avril à Décembre 2009

 

Ce périple est le second d'une série de trois, entre lesquels nous sommes rentrés pour de courtes périodes en France. Je l'ai effectué avec Michel Courtet. Le but ultime de cette traversée de l'Asie était d'aller prendre le transsibérien à Vladivostok, en extrême-orient russe, pour rentrer à Moscou. Au total 44500 km en 28 mois. La partie 2009 a duré 8 mois. Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Chine, Pakistan, Inde, Népal, puis de nouveau l'Inde nous ont successivement ouvert leurs portes. 

Ci dessous l'itinéraire global où seuls apparaissent en rouge les tronçons réellement pédalés. Suit le récit tel qu'il avait été écrit à l'époque dans le blog. Enfin en bas de page, les renseignements pratiques, formalités, chiffres, bilan matériel. Les cartes détaillées du tronçon 2009 sont disponibles dans la galerie photos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jour J-2

 

C'est la dernière mise à jour avant le grand départ, dans deux jours.

Et Bernard Ollivier a écrit : "Le plus difficile, dit-on, est de partir. Mais repartir est pire encore."

Je ne sais pas. Dans deux jours nous reprendrons la route, la route des airs dans un premier temps, puis la vraie route, celle qui nous obsède, nous enchante et nous inquiète, celle qui nous verra transpirer, rire et suer. Nous verrons l'état de cette route mais elle, verra...notre état d'âme.  

Est-ce plus ou moins speed que l'an dernier ? Difficile à dire. Nous sommes détendus et on dort du sommeil du juste. Comme l'an dernier, la pression est complètement tombée ces derniers jours. Nous partons sereins. Nous ne sommes pas en retard dans nos préparatifs, tout va bien. Nos sacoches sont finalement arrivées par la poste vendredi dernier, rouge et noires, imperméables, un peu plus grandes, plus voyantes, super. Nos passeports aussi sont revenus, il y a deux heures, de Paris. Dessus, il y a deux nouveaux autocollants, un concernant le Pakistan et un second concernant la Chine. Nous sommes en ordre et c'est un gros soulagement que d'avoir tout avant de partir car les dernières réponses à mes questions sur les forums ne sont pas très encourageantes en ce qui concerne le fait de faire faire les visas au fur et à mesure dans les pays d'Asie Centrale.  Nous allons pouvoir pédaler, rencontrer, voyager, découvrir, sans autre souci que celui de pédaler, rencontrer, voyager, découvrir. 

L'Internet est en ordre pour mes parents, nous avons nos traveller's chèques et du liquide, le transfert du courrier et procuration postale (pour les recommandés éventuels) sont en ordre aussi. Michel a ratiboisé mardi, et puis j'ai fini par couper mes cheveux, ce matin, et j'ai carrément peur de choper la grippe. Si vous amenez la souris sur la photo vous verrez "avant" et "après", si si.  Quand j'ai vu toutes mes boucles qui gisaient sur le carrelage du salon de coiffure, j'ai pensé qu'on pourrait presque les coller sur le crâne presque chauve du monsieur qui passait derrière moi et qui m'a tout de même demandé si "c'était tout à moi" ! "Oui c'était !"

Les plantes vertes sont parties en vacances chez mes parents hier. Les jardiniers qui vont éviter de laisser notre lopin de terre en friches sont passés aussi, ils assureront la tonte de la pelouse. Un journaliste de l'Est Républicain  est venu pour faire un article concernant notre re-départ, qui paraîtra dans les jours qui viennent. Cet après midi je dois scanner nos passeports et tous les visas, en sortir une ou deux copies et puis plastifier le plus important. Ca va bien m'occuper.

Mon Dragon est en cage, tout emballé. Nous avons démonté le siège, ôté la chaîne, le dérailleur arrière, le porte bagages, les deux pédales. Toutes ces pièces vont prendre place dans les sacoches qui arriveront limite à 20 kilos. Nous avons ensuite démonté le guidon, bloqué la direction, scotché, mis du papier bulle et un carton par dessus, tout en laissant les 15 cm du bas visibles et accessibles, ce qui nous permettra de pendre les vélos dans le TGV et de les faire rouler entre la gare TGV et le terminal de l'aéroport. Ainsi débarassés d'un maximum de leur poids, les vélos ne devraient pas nous coûter trop cher d'acheminement. On verra. Notre caisson nous servira de bagages de cabine, on les a blindé en poids car ils sont rarement pesés. 

Les coups de fil et les mails n'ont jamais été aussi nombreux, ça fait comme l'an dernier. Quand à nous, ça nous fait un peu bizarre  de quitter les gens en leur souhaitant de bonnes fêtes de fin d'année !!

Que dire de plus en ce jour très pluvieux, le premier depuis si longtemps. 

Inch'Allah !

 

La steppe, la steppe, la steppe.

 

Bonjour a vous.

Eh bien voilà, nous y sommes. Le voyage s'est bien passé, pour nous comme pour les vélos et c 'est déjà pas mal. A l'escale a Kaliningrad, pas de problème, on était bien en Russie et on n'en est pas vraiment sortis. A Astana, il faisait beau, nous nous sommes installés dehors pour remonter nos bécanes et quatre heures plus tard on enfourchait les engins direction la nouvelle capitale et ses tours de verre dans tous les sens. Premier constat : c est tres fliqué et il faut faire très gaffe à ne pas faire la moindre infraction même en temps que piéton. On s'y fait ! Le temps de faire des courses pour trois jours, du change, le plein d'essence pour le réchaud, trouver internet et nous décidons de dormir dans la ville pour bien récupèrer et  de ne nous attaquer à la steppe que demain.

La steppe, la steppe, des lignes droites à n'en plus finir avec rien de chaque coté et la route qui file avec bien sûr à côté la ligne électrique, les alignées de poteaux...Nous avons le vent dans le nez et je pense que ce sera comme ça pendant 1200 bornes. Il y a encore de la neige dans les talus et le vent est froid, mais nous sommes jurassiens eh eh ! Il gèle toutes les nuits mais la journée le soleil brille sauf quand il pleut et que ce qui n'est pas asphalté se transforme en un innommable bourbier où l 'on arrive même à mettre tellement de boue en trois mètres que les roues ne veulent plus tourner ! Nettoyage des vélos : 2 heures, repas du soir dans la tente, galère. Heureusement le lendemain il fait beau et nous voici réconciliés avec la vie !

Les ravitaillements sont rares, nous sommes a Karaganda, première ville sur notre route, nous avons fait 230 km sans rien ou presque et la suite s'annonce encore beaucoup plus déserte, les steppes de la faim que ça s'appelle ! Alors on a fait des provisions.

Les Kazakhes ne sont pas indifférents mais pas plus intèressés que ça. Ils sont assez froids, comme le climat et rude, comme le vent, comme la steppe. Ils roulent allemand et portent casquette. Ils ne sont pas désagréables, nous n avons eu que quelques contacts, nous avons beaucoup de signes et avons du répondre à deux longues interviews dont une à paraitre dans un journal d'Astana dont nous devrions avoir copie, ça a duré une heure, avec interprête, photographe et dictaphone, ouah ! les stars !

La prochaine connection internet risque d être Almaty, dans 1050 bornes à lutter contre le vent alors pas de souci.

Voilà, nous avons encore du taf aujourd'hui, il est 11 heures du matin et nous devons avancer. J'essaie de mettre des photos dans cet article et à bientôt !

 

 

La steppe à l infini.

 

Bonjour.

La plaine au nord et jusqu' à Karaganda, est cultivée, un des greniers à blé de l'ex URSS, mais au sud de cette ville, il n'y a plus rien. 400 km nous séparent de Balkash, où nous trouverons notre prochain magasin. 400 km debout contre le vent, à se battre pour avancer à 11 ou 12 km/h le long d interminables lignes droites, à se battre pour trouver un endroit où planter la tente et se préserver la moindre, à se battre pour que le réchaud nous soit utile et à croiser les doigts toute la nuit pour que les coutures tiennent le choc. Il y a eu quelques instants magiques : nous étions allongés, il n'y avait pas de vent ( ca n'a duré que quelques heures), j'avais  Pink Floyd dans les oreilles, il y avait du vent dans le casque et il y a eu comme une cavalcade, un drôle de rythme, on a réagi les deux en même temps, un troupal de chevaux au galop, sortis de nulle part, allant vers ailleurs. Il y a eu le café au bord de la route où on nous propose de l eau chaude pour nous laver la tête, et tous les signes, les pouces en l air ... une invitation au restaurant par un inconnu très honoré.

Balkash, le lac, les gens sympas encore, Slava qui nous dégote un hébergement où nous sommes seuls, avec cuisine et une pièce pour les vélos, ca tombe bien car il y a des réparations de crevaisons a faire. Le lendemain nous rattaquons contre le vent, on roule toute la journée pour faire 80 km. On construit un mur avec des pierres et des briques, des pneus, tout ce qu on trouve a proximité, pour nous barricader du vent. Il faut réfléchir à deux fois à la manière de s y prendre pour monter la tente. Le lendemain matin,  le vent est toujours aussi fort et en plus il pleut. Prochain café à 75 km, si nous n y arrivons pas, nous n aurons pas assez d eau. Les gerbes de flotte que les camions envoient, les écarts que les bourrasques nous font faire nous découragent. STOP. Le second camion s arrête et nous emmène. Il va  à Almaty mais nous ne ferons que 230 km avec lui. Dans la cabine, Desireless et Boney M nous font sourire, le type est extra, déçu de nous déposer si loin d Almaty, il voulait nous payer à manger au restaurant. Le long du lac Balkash, les poissons sèchés attendent preneurs au bord de la route, sur des étalages rouillés, à la poussière ... Balkash-Almaty : 640 km sans une ville, sans une bourgade, juste un café tous les 100 bornes.

Mais la steppe est devenue plus accueillante, plus hospitalière. D abord la couleur qui est passée du gris au vert puis l herbe s est faite plus haute, puis il y a eu les explosions des tulipes jaunes, des miosotys bleus et des coquelicots rouges. La température est devenue plus clémente, on peut manger ailleurs que pliés en quatre sous la tente. Le vent est toujours là, le jour. Il se lève et se couche en même temps que nous et on l a toujours de face. Nous arrivons à trouver un ravitaillement en eau par jour. Parfois, des automobilistes nous laissent une bouteille d eau gazeuse : le luxe suprême. Certains s arrêtent parce qu ils nous ont vu dans le journal a Astana. Même si les conditions sont pénibles, en faisant signe au bord de la route, ils s arrêteraient et c est très rassurant. Ils ne nous serrent pas, on a de la place sur cette route indiquée comme une autoroute mais qui n est en réalité qu une route de campagne très déformée où la circulation est très tranquille, composée essentiellement de poids lourds et de grosses berlines, 4x4 ou monospaces de marque allemande.

Pour camper, impossible de se planquer, même en s écartant de trois kilomètres, on dépassera toujours. On cherche le moindre creux, un tas de terre ou un talus et on s installe derrière, parfois à trois mètres d un nid de scorpions. C est surprenant mais c est vrai, j ai levé une pierre pour m en faire un siège et dessous, quatre de ces bestioles se sont enfuies dans un trou, des scorpions blancs. J ai laissé retomber la pierre brutalement : ça surprend. Autre animal qu on croise beaucoup : les tortues. Je les préfère aux scorpions bien qu une tortue écrasée par un poids lourd, ce ne soit pas très jojo à voir. 

En approchant Almaty, jour après jour, nous avons vu se dessiner des montagnes, puis des villages se sont faits de plus en plus fréquents ainsi que les invitations  à manger qui vont avec.Chez certains, on a mangé, on s est fait photographier avec toute la famille, ils nous ont offert un chapeau kazakhe et un foulard, une bouteille de limonade russe et en plus, ils nous remercient d avoir bien voulu manger avec eux. C est du miel pour le pain dur. On a dormi une nuit dans un campement nomade, roulotte, troupeau de 200 dromadaires qui viennent boire juste a côté, dromadaires bien laineux. Dans la roulotte, la lumière, la TV, la chaleur, groupe électrogène à proximité, encore une soirée mémorable.

Puis nous sommes arrivés au pied des montagnes, près d Almaty, il y a eu des champs cultivés, des arbres, des yourtes restaurants au bord de la 4 voies, la circulation dense, la banlieue, et la ville. Nous sommes arrivés à bout des steppes de la faim et malgré tout ce que j ai pu écrire ci dessus, ce sont les bons souvenirs qui resteront.

Le Kazakhstan, ce sont 15 millions d habitants sur un territoire grand comme 7 fois la France. On s y sent en parfaite sécurité, les gens sont plutôt froids au premier abord, réservés, mais leur porte s ouvre rapidement et ensuite c est du bonheur, pas de chichi ni de superflu, y a pas la place.

On a 1150 km au compteur et nous sommes installés en ville pour quelques jours au troisième étage d un établissement un peu lugubre. Les coupures générales de courant sont fréquentes et longues. Nous nous octroyons quelques jours de repos en touristes normaux avant de reprendre la route. Maintenant ce sont des montagnes qui nous attendent... et pas des moindres. Nous sommes em forme, pas fatigués, pas marqués à part par le soleil de ces derniers jours. Au sud d Almaty, juste à la sortie de la ville, les premiers contreforts des Tian Shan culminent a plus de 4000 m d altitude. La limite de la neige se situe vers 2500-3000 m> 

Il nous aura fallut une semaine pour nous remettre dans le coup, reprendre le rythme, être en voyage, mais là nous sommes bien. Les premières photos sont dans la galerie et notre parcours dans #ou sommes nous ?#. 

Chao

PS : juste avant Almaty, nous avons fait le détour par un village dont le nom nous interpellait : Uzinagash. Vous ne devinerez jamais ce qu on y a vu ...

 

 

Almaty-frontière kirghize.

 

Bonjour à vous,

Trois jours maussades pour notre étape à Almaty, du coup ce fut vraiment repos. Bon, on est quand même allés voir la ville depuis le sommet de la colline et la patinoire célèbre de Medeu, où s entraînaient les champions soviétiques. De là on a fait une petite rando dans les montagnes mais c est vite limité car à 2200 m il y a de la neige. Almaty regorge de jardins, d espaces verts, c est agréable. Elle possède aussi quelques bâtiments à l architecture très carrée, béton, pas franchement esthétique. A Almaty, il y a un flic à chaque croisement et ils ne tournent pas les pouces, ils sont là pour verbaliser et ne  s en privent pas, c est impressionnant. 

Depuis que nous avons quitté Almaty, nous n avons eu que de bonnes conditions météo et le paysage est un vrai régal. C est énorme. Les sommets sont enneigés partout mais les collines au pied sont bien vertes et les troupeaux sont sortis. En route nous avons visité deux sites majeurs du Kazakhstan : le canyon de la rivière Sharin et les lacs Kolsay. Le canyon est au bout d une piste de 12 kilomètres style tôle ondulée. Résultat : un implant dentaire qui s est barré. Ca te secoue jusque dans le cerveau, c est inimaginable. Au retour j ai serré les dents mais il faut que j aille chez un dentiste pour le faire recoller mieux... A part ça, les détours valaient le coup. De là nous avons fait pour ainsi dire 4 jours de piste, plus ou moins bonne, plutôt moins que plus, des grands bouts à pousser les velos dans la caillasse. Sur 40 bornes, un quart a pied, une moitie sur le vélo et le dernier quart en marchant, cherchez l erreur. Sur la carte pourtant, c était marqué goudron, axe secondaire, juste après l axe principal dans la légende. 

Et puis il y eut la frontière kazakho-kirghize, le 11 mai, jour de sainte Estelle, bonne fête, si si , on y a pensé. Nous étions sur un axe principal cette fois ci. 10 km de piste infâme d un côté et 70 de l autre, t y crois pas. Ici au milieu, au centre d une grande et belle vallée, à près de 2000 m d altitude, il y a deux roulottes et un bâtiment en dur. Sur la route trois barrieres rouge et blanche qui s ouvrent les unes apres les autres, a la main. Dans le batiment, la police nous fait remplir le papier d immigration dans un bureau où David Bowie, Aha, et d autres du même style crachent leur tube.C est complètement surréaliste et plutôt marrant. Nous restons plus d une heure à papoter avec le personnel et un couple d allemands déjà rencontrés plus tôt, et avec qui, plus loin, nous partagerons un repas, installés dans des pliants, ô luxe suprême, qu ils nous mettent à dispo pour l occase. D ailleurs, nous aussi, nous sommes complètement surréalistes avec nos engins révolutionnaires, casques profilés et lunettes noires sur ces pistes paumées qui sillonnent le paysage immense où il y a au moins cent fois plus de chevaux que d hommes.

Nous faisons des bivouacs de rêve, sauf quand la Militsia nous fait déménager, vers 20 heures, pour notre sécurité, parce que dans le village voisin il y a quelques perturbateurs et qu une habitante prévenante ( chez laquelle on dormira finalement), les a appelé! Il y a quelques problèmes avec l alcool et la drogue près des frontières. Tout ça s est passé dans la bonne humeur et la convivialité mais ça fait bizarre de découvrir la police quand on ouvre la tente à la nuit tombante !

Beaucoup de bons moments depuis Almaty malgré l état des pistes et donc la difficulté aàprogresser. Au niveau ravitaillement nous avons pris pour 8 jours à Almaty, et heureusement car dans les rares épiceries rencontrées, on trouve un très vaste choix de vodka mais pas de pain ! Le fait d avoir des réserves nous évite parfois aussi de passer dans des villes moyennes sans intèrêt, c est lourd mais c est confortable d être autonome un moment.

Pour l instant, aucun souci, la mécanique tient le coup, nous y prenons garde et les organismes sont comme neufs. On a commencé notre fabrication de globules rouges par des passages à 2000 m et perdu le poids superflu accumulé cet hiver. Les jambes sont affutées, nous sommes prêts à affronter la suite. 

Nous sommes à Cholpon Ata, au bord de l immense lac Issik Kul, 170 km de long, 70 au plus large et 700 m de profondeur, altitude 1600 m, bordé par de belles chaines de montagnes, les premiers cols sont bien passés. La vie ici parait plus facile que du côté kazakhe. Ici, il y a de l eau et des cultures. Au Kazakhstan il y a les pauvres et les riches et la différence est un gouffre.  On a l impression qu il y a moins d inégalités ici, toutes les bagnoles sont grosso modo dans le même état ...

 Allez fini de blablater, il y a de nouvelles photos dans les galeries Kazakhstan et Kirghizistan mais je ne peux les intégrer dans cet article.

 

Chao à la prochaine.

 

 

Les vallées kirghizes,

 

Bonjour.

C est depuis la ville de Jalalabad que nous envoyons ces quelques nouvelles. 90 % de la superficie  de ce pays est composée de montagnes, et parfois même de hautes montagnes. Ceci nous vaut des paysages magnifiques. Depuis le lac Issik Kul ( second plus grand lac alpin de la planète après celui de Titicaca en amérique du sud) où nous avons eu douceur et ciel bleu, nous avons essuyé quelques orages assez violents. Heureusement à chaque fois, nous sommes passés entre les gouttes. Une fois d ailleurs, nous nous sommes réfugiés vers la seule maison encore debout d un village déserté, et le type nous a invités. Nous avons passé une excellente soirée, ils sont les seuls à être restés laà tout le monde est parti, c est complètement fantomatique. La raison est qu il n y a plus d eau. Dans le village avant, il y avait l électricité mais il n y a même plus ça. Le poste de télévision est sur batterie et on discute à la lueur de la lampe à pétrole. Quand il pleut c est la fête, ils récupèrent l eau du toit dans divers récipients. Nous avons été reçus comme des rois, avons regardé, bien au chaud, derrière les carreaux, les gros nuages noirs se succéder et arroser la contrée d une pluie violente et abondante. Les Kirghizes ne sont guère debout avant 9 heures du matin, on les a un peu tirés du lit, mais ils annoncent encore des orages, si nous ne roulons pas le matin alors on ne fait rien.

Puis nous avons franchi notre premier vrai gros col, a 2666 m, dans d excellentes conditions sauf la chaussée qui est une piste, on le savait, on connait pour y être passés il y a trois ans.Le Kirghizistan, nous y avions passé un mois, à pied, en bus, en stop, et c est pour cette raison que cette année, nous ne nous arrêtons pas trop. Nous sommes en transit. Karakol, Kochkor, song-kul, Shamshi, Jetti-Oghuz, et Tash Rabat sont autant de lieux enchanteurs où nous avions arrêté nos pas. Cette fois ci, on roule. Mais on avait parfois été invités à dormir et on avait pris et envoyé des photos, nous sommes repassés chez certains qui étaient à la fois surpris et heureux de nous voir. L impression est bizarre, je suis dans le cadre photo pendu au mur... Ils nous ont reconnu une fois le casque et les lunettes ôtés.

La vallée qui coupe de Kochkor a Susamir est toujours aussi belle, rude pour les jambes car en mauvaise piste mais belle et variée. Quelques invitations à prendre le thé dans les yourtes ponctuent nos journées. La mauvaise piste a cependant eu raison de nous une fois. Nous avons chuté au plat, à pleine vitesse, 30 km/h. Un trou, une bosse, un trou, un gros tas de graviers et me voici qui décolle, qui vole. Jusque là tout le monde sait faire, mais là où j ai été mauvaise, c est à l atterrissage, lourd et brutal. Résultat : une jambe en sang, deux dents pétées, le poignet en vrac. Non, je déconne, rien de grave, juste quelques égratignures et le collant bien déchiré au niveau de la cuisse. Tout le côté de la jambe gauche avec le vernis en moins et c est tout. Côté vélo : des graviers partout dans la poignée de frein, le guidon tordu mais pas un accroc sur les sacoches qui ont pourtant bien amorti la chute. Comme c est le premier valdingue en 17000 km avec ces vélos, on a arrosé : à grandes eaux d abord puis au désinfectant ensuite. Michel, qui suivait peut être d un peu trop près a volé lui aussi, le vélo a mal atterri mais le gars est retombé sur ses pattes. Rien de méchant en tous cas sauf que ça calme un peu.

Le long de la route qui monte au col Ala Bel (3184 m), il y a des campements de yourtes, ça fait comme des petits villages de Stroumpfs, les éleveurs vendent du Koumys, c est du lait de jument fermenté, c est assez fort, ça peut tirer quelques degrés d alcool et si on en boit trop, nous qui ne sommes pas habitués, on pourrait bien choper la chiasse. Ce qui dénature un peu, c est qu à côté des yourtes il y a des 4x4 garés...

Le col Ala-Bel, second gros col de notre périple est dans la neige mais cette route est ouverte toute l année. 68 km de montée sur un revêtement nickel. Notre dernier bivouac, on l a fait juste avant la limite de la neige, à 2800 m d altitude, et nous y sommes restés deux nuits, bloqués toute le journée par une pluie fine mais persistante, nous avions de l eau à volonté et du pain aàdeux kilomètres, c aurait donc pu être bien pire. On a fait des globules. Puis il a fallut se décider à le passer. Nous l avons fait dans le grésil et quelques sérieux coups de vent sur la fin. Assez spécial de pédaler sur ce bout de bitume au milieu du grand blanc. Nous n avons même pas souffert du froid mais nous avions quand même bonnet et capuche sous le casque, surchausses et gants. D un côté du col il y avait des vendeurs de Koumys mais de l autre côté, en descendant sur Toktogul, ce sont des vendeurs de miel.

Au Kirghizistan, il n y a toujours pas l eau courante dans les maisons en milieu rural alors ils vont la chercher aux fontaines ou au puits avec des jerricans et des bidons mais ils ont tous un téléphone portable. Tandis que certains se contentent de leur lopin de terre pour cultiver quelques légumes, d autres labourent avec la charrue tirée par le cheval et les gros agriculteurs exploitent quelques hectare à  l aide de gros tracteurs, ceci à 2200 m d altitude. 

Tout va bien pour nous, nous choisissons nos endroits de bivouac avec la plus grande attention. Les gens sont sympathiques et nous invitent parfois a dormir mais nous nous tenons le plus souvent à l écart, la nuit, de gens susceptibles d être en état d ébriété avancé. La vodka fait des ravages et c est dommage car ce peuple est vraiment attachant. Pas de souci sur la route, ca ne circule pas beaucoup, nous avançons moins vite que l an dernier et nos heures de fauteuil sont donc plus nombreuses. 

Nous sommes maintenant dans la vallée de Fergana, partagée par le Tadjikistan, le Kirghizistan et l Ouzbekistan. Nous avons mangé notre pain blanc, nous allons nous attaquer d ici quelques jours aux choses très sérieuses.

A la prochaine.

 

 

La vallée de Fergana

 

Jalalabad, Osh, Andijan, Fergana, Khojand, Kokand. Toutes ces villes sont situées dans une même vallée, appelée vallée de Fergana, mais certaines sont en Ouzbekistan, d autres au Tadjikistan et d autres encore au Kirghizistan. Dans les années 30, sous Staline, les frontières onté été découpées de manière absurde, de manière surtout à ce que la répartition des peuples ne corresponde pas à leur nouveau territoire et cette vallée s est vue coupée en trois. Ceci bien évidemment provoque des tensions, des troubles, accentués par l état de pauvreté et l économie défaillante de ces états, pour certains dictatoriaux. Ici, les gens ne disent pas : “Je suis ouzbèke” ou “ Je suis Kirghize”, ils disent : “Je suis ouzbèke citoyen Kirghize”, ou “ je suis Tadjike citoyen ouzbèke”.

 

La vallée est riche dans le sens où elle est assez basse en altitude et très fertile, c est le célèbre fleuve Syr Daria qui l arrose même si ici, il n est encore qu une rivière peu importante. La vallée est le potager des trois pays, c est là aussi qu il y a une grosse densité de population, ca se comprend. L Ouzbekistan possède des enclaves au Kirghizistan, comme le Tadjikistan, avec des routes qui traversent ces minuscules ilots et c est parfois tout un bazar, même pour les autochtones pour traverser. Pour les touristes il faut des visas, parfois pour 10 km. Maintenant, la plupart de ces enclaves sont contournables par de mauvaises pistes. Il y a encore quelques années en arrière, le Kirghizistan était le locataire d une vallée à son voisin tadjike. L Ouzbekistan ne s entend pas trop bien avec ses deux voisins car son président, dictateur, fait la chasse aux islamistes ouzbèkes citoyens kirghizes ou tadjikes. Ces quelques lignes pour tenter d expliquer pourquoi cette vallée est une poudrière. Si quelqu un craque une allumette, tout peut prendre feu, la zone est très surveillée. Depuis 2005, c est relativement calme mais le 26 Mai, il y a quelques jours, il y a eu des fusillades, dans la nuit, des tirs, une attaque, un policié tué, vers Khanabad, à 15 km de Jalalabad mais côté ouzbèke. Depuis, rien ne bouge, les frontières ouzbèkes ont été fermées quelques jours, sont apparemment réouvertes depuis ce matin. Nous ne sommes pas concernés puisque nous allons au Tadjikistan. Nous contournerons les enclaves par les mauvaises pistes, comme prévu, pour atteindre la frontière vers le 3 Juin. La vallée de Fergana est tres pieuse, ici on entend parfois les appels à la prière, on voit des foulards et quelques tchadors. Ca peut être une bonne chose pour nous dans le sens où ces gens la ne boivent pas d alcool. Voilà.

 

A Osh, où nous sommes, il n y a pas grand chose à faire ni à voir si ce n est le bazar, qui est le plus grand d asie centrale. Mais contrairement aux bazars iraniens ou stanbouliotes, quand ils sont couverts, ce sont sous des hangars métalliques sans charme, pas sous de belles voutes ottomanes ou en céramique. Pour les produits frais, nous parcourons les allées de ces bazars, le reste se trouve dans des magasins, qui eux mêmes sont parfois situés dans les bazars.

 

Nous sommes arrivés en avance dans la région, de quelques jours, nous devons attendre le 3 Juin pour passer la frontière, visa oblige, il ne nous reste que 230 a 250 km d ici là, donc nous sommes à Osh depuis deux jours et repartirons demain, tranquillement.

 

Si, sur la route qui relie Bishkek, la capitale, à Osh, seconde plus grande ville du pays, nous avons vu encore beaucoup de grosses voitures allemandes, il ne faut pas trop s y méprendre : une multitude de foyers n ont pas de véhicule, et les transports en commun sont bondés. C est la débrouille pour vivre, tout est bon pour gagner trois sous et malgré leur pauvreté, la plupart sont scrupuleusement honnêtes, jamais d erreur dans le rendu de la monnaie, les prix sont affichés même pour les fruits et légumes sur le trottoir et ils pèsent et comptent devant nous. C est du bonheur de ce côté là. On ne se fait pas alpaguer sans arrêt, les gosses ne crient pas “ Money money”, ils sont même adorables et polis, cç va gentiment quoi, chacun tente de tirer son épingle du jeu, c est calme. Ca grouille mais lentement, c est pas stress, c est bien.

 

Un kilo de carottes, de concombres, de patates, ou de betteraves rouge coute 0.25 euros, pour un kilo de cerises, de prunes, d abricots ou de tomates, il faut débourser un euro. Une nuit dans un hôtel bas de gamme, pour deux, coute entre 5 et 10 euros et un repas au restaurant entre 2 et 4 euros. Ici à Osh, nous sommes dans un appartement de type F2, avec toutes les commodités, pour 11 euros la nuit. La viande grasse coûte plus cher que les bons morceaux ! La population de Osh (300 000 habitants), est en grande partie ouzbèke et Michel passe complètement inaperçu parmi les locaux… Ici, il y a soit l eau soit l électricité, c est un peu en alternance, il faut croire que ça passe dans le même tuyau, ils ne peuvent pas envoyer les deux en même temps...

 

C était la page info et culture. Les prochaines nouvelles viendront, nous l espérons, du Tadjikistan.

 

On the road again, again…

 

 

 

Ciao

 

Nouvelles de Khojand, Tadjikistan.

 

Bonjour,

Khojand, Tadjikistan. Sous la fenêtre de la chambre d hôtel que nous avons prise, il y a des bruits, des odeurs d Asie, des bruits de gens, un brouhaha continuel qui berce. On domine le bazar de trois étages. A côté de notre chambre, les autres piéces sont autant d ateliers de couturières qui s activent à leurs travaux. Nous sommes dans la partie tadjike de la vallée de Fergana. Le Syr Daria est passé au Kirghizistan puis en Ouzbekistan, passé ici à Khojand, et filera ensuite en Ouzbekistan de nouveau avant de se jeter dans la mer d Aral, au Kazakhstan. 

Le contournement des enclaves ouzbèkes ne mérite pas qu on s en inquiète tant. Il ne faut pas louper le départ de la piste à Pullgon, c est tout. Les habitants nous ont encore  bien aidé sur ce coup la. Les mauvaises pistes qu on attendait sont en fait une alternance de bitume et de piste très larges ou ça roule pas si mal. La route est facile à trouver, à condition de demander quand il y a des bifurcations. Nous avons roulé dans les rizières et dans des paysages arides, séparés parfois que de quelques kilomètres. Nous avons bouffé un peu de poussière. Nous avons joué pas mal à cache cache avec encore de beaux orages qui ont fait qu on s est retrouvés invités à plusieurs reprises à manger et à dormir. Merci à tous ces gens qui, sans nous demander ni qui on est, ni d où on vient, ni ce qu on fait, et sans méfiance, nous ouvrent la porte de leur maison. L humanité sait être belle. 

Le 3 au matin, nous nous sommes présentés à la frontière après avoir dormi dans le verger d un agriculteur, sous les abricotiers et les cerisiers (c est la saison), à 3.5 km de la barrière. Les douaniers nous ont demandé si on avait mangé, si tout allait bien, ils nous ont mitraillé de leur appareil photo téléphone, et, comme aux postes de contrôle autour des enclaves, il a fallut leur faire essayer les vélos... Nous voici sortis du Kirghizistan, qu est ce qui nous attend maintenant ? 

Ce qui nous attend, c est un grand sourire de la part du douanier tadjike, qui nous dit : Welcome in Tadjikistan, en nous redonnant nos passeports tamponnés. Ca fait chaud au coeur et c est un peu l euphorie. De l autre côté de la barrière, il y a du macadam. A l heure où j écris ces quelques lignes, ca ne fait qu une journée que nous sommes dans ce pays dont nous avons tant rêvé, où nous allons en baver et suer des litres et la première impression est extraordinaire. Partout des sourires et des bras en l air, des visages lumineux, des groupes de femmes qui s agitent sur notre passage, des bagnoles qui s arrêtent ou qui ralentissent, du yaourt frais, des cerises, des pommes qui arrivent alors qu on pique nique. Si on nous le demande, on dit qu on est francais et là, c est quelque chose ! Nous savons que la France va aider le Tadjikistan, financièrement, suite aux toutes récentes intempéries qui ont provoqué pas mal de dégats. 

Au fur et à mesure des kilomètres, notre voyage s enrichit, nous enrichit. Nous sommes ici très à  l aise, on se croierait parfois en Iran, pour l ambiance et l accueil mais ici, les tenues vestimentaires féminines sont très colorées.

Parfois, comme aujourd hui, c est vrai qu il faut de la patience. Tu as déjà pédalé 100 bornes sous le soleil et  il faut répondre à 10, 20, 50 fois la même question posée par 10, 20, 50 automobilistes, cyclistes, piétons différents, il faut sourire toujours, t as envie que d une chose c est de pédaler pour arriver et trouver un lit où t affaler mais avant il faut passer par le bain de foule et la séance de photos... Mais qu avons nous d autre à donner que des sourires et du rêve ? 

Si au Kazakhstan et au Kirghizistan, pays qui voient des touristes et des cyclotouristes, nous étions des curiosités , ici, nous sommes des extra terrestres, mais des gentils, des que tout le monde veut toucher, des à  qui tout le monde veut parler. C est du pur bonheur et on espère que ça va durer. La police au bord de la route nous offre le thé, les gens nous demandent si on a assez à manger. Je rappelle juste que ce pays est un des plus pauvre du monde, alors on hallucine un peu.  Le budget annuel du pays  est d environ 200 millions de dollars, l équivalent d une grosse production hollywodienne ...

Ca roule pour nous, tout va pour le mieux, prochaines nouvelles de Dushanbe, la capitale, mais d ici là, deux beaux cols à passer, et ce n est que le début...

Ciao

 

Traversée des monts Fan

 

Bonjour,

Si à Osh, nous avons sillonné un des plus grands bazars d Asie Centrale, c est quand même bien celui de Khojand que nous avons préfére Il est couvert, au frais, il est facile de s  y retrouver et une galerie court sur tout le pourtour, à laquelle on accède par un escalier discret. Nous avons trouvé Khojand très agréable, même si nous n y avons passé que très peu de temps, nous avons du pain sur la planche et les journées de vélo ne sont pas très longues à cause des orages qui arrivent régulièrement en début d après midi. Khojand est à 400 m d altitude, le premier col est à 3378 m, vous ferez vous même la différence...

La première partie se fait sur du bitume en très bon état. Ce sont les Chinois qui ont refait la route. Mais à 13 km du sommet, il y a une bifurcation qui part en direction du futur tunnel, pas encore ouvert, ce qui signifie que ces 13 km ne sont qu une vulgaire piste. A cela il faut ajouter que c est la fonte des neiges alors au lieu de  causer, je vous laisse voir les quelques photos qu on a eu le courage de prendre, avec les gants, parce que comme si cela ne suffisait pas, on a ramassé la neige...

De l autre côté, 11 km de descente dans de petites coulées de boue au bord des précipices sans fond avant de trouver l asphalte. Bref le genre de truc tellement usant nerveusement que quand c est fini, si tu prends pas sur toi, tu as les larmes qui laissent des traces dans la crasse de ton visage. Franchement on a bien tiré notre épingle du jeu, on peut s attaquer au second col, même altitude ou presque. Entre temps nous sommes redescendus à 1500 m. Je ne pensais pas qu il fut possible de passer dans de tels endroits en vélo.  Il y avait des carcasses de camions dans les précipices et si tu te loupes, t es mort, pas droit a l erreur, avec le froid, tu as les doigts qui prennent la forme des poignées de freins. Dantesque.

Pour monter au second col, c est de nouveau asphalte. On suit des gorges très encaissées, on passe dans des villages trou du cul du monde où les gens nous sourient sans cesse en nous faisant signe et nous récriant, et on attaque la pente. Sur les 17 km qui nous mènent à l entrée du tunnel, il y en a 10 a 11%, on monte en zig zag à travers la route sur du goudron tellement neuf qu il fume encore et que ça colle  aux pneus. Heureusement, un kilomètre plus haut, il a eu le temps de bien refroidir. Puis le tunnel : à l  entrée, le ton est donné. Une pompe évacue la flaque de 40 cm de profondeur, pas de ventilation, pas d éclairage, 6 km de long. Nous payons un 4 x 4 pour nous faire passer. Il y a une berline noyée au milieu du boyau et les Chinois qui bossent, sans masque, même dans l auto ça respire mal mais pour nous ça ne dure qu un quart d heure ...

Quand on débouche de l autre côté, la vue sur les montagnes est saisissante, la vue sur la route qui descend, aussi. Asphalte nickel sauf ou il construisent les paravalanches, qu il faut contourner à chaque fois. On peut enfin se laisser un peu aller... 

Après une longue descente plaisante, nous arrivons à Dushanbe, capitale du pays, 800 m d altitude. Nous passons du coq à l âne sans arrêt au niveau des températures et nous sommes encore passés entre les gouttes. Nous avons dormi dans un campement d ouvriers chinois et dans la salle de prière derrière un restaurant, dans un hôtel sans eau courante et un autre ou les coupures d eau durent toute la journée. C est le Tadjikistan et ça n empêche pas les gens d être supers.

Les postes de contrôle sont nombreux mais il suffit d arriver avec un grand sourire et de tendre la main en disant bonjour, c est comme ça que ça se passe ici, ils ne nous demandent même pas nos papiers, regardent nos vélos et sont plutôt détendus.

Les paysages traversés sont très variés, les couleurs de roches, la forme des vallées, les profondeurs des gorges, tout est énorme. Seule ombre au tableau : une roulette du dérailleur Michel est cassée, il manque trois dents. Mais pendant que j écris ces lignes, il a pu retrouver un dérailleur complet, pas cher au bazar, on va faire un peu de mécanique. Ca ne gênait pas pour rouler mais on avait peur que ça empire. 

Nous nous reposons une journée à Dushambe, repos bien mérité, on y trouve même de la bière pression, que nous sirotons en compagnie de deux autres cyclistes français, jurassiens ou presque (Gex).

Les Chinois sont partout, font tout, ils creusent les tunnels, mettent des pylônes électriques à des endroits défiants les lois de la pesanteur, ils montent les pièces une par une avec des câbles, système de poulie, parfois sur un kilomètre de long, ils refont l asphalte et les paravalanches, ils font des longues journées, et dorment sous des grandes tentes, pas dans des hôtels trois étoiles.

Voilà, nous allons bien, nous avons pu prendre une douche chaude et faire faire une lessive digne de ce nom. Quel pannard ! Les vélos  sont recouverts de boue, il faut qu on s en occupe. Nous savons que ce tronçon n est que l apéritif, que le plus gros est devant nous et à part quelques villages, les 500 km qui arrivent seront peu habités et en mauvais état, à moins que les Chinois ne soient passés par la depuis la dernière édition de notre guide de voyage. Ca fait combien de kilos de pâtes et de lentilles pour 10 jours ?  Il faut faire les courses...

Mais y a pas à dire les gens sont supers et les paysages extras.

Pour la petite anecdote, nous avons appris le long de la route par des Tadjikes que je suis passée à la télé kirghize, en train de pédaler sur mon fidèle destrier !

 

 

Dushanbe-Khorog

 

Bonjour,

Les Tadjikes, physiquement, ne ressemblent ni aux Ouzbèkes, ni aux Kirghizes. Les Tadjikes sont des Persans, comme les Iraniens, certains ont donc les cheveux ou les yeux clairs et ils ne sont pas typés asiatiques, ils ressemblent plus à des européens que Michel en ce moment. Et puis ils ne se déplacent pas à cheval. Se déplacer ou d ailleurs ? Soit ce sont des valleés et ils ont une vache, et quelques ares de culture pour leur consommation personnelle soit ce sont des montagnes et elles sont si escarpées que c est inhabitable. Nous ne voyons pas beaucoup de troupeaux.

A la sortie de Dushanbe, nous nous sommes faits déviés de notre itinéraire par la police, apparemment la route a été embarquée par la flotte, on ne sait pas trop mais on ne peut pas passer. Ceci ne nous arrange pas car ce sera plus long et plus vallonné mais c est comme ça. Nous avons donc passé un col, puis deux, puis trois, pas très hauts mais à chaque fois on redescend très bas, jusqu à 500 m alors ça casse bien et puis tant que la pente n est pas à 11 ou 12 %, ça monte tout droit, et pour nous ça fait bien assez raide, surtout quand ça dure.

Et puis il y a eu le vendredi 12 Juin. Cette journée a commencé par 8 bornes à 10 % pour basculer ensuite très fortement, dans des paysages rendus austères par des nuages noirs qui s amoncellent et les bulldozers qui dégagent les dernières coulées de boue. Les montagnes, ici, ce sont des murs, mais pas toujours solides alors il y a toujours des bouts qui tombent ou qui coulent. Notre descente à nous s est bien passée et on arrive au bord de la rivière Panj. Et la rivière Panj marque une frontière. D un côté le Tadjikistan, de l autre : l Afghanistan, encore un nom qui fait peur, on ne sait pas bien pourquoi ! Ben oui, pendant des centaines de kilomètres, nous aurons l Afghanistan à moins de 300 m. Et en Afghanistan, à cet endroit, c est habité par des Tadjikes alors entre Tadjikes, pas question de se taper dessus ou de se chercher des ennuis, le coin est calme, on n entend pas de mitraillettes, on ne voit pas de chars, à part ceux, rares, tirés par des ânes et chargés de foin. On fait coucou aux Afghans, qui comme les TAdjikes accourent sur notre passage. Juste une précision à propos de tous ces noms qui finissent par Stan, ça ne veut dire ni guerre, ni barbus, ni quoi que ce soit de ce style, STAN signifie TERRE. On est sur la terre des Tadjikes et en face c est la terre des Afghans, il y a aussi la terre des Kurdes, des OUzbekes, des KAzakhs.

Ce 12 Juin donc, on a mangé à l abri car il a fait quelques gouttes, rien de méchant, et on repart cahin caha sur une piste défoncée où notre progression est très lente. Nous sommes bientôt oblgés de nous déchausser pour passer un petit ruisseau de boue qui descend. Puis nous devons traverser un lit de rivière, à sec, 300 m de large. Je m engage mais juste avant de choper l autre rive, il y a un tel torrent ocre qui dévale que je n ose m engager. Un automobiliste me fait signe de faire demi tour, je me retourne et découvre avec stupéfaction que plusieurs torrents coupent maintenant la piste que je viens juste d emprunter, c est incroyable, je n ai jamais couru aussi vite, et je n ai rien entendu arriver. Déjà de l eau jusqu à mi mollets par endroits, pas eu le temps d avoir peur.  Me voici en sécurité. De seconde en seconde, le débit augmente et plus rien ne passe, ni camion, ni 4 x 4, ni piéton. Une seule solution : attendre.  Des que ce fut possible, une heure plus tard, un camion prend le risque d essayer, nous chargeons tout notre barda, Michel prend le camion mais je suis à pied, avec un autochtone. On est passés, à l aise, de l eau jusqu aux genoux tout de même.

La piste qui suit se négocie moitié à vélo à 6 à l heure moiié à pied à 3 à l heure. Nous sommes sur l axe principal du pays, pour rappel... Les ponts quand il y en a , sont des tôles posées, trouées, branlantes et même à vélo on y regarde à deux fois avant de  s engager mais eux passent avec les camions ! On avance,on avance, pas vite certes, mais on avance.  Et la suite de cette infecte piste est une suite de baquets, tous les mètres un cratère, impossible de slalomer entre, même au pas, nous sommes ballotés, secoués, remués, on descend dans les trous, on remonte, on fatigue aussi les vélos et je ne vous parle pas de l efficacité de tels efforts, on n avance pas à grand chose et c est harassant.

Avec tout ça nous sommes dans des gorges impressionnantes, l heure a tourné mais pour nous il est hors de question de se poser pour la nuit sur un petit coin d herbe car dès qu il y en a un, il y a une pancarte nous mettant en garde contre les mines. En effet le terrain n a pas encore été déminé et je n ai pas envie d y laisser une jambe alors nous sommes contraints de rester sur la route et d avancer  même si on est un peu au bout du rouleau.

MAIS ... il y a toujours du miel dans une journée. Et un camion finit par s arrêter et nous propose de nous emmener, on n a pas réfléchi, on a tout chargé et nous voici à  l aise, il est 17 heures. Le terrain ne s arrange pas. Les mines : ça a duré une quinzaine de kilomètres et ensuite on était encore plus contents d être dans un camion.  En contrebas, il y a la Panj, qui dévale plein pot avec un débit impressionnant et un vacarme assourdissant, en haut, il y a des murailles, et taillée dans les falaises à la dynamite, il y a la route, enfin, on va plutôt dire le passage. Au sol, ce sont des cailloux de 15 cm de côté, impossible de rouler en vélo là dedans. Les camions passent en alternance car c est très étroit et comme c est le seul acces vers le reste du pays, la circulation est dense pour les conditions. Ce sont ici les Turcs et les Iraniens qui bossent aux travaux. Je suis contre la vitre du côté de la rivière, si je ne me penche pas je ne vois que le gouffre. Je risque un oeil dans le rétro, la moitié de la roue arrière du camion est dans le vide. Il en reste 3.5 sur les cailloux, d accord ! Côté chauffeur, le rétro passe à quelques centimètres de la falaise, c est ce moment là que Sherali choisit pour allumer une clope, tranquille. Et puis le passage n est pas plat, on monte , on descend, et c est très pentu, déraisonnable, on croise les doigts pour que les freins tiennent. En bas il y a un affluent à traverser, 60 cm de flotte à torrent, on a l impression depuis la cabine qu on va direct plonger dedans mais Sherali nous parle de ces deux femmes et de ses sept enfants. En ce qui nous concerne, on se dit que faire ce bout en vélo, même en poussant et en tirant serait très dangereux, comment on croise ? A un moment on passe sous une cascade, c est le grand saut des cascades du Herisson puissance 10 au moment de la fonte des neiges, je ne vous parle pas de l état de la piste à l endroit de l impact, ça lave le camion. Nous sommes quand même dtendus car Sherali connait chaque caillou et il n a pas eu son permis dans une boite de Bonux !C est impressionnant comme il manie cet engin avec précision.

Bref, on a frôlé la mort cent fois (mais mieux vaut frôler la mort que de passer à côté de la vie) si on veut écrire du sensationnel mais nous dirons plutôt que nous nous souviendrons de ce passage que nous avons fait dans des conditions très confortables, c est plus réaliste. Tout n est qu histoire de tournure de phrase, et ce n est pas pour Paris Match que j écris ! Sherali nous a posé, à notre demande, dans une chaikhana à 9 heures du soir, il nous a économisé cent bornes dont 40 de vraie galère, et en plus il ne veut rien qu on lui donne... Ce 12 Juin s achève enfin, nous sommes claqués.

Les jours suivants, nous avons continué à suivre les gorges mais, même si certains passages restent impressionnants, et si la route est très difficile, au moins c est roulable et la circulation, assez bizarrement, quasi inexistante, presque du bonheur !

Côté Afghan, pas de route, juste un sentier qui court absolument tout le long, taillé dans la roche s il le faut, et quelques villages, pas d accès. Et sur des centaines de kilomètres que durent ces gorges, pas un pont, ni de singe ni de rien pour relier les deux rives. Pourtant il doit y avoir du traffic. Des militaires, côté Tadjike, marchent trois par trois, tous dans le même sens. Des postes de contrôle ponctuent notre route. Les policiers notent notre passage, contrôlent nos papiers, nous renseignent, discutent, sont sympas...

Nous n avons pas d images des endroits les plus scabreux car les appareils étaient dans les bagages et puis dans des moments comme cç notre préoccupation n est pas de prendre des photos.

Nous sommes à Khorog, installés confort. Nous sommes arrivés fatigués. Pour faire 70 bornes, il nous faut 6 à 7 heures effectives de vélo. Et encore heureusement que dans les villages en pente les gosses nous aident en nous poussant, que les villageois nous encouragent, nous sourient, nous saluent, nous aident moralement, nous accueillent. Nous nous accordons un plein jour de repos ici avant de reprendre la route, plus lentement car nous sommes à peu près sûrs de nous sur le fait de pouvoir atteindre la frontière avant la date limite sans trop forcer, c est pour ça aussi que nous avons mis le paquet la semaine dernière, il fallait assurer et arriver ici pas trop tard. Nous partirons demain par le corridor du Wakkhan, donc toujours le long de la frontière afghane, pour traverser les Pamirs et rejoindre ensuite Murgab. Les paysages s annoncent somptueux, beaucoup moins encaissés et le terrain pas pire en tous cas que ce que nous avons connu. Nous sommes confiants, les cols à passé 4000 m d altitude nous attendent, nombreux.

Côté santé, à part ce coup de fatigue, tout va bien, nous mangeons bien. Sur la route nous n avons pas de soucis, ils font attention à nous. Nous avons des températures idéales, pas trop chaud la journée et frais la nuit, nous n avons pas de moustique pour  l instant. Les Tadjikes ne sont pas des fervents musulmans et je peux pédaler en short sans souci, les femmes ne portent pas toutes un fichu, ils n aiment ni les Talibans ni les Pachtounes. Ils ont beaucoup d enfants, entre 5 et 10 en moyenne.

Le voyage va encore prendre de l intérêt dans les semaines qui viennent, nous croisons quelques cyclos et quelques touristes, certains ont déjà entendu parler de nous, le monde est petit et comme les routes praticables ne sont pas nombreuses on finit toujours par croiser celui ci ou celui là. C est marrant. Nous aurons des choses a vous raconter la prochaine fois, alors à bientôt...

Ciao

 

De Khorog à Murgab par la vallée de Wakhan

 

A Khorog, nous sommes restés un jour de plus que prévu pour cause de problèmes intestinaux probablement dus à la fatigue. Rien de plus. La vallée de Wakhan fait toujours frontière avec l Afghanistan, là où ce pays fait 25 km de large. De l autre côté de cette partie appelée Corridor de Wakhan, seule zone afghane où les talibans n ont jamais mis les pieds, c est le Pakistan.
Avant de partir on se demandait si on allait pouvoir passer par là, pour diverses raisons, sécurité, paludisme, entre autres, mais on en caressait l espoir, la vallée est entourée de somptueux sommets dont quelques uns à plus de 7000 m. La route mi asphalte-mi piste qui nous mène à Iskachim traverse de petits villages où les gens vivent d un peu de culture et de quelques têtes de beéail.  La température est agréable et nous n entendons pas le bzillement du moindre moustique.
Les sommets, nous les avons vu furtivement, pas comme on aurait voulu, journées nuageuse et vent de sable au programme. C est néanmoins superbe. Nous campons au bord de l eau, sur la frontière, pas de mine ici et aucun souci de sécurite. La route qui jusque là était acceptable dégènère alors en une piste défoncée, tôle ondulée sur toute la largeur, sable et graviers. Nous criosons un couple de Canadiens cyclistes complètement épuisés, qui arrivent de là où on va, qui nous promettent un enfer de quatre jours pour passer ce foutu col a 4344 m. Bref, ils ne nous rassurent pas du tout.
A Langar, dernier village, nous vidons pratiquement le magasin pour arriver à faire trois jours de nourriture et trouvons un hébergement sympa.
Nous n avons pas trouvé l enfer, certes la montée est coriace et sur les 15 premiers kilomètres on en a fait la moitié à pied en poussant nos 50 kilos, mais il fait beau, les paysages sont superbes et variés, on prend rapidement de la hauteur, tout va bien, premier bivouac à 3700 m.
De l autre côté une caravane afghane passe alors que nous déjeunons, des yacks, des chèvres, des familles, des femmes habillées de drap rouge. On se croirait ailleurs, c est magique, nous ne pouvons que les regarder passer, nous n avons pas le droit de traverser la rivière : la Pamir.
Au dernier post de contrôle, les bidasses sont sympas, comme d habitude, ils ne nous rançonnent pas, ne nous dévalisent pas, ne nous mettent pas en joue. Nous sommes à 3900 m, le col est proche, pourtant nous arrivons encore a nous arrêter plus d une heure pour nous rassasier de beurre de yaourt, de lait, thé et pain. Des gens vivent là à l année, c est la dernière habitation avant longtemps, nous sommes à 4100 m d altitude.
Après avoir longé un lac encore gelé, nous franchissons le col les doigts dans le nez et les pieds sur le guidon. La météo est avec nous, nous profitons à fond de la chance d être là, sans symptome lié à l altitude. Nous roulons à l aise, la tête dans les nuages. Nous sommes sur un nuage, un tapis volant, c est euphorisant, on s attendait au pire, on n a eu que du meilleur. Cinq autos par jour, on est un peu seuls au monde au milieu des éléments immenses. La descente s effectue aussi lentement que la montée tellement la piste est mauvaise. Après deux giboulées de grêle, nous plantons la tente au bord d un lac, nous sommes toujours à 4000 m.
Dix kilomètres plus loin, nous retrouverons l asphalte de la Pamir Highway, circulation dense, 10 véhicules à la journee. Alichour, village fantôme balayé par le vent, nous offre un abri le temps de laisser passer une tempête de neige d une heure et nous reprenons la route sous une éclaircie qui nous suivra jusqu au soir. La plaine d Alichour est à 4000, nous ne redescendrons pas en dessous de 3900 avant Murgab, paysages lunaires et longues lignes droites où s ébrouent quelques rares poids lourds chinois. On s arrête manger chez les gens, autour du fourneau où cuisent les pains et chauffe le thé, on dort sous la tente, c est magnifique, on a le vent dans le dos et le temps devant nous. On est dans le rêve complet et on roule sur cette route mythique. Les quelques bergers rencontrés nous font signe de loin, on peut attaquer le col de Naizatash tranquilles. A 4137 m, nous basculons vers une longue descente qui nous amène à  Murgab, 3650 m, à travers encore d autres superbes et vastes paysages que t y crois pas. C est treè ouvert, c est énorme, nous n avons plus idée des distances, nous prenons des photos sachant qu elles ne donneront pas la mesure des éléments. Ca fait des jours que nous n avons pas vu un arbre, mais peu de zones sont vraiment désertes, on finit toujours par apercevoir ou croiser un troupeau par ci par là, accompagné de son berger qui nous regarde arriver de loin, jumelles rivées sur les extra terrestres que nous sommes, d ailleurs on se demande bien ce que les bestiaux arrivent à brouter dans cet univers minéral. Les visages sont burinés, les vêtements lourds et chauds.
Et voilà Murgab, petite ville du bout du monde où l électricité est aléatoire, où le vent balaie en permanence le bazar d un style nouveau : des containers, des wagons collés les uns aux autres. Les maisons sont blanches et leur lumière éclabousse sur l ocre de la roche environnante. Pas d eau courante mais des puits où les habitants se rendent avec leurs seaux. La vie est rude ici, et les hivers sont très rigoureux. La population est kirghize, comme l heure d ailleurs.
Nous logeons chez l habitant, l alimentation est peu variée, pâtes, riz, patates, produits laitiers et pain, pas de fruit, même si nous trouverons quand même des tomates et des oignons au bazar.
Ce premier tronçon de la route des Pamir nous a bien rassuré sur notre forme physique, nous avons beaucoup de plaisir à pédaler même s il faut parfois les gants et les surchausses pour ne pas geler sur place. La chaleur humaine pallie au manque de degré sur le thermomètre. Pédaler dans cet univers, sur cette route, à cette altitude, c est s offrir un rêve grandiose, c est du pur bonheur, nous sommes minuscules mais tellement grands, nous n imaginions pas du tout le decor tel qu il est. Sous le soleil c est grandiose, mais sans celui ci c est très austère, et avec un vent fort qui siffle ca doit être carrément lugubre… et glacial.
Maintenant, d autres cols très hauts, d autres lacs, d autres tournants nous attendent, d autres moments que nous espérons aussi intenses que ceux que nous avons vecus depuis Khorog. Nous pédalons sur les routes du toit du monde et ce n est que le début.
 

 

Mourgab-Sary-Tash-Frontière chinoise.


Nous sommes désolés du temps que les nouvelles mettent à arriver mais quand t es dans le désert…il n y a pas internet. Arrivés à Mourgab, on n avait encore rien vu, ou juste un échantillon. Nous avions prévu un jour de repos mais il y a tellement rien à faire que le lendemain, après une nuit chez l habitant, nous repartons. Le lendemain, nous passons, avec une facilité déconcertante, le col à 4655 m, le souffle est certes un peu plus court que d habitude et chaque effort brusque et intense demande juste quelques secondes de récupération, c est qu il faut les monter tous les kilos qu on traine, à cette altitude. Nous avons de bonnes conditions et poussons le vive a planter la tente au sommet, a trente metres de la route, a 14 heures, parce qu on a envie de dormir la. Nous avons vu 10 véhicules en deux jours et sommes pourtant toujours sur un axe principal, c est du délire, énorme, encore, c est grandiose, c est très beau, on est tout seuls, on se fait vraiment plaisir. Les Marco Polo et les marmottes rousses s affolent sur notre passage, cette route est extraordinaire.
A Karakol, à 4000 m toujours, nous campons autour du lac légèrement salé et d un bleu profond sur fond de pic Lenine et autres sommets très hauts. Où que le regard se pose, ca déchire sa mère. A Karakol, même pas une épicerie, on est oblige d acheter du pain, quelques légumes et des pâtes directement chez les gens, des kirghizes.
Le long de la route, il y a une barriere de barbelés qui courre, trente trois fils superposés pendant des dizaines et des dizaines de kilomètres. De l autre côté, on n a pas le droit d aller, c est la zone tampon de 50 km  qui nous sépare de la Chine. Nous croisons les restes d un ours, oui oui oui, il y a aussi de ça par ici, on aurait préféré le voir vivant, on se demande comment il a pu se faire percuter vu le nombre de véhicules qui circulent, il a du se suicider…
On accumule les bivouacs de rêve, le beau temps se maintient, nous sommes toujours autour de 4000 m et on y est bien, les nuits sont un peu fraiches et le soir on a vite faits de se rentrer dans notre petite habitation.
Une rencontre surprenante avec un type de Villers le Lac et sa copine savoyarde, venus fair du ski de randonnée entre Caucase et Asie centrale nous laisse un peu pantois, il connait notre webmaster Sylvain, t y crois pas, moins de dix véhicules par jour et tu tombes sur ton voisin au fin fond du Tadjikistan… Ce sont des pionniers, je suis certaine que la plupart des pentes que nous avons sous les yeux depuis plusieurs jours n ont jamais vu la trace d un skieur, alors quand même, HOLE pour le haut Doubs !!!
Puis à force de pédaler à 4000 m, nous avons atteint la frontière. Le poste tadjike se situe deux kilomètres avant le col. On y débarque au petit matin, emmitouflés, gants, bonnets, surchausses, coupe vent, et ce malgre l ascension. Les militaires nous font entrer dans leur container et nous offrent thé, pain, beurre, confiture. Apres trois roulottes successives et autant de contrôles, nous sortons du Tadjikistan. Ce pays nous laissera un très bon souvenir, les gens, les paysages, l état des routes, l isolement… Cet itinéraire est vraiment un must, un col aà3300 m, un à 2800 m et 5 à plus de 4000 dont un à plus de 4600 m, tête en l air, et tout ce qu il y a autour, du grand oeuvre.


Entre le poste tadjike et le poste kirghize, il y a 20 km, nous sommes surpris de retrouver l asphalte assez rapidement. Nous devons attendre l officier pendant une heure trente mais les militaires, pour nous faire patienter, nous offrent du kéfir (yaourt), un bol qu on dirait un saladier, on n a pas craché dessus… Quand l officier arrive, il nous signifie que notre visa n est plus valable, que nous ne pouvons plus entrer au Kirghizistan car à Batken, ils ont apposé le tampon de sortie définitive. Nous voilà bien. J ai beau lui montrer le #Multiple# et les dates, il est plutôt récalcitrant, j insiste. Il finit par se dire que peut-être on n y est pour rien, téléphone, explique, et sourit en nous disant OK. Il tamponne une nouvelle entrée, pourvu que ça aille à la sortie.

Vingt cinq bornes plus loin nous débarquons à Sary-Tash. Même en prenant un hébergement, tu ne peux te laver que les mains et la figure, les pieds aussi. Ca fait depuis Mourgab qu on ne s est pas lavé les cheveux et la dernière vraie douche date de Douchambé, la dernière lessive Khorog, et jusqu à quand encore ?
A Sary –Tash, deux hgeures après notre arrivée, il y a fait une tempête de neige, il en est tombé 5 centimètres, on était contents d être arrivés et de ne pas camper. Les rues en terre battue du village se sont vite transformées en un bourbier immonde, on se croirait décembre, tout est blanc et il fait froid. Il y a des vaches solitaires qui passent dans la rue, elles ont la tête rentrée dans les épaules, le regard vide et éteint, le dos vouté, les sabots crottés… putain de vie !
On a vraiment du bol, on a passé tous les 4000 avec le beau temps. Le lendemain, le paysage est féerique, nous ne roulons pas, nous marchons dans les environs, en visitant les yourtes les unes après les autres, panorama à couper le souffle. T arrives pas à détacher les yeux, t es aimanté, scotché, vallée très large, paturages verts, pur beau temps, sommets vierges repeints de frais et on ne peux pas faire autrement que de piétiner les edelweiss, le sol en est tapissé. Journée top, pourtant elle avait commencé par un tremblement de terre, une secousse qui n a pas eu le temps de nous tirer du lit mais c est impressionnant quand même.
Il nous reste un col à 3600 m à passer, Irkestam, nous savons la piste dans un état désastreux et prévoyons deux jours pour faire les 80 kilomètres qui nous séparent de la frontière chinoise. Nous n en mettrons qu un, encore du beau temps, piste sèche, en effet si désastreuse que nous roulons parfois sur le sentier du bétail, dans les patures, ca va mieux … La descente est une carrière que l on négocie à 8 km/h et les paysages sont toujours aussi géants.
Au dernier chek point kirghize, le militaire, pas très fin, se permet de douter que je sois une femme, et me déshabille du regard, je suis en collant, parce que je n ai pas beaucoup de potrine me dit-il. Je me suis permise une liste d insultes à son égard en le mitraillant du regard, non mais quand même, respect quoi !
Michel ne change pas, ne maigrit pas, ne grossit pas, est toujours aussi noir, quant à moi je n ai pas besoin de me peser pour savoir que la derniere fois que j avais si peu de graisse, je devais avoir 14 ans ! Pourtant on bouffe comme des vaches, on a la forme et la pêche, c est l essentiel et durant cette période en altitude nous avons pris soin de faire des étapes courtes pour que le corps ne fatigue pas et récupère. Nous sommes arrivés frais à Kashgar au terme d une étape de 143 km.
Ca s arrête là pour cette fois, nous sommes à Kashgar pour quelques jours, en Chine, mais vous aurez l épisode Chine une prochaine fois. Nous avons passé cette premiere série de hauts cols dans la joie et l allégresse malgré des soucis intestinaux passagers. Mon vélo n a plus ni béquille ni klaxon, mon retro tient le coup, les pistes secouent fort mais c était tellement beau.
La Chine, c est une autre culture, nous avons tourné la page de l Asie centrale qui une fois de plus nous a enchantée. Les guides de voyage donnent cette route comme l une des plus belle au monde : nous sommes d accord, mais elle se mérite.
 
 
 
 
 
 

La Chine – Kashgar


Notre entrée en Chine a été marquée par des histoires d oignons. La sortie du Kirghizistan se passe bien, bien qu il faille expliquer les différents tampons d entrée et de sortie. Voilà, nous sommes sortis de ces pays ou tout contact avec les autorités commence par une franche poignée de mains accompagnée d un grand sourire. Dans le no man s land de deux kilomètres qui séparent les deux douanes, il y a deux cents mètres de piste affreuse, qui montent, ce sont les derniers deux cents mètres avant longtemps. J ai fait moyen de m y vautrer, à 7 km/h, et je suis tombée, très lourdement, sans retenue, sur l oignon… Ca fait mal, très mal, surtout pour pédaler ensuite en vélo couche. J ai cru que je n y remonterais pas d ailleurs on est allés à la douane à pied et j ai bien du mal à marcher. Le policier chinois se rend compte de ma drôle de démarche malgré mes efforts pour paraitre en pleine forme et me demande si j ai besoin d aide et ce qui ne va pas. Je lui explique, je n ai pas envie de me faire refouler mais les histoires d oignons continuent. Arrivés au poste e douane cette fois ci, 3 km plus loin, après avoir bien menti sur les formulaires de santé, attestant que je n ai pas eu de diarrhée dans les 7 jours précédents pour ne pas me retrouver en quarantaine, voilà qu il nous confisque tous nos produits frais : tomates, sésame, fromage, pêches, saucisses…et les oignons. On a protesté, pas trop fort toutefois, en vain. L importation de produits frais est interdite. Il faut maintenant inscrire le nom de l hôtel que nous avons réservé à Kashgar… je sors le Lonely Planet et inscris n importe quoi, auquel nous n irons pas, il faut écrire dans combien de temps on y sera, je mets cinq jours mais nous n en mettrons que trois, et inch allah pour les contrôles. Ca m agace déjà d être suivie à la trace, devancée même. Ils sont souriants et sympathiques, ce n est pas un calvaire, juste un peu fastidieux. Et on sort du bâtiment à la décoration toute chinoise, on change de monde, le choc, il y a un village et des épiceries et un peu de vie, c est fou des fois comme une frontière peut changer brutalement les choses, les gens ne sont plus les mêmes, on commence par faire du change et on s envoie une grosse assiette de lagmans, ce sont des pâtes dans un bouillon avec beaucoup de légumes variés et de viande maigre, donc pour changer, des pâtes, mais ce sont les meilleurs qu on ait mangés depuis notre départ et c est hyper copieux, et le thé à volonté pour 1.2 euros par tête, t hallucines.
Mais c est pas le tout, il faut qu on contiue même si c est un peu l euphorie. On est en Chine, ce truc immense, même si dans cette partie, il y a encore au moins autant de Ouighours que de Hans. Et nous attaquons les montagnes russes, ca va durer deux jours, col à 3000, descente, col à 3000, descente, les paysages doivent être très beaux, ils sont en tous cas très différents de ce qu on a vu ces derniers temps, roche très rouge, comme l eau des rivières. Finis les hauts plateaux, doux et paisibles, ici le relief est déchiré et torturé, mais les nuages qui nous accompagnent jusqu à Kashgar nous privent de la vue des hauts sommets. Sur le bord de la route, où la circulation est plus dense, que des poids lourds, on croise des chameaux, des vrais, avec deux bosses, qui pendouillent lamentablement, pas très esthétique comme bestiole.
Entre la frontière et Kashgar, 250 km, quelques bourgades, l asphalte, et très peu d eau. Et puis on approche de la ville et on commence à voir des véhicules en tous genres, à deux roues, électriques, à trois roues, à gaz, des charrettes tirées par les ânes. Les gens nous font toujours signe et n ont pas l air plus méchants que leurs voisins. Il y a des ouvriers sur le bord des routes qui balaient en plein désert de caillasses. Un minibus les pose, un par un, tous les dix kilomètres, avec leur thermos et leur musette, ils balaient, ils nivellent le bord et remontent un par un dans le bus, le soir venu. Boulot de merde dont on se demande l utilité à par celle de faire de l emploi.
Puis ce 4 Juillet 2009, par un jour poussièreux et très venté, nous débarquons à Kashgar. Nous avons fait 143 km dans la journée pour y arriver, motivés par deux choses : petit a : le marché hebdomadraire du dimanche, à ne pas rater, parait-il et petit b : la perspective d un lit et d une douche chaude.
Kashgar, ca grouille tout d un coup, on n était plus habitués, il y a plein de voitures et encore plus de deux roues et des enseignes partout en écriture incompréhensible, que ce soit ouighour ou mandarin. Trouver un hôtel, ça va bien, négocier, ça va vite,ca marche, on décharge, on met les vélos au garage et AH ! LA DOUCHE ! CHAUDE ! Bonheur, tout le reste est oublié, enfin non, faut pas pousser !
A Kashgar, il y a des types qui aiguisent des couteaux sur des vélos bidouillés, ils pédalent pour faire tourner la meule, il y a des parkings pour les deux roues et d autres pour les ânes, je ne plaisante pas, il y a une grande statue de Mao, une grande roue qui donne a la fois une perspective sur la vieille ville ouighoure et sur le reste. Kashgar, quelques centaines de milliers d habitants, dans cette ville complètement isolée aux portes du Takla Makan, au pied du Muztagh Ata.
Après 80 jours très calmes, nous voici projetés dans cette ville si vivante, les taxis verts klaxonnent, les cireurs frottent, les barbiers rasent, on avale un plov contre l épaule de son voisin, on déambule, on se fraie un chemin, on retrouve un chargeur de piles pour remplacer le notre qui a rendu l âme, on fait réparer la chambre à air à defaut d en trouver une neuve avec les bonnes valves, on fouine, on reste ébahis et septiques devant les bocaux de serpents, d hypocampes et autres bestioles aux vertus indéniables, on mange avec des baguettes, on goute les épices et des fruits secs inconnus. On prend des odeurs plein les narines et des couleurs plein les yeux, le folklore continue. Kashgar a beaucoup d intérêt, mélange de nouveau et d ancien, vieille ville en terre et briques entourée par les tours illuminées la nuit venue, contraste terrible, quartiers très différents les uns des autres, pourtant si proches. On s arrange avec le pressing au coin de la rue pour qu il nous compte notre lessive au poids, pas à la pièce et on discute à fond avec les Pakistanais de l hôtel, et ils sont nombreux, pour prendre la température parce que c est ici que nous devons prendre notre décision.
La Karakoram Highway présente des sections bien défoncées entre Sost et Gilgit mais est sans risque jusqu  à Chilas, nous ne comptions pas aller plus loin en vélo, nous obliquerons ensuite en auto en partie jusqu au col de Babosar avant de nous laisser descendre jusqu à la première gare d où nous rejoindrons Lahore le plus rapidement possible sans séjourner à Rawalpindi ou Islamabad. La situation sur notre itinéraire est sûre dans la mesure ou elle peut l être, les problèmes ont lieu plus  à l ouest et nous n avons rien à y faire, de plus, c est fermé aux touristes. Nous ne sommes pas des têtes brulées, au moins nos voisins Pakistanais nous ont rassuré sur ce point : sur la KKH pas de souci. Quand on va voir les actualités sur Internet, le Pakistan fait peur mais tout est finalement très localisé et c est bien ça qu il faut comprendre, ce n est pas parce qu une bombe pète au pays basque que Brest est dangereuse…
Bon, en attendant on va déjà aller refouiner dans les bazars de Kashgar, se repaitre d odeurs et de vie avant de reprendre la route des montagnes avec des cols de nouveau à plus de 4000 m…
Karakoram, Muztagh Ata, Khunjerab, Nanga Parbat, Rakaposhi, il y a encore beaucoup de noms devant nous pour nous faire rêver…
 
 

Evènements en Chine.


Nous nous excusons de vous avoir laissés sans nouvelle durant ce long moment mais c est la faute aux Chinois. Le jour où nous sommes arrivés à Kashgar, tout contents de pouvoir communiquer nos dernières impressions, il y a eu de violents évènements à Urumqui à 1500 km de nous. 200 morts, bagnoles et bus brûlés, attentats, bombes, bref ça a bougé fort. Urumqui est la capitale de la province du Xingjiang, et Kashgar en fait partie. Le gouvernement chinois a rapidement donné ordre aux Chinois de rester chez eux, de ne pas se rendre à leur travail, seuls les Ouighours étaient dans la rue. Puis à Kashgar on a commencé à voir des convois militaires et des rassemblements sur la place principale, et tout a fermé, les boutiques, les boui-bouis, et aucun moyen de communication, internet coupé, même pour les banques, et téléphone à l international, idem, et ce pour au moins une semaine. Nous avons eu de la chance de récupérer notre linge à la laverie à temps, et de donner des nouvelles à mes parents in extremis. Après, plus rien, Kashgar, ville morte et peut-être en feu dans quelques heures.
Alors on a pris nos bagages et on a foutu le camp de Kashgar puisqu on ne peut rien y faire et puis on sera plus tranquille à la campagne.
Sur la route, aucun souci, pas plus de contrôle que d habitude même si on sent qu ils sont un peu sur les dents, on s est juste faits virer de notre bivouac au pied du Muztagh-Ata par des policiers casqués, armés, et gilet pare-balle, qui nous ont emmenés 7 kilomètres plus loin, parce qu ils ne voulaient pas qu on dorme dans la nature car ils sont responsables de notre protection. Ils nous ont traité avec douceur et sympathie, nous aidant même à faire et à porter nos bagages. Dans ce pays on a l impression que derrière chaque paysan il y a un militaire qui se cache, c est assez impressionnant.
Arrivés à Tashkorgan, toujours pas moyen de donner des nouvelles, on ne va pas attendre, alors on continue à avancer. Et on passe la frontière pakistanaise.
La Chine nous laissera vraiment cette impression de pays fliqué à mort, omniprésence, même si on sait que ceci est du en partie aux évènements d Urumqui. De Tashkorgan à la frontière pakistanaise, 140 km, nous ne pouvons pas pédaler, il y a obligation de prendre le bus, dans lequel il y a bien sûr un soldat, des fois qu on s évapore dans la nature... Durant tous ces évènements, les Chinois sont muets comme des tombes et les informations arrivent au compte goutte par les voyageurs qui arrivent de l étranger. Retour au temps des colporteurs.  D ailleurs on ne sait pas les raisons précises des évènements avant d arriver au Pakistan. Problème ayant dégénéré entre deux Chinois et des Ouighours, on  s en serait douté...
 

La Karakoram Highway, de Kashgar à Karimabad


Nous quittons Kashgar et entamons par la même la mythique Karakoram Highway, route qui va de Kashgar en Chine à Havelian au Pakistan. Le long de cette route bordée de pics vertigineux, deux cols : le premier à 4098 m et le second à 4655m, qui constitue la frontière entre les deux pays, la Khunjerab pass. Assez rapidememt la route s élève, d abord dans le canyon de la rivière Ghez, aux parois abruptes et éboulis peu rassurants, puis dans des vallées ouvertes et larges au pied de dunes de sable gris ou de prestigieux sommets tels que le Kongur à 7719 m et le Muztagh-Ata, à 7546 m.
Nous avons un peu de mal avec les jambes après trois jours de repos à Kashgar mais ça va revenir vite. Les peuplements sont Ouighours au début, puis Kirghizes et enfin Tadjikes à partir du premier col, juste sous le Muztagh-Ata. Nous avons une fois de plus pas mal de chance avec la météo puisque le jour où nous avons la vue sur tous ces sommets, le ciel est totalement dégagé. Les yourtes sont souvent en béton ici, comme à Karakol, encore un, on se demande un peu où sont les troupeaux. J ai l impression qu ils ont surtout des troupeaux de touristes qui leur rapportent bien plus que des troupeaux de yacks. En tous cas on se fait bien assez alpaguer et du coup on a tendance à fuir. Le Muztagh-Ata et le Kongur sont deux énormes massifs bien distincts, on passe vraiment au pied, c est splendide, une fois de plus. Le col  à 4098 m est bien passé, sous le soleil malgré la fraicheur. A Tashkorgan, toujours pas de liaison Internet ni de téléphone, donc nous ne nous y arrêtons que pour faire quelques provisions de bouche et nous renseigner pour le bus qui nous emmenera, nous et tout notre bazar, jusqu à la frontière pakistanaise. 140 km de no man s land où chaque touriste doit être escorté d une manière ou d une autre, nous monterons à 4655 m derrière les vitres et ça nous fait vraiment bizarre.
Ce sont des journées qu on appréhende un peu, mettre des vélos dans un bus, passer des frontières, se faire poser au sommet du Khunjerab pass... Tout s est passé au mieux, on a fait le trajet jusqu au col en regardant par les vitres de notre bus couchettes, le paysage très ouvert, la vallée très large, comme le col, et le bitume est nickel.
 
 
 
 
 
 

Pakistan, Karakoram Highway

 

Ce sont des journées qu on appréhende un peu, mettre des vélos dans un bus, passer des frontières, se faire poser au sommet du Khunjerab pass... Tout s est passé au mieux, on a fait le trajet jusqu au col en regardant par les vitres de notre bus couchettes, le paysage très ouvert, la vallée très large, comme le col, et le bitume est nickel.
Au chek-point pakistanais, au sommet, pas à la douane, qui est 85 km plus loin, les bidasses nous autorisent à descendre du bus et pédaler. Le motard français Alex, que nous voyons depuis Khorog, passe en même temps que nous. La descente, qui est mi piste mi route et le canyon sont hallucinants et ça dure des dizaines de kilomètres. On est heureux de retrouver des gens qui ont la banane car les Chinois sont plutôt fermés et pas très souriants (pas tous), et les camions décorés et plein de pouce en l air, bref, le Pakistan comme on l avait vu en 1994... Et puis ils parlent tous anglais, c est donc soudain beaucoup plus facile. Nous avons vraiment plaisir à retrouver ces gens, ce pays dont la géographie très tourmentée, une fois de plus , nous laisse complètement perplexes et ébahis. Il y a beaucoup d endroits où ça semble suicidaire de s arrêter, alors on passe le plus vite possible. Des pics blancs dépassent de temps à autres, forcément à plus de 6000 m, du bonheur malgré l état de la route, en travaux tout le long, et ce sont toujours les jaunes qui cassent du caillou et qui manient la pelle.
Et puis on retrouve des lieux connus, nous étions venus jusqu à Passu en 1994, et c est toujours aussi impressionnant. Nous faisons deux courtes étapes à cause d une météo défavorable et nous voici à Karimabad, 100 km au nord de Gilgit. Toute cette vallée de la Hunza est toujours aussi tranquille, certaines femmes n ont rien d autre sur la tête que des cheveux, les hommes sont relativement cools, je pédale cependant en pantalon et manches longues pour ne choquer personne. La vallée de la Hunza est tranquille car peuplée d Ismaeliens, disciples de l Aga Khan, c est une branche chiite mais ceux ci ne se prosternent pas, ne font pas le ramadan, les filles vont à l école, et les femmes sont relativement libres, et bien évidemment ils détestent les Talibans qui ruinent leur économie  à eux : le tourisme. Et le Pakistan comme ça , c est de la balle. Les hotels sont tellement peu chers et tellement bien par rapport a ce qu on a connu qu on ne  s enquiquine pas à camper, pour ce prix (2 à 5 E la double), on a parfois de l eau chaude dans une salle de bain privative et carrelée !
Voilà, on ne stresse pas trop pour la suite, on fera des parties en véhicule c est certain, il est hors de question qu on prenne des risques inutiles, on est sereins par rapport  ça.
Coté santé tout va parfaitement, à part mon coccyx toujours très douloureux. Sur le bitume ça va mais sur les pistes chaotiques c est assez pénible, je vais trainer ça un moment, c est pas méchant.
De la frontière jusqu ici, pas une seule fois nous n avons eu à sortir notre passeport, il n y  a pas de militaires partout comme en Chine ... Si vous pouviez nous voir au lieu d entendre les infos nous ne croieriez pas qu on est dans ce pays qui fait malheureusement trop souvent la une, cependant, nous verrons la suite...

 

Pakistan, la suite

 

Après l invasion du Tibet en 1950, la Chine a occupé des territoires au Laddakh, et au Pakistan. Tout échange entre les deux pays a stoppé. Alors  que la frontière chinoise avec le Kashmir Indien est toujours indéfinie, un réchauffement en 1964 dans les relations sino pakistanaises a conclu à un accord. La Chine  a rendu 2000 km carrés de territoire et l idée d un lien routier entre les deux pays a vu le jour.

 

En 1966, les deux pays s embarquent dans d un des plus gros chantiers du monde, une route à deux voies de 1200 km de long à travers les plus hautes montagnes du monde, Pamir et Karakoram, de Kashgar en Chine à Havelian au Pakistan. L itinéraire traversera des terrains qui étaient pour la plupart tout juste bons pour un chemin muletier. Les travaux dureront 20 ans, les deux pays travaillerons ensemble, beaucoup de main d oeuvre chinoise travaillant côté pakistanais. Beaucoup de pertes humaines.

 

En Aout 1982, inauguration officielle et ouverture aux touristes jusqu à Passu. Le 1 er Mai 1986, le Khunjerab pass s ouvre aux touristes. Mais le chantier n est jamais terminé... Les éboulements, les glissements de terrain, les tremblements de terre ont l air de toujours vouloir détruire ce que l homme essaie de construire comme si, ici, la nature ne voulait pas se laisser faire et voulait rejeter les hommes. Ici l espace temps change, une seconde ne dure plus une seconde mais dix car dans ce laps de temps il peut se passer tant de choses. Sur cette KKH, il ne suffit plus de regarder la carte et de dire : allez 70 bornes, on sera à tel endroit ce soir, ça ne marche pas. Il y a des ruisseaux à traverser, qui eux même traversent la route, il y a les bull dozers qui déblaient la route, il y a un obstacle tous les cent mètres, après lequel il faut relancer la machine, et puis avant de prendre la route il faut s assurer qu il n a pas fait un orage, que rien ne bloque. Bref, rien ne sert de prévoir des étapes car on n est absolument pas maitres de ce qui peut advenir en une journée. Le jeu en vaut la chandelle, cette route est un défi. Dans les gorges de l Indus, sur plus de deux cents kilomètres, on pense pouvoir affirmer qu il y en a moins de dix pour cent qui ne sont pas taillés dans la roche, parfois à une hauteur vertigineuse, et les barrières de sécurité sont bien évidemment toujours inexistantes.

 

Côté histoire de ces territoires du nord, en 1846, l Angleterre a annexé les territoires Sikks du Kashmir, du Laddakh et du Baltistan, un ensemble appelé état de Jammu et Kashmir. Ils ont vendu ça à un prince hindou et l ont proclamé premier maharaja du Kashmir. En 1889, pas rassurés par la présence des russes dans les parages, l agent anglais Durand amène sa propre police, envahit la Hunza en 1891, et tente d envahir Chilas mais échoue en 1893. En 1935, les scouts de Gilgit, milice locale est fondée par les Anglais. A partir de 1947 (indépendance de l Inde), le maharaja espérait son indépendance mais il doit choisir et se rallie finalement à l Inde ce qui révolte les vallées de Gilgit et alentours qui veulent être pakistanaises. Là commence la guerre du Kashmir. L ONU impose un cessez le feu mais la guerre reprend en 1965 et 1971 sur le glacier du Siachen, à 7000 m d altitude. Les provinces du Nord sont maintenant gouvernées par 24 membres, chapeautées par un chef de l éxécutif. Le gouvernement pakistanais est généreux en ce qui concerne le développement de cette région et ne prélève pas d  impôts directs, mais les habitants ne peuvent pas, par exemple, voter dans les élections nationales. Ayant combattu pour rejoindre le PAkistan, certains se sentent exclus. Le chef de l éxécutif est ministre dans le gouvernement pakistanais. C est donc bien un statut particulier qui régit cette région qui court de la frontière chinoise jusqu à Chilas. C est une région, on en a déjà parlé, qui est calme parce que pas du tout concernée par les problèmes liés aux extrémistes et majoritairement peuplée d Ismaeliens, mais entre ces provinces du Nord, accessibles et l Inde, il reste tout un territoire, inaccessible aux touristes, administré par le Pakistan, et sur toutes les cartes, les frontières sont en pointillés et annotées ... La terre doit-elle appartenir à quelqu un ?

 

A noter que le nom de Pakistan vient de :

 

P comme Punjab, A comme Azah Jammu, K comme Kohistan ou Kashmir, I comme Indus et S comme Sindh, et STAN pour la terre. On ne retrouve pas le Balouchistan ?

 
 

 En ce qui nous concerne, nous avons quitté les canyons encaissés pour une vallée plus ouverte avec sur ses bords, des cultures en terrasse et des villages perchés. On devine très bien les canaux d irrigation qui amènent l eau du pied des glaciers jusque dans chaque jardin particulier. Sous les canaux c est vert alors qu au dessus c est complètement minéral. Je ne sais pas  s ils ont des bisses aussi beaux que ceux du Valais suisse... La vue sur les sommets ne cesse de nous enchanter, Diran Peak, Rakaposhi, Batura, tous à plus de 6 ou 7000 m, on les a là , sous les yeux, des parois verticales de rochers et de glace étincelante, crevant le ciel de leurs pointes acérées, le monde vertical.  La Hunza est une région fabuleuse, avec des possibilités de treks infinies et des gens extraordinaires. Les gestes et paroles d encouragements sont spontanés et très nombreux, c est parfois une ovation, ou des applaudissements sur notre passage. A force de sourire, on va finir par choper des coups de soleil sur les gencives. Et on roule entre les superbes camions tout décorés aussi bien à l intérieur qu à l extérieur. C est vraiment unique.

 

Nous avons suivi la KKH, en vélo, jusqu à Chilas, limite des provinces du Nord, plus bas certains nous disent que c est encore dangereux, d autres nous disent que l armée a repoussé les Talibans contre les frontières de l Afghanistan voir de l autre côté  et que ce n est pas dangereux en ce moment. Nous ne voulons pas prendre de risques avec ça. Il y aurait bien un autre itinéraire mais les mêmes questions se posent et en plus un éboulement a embarqué un pont et pour l instant les voitures ne passent pas, apparemment les motos passent ... mais nous ?? De plus, s il en faut plus encore, nous nous sommes faits rattrapés par les grosses chaleurs, 39 degrés la nuit, je ne sais pas si ça vous dit quelque chose mais le corps, les nôtres en tous cas, ne récupèrent plus. De plus, Alex, le motard francais que nous voyons régulièrement nous annonce que le Pakistan serait passé en niveau 3 au niveau du risque pour les occidentaux donc nous ne trainons pas, nous prenons un bus puis un train et nous atteignons très vite   Lahore ou nous avons quand même visité la vieille ville et quelques monuments.Lahore est une ville phare du Pakistan, qui n a pas vu Lahore n est pas vraiment pakistanais disent-ils et c est donc aussi souvent là qu il y a des attentats. Pour nous c est une étape obligatoire avant la frontière indienne qui n est qu à trente kilomètres. La vieille ville de Lahore est un  labyrinthe de ruelles puantes, presqu écoeurantes tellement les odeurs y sont fortes et malheureusement ce ne sont pas les odeurs des é...pices. Il reste ça et la quelques vestiges de l architecture mais il faut vraiment chercher. Les rues les plus larges font deux metres, on y trouve de tout, c est un bordel monstre, mais où on nous a offert du yaourt frais, où on nous a accompagné au restaurant et offert le thé bref c est le coeur de la ville et ça vibre fort. Côté ambiance, il est évident que nous sommes déjà un peu en Inde sauf en ce qui concerne les femmes... La vieille ville de Lahore a fait revenir chez moi les premières images du film  : le parfum, je ne sais pas si ça vous dit quelque chose mais c était pas jojo, c était le moyen âge quoi !

Pour sortir de Lahore, j ai du, après quelques quintes de toux, mettre mon foulard sur le nez et la bouche, c est absolument irrespirable. Il y a les animaux qui tirent d énormes charrettes au milieu des mobylettes qui polluent aussi bien en gaz qu en bruit. C est inimaginable, je crains ce qu on va trouver en Inde. Il y a des travaux et l eau qui tombe par sacs entiers du ciel en cette période de mousson innonde le sol, les routes, le bordel ambiant. Il y a un tas de détritus continuel au bord de la route, ou se mélangent de l organique, du plastique et des cadavres d animaux, je ne vous dis pas l odeur, il ne fait pas moins 10 degres mais trente ou plus, et l eau, joli bouillon de culture...Il y a cette atmosphère lourde, très humide, cette moiteur désagréable, en permanence, même la nuit, rien ne sèche jamais. On n est pas faits pour ça, cependant on est contents de le vivre quand même, quelques jours ... Dans les champs innondés, il y a longtemps qu on ne voit plus de yacks, ils ont été remplacés par des buffles luisants et gras, que certains promènent en laisse ... Il y a des rizières et des gosses qui jouent dans l eau brune à longueur de journée en riant.

La frontière s est très bien passée, d un côté comme de l autre, une fois de plus des gens sympathiques, il a juste fallut attendre, une fois de plus, qu ils lancent le générateur car il n y avait plus d électricité, c est pareil ici en Inde. Tu prends une chambre avec clim, tu mets le prix et y a pas de jus, ça vaut un post dans le site internet intitulé : vie de merde !

Voilà nous sommes en Inde, à Amritsar, et nous jouons les touristes à pieds nus au temple d or mais vous aurez tout ça une prochaine fois car le titre de ce post, c était Pakistan.

 

 

Amritsar-Srinagar.

 

Bonjour,

La principale  attraction touristique, mythique et fantastique de la ville d Amritsar est le Temple d Or, le lieu sacré des Sikhs. Nous nous y rendons en rikshaw à pédales, oui parce qu il y en a à moteur mais ces derniers polluent et les cyclistes sont plus méritants. Le Temple d Or est en vue, nous laissons nos chaussures à l entrée, nous nous couvrons la tête et nous passons dans les pédiluves pour nous laver les pieds. Ensuite tout se fait à pieds nus sur le marbre blanc incrusté de motifs géométriques qui entoure le bassin au milieu duquel se situe le véritable temple d or, relié à la rive par le pont des gourous. Il y a des saris et des turbans de toutes les couleurs, des gens plus ou moins  fervents. Certains se baignent dans les eaux sacrées, d autres achètent et portent des offrandes, la plupart ne font que se promener, comme nous et  gouter au calme que procure cet endroit, qui nous coupe soudainement de l effervescence et du bruit de la rue. Le Sikhisme est une religion relativement ouverte, autant qu une religion peut l être, certains me comprendront, c est un mélange au départ d hindouisme et d islam. Dans chaque temple, il y a un réfectoire et les pélerins, qu ils soient sikhs ou non, peuvent y manger gratuitement. Les vrais Sikhs portent le chignon sur le devant du front, enveloppé dans un turban qui retient leurs cheveux qu ils ne coupent normalement jamais. Ils portent aussi un sabre, plus ou moins long, les femmes comme les hommes. On est restés un moment dans ce lieu, c est paisible et silencieux, c est propre, ça tranche du reste.

Puis on a mis les vélos dans le bus encore et on s est rendus à Dharamsala, c est  la résidence du gouvernement tibétain en exile depuis 1959. C est la donc que réside le Dalai Lama. Nous ne l avons pas vu, nous avons encore vu des gens qui passent leur journée à marmonner des  paroles, assis cette fois ci devant une statue de Boudha, puisque ce sont des boudhistes. Il y a des moines habillés en rouge et rasés et des fidèles qui eux aussi lisent des mantras en buvant du thé. Le lieu n a rien de paisible et c est même un sacré beau bazar, pour être polie, dès qu on sort en ville. Mcleoganj n est pas franchement un exemple de propreté, et ne donne pas envie d y rester plus qu il ne faut. Le musée qui retrace l histoire du Tibet à partir de l invasion chinoise est très intèressant. 

Et on a remis les vélos sur le bus, qui est parti avant qu on ait fini de les attacher, Michel a fait dix bornes à éviter les branches basses car le chauffeur était visiblement encore plus pressé que les autres. Alors on a continué en bus parce que les paysages ne sont pas mieux que ça, parce qu il fait toujours très chaud et très humide, mousson oblige et qu on préfère filer pour passer plus de temps ensuite au Zanskar par exemple. La circulation fait peur, on appréhende d avoir à rouler. Quand on est dans le bus on se dit que l espérance de vie d un cycliste ne doit pas dépasser quelques minutes, c est de la folie, ils doublent n importe où, se rabattent in extremis, klaxonnent à tout va, c est impressionnant. On est descendus du bus à Udhampur un peu au nord de Jammu, oui parce que les parties montagneuses, on aime bien les pédaler quand même et puis on n est pas venus que pour se faire trimballer. Et une fois qu on est dans la circulation, on se rend compte que ça ne va pas si mal. En fait leurs coups de volant et coups de freins violents servent à éviter les obstacles alors quand on est dans le bus c est du délire mais quand on est sur le bord de la route on ne se rend compte pratiquement de rien, ils s écartent bien et on roule assez détendus. 

Au bord de la route, les signes et les photographes sont toujours aussi nombreux, moins toutefois que les militaires. Ce n est pas difficile il y en a un tous les deux cents mètres, la route est surveillée en totalité et il n est pas rare qu on voit des têtes sortir des fourrés sur notre passage. Il y a des singes aussi, en pagaille et on les craint plus que les militaires, parce que certains nous montrent un peu les dents, les militaires aussi mais c est pour sourire...

Nous avons traversé sans encombre la chaine du Pir Panjal, qui sépare Jammu de la plaine du Kashmir, ou Cachemire, comme vous voudrez. La route est taillée à flanc, et les klaxonnent résonnent bien, la circulation est très dense, ajoutons les convois militaires et c est une file ininterrompue. La dessus quelques bonnes averses de mousson, quelques beaux precipices et quelques groupes de singes, vous y êtes. Nous aussi.  Le Pir Panjal, c est très vert, c est très découpé et ça se termine par un tunnel pour passer sous les plus hautes crêtes avant de basculer sur le Kashmir. Le tunnel est à 2200 m d altitude, n est pas éclairé, est composé de deux boyaux de 3 m de large chacun, fait 2.5 km de long. On a pris notre respiration et on s est lancés avec nos frontales en marche. Au début on voyait un peu mais la suite était vraiment très noire, et nos frontales pour ainsi dire inefficaces. On espérait un véhicule  à l  arrière pour nous éclairer mais les bidasses sont tellement bien que derrière nous ils avaient coupé la circulation pendant dix minutes. C est une sensation, une expérience. Heureusement il était très bien ventilé.

De l autre côté, nous voici donc en plein Kashmir, là où ça fait vingt ans que ça pète, et que ça ne pète plus trop depuis un an seulement, le tourisme reprend gentiment. Et ça vaut le détour, la vallée est magnifique, des rizières en terrasses, puis à plat, très vert, de l eau partout même si l influence de la mousson est déjà ici beaucoup moins forte. Dans la journée nous arrivons à Srinagar. C est une ville très particulèere ; sur fond de montagnes très boisées, très vertes, la ville est à moitié sur l eau puisqu une partie de la population vit sur des house-boats sur un lac. Les colons anglais sont à l origine de ces habitations flottantes, en effet ils n avaient pas le droit de posséder du terrain donc ils avaient fait construire des bateaux et vivaient dessus, amarrés en permanence. Certains sont luxueux, d autres sont des taudis. En prenant les passerelles et les sentiers, on se promène entre les canaux où naviguent les shikaras, c est comme les gondoles à Venise sauf qu ici il n y a pas de bâtiments. Dès qu il y a de la terre ferme il y a des jardins. Les bateliers n arrêtent pas de nous alpaguer et le truc c est de loger sur un de ces house boat, mais avec les vélos, pas très pratique, nous restons à terre. L autre particularité de Srinagar, ce sont les jardins dans les villages environnants, jardins qui datent des Moghols. Nous en avons visite deux.  Srinagar est à grosse majorité musulmane et c est ici que les troubles furent le plus sérieux entre hindoux et musulmans, toujours depuis 1947. C est dommage. C est très très militarisé, et la suite sera pareille jusqu à au moins Kargil, mais ces bidasses sont souriants et serviables, leur présence est finalement moins oppressante qu en Chine. 

Voilà, nous reprendrons la route après demain, nous avons encore beaucoup de canaux et de ruelles à découvrir ici avant de reprendre de l altitude, direction le Laddakh et le Zanskar, et ça promet d être beau. 

Côté santé et pratique, rien de spécial à signaler, on a un peu du mal à varier notre alimentation mais au moins ce qui est bien en Inde c est que le lait et le fromage frais sont présents partout, synonyme de pureté, les vaches sont sacrées, vous le savez. Les températures sont chaudes mais supportables et c est déjà un peu plus sec, une ou deux averses par 24 heures, ça va.

Ces trajets en bus et train qui ont duré neuf jours je crois ont coupé notre voyage de cette année en deux parties. Pendant cette première période nous n avons fait que pédaler, maintenant, nous allons faire un mix de vélo et de trek, pour profiter un peu des régions traversées et nous octroyer des jours de calme loin de la circulation qui, on le sait, sera tout le long ce qu on appelle infernale. On s est habitués très vite à l effervescence, au bruit, à tout, au mode de fonctionnement indien, et on commence à bien apprécier ce pays.

Ciao à la prochaine.

 

 

Srinagar-Leh

 

Après deux agréables journées à Srinagar à arpenter jardins et canaux, nous nous  remettons en route, la circulation est moins dense et c est bien tant mieux. Dans la journée, nous passons du bord du lac au fond de la vallée du Cachemire à des vallées aux allures très alpines, où nous restons d ailleurs une journée à marcher au bord des torrents au pied des glaciers. Puis l univers se fait plus minéral et une fois passé le col de Zojila à 3529 m la pancarte “Bienvenue au Ladakh” marque la frontière entre cette région aride et le verdoyant Cachemire. La route est étroite, souvent mauvaise, les gorges encaissées, le relief très casse pattes mais nous avançons bien.

 

 

Passé Kargil, nous quittons le monde musulman et ce sont maintenant des stupas et des drapeaux à prières multicolores qui bordent la route, et c est plus gai. A Mulbekh, au terme d une étape difficile, nous assistons à une petite fête, les femmes sont en tenue traditionnelle, coiffées de très lourdes parures, chargées de pierres turquoises.  Puis nous avons renoué avec la haute altitude en passant dans la même journée un col à 3880 m puis un second à 4150 m. Contrairement au Tadjikistan, où parfois on ne redescendait guère entre deux cols, ici, on plonge et on remonte. Mais quelle récompense quand on descend de l autre côté sur le village et monastère de Lamayuru, au milieu de paysages une fois de plus, somptueux, très différents de ce  qu on a déjà vu, et très impressionnants.

 

 

Et puis à force de prendre des lacets, de monter et de descendre, bref de pédaler, nous avons rejoins l Indus, très en amont de là où on l avait laissée au Pakistan. La route est taillée à flanc, tantôt en hauteur tantôt au bord de l eau et c est vraiment superbe. Une halte à Alchi nous permet de visiter des temples très différents de ce qu on a vu à Lamayuru.

 

Les maisons laddakhies ont des fenêtres en bois qui sont très travaillées, sculptées, ces maisons sont d ailleurs assez cossues. Nous n avons plus l impression d être en Inde, c est propre, les gens sont des montagnards qui vivent pour ainsi dire en autarcie. Le foin, les abricots, les bouses, tout sèche sur les toits, plats, car malgré l altitude et le froid, les précipitations sont trop faibles pour qu il y ait beaucoup de neige. Nous n avions jamais mis les pieds auparavant en pays boudhiste, tout est nouveau pour nous et c est tres coloré. Nous trouvons toujours à nous loger, soit chez l habitant soit dans des petites hotels. Nos journées sont ponctuées par de nombreuses rencontres, brèves et éphémères mais sympathiques, dans l échoppe ou l on achète un coca, on apprend que l hiver a été trop chaud et le printemps glacial, au check-point le policier me raconte qu il a quatre enfants, trois filles et un garçon, qu il gagne bien sa vie, 15000 roupies mensuelles ( 68 roupies pour 1 Euro), qu il  est originaire de la vallée de la Suru au pied du Kun et du Nun, deux sommets de plus de 7000 m, (hein Jean Marie !), bref des petites choses de la vie courante.

 

Les ouvriers le long des routes nous font des ovations, et moi j ai envie de leur dire d activer un peu qu on ait du beau macadam la prochaine fois. Ils sont très nombreux, restent assis et ne font pas grand chose à part boire le thé et tatouiller. Les femmes ont de grandes nattes noires et une jupe qui recouvre le pantalon, elles ont l air énergique et dynamique et travaillent dur.

 

 

Le vent est très fort, heureusement pour nous, nous l avons le plus souvent dans le dos et il nous aide bien. Cette route qui relie Srinagar à Leh puis Manali est encore un défi, tant pour sa construction, que pour nous le fait de la pédaler. Nous rencontrons depuis quelques jours beaucoup de touristes occidentaux et quand ils nous demandent quel trek on est venus faire et qu on leur dit ce qu on fait, une fois de plus on se rend compte, un peu, de l ampleur de la tache. Physiquement c est difficile, les routes ou pistes sont souvent mauvaises et demandent une attention de chaque seconde, quand on fait un kilomètre sans donner un coup de patin ou sans sauter dans un trou, c est presque l euphorie. Nous avons la pêche, on n a pas senti le dernier col à plus de 4000 m, ni dans les jambes, ni dans le souffle, la motivation est toujours là.

 

 

Nous sommes arrives à Leh, et cela marque une étape, nous allons rayonner par là autour, à pied ou à vélo pour une petite vingtaine de jours. Le Dalai-lama y arrive demain, si on veut le voir il faudra se lever tôt mais pourquoi pas. Nous vous tiendrons au courant de nos excursions, qui s annoncent, une fois de plus, à couper le souffle , dans tous les sens du terme…

 

Ciao.

 

Excursions autour de Leh.

 

Bonjour à vous, 

Je ne sais pas si nous sommes un peu fèlés ou si c est normal mais l idée  nous a pris d aller visiter les vallées de la Nubra et de la Shiok en vélo depuis Leh. Alors pourquoi fèlés ? Parce que le trajet implique de passer un col, le Khardung-La, dont l altitude est de 5358 m, et qui est, soi disant, le plus haut col carrossable de la planète. Beaucoup de cartes le mettent à 5602 m mais ne nous méprenons pas, il est déjà assez haut comme ça. Nous voici donc partis, avec notre permis en poche et des sacoches allégées pour 40 km et 1750 m à monter sous le soleil, entre les convois militaires, les 4 x 4 bourres de touristes que bien évidemment nous maudissons. La barre des 4000 m est très vite passée, on a l habitude, on n en fait plus de cas, c est la septième fois cette année à vélo. Poste de contrôle, tout est bon, nous poursuivons. 

Nathalie, on est à combien ?

5120.

Ah, très bien, on a passé les 5000 m sans s en rendre compte, on ne souffle pas, la pente est régulière, la piste  de plus en plus moche a remplacé le macadam. Les bagnoles nous doublent avec des VTT sur les galeries. En fait, ils montent les touristes qui ne font que la descente, on en croisera plein, ils ne font même pas signe, la haine, on n est pas du même monde, tourisme de masse, même ici, trop con.

En ce qui nous concerne, nous monterons tout sans mettre pied à terre. On débouche au col à 14 heures, 6 heures après être partis, on est frais, on est passés comme des fleurs. 5358 m, en vélo, avec notre tente, nos duvets, le réchaud, la bouffe, bref, en vrai cyclo, trop bon ! On a l impression d être plus hauts que les montagnes alentours. Au loin, on voit les sommets du Karakoram oriental et à nos pieds s étend la vallée et s étirent les lacets qui vous nous conduiront jusqu au fond, à 3300 m. Mais il est tard, on a pris beaucoup de temps au col et j ai crevé en descendant. Nous campons au check-point et les militaires nous proposent un tas de services qui vont de l eau chaude à la couverture...Le lendemain matin au réveil, nous avons l immense surprise de découvrir deux cyclos français dont une femme sur un tricycle couché, quelque peu irréaliste sur ce genre de terrain bien qu apparemment ce ne soit pas autant inadapté qu on pourrait le penser (http://transhimalaya.blogspot.com)

C est la descente sur la Nubra et la Shiok qui nous coupe le souffle, très beau. On a sillonné les deux côtés de la vallée pendant deux jours, visite des gompas (monastères) et marche dans les dunes de sable de Hunder. La vallée de la NUbra devrait être préservée plus qu elle ne l est, tout le monde y vient en Jeep ou presque... Nous avons remonté le col en bus et nous avons fait la descente sur Leh à vélo, 40 km sans donner un coup de pédale, c est quelque chose. 

Le temps de faire quelques courses, de troquer les sacoches contre les sacs à dos et nous voici repartis direction le Pangong-Tso. C est un grand lac un tiers sur l Inde, le reste sur la Chine. Nous y allons en Jeep, un peu la mort dans l âme car entre temps nous avons appris que c était jouable en vélo et qu il y a même deux bus hebdomadaires. En plus, nous n avons trouvé personne pour remplir l auto. La plupart des gens font l aller retour dans la journée, ne restant que trente minutes au bout du lac mais nous voulons bivouaquer là bas. Après encore un col aà5290 m, avec une route suspendue à flanc de coteau, nous descendons jusqu au lac à 4250 m, qui étale ses eaux d un bleu profond au milieu de montagnes toujours très arides, très minérales, mais très claires. Nous y avons donc campé, profitant de l éclairage du soir et du matin, profitant aussi du calme. Les infrastructures sont quasi inexistantes et il n y a ainsi dire personne, c est pas mal.

Sur le chemin du retour, nous avons visité le grand gompa de Thiksey avec sa non moins grande statue de Boudha. Nous sommes un peu en vacances dans le voyage, on a posé les vélos pour deux semaines, demain nous partons pour une bonne dizaine de jours de marche dans le Zanskar histoire de  s en mettre encore un peu plus plein la vue. Quand nous repassons à Leh c est un peu comme si on rentrait à la maison, nous sommes dans une petite Guesthouse dans la vieille ville, où ils nous gardent toutes les affaires dont nous n avons pas besoin à chaque fois, c est notre pied à terre, et on y est bien.

On a aussi nos habitudes dans un petit restaurant où nous nous sommes d abord empifrés de pizzas et de frites avant de passer aux plats régionaux et aux mets locaux.  Bref on vit pas mal en ce moment, c est plutot cool même si à Leh, il y a beaucoup, mais alors vraiment beaucoup trop d européens. Ca va se tasser, on a passé le 15 Aout. 

Pas mal de nouvelles photos dans la galerie, pour finir on prend presqu au hasard tellement le choix est difficile.

Ciao et à une prochaine.

 

 

Trek au Zanskar,

 

Si la dernière fois on se posait encore la question, aujourd hui on pense pouvoir affirmer qu effectivement, nous sommes un peu fèlés !! Nous sommes partis, le coeur léger et les sacs très lourds pour onze jours de marche dans le massif du Zanskar, en quasi autonomie, sans guide, sans mule ni âne ni cuisinier. Nous avons une carte, une boussole et un alti, et aussi un compagnon français de 23 ans qui arrive de Madras à moitié à pied à moite en bus : Yoann.  Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre au niveau des ravitaillements mais à priori il n y a pas grand chose donc nous avons pris pour 6 jours d autonomie et le reste, on prendra tout ce qu on trouvera en cours de route, quite à demander dans les hameaux qu ils nous fassent du pain et consommer du yaourt directement sur place, ce que nous ferons. 

Le trek commence par 3 heures de bus, celui ci nous pose au bout du pont piéton qui enjambe l Indus à Nurla. De là, nous nous enfonçons dans le massif. Je ne vais pas vous faire un descriptif de nos journées, ce serait très ennuyant pour vous. Nous avons traversé des gorges impressionnantes sur des sentiers taillés dans la roche surplombant les rivières, nous avons franchi des cols du sommet desquels nous avons savouré des vues fantastiques sur ce massif complètement minéral, hâché, découpé, torturé. Les couleurs de roche vont du jaune au noir en passant par le gris, le pourpre, le rouge, le vert, c est incroyable, de même que les formes : de la dalle bien lisse aux lames acérées, des schistes, des conglomérats à l équilibre précaire, des cheminées de fées violettes et au fond des vallées, des cultures d un vert vif, en terrasses, avec des canaux d irrigation. Nous avons vu des villages perchés avec les maisons disposées en escalier, blanchies à la chaux et des gens qui s activent pour assurer en quelques mois estivaux la subsistance pour les longs mois d hiver à venir, nous avons vu encore des visages burinés qui paraissent deux fois leur âge et des vêtements traditionnels d une autre époque.

L itinéraire que nous avons emprunté est relativement couru, les autochtones voient trop de touristes et les relations ont du mal à être autres que purement commerciales, c est dommage. Nous avons croisé des moines drapés de pourpre et des caravanes d ânes. Beaucoup de villages ne sont pas encore accessibles aux véhicules alors les gens marchent, ca ne durera pas, les bull dozers font des incursions avancées dans presque toutes les vallées et transforment en piste le sentier et en route la piste.

Nous avons bénéficié d une météo agréable, un peu nuageuse, les moutons blancs restant accrochés sur les sommets, nous avons aussi eu de la neige et des températures négatives lors des derniers camps à 4900 m d altitude mais rien de méchant. Les divers monuments  religieux sont absolument partout, drapeaux et moulins à prières, stupas et gompas, et il continue même à s en construire de nouveaux. Nous avons bien profité de ces jours de marche même si le sac, trop lourd, nous a un peu gâché le plaisir, et nous avons terminé notre traversée à Hémis, le plus grand monastère de la vallée de l Indus. Nous avons été déçus, nous avons été obligés d y dormir, c est un piège à touristes, un taudis, ordures empilées au bout du couloir, béton brut et piège par terre, il faut faire attention ou on met les pieds, pour le prix d un hôtel correct, ni eau ni électricité, et le restaurant attenant, monopole oblige, est lui aussi une belle arnaque. Je ne cacherai pas que toutes ces manifestations, sous diverses formes, de la ferveur religieuse, quel qu en soit le culte, commencent à m agacer. On voit des moines se promener fièrement dans les villages ou marmonner pendant des heures, faisant "Gong" sur un tambour toutes les dix secondes, se faire nourrir et loger, alors qu à côté les petites gens en haillons triment dans les champs. Et ceux que j appelle les moinillons ne sont que des gamins de 7 ou 8 ans, déjà enbrigadés et bien conditionnés, c est désolant, même s ils ne sont sûrement pas les plus malheureux.

Bien sûr le Boudhisme est soit disant une religion qui se veut pacifiste, les stupas font jolis dans le paysage et les moulins à prières et statues bien kitsch sont très photogéniques, comme les drapeaux mais il est inquiètant de voir qu à notre siècle, ces croyances en des choses toutes imaginaires occupent tant de place dans la vie des gens. Malraux avait raison quand il disait que le XXI S sera religieux ou ne sera pas.

Je m égare et me disperse. Ce trek nous a donné envie de revenir marcher dans la région, mais plus en profondeur, plus loin des circuits courus où l on croise d abord les touristes en collant, puis la caravane d ânes avec sur leur dos, les chaises pliantes et les chiottes portatifs..., loin des populations trop habituées à voir des occidentaux, mais alors une question se pose : ne vaut-il pas mieux laisser ces gens tranquilles ? Nous touristes, les avons transformés par nos comportements, ne faut-il pas arrêter ça plutôt que de vouloir aller voir ceux qui sont encore authentiques et les changer à leur tour ? En même temps on participe à l économie locale, alors ? Mais où est la notion de progrès ? Qu est ce que le progrès ?

Le Zanskar est immense, inexploré, beaucoup d endroits sont inaccessibles, la géographie de ce coin de planète ressemble à un immense chaos, c est assez fascinant. Nous aimerions rester plus longtemps mais nous avons du chemin à faire.  Après ces deux semaines d entracte, nous reprenons les vélos en direction du Népal, avec quelques détours sur la route, nous vous tiendrons au courant. Nous allons nous diriger vers Manali.

A part ça, nous avons retrouvé avec plaisir les rues animées et agréables de Leh, atmosphère calme dans un cadre exceptionnel, même s il est dangereux de  s y promener la nuit tombée : le risque de marcher sur un chien errant qui dort en boule est énorme et celui d entrer en collision avec une vache noire (la noiraude ?) invisible dans la nuit est important...

Maintenant les choses sérieuses vont reprendre avec des cols à plus de 5000 m à passer et les paysages seront forcement à couper le souffle...

Ciao

 

 

Leh-Chandigarh,

 

Il s est passé beaucoup de choses depuis dix jours, tellement qu on a l impression que c était il y a un mois. Nous n avions pas vu la pluie durant notre séjour à Leh mais  le matin de notre départ, évidemment... Nous partons quand même et avons raison. Le premier col que nous devons passer s élève à 5328 m. Nous montons à 4200 m le premier jour, ne laissant que 31 km et 1100 m de dénivellée pour le franchir le lendemain. Mais de nouveau il pleut, et de nouveau nous partons, la pluie se transforme en grésil, puis en neige. Nous sommes à 5 km du col, à 5200 m quand les bourrasques terribles, de face, de neige, nous obligent à un bivouac improvisé sous le mur de soutènement de la piste. Un automobiliste nous donne du Coca, des pommes et des bananes, une couverture malgré nos protestations, du thé chaud et des biscuits. Nous ne demandions que de l eau. Troisième matin, nous franchissons enfin le Tanglang-La, second plus haut col carrossable au monde ! Et de un ! Nous profitons d une météo favorable pour faire une longue et magnifique mais harassante étape. Quatrième jour, sous le soleil, nous passons deux cols, le premier à 5060 m, le Lachung-La et le second à 4950 m, le Nakeela et entre les deux il y a de quoi s amuser dans les lacets mais il fait beau, nous avons le vent dans le nez, nous faisons encore une étape de fous. Dans la nuit il se met à neiger, nous devons secouer la tente toutes les dix minutes, ça plâtre bien. Au matin, la question est de savoir si on attend un jour ou si on prend un véhicule tout de suite, le prochain col est à 5000 m, nous sommes début septembre, si l hiver est précoce, la route peut éventuellement ne pas ouvrir avant le printemps bien qu officiellement ouverte jusqu au 15 Septembre. Bref, nous sommes dans l inconfortable position, coincés dans une zone de hauts cols sous la neige, nous décidons d attendre un jour, et c est long une journée dans notre espace vital réduit, et dans le doute.

Mais la chance, si l on peut dire, est avec nous, la limite pluie neige le lendemain se situe vers 4600 m, nous retrouvons nos vélos et partons sous le soleil. A 4840 m, on voit une longue file de véhicules arrêtés, le col est fermé, 6 kilomètres avant le sommet, tout le monde patauge dans la gadoue, les camions tournent car les mecs ont froid, les gazs font un nuage, la vie de château... On mange dans un resto-tente et pendant ce temps la police annonce que c est bon, le col est ouvert, on laisse passer tous les véhicules afin qu ils nous ouvrent un passage que l on voudrait correct mais nous serons tout de même contraints de pousser le vélo dans la neige par moments, et la neige c est comme le sable, ça n a guère de consistance. Ce jour là, après encore un orage et une crevaison, nous arrivons au terme d une étape de 107 km dans une bourgade où nous pouvons prendre une douche chaude et goinfrer dans un vrai resto, du pur bonheur... Le quatrième col, le Baracha-La, 4950 m, est passé. Il n en reste qu un, le pire.

Il n est pas très loin mais les jambes tirent et nous empêchent de le passer le jour suivant, nous bivouaquons 600 m en dessous et le passons le lendemain, sous le soleil, mais dans la boue. Il nous faudra en revanche 4 heures pour descendre 40 km dans le bourbier au milieu des camions, des bagnoles, des gazs, des klaxons, au bord des précipices, dans les flaques et les trous, la caillasse. Heureusement il fait beau. Nous avons franchi le Rothang-La à  3950 m, c était le dernier des hauts cols.

Nous avons réussi à enchainer la Pamir Highway, la Karakoram Highway et cette route Srinagar-Leh-Chandigarh, qu il faudrait nommer la Ladakh Highway et c est quand même une belle satisfaction, on a relevé le défi, on en a pris plein les yeux et plein les pattes, je pense avoir perdu pas loin de dix kilos, Michel n a pas bougé, on se sent bien. On a soumis l organisme à des choses rudes mais franchement il faut venir faire ces routes une fois dans sa vie, la grandeur n a pas de commune mesure avec ce qu on connait chez nous. Tout est énorme : les montagnes, la chaleur, les vallées, le vent, l effort, les tempêtes, la splendeur, les couleurs, la pluie.

On se croyait arrivés, il nous restait juste à nous laisser couler vers la plaine, il n en fut rien. En 60 km, record battu, des montagnes russes à l infini dans un paysage vert à en pleurer, plus de 1500 m de dénivelée positive, pas un hôtel, une file ininterrompue de camions qui crachent noir, et qui n avancent guère plus vite que nous, qui nous crachent aussi leurs décibels,vacarme assourdissant, foulard sur le nez, sous la chaleur. J en ai pleuré de découragement, ça faisait 4 ans, tour du mont blanc 2005, que ce n  était pas arrivé. Le soir sous la douche, après 112 km tuants, ça coule noir et les bronches et la gorge hurlent leur douleur. On a retrouvé l Inde, la vraie, avec sa circulation démente, ses vaches, ses ânes, les chiens , les piétons, les cyclistes, les autorickshaws, les gosses, dans un brouhaha constant, nuit et jour. L Indien ne peut pas vivre sans bruit, il est perdu, ça fait partie intégrante de sa vie et si par hasard, pendant une seconde il y a un relatif silence, il se hâte de remédier à cet état de fait. On a retrouvé les saris colorés, les bazars grouillants, les hordes de singes qui en ville, affectionnent particulièrement se promener en  l air sur les fils électriques.

On  est passé des hauteurs minérales et terriblement arides à un climat quasi tropical, fin de mousson oblige, en quelques heures, passé de la roche omniprésente aux palmiers, au climat humide et chaud, de la collerette anti froid du duvet au ventilo dans la chambre, à fond, en l espace d une journée. Le corps encaisse.

On a  quitté le bouddhisme et retrouvé l Hindouisme.

Le Boudhisme est une religion monothéiste. Bouddha, de son vrai nom Sidarta Gautana, est né en 560 av JC. Après une enfance un peu spéciale, il vécut auprès des Brahmanes, prêtres hindous et estima que la voie du jeune et de la mortification, comme celle de la luxure et du  désir étaient sans issue. Il  s installa sous l arbre de la connaissance, un figuier, médita et parvint  à la connaissance des quatre vérités universelles : la souffrance humaine, l origine de cette souffrance, la suppression de cette souffrance et le moyen d y parvenir. Il était devenu" l illuminé". Il consacra le reste de sa vie à convertir des humains et mourut à 80 ans et atteignit le nirvana, l état qui marque la fin du cycle des réincarnations... La doctrine bouddhiste est née du rejet de l autorité abusive des brahmanes et du système des castes de l Hindouisme. C est un moyen de briser la fatalité du cycle des réincarnations en cherchant la vérité à travers sa propre expérience. La connaissance des 4 vérités mène au salut. Le Bouddhisme est associé au yoga, technique qui facilite l accession au nirvana : contrôle des sens, maitrise de l imagination, suppression de la sensibilité, concentration spirituelle. Le Bouddhisme se situe donc entre religion et sagesse et se divise en deux courants principaux : le petit et le grand véhicule. Cependant l existence des boddhisatvas : sages qui renoncent au nirvana pour venir en aide à l humanité, intermédiaires entre l homme et le Bouddha, et leur sacralisation, fait alors du Bouddhisme une religion, et non plus seulement une sagesse.

Alors que l Hindouisme est une religion polythéiste vieille de 3500 ans et dit que nous passons par une série de réincarnations pour atteindre la délivrance. A chaque réincarnation l individu s éloigne ou se rapproche de cette délivrance. Mauvaises actions = mauvais karma = on s éloigne. Les trois principaux aspects de la pratique sont la prière ou offrande, la crémation des morts et les règles régissant le système des castes... Le Dieu suprême se présente sous trois formes : Brahma, Vishnu et Shiva. Le panthéon est treè large, des millions de divinités. La vache est sacrée. Ganesh, Hanuman, Devi... Shiva  demeure sur le Mont Kailash et aime fumer le haschish.

Comme on ne se nourrit pas beaucoup de spiritualité, et qu on préfère parler de korma que de karma, on mange des "momos", raviolis fourrés de viande, de légumes, de fromage, de purée, au choix, de "sizzlers", plat de légumes et de riz, de "chapatis", pain plat fait de farine, d eau et de sel, un peu fade, de "dal", lentilles, de "chowmein", pâtes chinoises et légumes.... Les Indiens sont la plupart du temps végétariens et il y a un tas d établissements où l on ne peut consommer de viande. Alors dans ce cas, nous avons avalé des oeufs ou du lait... On mange bien.

La population est différente maintenant qu on est redescendus, ils sont très intéréssés par nos vélos et beaucoup font signe mais ça s arrête là. Cependant pour l instant ils sont serviables et honnêtes, pas crampons, respectueux et les gamins sont polis et ne réclament rien.  Sur la route ça ne passe pas trop mal, ils klaxonnent : ce n est pas parce qu on dérange mais pour faire signe ou pour prévenir, ça nous casse bien les oreilles et on a du mal parfois à ne pas perdre patience. La tactique pour rouler c est de laisser un mètre de marge car ils ne  s écartent qu au dernier moment. Ce mètre nous fait une marge de sécurite si c est trop juste. Vu de l extérieur, vous penseriez qu à chaque véhicule on va se faire shooter, on en a pris l habitude, ici, c est comme ça, par contre, les véhicules qui nous doublent, en général, ne nous font pas de frayeurs. Le trafic étant ce qu il est, ça ne roule pas vite, les routes sont sinueuses et obligent à une certaine vigilance. Nous ne pouvons pas nous permettre une seconde d inattention, c est usant.

Nous sommes maintenant à Chandigarh, ville dessinée par Le Corbusier, où nous sommes arrivés sous une pluie diluvienne qui dure depuis deux jours, après une journée de repos forcé dans un hôtel isolé au bord de la route on a décidé ce matin d y aller quand même, et ce fut encore épique, quarante centimètres d eau dans les rues et les trous, c est du sport. Une chose est sûre, on a rudement bien fait de faire refaire des sacoches imperméables, c est efficace... A Chandigarh, je suis en ce moment devant l ordi d un type qui nous a invités alors qu on en bavait dans les cols, on a pris une douche dans une baignoire en marbre vert, l écran plat est énorme, et à mon avis, on va finir de manger très tard, car il y a du monde. Nous avons visité une chose ou deux mais y retourneront demain car il faisait trop sombre. Nous sommes comme des coqs en pâte, pas trop malheureux pour le coup, alors on se laisse un peu faire...

Allez à une prochaine, on nous attend à table, le voyage continue...

 

Chandigarh- Sources du Gange,

 

Notre hébergeur, Gugy, à Chandigarh, ne nous en a pas voulu de nous voir débarquer à passé 19 heures, alors que nous devions nous sauver de cette ville à midi. La visite des bâtiments administratifs dessinés par Le Corbusier nécessitant des autorisations, le temps file vite et nous n avons pas eu trop de la journée pour les visiter et retourner voir le jardin de Nek Chand, qui serait un peu dans le même esprit que celui du facteur Cheval en France. Gugy a tout ce qu il veut, peut tout s acheter, possède même une Tissot à écran tactile et quand je lui ai demandé : " Mais alors pourquoi tu nous invites, nous, tout dégoulinants et avec nos bagages plein de boue ?", il répond qu en fait on le fait rêver, qu il aime les aventuriers de notre espèce, qu il ne peut pas acheter cç : le rêve. On a passé encore une bonne soirée, bière fraiche et bon repas, photos, super. Les bâtiments de Le Corbusier vus de l extérieur ne sont que de gros cubes de béton, seules l assemblée législative et la cour suprême offrent quelque chose à voir, il est vrai que c était il y a soixante ans... et assez avant-gardiste et bien pensé.

Nous avons repris la route sous la flotte, difficile de s arracher du confort dans ces conditions là mais ça n a pas duré et nous n avons pas eu de pluie depuis ce jour là. Après deux jours de plaine ou presque, nous avons vu le plus grand stupa du monde  à Dehra Dun dans une communauté tibétaine et avons replongé dans les fastes religieux à Haridwar, ville que traverse le Gange, fleuve sacré des Hindous. L atmosphère est ici tellement saturée d humidité que le linge moisit dans les sacoches, rien ne sèche jamais, on renfile des tee shirts mouillés de la veille, ça ne durera que quelques jours, on va aller se mettre au sec et au frais dans les collines...

Tous les soirs à la tombée de la nuit, à Haridwar, a lieu une cérémonie dédiée au fleuve, qui rassemble des milliers de fidèles sur les ghats (les berges). Ceux ci achètent des pétales de fleurs placées dans une petite barque en feuilles, y allument une mèche, et posent le tout sur le fleuve qui l emmène et l engloutit au premier remous. Des grandes torches sont allumées, les gens sont assis sagement, beaucoup d argent rentre dans les poches des gugusses en uniforme bleu chargés de collecter les dons. C est une affaire qui marche. C était à voir.

A partir de la, nous avons remonté le Gange, c est très encaissé et très vallonné. Nous sommes passés à Rishikesh, c est très touristique, c est là que les Beatles sont venus méditer, c est également sur le Gange, on ne s y est pas arrêtés, c est la capitale mondiale du yoga. 

Et puis alors que je transpirais grave dans la montée, il y a eu un gros "crac" à l arrière du vélo, je n ai mis qu une seconde à m arrêter, ôter les sacoches, et ... faire la grimace. Mon dérailleur est passé en haut des pignons, il est coincé dans les haubans du porte bagages et dans les rayons, une des roulettes git sur la fourche arrière. Tout est en vrac. Je me vois déjà redescendre à Rishikesh, contacter la France et me faire envoyer un dérailleur par DHL. Mais du calme...regarder d abord. On a ramassé tous les morceaux, on a bricolé pendant plus d une heure, redressé, détordu, change la patte que heureusement on avait en rechange. Ouf, nous voici repartis. A noter qu absolument personne ne  s est arrêté pour demander si on avait besoin d aide.

Sur la route il y a parfois des types allongés, qui dorment, toutes les bagnoles les contournent, le premier coup j ai cru que c était un mort. La mentalité est quand même spéciale dans ce pays.

Nous sommes dans les montagnes à nouveau, dans le Garwhal, région de l Uttarakhand. Nous venons de passer quatre jours à marcher, plus ou moins loin mais toujours à vue de prestigieux sommets tels que le Shivling, la Nanda Devi, le Trisul, le Dunagiri, le Neelkand et j en passe. Le moindre lac de montagne est sacré et les pélerins y montent en masse. Nous sommes dans les vallées des sources du Gange, ceci explique cela, et tout bon hindou se doit de faire au moins un pélerinage par an . Le paysage est encore une fois très spécial, avec des vallées très très encaissées et terriblement vertes et boisées. A priori la mousson est terminée, dans ce coin au moins. Et je ne comprends toujours pas pourquoi des gens miséreux viennent donner des offrandes et bénir ce système de castes que leur impose leur religion et qui les maintiendra à jamais dans leur pauvre condition. Mais si mais si, pour améliorer leur karma et renaître en quelque chose de mieux, de plus élevé dans la hiérarchie... C est encore fort même  si ça s estompe en ville, mais de nombreuses adolescentes sont mariées à des hommes qu elles ne connaitront que plus tard, et des vagues de conversion au Bouddhisme ou au Sikhisme (nous on s est convertis au cyclisme) ont lieu pour s affranchir de ce système archaique. Le Sikhisme est une  religion elle aussi issue de l Hindouisme  et qui comme le Bouddhisme est née du rejet du système des castes. Dans l Hindouisme, le Sikhisme ou le Bouddhisme, il n y a pas de periode de jeune car la privation ou la faim accaparent l esprit et empechent la quete spirituelle. La caste la plus haute, ce sont les Brahmanes, les religieux, ensuite viennent les soldats, puis les marchands, puis les serviteurs. Les sans castes sont les intouchables. Ca rappelle une chanson de Renaud, Lolito, Lolita. La caste dans laquelle on nait détermine la position sociale et influe sur les perspectives maritales et professionnelles. 

La région où nous sommes regorge de temples, de pélerins, de sadhus (sages), et de tout ce qui va avec,  à cause du Gange. Je ne sais pas si la ferveur est la même dans d autres régions.

A part ça on a toujours autant de succès avec nos engins et la population est plutôt agréable. On a toujours un peu de mal avec la nourriture, même quand on demande " sans épice", ça arrache. On ne prend plus de plats indiens et même les samosa, beignets fourrés aux légumes, sont beaucoup trop forts alors on demande du riz ou des pâtes ou des patates sans rien et on y ajoute du ketchup... On avoue, on rêve parfois d une salade verte, d un bout de comté, d une cuisse de poulet, d un grattin de chou fleur, de courgette, d épinards, d un steak, d une salade de haricots verts frais, d un bout de chocolat. On rêve de beaucoup de choses, poisson, raisin, soupe de légumes, quiche lorraine, ou patates à la cancoillotte... Stop, je bave !! Ne nous plaignons pas, tout va bien.

Le cout de la vie ici est dérisoire, une chambre d hôtel coute entre 3 et 6 euros, et un repas au restaurant moins de 2 euros. Les transports, même si on ne les utilise que très peu, sont presque donnés : une roupie du kilomètres ce qui veut dire 66 km pour un euro. Les Indiens sont assez malins pour parfois essayer de nous arnaquer de quelques roupies mais pas forcément ni entreprenants ni astucieux. Beaucoup de choses ne sont ni faites ni à faire, insouciance, négligence, les offrandes au fleuve se font beaucoup trop souvent sous forme de plastique, de bouteilles... Le système de ramassage d ordures est simple : les vaches et les ânes bouffent le carton et les légumes, les chiens les restes de barbaque, et les cochons, plus rares, tout le reste. Au début, toutes ces choses qu on voit au quotidien choquent un peu et puis on s y fait à tel point qu on a parfois l impression de ne plus rien remarquer, et encore ... nous sommes en Inde du Nord. 

Nous allons nous diriger maintenant vers le Népal où nous devrions entrer dans une semaine environ. On avance, on avance, on avance ...

Les Indiens, aux passages à niveau, et de chaque côté de la barrière, se mettent sur deux ou trois voir quatre files, espérant ainsi, au démarrage, doubler un ou deux voisins. Mais bien sûr quand les barrières s ouvrent, tout est bloqué, alors on y va pour un quart d heure de concert de klaxons et de bras en l air, il faut un moment pour décoincer le truc et résultat : ils n ont rien gagné comme place et ils ont bouffé du carburant, de l énergie et du temps... Ce n est qu un exemple de ce qu on peut voir tous les jours sur les routes indiennes, tout en finesse, tout le temps..
 
 
 

Nainital-Pokhara,

 

Les Indiens, aux passages à niveau, et de chaque côté de la barrière, se mettent sur deux ou trois voir quatre files, espérant ainsi, au démarrage, doubler un ou deux voisins. Mais bien sûr quand les barrières s ouvrent, tout est bloqué, alors on y va pour un quart d heure de concert de klaxons et de bras en l air, il faut un moment pour décoincer le truc et résultat : ils n ont rien gagné comme place et ils ont bouffé du carburant, de l énergie et du temps... Ce n est qu un exemple de ce qu on peut voir tous les jours sur les routes indiennes, tout en finesse, tout le temps...

Alors puisque c est comme ça et après tout de même deux mois passés dans ce pays à la fois déroutant, envoutant et étonnant, nous avons passé, par un matin brumeux, la frontière népalaise. Tout un poème, entre les deux douanes il y a un champs, avec des vaches, et un chemin de terre qui fait le lien entre les deux pays.  Les autos n ont le droit de passer que trois fois une heure par jour. Il faut dire qu on entre complètement à l ouest, pas beaucoup de trafic, cette frontière est complètement hors du temps, tu trouves ça dans un film, tu crois que c est du folklore, mais non, ça existe ! Maintenant il faut faire le visa népalais. Dans le livre c était écrit 30 USD pour deux mois mais c est 40 USD pour un mois, il faudra faire proroger à Kathmandou, et il faut payer en dollars mais on n en a pas. Alors comme j avais noté les taux de change officiels il y a  deux jours, commence un long marchandage avec le préposé qui applique des taux exhorbitants et qui ne sait pas faire une règle de trois. Ce n est pas grave on a du temps, et on finira par ne pas trop payer. Notre autocollant Panini, tout nouveau est sur le passeport. Maintenant il faut changer nos roupies indiennes contre des roupies népalaises, le taux est fixe.  Mais aujourd hui dans tout le Népal, tout est fermé pour cause de grand festival, c est Dasain, c est la fête qui dure presque deux semaines et qui se termine le jour de la pleine lune de fin septembre ou début octobre et qui marque la fin de la saison des pluies. Ils se font des grosses marques rouge sur le front et passent toute la journée en famille. Tout est fermé. Alors on fait le tour des grands hôtels pour faire du change et on peut enfin, sous la chaleur accablante, se payer un Coca au Népal. En fait, dans tout le Terai, ils acceptent les roupies indiennes, ce qu on ne savait pas. Il est onze en ce 28 Septembre, on roule au Népal, ça y est, on roule au Népal.

La chaleur est terrible, 43 parait-il, nous sommes à 250 ou 300 m d altitude, il fait humide à souhait, et à chaque village il y a une pompe à bras. On se met la tronche dessous, on pompe, et on repart pour 5 kilomètres et pour les jours suivants on met le réveil à 5 heures du matin. Nous avons du gérer la forte chaleur dans cette partie assez méconnue du Népal, cette zone de plaines qui jouxte toute la frontière sud du pays, le long de l Inde. A 10 heures il fait déjà trop chaud, de plus la zone n étant pas très touristique, il faut souvent faire plus de cent kilomètres entre deux hébergements miteux où l on continue à transpirer sur des literies plus que douteuses. Le Terai est plat, on  s en réjouissait, je ne sais pas si nous aurions eu la force de faire en plus, de la dénivelée. On voit cent véhicules par jour et énormement de vélos avec parfois des chargements étonnants comme jusqu à 28 poulets vivants, sans remorque ni cage, sur le même vélo. Les habitants sont très spontanés et authentiques, la route est presque belle, les paysages sont magnifiques et même pas monotones. Une alternance de forêts subtropicales et de zones cultivées borde la route. C est vert, terriblement vert, et sur notre gauche, tout le long , nous voyons les collines qui précèdent les grandes montagnes, cachées pour l instant.

Nous avons donc souffert du chaud et nous avons douté d arriver au bout de ce tronçon sur le vélo, les jambes en coton, trempés du matin au soir et du soir au matin. Heureusement, quand même douche froide tous les soirs. L effet est si éphémère qu on y va plusieurs fois. Mais nous sommes enchantés d avoir traversé cette région en vélo parce que les égrettes sur le dos des buffles luisants, parce que les dompteurs de cobras, parce que la population tranquille à vélo, à pied, les hameaux dans les marais, les maisons aux toits de chaume, la traversée de la rivière en bateau parce que les maoistes ont fait sauter le pont en 2006, les labours avec les boeufs, pieds nus dans la boue, les gens d origine indienne, les Tharu, souriants, simples et gais, gentils, et personne ne mendie, les saris colorés toujours, les bijoux dans le nez ou les oreilles, on ne sait plus si on est en Inde, en Afrique, en forêt amazonienne. Mais non, nous sommes au Népal. Et aussi parce que le calme, le vert exhubérant, une autre image du Népal, loin du tourisme de masse. En route nous fait le détour par Lumbini, là où le Boudha est né. Différentes communautés boudhistes du monde entier ont érigé des temples dans leur propre style architectural, mappemonde du boudhisme sur quelques hectares. On y trouve les temples thai, vietnamiens, chinois, allemand, la pagode de la paix, le temple birman et d autres encore.

Dans le Terai, se situent aussi les parcs nationaux où vivent encore des tigres, des léopards, éléphants sauvages, rhinocéros, gavials, crocodiles et dauphins du Gange, je passe sur les nombreuses espèces  d oiseaux qui piaillent et nous cassent les oreilles ou nous épient du haut de leurs échasses. Et j ai failli écraser un scorpion qui traversait la route de la roue avant de mon Dragon.  Et toujours des singes, des macaques et des entèles, ceux qui ont de la fourrure blanche autour du museau et une longue queue préhensile. 

On mange des "chowmin" c est à dire des pâtes mais ici ils comprennent ce que veut dire " sans épice", on est sauvés ! On se permet de boire la même flotte qu eux, comme en Inde d ailleurs et on avale encore des " samosas". Ce qui a changé beaucoup c est que les Népalais ne crachent pas sur les boissons alcoolisées et dans les épiceries, on trouve quinze marques de vodka mais ni lait ni fromage ni pain. D ailleurs le lait on l achète directement au laitier, avec ses bouilles sur son vélo, quand on en rattrape un. On se mêle au flot de cyclistes et on discute un peu au passage... On croise un ou deux bus avec autant de monde sur le toit qu à l intérieur.

Bien, assez trainé dans la plaine. Après 500 km de Terai nous repartons une nouvelle fois à  l assaut des montagnes et les cultures dans ces vallées étroites et profondes, toutes en terrasses, forment des mosaiques superbes, encore du bonheur. Et puis la tête des habitants a changé. De types Indiens, ils sont devenus plus asiatiques et sur le bord de la route le " NAmaskar" indien devient " Namasté" pour saluer la population.  

Et puis on espérait arriver au détour d un virage et découvrir d un coup d un seul les Annapurnas et le Dhaulagiri, le Macchapuchare mais notre arrivée sur Pkhara a été plutôt légérement pluvieuse et le ciel est couvert et on ne voit rien. Ce n est pas grave, nous avons du temps pour les voir, patience... Nous sommes installés dans une maison confortable, on l a bien mérité, notre chambre est grande et on a même l eau chaude même si on s en passe facilement. Nous devons faire deux ou trois achats avant de partir en trek pour une quinzaine de jours autour des Annapurnas. Mais qu est ce que la vie est belle quand même !!!

 

Un peu de marche, de 550 à 5320 m.

 

Bonjour à vous. Les journées pluvieuses et nuageuses qui ont suivi notre arrivée à Pokhara nous ont permis quelques jours de repos, nous avons même essuyé le bord d un cyclone centré sur le Bangladesh qui nous a amené des trombes d eau ininterrompues pendant 24 heures. Mais le 8 au matin, pleins d entrain nous quittons Pokhara et après 12 km de  bus pour nous extraire de la ville, nous entamons notre trek. Nous aurons besoin de deux jours, à travers collines, rizières en terrasses et villages non touristiques pour rejoindre le départ véritable du tour des Annapurnas. On a bien fait de le faire à pieds, parce qu en vélo alors, ça ne passait pas... Ce trek est le plus fréquenté du Népal, on le savait mais il permet de partir sans tente et sans nourriture, il y a des lodges très régulièrement, c est facile, et c est très beau. Une fois sur le vrai trek des Annapurnas, on s est retrouvé dans un flot de touristes et leur caravane de porteurs, ainsi que d autres très nombreux porteurs affectés à des tâches plus difficiles et moins futiles comme par exemple le transport de matériaux de construction pendant des journeés entières. Les charges varient de 60 a 90 kg, les gamins de 12 à 14 ans portent déjà de 50 à 60 kg, rien n est contrôlé et certains porteurs passent deux fois à la distribution pour avoir double charge et être payés le double... De la folie, mais les Népalais sont loin d être tous riches.

Le Népal est un petit pays par sa superficie et ne mesure que 230 km entre ses frontières avec l Inde au sud et la Chine au nord (Tibet). Sur ces 230 km se concentre la plus grande dénivelée au monde, le Terai est à cent mètres d altitude tandis que l Everest culmine  à 8850 m. Ils sont à 150 km l un de l autre. Le Népal rassemble 8 des 14 sommets dépassant les 8000 m de la planète (Everest, Lhotse, Makalu, Kanchenjunga, Annapurna, Manaslu, Dhaulagiri et Cho Oyu), 6 d entre eux font frontière avec la Chine ou l Inde. Ces zones de haute altitude se nomment le trans himalaya au nord et l Himalaya au sud des grands sommets alignés Est Ouest séparant les deux régions. L Himalaya a le même âge que nos Alpes ou nos Pyrénées, 60 millions d années et est né du glissement de la plaque indienne sous la plaque asiatique. Entre le Terai et l Himalaya se situent des zones boisées ou très cultivées, en terrasses, donc des collines, qui  s étagent jusqu à 2700 m d altitude. Derrière l Himalaya se trouvent les hauts plateaux du Tibet, le Mustang, le Dolpo, la Manang.

Nous sommes donc partis de Pokhara pour traverser l Himalaya et faire une incursion dans le trans himalaya : incroyable diversité écologique, ethnique, architecturale, religieuse et climatique...et décidément on préfère le froid sec au chaud humide, même si marcher entre les terrasses ou sous les palmiers et bananiers et traverser les rivières avec de l eau jusqu à mi cuisses nous offre un dépaysement certain... On préfère aussi les villages en pierres plutôt qu en paille, les paysages arides plutôt que la végétation exhubérante, à croire que nous sommes des montagnards.

Les premiers jours, nous avons remonté une vallée très encaissée, et il fallut arriver au nord-est du massif des Annapurnas pour avoir un vrai ciel bleu et une région bien protégée des dernières pluies. Puis nous avons vu de plus en plus souvent les grandes faces et étincelantes. Avec les précipitations des derniers jours, tout a été replâtré et cela offre un contraste saisissant avec le vert des cultures en contrebas : c est superbe. Puis il y a eu des villages en pierres, ainsi que, presqu en même temps,des moulins et drapeaux à prières, des stupas, des Boudhas. Nous avons changé de religion et d architecture mais aussi d ethnie, nous avons quitté les Newar et Magar pour venir voir les Gurung dont les femmes sont reconnaissables à leurs anneaux de nez. Ils sont arrivés de l OUest du Tibet. De nombreux Gurung font partie des régiments Gurkhas, l élite de l armée népalaise et dans chaque village il y a une sorte de mairie où sont organisées les tâches communautaires et une maison des jeunes pour les adolescents. Nous avons aussi et enfin changé de climat, nos fringues peuvent sécher, l air étant plus sec. En une journée supplémentaire, nous sommes passés des feuillus aux conifères,  à l herbe rase puis à plus rien. Nous sommes en haute montagne, roche, glace, neige. Les nuits sont froides, nous partons avec les gants et le bonnet, le stick lèvre et les lunettes de soleil sont une nécessité absolue. Les yacks bien laineux ont remplacé les buffles tout lisses. 

Et pour nous rendre au plus près de ces gigantesques parois, nous sommes montés au lac Tilicho, bleu pétant dans un univers blanc, à 4930 m, et la, ça crève les yeux, c est extraordinaire, énorme, c est pur et brut. Nous avons la forme, nous y arrivons en trottinant dans la neige et nous nous permettons un court sprint pour finir, histoire de nous défouler, laissant un peu la bouche en rond à ceux qui arrivent péniblement jusque là. Un itinéraire moins emprunté  nous a mené au pied du plus haut col du parcours, au moment où l on passe au nord du massif. Craignant quelques soucis d hébergement, nous avalons les 1400 derniers mètres du Thorong-La, 5320m, en un seul coup, et quittons le Manang pour le ....Mustang. C est un nom connu, un nom qui fait rêver, un nom qui évoque une fois de plus les grands espaces, l univers minéral. Les vautours s affairent sur un cadavre de cheval gisant dans la neige nous offrant un spectacle inattendu, ce n est pas la première fois que nous en voyons de près mais la taille et l envergure de ces bestioles nous impressionneront toujours.

Le Haut Mustang, pour être visité, nécessite un permis qui coute très cher et dissuade bien du monde, nous passons à la limite, profitons des paysages rocheux et arides à outrance sans toutefois y mettre les pieds. Les villages sont à la hauteur du reste, ruelles étroites et terreuses entre les maisons  où ont bien du mal à résister au froid quelques fleurs en pot. Les villageois s activent, c est très beau, ca donne très envie d aller voir de plus près dans cet ancien mystérieux royaume du Mustang, mais alors finies les commodités et le confort, bonjour la vie rude et les visages burinés. Assez rêvé, nous sommes quand même dans le district du Mustang, mais dans le bas seulement, et nous empruntons la plus profonde vallée du monde, celle de la Kali Gandaki, celle qui sépare l Annapurna du Dhaulagiri. Ces deux sommets de plus de 8000 m ne sont distants que de 38 km et la grosse ride qui les sépare est à 2200 m, ça nous pète les pupilles. 

Tandis que nous retrouvons les Hindous avec les Thakalis, peuple actif dans les domaines marchands, et toujours pas rassasiés, nous sommes remontés sur une colline à 3200 m, avec en face de nous les Annapurnas (massif composé d une dizaine de sommets), le Dhaulagiri (tout seul), le Macchapuchare (le Cervin népalais par sa forme), histoire de les voir tous en même temps. 

Nous avons terminé à Pokhara, venant jusque là à pieds, d un côté de la crête, le joli lac, de l  autre, l Himalaya, il y a pire comme décor. ..

Ce trek est un must, il traverse d inombrables villages, c est un trek vivant qui nous a fait voir une foule de détails de la vie des gens des régions traversées tout en offrant des paysages époustouflants, parmi les plus beaux paysages de montagne de la planète. Il y a les rondelles de pommes qui sèchent, comme d immenses colliers, entre deux piquets sur le toit des maisons, il y  a des piments aussi qui prennent le soleil, il y  a les femmes qui font la lessive ou se lavent aux fontaines, tandis que les hommes jouent aux cartes, boivent le thé, construisent ou portent. Il y  a des gosses qui veillent aux yacks et qui alpaguent les touristes, il y a ceux ou celles qui vont chercher l eau dans les bouilles, qui balaient, celles qui vendent ou qui cuisinent, ceux qui vont chercher avec une hotte énorme le bois pour l hiver prochain qui sera vite là, on allume déjà les fourneaux une fois la nuit tombée. Il faut faire le beurre, le fromage, le pain... Mille activités quotidiennes  qui se déroulent sous nos yeux, faisant de ce trek un musée des arts et traditions populaires permanent, riche et authentique. Ce n est pas une région vide, c est au contraire très vivant et très actif.

Il est possible d accéder au Haut Mustang en véhicule et une piste est en construction dans le Manang, de l autre côté du col, on fera bientôt le tour en bus ou en jeep, mais ce sera beau quand même, c est le progrès qui veut ça...et les autochtones. Dans tous les villages il y a l électricité, avec des coupures parfois, mais quand même. Les pluies qui ont persisté jusqu à mi octobre sur Pokhara ne sont pas habituelles et il semblerait que le Népal soit, comme le Zanskar, victime d un dérèglement climatique qui apporte plus de précipitations lors des saisons normalement sèches. Les conséquences peuvent être bonnes ou mauvaises selon les endroits et les activités mais il y aura des changements importants si cela perdure. Le neige qui bloque les cols alors que ce devrait être terrain empêche la communication et l échange entre les vallées, la pluie provoque des glissements et des éboulements, mais l eau plus abondante permet aussi, peut être, d étendre les zones de culture, les maisons en torchis et les toitures plates ne sont pas faites, au Zanskar notamment, pour résister à l humidité... Qui vivra verra.

Nous avons retrouvé nos affaires et nos vélos à Pokhara, l agitation aussi d une ville en pleine effervescence à cause du dernier jour du festival de Diwali qui dure cinq jours. Danses, échanges de petits présents, dessins de tikha sur les fronts font de cette fête le second plus grand festival du pays. Le premier jour ils offrent du riz aux corbeaux, le second les chiens reçoivent des colliers de fleurs, le troisième, ils peignent les cornes des vaches en or ou argent, le quatrième jour rend hommage aux boeufs, tout ça est très festif, d ailleurs les Népalais trouvent toujours une bonne raison de faire la fête. Il y a des touristes plein les rues, les marchands de contre façons font leurs affaires, quant à nous, nous allons reprendre la route pour quelques jours en direction de Katmandou...

 

Pokhara-Katmandou,

 

Pokhara ressemblerait un peu à Srinagar au Cachemire, en Inde, avec les troubles en moins. Il s y trouve en effet un lac paisible et des bateaux avec rameur pour se promener dessus et admirer les sommets enneigés tout proches. A Pokhara, on mange des pizzas, des frites et du poulet mais aussi indien, israélien, chinois, tibétain, et bien sur népalais. On a un peu du mal  à  s en aller, on s arrache d ailleurs plus qu on ne s  en va. Après une dernière marche nous menant à la Pagode de la Paix, en haut de la colline qui surplombe le lac et la ville, avec en toile de fond l Himalaya, nous reprenons la route, et voyons se ratatiner avant de disparaitre complètement la pyramide du Macchapuchare,... dans le rétroviseur.

L axe Pokhara-Katmandou est le pus emprunté du pays et nous appréhendons un peu ce tronçon. Une première étape nous emmène à Bandipur, village Newar, à 8 km seulement à l écart de la grande route mais 700 m plus haut ! Nous y faisons halte une journée, à flâner dans les ruelles pavées réservées aux piétons, observant la vie autour du lavoir ou du temple. L architecture Newar, très bien préservée de ce village et le panorama offert sur les montagnes en fait un havre de paix sur le trajet bruyant et dangereux qui nous mène à la capitale. Le lendemain est un dimanche, le trafic est moindre, nous en profitons pour faire des kilomètres.

Arriver dans une capitale asiatique, anarchique et désordonnée, trouver les rues, se diriger au milieu du chaos, se faufiler avec nos engins est toujours un peu stressant mais une fois de plus, tout s est bien passé, nous voici installés pour un moment. Nous venons de gagner la neuvième manche du jeu des mille bornes, 9000 au compteur, combien de litres de sueur ? La prorogation de nos visas pour un mois supplémentaire ne nécessite qu une photo et quelques heures  mais nous coute 9000 Rs, soit l équivalent d une semaine à deux à vivre ici avec notre train de vie....tout de même.

Alors Katmandou a fait, fait, et fera rêver. Les premiers à faire connaitre la ville furent les hippies des années 70, qui traversaient l Europe, le proche Orient et l Inde dans leur quête dévastatrice de paradis artificiels. La consommation de drogue était, ici, déjà légale. Mais cette époque est révolue et les touristes y affluent aujourd jui en quête d autres paradis, ceux  qu on va chercher dans les montagnes grandioses, au contact de peuples pacifistes. 

Cette ville est une capitale d Asie et donc a de fortes chances d être bordèlique. Tout y circule en tous sens : les vaches, les charrettes, les vélos, les motos, les rickshaws et les piétons. Et tout se mélange, les gens prient entre les pétales de fleurs orange à un coin de rue, sur un bout de trottoir, les clochettes que les fidèles font tinter apparaissent à des endroits inattendus, et parmi les étals de fruits et de légumes,  à même le trottoir, on trouve les offrandes. Tout est mélangé, les couleurs éclatent, ça grouille, les odeurs passent des vapeurs de boulangerie, à celles des bâtonnets d encens, aux autres de plats qu on cuisine de friture, ou encore à celle des détritus.

Le matin à 4 heures, quand la ville est silencieuse et les rues endormies, on entend le frottement régulier des balais qui mettent en tas les immondices accumulés la veille, qu un camion viendra charger, puis vers 6 heures, les lourds rideaux métalliques s ouvrent, laissant apparaitre des boutiques minuscules et les porteurs chargés de fruits, légumes et autres marchandises passent en crachant, comme tout le monde, y compris les femmes, après de longs raclements de gorge, parfois bien écoeurants, la ville  s anime, les clochettes tintent, les gosses jouent au foot avec  une bouteille plastique, les premiers klaxons nous tirent définitivement du sommeil.

Il faut marcher beaucoup pour tenter, en vain, de découvrir la petite merveille qu est celle ville, unique en  son genre. Il y a bien sur tous les temples évidents, les carrefours connus, mais il y a aussi et surtout des dizaines, des centaines de bahals (cours intérieures), dans lesquelles se cachent des stupas, des chaitya, des temples hindous dédiés à l une ou à l autre des nombreuses divinités. Il y a aussi une architecture remarquable avec d anciennes demeures newar, en bois, aux facades joliment sculptées, il y a des niches dans les  murs avec des statuettes et des offrandes : quelques pétales de fleurs, quelques grains de riz, un quartier d orange. Certaines de ces arrières cours dans lesquelles on pénêtre en se baissant, par une porte étroite, sont grandes comme des terrains de foot, d autres font 25 mètres carrés, mais presque toujours, on y découvre un trésor, il faut fouiner, se laisser guider par l instinct, se perdre. C est riche, très riche, et il est courant de trouver sur la même placette encombrée un temple hindou et un stupa boudhiste, le Népal est un des seul pays ou deux religions cohabitent sans qu il n y ait jamais eu conflit.

Et puis il y a la Vishnumati et la Bagmati, deux rivières qui traversent et se rejoignent dans la ville, si on trouve de très jolis temples de la Bagmati, ainsi que quelques ghats (rives en gradins), on y trouve aussi les quartiers pauvres, là où vivent les intouchables, là où les ordures échouent, là où les gens trient et tachent de trouver de quoi survivre. Il y a des gens qui vivent sous des bâches, sous des toiles, au milieu des corbeaux, des chiens, des vaches, des rats, qui eux aussi cherchent à se nourrir dans ces énormes tas d immondices, et ça ne sent pas bon, et on voudrait fermer les yeux là dessus, sur la gamine qui dort par terre, enroulée sur elle même dans ses haillons, et encore, nous sommes en saison sèche, je n ose imaginer avec l eau en plus. Et là on se rend bien compte qu on est dans un des plus pauvres pays de la planète. On ne croise pas beaucoup d occidentaux dans ces quartiers qui puent, ou il faut faire attention où on met les pieds, et qui font mal au ventre, la misère fait peur, et quelque part la misère dégoute. Qu est ce qu on peut faire ? 

A dix minutes à pieds de la misère et de l ombre, après avoir traversé la vieille ville regorgeant de détails enchanteurs et surprenants, d artisans de tous corps de métiers au travail, de marchés, de scènes qui choquent parfois, si loin de notre culture, il y a la lumière, les grands hôtels où les tarifs sont affichés en dollars, les centaines de boutiques de souvenirs et d équipement de montagne, de fringues, les contrefaçons  North Face ou Columbia, les bureaux de change, les librairies...Les occidentaux y déambulent en quête de la bonne affaire... avant de reprendre l avion, remplissant les restaurants aux tarifs qui donnent le vertige. Les vendeurs alpaguent dans la langue de la proie, il faut voir aussi ça. Mais dans notre quartier, on nous fout la paix et c est appréciable.

Nous logeons dans un hôtel pour 2.3 Euros la chambre, quelque part entre les quartiers miséreux et la vieille ville. Ici la vie est trois fois moins chère qu à Thamel, le quartier des touristes, et y est plus authentique, on y trouve du fromage de yack, du lait dans des sachets plastiques, des bouis-bouis et des restos pas chers où l on mange bien, des pâtisseries avec des parts de gâteau au chocolat à 25 centimes d euros et des chips au kilo. Certes, les coupures d électricité sont quasi quotidiennes et l eau chaude sporadique mais ça ne nous dérange pas, nous sommes en Asie et après ce qu on a vu ces derniers mois, ici, tout nous semble confortable.

Katmandou nous laissera forcément un souvenir particulier, c est une ville vivante, culturelle, pleine d odeurs et de couleurs, c est une ville à voir comme Istambul, Ispahan, Venise ou Paris. Est ce que Katmandou peut rendre fou ? 

Après quatre jours passés à arpenter les parvis et les venelles embouteillées de la capitale, nous partons de nouveau dans les montagnes, sac au dos, à la découverte de nouveaux paysages et de nouvelles ethnies, dans le parc national du Langtang et la région nommée Helambu. Nous repasserons à Katmandou....

 

Langtang-Helambu et vallee de Katmandou

 

Le Langtang est un parc national au nord de Katmandou, le Langtang est une région, le Langtang est une vallée où coule la rivière du même nom. Le Langtang est un sommet qui culmine à 7246 m, parmi d autres sommets somptueux qui composent le massif de Langtang. C est aussi un village de maisons de pierres, habité de Sherpas, entouré de pâturages à l herbe rase où paissent des yacks.

Mais avant d en arriver là, on a pris le bus et ça a duré presque 10 heures pour faire 130 km, ça nous a mis à Thulosyabru, village paumé au fond de la vallée de la Trisuli, à la confluence de la Bhote Kola et de la Langtang. 15 km plus loin, si on continue la piste en fond de vallée, c est le Tibet. Nous sommes à faible altitude et la végétation est luxuriante. Nous allons une fois de plus traverser tous les étages qui nous mèneront au monde minéral et glaciaire. Pour ce trek, je suis l accompagnatrice française d un groupe de 10 jurassiens et notre équipe se compose de 6 porteurs tamangs, trois guides sherpas et notre sirdar, Lakpa, sherpa lui aussi, le responsable de toute l équipe, 22 personnes en tout.

En quatre journées bien remplies, nous passons de 1400 à 4900 m. Au début la population est hindoue puis plus haut, boudhiste. Quelques moulins à prières mus par la force de l eau et des murs mani très longs jalonnent notre chemin. Les troncs des rhododendrons géants font 30 cm de diamètre, les bambous nous dépaysent et les ganjas produisent toujours la marijuana. Les villages traversés sont vivants, nous pouvons voir les habitants vaquer à leurs occupations habituelles, les femmes laver leurs longs cheveux noirs aux fontaines ou y faire la vaisselle, la lessive, tandis que les hommes sont avec les troupeaux. Ce sont aussi les femmes qui cultivent, qui portent beaucoup... On peut y voir diverses céréales et les bouses de yacks sècher au soleil, les gosses s amusent avec rien, la vie bat son plein avant le début de l hiver. Le Tsergo Ri, à 4900 m, nous offre un panorama grandiose sur le massif des Langtang, le Gochempo et autres magnifiques sommets très hauts. Tous les matins, ça gèle fort, et tous les matins, pendant que nous déjeunons, les porteurs sanglent nos bagages et partent devant nous. Il y a longtemps déjà qu un sherpa est parti pour aller réserver le lodge suivant.

Nous mesurons, Michel et moi, toutes les choses auxquelles nous nous sommes habitués et qui ne nous étonnent plus grâce à la réaction des autres membres du groupe, parachutés soudainement sur le continent asiatique. Côté vie courante, nous n avons qu à nous laisser faire : repas, logement, itinéraire, tout est bien huilé et mon travail consiste seulement à faire le lien entre l équipe népalaise et le groupe ainsi qu à assumer la partie "culturelle" en apportant des informations sur les peuples, les religions, la géographie, l histoire....de ce petit pays.

Une fois atteint le bout de la vallée de la Langtang, nous avons rebroussé chemin et sommes ensuite montés aux lacs sacrés de Gosainkund. De là, notre regard se promène sur la chaine himalayenne depuis les Annapurnas jusqu au Langtang en passant par le Macchapucchare, le Manaslu, l Himalchuli, le Ganesh Himal, et les sommets tibétains.

Puis le col à 4610 m nous a ouvert les portes de l Helambu où nous retrouvons les cultures en terrasses, les collines abruptes, les forêts denses où la diversité des essences nous offre une mosaique de verts qui régale les pupilles. Le millet est cueuilli et sèche devant les maisons, comme le mais. Les yacks laissent petit  à petit la place  aux zébus et aux buffles, les tikkas sur le front des femmes hindoues remplacent les stupas boudhistes, les bananiers et les cactus font leur apparition.

Le trek se termine à quelques kilomètres de Katmandou après deux soirées animées par l équipe de porteurs et de sherpas qui, dès qu ils ne travaillent plus, déballent le jeu de cartes ou chantent et dansent, bons vivants.

Le fait de nous retrouver  en groupe après ces mois de voyage en face à face nous a donné l occasion de mesurer le chemin parcouru. Nous ne pouvons nous empêcher de raconter nos bons moments ou nos difficultés, nos rencontres, notre périple et ce sont les regards étonnes et admiratifs  qui nous font prendre conscience de la richesse de nos vies de nomades, ainsi que du volume de connaissances accumulées. Aucun doute, nous rentrerons plus riches que nous ne sommes partis. Nous nous sommes aussi bien rendus compte du fosse qui sépare notre façon de voyager de celle d un groupe en voyage organisé et si cette pause a été très plaisante, c est avec bonheur que nous reprendrons notre vie de vagabond. Je remercie Espace Evasion pour m avoir confié ce travail.

De retour à la capitale, toujours en groupe, nous sommes repassés dans les bahals et avons sillonné de nouveau les ruelles de la vieille ville, les trésors sont toujours là, rien n a changé depuis deux semaines. Les barbiers rasent toujours et les enseignes des dentistes affichent toujours le même sourire étincelant, c est toujours le même bazar dans les rues encombrées où les temples disparaissent presque entre les échoppes de cuivre ou celles de tissus. Les Maoistes bloquent les rues par des convois de motos, c est vraiment le gros b... et même à pied, on ne peut avancer. Les gazs d échappement nous font tousser et nous irritent la gorge.

A Pashupatinath, temple hindou dédié à Shiva sous sa forme de berger " Pashipatu", à travers la fumée funèbre des crémations sur les ghats au bord de la Bagmati, se découpent les formes des dizaines de temples, cloches, pierres de sacrifice et statues, toutes plus ou moins colorées d orange par les fidèles. Merveilleux terrain de jeu pour les singes. Spectacle étrange que ces rites funéraires. Souvent, le Népal est associé aux montagnes et au Boudhisme mais il ne faut pas oublier que 80 % de la population est hindoue et occupe les collines et les plaines. A Pashupatinath, on se croierait en Inde, sur les bords du Gange... Puis nous avons tourné autour du grand stupa de Bodnath, nous voici donc dans une communauté boudhiste tibétaine. Les gens sont venus s installer ici après les évènements de 1959 au Tibet. Les trois yeux nous regardent de haut, un rayon de soleil met en valeur les fleurs, les statues, les moulins à prières, les tenues rouge sombre des nombreux moines et la blancheur du monument. A Swayenbunath, c est surtout la vue sur la ville depuis la colline qui est spectaculaire, car en ce qui concerne les temples, on commence  à saturer. La dernière journée de voyage du groupe est consacrée à Patan, où nous nous rendons à pied par les quartiers populaires, et à Baktapur. Ces deux villes sont des joyaux mais le ciel est gris et nous avons décidément vu trop de temples. La circulation, la pollution, la foule nous fatiguent. Nous aspirons au calme et au repos.

Le groupe a repris l avion, nous avons retrouvé nos vélos, refait le plein d essence pour le réchaud, quelques courses et demain nous reprendrons la route pour nous diriger vers l Inde et le Sikkim en faisant quelques détours. Dans un bon mois ce sera notre tour de prendre l avion et nous projetons le prochain périple mais ne parlons pas de ça et vivons l instant présent...

 

Katmandou-Frontière indienne.

 

Notre départ de Katmandou a commencé dans les travaux, la circulation, la pollution, on le savait, et étant donné l heure matinale, nous ne passons pas trop mal... c est relatif. Une fois extirpés de cet enfer même pas vert, et à partir de Dhulikel, ce ne fut que du bonheur : une belle route, un peu vallonnée, bon revêtement, peu de trafic et une belle vue sur les montagnes. S ensuit une interminable descente en pente douce lors de laquelle nous traversons des villages très authentiques où les labours se font avec des chars  à boeufs. Que du plaisir. Puis à 10 km avant Nepalthok, on a eu le début de la piste mais ça roule bien. Nepalthok : 83 km au compteur, il faut se loger, ne pas attaquer trop gros les premiers jours, ça fait six semaines qu on n a pas beaucoup roulé. Mais là, ô surprise, la piste s arrête net sur le néant, la borne kilomètre zéro nous nargue, et au delà : un talus de trois mètres de haut laisse la place aux cultures ! Fini, la Sindhuli Highway n existe pas, on nous dit qu il faut prendre la passerelle et continuer mais de l autre côté de la rivière, il n y a  qu un sentier à flanc de montagne. On ne peut avoir de renseignements fiables mais Sindhuli est à minimum 80 km et il y  a une montagne à passer, on ne peut pas prendre ce risque avec les vélos. Un bus est justement là qui part, on saute dedans, et nous refaisons en sens inverse dans l autre sens, l étape à l envers jusqu à notre quartier de Katmandou. Après des embouteillages monstres, nous arrivons claqués et de nuit à la station de bus dans une ville non eclairée mais que nous connaissons. Nous avons du mal à nous loger, tout est plein et nous échouons dans une chambre un peu chère mais confortable. Retour à la case départ, une journée pour rien, tous les gazs dans les bronches et les poumons et pas un kilomètre de fait. Demain on repart à zéro par une route beaucoup plus montagneuse et plus longue aussi. Pourtant on s était renseignés... Contre mauvaise fortune bon coeur, on a pu manger encore ce soir là, un bout de gâteau au chocolat !! C est la vie, ce n est pas grave, mieux vaut ça qu un accident.

Donc on passe par la montagne et les petites routes, on descend à 800 m, on remonte à 2480m, on plonge à 500m, on remonte à 800m et nous voici dans le Terai, dans la plaine pour 425 km. Ca va être FA CI LE !! Sauf qu on a accumulé les ennuis. Déjà Michel a paumé le gros ressort qui est dans son dérailleur, qui du coup, ne fonctionne plus, donc arrêt prématuré à Hetauda pour réparer, au bout de 66 km seulement. On enrage, on a du mal mais on réussit à trouver un ressort et à faire fonctionner les quatre gros pignons, c est presque suffisant. Le lendemain je crève, le surlendemain, le ressort se refait la malle et je recrève, pas la même roue. A chaque fois on passe nos soirées à bricoler, ce n est pas toujours aisé. Notre réchaud fait des caprices, c est embêtant pour le matin, le reste est moins important.  A chaque fois qu on répare dans la rue ou le long de la route, il y  a cinquante personnes qui  s agglutinent et nous observent, c est parfois pesant même s ils sont tout, sauf méchants. 

La grosse différence entre  le Terai occidental d il y a six semaines et le Terai oriental de maintenant, c est la température. Il fait bon pour rouler et il fait bon la nuit. Par contre les paysages sont beaucoup moins verts et moins colorés, c est moins joli. Nous avons fait les 380 bornes jusqu à la frontière en trois bonnes journées sur une route bosselée et un revêtement bien rugueux avec un léger vent de face, mais on a vu largement pire. Les hébergements ont été corrects et les gens sympathiques et souriants. On doit bien calculer nos étapes car il y a parfois long entre deux bourgades où l on peut dormir et nous avons vraiment l impression de vivre ce pays. Dans les endroits où l on s arrête le soir, ce sont des autochtones qui remplissent les établissements, pas des touristes. On mange dans des bouis bouis au bord de notre chemin, et on est heureux comme ça.

Et à force de rouler vers l Est, nous sommes donc arrivés au bout du Népal et si on a parfois passé des frontières isolées et désertes cette année, à celle ci en revanche, il faut chercher les bureaux de l immigration entre les étalages de toutes sortes de denrées, de légumes ou de babioles et se frayer un chemin dans la cohue de piétons, de cyclistes, de rickshaws, de cyclo pousse, de vaches, tout en faisant gaffe aux poules, aux gosses, aux chèvres, aux chiens, et aux Tamagoshis.  Nous roulons de nouveau dans ce pays si vivant et si coloré : l Inde.

 

... et à force de rouler vers l Est, nous sommes donc arrivés au bout du Népal et si on a parfois passé des frontières isolées et désertes cette année, à celle ci en revanche, il faut chercher les bureaux de l immigration entre les étalages de toutes sortes de denrées, de légumes ou de babioles et se frayer un chemin dans la cohue de piétons, de cyclistes, de rickshaws, de cyclo pousse, de vaches, tout en faisant gaffe aux poules, aux gosses, aux chèvres, aux chiens, et aux Tamagoshis.  Nous roulons de nouveau dans ce pays si vivant et si coloré : l Inde.

Nous sommes dans la région appelée Bengale Occidental, celle de Calcutta et de Darjeeling. Celle aussi qui forme une étroite bande de 25 km de large entre le Népal et le Bangladesh et qui relie le Sikkim et les états du Nord-ESt, méconnus, au reste de l Inde. Nous la traversons très rapidement et montons, c est le cas de le dire, au Sikkim. Notre permis pour entrer dans cette région est obtenu très facilement, on a l impression de passer une frontière internationale, tampon sur le passeport et tout. Après une journée éreintante où nous battons notre record de dénivelée positive (1910 m), nous arrivons à Gangtok, à 1700 m d altitude, noirs de pollution mélangée à la transpiration... Hum.

Gangtok est la capitale d état, accrochée à flanc de montagne, toute en étages. Le Sikkim est une zone franche, l état indien a beaucoup favorisé son développement et ça reste une région très prospère. Au niveau écologie, les sacs en plastique sont interdits et les pollueurs des cours d eau sont verbalisés et il est théoriquement interdit de fumer... par contre, apparemment, aucun contrôle de pollution sur les véhicules qui crachent tous plus noirs les uns que les autres et c est une catastrophe.

Le Sikkim a été népalais à une époque et d ailleurs 75 % de la population est d origine népalaise, puis les Anglais et les Tibétains se le sont disputé, et c est seulement en 1975 que le royaume du Sikkim fut rattaché à l Inde.  Gangtok est à quelques encablures du Bhoutan, et de la Chine aussi. Nous allons sillonner une partie de cet état grand comme un grand département français pendant une dizaine de jours et tâcherons d alterner les jours de marche, de vélo, de visites culturelles...en espérant que les crevaisons journalières se fassent oublier.  Quant au dérailleur à Michel, c est maintenant 6 pignons qui sont utilisables, grâce à un nouveau ressort, et ça  tient ! Et heureusement car ici, les plaines n existent pas et les dénivelées sont impressionnantes, du genre en 20 km tu descends de 800 m et tu remontes de 1000 m. Faut juste pas être fainéant ! Et puis à force de bricoler aussi notre réchaud, il a l air décidé à vouloir nous rendre encore quelques services, nous voici sauvés, la bouffe c est la bouffe !

Mais bon, on  s en fout, on roule au Sikkim, de nouveau chez les Boudhistes, et ce n est pas rien. D ici quelques jours nous devrions avoir de somptueuses vues sur le troisième plus haut sommet du monde : le Kanchenjunga, 8598 m.

Pour les photos, après la galerie Népal, vous trouverez "Inde  2nde partie", c est là que ça se passera désormais.

A une prochaine et vive le voyage à vélo.

 

Sikkim ou les montées impossibles.

 

Bonjour,

On savait que ça ne serait pas plat, mais on n avait pas imaginé que ça puisse être à ce point. Les vallées ici sont des précipices, les routes étroites sont accrochées aux flancs des montagnes boisées. C est très escarpé, on voit rarement la couleur de la rivière avant d arriver au pont, forcément suspendu. On fait le yoyo entre 500 et 2000 m pour relier des villages parfois distants de quelques kilomètres seulement à vol  d oiseau. On avait imaginé le Sikkim comme une contrée où les vallées mènent à des hauts plateaux, c est peut être comme  ça à l extrême nord, là où nous ne pouvons pas accéder, mais de ce qu on a vu, on avait tout faux. Il y a des bananiers au bord des routes et les gens, ici et encore, vivent dehors tout le temps. On avait imaginé de grands espaces et un peu d isolement, quelques hameaux mais c est habité partout, malgré le relief, c est complètement fou où ils sont capables de percher les habitations et on s en rend encore mieux compte la nuit tombée quand les lumières s allument un peu partout dans les collines. Les villages sont accrochés à des endroits vertigineux, avec plein d échoppes, des restos, des gosses qui jouent au cricket sur la moindre parcelle de terrain plat, il y a des gens qui cassent des cailloux, d autres qui se transforment en buisson ambulant pour ramener de quoi manger à leur unique vache, il y a des chiens qui dorment sur la route, des chèvres qui les traversent, et les Courtet qui passent, craignant parfois de déclencher chez certains des crises d hystérie. Ca court dans les talus, ça piaille fort sur notre passage, ils s esclaffent, ils crient ou ils restent bouche bée. C est vrai qu il n y  a pas trop idée de venir pédaler sur de tels terrains et en plus sur des engins bizarres, des extras terrestres vous dis-je, et quand on va manger après s être installés pour la nuit, on ne passe pas incognito : " c est eux qui sont arrivés avec des vélos spéciaux !!!", et si les vélos restent un moment devant notre hébergement, c est évidemment un interminable défilé.

En tous cas depuis qu on est repassés en Inde il n est pas besoin de regarder les prix sur les produits, ils ne tentent pas de nous arnaquer, le prix c est le prix, que tu soies d ici ou pas, on mange et on se loge pour pas grand chose. C est du bonheur de cotoyer ces gens aux yeux rieurs et ces femmes avec leurs grands cheveux noirs. On en bave sur le vélo, on pousse même beaucoup trop souvent dans des rampes où on a tout de même vu la roue avant décoller et se demander si on ne va pas basculer en arrière, mais il y a les gosses qui marchent à côté de nous, nous font la conversation et nous poussent pour nous aider, comme les ouvriers de la maréchaussée, il y a les Namasté enjoués et amusés, il y a les pouces en l air, bref, il y a beaucoup de bonheur en récompense de nos efforts.

C est fou dans ce pays comme les gens, aisés ou plus pauvres, vivent dehors, presque les uns sur les autres, dans une promiscuité affolante et apparemment en bonne entente. Il n y a pas d intimité, on entend les femmes crier après les gosses et ces derniers brailler, on entend tout des voisins, les conversations, la télé. Ils se lavent au bord de la route à une source, ou au mieux dans le jardin, pourtant ils sont pudiques. Tous ces gens  ont une grande tolérance, ils ont l habitude depuis leur plus jeune âge d être toujours accompagnés, ils ne sont jamais seuls, n ont jamais été seuls, dorment tous dans la même pièce, ont toujours vécu parmi d autres. Je crois qu on aurait du mal à s adapter à  ça, nous sommes habitués, dans nos sociétés individalistes à avoir des moments de solitude, de tranquillité, d intimité.

Et puis il y a toujours une solution à tout, rien n est impossible, tout semble facile. Alors même si on n a pas de douche tous les soirs, que les matelas ne sont pas bien épais, on s en fout éperdument. Les températures sont clémentes, on roule en court, et les nuits sont fraiches, il fait nuit noire à 17 heures mais jour à 6 heures le matin. 

Nous n avons pas roulé énormement, nous sommes déchaussés maintes fois aux entrées des monastères et avons cherché les sommets entre les nuages. Les sommets ? On a fini par les voir, un matin, au détour d un virage, ils sont apparus d un coup, blancs sur fond bleu. Par delà la vallée se dressait le Kanchenjunga, haut de ses 8586 m, et ses petits frères à côté. C est un peu pour ça qu on était venus. Le Sikkim, c est pas vraiment l Inde, ni dans les traits ni dans le reste, ça va tranquille et vu le relief, les gens sont très sédentaires, pas de bus, pas de camions ni de voitures particulières sur les routes. Les transports en commun sont assurés par des grosses Jeep qui peuvent contenir jusqu  à 12 personnes, les bagages sont sur la galerie, rarement attachés, ce sont les seuls véhicules qu on croise. 

Dans cette partie du monde aussi, la météo n est plus ce qu elle était auparavant et voici quelques années que les saisons sèches qui devraient être très ensoleillées sont très nuageuses. Les sommets ne sont visibles, dans le meilleur des cas, que de deux à trois heures après le lever du jour. Pendant une semaine nous avons évolué dans le même  paysage à visiter des villages et des monastères qui finissent par tous se ressembler et à Pelling, nous avons pris une chambre avec vue mais dans la nuit nous avons entendu la pluie marteler les toits et au lever du jour on ne voyait pas à cinquante mètres. Nous sommes partis enveloppés dans les Gore Tex, déçus. Descente interminable jusqu à 400 m d altitude, nous passons la rivière qui marque la frontière du Sikkim et entrons tout à coup dans les plantations de théiers. Il nous faut alors monter à Darjeeling, à 2100 m, en 22 km. La montée n est pas régulière, je ne vous dis pas la pente que ça fait dans les théiers où les femmes s activent. C est nouveau, c est beau mais au bout de 10 km et 1000 m de positif, nous n arrivons plus à pousser les vélos, ce sont des murs, et en baskets, nous n avons pas l adhérence suffisante pour faire avancer notre charge, juste assez de force pour l empêcher de repartir en arrière. C est complètement dément et ça dure des kilomètres entiers. Déjà en vélo il y a longtemps qu on patinait, et maintenant même à pieds, on n avance à rien, on dégouline de sueur dans le brouillard, on perd tout espoir d arriver avant la nuit, et ça va vous décevoir mais on a fait signe à un camion de sable de s arrêter et on a fait les 8 derniers kilomètres à la plage, sur le sable. Et en plus ils ne voulaient rien. Il nous aurait fallut au moins trois heures pour les couvrir et encore, la pente était parfois si raide qu il aurait fallut passer les vélos et les bagages en deux fois. De tous nos kilomètres en vélo couché, en deux années, on n avait jamais vu ça ! C était la dernière véritable ascension de cette année, on s en souviendra.

Nous avons débarqué à Darjeeling, à 2100 m, frigorifiés, dans le brouillard. Il n y a jamais de chauffage dans les hôtels, il fait entre 10 et 13 degrés dans les chambres.  Le Sikkim ne nous a pas vraiment enchantés, nous nous attendions à autre chose, et plus de soleil.  Mais si nous n étions pas venus, nous aurions regretté. 

Notre séjour à Darjeeling se limite à aujourd hui car nous avons pu obtenir par miracle un billet de train entre Siliguri et Varanasi, ancienne Benares, pour le 6 de ce mois, il nous faut une journée pour nous y rendre en vélo. Et cette journée est importante, ce sera probablement la dernière de notre périple de cette année, et en plus nous passerons les 10 000 km, il était temps !! La météo reste nuageuse et fraiche bien qu on ait pu apercevoir les sommets brièvement ce matin, et il n y a pas forcément grand chose à voir dans cette ville mondialement réputée. Quelques bâtiments coloniaux occupent le haut de la cité et les constructions nouvelles  ne cessent de manger du terrain sur les plantations de thé.  C est une ville accrochée à la montagne, sur fond de Kanchenjunga, mais c est l hiver qui  s installe, et à 20 heures, il n y  a plus aucune vie, tout est fermé. 

Nous allons tâcher de profiter au mieux du temps qu il nous reste à passer dans ce pays étonnant et attirant, attachant. Il y a énormement de choses à y voir et nous n aurons que l embarras du choix. C est  plus la disponibilité des transports qui va décider de la suite de notre voyage. Nous ne sommes pas spécialement pressés de rentrer mais serons contents tout de même, nous tâchons de ne pas trop penser à ce retour, il reste deux semaines à vivre en Inde, à sentir, à voir, à écouter, à apprendre...

A la prochaine.

 

Vacances en Inde,

 

Bonjour.

Jusqu au bout la route aura été mauvaise. Nous nous réjouissions à l idée de descendre de 2100 m en 70 km le long  d une voie ferrée, ce qui signifie pente faible et régulière, c était sans compter sur l état pitoyable du revêtement, route complètement défoncée ou il y a plus de cuvettes pierreuses ou sableuses que de macadam et les rails à traverser au moins 150 fois, sans rire, et jamais perpendiculairement, on est souvent obligés de mettre pied à terre. Par contre ce ne sont pas les barrières des passages à niveau qui nous ont gêné... Bref, descente plutôt galère, mais le paysage était beau, dommage qu on ne puisse lever le nez, il faut rester très attentif pour ne pas se vautrer, et la circulation acceptable. Ensuite, on avait eu bien du mal à l avoir ce billet de train et voilà que pour finir nous l avons annulé car une fois à la gare et les vélos enregistrés, le train est annoncé avec neuf heures de retard dans une ville où il n y  a rien à voir. On a pris le bus de nuit jusqu à Patna, puis le train car les liaisons routières sont limitées dans l état du Bihar. Le Bihar est l état le plus dangereux de l Inde, c est très pauvre, le taux d alphabétisation est de 47 %, les conflits entre castes sont fréquents, l état, l armée ne contrôlent rien, la corruption des autorités et le banditisme, c est l anarchie et la désorganisation complète, attaqués de bus, on s en rend bien compte à la gare... C est pour cette raison que nous n avons pas traversé en vélo et avons modifié la fin de notre voyage. A l aube le long des routes ou dans les villes, les Biharis, les buffles et les zébus déambulent d un pas tranquille pour se rendre on ne sait où, ils n ont rien et dans la fraicheur et l humidité du jour naissant, ils sont emballés dans des couvertures, seuls dépassent le bas des jambes, nues, et la tête où leur regard vide n accroche que le néant. On voit aussi des gens défèquer, un peu partout, sur des tas d ordures, le long des routes ou de la voie ferrée. La région est très fertile , il y a des cultures partout, vallée du Gange oblige mais si ces terrains appartiennent à de gros propriétaires, ca n améliorera pas le sort de la population. L état de pauvreté est flagrant et il est fou comme d un état à l autre les différences sont importantes au niveau de l éducation, de l habitat, des infrastructures, du réseau routier...

Nous sommes arrivés à Varanasi, l ancienne Benares, de nuit, et n avons rien vu ce jour là. Nous sommes maintenant dans l Uttar Pradesh, l état le plus peuplé de l Inde, 2 fois et demi plus petit que la France mais 3 fois plus peuplé, surnommé le pays de la vache, le Gange le traverse d un bout  à l autre, formant comme un axe saint. Nous avons eu presque toute la journée du lendemain pour visiter et flâner sur les innombrables ghats qui longent la berge du Gange. Sur les ghats la vie bat son plein dans le calme. La brume du fleuve et la fumée des crémations donnent une atmosphère très particulière à ce lieu unique. Il y a les ghats où les gens font les lessives, les draps, les taies d oreillers et les serviettes de bain des hôtels côtoient les pantalons, les chemises et les longs saris colorés, étalés sur la pierre ocre. Il y a les ghats où les hindoux font leur puja, l offrande au fleuve, il y a les ghats où les fidèles se trouvent face à face à un gourou pour une cérémonie ou un rituel voué à améliorer leur karma. Il y a les ghats où les gens se baignent pour se purifier dans l eau sacrée du Gange, les hommes en slip, les femmes en sari, mais elles restent rares, à croire qu elles n ont pas besoin de se purifier !! Hi hi ! 

Et il y a les ghats de crémation. 

On nous avait dit qu on pouvait voir des membres de corps humains flotter sur le fleuve, on avait entendu qu on pouvait voir des corps d enfant partir au fil de l eau, l idée d aller à Varanasi si c est pour voir ce genre de choses ne nous enchante pas et en même temps nous attire. Nous n avons rien vu de tout ça et il faut un peu expliquer les choses. Tout d abord, les hindous incinèrent leurs morts sur des buchers plus ou moins fournis en bois, suivant la richesse de la famille du défunt. Ces buchers sont érigés sur les berges des rivières, en public, les corps arrivent sur des brancards en bambous portés par les hors castes dans le dédale de ruelles de la vieille ville, suivis d un petit cortège qui chante et fait du bruit. Un brancard et une vache ont du mal à se croiser tellement les ruelles sont étroites, je ne vous dis pas quand nous débarquons avec nos vélos. Les corps brûlent emballés de divers tissus blancs et orange pendant trois heures, puis les cendres sont jetées au fleuve. Le fait d incinérer est une purification, hors les enfants de moins de dix ans, les saddhus, les morts de la variole, les femmes enceintes  sont considérés comme purs, donc ne passent pas sur le bucher et sont donnés directement au fleuve emballés de leur linceul coloré et fleuri. Toutes ces choses se déroulent sous les yeux de tous et à côté, les gosses font voler leur cerf volant, les buffles prennent leur bain, les chèvres piétinent le linge qui sèche et les types les font déguerpir à grand renfort de gestes comiques et souvent inefficaces, et les passants boivent un thé dans le boui boui voisin. Les stères de bois sont stockés au dessus du ghat ou sur des bateaux, il faut 350 kilos de bois pour un bucher correct. Deux cents corps sont brulés chaque jour sur ce ghat. Les familles qui n ont pas les moyens d acheter du bois brulent les corps électriquement et quand les buchers sont trop peu fournis, les corps sont mal consummés, d où les restes sur le fleuve...

Nous avons assisté à tout ça, ca peut paraitre choquant mais les hindous n ont pas le même rapport à la mort que nous, ils sont beaucoup plus fatalistes et puis c est comme ça que ça se passe ici, il n y  a rien d indécent ni de "dégueulasse". Les cérémonies sont pleines de respect. Quand on vit dans ce pays depuis plusieurs semaines, qu on évolue parmi ces gens un peu inaccessibles d ailleurs, avec ses coutumes, ses odeurs, ses déchets, il n y  a plus grand chose qui choque, on est "dans l ambiance", on n en garde pas moins les yeux ouverts et l esprit critique mais une fois replacées dans leur contexte les choses sont différentes et même si ces rites sont à des kilomètres de notre culture, ils n en sont pas moins respectueux de la personne, et il est moins choquant d y assister que de voir des photos et des reportages car il y manque alors tout le contexte et l ambiance. 

Les ghats sont surmontés de splendides façades de tous styles, de temples hindous ou jains qui se perdent dans les ruelles étriquées de la vieille ville. Varanasi est une ville à voir. Certains hindous viennent ici pour mourir en espérant ainsi accéder plus facilement au stade ultime, au nirvana. C est une ville colorée et vivante, ce n est pas triste, c est beau. Et sur les ghats il y  a aussi les charmeurs de serpents qui font se redresser leurs cobras et les enroulent même autour du cou à Michel, il y a les saddhus et leur corps maigre et blanchi de cendres, et leur visage coloré en jaune, orange, rouge, bref c est l Inde spirituelle dans toute sa splendeur. On y vit et voit des choses fortes et incroyables, les images affluent à une vitesse vertigineuse.

Puis un train de nuit nous a emmenés à Agra, la ville où se dresse le majestueux Taj Mahal, palais-tombe de marbre blanc, mais d abord le train : il y a 5 ou 6 classes différentes, du wagon où tout le monde est entassé, sans réservation, sans limitation, aàla place climatisée couchette en compartiment fermé. Quand on peut avoir une réservation, c est confortable et tranquille sur le quai mais quand on est contraint de monter en seconde classe, le mouvement de foule que provoque l arrivée du train en gare est dément. Plus rien d autre n existe que la volonté d accéder à une place assise. Les gens se piétinent, il y a des morts chaque année en Inde dans ces circonstances. Ensuite les gens s entassent où ils peuvent, dans les casiers à bagages, ou assis par terre entre les sièges, accrochés aux embrasures de portes, absentes, voir même entre deux wagons. On a fait un seul tronçon de 230 km dans ces conditions, et encore on était assis. Six heures, c était assez ! C est l Inde et sa démographie galopante et puis le train est si peu cher qu il est le moyen de transport privilégié de la population. A chaque fois nous devons arriver deux heures à l avance pour faire enregistrer nos vélos et les faire stocker dans le wagon à bagages, ca se passe bien, c est sérieux, wagon scellé, reçu, papier et tout. Le prix est dérisoire, tous les trains sont pourvus d un tel wagon. L attente sur le quai passe vite, spectacle permament, défilé de vendeurs de fruits, de thé, de samosas, jalebis, chowmeins... Une mère qui marque le rythme sur un tam-tam pendant que sa fille de 8 ans enchaine les acrobaties et les contorsions avant de passer dans les rangs dans l espoir d avoir assez pour manger. On a même vu une vache sur les voies. Pour comparaison, imaginez le bovin à la gare de Lyon. Elle passait, nonchalente, le train était annoncé mais elle n en avait que faire, de chaque côté d elle, un mur en béton d un mètre cinquante de haut, obstacle infranchissable. On se sait pas comment ça s est terminé, on l a perdue de vue mais on ne se fait pas de souci, comme il y a toujours une solution à tout, elle s est forcément tirée d affaires. Dans ce pays le seul fait de regarder la vie, le mouvement, est un spectacle perpétuel, inépuisable, et tellement étonnant.

Donc Agra : le Taj Mahal, le Fort rouge. Nous avons visité. Ces deux bâtiments sont terriblement imposants, ce sont comme des musées, je veux dire ce n est pas vivant, c est de la pierre, ocre pour l un, marbre blanc pour l autre. Le Taj Mahal est beau, très travaillé, il pose au milieu de jardins et de bassins, et domine la rivière Yamuna. Les Indiens se font tous photographier par des pros devant ce mausolée, ils le peuvent car ils sont très gracieux et charmants, en général ont les traits fins, de longs cils et ont la plupart du temps une coupe de cheveux très soignée, pas comme nous. Ils sont soucieux de leur apparence.

A l intérieur du Taj, à part le travail du marbre incrusté de pierres semi précieuses, il n y a rien, c est assez vite visité. Les quatre faces sont identiques, c est très harmonieux et aucun bâtiment ne pouvant pousser derrière, il se détache sur le ciel, plutôt nacré que bleu en ce moment, plutôt dommage. C est à voir mais nous préférons de loin les endroits vivants comme Varanasi. 

Nous avons laissé vélos et bagages à Agra, et sommes partis au Rajasthan, ou terre des rois. Cet état réunit  à lui seul tout ce que l Inde peut offrir, une longue liste de merveilles en tous genres, nous en verrons quelques unes. A l Ouest, contre le Pakistan, c est le désert du Thar et ses citadelles, à l Est, les villes aux palais envoutants. Notre première halte fut Jaipur, ville rose. En arrivant on a cru qu on était dans un autre pays, larges avenues propres et bordées d arbres, grand parc tondu avec soin, pas de vache, mais en entrant au coeur de la cité on a été vite rassurés. A force de voir des choses incongrues on se demande ce qu on va bien pouvoir voir de nouveau, on se dit qu on va arriver à épuisement, mais non, il y a  toujours de nouvelles facéties en stock, à l image de ces dromadaires et de ces éléphants en pleine ville pour assurer les livraisons, et des troupeaux de porcs sous la porte d entrée de la vieille ville, des magasins de machines à coudre "Singar", une rue complète où les ouvriers réparent les sacs en toile, les vendeurs de cacahuettes, de fruits, d épices, de tout... Jaipur ville rose parce que la pierre utilisée pour bâtir la cité et ses fortifications dans les années 1720 est ocre. Le principal monument est le Palais des vents, avec sa façade ajourée, ses fenêtres roses octogonales, c est une fantaisie architecturale de 5 étages qui permettait aux femmes du harem royal d observer le spectacle de la rue. Jaipur est chaotique et surpeuplée, il y a des forts sur les collines autour et un observatoire, datant de 1728, avec des énormes cadrans solaires, le plus imposant est pourvu d un gnomon de 27 m de haut, et l ombre qu il projette se déplace de 4 m/h. Intéressant.

Nous quittons ensuite Jaipur pour nous rendre à Pushkar où nous nous trouvons actuellement, mais ce sera dans le prochain épisode...

 

Inde : soyons honnêtes,

 

Pushkar, bourgade de 15 000 habitants bâtie autour d un lac artificiel entouré de 52 ghats et autant de temples, qui se reflètent. On avait vu des photos, belles. Quand on a débarqué on a trouvé un hébergement sympa et on s est dirigé vers le lac. Quelle ne fut pas notre surprise de le trouver complètement à sec, vide, pour à  priori, un nettoyage en profondeur. C est douteux mais peu importe. Alors évidemment sans l eau l activité sur les ghats n existe plus, les façades blanchies à la chaux ne se reflètent plus et on se demande presque ce qu on est venus faire ici. On ne regrettera pas car le bourg est agréable, l atmosphère détendue et les voitures quasi absentes, la nourriture excellente et on finit même par trouver du charme aux maisons pastels et aux ruelles puantes. A Pushkar, on se fait beaucoup trop alpaguer par des gens qui ignorent que l hindouisme n est pas l unique religion de la planète, et qui surtout, par mille manières et entourloupes aimeraient bien te soutirer tes euros, sous prétexte de religion, de sainteté, de karma, bref, de foutaises. Une fois, deux fois, dix fois et on finit par ne plus être ni tendres ni souriants, ils sont tellement atteints, pour certains, que c est peine inutile que d essayer d expliquer quoi que ce soit. On peut être tolérant avec quelqu un qui l est mais c est plus difficile avec des extrémistes. Ces gens sont inaccessibles. Toute la population n est heureusement pas comme ça mais il est très difficile de converser et d échanger. Si quelqu un est sympa dans les villes touristiques et donc "saintes", c est qu il a quelque chose à te vendre... A un saddhu qui me dit que j ai de la chance et de l argent, je réponds que je ne l ai pas volé et qu il n a qu à faire comme moi : travailler. Toute la journée il tend la main sous prétexte qu il a renoncé au nirvana pour venir en aide à ceux qui n en sont qu au début du cycle des réincarnations... On ne peut pas cautionner ce genre de choses. Reste qu on a passé un agréable moment à Pushkar avant de rejoindre Ajmer.

A Ajmer, on a vu des gens mutilés au niveau des genoux qui se roulent littéralement par terre, dans la foule, ramassent un max de pognon, c est impressionnant, et repartent en marchant avec prothèses et béquilles. On a vu dans les gares des gens arriver en marchant normalement et puis prendre une allure d handicapé physique, se trainer par terre en une contorsion incroyable et inconfortable, faire la manche sur le quai, et vraiment s en mettre plein les poches. Une fois les généreux donateurs montés dans le train et partis, le mendiant repart en trottinant... Ces exemples sont nombreux et divers, tout est bon pour jouer sur la sensibilité et pour apitoyer, surtout les touristes bien sur... J ai donné deux tomates (c est ce que j avais sous la main) à un type qui faisait signe qu il avait faim, qu il voulait à manger, il m a dit : "No. Roupies" Ben tu vas te faire foutre. Et des claques, tu veux en manger ? Et je ne suis pas prête de donner quoi que ce soit, on ne fait plus de différence entre arnaqueur et celui qui a vraiment besoin. Et ces femmes avec leurs floppées de gosses pleurnichards, en loques et morveux, qui t agrippent la manche et ne te lâchent plus. On est sollicités toutes les trois minutes, on passe notre chemin comme si on était indifférents, si seulement ils pouvaient comprendre qu il faut qu ils arrêtent de faire des gosses qu ils ne peuvent scolariser, qui seront analphabètes et deviendront mendiants à leur tour.  Il y a ceux qui tentent de te glisser des pétales de fleurs dans la main, qu il faudrait ensuite aller jeter dans l eau sacrée, ils te passeront alors une ficelle autour du poignet ou du cou et tu fais aussi pour ton père, ta mère, tes frères et tes soeurs ( oh oh, ce serait le bonheur)...et finalement bien sûr il faut payer pour toutes ces bienveillantes bénédictions ! On ne s est jamais fait avoir et il faut avouer que je n ai pas toujours été agréable avec ces emmerdeurs qui ont de drôles de façons d améliorer leur propre karma, l arnaque du touriste naif et frais débarqué ! Les rabatteurs, les mendiants, les saddhus sont notre lot quotidien, comme les déchets, l odeur de pisse, les gazs d échappement, la poussière, la foule, les gens qui crachent épais et qui toussent... On respire par le nez en se disant que si ça peut filtrer un peu... mais alors ce sont les odeurs qui t assaillent et te montent au cerveau. Et pour éviter de ramasser leurs microbes que j imagine arriver par régiments entiers. H1N1 fait des victimes qui se comptent par dizaines chaque jour et il est impossible d éviter la promiscuité et le contact dans ces déferlantes d homo sapiens sapiens à l hygiène plus que douteuse. Comment fait-on pour ne pas tomber malades ?

Si au nord ils avaient l air de vivre en bonne entente, dans les états surpeuplés et pauvres ils ne sont pas tendres entre eux et le type au guichet à la gare ne rend pas la monnaie, ne donne pas le billet, il jette le tout sur le comptoir, les pièces vont rouler par terre, le billet de train atterrit à un mètre du client. Quand arrive mon tour après avoir pas mal jouer des coudes, le préposé me sourit et  me sert avec courtoisie. Que faut-il en penser ? Il y a un type qui nous a offert spontanément chacun un verre de thé, comme ça, puis il voulait ensuite qu on aille dans sa boutique, on a dit non, alors il a voulu qu on paie les thés, on a redit non, et lui avons expliqué pourquoi : on n avait rien demandé et ce qu il fait est malhonnête. Il restait là, j ai fini par lui dire que ce n était pas la peine qu il perde son temps avec nous, avec une forte envie de l insulter. Et puis les rabatteurs des hôtels aussi sont pénibles, à un qui m accoste, je demande directement quel est l hôtel qui lui donne la meilleure commission, avant même qu il ne m ait rien proposé de miraculeux, il a été quelque peu surpris, on ne me la fait plus.

Alors c est sûr, il y  a beaucoup de monde qui dort enroulé dans des couvertures sur les trottoirs, dans la crasse et les ordures, alors c est sûr, on préfère être à notre place qu à la leur et on se dit qu on est né du bon côté, alors c est sûr ils n ont pas tous mérité le sort qu ils ont et certains sont forcément aàplaindre, on ne voit pas comment ça va s améliorer. Ils sont 15 millions de plus chaque année, il y a de moins en moins de terres cultivées, désertification, lavage des sols, comment vont-ils se nourrir à l avenir. Rien ne suit : logement, approvisionnement en eau, emploi, éducation, transport, infrastructures, gestion des déchets, tout est une catastrophe dans ces états même si globalement l Inde est un pays émergeant, même si le gouvernement fait des efforts. Dans les villes, ce sont de véritables marées humaines qui déferlent dans les rues, des flots incessants, IN-CES-SANTS, mêlés aux chiens, aux vaches, aux porcs, aux rats, aux singes (il y en a un qui m a pissé dessus depuis un fil électrique aujour hui...). Sur les ghats de Pushkar il faut se déchausser là où les vaches, les chiens et les pigeons grassement nourris par la population, chient, c est sacré !!! Si une femme au bout de quelques années de mariage n a pas pu donner naissance, elle est immolée par sa "belle" famille ou son mari, ça existe toujours. Je ne sais pas si ça améliore leur karma à ces assassins ! On critique souvent l Islam mais sérieusement l hindouisme n est-il pas pire ? On a tendance à considérer l hindouisme comme une religion pacifiste où le travail sur soi est la chose primordiale mais quand on y regarde d un peu plus près, c est un amas d intolérances, de pratiques moyennageuses, que ce soit d une caste à l autre ou envers les femmes, et de fanatismes qui fort heureusement ont tendance à voir leur nombre se réduire.  On parle de  certaines républiques islamistes, je ne veux défendre personne mais étant donné les lois en Inde on pourrait largement parler de république hindouiste, ce qui bien évidemment dans un cas comme dans l autre est une aberration, une contradiction par définition. Les appels à la prière ici ne durent pas dix minutes mais des heures et cette pollution sonore religieuse finit par nous sortir par les trous de nez. On nous interdit l entrée de certains temples car nous autres, non hindous, n appartenons à aucune caste et sommes donc des "dalit", des intouchables, des moins que rien, à part quand il faut payer ! Nous sommes toujours bienvenus dans les hôtels, les cafés internet, les restos, les sites où la différence de prix entre Indiens et étrangers est colossale, défie l entendement, jusqu à 75 fois.. Je ne sais pas comment ça se passerait et quelle relation nous aurions si nous étions toujours à vélo. ce serait différent c est sûr et mieux, nous en sommes persuadés. 

Bon, il fallait dire ça aussi je crois parce qu il n y a pas que du beau. Attention cependant, je parle bien de ce qu on a vu dans les états du Bihar, de l Uttar Pradesh et du Rajasthan, là où se mêlent surpopulation et pauvreté. Il ne faudrait pas en faire une généralité indienne et d ailleurs à Delhi c est déjà différent. A côté de ça il y a une classe moyenne, relativement aisée et cultivée, qui donne espoir.

Ceci dit, tout se gère, ils ne sont pas agressifs pour deux sous et sont même serviables dans l ensemble, ce sont des populations calmes mais très bruyantes, il faut être vigilant mais pas parano, vivre ici est parfois pénible mais c est vivable, du moins quelques temps... On commence à comprendre pourquoi l Inde peut rendre fou. C est la première fois, le premier pays, et encore , pas partout, où on a conscience qu il faut prendre du recul, se mettre en retrait, rentrer dans sa bulle, s entourer d une carapace, se protéger pour ne pas risquer de s alièner, de  s emporter, de coller des baffes, de céder à la violence, au cauchemar ou à la démence. Quand on te dit que l Inde est un électrochoc, t as du mal à y croire mais suivant où tu vas trainer tes guêtres, ça peut être la réalité. 

A lire ces lignes, vous pourriez croire qu on en a marre, qu on va péter les plombs, que c est une galère, qu il est temps qu on rentre. On n en est pas là, loin  s en faut mais il serait malhonnête de ne dire que le beau et les palais. Le temps passe ici est personnellement enrichissant et l Inde est vraiment une expérience qu il serait dommage de ne pas connaitre. Au moins c est authentique. Ces derniers jours, nous avons vu une vache avec des cornes vertes, des dentistes qui officient sur le trottoir avec un étalage de dentiers devant eux, un convoi de dromadaires livreurs sur la voie express, un troupeau de buffles au centre ville d Agra (1.5 millions d habitants humains), une vache lécher la vitre d un présentoir de pâtisseries, des cochons copuler sous le porche d un temple, un arbre au milieu de la route, pas couché non non, bien droit bien enraciné. Chez nous quand on dit qu il y  a un arbre qui a traversé la route, c est une blague mais ici tout est possible et il y a toujours du nouveau !!! 

Nous avons retrouvé nos affaires et nos vélos à Agra, sommes montés en train jusqu à Delhi, la capitale, en partie sous la puie, l hiver serait-il la ? Paysages de plaines très monotones égayés par des cultures de colza, ça met un peu de couleur dans la brume. Delhi est coupée en deux : Old Delhi et New Delhi. Nous logeons entre les deux à Paharganj, le quartier réputé malfamé et néammoins celui ou les rues ne sont qu une succession d hôtels. Ca ne ressemble à rien mais côté pratique c est bien situe. Nous avons mis a profit nos derniers jours pour visiter le temple Bahia, religion vieille de 160 ans seulement, il en manquait, 6 millions d adeptes dont 1.6 millions en Inde, et parmi d autres principes bourrés de belles choses pour l humanité, on trouve des deux là : Obeissance stricte de chacun envers le gouvernement  de son pays., ou encore : la solution spirituelle aux problèmes économiques. Je vous laisse méditer ces beaux principes... Nous avons visité aussi le mémorial Gandhi Smiri, très intéressant, très complet, il aurait fallut y passer une journée car il est très riche et assez émouvant, c est construit à l endroit même où il a passé les 144 derniers jours de son existence et les empreintes de ses pas nous emmènent jusqu à l endroit de l assassinat le 30 Janvier 1948. En cours de route nous avons aussi vu le temple Sikh, l arche de 42 m de haut de India Gate, la demeure présidentielle, le parlement bref, tout ce qui était trop loin pour être fait à pied. Nous avons réussi à faire 40 km en vélo dans la capitale, à vide.  Les ronds points de New Delhi font parfois un kilomètre de diamètre. Old Delhi est beaucoup plus chaotique et congestionnée, complètement constipée, rien ne circule. Peu de centres d intérêt à part la mosquée, le fort rouge, les bazars, le temple jain. Nous avons pris avec avidité nos dernières images de l Inde qui grouille.

Puis nous avons démonte et emballé nos vélos et on espère que ça jouera au moment de l enregistrement à l aéroport. Nous avons réservé le taxi... Ca sent la fin  même si on a du mal à se dire que c est déjà fini, pour l instant...   Restez connectés, il y aura encore des choses...

Ciao

 

 

Atterrissage,

 

Atterrissage sur une piste enneigée à Helsinki puis sur une piste enneigée à Genève. Nous avons appris à ne plus trépigner, à être patients. Nous récupérons nos bagages. Mes parents nous attendent au portillon de sortie, quelque peu impatients. Pratiquement tous les avions à l'arrivée sont soit très en retard, soit annulés, il neige à Paris aussi, notre zinc est à l'heure, c'est pas mal.  Nous passons de la douceur de Delhi au froid mordant de Genève, on passe du brouhaha ininterrompu de l'Inde  au calme d'une ville suisse l'hiver sous la neige. On passe de l'anarchie et du tumulte urbain indien à l'ordre et la sécurité suisse. On passe d'un monde à un autre, c'est une évidence. Et ce monde que nous venons de quitter, - anarchique et désorganisé au possible, mais par le fait aussi un monde où on a l'impression d'avoir le droit de tout faire, sensation de liberté, -  n'était-il pas mieux ? En ce qui nous concerne, nous aimons beaucoup quand tout n'est pas trop à sa place. Rideau.

Nous sommes rentrés, frontière franco-suisse, puis la maison, il fait bon, mes parents sont passés faire du feu avant de venir nous chercher, disjoncteurs, eau, gaz, voilà, tout est en ordre. On est rentrés. Ca ne fait même pas bizarre. Une montagne de paperasses à ranger, tout est en ordre, merci papa pour le secrétariat pendant nos longues absences. Voilà, huit mois, l'impression d'être partis hier, l'impression d'être partis il y a deux ans. Le temps long et court à la fois, huit mois tellement occupés, tellement remplis et denses que le temps ne passe  pas insignifiant comme lors de successions de journées répétitives, mornes, rébarbatives. Les habitudes ne s'installent jamais pour très longtemps, le mot "routine" n'existe pas.

Huit mois, nous voilà, nous n'avons pas changé, ni dans notre apparence, ni dans notre comportement. Alors quand nous rentrons, comme ça, nous ne sommes pas forcément très volubiles et les premiers mots sont simples, nouvelles de la famille et des plus proches, la météo, des lieux communs. Nous ne parlons pas beaucoup de notre périple, c'est encore trop présent, ça sortira par petits bouts au fil des mois à venir. Pour l'instant, et même si nous sommes contents de rentrer, nous regrettons presque que ce soit déjà terminé. Nous sommes dans notre élément dans notre vie de nomades, de vagabonds, sans contrainte, changeant presque chaque jour d'endroit, on adore ça, c'est riche et intense, sans télé, sans auto, sans stress, sans horaire, sans réveil, sans chef, sans paperasse, sans téléphone. Quand on pédale on ne pense qu'à pédaler, quand on mange on ne pense qu'à manger, ne penser qu'à l'instant présent, c'est très reposant.

Après quelques nuits à chercher le sommeil à cause du décalage horaire, il y a cette série  de nuits où je rêve systématiquement  de l'Inde, de sa foule, de son tumulte, de ses pèlerins. Le sommeil n'est pas paisible et plusieurs fois par nuit je me réveille et cherche à quel endroit je puis bien me trouver. Suis-je en Inde, chez moi ou au boulot ? Parfois je ne sais plus, ça ne dure que vingt secondes au maximum mais c'est assez désagréable. On a du mal à croire qu'on est rentrés. Huit mois d'Asie, ça ne s'efface pas du jour au lendemain. Nous réfléchissons avant d'effectuer des geste aussi simples, par exemple, de boire de l'eau du robinet, et trois semaines après être rentrés, j'ai encore une seconde d'hésitation, stupide pensée, que de me demander si je peux boire cette eau sans risque.

Nous sommes rentrés, nous avons retrouvé un mode de vie un peu plus conforme à la norme bien qu'encore très en marge de celui de la plupart des citoyens français. On a classé toutes les paperasses, assuré les autos, trié les photos, j'ai repris le boulot, de nouveau à droite et à gauche donc, à ne jamais dormir dans le même lit. Dans nos têtes, il y a un tas de projets, de rêves, et quelques jours après notre retour, nous avons déjà la tête plongée dans l'atlas pour la suite. Nous voyageons en permanence, soit pour préparer, soit sur le terrain, et sommes bien conscients d'avoir une existence tout à fait exceptionnelle et riche, d'avoir enfin la vie que l'on voulait. Ce que nous vivons depuis deux ans est tout simplement GENIAL !

Côté pratique, Michel va préparer quelques diaporamas afin de tenter de partager un peu nos connaissances et notre aventure. Et j'ai envoyé le projet de livre sur le tronçon 2008 à plusieurs maisons d'édition, j'attends des réponses...

Petite conclusion 2009

Nous avons vécu huit mois absolument extraordinaires. Cette année n'était pas un périple banal, il y avait des défis à relever.

Le défi de l'itinéraire d'abord : frontière afghane au Tadjikistan, Pakistan, Cachemire ne sont pas des zones dont on entend parler comme d'un havre de paix pour vacanciers en quête de repos. Le défi physique ensuite : un enchaînement de routes mythiques haut perchées, une succession de cols à plus de 4000 m, à plus de 5000 m même avec ce que ça peut entraîner en terme d'intempéries, d'adaptation corporelle... Il faut passer sans se détruire, gérer l'effort et la météo, gérer les espaces désertiques, l'approvisionnement en eau et en nourriture, gérer les organismes, l'hygiène, le manque de confort... Un défi mécanique aussi. Quelques milliers de kilomètres sur des pistes très souvent mauvaises mettent à rude épreuve les vélos : secousses, vibrations, chocs et chutes, surveiller, entretenir et surtout le plus possible y aller en douceur.

Au départ donc, beaucoup de doutes et d'interrogations, que nous avons assommés les uns après les autres, au fur et à mesure qu'ils se présentaient face à nous. Le facteur chance a probablement joué dans notre camp. On se rend compte surtout que si les choses sont préparées la moindre, il y a moins de choses à gèrer sur place et nous pouvons profiter au mieux du temps passé en bourlingue. Nous avions tous nos visas avant de partir, une bonne idée ! Nous avions la patte de dérailleur en stock pour remplacé celle qui a lâché, cool ! nous avions des duvets et une tente bien imperméable pour les dures conditions en altitude, appréciable ! L'énergie ainsi économisée est disponible pour pallier aux imprévus et aux difficultés ou tout simplement pour avancer. Et puis le fait de mêler vélo et rando, agréable alchimie, nous a permis de ne jamais saturer, de ne jamais nous ennuyer, de varier les plaisirs et la manière de voyager, et de faire travailler d'autres muscles...

Alors pendant ces huit mois de vagabondages et de bourlingue, la vie est réduite à sa plus simple expression : manger, dormir, avancer et surveiller son organisme. Pas de contrainte, pas de souci, al liberté, beaucoup de plénitude et de sérénité. C'est sûr, il faut aller les chercher, ces routes impossibles et uniques qui crèvent le ciel, mais quand on y est, c'est quand même du pur grand bonheur, une immense satisfaction personnelle, une fierté aussi, le sentiment du devoir accompli, du travail bien fait, de la réussite totale. Aucune image, aucun récit ne peuvent montrer, relater, on est bien, très bien, on se sent forts, invincibles, prêts à déplacer les montagnes.

Nous sommes passés de contrées plates en zones torturées, nous avons fait le yoyo incessamment entre les très basses et les très hautes altitudes, le corps encaisse, nous avons vécu plusieurs étés et autant d'hivers en quelques mois, sommes passés d'étendues désertiques et inhabitées à la population démente de l'Inde, du plus pur au plus cradingue, du silence obsédant au brouhaha assourdissant. Le périple de cette année pourrait s'appeler et s'appellera "les routes de la démesure".

Nous ne sommes pas du style à nous prendre pour des héros, mais nous sommes fiers il faut l'avouer, d'avoir assommé les doutes et tué les interrogations, d'avoir relever les défis, d'avoir géré les difficultés, d'avoir été au bout de notre rêve. Et ce qu'on sait c'est qu'on a fait tout ça avec nos tripes et qu'elles ont souvent vibré. Même coincés à 5200 m sous la tente dans une tempête de neige, dans l'incertitude du lendemain, c'est du bonheur.

Nous sommes rentrés, mais certains passages, certains endroits, certains moments, certaines rencontres nous reviennent sans cesse en mémoire, le jour, la nuit, nous sommes marqués, on ne peut pas rester indifférents et on ne revient pas tout à fait intacts. Un rêve s'est évanoui, on l'a même tué à grands coups de pédales, mais avant de disparaître, il en a  fait naître dix autres .

Même si ce n'est pas banal, ce que nous avons fait n'est pas franchement un exploit. Nous avançons jour après jour, nous avons appris à relativiser, une bonne journée est une journée sans bobo, nous sommes ainsi toujours optimistes et demain sera un autre jour, carpe diem, détachement.

Voilà, je l'ai dit, j'ai repris mon travail d'accompagnatrice en montagne, non sans un certain plaisir. Nos racines sont ici. La vie est belle et vivement le prochain périple. 

Un grand merci à tous ceux qui nous ont suivis, régulièrement ou non, vos commentaires sont les bienvenus pour l'amélioration du site ou d'autres choses. Restez connectés !

 

 

 

FORMALITES

Kazakhstan : nous avons demandé le visa depuis la France. Aller sur le site de l'ambassade du Kazakhstan à Paris, télécharger le formulaire et l'imprimer pour le remplir, y coller la photo. Dans une enveloppe affranchie au tarif recommandé, glisser le passeport, un chèque à l'ordre de l'ambassade du Kazakhstan de 16 €, le formulaire, et une enveloppe affranchie en recommandé à ton adresse pour le retour. L'adresse de l'ambassade à Paris est : Ambassade du Kazakhstan, 59, Rue Pierre Charron, 75008 Paris.

Cinq jours plus tard nous avions tout à la maison.

Inde : Demande depuis la France d'un visa de douze mois à entrées multiples.

Obligation de passer par un intermédiaire. Prendre VFS Service, ils ne prennent (que) 12 euros par passeport et sont efficaces et au courant. Sur leur site, cliquez sur le lien visas et demande en ligne. Un formulaire apparait, qu'il faut remplir méticuleusement, suivre la procédure. Une fois validé, ils vous envoient par mail un numéro. Imprimer le formulaire rempli et y coller une photo. Joindre le passeport, une lettre de motivation à l'attention de Mr le consul pour justifier de la demande de douze mois au lieu des six habituels, une enveloppe Chronopost pour le retour (recommandé non accepté), et un mandat cash de 92 € que vous aurez fait à la poste de votre patelin, une photocopie de la page de données du passeport. Le tout est à envoyer à VFS Services (UK) limited, 42 Rue de Paradis, 75010 Paris.

7 jours plus tard, nos visas d'un an à entrées multiples pour l'Inde étaient sur la table de la salle à manger !

Pour des visas de six mois, au lieu de 92 euros, c'est 62, et il n' y a pas besoin de lettre au consul, donc c'est tout simple.

Kirghizistan et Tadjikistan : Nous avons demandé depuis la France un visa multiple entrées de trois mois pour le Kirghizistan et un visa simple entrée d'un mois ainsi que le permis GBAO pour le Tadjikistan.

Obligation de passer par un intermédiaire. Il n'y a pas de représentation en France et le consulat de Bruxelles n'accepte pas les demandes par courrier. Nous sommes passés par Visa express Documents, agence belge.  Il nous a fallu remplir évidemment les formulaires, y coller des photos d'identité, et y joindre les passeports, remplir le bon de commande de Visa express. Comme nous n'avons ni réservation d'hôtel ni de billet d'avion, j'ai du faire une lettre adressée à Monsieur le Consul du Tadjikistan qui explique la raison de cette absence de justificatifs. Il faut également envoyer une enveloppe et un recommandé pour le retour des passeports en pensant bien que tout ça va revenir de Belgique.  Le tarif du visa trois mois multiple entrées du Kirghizistan coûte la presque modique somme de 150 Euros  et celui du Tadjikistan 65 Euros. Le permis GBAO coute 20 euros. Attention en donnant les dates au Kirghizistan d'entrée et de sortie prévue car ce sont celles ci qui seront inscrites. Nous avons mis entrée le 15 Mai et sortie autour du 25 Juillet, ça  ne fait pas trois mois et ce sont ces dates qui ont été apposées sur nos visas... Pour les frais d'agence, c'est 30 Euros par visa et par passeport mais le quatrième est gratuit, et 10 Euros par permis GBAO, ce qui nous a fait 110 Euros de frais d'agence. Il faut aller à la banque pour faire un virement international directement à Visa Express Document et joindre la preuve de paiement au dossier. J'ai donc fait pour ces deux pays un virement de 580 Euros, ça fait un trou dans le budget !!! Nous avons reçu nos passeports tamponnés douze jours après leur départ, tout en recommandé, pas de Chronopost. Les délais consulaires étant relativement courts. Ci dessous les coordonnées et adresses nécessaires :

 

Visa Express Documents

Mr Koltsov Konstantin

475 Avenue Louise, boîte 15

1050 Bruxelles

mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Et on doit avouer qu'ils ont toujours répondu très rapidement à nos nombreuses interrogations et qu'ils ont été efficaces.

Pakistan

Le consulat ne reçoit pas les demandes par courrier, il faut soit y aller soit passer par une agence spécialisée qui ira à votre place. Pour nous ce sera seconde solution, nous sommes loin de Paris. Dans le dossier il y a : trois formulaires préalablement chargés sur Internet et dûment remplis avec photo d'identité, réservation d'hôtel, apparemment quelques nuits suffisent, photocopie du dernier relevé bancaire car nous n'avons pas d'attestation employeur, les photocopies des visas des pays traversés avant et après pour remplacer le billet d'avion aller retour, une photocopie recto verso de nos cartes d'identité et une lettre d'explications pour Monsieur le Consul, et une photocopie de nos anciens visas de 1994 puisque nous y étions déjà allés, et nos passeports bien sûr. Pour un visa simple entrée de 30 jours mini, ça coûte 32 euros de frais consulaires. On a 6 mois pour rentrer dans le pays à partir de l'apposition du visa sur le passeport. Nous sommes passés par Actions visas, qui nous demandent 40 euros de frais par visa. Le visa a été obtenu avec un délai consulaire de 4 jours ouvrés. Les frais consulaires sont de 32 Euros je crois mais 40 de frais d'agence.

Pour la réservation d'hôtel  j'ai directement contacté le Regale Internet Inn dont l'adresse mail est : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., ils m'ont fait directement le papier sans rien réserver, c'est à Lahore.

Chine

Je ne sais pas si le consulat prend les demandes par courrier mais étant donné qu'on envoie les passeports à Paris pour le Pakistan chez Action Visas, on leur a demandé de traiter en même temps le visa chinois, ça me semble plus fiable surtout que ça va déjà faire limite pour la raison suivante : nous devons entrer sur le territoire chinois dans les 90 jours qui suivent l'apposition du visa sur le passeport. Nous entrerons en Chine vers le 6 ou 7 Juillet et nous partons d'ici le 18 Avril. Hop, un , deux et trois mois. La marge n'est que de 11 jours sachant qu'il y a le week end de Pâques là au milieu et que le délai consulaire est de 7 jours ouvrés. Il faut donc faire la demande le plus tard possible. C'est presque chaud !!! Nous avons mis dans le dossier : le formulaire téléchargé et rempli avec une photo, la réservation d'hôtel pour quelques nuits à Kashgar, la photocopie du billet aller, les photocopies des différents visas pour les raisons à décalquer sur le visa pakistanais, une lettre justificative, un relevé de banque.et nos passeports évidemment. Le visa trois mois simple entrée coûte 35 euros de frais consulaires et 27 de frais d'agence. 

Pour réserver les nuits d'hôtels dans un peu tous les pays du monde et les annuler ensuite facilement : www.hostelworld.com

Voilà on a encore fait un chèque de 290 euros parce qu'en plus il y a l'enveloppe Chronopost pour le retour, elle coûte 22 euros, mais on t'apporte tes passeports très rapidos directement à la maison par transporteur, et là, nous aurons besoin de ça. Et tout est bon, en ordre, ouf !

 Nepal

Le visa nepalais est obtenu a la frontiere terrestre sans aucun soucis. Le LP indiquait 30 USD pour deux mois, c est en fait40 USD pour un seul mois ou alors on peut prendre 15 jours ou encore 3 mois pour 100 USD. Le prepose aurait voulu des Dollars, tout est discutable. Je parle ici de la frontiere avec l Inde entre Banbasa et Mahendranagar, la plus  a l Ouest. On a finalement paye en Euros et roupies indiennes, attention aux taux de change !!! Pour la prorogation a Katmandou, il faut se rendre au bureau de l immigration avec une photo, prendre le formulaire sur place, le remplir, faire la queue, et aller payer au guichet d a cote. Le cout est de 30 USD pour 1 a 15 jours, et ensuite 2 USD par jour, donc pour un mois supplementaire, ca coute 60 USD par tete. Si on pose la demande avant 14 heures, on recupere les passeports a 16 heures le jour meme.

 

 BILAN MATERIEL

 

Bicyclettes

Nous voici rentrés de notre second périple à travers l Asie, entre le Kazakhstan et l'Inde en passant par le Népal, entre autres. Enormément de mauvaises routes et de mauvaises pistes, du sable, de la poussière, des trous, de la boue, bref, nous avons beaucoup sollicité le matériel notamment les vélos.

Mais déjà : nous avons été au bout sans faire de grosses réparations. Les crevaisons ont été relativement peu nombreuses, les pneus se sont usés non pas sur la bande de roulement mais se sont entaillés petit à petit sur les côtés. Il faut quand même dire que mon pneu de la petite roue, à l avant, a tenu 6350 km, celui de la roue arrière en a fait 10 000. Ceux du vélo à Michel ont également tenu autour de 10 000 km, on ne peut pas se plaindre. Aucun problème au niveau des freins, nous avons changé chacun une fois notre jeu de patins, c est tout. Les câbles de dérailleur et les gaines ont un peu souffert, nous avons changé chacun un câble et parfois un bout de gaine. Pas de soucis avec les gaines de chaine, par contre, le support du galet de  renvoi de chaine sur le Dragon, pète toujours au bout de quelques centaines de kilomètres, on a réparé avec une lame de scie, souple et solide à la fois, ça n a pas rebougé du voyage. Michel a changé deux rayons sur sa roue arrière, sans démonter la cassette. Aucun souci avec les chaines. Des soucis en revanche de siège qui grince, ça n empêche pas de rouler mais c est extrêmement pénible. Pas de souci avec les amortisseurs, ni de soudure de porte bagages ou autres. On sent que les roulements des moyeux sont au bout du rouleau, les chaines, petits et moyens plateaux sont usés, c est normal. 

C est surtout au niveau des dérailleurs que nous avons eu les plus gros soucis :

Sur celui à Michel, les roulettes ont cassé à deux reprises, nous avons eu la chance de retrouver un dérailleur à Douchambé au Tadjikistan, qui ne correspondait pas mais sur lequel nous avons pu prélever un tas de pièces standard dont les fameuses roulettes. Puis l'axe qui tient le gros ressort qui permet de descendre sur les pignons est sorti de son logement, le ressort s est donc barré, nous avons pu récupérer l'axe. Le plus dur a été de retrouver un ressort à la bonne dimension, à la bonne tension, mission impossible, on a fait avec ce qu on a trouvé et Michel a terminé le périple en utilisant seulement six des neuf pignons, en l occurrence les plus gros.

Sur le Dragon, le dérailleur s est retrouvé une fois et sans avis préalable dans les haubans du porte bagages, emmêlé dans les rayons. C est en fait la patte de fixation qui a cédé au niveau d une vis et qui s est complétement tordue sans crier gare. Nous en avions une de rechange et heureusement.

La conclusion c est que c est plutôt bien allé, pour ne pas dire super bien allé. Nous partirons avec chacun une patte de dérailleur, et des roulettes, ressorts, axes, voir un dérailleur complet. Michel a fait un pète sur sa jante arrière, on va voir s il faut la changer. Mes jantes et celle à l avant du Condor ont toutes  plus de 25 000 kilomètres dans les rayons, on va contrôler sérieusement et peut-être faire du préventif.  Les mousses des sièges se sont déchiquetées, celle du Dragon avait 25 000 kilomètres et un peu moins de litres de sueur, celle du Condor seulement 8000. Nous avons trouvé des mousses au mètre chez des tapissiers et avons juste eu à les découper aux bonnes dimensions.

Alors, c est sûr, la trousse de mécanique, les pneus de rechange et toutes les pièces, ça pèse lourd et ça prend de la place mais quand on se retrouve sur le bord de la route déserte, à bricoler, on est bien contents d avoir tout ce qu il faut pour pouvoir repartir. Nos vélos commencent à avoir de la bouteille, et ont besoin d un bon contrôle technique. L année dernière ils étaient partis illico presto chez un vélociste qui avait regardé tout. Nous allons faire différemment cette année, allons les démonter nous mêmes, y compris les moyeux et tout, et commanderons les pièces nécessaires mais ferons, dans la mesure du possible, nous mêmes le travail. Nous saurons ainsi parfaitement ce qu il en est, comment ça se démonte et le matériel nécessaire pour le prochain périple.

Camping

Pas de soucis particuliers avec le matériel. Quelques bouts des arceaux de la tente finissent par se fendre, nous avions du rechange, elle commence à avoir de l'âge, est toujours autant imperméable et pratique, nous changerons les arceaux. Duvets, matelas auto-gonfflants : pas de problème. 

Réchaud : la flamme n'est plus bleue, elle est jaune, la combustion est mauvaise, ça fume, ça pue, ça noircit grave le fond de la casserole. C'est du en bonne partie à la mauvaise qualité de l'essence dans certains pays. Cependant, il a tenu jusqu'au bout, deux années, avec une utilisation  plus que quotidienne et sans nettoyage régulier, pas d 'encrassement à part au niveau du filtre, toujours à cause de la mauvaise essence.

Nous avons fini par renvoyer notre filtre à eau, la douche solaire et une des deux poches à eau car passé la Chine, nous n avions plus besoin de ce matériel qui nous a toujours donné satisfaction.

Matériel informatique et appareils photos.

Pas de soucis avec le matos info, il faut dire qu'on n a pas grand chose, mais de sérieux soucis avec les virus qu'on attrape dans les cyber-cafés. Donc il va falloir réfléchir à une solution pour les prochains périples. L appareil photo compact à Michel a lâché en cours de route, sans raison apparente. Nous en avons racheté un deux jours plus tard.  Le lecteur mp3, les frontales no souci. Notre chargeur de piles a rendu l âme à Sary Tash au Kirghizistan, nous en avons retrouvé un pour deux euros, qui met 24 heures pour recharger les piles mais qui nous a suffit pour le reste du périple.

Sacoches

Ben les sacoches que Pierre, de l'atelier "Gens de la Montagne" à Lescheraines, étaient super solides. Il a fallu arriver à une semaine de notre retour  et mettre les sacoches dans les soutes d'un bus pour qu'elles soient bouffées par des  ... rongeurs. Nous allons mettre des tacons dans la même matière sur les trous.  Les couleurs ont passé, elles sont bien ternes mais ça parait normal avec tout ce qu'elles ont vu cette année : soleil, pluie diluvienne, chutes, poussière... Nous en sommes contents, et elles sont bien imperméables, pas étanches, on était bien d accord (coutures). Le volume supplémentaire qu'on y avait fait mettre nous a été fort utile.

Kazakhstan : La monnaie du pays est le Tenge.  Pour avoir 200 Tenge, il faut 1 euro.

Kirghizistan : ici, on compte en Soms. Et il faut 60 soms pour 1 euro.

Tadjikistan : Nous sommes ici en Somanis et il en faut environ 6 pour faire un euro.

Chine : nous sommes en Yuans et il faut 9.31 yuans pour faire 1 euro.

Pakistan : Ici on parle en roupies, enfin plutot on compte en roupies et il en faut environ 110 pour faire un euro.

Inde : On parle ici aussi en roupies. POur 1 Euro on a  environ 68 roupies

Nepal : Encore un pays qui cause en roupies : 1 Euro vaut 109 roupies environ fin septembre 2009.

 

CHIFFRES

 

Pays 2009
Nbre jours

Nbre jours

roulés

Kilomètres
Dénivelée +

Temps de 

Pédalage

Km/jour
Den+/j
Tps/jour
Moyenne
 Kazakhstan  23 20 1484 8150 93 h 40 74.2 407 4 h 40 15.84
 Kirghizistan  26 22 1488 11510 92 h 00 68 523 4 h 10 16.17
 Tadjikistan  26 24 1624 19750 127 h 30 68 823 5 h 31 12.7
 Chine  10 7 546 5195 35 h 42 78 742 5 h 06 15.31
 Pakistan  10 8 434 3270 31 h 35 54 408 4 h 00 13.77
 Inde  92  51  3119 38430 222 h 61.2 753  4 h 21 14.05
 Népal  56 16 1507 10770 91 h 28 94 673 5 h 06 16.46
 TOTAUX  243 148
 10202 97075
693 h 13
 71.85 683
4 h 53
14.7

 

BUDGET

 

Les chiffres dans le tableau ci dessous sont en euros et pour deux personnes.

 

Pays
Héb.
Nour.
Com.
Trans.

Ent.

sites

Rép.
Doc.
Divers
Pharma

Cad.

Total

Nbre 

jours

 Moy.
 Kazakhstan  92 185 5 6 6 1          295 23  12.82
 Kirghizistan  63 156 8   10 1   3      241 26 9.27
 Tadjikistan  83 158 5 3   3   3      255 26 9.8
 Chine  37 61 14 65 9 5   3      194 10 19.4
 Pakistan  39 70 2 38              149 10 14.9
 Inde  316 526 75 93 142 5 24 11 1 159  1352 92 14.69
 Népal  101 316 13 5 38 9 6 4 4 144  640 56 11.42
 TOTAUX  731 1472
122
210
205
24
30
24
5
303
3126
243

12.86