2010/2011 - À vélo couché du Myanmar à la Russie et retour


 

De novembre 2010 à décembre 2011

 

Ce périple est le dernier d'une série de trois, entre lesquels nous sommes rentrés pour de courtes périodes en France. Je l'ai effectué avec Michel Courtet. Le but ultime de cette traversée de l'Asie était d'aller prendre le transsibérien à Vladivostok, en extrême-orient russe, pour rentrer à Moscou. Au total 44500 km en 28 mois. La partie 2010-2011 a duré 13 mois. Myanmar, Thaïlande, Cambodge, Vietnam, Laos, Chine, Mongolie, Russie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Tchéquie, Allemagne et Suisse nous ont vu passer plus ou moins vite et plus ou moins longtemps.

Ci dessous l'itinéraire global où seuls apparaissent en rouge les tronçons réellement pédalés. Suit le récit tel qu'il avait été écrit à l'époque dans le blog. Enfin en bas de page, les renseignements pratiques, formalités, chiffres, bilan matériel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Ci dessous les cartes de la partie orientale puis occidentale du périple 2010-2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Où en est-on à jour J-15 ?

 

Bonjour,

Petite mise à jour histoire de vous tenir au courant de l'avancement des travaux. Nous avons terminé la série de diaporamas, tous se sont bien passés, avec une fréquentation plus ou moins importante. En ce qui concerne les bouquins, si vous en voulez pour offrir à Noël, il faut vous dépêcher, il nous en reste deux dizaines à la maison seulement et deux dizaines en dépôt vente. Sur Pontarlier, il en reste aussi quelques uns à Hyper U, un à la librairie Rousseau, quelques uns chez Cycles Favrot et Racle, à la Biocoop et c'est tout. L'éditeur ne souhaitant pas réimprimer, une fois ces exemplaires écoulés, vous n'en trouverez plus. J'ai fait la demande pour récupérer mes droits mais n'ai pas l'intention de réimprimer pour le moment et pour cause, le départ est trop proche... Nous en profitons pour remercier tous nos lecteurs...

Pour la seconde partie, qui concerne le voyage de 2009, entre le Kazakhstan et l'Inde, un autre éditeur que je ne citerai pas pour le moment est intéressé. Suite au prochain épisode.

La liste de "reste à faire", comme à chaque fois, ne cesse de s'allonger, puis de se raccourcir, pour se rallonger à nouveau. Assurances voitures, visas birmans, visas chinois, vélos, dentiste, toubib, pharmacie, argent, traveller's chèques, carte bancaire, scan de tous les papiers importants, point sur le matériel informatique, appareil photos, carte mémoire, piles et chargeurs, documentation et cartes, itinéraire global : tout est en ordre.  Il reste la résiliation internet, le téléphone, les impôts (gros morceau), le transfert de courrier, la musique, le coiffeur, compléter la trousse de réparation, faire le point sur les vêtements, faire un essai de paquetage. J'attends une réponse pour le visa russe, pour lequel il faudra que l'on renvoie nos passeports en France depuis la Mongolie, aller et retour, croisons les doigts, c'est la seule solution pour avoir trois mois. Un tas de paperasses à mettre en ordre avant notre départ, retourner le jardin, emmener les ruches, confirmer les vol.

Nous serons, pour ce périple, en relation avec une école primaire de Lavans les Dole, avec aussi France Bleue Besançon et peut-être l'ESt Républicain. 

Sophie, Lulu et sa soeur devraient nous rejoindre au mois d'Août en Mongolie, pour pédaler avec nous un moment dans ce pays... Cool. 

Et dans la tête ? Ben dans la tête, ça commence à faire bizarre quand on sait qu'on voit les gens pour la dernière fois avant un bon moment. IL y a la précipitation, les gens qu'on veut encore voir avant de partir et le nombre de jours disponibles qui fond comme neige au soleil. La liste du matériel est faite. Il y a moins d'appréhension que les autres années, on commence à avoir l'expérience, on ne cherche plus comment faire pour régler toutes les paperasses, on va plus vite. Par contre ce qui reste identique, c'est le sentiment qui nous étreint la poitrine à l'idée de nous jeter dans l'inconnu, la crainte du paludisme, pour lequel on va finalement prendre une protection, la crainte de la chaleur des premiers mois et du froid mordant ensuite, l'appréhension du problème mécanique grave, nous partons cette fois ci pour plus de 20 000 kilomètres, beaucoup sur pistes, avec des vélos qui ont déjà vécu la moindre. Bref, nous ne sommes pas blasés et la pression est très inégale suivant les jours ou les heures. Michel travaille encore une semaine. 

Ces deux prochaines semaines vont filer à la vitesse de la lumière, c'est comme si demain nous partions...

A bientôt.

 

Départ,

 

Mettre les écouteurs sur les oreilles et assez fort la musique, pas n'importe laquelle, fermer les yeux, et tâcher de se détacher, de ne plus penser à rien. S'éloigner du monde qui nous entoure, laisser partir doucement. Certains ont besoin pour ça d'alcool, de came, de stup. Respirer profondément.

Oublier les contrats d'édition signés ce matin même, oublier le temps pourri, oublier tout ce qui a affolé les neurones depuis de longs mois. Tout est prêt, alors maintenant, il faut songer à ailleurs.

Pas simple, pas plus facile de départ en départ. Si certaines choses sont listées, rodées, puis barrées, d'autres ne peuvent se réduire à quelques mots jetés en vrac sur un cahier. Le sentiment qui nous habite est toujours aussi inhabituel, fait de hauts et de bas, de déprime éphémère et d'euphorie. On a du mal à se dire que... du mal à croire que... C'est comme ça, ça fait partie du voyage, nous sommes contents de repartir. 

Alors mettre le casque sur les oreilles et envoyer les décibels, fermer les yeux et laisser planer...

A bientôt sur le vélo.

 

Plongeon en Asie

 

Bonjour,

Pour un plongeon en Asie, c'est un plongeon en Asie. L'avion, à l'heure, pose ses roues à Rangoon, ex capitale et plus grande ville de la Birmanie, qu'on appelle maintenant Myanmar, à la tombée de la nuit. Les bagages sont vite récupérés, l'avion n est pas gros, l aéroport est petit. Après nous être assurés qu'on ne peut prendre un taxi avec nos volumineux bagages, nous déniapons les cartons et déballons les vélos dans un coin du hall de sortie. Très vite, comme à l'accoutumée, le cercle se forme autour de nous, autant fait de touristes que de locaux, et des gamins sont collés à la vitre à ' extérieur. En une heure tout est prêt, nous passons la porte vitrée, la nuit est profonde, la route semble éclairée, nous nous lançons pour cette dizaine de kilomètres direction le centre ville, le quartier chinois et les hôtels bon marche. Le macadam est bon, les chauffeurs assez prudents, pas de klaxon affolé, et les feux rouges sont respectés. Les Birmans conduisent à droite, avec le volant à droite aussi. Les chauffeurs sont donc à nos cotés, facile pour demander son chemin en cas de doute ! Les signes de sympathie et les pouces levés sont très nombreux, les kilomètres défilent. Trouver l'hôtel convoite au milieu du quartier chinois est un défi, personne ne connait, nous sommes pourtant certains d'être dans la bonne rue. Les trottoirs de la rue en question sont totalement occupés par des centaines de gens qui prennent leur repas, des haut parleurs crachent avec force décibels une musique éraillée et grésillarde qui arrache les tympans. Une porte ouverte sur un large escalier : c est l'hôtel. Une seule chambre est disponible, borgne, étouffée de chaleur. Nous nous posons, à l'heure qu'il est on ne fait pas la fine bouche. La climatisation est parfois un grand bonheur, nous descendons  à 28 degrés, nous dormirons comme des loirs.

17 Novembre, nous déménageons d'hôtel pour en trouver un ou nous pourrons laisser les affaires pour cinq semaines. Confort max pour quelques dollars, douche, petit dej, transfert aéroport inclus, internet, change. Nous posons nos valises et partons visiter le monument phare de  la ville : la Paya Shwedagon. Chemin faisant, nous laissons quelques litres de sueur sur les trottoirs éventrés. Sanctuaire sacré des bouddhistes, elle brille de mille feux, de jour comme de nuit, juchée sur une colline dominant la ville. On se déchausse pour accéder à l'esplanade de plusieurs hectares qui entourent le stupa haut de 98 mètres et entièrement recouvert de plaques d'or. Les pèlerins déambulent, pieds nus sur le marbre au milieu de centaines de stupas et de temples habités par des dizaines de bouddhas. Le lieu est calme, nous ne  le quittons qu'une fois la nuit tombée et rejoignons notre guesthouse. Slalom obligatoire entre les étals à même le trottoir, tout se vend tout s'achète, de la clope à l'unité à l'appareil photo dernier cri, et les groupes électrogènes tournent la plupart du temps. Les moustiques passent à table, invisibles, et se régalent de notre sang. Nous n avions pas prévu rentrer de nuit, nos manches courtes les aident bien dans leur festin. Les changeurs de dollars nous alpaguent, pas insistants, il faut compter scrupuleusement les billets et ne pas donner les notres avant. Nous sommes prévenus. Nous mangeons pour un dollar chacun et après une douche bien froide qui nous remet les idées en place, nous nous écroulons sur les lits, bercés par le ronronnement du ventilo.

Nous ne partirons de Yangon que vendredi matin, consacrant la journée de jeudi à la préparation : trouver un peu d'essence pour notre réchaud, préparer le sac d'affaires à laisser ici, faire la grasse matinée car le décalage horaire n'est pas encore digéré, nous munir de quelques denrées alimentaires, faire du change, mettre en ordre complet les vélos, et vous donner des nouvelles, ce qui n est pas une mince affaire, nous habituer à la température et à l'humidité, qui iront décroissantes au fil des jours, heureusement. Il fait beau, nous sommes bien, avons commencé sans le savoir notre régime amincissant.

Les connections étant ce qu elles sont, nous faisons notre possible mais c'est pas gagné.

A bientôt

 

 

 

De Yangon à Bagan

 
Salut à vous,


 

Quand t'es recroquevillée sur toi-même sur la bordure du trottoir d'une grande ville, 5 km après être partie, sous la chaleur, dans la moiteur, et que la rigole sert à évacuer le jus d'orange que t'as bu quelques minutes plus tôt, le tout sous l'oeil un peu dérangé des marchands de babioles ambulants, c'est que t'es pas bien. Quand tu restes allongée à l'ombre sur une paillasse en bambou en rase campagne, que tu peux plus bouger, le bide en vrac, et que t'attends, tu ne sais pas quoi, c'est que t'es mal. Quand ça fait deux heures que tu discutes avec l'officier de l'immigration parce qu'il ne veut pas que tu dormes dans sa ville et désire te mettre au plus vite dans un bus, que tu te retrouves dans un bouge infame, 2 mètres au carré, les sacoches sur le lit, les cloisons en papier à cigarette, avec le ventilo qui brasse l'air chaud pour seule consolation, qu'il faut que tu te lèves à 3 h 30 pour prendre le bus en compagnie de la police, c'est pas top non plus. Quand deux jours plus tard, ce sont trois heures que tu passes à faire de la diplomatie pour avoir le droit de dormir dans une bourgade et l'autorisation de pédaler le lendemain, c'est pas top encore. Quand t'as des taches allergiques qui te poussent partout sur le corps et te démangent à la limite de la mutilation, tu te demandes ce que t'es venue faire ici. Quand tu crèves, que ta godasse ne veut pas se décrocher de la pédale parce qu'une vis s'est déjà fait la malle à cause des vibrations, que tu te fais envoyer dans une mauvaise direction, que tu fais des bornes en trop, que par dessus le marché tu pètes une patte de dérailleur et la chaine en plein cagnard sur une route poussièreuse, que le contenu du camel bag se déverse dans la pochette contenant billets de banque et passeport, tu rêves de reprendre l'avion. Dur.

On en a vraiment bavé les premiers jours, on a méchamment accumulé les emmerdes, pour rester polie, mais bien nous en avait pris, au moment d'enfourcher les bécanes, nous avions décidé de rester sur l'axe principal. On ne le sentait pas. Prémonition ?
Mais quand les femmes, anglophones, qui te ramassent sur ta paillasse, qui te remettent sur pied, te proposent l'hospitalité dans ce pays où tout est interdit, et sans que tu demandes rien te mettent en relation téléphonique avec un toubib francophone, quand les chauffeurs s'arrêtent et chargent tout notre barda et le vélo démonté sur la plate-forme du camion sans rien accepter de nous, quand un type nous file de l'argent et de l'eau sans contestation possible, quand les plaques rouges irritantes disparaissent, que l'estomac se remet en ordre, qu'on repart d'un bon pied, alors quel bonheur !

Nous DEVONS dormir dans des établissements possédant la licence pour les étrangers, mais sur notre route, toutes les grandes villes n'en sont pas pourvues. Dans ce cas, il faut aller au bureau de l'immigration qui est sensé trouver une solution, on a vu. Certes, ils ne sont pas désagréables avec nous mais à chaque fois ce sont des heures d'attente, puis la venue d'un interprète, puis le remplissage des paperasses, on le vit de l'intérieur ce pays, on voit bien toute la différence entre le peuple et les dirigeants, entre le souhait des gens et les interdits, les obligations..., la peur. Et c'est bien comme ça qu'on veut le vivre, en vrai, même si c'est parfois vraiment pénible. Nous devons nous rendre à l'évidence, nous ne ferons pas tout en vélo puisque certains préposés zélés ne veulent pas nous laisser rouler dans leur district... et pour cause, les méchants gens qui nous sourient tout le long et se démontent les bras à nous faire signe, même depuis les champs ! On a quand même réussi à faire cinq cents bornes déjà sur nos deux roues.

A côté de ça, sur la route, jamais aucun contrôle, que des signes de sympathie, des centaines de sourires, des conducteurs très prudents, patients. Pas de klaxon pour te fracasser les tympans. La route est étroite et très bosselée, donc potentiellement dangereuse mais la population se déplace en vélo et les chauffeurs y sont habitués, aucune frayeur jusqu'à maintenant. Ce ne sont pas des bourrins.

 


Nous ne sommes guère sortis de la plaine de l'Irrawady, fleuve immense qui traverse tout le pays du nord au sud, la route est bordée de deux haies d'arbres de haute tige qui nous tiennent à l'ombre. Il y a de la pauvreté, beaucoup de travail avec des zébus, attelés à des charettes à roues en bois. Le rythme en est si lent que ç'en est presque exaspérant, le grincement, le gémissement même, qui va avec, donne envie de pleurer. La couleur dominante est le vert.

Nous n'avons aucune difficulté à trouver à manger, nous buvons de l'eau en bouteille, nous mangeons de la papaye et pas trop de criquets grillés. Les gens sont petits, maigres, serviables, foncés, sont vêtus, hommes comme femmes, de « longuis », ces grandes jupes étroites, pas de jean's ici, et sont chaussés de claquettes, cheveux très noirs. Quand ils ne sourient pas, c'est qu'ils ont la bouche pleine et vont bientôt cracher : ils mâchent des feuilles à longueur de journée, qui leur noircissent les dents, et leur permettent probablement de tenir debout.  Au niveau hygiène et propreté on a vu largement pire, les villes sont « propres », les bords de route aussi, disons qu'ils ne balancent pas leurs ordures n'importe où, ils ont l'air d'être éduqués la moindre côté environnemental. Tous les enfants vont à l'école jusqu'à 10 ans, ils savent donc tous lire, écrire, compter.

Nous avons gravi à pied une montagne, au moins l'équivalent de l'Olympe : le Mont Popa, qui domine de 1000 mètres la plaine, ancien volcan, nous étions seuls sur le sentier dans la forêt épaisse, à psychoter sur l'éventuelle rencontre avec un cobra royal. Brrr ! La vie n'est pas donnée pour un pays aussi pauvre mais mieux vaut claquer du fric que du bec. L'air est beaucoup plus sec depuis que nous sommes à l'intérieur des terres et les températures sont chaudes mais supportables, surtout à l'ombre !  Nous ne comprenons absolument rien à leur écriture ni leurs chiffres, tout est très rond. Nous communiquons surtout avec les personnes qui possèdent quelques rudiments en anglais, certains osent nous parler à demi-mots de leur femme héros nouvellement libèrée. Nous voyons beaucoup de choses très révélatrices, je ne vais pas rentrer dans les détails, on évite autant que possible de donner notre argent à la junte, nous allons bien, et dès cet après-midi visiterons les fameux temples de Bagan, incontournables, même si là, c'est bien l'état qui engrange...

Et si vous n'avez pas de réponse à vos mails c'est tout simplement qu'on ne peut pas toujours accèder à notre messagerie free, seul gmail fonctionne correctement, par contre, le site n'est pas encore censuré...

A bientôt...

 

 

 

 

 

Des temples, des stuppas, le fleuve...

 

Bonjour,

 

Bagan fait partie des sites incontournables d'une première visite au Myanmar, un endroit où, qu'on le veuille ou non, nous sommes contraints et forcés de laisser 10 dollars par tête à la junte, sinon, sans le ticket salvateur, aucune possibilité de se loger, même si t'en as rien à faire des milliers de temples qui parsèment la vaste plaine et que tu vas dans un établissement homologué. Coincé, t'es fait, tu entretiens le système, c'est comme pour rejoindre Pakkoku depuis Bagan, pas de route, seul le ferry gouvernemental assure le trajet sur l'Irrawady, trois fois par jour, 27 bornes, on ne va pas y aller à la nage … Après tout se discute, il y a des choses pas clean du tout en France, ici, ça fonctionne différemment, est ce véritablement plus pourri ?

 

 

A part ça, ici, les autochtones s'adressent à nous dans la langue de Molière en scandant des « Tu achètes mes peintures, c'est pas cher, dix fois moins cher qu'à Leclerc » ! C'est du vécu, j'ai envie de tourner les talons, nous sommes en Birmanie, dans un site touristique fréquenté par des dizaines de groupes organisés qui se déplacent en minibus climatisé. Le gag. Les ravages du tourisme de masse. Ca les fait sourire, les touristes en question, « Ah, ils connaissent bien notre pays ! », mais oui bien sûr, ils y viennent en vacances peut-être ! Ils gravissent la tour Eiffel comme on grimpe sur les stupas pour admirer le coucher du soleil sur les temples, demeures des Boudhas de 1000 ans. Ici, on trouve du vrai coca et des pizzas sur les cartes des restaurants...

 
 

 

On a tout fait à pied, faut pas être fainéants, il fait chaud, mais tu marches dans la nature, sur les chemins ou les sentiers à travers les champs de cacahuètes, où les gens travaillent sous leur chapeau conique et labourent la terre, en équilibre sur la charrue derrière le char à zébu, là où les truies sont en liberté avec dix petits accrochés aux tétines, là où les chiens sont maigres et galeux, braves batards...
Les temples sont partout, il y en a des milliers, des petits, des grands, des bien conservés, des restaurés et des en ruines, des brillants, des blanchis à la chaux et des en briques rouge (la plupart), des prisés, des visités, des oubliés... Beaucoup de mystère se dégage quand le soleil vient s'empaler sur les sikharas pointus et que la nuit enveloppe ces dizaines de milliers de Boudhas au fond de leur carapace millénaire.

 

 

 

Pour être brève, en gros deux types de monuments : les temples et les stupas. Ces derniers sont des batisses pleines, sensées renfermer des reliques du Boudha, une dent, un cheveu..., tandis que les temples sont creux et abritent des salles, des déambulatoires, des niches, où il faut circuler parfois dans le noir comme dans une grotte, toujours pieds nus, pour aller chercher les statues, les peintures, les Boudhas debout, couchés ou assis, et les nombreuses boîtes destinées aux donations. Pas de moulin à prière ici, pas de drapeaux non plus, la ferveur est moindre, pas de tapageuse démonstration religieuse, mais beaucoup de moines tout de même (la Birmanie en compte 500 000), qui visitent appareil photo à la main. Chaque temple, chaque stupa est unique et ce qui étonne, plus encore que le raffinement des constructions, c'est leur nombre (plus de 2000 ) et le peu de temps qu'il a fallut pour tous les construire : moins de 250 ans, il y a un millénaire en arrière, juste avant l'invasion par des  hardes mongoles. Un séisme en 1975 a mis une partie du trésor par terre mais l'Unesco a rénové beaucoup et il y a finalement très peu de ruines.

 

 
 
 

Voilà, alors au milieu de tous ces temples, les touristes individuels se déplacent en vélos loués, sur les pistes poussièreuses ou encore en calèche, et achètent les peintures moins cher qu'à Leclerc. Nous avons marché, parce que le vélo, ça ne nous amuse pas du tout !

 
 

 

Puis nous avons poursuivi notre route, d'abord en bateau gouvernemental pour rejoindre Pakkoku puis la route pour monter à Monywa, contre le vent, sec et chaud. Sur la route, pas grand chose de neuf, ce sont en bonne partie les femmes qui font la voirie, qui font fondre le goudron sur un feu de bois, dans des bidons, avant de les porter, par deux en équilibre au bout d'un bout de bois en travers des épaules, jusqu'à l'endroit où elles le déversent sur le sable. Une armée de petits bras, pour décaisser, mettre des grosses pierres sur la tranche, puis du sable, puis le goudron, puis les graviers, toutes les opérations sont faites à la main. Avant, il a fallu calibrer les pierres en les cassant à la masse puis au marteau, pas de concasseur. Travail de forçat sous le soleil, et sous les chapeaux, des sourires étincelants, pour gagner environ un dollar par jour, juste de quoi manger, peut-être. Certaines chantent même en travaillant, c'est bon pour le moral.

Que ce soit à Nyaung U (Bagan), Pakkoku ou Monywa, Mandalay, c'est toujours pareil, les principales rues sont asphaltées, larges et bordées de batiments qui datent en partie de la période coloniale anglaise, en dur, mais dès que l'on s'engage dans les ruelles, c'est de la terre battue et les murs des habitations sont des nattes faites de tiges de bambous aplaties. Le long du fleuve, c'est la misère, à la limite du bidonville, promiscuité, égouts, odeurs. Les villes ne sont pas construites sur le fleuve, pas de pont, donc seulement sur une rive.

 

 
 
 

Monywa, nous ne monterons pas plus au nord dans ce pays, nous avons laissé hier de côté un Bouddha de 29 mètres de haut avec à ses pieds un autre, couché, de 95 mètres de long, l'étape était trop longue, hébergement oblige, nous les avons aperçu depuis la route.

 

 

Nous nous octroyons une journée de repos dans cette ville, la bière locale est bonne, blonde et légère, nous sommes sur les bords de la rivière Chitwann. Nous voulions vous donner des nouvelles, mais la conection est trop capricieuse. Nous passerons en fait notre temps ici en compagnie d'un moine français rencontré par hasard, il vit ici depuis treize ans et nous parle de ce pays pendant de longues heures qui nous paraissent bien courtes. Nous sommes invités dans son village, qui n'est pas du tout sur notre route, nous verrons au moment venu. Nous avons appris bien des choses et c'est plutôt positif pour la suite de notre périple, rassurant quant au comportement des autorités avec les touristes, nous n'avons pas grand chose à craindre, nous verrons.

Mandalay, trafic de folie, ça grouille dans tous les sens, nous débarquons au centre après une étape de 140 bornes, nous sommes ici pour quelques jours, il y a à voir. Et une fois de plus, ne vous inquiètez pas si je ne réponds pas aux mails ou si vous n'avez pas de nouvelles d'ici un mois, internet c'est vraiment la galère.

 

 

A bientôt.

 

 

 

 
 

Birmanie, suite et fin.

 

Bonjour, Mandalay, rue des fabricants de claquettes, la chaussure nationale, les mains dans la colle toute la journée, accroupi, ou à taper sur l'emporte-pièce, heureux d'avoir un boulot, pas de Dimanche. Mandalay encore, rue des fabricants de feuilles d'or, 3 microns d'épaisseur, faites en superposant l'or et des feuilles faites en bambou, puis en tapant à la massette sur le tas pendant des heures, pour aplatir l'or qui sera vendu aux pélerins qui le colleront sur le Boudha du temple voisin. Les mecs tapent des journées entières, torse nu, travail de forçat. Mandalay toujours, rue du marché au jade, de la roche brute à la pierre taillée montée sur le bijou, des alignées de meules activées à la pédale, en plein air, en pleine chaleur surtout, et c'est l'hiver. Mandalay aussi, rue des sculpteurs, les types dans la poussière taillent à la meuleuse des blocs de marbre énormes pour les transformer en Boudha lisse, assis ou couché, en divinité hindoue, en éléphant... La rue est blanche de poussière, les feuilles des arbres alentours aussi. Et Mandalay, l'enceinte du palais royal entourée par des douves de 70 mètres de large, que nous avons longées pour grimper sur la colline saupoudrée de stupas et de temples qui offre une vue, à l'ouest sur l'Irrawady et à l'est sur les monts Shan. Et Mandalay enfin, où nous apprenons que la loi a changé, que les dépassements de visas ne sont tolérés que dans une limite de six jours, qu'une fois nos autocollants expirés, plus aucun établissement ne nous acceptera, nous passons voir les autorités compétentes, rien à faire, nous rachetons des billets d'avion et quitterons le pays le 16 Décembre pour Bangkok, après maints coups de téléphone.

Le rythme s'est alors accéléré, car il ne nous reste plus guère de temps. Nous enchainons quelques étapes montagneuses très éprouvantes, notamment une où sept heures d'effort intense suffisent juste à nous faire avancer de 40 kilomètres, dont un tiers à pousser le vélo dans la caillasse, ce qu'ils appellent « route ». C'est un peu le moyen-âge, nous croisons plus de chars à zébus que de bagnoles, des gamins détalent en nous voyant arriver, morts de trouille.

Pindaya, nous visitons la grotte aux 10 000 boudhas, on n'a pas compté mais c'est impressionnant et au terme d'une journée intense encore, en pleine période de récolte de choux que nous voyons par camions entiers, nous débarquons au lac Inlé un soir à la nuit tombante. Nous sommes dans l'état Shan, qui est grand. Les habitants ont des tendances autonomistes et sont donc, dans certaines zones bien précises, en conflit avec les autorités birmanes.

Ce qu'on reproche à la junte ? C'est d'utiliser l'argent du pays, qui a des ressources, à des fins militaires ou personnelles, pour faire bénéficier surtout l'entourage du général de revenus ou de cadeaux démesurés, pour construire la nouvelle capitale, sortie comme un champignon de la plaine centrale du pays, à grands coups de milliards de dollars, (parce que même si la monnaie locale est le kyat, ici, tout se parle en dollars), au lieu d'utiliser cet argent pour développer les infrastructures, donner du travail aux gens, leur garantir un niveau d'instruction... faire en sorte de les sortir de la misère. Et puis bien sûr l'amputation d'un tas de libertés qui devraient être acquises à tout habitant de la planète, le manque d'informations à cause de la censure, l'emprisonnement facile pour tout opposant au régime, le recours au travail forcé, les manifestations pacifiques réprimées, le détournement de l'aide étrangère après le cyclone Nargis en Mai 2008. C'est un des pays les plus pauvres du monde. Même les fonctionnaires sont payés à coups de lance-pierres, il faut donc logiquement arrondir les fins de mois : les dessous de table, les billets glissés en douce sont des pratiques considérées comme normales. Le gouvernement ne prélevant pas d'impôt (évidemment puisque les seuls qui pourraient en payer sont les amis du général), chaque personne qui veut effectuer une démarche doit payer en direct le foncionnaire, et plus il paie, plus il a de chance de voir sa démarche aboutir, bien sûr... Un tas de gens se promènent avec des talkies-walkies, en civil, ils sont tous dans la police, des jeunes femmes qui se réunissent au poste, empoignent les armes lourdes et font des exercices entre deux séances d'allaitement, comment savoir, dans la rue, dans le village, qu'elles sont enrolées ? Ceci dit, ça ne choque pas les policiers quand il nous reste 45 miles à faire avant la nuit et la prochaine ville, il est 17 heures, ils n'en ont rien à battre de savoir où on va dormir, seul l'officier peut nous enquiquiner, mais il n'est pas à la campagne, les autres ont tendance à ne pas se poser de questions ou à fermer les yeux, quant à nos enregistrements de passeport quotidiens, rien n'est centralisé ni recoupé, ça ne les interpelle pas qu'on soit capable de faire 200 bornes en une journée, à vélo, dans leurs montagnes, sur leurs pistes où les pavés se font la malle et laissent des trous où un hippopotame pourrait prendre son bain : ils s'en foutent, alors on campe, deux nuits de suite, en toute discrétion tout de même, quel bonheur !

Nous sommes au lac Inlé mais avant de visiter, il faut réserver notre billet de bus pour Yangon : simple formalité, sauf qu'aucune compagnie de bus n'accepte nos vélos car les bus longue distance n'ont pas de galerie et ils ne veulent pas les mettre en soute, tout va bien, Michel se rend à la gare routière centrale à 17 bornes, en vélo, pour tenter de solutionner le problème. Rien n'y fait, nous prendrons le train, ces démarches nous ont pris la journée et nous en passerons deux dans le train. Donc lac Inlé, nous faisons les vrais touristes en nous joignant à deux Américaines de Santa Barbara qui « font » l'Asie du Sud-Est en 30 jours et 16 vols, pour une visite des villages et activités traditionnelles du lac, en pirogue, à la journée. Nous admirons la dextérité des pêcheurs qui rament à l'aide d'une jambe, debout à l'arrière de leur embarcation à fond plat, nous voyons des fabricants de cigares, ou d'ombrelles à base de bois transformé en pâte avec pour seul outil un marteau, puis un marché typique haut en couleurs à Inthein, des monastères sur pilotis dont un où, pour masquer le contenu d'un petit meuble, étaient collées des photos sur les vitres, photos d'un calendrier suisse, il y avait le lac des Taillères, failli pleurer ! Nous avons vu aussi des gens travailler l'argent (le métal), le coton, la soie, ainsi que le lotus dont ils font des châles : ça a l'apparence d'une vieillle serpillère élimée mais c'est doux ! Nous avons vu aussi des hectares et des hectares de tomates, qui poussent sur du jardin flottant, cultivés par les peuples Hintha ou Pa-o. Plutôt unique et original de faire son jardin les pieds dans le bateau ! Ils remplissent des sacs de leur récolte, qu'ils emmènent par pirogue à la bourgade au bout du lac où les légumes sont conditionnés et chargés dans des camions, l'activité ne stoppe jamais. C'est une vie très particulière en tout cas que mènent ces gens, l'eau omniprésente. Nous avions vu Venise et Srinagar, c'était encore très différent. Le lac Inlé est grand, ce sont des kilomètres au carré d'eau puis de marais, les mouettes suivent les longues pirogues effilées dont l'avant fend l'air au moins un mètre au dessus de la surface. Et ce que je n'ai pas encore dit c'est que pour une fois, la première ce jour, nous avons eu beaucoup de flotte venue du ciel très gris, pile poil pour l'excursion sur le lac ! Au moins, pas d'ombre sur les portraits !

Puis le train pour redescendre à Yangon : premier tronçon, 160 km en 10 heures annoncées. L'état de la voie ne permet pas d'aller plus vite, on a déjà l'impression de risquer notre vie tant les wagons ont du ballant, on se tape le cul pendant des heures sur les bancs en bois de la classe ordinaire, bondée de gens et de marchandises. Un peu avant la nuit alors que nous sommes dans les montagnes birmanes très escarpées, entre deux murs de végétation inextricable dans un talus très pentu, notre train déraille. Oui oui, notre train déraille, les deux wagons de queue se font la malle. C'est le début d'une longue attente et pour nous la question : aurons-nous notre train pour Yangon demain matin ? Rien à faire qu'attendre, avec le sourire, un moine vient discuter dans un anglais hésitant et nous fait passer le temps, le controleur du train fait préparer à l'avance nos billets pour Yangon pour le train de neuf heures, il a donc espoir qu'on y soit … La vie s'organise à bord du train. Après quatre heures d'attente, hommes et matériaux arrivent par une autre loco, la région est inaccessible autrement et après encore trois heures de boulot, à l'aide de gros crics, à la lueur des lucioles (non, du groupe électrogène !), les wagons sont remis sur la bonne voie, le rail redressé. Dans un fracas assourdissant de ferrailles choquées, froissées, percutées, le convoi s'ébranle à nouveau. Les décibels donnent une impression de vitesse, juste une impression. Nous arrivons en gare à 6 h 30, sommes pris en main et guidés, prenons le train pour Yangon à 8 h30, tout aussi inconfortable, nous sautons assis sur les bancs, jamais vu ça. De la nouvelle capitale à Yangon, les miradors le long de la voie sont occupés, et chaque passage à niveau géré par un garde-barrière, ça fait du boulot ! Nous arrivons en gare à 22 h 40, après 36 heures de tape-cul, enfourchons les vélos et rejoignons la guesthouse réservée avant de nous écrouler de fatigue. Mais tout va bien.

Nous sommes donc à Yangon, nous avons récupéré les nouveaux billets d'avion et nos affaires, il reste à emballer les vélos, nous décollons le 16 au matin pour Bangkok et la Thaïlande où nous resterons donc plus longtemps que prévu. Nous n'aurons vu qu'une infime partie de ce pays, qu'une infime partie des peuples qui l'habitent. C'est ici en Birmanie que vivent les femmes girafes, ethnie padaung, avec les colliers qui leur allongent le cou, qu'elles ne peuvent plus jamais quitter, (nous en avons vu trois, qui étaient là pour le folklore même si c'était des vraies) et aussi dans ce pays que vivent les seuls pygmés d'Asie, au nord du pays, mais aussi les Kachin, les Karen, les Kayah, les Môns, les Rakhaing ou les Shans, les Wa, autant de minorités qui parlent leur propre langue dont nous ne verrons rien, en partie parce que ces zones nous sont pour la plupart interdites, c'est peut-être mieux ainsi. La grosse majorité de la population est d'ethnie Bamar ou Birman, d'où l'ancien nom de la contrée.

Nous avions eu du mal à avoir des renseignements fiables avant de partir, ce fut bien assez pénible sur le plan administratif, mais maintenant que nous savons comment cela fonctionne et que nous sommes acclimatés, nous partons, c'est comme ça. On a roulé 1000 bornes sur les vélos. Les habitants nous ont mis du baume au coeur tout le long, par leur gentillesse et leurs sourires. C'est un beau pays qui n'a pas encore trop subi les influences de l'occident, probablement un des seuls.

A bientôt.

 

 

Bangkok

 

Bonjour,

 

Nous voici donc en Thaïlande, pour un mois. Par le hublot de l'avion, quand nous avons perdu de l'altitude, nous avons aperçu la périphérie de Bangkok, mégapole tentaculaire impressionnante, entourée de routes express à 6 voies, de "spaghettis jpnctions" qui tournicotent, s'emmêlent, se chevauchent, où les indications sont en thaï bien sur et où les automobilistes lancés à toute allure ne s'arrêteront pas pour nous donner la direction à suivre. Bref, vu du ciel, on a été un peu impressionnés, on s'est soudainement dit que pour une fois, on n'allait pas tenter cette ville à vélo. On a bien traversé et visité Téhéran, Istambul, Delhi même, entre autres, mais là, on pense aussi que ces autoroutes nous serons interdites. On avait tout faux nous l'apprendrons plus tard. Une trentaine de kilomètres séparent l'aéroport international flambant neuf du centre. Nous trouvons un bus qui veuille bien nous prendre avec tous nos bagages et vélos, direction la gare ferroviaire centrale. Pendant le trajet, le trafic est d'abord assez fluide, l'air respirable puis, au fil des kilomètres, ça se charge, devient dense, on commence à distinguer des buildings qui grattent le ciel à travers le nuage de pollution, et ce qu'on inhale devient plus lourd, et nous sommes dans un bus, climatisé ... Puis nous nous sommes retrouvés bloqués dans la circulation. Bangkok accueille 10 % de la population du pays mais 90% des immatriculations. Pas de trains de banlieue, tout le monde est en bagnole, ça crache noir, sévère. Sous nous : le macadam, à droite, à gauche, devant, derrière : du béton, des bagnoles, de la fumée, de la vie qui grouille, au dessus : du béton. A la verticale au dessus de la route, il y a les piliers du skytrain, béton brut à tous les étages.

On n'a pas eu envie de se replonger dans la vie trèpidante d'une cité énorme, pas eu envie de retourner dans les marchés colorés certes mais trop bousculés, trop bondés, dans le bruit qui va avec, pas eu envie de la foule d'odeurs de fritures, de gaz, de tout, pas eu envie, c'est tout. Alors on a fait l'impasse sur Bangkok. De la gare ferroviaire centrale, où nous avons remonté nos vélos sur la moquette du hall, nous avons pris un train lent, très lent, jusque dans le nord du pays, ça nous a occupé seize heures encore, c'était un spécial express. Nous sommes à Chiang Mai et nous pédalerons depuis ici, en caressant désormais le  doux espoir de ne plus faire de pointillés sur la carte, en ayant la ferme volonté et toute la motivation pour rejoindre Vladivostok sans jamais remettre le vélo dans un véhicule...

A Chiang Mai, j'ai commencé par me rendre à l'hosto, pour voir un toubib à cause de ces soucis intestinaux qui durent depuis un mois et qui finissent par être usants. Il m'a filé des antibios pour huit jours aprés m'avoir auscultée, voulait faire une analyse de selles, mais rien pu faire ! Nous trainons dans cette ville aux 300 temples une journée avant de prendre la route direction Nord-Ouest. 

La Thaïlande est un choc après la Birmanie, soudain on y voit du macadam, des Européens en pagaille, tout parait facile, on mange mieux, on peut se faire soigner, on a trouvé un vieux guide du routard en français d'occase et revendu notre Lonely de la Birmanie, ça parle anglais et nous avons retrouvé une grosse dose de liberté. La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle, c'est à dire que c'est le gouvernement qui dirige, le roi  n'a qu'un role d'autorité sur le domaine écclésiastique et une grosse influence sur l'opinion populaire, il est considéré par son peuple comme un demi-Dieu. L'armée a cependant le pouvoir sur l'Intérieur et veille à ce qu'aucun parti ne puisse remettre en cause le roi, l'armée et l'administration. C'est donc une démocratie en garde-à-vue.C'était la minute culturelle, éprouvante !

C'est pas le tout, on a des temples à visiter, à bientôt.

 

Petites grimpettes

 

 

Bonjour,

A Chiang Mai, ville importante au nord de la Thaïlande, ce ne sont pas moins de 300 temples présents à l'intérieur des douves qui ceinturent la « vieille ville » dont il ne reste pas bien des fortifications d'origine. Et presqu'autant de dispensaires, appelés ici « cliniques ».  Nous passerons trois jours ici, à nous reposer, et surtout à faire les examens médicaux nécessaires suite à mes problèmes intestinaux qui perdurent. Comme nous tombons sur un week-end, nous assistons au traditionnel « sunday market ». Des milliers de stands s'installent pour quelques heures dans toutes les artères de la vieille ville, la circulation est coupée, il faut vendre pour certains, et acheter pour d'autres. Cette frénésie consommatrice, qui va de la bouffe aux derniers gadgets, reflète bien le boom économique de ce pays, à Bangkok aussi, c'était éloquent, même si on y est passé en coup de vent, McDo, grosses pubs partout, enseignes lumineuses clignotantes démesurées...

En Thaïlande, ce qui change, c'est que les gens sont toujours petits mais plutôt ronds, plus clairs de peaux, le visage moins plat. La couleur de la robe des moines n'est plus le pourpre mais l'orange pétant, ils n'ont pas le crâne rasé, les temples sont dotés d'innombrables tigres, serpents et autres chimères pour les garder, et la structure est composée de plusieurs toits en décalé, avec à chaque extrémité, des dragons ou autres figures absolument effrayants ! Et puis ce qui change aussi, c'est l'état de ce qui roule sur le macadam, beaucoup de flambant neuf japonais, qui a au moins l'avantage de ne pas trop nous asphyxier.

Nous avons repris la route, avec des antibios plein les sacoches, une route difficile, la plus difficile de tout le pays, terrain alpin tropical ! C'est quoi ça  ? Ben c'est un profil altimétrique digne des Alpes avec toutefois des rampes infernales où nous mettons pied à terre et poussons en perdant des litres d'eau, avec autour de nous une végétation qui ne ressemble en rien à nos sapins, épicéas ou même mélèzes. Ici, ce sont palmiers, tecks ( ce qu'il en reste), « raintree » et autres trucs à grosses feuilles. D'ailleurs le feuillage est très épais, impénétrable, et descend en rideaux ininterrompus jusqu'au terrain, formant comme un mur de chaque côté de la route, avec probablement plein  de  sales bestioles qui nous regardent en rêvant de se jeter sur nous, de nous mordre ou nous piquer. Presque la jungle. Le tout est d'un vert assez homogène, foncé, et depuis la route en crête que nous suivons, nous avons de superbes points de vue (oui je sais, encore !), sur d'autres crêtes, à l'infini...

A Paï, où nous débarquons claqués après deux jours de montagne épuisants, tout est voué à la cause touristique, il n'y a rien à voir. Bon, nous c'est sur notre route mais on se demande pourquoi ça attire tant de monde. Nous sommes tout près de la Birmanie et du triangle d'or, une paire de chevelus a du s'y installer il y a quelques décennies et l'endroit est devenu à la mode, y en faut pas plus. Il y a bien la rivière qui passe, avec des serpents dedans, si si, c'est ce qu'on a vu depuis le pont, et des tentes prémontées pour les campeurs juste au bord de l'eau ! On  a pris l'option bungalow car on a déjà campé la nuit dernière, ça fait fun de camper ici, c'est cool, sauf que c'est aussi cher qu'un vrai lit avec une vraie douche, mais bon les touristes y savent pas ! On ne peut pas leur en vouloir, ils sont tout frais débarqués, arrivés en jumbo jet de l'Europe pour les vacances de Noël, c'est le rush, on se croierait sur la côte sauf qu'il y a pas la mer ! Ici, tu peux louer une moto pour 100 dollars le mois et sous les casques, presqu'autant de blonds que de locaux !

Cette route de Chiang Mai à Mae Hong Son est un truc de dingues, je pèse mes mots, soit on pousse le vélo dans les rampes sur le bitume pourtant velours, soit on est debout sur les freins pour retenir le chargement dans les descentes à pic. Dans les montées, quand on se retourne on a le vertige, sans dec', nos moyennes sur ces quatre jours d'affilée plafonnent à 10, ça fait pas beaucoup, et en dessous de 2,5 km/h en instantané, le compteur ne cherche plus à comprendre, il affiche zéro, pas bon pour le moral. On l'a arraché cette route, décamètre après décamètre, heureusement que je vais mieux, on n'enfilait même plus les chaussures de vélo, mais on en est venus à bout, sans se plaindre, avec beaucoup de patience, trois jours et demi, 240 bornes. On a vu des paysages superbes, très tourmentés, déchiquetés, des enchevêtrements de vallées profondes, des goufres insondables d'où émergent des crêtes avec des pics rocheux qui dépassent, le tout toujours recouvert de cette épaisse  végétation. Pas beaucoup de villages, c'est calme. Et le peu de gens qu'on voit ont tous un coupe-coupe coincé dans la ceinture, tu m'étonnes, sans ça, t'as plus qu'à rester sur le macadam !

Les autochtones, eux, nous font plein de pouces en l'air sur la route, discrêtement, sûre que y'en a qu'on ne voit même pas, mais ils sont cools, je me demande s'ils nous prennent pas pour des handicapés...  Ceci dit, quand on est plantés dans les bosses où on fait des kilomètres à pousser le vélo, en baskets, où qu'on répare une crevaison, y'en a plus un qui nousvoit, et pas un seul qui nous a proposé son aide. Pourtant, ils roulent tous en énorme pick-up. Mais bon, au moins ils ne nous poussent pas au talus, même quand on pousse du mauvais côté pour cause de virage beaucoup trop  raide à la corde, même à pied !

Et puis ici, les prix sont affichés, difficile de marchander,  ça dépend quoi. C'est un peu l'Europe en Asie, profitons, ça ne durera pas toujours. Plus on s'enfonce dans les montagnes, moins c'est cher, ou alors plus c'est honnête...

Nous sommes donc à quelques encablures de la frontière birmane, là où il y a plein de trafic de substances illicites, il faut surveiller ses sacoches, et à seulement deux cent cinquante bornes de là où nous avions arrêté de pédaler en Birmanie. Nous passerons le réveillon ici, mais rien de spécial, ici c'est boudhiste donc de Noël il n'y a point. Puis nous allons tirer vers le sud, on nous a promis une route plus facile.


A bientot et bonnes fetes de fin d annee a vous.

 

Ethique, ethnique et patacrac

 

 

On est passé par les montagnes et la frontière birmane parce qu'on voulait de l'authentique loin des plages touristiques du sud. Et puis c'est ici que vivent toutes ces tribus, réfugiés venus de Birmanie, avec des coutumes ancestrales et tout et tout... et il paraît même qu'ils cultivent et qu'ils trafiquent avec le pavot à opium, si si. Et bien en fait, tous ces gens ils existent bien, ce n'est pas juste une légende mais ils habitent dans des villages reculés qu'on atteint à partir d'une sente qui part de la route principale, et qui s'enfonce dans la jungle. Et dans les bourgades, rares, qu'on a traversé, pas de femme-girafe sur les marchés ! Ah ! Double sens ! Oui, parce que pour un peu elles sont à vendre. On a vu ce qu'on a vu le long de la route mais au moins nous n'avons pas encouragé ces désastreuses pratiques de voyeurisme à aller photographier les gens en train de se laver ou de donner le sein au petit dernier, encouragé non plus ces pratiques ancestrales que subissent ces femmes, je dis bien subissent, envers et contre tout respect des droits de l'homme. Alors vous pensez bien que pour ces réfugiés, qui n'ont pas le droit de possèder du terrain pour le cultiver, si le fait de mettre des anneaux, à perpétuité, au cou de leurs filles, puis femmes, peut faire vivre la famille parce que les touristes occidentaux sont friands de ces images, ils ne vont pas s'en priver. Il faut arrêter ! On n'est pas au zoo ! Et quand on voit le nombre d'agences qui proposent leurs services, ça fait peur...

 

S'aventurer à aller seul dans les villages peut attirer des ennuis, la frontière et le trafic sont étroitement surveillés (nous n'avons jamais sorti les passeports), les points de contrôle fréquents, le gouvernement cherche à éradiquer la drogue et ce qui tourne autour. Se faire piquer avec un seul gramme de came ou s'acoquiner avec des dealers potentiels mène droit à la geôle, à perpétuité, ça ne rigole plus. Nous ne sommes amateurs ni de came ni de geôle donc, nous restons sur la petite route de montagne, on a déjà bien assez à faire comme ça.

 

 

 

Mais sur nos petits vélos, à notre petit rythme et avec nos yeux grands ouverts, on en a vu nous doubler tous les jours sur leurs pétrolettes, des mecs, et on les imaginait bien avec cette tronche et cette dégaine, coupe coupe passé à la ceinture, le bandeau sur le front, très bazanés, un peu méfiants d'abord puis tu souris alors ils deviennent souriants et encourageants mais ça s'arrête là. On ne risque pas grand chose, sinon, d'ailleurs, on ne serait pas là. Voilà.

 

 

 

Nous avons évolué tout le long depuis Chiang Mai, c'est à dire sur plus de 600 bornes au milieu de paysages assez austères pour finir, cette forêt dense qui ne laisse pas voir plus loin que le rideau de végétation qui borde la route, les bruits dans les arbres qui nous font sursauter, les serpents qui traversent la route, morts ou vivants, l'isolement, les minuscules villages où tu ne trouves rien à te mettre sous la dent qui te fasse envie, et ces bosses à une fréquence de dingue, qu'il faut souvent passer à pied. On est tranquille, pas de camion ! Assez fou, dur, très dur, il faut avoir du mental, sans vouloir nous vanter. La jungle birmane accessible par la route, c'est un peu ça, seule la rivière nous sépare. C'est fou comme c'est tourmenté, tu joues du dérailleur tous les cents mètres, tu relances, puis tu relances plus parce que tu peux plus, tu ne fais jamais plus de deux kilomètres sans descendre du vélo et pousser, et il n'y a pas d'échappatoire, t'as pris cette route qu'on t'avait annoncée comme étant moins difficile que l'autre, tu étranglerais volontiers ceux qui t'ont dit ça, et les supers ingénieurs qui l'ont tracée aussi, c'est pas possible, mais t'es là, et tu la sortiras cette route, tu ne craqueras pas, tu dors sous des toits en bambous à proximité de la route, tu transpires, tu bouffes dégueu, mais tu vas y arriver … et tu souris encore à ceux qui te font signe.

 

 

 

Puis un matin, on découvre que le cadre du vélo de Michel est en train de partir en loques, il y a des fissures partout, des fentes, et même des cassures sur la pièce qui relie le tube principal à la fourche arrière, eh ben ça fout bien les boules, on se voit presque rentrer à Bangkok et reprendre l'avion. Mais, il paraît qu'il y a un soudeur aluminium à 32 km, alors on y va, et au moment où on leur met le vélo entre les pattes, et qu'il attaque à la flamme, on se dit « c'est quitte ou double ». Tu veux même pas regarder. Ils ont pris soin de protèger ce qui craignait la chaleur, ils ont démonté, ils ont aspergé des chiffons, ils n'ont pas trop chauffé pour ne pas que ça se déforme trop. Souder c'est une chose, souder l'alu c'en est une autre, et souder du tube fin en alu, c'est très délicat, ce serait bien qu'on puisse remettre les autres pièces en place, que tout n'ait pas bougé, ouh la la. Ils ont fait du bon boulot, à priori, (on va voir le temps que ça va tenir), jusqu'à la retouche à la peinture, pour une bouchée de pain évidemment. On croise les doigts, ceci dit, le vélo en question n'a jamais été aussi bien « aligné » que maintenant, à croire qu'y'avait comme un défaut, des contraintes. La veille, on a pris des pentes à 80 km/h, on n'ose pas imaginer...

 

 

 

Voilà, on a fini par sortir de la zone montagneuse infame, mes soucis intestinaux réapparaissent, va falloir se reposer sérieusement, on a laissé des plumes depuis six semaines, Michel pas encore trop mais j'ai vraiment décollé, et trop vite, au niveau poids, ce début en fanfare en birmanie a laissé des traces, pas vraiment remise la gamine. On a tiré sur les organismes, ne nous attendent pour un bon moment que des étapes de plat, alors on devrait se refaire un peu. Au marché à Tak, il y avait un éléphanteau tout noir qui se roulait par terre, et qui ensuite cherchait quelque chose à se mettre sous la trompe... C'est comme dans certains bars, sous la table, ce ne sont pas des filles, mais des aquariums et pendant que le type sirote une bière, il se fait sucer les arpions par les poissons qui le débarrassent de ses peaux mortes !

 

 

 

Nouvel an, nouvel an, et Noël, vous avez passé un bon Noël ? Eh ben nous c'était moyen, à l'heure où vous vous goinfriez de toasts, de saumon fumé, de dinde, d'escargots, de bûche, ah, la bûche, le tout arrosé de champagne, nous on cherchait en vain une boite de thon et des vraies pâtes, parce qu'ici, ils ne cultivent pas de blé mais que du riz et les pâtes, ce sont donc des pâtes de riz, on n'en sort pas !

 

 

 

Et notre réveillon, on le passe finalement à Sukhotai, il y a un peu d'occidentaux, il y a plein de vieux temples à voir, qu'on ira voir demain.

 

 

 

A la prochaine ! Et à la votre ! Meilleurs voeux à tous ! Et patati et patata !

 

 

Janvier à l'hôpital, Mars au Sénégal !

 
 

 

Sukhothai, on en était là quand on s'est quitté, c'était nouvel An. Ancienne capitale, nous avons visité ce qu'il reste des temples, endroit très touristique. Rien à voir avec les temples dans la campagne sauvage de Bagan, ici, nous arpentons le terrain sur du gazon où pas un brin ne dépasse, sous des arbres vieux comme le monde qui nous protégent des ardents rayons du soleil. Bassins que les fleurs de lotus tapissent, vieilles pierres et briques, bancs, buvettes et marchands de glace...

 

 
 

Mais la route nous attend et nous encapons plein sud pour atteindre rapidement Ayuttahya, autre ancienne capitale du Siam, qui elle aussi regorge de temples plus ou moins en ruines. Ils sont ici disséminés au travers de la ville, qui est entièrement ceinturée par un canal, plus ou moins naturel. Les éléphants attendent patiemment le touriste afin de lui faire faire quelques centaines de mètres sur son dos, eh, c'est son gagne-bananes à ce pachyderme docile, à la mémoire aussi grande que petit est son oeil !

 

 
 

C'est une autre Thailande qui s'offre à nous depuis que nous sommes sortis des montagnes : nous sommes en Europe, les coiffures et tenues vestimentaires rivalisent d'originalité, la musique à pleins tuyaux sort de partout, le jour comme la nuit, la fête, la consommation, les petites routes jaunes qui sont en fait des voies express, pour nous aussi, on file sur la voie d'arrêt d'urgence, réservée aux deux roues. De chaque coté, juste après les pylones des inombrables fils électriques, il y a des cultures, des rizières, pas en terrasses puisque c'est totalement plat, et pas grand monde dedans à part les échassiers en tous genres. On file bon train, 100 km au moins par jour, avant que ça ne cogne trop dur, 35 degrés à l'ombre.

 

 
 

Et nous continuons notre route en tirant cette fois-ci à l'Est pour éviter Bangkok et de poursuivre plein sud vers les plages. Mais notre élan est brisé par un matin pas comme les autres, où à cause de mes soucis récurrents de santé, je ne me sens pas la force de partir. Pourtant les deux jours précédents m'avaient donné grand espoir de rémission, que nenni ! On laisse tout à l'hôtel et on se fait emmener à l'hosto de la bourgade en bagnole car faire un kilomètre à pied dans la fraicheur matinale me paraît une épreuve insurmontable. Urgences, civière. Pendant que Michel s'escrime à joindre l'assistance pour la prise en charge des frais, je me vois piquée et mesurée, testée de partout, prise de sang, tension, poul, urine, selles, et direct sous perfusion, réhydratation. Ils me gardent en observation, m'expliquant un peu plus tard que la prise de sang a révélé une infection et des parasites ou bactéries qu'il va falloir tuer. Il aura fallu arriver à passé quarante balais et être en Thailande pour me voir branchée de tuyaux. La salle d'observation contient une quarantaine de lits, séparée en quatre sous-ensembles, ça défile, c'est bruyant, les chiottes à la turque ne sont pas très pratiques quand tu dois y aller avec ton flacon de perfusion au bout du bras levé et t'accroupir, et moi, je suis valide ! Quand il n'y a plus de lit disponible, ils mettent les malades dans les allées, les infirmières ne peuvent plus passer avec les charriots. Pour la nuit les visiteurs ne s'en vont pas, certains dorment avec leur malade, se serrant dans le petit lit, et d'autres s'allongent par terre, ils mangent ici, des marchands ambulants viennent vendre leur camelote. Je comprends tout de suite mieux pourquoi les assurances ne travaillent qu'avec des hopitaux privés... Il va falloir avancer les frais de mon hospitalisation car l'établissement est public, avec un « p », comme populaire, comme pourri aussi... Les riches se font soigner ailleurs, c'est partout pareil. Nous ne serons remboursés qu'un mois après réception du dossier à Paris... Pas très cool. Pour bien faire il aurait fallu déclencher l'assistance depuis l'hotel, ils seraient venus me chercher en ambulance pour aller dans un établissement privé, on croit toujours faire au mieux, par souci d'économie, par bon sens, mais c'est tout faux. Il est impossible de dormir, même avec des boules Quiès, l'ancienne en face est un légume la journée mais se met à gueuler la nuit, c'est pénible, et à coté, la personne vomit à cinquante centimètres de ma tête, à peine plus loin, il y en a une qui chique son bétel. Une giardiase qui traine depuis un moment, je suis affaiblie, pourquoi le toubib de Chiang Mai ne m'a pas donné le bon antibio alors que je lui ai dit que ça pouvait être ce parasite ? Je suis sortie, avec un traitement à suivre, et trois jours de moins à passer sous les cocotiers en bord de mer ! Et quand t'es dans ce dortoir de 40, avec tous les bruits que peuvent émettre les malades, tous orifices confondus, t'imagines les miasmes brassés par les pauvres ventilos, et tu te demandes ce que ça doit être dans les hôpitaux birmans, laos, ou cambodgiens... Et quand de tous ces malades, y'en a pas un qui parle le même étranger que toi, ben y'a quelques moments de profonde solitude ! Ceci dit, il y a plus malheureux et plus grave, ne nous plaignons pas toujours ! Expérience inoubliable. En tout cas, les gens sont d'une gentillesse et d'une douceur exquises dans ce pays, je l'ai vu dans leur attitude avec leur malade mais aussi avec les autres, entraide, massage, pas de fausse pudeur....

 

 
 

Et pour l'info, les trois jours et deux nuits d'hosto, avec les médicaments, les analyses, bref tout, ont couté la folle somme de 68 euros, si ça peut faire réfléchir sur le montant des salaires du personnel hospitalier dans ce pays...

 

 
 

Une nuit de plus dans cette ville à l'hôtel et nous reprendrons la route pour passer la frontière cambodgienne dans trois jours.

 

 
 

A bientôt.

 

 

Premières impressions cambodgiennes.

 

 

Salut à vous,

 

 

Alors voilà, nous avons quitté la Thailande sans avoir vu un gramme de poudre ni une prostituée, ni une plage. Mais comment avons-nous fait ? Ce petit mois dans l'ancien Siam, contrée jamais colonisée, a finalement passé bien vite avec une succession de soucis à résoudre sur le chemin. Nous avons réussi à sortir dans les temps alloués par le tampon sur le passeport. On s'est bien rendu compte des différences entre gens des montagnes et gens des plaines, entre gens des campagnes et gens des villes, deux mondes, et j'imagine que les gens des bords de mer envahis par les touristes doivent encore être bien différents. En tout cas nous avons résolu, momentanément au moins, chacun nos problèmes de tuyauterie et c'est déjà pas mal.

 

 

Après deux journées vent dans le nez, plein Est, nous déboulons à la frontière à Aranyaprathet. Ca sent l'arnaque depuis la guesthouse pour l'achat de nos visas cambodgiens. On en se laisse pas embobinés, on trouve le bon bureau, le prix est affiché, nickel, on remplit les formulaires, on colle la photo, on paie, et là, le type nous demande quelques baths thailandais pour les frais de dossier. Eh ben on n'a pas réagi, pourtant on était prévenu, des vrais bleus, et on a payé. Ah bien sur, tout est allé comme sur des roulettes, en cinq minutes les autocollants étaient à leur place dans le passeport, sourire, bon vent à vous ! Quand on a réalisé, quelques minutes plus tard, on s'est maudit ! Ce n'est pas pour la somme que ça fait, mais pour le principe, pour s'être faits rouler dans la farine.

 

 

A la frontière, marquée par une rivière dépotoir qui donne envie de faire demi-tour, dans le no man's land, il y a un marché important, les Cambodgiens viennent pour vendre, les Thailandais pour acheter, c'est une déferlante de milliers de gens qui sont à pied à pousser des charriots très lourds côté cambodgien et des 4x4 climatisés côté thaï. Entre les deux douanes aussi, les casinos s'alignent, le jeu est interdit en Thaïlande, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'aiment pas jouer. Les plus fortunés viennent donc claquer leur fric à la frontière là où leurs voisins claquent du bec. Poipet, ville frontière assez infecte, nous traversons sans nous retourner dans la poussière et les gaz sous un ciel assez bas avant de retrouver un peu de calme. Nous avons changé de monde, nous voici de retour en Asie, le macadam est cependant nickel.

 

 

Jusqu'à Battambang, le long de la route, dans les villages, nous provoquons de nouveau des éclats de rire, des attroupements, des grands signes et tout ce qui va avec. Les premières impressions sont assez sensationnelles, les gens ne sont pas « chez » leur automobile, ils vivent dehors, ce qu'on avait un peu oublié dans le pays d'avant. On retrouve les charrettes et les chargements déments derrière toutes sortes de véhicules, on retrouve des cohortes de gens qui marchent ou se déplacent en vélo, on ne retrouve pas les épiceries, ni les yaourts, mais on trouve du pain (enfin presque).

 

 

Battambang, quelques temples à visiter dans la campagne environnante, et le bamboo-train. Il est bientôt mondialement connu et il a d'ailleurs perdu toute son authenticité. Pas un occidental ne repart de Battambang sans avoir fait Bamboo-train. C'est une table en bois posée sur deux essieus, reliés par une courroie à un moteur, et on prend place sur la table, et on suit un bout de voie ferrée désafectée, sans réel but, puis on revient. Ce mode de transport étaient très utilisé par les locaux pour transporter leurs marchandises, maintenant ils se font rares, et c'est devenu un pur produit touristique, l'aller retour par personne coute plus cher qu'une double à l'hôtel, et ça défile ! On s'est pointés avec nos vélos, on a volé la vedette aux wagonnets, on a attendu, on a discuté avec les gens, on a fait des photos, on a fait mine de partir aussi, et on a finalement pris le bamboo-train pour pas grand chose avec deux Françaises à qui nous avions l'ordre de ne surtout rien dire sur le prix payé ! Tu fais ton petit tour dans la campagne entre deux haies d'épineux donc tu vois pas grand chose, ça te secoue les vertèbres et quand un autre bamboo train arrive en face, celui qui est le moins chargé est démonté, mis de coté, puis remonté sur les rails et ça repart. Bon c'est marrant, voilà, mais franchement le tarif demandé est exagéré. Mais non on n'est pas blasés mais c'est vrai quoi, ça ne vaut pas un bon tour de manège à sensations !

 

 

Profitant de cette journée entière dans les parages et de la présence d'un consulat vietnamien dans la ville, nous avons fait faire nos visas. Ce qui nous a pris le plus de temps fut de discuter de nos périples avec Mr le consul, jeune homme charmant et sympathique, très intéressé par nos vélos, qui doit s'ennuyer ferme, pour un peu on échangeait nos adresses. Un visa de moins à faire dans la capitale, c'est cool.

 

 

De Battambang, pour ne pas revenir sur nos pas et profiter du pays, nous avons pris le bateau jusqu'à Siem Reap ou presque. Notre livre-guide nous annonçait ce trajet comme le plus beau parcours fluvial du pays, nous n'avons pas été déçus, que ce soit au niveau de la diversité de la végétation et donc du paysage, des activités, des villages, de l'architecture des habitations, des oiseaux... Neuf heures au fil de l'eau, soit sur le bout du Tonlé Sap, très grand lac, soit sur une rivière extrèmement méandreuse, soit entre les radeaux flottants, ou entre les villages sur pilotis très hauts ou au contraire, flottants. La pêche, la lessive, la toilette, le jeu pour les enfants. C'est tout un univers que nous pouvons difficilement découvrir à vélo que nous avons vu là. Trois réserves de biosphère et de multiples réserves et parcs entourent cette immense étendue d'eau douce. A 17 heures, nous débarquons, un pneu à plat !!, et 22 bornes à faire. La nuit tombant aussi vite que le rideau au théâtre, on peut vous dire qu'on a soulevé la poussière. Nous sommes à Siem Reap, tout près des temples d'Angkor que nous allons découvrir dans les prochains jours...

 

 

A bientôt.

 

 

 
 

D'Angkor au Mékong.

 

 

Quiconque vient au Cambodge ne peut shunter Angkor et ses célèbres temples. L'entrée est chère, quarante dollars pour le ticket de trois jours consécutifs mais c'est bien le minimum pour découvrir superficiellement ce vaste site. Il faut se lever tôt et ne pas faiblir à l'heure de la sieste pour avoir ne serait-ce qu'un aperçu des temples khmers. Nous ne sommes pas passionnés, avions la crainte de saturer, mais non, il faut reconnaître que nous avons pris plaisir à sillonner en vélo, les petites routes qui relient les différentes cités. Nous avons fait à chaque fois au moins 40 kilomètres et jusqu'à 80 sur nos deux-roues et quelques-uns à pied. Ce sont des journées de repos ! Vous avez compris, le site est immense. Des statues, des sculptures, des fresques, des bassins, des étages, des gradins, des terrasses, des visages partout, des ponts, des racines qui mangent et bousculent certains temples, il y en a pour tous les goûts. De la pierre, peu de brique. Le site est envahi tôt le matin par ceux qui veulent le lever du soleil et jusque tard le soir par ceux qui veulent le coucher du soleil, et ce sont parfois les mêmes, les journées sont trop courtes. Des bus, des minibus, des tuk-tuk en pagaille, des motos avec passager, des cyclistes, aguerris ou occasionnels circulent toute la journée sous les grands arbres. Les temples ont été élevés par différents rois Khmers se succédant, entre le IX ème et le XII ème siècle. Ils ne se ressemblent pas. Le plus prestigieux est Angkor Vat, ce n'est cependant pas celui que nous avons préféré. Des milliers de touristes par jour, qui prennent des centaines de photos chacun, cherchant le rayon de lumière sur les détails, le cadrage, le visage parfait, l'éclairage ou l'insolite. Trois jours, nous n'avons pas tout vu, loin de là, et nous ne sommes pas entrés dans les détails, parce que sinon, c'est une journée par temple qu'il faut, chacun à son histoire, c'est riche, très riche.

 

Sur la nationale 6 que nous avons empruntée ensuite, les maisons sur pilotis et les tas de paille se succèdent pratiquement sans interruption, et devant chacune d'entre elles, il y a un ou plusieurs Cambodgiens, vieux ou jeune, homme ou femme, enfant ou daulte, mais tous nous récrient et nous saluent. Il faudrait compter le nombre de fois qu'on lève le bras et qu'on répond "Hello" au kilomètre, ça donne le vertige. Ceux qui connaissent quelques mots d'anglais n'hésitent pas à engager la conversation. Nous n'avons rencontré que peu de gens parlant français. Dans toutes ces maisons construites en matériau légers, bien sûr ni eau ni électricité. Toutes sortes d'animaux destinés à la consommation sont transportés de diverses manières sur les petites motos, les chargements sont spectaculaires, beaucoup de monde à vélo aussi. Nous roulons à droite et comptons en kilomètres. En ce moment les rizières sont au repos, la récolte est terminée, la graine a été triée, les boeufs pâturent dans les terrains secs et jaunis, pas nombreux au mètre carré, ce doit être sensationnel quand tout est inondé et vert pétant.

 

 

Quittant la nationale 6 qui descend sur la capitale, nous avons continué vers l'Est en traversant quelques plantations d'hévéas, l'arbre qui donne le caoutchouc. Les ouvriers font une légère entaille dans le tronc, en vrille, le liquide blanc et crémeux descend alors dans des coques de noix de coco coupées en deux et attachées au tronc. Quand ça ne coule plus, ils refont l'entaille quelques millimètres plus bas, mais pendant combien de temps ça donne, nous ne savons pas. Ils récoltent ensuite les coupelles dans des bidons, puis dans un camion citerne.

 

 

Nous sommes maintenant dans des zones où l'électricité n'est pas dispensé toute la journée mais théoriquement seulement de 17 à 5 heures, les villages et petites bourgades sont alimentées par de gros groupes électrogènes, le gazole est cher, et trois heures de climatisation dans une chambre d'hôtel reviennent à 1 dollar, c'est énorme. En ce qui nous concerne et malgré des températures dépassant les trente cinq degrés ces derniers jours, nous nous contentons largement d'un ventilo, la nuit amène un peu de fraîcheur, nous ne souffrons pas. L'air est assez sec.

 

 

A Kampong-Cham, nous sommes tombés nez à nez avec lui. Il est large, des myriades de petites embarcations flottent à sa surface laissant trainer leur filet dans l'onde bleue, contrairement aux autres rivières qui étaient brunes. Il est majestueux, il prend sa source au Tibet et arrose le Laos, le Cambodge avant de se jeter dans la mer de Chine en d'innombrables bras, au Vietnam. Vous avez tous deviné, il s'agit du Mékong. Nous logeons ce soir avec vue sur les pêcheurs et sur le premier pont construit pour enjamber la rivière, il reste un phare français en face de la ville et quelques batiments coloniaux dont les façades ont subi le temps qui passe. Au sud de la ville, un pont en bambou, refait chaque année, relie une île au reste du pays, cinq cents mètres de long, et même les autos passent dessus, c'est du costaud le bambou même si ça a l'air d'un ouvrage en allumettes !

 

 

Nous allons à partir de demain longer ce fleuve majestueux, à contre courant, et contre le vent probablement aussi, jusqu'à Kratié. Le Cambodge pour l'instant nous réjouit vraiment, c'est un peu de nonchalence mais pas trop, la vie sans toutefois trop de bruit, c'est les vacances, le voyage, vraiment, nous pédalons et visitons, nous sommes bien. Plus d'images dans la galerie qui en dit parfois plus long que ma prose. Le choix des photos est très difficile.

 

 

 

A bientôt.

 

 

 

Nonchalance et calme capitale.

 

 

 

Bonjour,

 

 

 

Kratié, la nonchalance d'une petite bourgade sur la rive du Mékong, qui a visiblement connu des jours meilleurs, et pires aussi. Le marché nauséabond où les mouches se régalent sur les étales de viande jouxte ce qu'il reste des façades coloniales françaises. Mais dès que l'on se tourne vers le Mékong, c'est le calme et la majesté. Une fois de plus, la couleur bleue du fleuve surprend. Nous avons été à Kampi, il paraît qu'on peut y voir des dauphins de l'Irrawady, espèce en voie de disparition. Et puis ça ne l'a pas fait, on n'a pas pris le bateau, ça nous a semblé être un attrape-nigaud, le tarif a triplé en trois ans, le nombre de dauphins diminue, la probabilité d'en voir est de plus en plus faible... Le fleuve à cet endroit se trouve encombré d'une multitude de petits ilots buissoneux ou sableux, et s'épenche en légers rapides avant de redevenir entier. L'endroit est beau. En face de Kratié, une île agricole a gardé toute son authenticité, nous y passerons l'après midi à marauder quelques tomates et à flâner entre les habitations. Tranquille, pas d'auto, un petit bateau fait les allers-retours entre la ville et l'île.

 

 

 

Puis, le long de cette route que nous prenons pour descendre sur la capitale, en évitant soigneusement celle qui passe par le bled où la spécialité est les araignées frites (pour ne pas avoir d'excuses à trouver à ne pas vouloir y gouter), le jaune sec des rizières a laissé la place au noir calciné, ils y mettent le feu, qui se répand, avec le vent, à une vitesse hallucinante, c'est moins joli. La fumée est âcre quand nous devons la traverser. Assez paradoxalement, avant Phnom Penh, nous retrouvons des cultures très vertes, la proximité du Mékong fait peut-être que cette région est encore irriguée même en saison sèche. 60 km avant la capitale, la RN1 s'interrompt, barrée par le fleuve, pas de pont, nous prenons le ferry, qui n'est même pas surchargé. 

 

 

 

Les kilomètres défilent bien, 120, 130, 140, nous pouvons arriver ce soir à PP (Phnom Penh), encore 25. De toute façon il n'y a pas une guesthouse le long de la route. Nous serons juste avant la nuit. Mais bien sur, ce jour la, ce soir là, précisément, crevaison et travaux interminables sur la route nous ralentissent trop dans la circulation infernale d'une entrée de capitale en fin de journée. Nous nous logeons à 10 km de la ville.

 

 

 

Phnom Penh est moins encombrée, moins effervescente que nous ne l'avions imaginé. C'est une petite capitale à échelle humaine, qui se découvre à pied. Ici, la Tonlé Sap , une rivière importante et brune se jette dans le Mékong mais elle ne parvient pas, en mélangeant ses eaux, à ternir celles, bleues, du fleuve roi. Les quais nous donnent une impression de promenade des anglais, avec de belles façades, des établissements chers, des arbres, des jardins et l'eau. Un peu plus loin, le palais royal nous rappelle que nous sommes en Asie, nous ne l'avons pas visité, préférant l'hommage émouvant rendu aux 18 000 personnes torturées à mort entre 1975 et 1978 sous le régime Pol Pot au musée Tuol Sleng. Ce bâtiment, à l'origine un lycée, devint le plus grand centre de détention et de torture du pays, la prison S-21. On y voit des salles de classe découpées en une multitude de cellules en briques ou en bois, au fond de la salle contre le mur, reste le tableau vert. On y voit des centaines de photos de détenus, souvent des femmes, des jeunes hommes, avec un matricule, on y voit aussi de grandes cellules réservées aux personnes plus importantes. Seulement 7 survivants furent retrouvés à la « libération », ils étaient photographes ou peintres... Les instruments de torture étaient simples : des pioches, pelles, barres de fer, potence, chaines, bacs pour immerger les suppliciés ou jarres pour leur tremper la tête dans les engrais. Quelques photos horribles montrent à quel point l'homme peut être barbare et violent, avide de sang. Les tortionnaires devenaient fous et étaient eux-mêmes torturés par leurs successeurs... Sur certaines photos prises dans les camps de travaux forcés, les femmes et les enfants rient...

 

 

 

Le Cambodge, après les guerres avec le Vietnam et la Thailande, a subi les bombardements américains, puis le régime Pol Pot. Et malgré les horreurs que les Khmers Rouges faisaient subir à tout suspect contre le régime, la communauté internationale n'a pas bougé, pour finir, c'est le Vietnam qui est intervenu, pour écraser Pol Pot et sa clique. Ce pays est en paix seulement depuis 1998. Nous voyons quelques estropiés dans les rues, qui ont sauté sur des bombes anti-personnelles qui truffent la campagne, en se rendant à leur travail, dans leurs champs. Tout n'est pas déminé, il ne faut pas sortir des sentiers battus, encore aujourd'hui. Et si nous ne sommes pas forcément d'accord avec l'idée de colonisation, il apparaît que le Cambodge n'existerait plus, à cause de l'appétit de ses voisins, si la France n'en avait pas fait un protectorat entre 1864 et 1953.

 

 

 

Revenons à des choses plus légères, les deux-roues motorisées sont reines, les tuk-tuks un peu plus encombrants se faufilent comme ils peuvent, les flics mal intentionnés veillent, les centres commerciaux modernes aux étalages remplis de produits d'importation côtoient les vieux marchés puants, les rats crevés dans les allées, les ordures, les égouts, les pauvres cyclo-pousses doivent se méfier des gigantesques et vrombissantes Hummer, les chambres des guesthouses sont étriquées, ou chères, les restos ont des frites et de la purée sur leur carte, s'appellent Bougainvillée, Sentiment, Comme à la maison, Chez Tonton, Le Deauville, La marmite, Le Jardin ou la Croisette et les Courtet traversent les rues n'importe où en quête d'un coconut-milk-shake à prix abordable, à siroter à la paille en regardant la vie défiler. Au bout d'une journée, on a nos adresses et nos habitudes et nous mangeons chez Mama's Restaurant !

 

 

 

Phnom Penh est la capitale la plus chaude du monde, en moyenne sur l'année. Nous sommes en plein hiver, il fait 33 degrés dans la chambre la nuit mais l'air est relativement sec, c'est ce qui permet à cette température d'être supportable, on ne moisit pas. Dans la journée, nous cherchons l'ombre, impérativement. Les hébergements offrant l'eau chaude ne nous intéressent surtout pas !

 

 

 

Nous avons dépassé les 3500 km à vélo, ce n'est que le début, nous allons maintenant partir découvrir la partie sud de ce pays qui a décidément beaucoup à offrir.

 

 

 

Côte sud.

 

 

 

Dernière grande ligne droite dans ce petit pays, nous filons vers la côte sud, ses plages et ses mangroves. Les premiers villages nous voient passer comme des fusées, fort vent en poupe, terrain plat, … le vélo est un sport très facile parfois ! Des rencontres de hasard font que nous campons dans une plantation de manguiers ou que nous dormons chez l'habitant.

 

 

 

Le Sud, peu habité, regorge de parcs nationaux, d'endroits un peu inaccessibles qu'il convient maintenant de protéger contre la folie envahissante des promoteurs étrangers. Ils sont principalement composés de jungle et de mangroves. La zone qui longe la RN48 qui mène à Khrong Koh Kong s'appelle « couloir de conservation », très peu de villages, c'est montagneux, coincé entre le littoral sauvage et la chaine des Cardamones.

 

 

 

A Khrong Koh Kong, frontière thaïe tout au sud, nous visitons la mangrove. Des pontons, passerelles et tour d'observation ont été crées pour un accès facile au coeur de cet écosystème un peu particulier. Suivant la marée ou la saison, l'eau y est douce ou salée. Les palétuviers poussent là dedans, ont des racines toutes emmêlées, c'est dense et assez inhospitalier.  De larges chenaux permettent de circuler en bateau dans la forêt mais ne peuvent pénétrer à l'intérieur même de la mangrove. Et puis il y a quelques belles plages, complètement désertes, certes pas bordées de cocotiers, nous vous tairons la température de l'eau afin de ne pas vous faire pâlir de jalousie...

 

 

 

Reprenant la même route en sens inverse, nous rejoignons celle qui mène à Sihanoukville. Pas de bol, nous sommes en plein nouvel An chinois, tous les riches Khmers de la capitale descendent en masse sur la côte. C'est une file ininterrompue d'énormes Lexus, Toyota, Mercedes, Hummer, Honda qui déferlent comme des bargeots. On croit rouler dans un rallye automobile. Y'a d'la tune sur le macadam et d'la griffe sur les guiboles, de la starlette même pas belle à la pelle, et ils vont tous au même endroit que nous !

 

 

 

Trouver un hébergement à Sihanoukville ce week end relève du parcours du combattant, mais comme on a parfois de la chance, on s'en sort pas mal du tout, pour moins cher que d'habitude, au calme, à cinq minutes à pied de la mer, un truc pas trop officiel en face d'un resto où on mange bien, bon et pas cher ! La ville est divisée en trois quartiers assez éloignés les uns des autres, celui des bars à filles, dans lequel nous créchons, celui de Serependy, boum-boum techno toute la nuit, les décibels dans les oreilles, la grosse masse de touristes, choses à boire et à fumer partout, établissement ouverts 24/24 qui offrent le dortoir aux fétards et enfin, le centre-ville, très bruyant, mais qui ressemble le plus à une ville du Cambodge. Les plus belles plages sont à Serependy, c'est loin de chez nous mais nous sommes allés y jeter un oeil. Ils sont tous vautrés là, tous, du style un au mètre carré, bien alignés, sur une plage qui n'a rien d'idyllique. On est resté là les bras ballands cinq minutes avant de tourner les talons et de rejoindre notre petite plage cocotiers, sable blond et surtout presque déserte.

 

 

 

Sihanoukville est réputée pour ses plages, mais pas que ça. Une bonne partie des Occidentaux, jeunes ou vieux, résidents ou touristes, sont accompagnés d'une jeune Cambodgienne, ça va fort, des rues entières de bars à filles. Ca fait toujours bizarre de voir ces jeunes avec des gros vieux pas beaux, bienvenue à Saniqueville... à côté de ça un Français expatrié depuis onze ans nous dit que les filles préfèrent les vieux qui sont plus respectueux et plus généreux. Ils font vivre des familles entières... il faut toujours voir du positif en toute chose ! Nous sommes à dix mille lieues du Cambodge que nous avons découvert jusque là. Voulant profiter de la mer limpide des îles alentours, nous sommes partis avec d'autres pigeons de notre espèce sur une barcasse traditionnelle. A l'aller, nous avons pris un baquet d'eau salée dans la tronche à chaque vague, puis nous nous sommes arrêtés à la première île sur les trois prévues parce que la mer est démontée, à noter qu'il y a une heure, ça n'était pas mieux. Un bout de poisson avec du chou et un coca nous sont servis, on se baigne un peu, on va voir de l'autre côté de l'île et on revient au port en faisant une halte « snorkeling », c'est à dire qu'on met un masque et un tuba et on regarde l'eau trouble, les oursins et les quelques poissons qui veulent bien se montrer. Nous sommes très loin des photos des prospectus, comme d'habitude me direz-vous. Bref, on a passé une journée farniente, on voulait faire du « snorkeling » et voir les îles, c'est moitié loupé mais au moins avons nous eu une belle journée. La mer étant moins agitée en rentrant, nous avons pu sécher !

 

 

 

Notre passage au Cambodge s'achève, demain nous reprenons la route pour Kampot puis Kep, nous passerons la frontière vietnamienne le 9. Ce pays nous laissera un bon souvenir, nous craignions d'avoir trop chaud mais ce fut agréable, nous avions prévu 870 km dans ce pays, nous en ferons presque le double, il y a beaucoup à voir, nous avions peur de l'état des pistes, mais tout le réseau principal et secondaire est en bon état, les gens sont super agréables, le logement d'un rapport qualité/prix excellent, comme la nourriture. C'est cool quoi, c'est l'Asie, mais l'Asie tranquille et facile.

 

 

 

Nous avons finalement rencontré plusieurs personnes qui avaient fui le régime Pol Pot en 1975, pour s'expatrier en France, puis revenir au pays, en vacances ou définitivement, leur histoire est à chaque fois assez bouleversante. Actuellement, c'est toujours un royaume, mais le roi n'a aucun pouvoir, le premier ministre est un dictateur communiste, les élections (sauf municipales), ne sont pas libres, les enfants des familles pauvres doivent travailler et ne sont pas scolarisés, il y a de la misère même si elle ne saute pas aux yeux. Beaucoup de villages sont reculés, accessibles au bout d'un sentier, on ne les soupçonne même pas, ni eau courante, ni électricité, ni rien. Trop de terrains pas encore déminés, et tout dernièrement, le conflit pour savoir à qui appartient le temple angkorien de Preah Vihear, situé tout au nord sur la frontière avec la Thaïlande a repris de plus belle. L'affaire était  sensée être réglée, et le temple appartenir au Cambodge, n'empêche qu'ils mitraillent et qu'ils ont déplacé des tanks et des troupes.

 

 

 

Voilà, nous avons refait une petite soudure sur le cadre du vélo de Michel, on avait un doute à cet endroit la dernière fois, ce n'était pas net, 2500 bornes plus tard, plus de doute, il y avait bien une amorce. Dans ces pays, il y a des soudeurs alu dans presque tous les villages, qui bossent bien pour pas grand chose. Et à part ça tenons la forme et allons bien, il paraît que dans le Jura ce n'est pas un hiver à bourrelet, chez nous non plus et ce n'est pas dans les mois qui viennent qu'on va en mettre !

 

 

 

Ciao à la prochaine !

 

Surprise avant la frontière.

 

Nous nous étions quittés à Sihanoukville, le lendemain, nous avons roulé jusqu'à Kampot sur une route côtière plutôt tranquille avec quelques beaux villages moitié sur terre, moitié sur l'eau. A midi, tout le café est scotché devant le discours du premier ministre à la télé, nous n'y comprenons que dalle évidemment. Dernier jour au Cambodge, alors que nous nous prélassons sur une plage de Kep, la surprise est arrivée. Robert et Fé, un couple franco-indonésien que nous avions rencontré à deux reprises en Birmanie débarquent sur leur petite moto de location, avec des poissons et des crabes à déguster. Ils nous ont cherché la veille, on était restés en contact par mail. 

 

 

Le lendemain, la frontière est accessible au bout d'une piste de 15 km, si poussiéreuse que les arbres qui la bordent sont couleur rouille.

 

 

 

 

 

Frontière et delta du Mékong

 

Passage de la frontière, pas d'entourloupe côté cambodgien. Côté vietnamien, le type qui nous fait remplir les questionnaires de santé et nous prend notre température corporelle tente, en vain, de nous soutirer un dollar chacun. Ben non. Il n'a pas insisté, nous non plus. Un peu plus loin, le type qui tamponne le passeport nous propose de changer de l'argent, je demande le taux, qu'il m'annonce si bas que j'ai failli m'esclaffer. Il y a une banque trois cents mètres plus loin. Avant chaque opération bancaire de change, je vérifie le taux sur internet. Dernier contrôle, tout va bien, nous sommes au Vietnam. L'achat des premières bouteilles d'eau donne là aussi matière à froncer les sourcils, nous n'avons pas lâché, elle nous a rendu de l'argent. Pour une première impression, c'est pas top ! Heureusement, tout a basculé ensuite, là où nous nous sommes restaurés le midi et à l'hôtel le soir, et comme ce type qui nous offre chacun une canette alu de bière sans descendre de sa moto, ni nous de nos vélos ! Va falloir faire le tri entre les bons et les méchants en tentant de ne pas se tromper !

 

 

 

Le delta du Mékong est la zone la plus densément peuplée de ce pays ( 18 millions d'habitants) qui compte plus de 80 millions d'habitants sur un territoire tout juste grand comme l'Italie. Autrement dit, le delta du Mékong, c'est des habitations sans discontinuité le long des axes principaux, et des grosses villes dans lesquelles rien n'est indiqué, c'est une circulation infernale surtout faite de motos qui klaxonnent en permanence, ce sont des routes trop étroites et trop bosselées. Et entre tout ça, des canaux où les bateaux circulent sans cesse, klaxonnent tout autant, petits ou gros, motorisés ou non, et des cultures. Pas un mètre carré de terrain disponible. C'est chargé. Et puis tout va vite, les gens sont pressés, ils ont des casques sur leur moto qui les fait ressembler comme deux gouttes d'eau à des Playmobils. Ils ne montrent pas d'intérêt particulier pour nos montures, c'est peut-être mieux comme ça, puisqu'ils sont si nombreux ! Alors dans cette circulation démente et débridée, nous devons rester vigilants en permanence, pas de place à la rêverie si nous ne voulons pas leur donner l'occasion de tracer nos silhouettes à la craie sur le macadam, comme il y en a tant ! Les routes sont noires de vélos et motos, heureusement qu'ils ne sont pas en auto !

 

 

Au bout de deux jours, c'en était déjà trop de ce tintamarre, de toute cette basse-cour aussi qui se met à couiner ou à piailler, à crier, à glousser sur notre passage, nous avons fui par les routes qui ne sont pas marquées sur les cartes pour nous mettre un peu au vert. Et le delta du Mékong s'est montré sous un autre angle, avec des mosaïques de vert à pleurer, des plantations de bananes, de noix de coco, d'ananas, et bien sûr, de riz. De chaque côté de la petite route surélevée d'un mètre ou deux, l'eau est à fleur de peau, et fait pousser tout ce qui est semé. Ils font, ici, trois récoltes de riz chaque année ! Et puis ils portent tous des chapeaux pointus, partout, bien coniques, sur les vélos, sur les bateaux, dans les marchés flottants ou non, dans les rizières, avec un gros noeud sous le cou pour ne pas qu'ils s'envolent parce qu'il y a des jours très ventés.

  • Et aujourd'hui tu fais quoi ?

  • Je vais faire pousser le riz !

 

 

Pas de souci pour nous loger, il y a des pensions tous les kilomètres, sortes de mini-hôtels chez les habitants et depuis notre arrivée dans ce pays, chaque jour nous avons eu une invitation, un cycliste américain d'origine vietnamienne, en vacances ici, nous a offert à boire et à manger avant de nous accompagner sur la route difficile à trouver qui mène au bateau pour traverser un des quatre bras du Mékong. Alors même si une partie de la population a une attitude envers nous qui agace la moindre,(moqueurs, irrespectueux, bruyants, impolis, bourrins), d'autres sont vraiment extras.

 

 

Un par un, par de grands ponts ou en bateau, nous avons traversé tous les bras du Mékong, et chacun d'eux est impressionnant, le Mékong charrie tant de limons que la terre gagne 80 mètres par an sur la mer, le delta couvre une surface de 55 000 km² soit trois fois et demie la Franche-Comté. La vie y est restée assez traditionnelle malgré l'effervescence et la densité humaine, les marchés sont toujours aussi colorés, les tenues vestimentaires inchangées, et quelques marchés flottants offrent un spectacle authentique, il faut juste se lever très tôt, à 9 h tout est remballé ! Entre ces bras principaux, tout est moitié terre et moitié eau, les habitants circulent aussi bien en bateau sur les canaux qu'en moto sous les chapeaux.

 

 

Cherchant à faire une entrée dans Ho Chi Minh Ville, encore appelée ici Saïgon (et c'est plus joli et plus exotique) par autre chose que la N1 surchargée, nous sommes arrivés par le sud sans se faire trop gazer, puis avons trouvé sans trop de difficulté le centre névralgique où se poser. C'est moins bruyant, moins surchargé que nous ne nous y attendions, bonne surprise. A l'heure qu'il est, on peut déjà vous dire qu'on a eu nos visas pour le Laos, en 30 minutes, directement au consulat.

 

 

Prochain post après la visite de Saïgon, dont nous ne repartirons que vers le 17 car nous y attendons un colis de France, avec dedans un réchaud tout neuf, puisque le notre faisait l'objet d'un rappel constructeur !

 

 

 

A la prochaine.

 

 

 

 

Un autre Vietnam.

 

 

 

Salut à tous,

 

 

 

Pas besoin de tour-opérateur quand on a un vélo pour se déplacer. Nous avons visité les villages traditionnels des ethnies minoritaires qui bordent la route, avec à chaque fois, la maison communautaire à l'architecture si élancée, si inhabituelle aussi. Pas vu l'intérieur, ces maisons ne sont ouvertes que pour les cérémonies. Nous avons eu le sentiment d'être projetés quelque part loin de tout le reste, loin du bruit et de la circulation, loin de notre siècle, loin de la société de consommation, c'était bien, reposant. Et cette petite route, blanche sur la carte, dont nous craignions l'état du revêtement (il était en fait excellent la plupart du temps) nous a bien cassé les pattes : des montagnes russes qui se succèdent à un rythme éfréné mais loin du nord de la Thaïlande, tout se passe aisément sur le vélo, tout de même ! Et là où chaque point était une ville de cent mille habitants il y a deux jours en arrière, pour le même point, nous cherchons quelques maisons disséminées dans la nature. Nous roulons tranquilles, quelques motos seulement, avec des autochtones en tenue de travail et des chargements de bois, d'outils, de matériaux, de bétail. Tout est boisé, à part le fond de minuscules vallées où se nichent des cultures inondées. C'est joli et c'est varié, derrière chaque virage un nouveau paysage. C'est trop court ! Nous arrivons en deux jours dans une large vallée très verte, puis rapidement sur la nationale 1 qui borde le litoral,.... à quinze kilomètres du littoral !

 

 

 

Nous avons alors poursuivi notre route vers le nord, faisant une halte à Hoi An, où on voit encore les vestiges de l'époque coloniale, avec des maisons à colonnades, des lampions chinois, un pont japonais, des marchés toujours colorés, et des bateliers qui nous font les yeux doux pour la balade au coucher du soleil sur la rivière, vietnamiens ! Nous prenons le temps de déguster les spécialités culinaires, à base de pâtes... de riz bien sûr !

 

 

 

Puis comme nous nous rapprochons du littoral pour de bon, le temps d'une journée nous alternons plages et passages de cols, pas très hauts, mais assez pour nous offrir de vraies jolies vues sur le rivage en contrebas. Un tunnel passe sous le principal col, à part les bus touristiques, les transporteurs de matières dangereuses ou de bestiaux et les deux roues, nous sommes seuls ! On termine la journée sur une plage déserte de la mer de Chine, vers un village de pêcheurs où on dirait qu'ils ont mis les bateaux, particulièrement esthétiques, juste pour qu'on les prenne en photo dans la brume du bord de mer. L'eau n'est pas très chaude, remuée par des courants assez violents, ce n'est pas la bonne saison pour se baigner mais ça nous va très bien pour nous détendre les guiboles. Un peu de fatigue musculaire se fait sentir après toutes ces étapes enchainées assez longues et l'eau salée nous délasse la moindre.

 

 

 

Encore une journée et nous sommes à Hué. Alors quand nous arrivons comme ça dans des lieux qui sont bondés de touristes, nous mangeons quelques kilomètres avant la ville, la même chose pour deux à trois fois moins cher, dans des petites gargottes bien sympathiques où ils nous versent des seilles de thé léger, à volonté, avec le repas, comme le veut la tradition mais qu'on ne retrouve jamais dans les quartiers où descendent les Occidentaux. Après avoir trouvé un hébergement en ville, Michel part à la recherche d'un soudeur alu pour reboucher une nouvelle fente sur le cadre du vélo, il revient peu de temps après, le travail est fait. Cool. Au supermarché tout proche nous faisons le plein de pâte à tartiner au chocolat noir et de confiture pour les petit-déjeuners des jours à venir et même plus, c'est qu'on n'en trouve pas partout, et nous sommes difficiles à rassasier. Nous avons pris l'habitude, quand nous faisons halte « sur la route », de nous faire à manger le soir et le matin, on fait nos courses sur les marchés rencontrés en cours de journée. Il est toujours aussi aisé de se loger, presque dans tous les villages il y a une ou plusieurs « pensions », ce sont des « mini-hotels » au confort variable mais toujours corrects. Nous n'avons pas encore utilisé la tente au Vietnam, une chambre coûte 5 dollars à la campagne et à partir de 7 dollars dans les centres touristiques. En arrivant à Hué, nous fêtons les 6000 km qu'affiche le compteur. Ca défile, nous avons rudement véloté dans ce pays. Les kilomètres ne sont pas les seuls à défiler, les jours aussi, nous ne voyons pas le temps passer, plus de cent jours déjà que nous sommes partis, et comme d'habitude, c'est si loin et si proche à la fois.

 

 

 

Hué est une ancienne cité impériale, traversée par la « rivière des parfums », nous visitons sous un ciel très bas, dans le crachin, les temples, appartements et dépendances des empereurs de la dynastie Nguyen. Du kitsch, des couleurs, tout ceci n'est pas très vieux, moins de deux siècles. Ca nous occupe un moment, journée de repos...

 

 

 

Nous ne monterons pas plus au nord dans ce pays, allons même redescendre un peu pour passer la frontière laotienne dans quelques jours, et les prochaines nouvelles viendront de ce nouveau pays, qui promet d'être enchanteur. Que du beau à venir ! Et du chaud aussi !

 

 

 

A bientôt.

 

 

 

Sortie du Vietnam,

 

 

 

 

Nous quittons Hué sous la pluie, ne faisons donc pas de détour et filons tout droit vers Danang, repassons le col avec la jolie vue sur le littoral : les mégères au sommet me harcèlent de nouveau et je me retiens de leur montrer que j'ai encore de l'énergie. La météo s'arrange et nous arrivons sains et secs. Nuit suivante et nouvelle entourloupe toute vietnamienne : le prix de la chambre devient un prix par personne durant la nuit, très arrosée d'ailleurs, nous ne payons pas le surplus et partons de bonne humeur, tout contents que pour une fois, ils n'aient pas exigé qu'on leur laisse nos passeports pour la nuit !

 

 

 

 

 

 

Nous nous retrouvons assez vite sur la nationale 14, qui reprend le tracé de l'ancienne piste Ho Chi Minh, qui servait pendant la guerre à l'approvisionnement du Sud du Vietnam par le nord. Cette route serpente dans la jungle dans des terrains difficiles, les bosses s'enchainent, de plus en plus rapprochées. Comme on a de plus en plus tendance à fuir les habitants de ce pays, nous campons ! Nous profitons ainsi des bruits de la forêt en plus de celui des camions qui passent jusqu'à tard dans la soirée !

 

 

 

Le lendemain, en guise d'apéritif nous avons eu quelques montagnes russes, puis en entrée, plusieurs rampes, en plat du jour : un rude col qui nous a fait quitter la jungle humide et luxuriante pour un versant aride et dénudé, et en déssert, de nouveaux quelques belles rampes sous le cagnard, qui nous ont achevé les guiboles. Nous avons quitté la table sans attendre le café ni le digestif, c'en était assez !

 

 

 

La sortie du pays par une toute petite porte se déroule sans tentative de corruption, sans sourire non plus, on ne peut pas tout avoir. D'ailleurs juste avant la barrière, un type est venu slalomer avec sa moto entre nous deux, histoire de ne pas nous faire regretter sa patrie. Pendant qu'on présentait nos passeports, il a manqué foutre un vélo par terre, heureusement la barrière s'est fermée entre lui et nous ! On quitte ce pays un peu comme on quitte une pâture quand on a un taureau aux trousses, on se retourne juste après le passage canadien, et on regarde en disant : ouf !

 

 

 

Et c'est là qu'on se rend compte que plus que les paysages ou les monuments, les relations que l'on a avec les populations sont primordiales. Il ne faut certes pas faire une généralité mais le sentiment qui prime après un mois dans ce pays n'est pas des meilleurs. On était prévenu, on confirme...

 

 

Laos...ur la montagne...

 

 

 

Donc nous voici à la frontière perdue de Bo Y, à 110 km côté laotien, d'une bourgade digne de ce nom (Atapeu, 19 000 hab). Le passage se fait sans encombre, même si nous restons à la douane près de deux heures, à cause de … l'orage violent qui éclate juste à ce moment là. Nous sommes à l'abri, quelle chance ! Parce qu'ensuite, après un passage très boueux histoire de nous souhaiter la bienvenue, pas un abri avant longtemps, la route bitumée velours toute neuve plonge de nouveau dans une jungle épaisse, et ici, pas de circulation débridée : nous ne pouvons nous empêcher de trouver la brume qui se dégage et nous enveloppe après l'averse d'une beauté toute mystérieuse, la route fume et nous envoie des bouffées de chaleur humide qui nous font transpirer sans rien faire, c'est un vrai hammam, et nous nous régalons des cris des oiseaux et autres bestioles que nous ne voyons pas.

 

 

 

Premier bivouac, nous transpirons grave sous la tente mais heureusement la température descend dans la nuit jusqu'à 20 degrés. Le lendemain nous voit passer plusieurs cols aux pentes dépassant régulièrement les 10 % et au sommet de l'un d'entre eux, deux litres d'eau et un gros pamplemousse nous tombent du ciel et tombent très bien ! Seuls quelques hameaux avec des maisons en bois et en carton ponctuent notre route, nous traversons alors des interminables et moches plantations d'hévéas encore trop jeunes pour nous faire le moindre ombrage. Il fait une chaleur torride, nous consommons des litres de liquide, ce n'est que le début. Les talus font ici aussi office de décharge municipale. Les gens au bord de la route nous crient des « sabaidee », ce qui nous change des « Hello ». Nous passons cette journée internationale de la femme à constater que c'est jour férié, les enfants ne sont pas à l'école, les hommes boivent de la bière en discutant, à Atapeu, les banques sont fermées et les femmes.... travaillent !

 

 

 

Pas moyen de trouver, encore une fois, un soudeur alu à Atapeu (les premières soudures faites en Thaïlande se refendent), nous changeons quelques dollars et prenons la route en direction du plateau des Boloven. Nous quittons alors la nationale macadam et prenons une piste en latérite qui nous conduit d'abord vers une cascade où nous plantons le bivouac presque parfait. Des cuvettes d'eau entre les rochers pour nous baigner et nous rafraichir, de l'eau à volonté qu'on filtre pour notre consommation, personne, un endroit plat pour poser la tente discrètement et un rongeur qui vient faire un trou énorme dans une des sacoches à Michel, celle où était entreposé le pain...

 

 

 

Le plateau des Boloven est une proéminence, un défaut dans le paysage, un truc qui dépasse, la route passe à 1200 mètres mais il culmine à 1650 m. Il y fait plus frais et plus venté, on peut y voir de jolies cascades, il n'y a pas grand monde là haut, les femmes fument de gros cheerots sous leur chapeau de cowboy, et les gens cultivent un des meilleurs et des plus chers cafés du monde, eh oui ! Les gens sont en tous cas sympathiques et avenants, nous mettent du thé dans nos camel-bag, et n'ont pas l'air de s'en faire outre mesure. Tout va lentement et même les rares autos qui nous doublent ou nous croisent lèvent tout juste la poussière. En approchant de Pakson, les surfaces de forêts diminuent pour laisser de plus en plus de place au café, ça devient moins beau, la piste est en travaux, et ce qui menaçait finit par arriver : le cadre de Michel rend l'âme, il ne peut plus avancer et termine la journée en bagnole jusqu'à Pakse, où je me rends en vélo pour ne pas louper la descente de 50 kilomètres sur le bon macadam.

 

 

 

Voilà, nous sommes à Pakse et y resterons jusqu'à ce que les réparations soient effectuées. Nous avons retrouvé le Mékong, la chaleur, l'humidité, quelques touristes, et pour la première fois, des punaises dans la literie. Nous sommes surpris des prix des hébergements et de la nourriture, plus élevés que chez les voisins, et en plus le dollar a fortement dévalué face au kip, nous nous en sortirons rassurez-vous !

 

 

 

Alors quand on arrive au Laos depuis le Vietnam, il faut passer sur le mode « lent » parce que sinon, on prend le risque de les perturber, tout finit toujours par se faire, il faut juste qu'on commute. Ca fait du bien d'avoir un peu de calme et surtout des sourires, des contacts. Dans les quelques épiceries de la ville, beaucoup de produits importés, de la Thaïlande toute proche, le Mékong fait frontière, mais aussi d'ailleurs. Le Laos est un pays trois fois plus petit que la France et dix fois moins peuplé, c'est le seul pays d'Asie du Sud Est à ne pas avoir d'accès à la mer, pas de grand lac non plus, pas d'industrie, et à part du bois et de l'électricité, pas d'exportation. 75 % de la population vit avec moins de deux dollars par jour, et on peut déjà vous dire qu'on risque de manger beaucoup de nouilles chinoises et de riz, bien qu'on trouve aussi du pain et de la Vache Qui Rit, du Nutella et des Spaghettis, ces trois derniers au prix fort. Toujours pas de cancoillote !

 

 

 

Voilà, toutes dernières nouvelles, le vélo est ressoudé et en plus renforcé par une nouvelle plaque alu, nous espérons aller très loin avec cette réparation.... Nous ne partirons de Pakse que demain matin, un jour de repos bien mérité avant de prendre la route pour Ventiane d'où viendront les prochaines nouvelles.

 

A bientôt.

 

 

Mais qu'est ce qui se passe Lao ?

 

 

 

Oui, nous savons, nos jeux de mots sont minables et vaseux, mais nous amusent, soyez indulgents, nos cerveaux sont au ralenti ! Allez ! Partis de Pakse avec des muscles douloureux au niveau des jambes et la crainte des grosses chaleurs, nous attaquons doucement la remontée de la vallée du Mékong jusqu'à Vientiane, à 700 kilomètres de là. Le Mékong ne fait cependant que quelques apparitions ici ou là, la route ne le longe pour ainsi dire jamais. Les premiers jours sont chauds mais nous supportons assez bien et pouvons rouler à toutes les heures de la journée, pas besoin de mettre le réveil pour démarrer aux premières lueurs du jour.

 

 

 

Les maisons sont comme au Cambodge, sur pilotis de trois mètres de haut. La journée pendant la saison sèche, la vie se passe en bas, en dessous, à l'ombre et à l'air, ils dorment à l'intérieur. Pendant la saison des pluies, ils vivent en haut, c'est sain, ils ne pataugent pas dans la gadoue. Les maisons sont la plupart du temps en bois même si les plus aisés construisent maintenant de très belles maisons en briques, qui ont vraiment de la gueule. Dans les villes somnolentes au bord du fleuve, il reste quelques vestiges de l'époque coloniale.

 

 

 

A la campagne, les femmes tissent, tressent des paniers, pratiquent la cueillette, s'occupent de la maison et de la marmaille, (plutôt timide et bien élevée), tiennent un petit commerce, un boui-boui, les hommes sont aux champs, ou à la chasse, et s'occupent un peu du bétail. Beaucoup de mécanos, de réparateurs en tous genres et de scieurs de bois. Les siestes sont longues et nombreuses, la Beerlao (bière locale) est carrément bonne et bon marché, ils sont prudents sur la route, ils ne klaxonnent pas, la vie va doucement, pas d'affolement inutile !

 

 

 

Sur la route, pas grand monde, la plupart n'ont pas d'auto, mais ceux qui en ont roulent en énorme 4 x 4, pas de bagnole pourrie sur le macadam ni ailleurs, beaucoup de petites motos, 100 cc, en plus ou moins bon état, plus ou moins vieilles, plus ou moins chargées, on voit de tout, jusqu'à 5 personnes sur la même, tout est possible. En revanche, personne sur les toits des bus, les transports en commun pour les distances moyennes sont des petits camions ouverts à l'arrière et bâchés où les passagers prennent place sur des banquettes en bois, en travers et se faisant face. Dans tous les villages, la musique sort à plein décibels d'une maison ou d'une autre. Nous passons, récriés de partout, hilares et le bras en l'air.

 

 

 

Trois jours, cent bornes et plus par jour, bivouacs tranquilles jusqu'à celui où un feu part spontanément dans la soirée à deux cents mètres de notre tente, dans les broussailles, après que le vent se soit levé un peu. Nous passons une demi-heure à éteindre et à surveiller de près, pas de grosse frayeur, comme ils font brûler beaucoup les terrains agricoles, nous nous méfions.

 

Une demi-journée de détour nous permet de visiter plusieurs grottes dans une région où on se croirait dans la baie d'Along sauf qu'il n'y a pas la mer : des pics, paysage très karstique, avec des grottes partout, d'où sortent des rivières et où habitent des boudhas ! Et probablement encore des endroits vierges par centaines.

 

 

 

La nuit qui suit, nous plantons la tente au milieu d'un espace dégagé, pour avoir de l'air, nous pouvons ainsi, en tournant la tente correctement, dormir avec l'abside ouverte de manière à ce que l'air, s'il y en a, s'y engouffre et nous empêche de trop suer. Mais dans la nuit le vent s'est méchamment levé, et là, on n'est plus tourné correctement, même abside fermée ! Un arceau cassé ! Et sous la tente, toute la nuit, on entend les termites qui mangent …. notre bâche ! Pas la toile de tente, qui heureusement n'a pas l'air de les intéresser mais la bâche, qui par endroits, devient une véritable dentelle. Putain de bestioles !

 

 

 

On continue à remonter, le ciel devient gris, les températures chutent précipitamment, un vent bizarre et un peu fou se lève, direction changeante, les Laotiens s'emmitoufflent, doudounes et cagoules, nous aussi, coupe-vent, haut et bas et nous ramassons la flotte. Doigts des pieds et des mains engourdis, visibilité réduite, mais ce soir là, la pluie stoppe, nous campons au sec et nous sortons le duvet pour dormir, quel bonheur !

 

 

 

Deux jours de flotte, de courants d'air, températures basses, on se rabat sur un hébergement en dur où nous restons coincés jusqu'à midi pour cause de trombes d'eau, à 90 bornes seulement de Vientiane. La vallée du Mékong se transforme en véritable four entre Mars et Mai, … cherchez l'erreur. Les autochtones n'ont jamais vu ça, exceptionnel, anormal même. Des cyclovoyageurs que l'on croise et qui arrivent de Thaïlande ont eu de la pluie aussi, nous ne sommes pas les plus mal lotis, on ne va pas fondre. Nous craignions vraiment la chaleur sur cette partie entre Pakse et Vientiane...

 

 

 

Le Mékong, que nous avons effleuré plusieurs fois, est une grande rivière, et il n'est pas bleu. Cela reste un mystère : pourquoi était-il si bleu au Cambodge, en aval ? Les rivières du Laos sont en général assez claires, toutes sont en ce moment très basses évidemment, il paraît que c'est la saison sèche ! On aurait bien aimé visiter quelques cascades un peu à l'écart avant Vientiane, mais vu les circonstances, l'idée de s'enfiler sur des pistes détrempées et boueuses nous a fait reculer, et puis les cascades, on les a prises sur le ventre alors … Seuls les axes principaux sont revêtus, pour le reste, ce ne sont que des pistes, plus ou moins mauvaises. On ne se plaint pas, on s'attendait à bien pire.

 

 

 

Nous finissons par arriver dans la capitale sous le soleil, c'est terriblement calme une capitale de 250 000 habitants. Pas de supermarché, pas de klaxon, mais un centre-ville envahi de gens comme nous, qui consomment et parlent fort (pas comme nous), on se demande où sont passés les autochtones, nous ne sommes pas au bon endroit. On trouve même, tenez-vous bien, du comté dans la superette du coin où ne risque pas de s'aventurer un Laotien ! Nous nous passerons de comté à 40 dollars le kilo. A Vientiane, le niveau du Mékong est si bas qu'on pourrait presque rejoindre la Thaïlande à pied sec. Nous visitons les temples et les marchés, nous prenons une journée de repos pour nous mettre à jour et faire sécher nos affaires, refaire quelques provisions alimentaires avant de reprendre la route, toujours en direction du nord.

 
 

Le long de la route et dans les villes, en général, les directions sont indiquées ainsi que le nom des villages, en lao et en alphabet latin. Cela nous arrange bien même si beaucoup de noms diffèrent entre le terrain et notre carte. Nous arrivons à faire la correspondance. Pour les distances, … il y a les bornes qui indiquet toujours le kilomètrages qu'il reste avant les principales villes, ainsi en entrant au Laos on savait immédiatement qu'on avait 1023 km à faire pour rejoindre Vientiane !

 

 

 

A bientôt.

 

 

 

Message personnel pour Jacky : je n'arrive pas à te répondre sur ta boite mail, après au moins dix essais infructueux, depuis les histoires de gauffres ! As-tu une autre adresse ?

 

 

Laos du prix du blé...

 

 

 

… fait flamber celui du pain, qui ici, est plus cher que dans tous les pays voisins : produit de luxe. Bon, c'était juste histoire de vous balancer encore un jeu de mots complètement foireux même si c'est véridique !

 

 

 

Nous voici donc partis de Vientiane direction Phonsavan et la plaine des Jarres. La route convoitée n'est pas autorisée, ou fermée, ou bloquée, on ne sait pas au juste, toujours est-il que nous ne pouvons l'emprunter. Dans notre guide, ils parlent d'une ancienne base secrète de la CIA dans le village de Long Chen, la barrière de la langue nous empêche d'en apprendre plus sur le sujet. Nous devons rester sur la route principale. Quatre jours et demi nous sont nécessaires pour rejoindre Phonsavan, par la route d'abord relativement plate mais ensuite au coeur des massifs karstiques caractéristiques de la région. Donc ça monte et ça descend, ça tourne dans tous les sens, les villages sont très typiques, maisons de bois aux toits de chaume, les cols font jusqu'à plus de vingt kilomètres de distance, et se succèdent les uns aux autres, les paysages sont très beaux, les vallées aussi profondes que les forêts (quand ils n'ont pas déboisé et brûlé), les températures sont agréables et les gens tout autant... Nous traversons des villages de différentes ethnies, qui se distinguent souvent par le couvre-chef des femmes, et nous remarquons que dans certains villages, ce sont essentiellement les hommes qui portent les bébés dans les bras ou sur le dos. Entre Phoukhoun et Muang Souy, la route longe une crête, les habitations sont alors coincées entre le talus très pentu et la route. Nous voyons un véhicule tous les quarts d'heure et ça nous va très bien. Nous arrivons à Phonsavan par un jour de grand vent (de face), la plaine est balayée et les tourbillons de poussière envahissent la ville. Nous sommes en Novembre dans le Haut Doubs, nous portons les coupe-vent, il fait froid.

 

 

 

Cette partie du Laos a été très fortement minée par les Américains, les Français et les Nord-Vitenamiens, et a reçu plus de mines et de bombes que l'Allemagne et le Japon réunis pendant la seconde guerre mondiale. L'équivalent d'une bombe toutes les huit minutes pendant neuf ans. Les terrains n'ont pas encore été tous déminés, rien n'est signalé. Il y en a partout, il en reste sous les écoles, dans les rizières, les terrains de jeu, et même parait-il, dans les branches des bambous. Il n'est pas rare qu'on entende des explosions, ça fait bizarre de se dire alors qu'un gosse y a peut-être laissé une jambe, … ou sa vie. Certaines surfaces ne sont pas cultivées uniquement à cause de ça. Alors, pour nos bivouacs, on a la trouille, on peut le dire, on n'a pas envie de se faire arracher une jambe, alors pendant quelques nuits, on s'arrête dans les guesthouses pour dormir, et on ne quitte guère le macadam pour soulager nos envies naturelles, pas question d'aller se cacher derrière les bosquets. Même sur le site très touristique de la plaine des Jarres vers Phonsavan, il ne faut absolument pas quitter le sentier tracé au sol et ne pas s'éloigner des Jarres. Le site a été nettoyé en 2004, c'est à dire un chemin de cinq cents mètres de distance sur deux mètres de large, plus la superficie où se trouvent les jarres, bref, ça ne représente pas une grande surface, mais pas moins de 127 engins explosifs ont été trouvés et la densité des cratères laissés par les bombes laisse bouche bée. Si vous voulez plus d'infos sur tout ça, allez faire un tour sur le site d'un couple de cyclovoyageurs que nous avons croisés : www.notreechappeebelle.com. Dans leur blog, il y a un article intitulé « La guerre secrète », qui parle de tout ça mieux que je ne saurais le faire.

 

 

 

Et puis c'est une région aussi où la présence de l'armée le long de la route nous a intriguée. Il y a encore des conflits, quelques poches de résistance des ethnies Hmongs, mais n'allez pas psychoter sur tout ce qu'on vous dit là, depuis quelques jours, nous profitons vraiment des paysages et de l'authenticité de la région. Certains transportent leur coq dans des petits cylindres en osier, ouverts aux deux bouts, avec une sangle sur l'épaule comme un sac à main, et nous croisons beaucoup de monde à pied, le long de la route, tous équipés d'une serpette. Ils vont défricher. Et ils défrichent et coupent tant et si bien que des pans entiers de montagnes sont déboisés, ensuite ils foutent le feu au terrain, la fumée envahit l'atmosphère et fait parfois croire au mauvais temps qui arrive. Odeurs âcres de brûlé. Par la suite, ils planteront, souvent des ananas ou des bananiers.

 

 

 

Et au milieu de cette vie bien rurale, bien typique, il y a parfois une poche d'Europe, telle Vangvieng. La rue principale est une succession de guesthouses et de restaurants où tous les plats sont déclinés en version « happy », c'est à dire agrémentés de champignons, d'amphétamines, d'opium, et autres, pourvu que ça mousse. Le top, à Vangvieng, c'est de faire du « tubing », c'est à dire de se laisser emmener par le courant sur la rivière Nam Song sur une distance de trois kilomètres, avachi sur une chambre à air de camion. Autant vous dire qu'en l'espace d'un repas nous avons vu défiler des mini-camions par dizaines, chambres à air sur le toit et blondes hilares et un rien déshabillées (nous sommes au Laos), sur les bancs. A noter qu'en cette fin de saison sèche la Nam Song est pratiquement à sec... Le cadre est néanmoins très joli. Nous fuyons, pas forcément à l'aise dans ce monde trop superficiel, consommation à donf, exhibition. Nous sommes trop vieux et trop ringards pour tout ça, ce genre de tourisme ne nous attire pas.

 

 

 

Je m'égare, revenons à la plaine des Jarres à Phonsavan, où nous arrivons donc après quatre jours et demi magnifiques et bien remplis. Nous ne visitons qu'un site, le plus important et aussi celui auquel on accède par une route macadam, le plus proche de la ville. Six cents cinquante jarres de différentes tailles jonchent le terrain depuis deux mille ans, taillées dans la pierre. La plus grosse pèse six tonnes. L'origine est incertaine, c'est unique au monde, un peu comme les statues de l'île de Pâques. Dans la ville de Phonsavan, les bacs à fleurs sont des bombes ouvertes dans le sens de la longueur, les cuillères en fer blanc sont des restes d'armements également, revalorisés, refondus, la déco dans la rue est déconcertante, on trouve un « craters restaurant ».

 

 

 

Nous sommes retournés jusqu'à la bifurcation en bus et avons poursuivi jusqu'à Luang Prabang, suant dans les cols et nous gelant dans les descentes. En effet la météo fait encore des caprices, le ciel est très bas, très gris et les sommets restent dans la brume humide. Ne nous plaignons pas, il ne pleut pas. Les paysages sont assez impressionnants, pas une piste ne part à droite ou à gauche, les rares villages se trouvent le long de la nationale, et il n'y a pas de folklore, c'est de l'authentique. Quelques femmes sont en habit traditionnel, les gosses sont adorables, c'est du grand bonheur que de traverser ces endroits perdus au milieu de rien, que seuls les antennes paraboliques et le ruban d'asphalte relient à la civilisation. On a vu, à la vente en boucherie, mais encore vivants, des rats, des porcs épics et ce qu'on pense être des mangoustes. Ils vivent de rien, ils coupent du bois, ils construisent leur maison en bambou, ils refont le toit, ils plantent des bananiers, ils rient et nous saluent, ils font à manger, la lessive, ils cultivent un peu et élèvent quelques animaux. Nous ne pouvons pas entamer de grandes discussions avec eux, pas un ne parle anglais, et c'est bien dommage, mais ce passage dans le nord du Laos est un régal.

 

 

 

Nous logeons à Luang Prabang chez un couple de personnes agées, le monsieur parle français très bien, les draps sont irréprochables, la douche est un bonheur, alors même si la moquette est trouée par le passage répété des clients, nous nous en accomoderons. Luang Prabang est une petite bourgade classée au patrimoine mondial de l'Unesco, pour ses très nombreux temples, ex capitale du premier royaume laotien. De plus, la cité est lovée au pied des montagnes, au bord du … Mékong, encore lui. Nous ne sommes pas sûrs de le revoir encore mais qui sait, peut-être en Chine. Nous allons nous reposer ici un ou deux jours avant de continuer la route vers le nord et la Chine, où nous passerons dans une bonne semaine.

 

 

 

Nous ne savons pas les connections que nous aurons plus au nord, plus ça va, plus nous nous enfonçons dans les régions montagneuses du pays, et la route que nous allons suivre et goudronnée seulement depuis quelques années. Et en Chine la censure risque de mettre un peu les bâtons dans les roues, alors ne vous inquiètez pas si les nouvelles tardent un peu... nous ferons notre possible. A douze près, les compteurs totalisent huit mille kilomètres déjà, et ce n'est que le début …

 

 

 

A bientôt.

 

 

 

Laos  c'est la fin...


Bonjour,
 

 

 

Nous nous sommes octroyés une journée supplémentaire de repos à Luang Prabang, pour cause la pluie incessante. Certains cyclos roulent sous la pluie sans que ça ne les dérange, nous avons du mal à y trouver du plaisir, peut-être sommes-nous des poules mouillées ou des chochottes, mais on pense à nos rhumatismes dans quelques années ! Alors on a potassé la Chine, refait pour la n ième fois l'itinéraire, fait le compte des kilomètres, imaginé des variantes au cas où on prenne de l'avance, ou  que la neige nous bloque, ce qui n'est pas à exclure, recommencé, inventé autre chose, et sommes arrivés au soir sans nous en rendre compte. Il pleut toujours, au moins pas de regret de ne pas être partis. Michel a fait réparer le jeu phénoménal qu'il avait dans l'axe de la fourche arrière, ça ne bouge plus.

 

 

 

La route fait toujours le yoyo entre fonds de vallée et sommets de colline, les fumées nous bouchent la vue, les bivouacs sont agréables. Les gens, montagnards perdus au fin fond du Laos, sont toujours aussi souriants et enjoués sur notre passage. Les femmes arbhorent parfois les coiffes traditionnelles et quand il fait froid, ils font des feux devant leur maison pour se chauffer, car rien n'est prévu à l'intérieur pour ça. Ils se lavent au bout du tuyau fait de bambou qui aiguille l'eau de la source et frottent le linge en papotant. Les cochons, les poules, les superbes coqs, tout traverse la route sans regarder, comme les gosses. Ils mangent tout ce qui se cueille, se pêche ou se chasse, comme des gros rongeurs, des espèces de varans aussi.... pas commodes, pour accomoder l'éternel et incontournable riz gluant. Les hommes et les femmes bossent ensemble la plupart du temps, quelles que soient les tâches, lessive ou maçonnerie. Devant les maisons, souvent, un petit stock de palmes tressées pour pouvoir remplacer un bout de la toiture en cas de mauvais coup, comme on a tous quelques tuiles au fond du grenier, et l'antenne parabolique. L'électricité court tout le long de la nationale 13, et souvent les poteaux nous permettaient de repèrer le passage de la route dans la forêt, plus haut … Dans la minuscule épicerie, on trouve de la lessive, des biscuits, du Pepsi, des pâtes chinoises, de la BeerLao et quelques denrées de base, mais le marché des produits frais se tient toujours ailleurs.

 

 

 

Tout le long de notre route dans ce pays, (presque 2000 kilomètres), partout, dans les échoppes, les guesthouses, les champs, les villages ou les bourgades, partout, nous n'avons vu que des gens avec le sourire et ils furent un régal pour compenser la météo très maussade finalement que nous avons « subie ». Les processions d'écoliers en uniforme à l'heure de la sortie des cours nous ont parfois accompagnées. Autrement, ce sont des piètons équipés d'outils tranchants ou coupants que nous doublions ou croisions, se rendant sur leur parcelle à défricher, ou en revenant avec un lourd fardeau de bois sur le dos, qu'ils portent comme les Népalais, avec une sangle sur le front. Nous avons d'ailleurs retrouvé beaucoup d'analogies entre les deux peuples.

 

 

 

Bref, il y a des pays, comme ça, qu'on quitte avec un léger pincement au coeur, c'est le second de ce périple, la sensation était identique en sortant du Cambodge. La douceur, le flegme, la discrétion, le respect, la timidité des gosses, le calme qu'ils affichent sont un vrai régal. Jamais de prise de tête. Et des chauffeurs qui savent conduire, avec une once de tolérance et de patience, sans s'affoler sur le klaxon et nous péter les tympans. Ca fait du bien.

 

 

 

Nous avons donc remonté l'intégralité du pays, du sud au nord, par la nationale 13, nous permettant quelques incartades en cours de route. C'est la colonne vertébrale du pays, l'axe par excellence, par où tout passe, à un moment ou à un autre, et la population s'échelonne en villages traditionnels ou en bourgades poussièreuses le long de cette ligne de vie. Nous avons connu les plaines, le Mékong, les massifs karstiques et les montagnes qui mettent à mal les guiboles. Nous avons eu chaud mais aussi de la pluie, c'était bien, c'est un pays qui donne envie de revenir.

 

 

 

Depuis quelques kilomètres, les bornes indiquaient « Chinese border ». Nous sommes à Boten, à un kilomètre de la frontière chinoise, nous quittons « l'Asie du Sud-Est », par une toute petite porte, nous allons devoir maintenant tenir compte de la météo, car si jusque là ce n'était pas franchement notre souci, elle va devenir un élément majeur pour notre progression. Nous sommes bien décidés à traverser cet immense pays du sud au nord, sans faire autre chose que pédaler, et en 90 jours chrono. Ce sont 6000 kilomètres qui nous attendent. Notre motivattion est à bloc, le moral est excellent, le mental d'acier... nos jambes ? Nous quittons le Laos avec 8284 kilomètres dans les pattes.

 

 

 

A Boten, bien qu'on soit encore en territoire Lao, c'est déjà la Chine, par les enseignes lumineuses, par les bâtiments aux couleurs criardes et les hôtels démesurés, et chers, où le personnel ne parle même pas lao, par la monnaie, par la petitesse de notre chambre, (13 m3  au total et sans fenêtre, la plus grande de notre établissement...), par la langue. On peut oublier nos petits mots de vocabulaire appris en cours de route, oublier aussi tous nos repères de prix, ici, on compte sur les doigts en chinois et les idéogrammes qui clignotent sur les panneaux ont changé d'allure. On aurait voulu passer une dernière nuit au Laos, parmi ces gens adorables mais de Laos, Boten n'a rien sauf quelques Beerlao dans les frigos des épiceries, Beerlao dans lesquelles passeront d'ailleurs nos derniers kips. Merci en Chinois, tout du moins ici, se dit « chiéchié », … ça promet ! Pour la première fois depuis longtemps, nous n'aurons pas de pain demain pour déjeuner mais comme décidément, notre base à nous est le blé, nous ingurgiterons une fois de plus des pâtes !

 

 

 

Une inquiètude, comme toujours les veilles de passage de frontière et à fortiori celle de la Chine, nous rend un peu nerveux. Les règles d'obtention des visas se sont encore durcies ces derniers mois, nous avons les nôtres, et espérons juste qu'ils ne seront ni modifiés ni remis en cause, que nous pourrons entrer dans le pays et y rester trois mois.... Suite au prochain épisode.

A bientôt.

 

 

Nous y'en a rien comprendre !

 

 

 

C'est bien depuis la Chine que nous faisons ce post, par l'intermédiaire de Sylvain le webmestre car la censure frappe notre site. Nous sommes passés le 3 au matin, sous un ciel maussade, mais sans encombre : pas d'inspection des bagages, pas de questionnaire médical ni de prise de température corporelle, en 25 minutes malgré la queue, nous étions passés. Nous voici donc dans cet immense pavé sur les cartes, avec possiblité d'y rester jusqu'à fin Juin, 90 jours. Premier constat : personne ne parle anglais et notre intonation ne nous permet pas de nous faire comprendre quand nous essayons de prononcer les mots chinois, ni les noms de lieux, sans compter qu'ici, les gens ne parlent pas tous le mandarin ! L'expression « C'est du Chinois » prend toute sa signification ! Des cyclos croisés juste avant la frontière se sont débarrassés de leurs cartes du Yunnan et du Sichuan en nous les donnant, elles sont en Chinois et sont un vrai trésor ! Au moins avançons-nous sur la bonne route. Nous savons aussi compter sur nos doigts en chinois car même ça est différent ! Les directions sont  indiquées en chinois mais avec nos cartes, on s'en sort.

 

 

 

La région est peu peuplée et les gens avenants et sympathiques, la nourriture est très peu chère. Nous en avons un peu bavé pour faire du change, même avec nos dollars en cash, les banques dans ces coins reculés ne font pas le change, nous finirons par y parvenir, il faut qu'on prenne nos repères, et durant les premiers jours, nous sommes un peu déboussolés. De plus, des erreurs de kilomètrages sur les cartes nous font des étapes à rallonge dans ce relief très très tourmenté où les cols ne durent plus 10 ou 20 bornes mais 30. Nous passons de 300 à 1850 mètres d'altitude, redescendons, pour mieux remonter. Un fait est : nous allons bien, quadriceps et fessiers sont solides. Nous évoluons dans des montagnes recouvertes de bananiers, hévéas, rizières, le tout en terrasses vu le terrain, ou alors dans la forêt. Les chiens nous jappent méchamment mais la plupart sont attachés, ouf ! Les conducteurs sont très corrects, nous ne sommes pas inquiètés, les motocyclistes, nombreux, sont cagoulés sur leur engin large et costaud, souvent chargé. La vie est rurale, les villages perchés s'échelonnent au bord de la route, les buffles la traversent sans regarder, les serpents aussi, certains n'arrivent pas de l'autre côté, splatsch ! Nous sommes sur des axes secondaires qui sont, en général, bien asphaltés. En général.

 

 

 

Dans les premières bourgades traversées, les cyber cafés sont bondés de jeunes qui jouent mais on me demande ma carte d'abonnement pour accéder à Internet, et on se moque bien du reste, on laisse tomber, c'est la galère. Dans les magasins d'alimentation, on trouve de tout, sauf ce qu'on veut, tout est écrit bien sûr en hiéroglyphes et ça nous prend un temps fou pour ne rien faire.

 

 

 

Les arrières boutiques des restaurants ne donnent pas envie d'y manger mais il faut bien se nourrir, jusqu'à maintenant on ne tombe pas malade... Apparemment, ils consomment l'eau du robinet, c'est la première fois depuis le début de notre périple. Ils crachent partout et se mouchent en éjectant la morve entre les doigts... Bienvenue en Chine !

 

 

 

De l'eau il n'en manque pas, elle sourd de partout dans la nature, les endroits de bivouac sont restreints dans ces montagnes boisées mais c'est sans trop de peine tout de même que nous trouvons à nous poser tous les soirs, la discrétion absolue n'étant pas nécessaire.

 

 

 

Tout va bien, les cols s'enchainent, les femmes portent les vêtements traditionnels, c'est authentique et puis un matin, alors que nous sommes sur un tronçon de piste bien mauvais dans une descente sans fin dans des coins bien paumés, le cadre du vélo de Michel casse net, le vélo est en deux morceaux, le tube principal a rendu l'âme. Nous voilà plantés là comme deux c... avec une voiture qui passe toutes les deux heures. La prochaine bourgade digne de ce nom est à 140 km. Il faut prendre une décision. Michel attend un véhicule, pas le choix, on répartit le peu de yuans qu'on possède et les cartes de la région et je pars, rendez vous à Luchun le jour suivant. Michel augmente ainsi ses chances d'être pris.

 

 

 

Il trouvera un moyen de se dépêtrer dans la journée, une jeep l'emmène d'abord un bout puis il prend un bus jusqu'à la ville, où il arrive tard, sans hébergement, dans une gare routière à trois kilomètres du centre, avec un vélo qui ne peut pas rouler même en le poussant, et tous ses bagages à trainer. Près de la gare  routière, un garagiste examine le vélo, ne peut rien faire, lui dit de voir « demain », lui offre le gîte et le couvert.  Le lendemain matin, il se débrouille pour que le vélo puisse rouler en le poussant à pied, pour au moins pouvoir transporter les bagages jusqu'au centre, et refuse tout paiement.

 

 

 

Pendant ce temps je roule sur la pire route qu'on ait faite jusqu'à aujourd'hui, les orages des jours précédents (auxquels nous avons échappé) ont transformé le bout de piste de 30 kilomètres en bourbier immonde, je pousse, je sue, je doute, mais il faut avancer, puis j'attaque un col de 42 kilomètres sur l'asphalte retrouvée. Descente, bourgades paumées, coulées de boue sur la route, je fais mes 112 bornes et 1900 mètres en positif dans la journée avant de me poser, sans tente, sans réchaud, au bord de l'eau, sous un abri couvert en béton où je suis incognito, et me sens en sécurité, par rapport surtout à la pluie éventuelle et aux bestioles. Douche quand même, repas super lèger et je m'endors vite, plein les cannes. Le lendemain matin, je commence par réparer une crevaison et monte pendant 30 bornes encore, prends un orage carabiné sur le dos, teste l'étanchéité des sacoches (bonne), jusqu'à la ville où nous nous retrouvons sans peine, comme prévu avant la mi-journée. Nous trouvons un hôtel et mettons les choses à plat. Par bonheur à l'étage en dessous de notre piaule se trouve un cyber café depuis lequel nous pouvons nous connecter. Et ça fait du bien de donner des nouvelles. Réparation de la chambre à air, lessive, séchage, nous attendons une réponse quand à l'envoi d'un nouveau cadre de vélo depuis la France. Attendre... Incertitude de la suite...

 

 

 

A Luchung, les femmes rivalisent à qui portera la plus belle coiffe traditionnelle, les rues sont encombrées, notre lexique français/chinois nous est indispensable, c'est long d'y chercher les phrases mais au moins ça fonctionne et les gens sont patients et souriants avec nous. Ce début en Chine est un peu fastidieux, nous allons bientôt arriver dans des endroits touristiques où ce devrait être plus facile... Nous allons aussi prendre nos repères et habitudes, au moins avons nous quitté ces pays où le système de prix est à deux vitesses, ici, pas besoin de marchander, le prix c'est le prix, qu'on soit Chinois ou autre chose.

 

 

 

Les réponses mettant du temps à arriver, nous décidons de nous rendre à Yuangyuan, où les cultures en terrasses constituent un des « must » du Yunnan. Michel s'y rend en bus avec tout son barda, je fais le trajet en vélo, deux jours tuants, j'arrive à la mi journée et nous nous retrouvons facilement dans cette petite bourgade. Nous retrouvons aussi Delphine, une cyclo française que nous avions rencontrée au Laos. Dans la soirée nous prenons un minibus pour aller visiter les fameuses rizières absolument magnifiques au coucher du soleil.

 

 

 

Pour la suite, note décision est prise. Le constructeur du vélo couché étant incapable de nous faire un devis précis ni de nous donner un délai, Michel se rendra à Kunming en bus et fera l'acquisition d'un nouveau vélo puis se rendra ensuite à Dali, tandis que pendant ce temps, je ferai la route (une autre) jusqu'à Dali avec Delphine...

 

 

 

Comme nous n'avons plus aucune possibilité de renseigner le site par nous-mêmes, vous n'aurez pas de photos nouvelles dans la galerie avant que nous soyons en Mongolie, mais nous les trions tout de même au fur et à mesure. Nous ne pouvons plus du tout accèder à notre site, vive la Chine !

 

Virée entre filles !

 

 

 

Nous voici donc partis, Michel en bus pour Kunming avec la mission de trouver un nouveau vélo et le nécessaire pour transporter ses bagages puisque nos sacoches sont spécifiques, et Delphine et moi en vélo, pour 700 bornes à travers les montagnes du Yunnan. Rendez-vous est pris dans la vieille ville de Dali, dans huit jours.

 

 

 

Nous avons accumulé plus de 10 000 mètres de dénivelée positive en huit jours et pédalé nos 700 bornes, avons été contraintes de poser notre bivouac dans des endroits tantôt déserts tantôt surpeuplés, dans des cabanes poussièreuses ou sur des jolies terrasses herbeuses, dans des coteaux très pentus ou sur de la caillasse dans laquelle les sardines ne veulent pas se planter. Bref, ce ne fut pas simple, la configuration du terrain en montagne et l'occupation des sols en plaine rendent difficile le montage de la tente. Nous y parviendrons toujours, ouf ! Une seule nuit en guesthouse, nous avons du aller en ville, à 3 km en haut d'une rampe infâme, pour nous faire enregistrer à la police, heureusement le proprio nous y a emenées dans son automobile et pour rien. Les policiers sont ensuite venus nous rendre visite à l'hôtel car ils avaient oublié de prendre les données du visa !

 

 

 

Nous avons traversé des paysages divers et variés, longé des rivières, dans un paysage minéral ou au contraire en forêt, vu de nouveau des zones de terrasses grandioses, sommes passées à près de 2500 mètres avant de replonger à 400 m, pour recommencer illico le petit jeu, nous avons sué méchamment, laissé du sel sur la route, débouché dans des vallées fertiles très habitées, et même roulé dans des endroits très urbanisés où trouver un endroit pour dormir devient un vrai casse-tête (chinois bien sur). Nous avons pris un orage sur la tronche, et bénéficié d'une météo clémente et ensoleillée, nous nous en sommes bien sorties !

 

 

 

Delphine ne se plaint jamais, je l'attends un peu, mais elle avance super bien, on ne la voit presque pas quand elle pédale, cachée par ses volumineux et lourds bagages. Nous avons fait là une bonne équipe. La population est extra et en plus des pouces en l'air, nous avons eu moult signes d'encouragement. Des commentaires que nous ne comprenons pas bien sûr sur notre passage mais c'est de la surprise, de la curiosité aussi. En tout cas ils ne sont pas crampons, ils regardent les vélos sans les toucher, sont très respectueux, nous nous sentons vraiment bien. Dans les gargotes ou magasins où nous nous ravitaillons, ils y mettent un maximum de bonne volonté pour tenter de nous comprendre et de nous aider, ainsi que de nous cuisiner des bonnes choses, toujours à base de riz. Ils nous offrent des cerises, des cacahuètes, et sont très prévenants, la crème. Nous n'avons pas croisé bien des cyclos ni des touristes sur cet itinéraire bis qui regorge pourtant de villages typiques où toutes les femmes portent encore la tenue traditionnelle au marché comme dans les cultures.

 

 

 

Certaines scènes de travaux des champs nous ont projetées tout droit dans un tableau de Millet, ils battent le grain au fléau quand ils ne l'étalent pas sur la chaussée pour que les bagnoles passent dessus, ils portent tout dans des hottes et se protègent le dos avec une peau tannée qui descend jusqu'à mi-cuisses, ils bossent avant le lever et après le coucher du soleil. Ce qui m'impressionne est la surface de cultures quand on pense que toutes les opérations sont faites manuellement, pas de mécanisation dans ces terrasses minuscules, sur les marches des escaliers géants, tout juste parfois, dans les zones plus plates, les buffles tirent la charrue ou l'outil. Des tenues traditionnelles donc, variées et colorées différemment suivant le groupe ethnique, des coiffes aussi, très différentes suivant les villages, et partout des sourires et même quelques invitations à manger. Alors même si les Chinois se raclent la gorge et crachent, nous leur pardonnons !

 

 

 

Sur la route, ils ont le même comportement que partout ailleurs, zen et respectueux, jamais un véhicule ne nous a serrées, si ça ne passe pas, ils se rabattent et attendent d'avoir la place ou la visibilité. Pour nous diriger, notre carte en chinois fait des miracles, nous indiquons du doigt un point nommé et ils nous indiquent du doigt la direction à prendre. Presque trop facile.

 

 

 

Bref, vous l'avez compris, ce furent huit jours bonheur malgré les difficultés de la route et il me fut bien agréable de ne pas la faire seule pour partager tous ces instants magiques. Nous sommes arrivées à Dali à la date prévue, le contrat est rempli, mais que devient Michel ?

 

 

 

Michel s'est donc rendu à Kunming, plus d'un million d'habitants, en bus, a galéré pour rejoindre le centre-ville avec son barda, s'est installé en guesthouse et est tombé sur un couple de Français vivant en Chine. Lui fait des courses cyclistes, et il promènera donc Michel le lendemain dans la ville à la recherche de son bonheur. Il l'aidera aussi à négocier le prix et dans le choix du matériel, bref il sera d'un grand secours et très disponible. Trois jours seront nécessaires tout de même à faire les adaptations, monter un guidon papillon, un dérailleur Shimano, et bricoler un peu pour pouvoir récupérer une partie de nos sacoches. Pour se déplacer dans la ville aux tours de verre et d'acier, Michel loue …. un vélo bien sûr.

 

 

 

Une fois l'achat conclu, le colis envoyé en France et mon pantalon recousu, il n'a plus qu'à se rendre à Dali, en bus, où il arrive deux jours avant nous, ce qui lui permet d'aller faire des balades à vélo le long du lac, à 1900 mètres d'altitude au milieu des montagnes, histoire de … faire la selle !

 

 

 

Internet vient encore à notre secours, Michel laisse la localisation de son hôtel où nous nous rendons après une bière, et voilà, la boucle est bouclée, le tour est joué, Michel est reparti avec du matériel neuf qu'on espère bon, et j'ai fait la route en vélo. Tout le monde est content, Delphine aussi, qui connaissait une petite baisse de moral après cinq mois de vélo déjà en solitaire.

 
 

 

Dali est une ancienne capitale, il y a donc un peu d'architecture, c'est très chinois tout ça avec le bout des faitières travaillé et les couleurs sur les façades, les lanternes rouges qui se balancent dans le vent et s'éclairent une fois la nuit tombée. Dali est très touristique, mais ce sont des touristes chinois. On trouve dans cette ville ceinturée par des fortifications le quartier des orfèvres et celui des sculpteurs, on débouche sur des marchés inattendus et toujours multitudes de femmes en tenues traditionnelles. Nous goûtons aux délicieuses spécialités locales, bref prenons du repos. Dali est coincée entre les monts Vert Jade qui culminent à 4000 mètres et un joli lac dans lequel s'écoulent tous les égouts de la région mais qui est beau à regarder quand même. Il y aurait tant à dire... Les trois pagodes se dressent majestueuses et élancées, vous aimeriez avoir les photos hein ? On aimerait vous les envoyer, et bien c est fait, il faut aller dans "Chine", puis "Yunnan".

 

En route pour Shangri-La

 

 
 

 

Bonjour,

 

De Dali nous sommes repartis à trois, vent dans le dos et motivés, comptant bien trouver des reliefs un peu plus soucieux de l'état de nos muscles mais après quarante bornes conformes à nos attentes, nous avons de nouveau fait des montagnes russes. C'est que nous sommes maintenant dans les contreforts des plateaux tibétains, nous ne redescendrons plus en dessous de 2000 mètres avant plusieurs semaines, du moins on espère. Second jour seulement et nous faisons une petite excursion motorisée vers Shaxi, petite bourgade à l'écart des grands axes et où l'on entendrait presqu'encore le trot des chevaux sur les pavés bordés de maisons traditionnelles superbes. Ancienne cité caravanière, comme il en reste peu, sur la route du Vietnam, du Laos, de la Thaïlande, de la Birmanie. C'est bucolique à souhait, les pâtisseries sont bonnes, la température idéale, la halte est agréable.

 
 

De là, une journée de vélo suffit amplement à rejoindre Lijiang, autre ville très touristique. Nous avons pris les chemins de traverse, qui, c'est bien connu, ne sont jamais les plus courts, ni les plus faciles, mais nous ont permis de rouler au calme et de profiter un maximum des ambiances villageoises. Nous passons à 2800 mètres tout de même, doucement, on s'élève... D'ailleurs au loin, dans les nuages, nous apercevons des sommets enneigés, dans notre direction !

 

 

 

Lijiang est connue pour sa vieille ville, vaste, dans laquelle on tourne et on se perd. Le dédale de ruelles et de canaux est impressionnant, c'est un vrai labyrinthe. Tout est pavé et les maisons « Naxi » ( ethnie) rivalisent de finesse. Les toitures sont belles, les cours intérieures, les boiseries, les sculptures, tout régale. Les échoppes de babioles, les galeries d'art, les restos et les cafés, les boutiques artisanales s'égrennent sans fin. Dans les rues principales, la foule avance difficilement, compacte, heureusement nous logeons dans une ruelle plus calme et moins visitée. La vieille ville est une ville dans la ville et depuis la colline, la mer de toits offre encore du joli à voir.

 

 

 

De Lijiang, nous partons pour la « gorge du saut du tigre », dans une descente sur route humide alors qu'il doublait un minibus, Michel fait une glissade sur la route et se vautre, sans gravité, seul le vélo et les sacoches ont quelques égratignures. La Gorge du Saut du Tigre, c'est 20 km où le fleuve Yangzé forme un canyon entre les sommets à plus de 5500 mètres, le temps est gris, c'est néanmoins spectaculaire, nous traversons la gorge dans toute sa longueur et nous poursuivons jusqu'à Shangri-La par les montagnes, route deux fois plus longue que la nationale. Nous cotoyons les premiers tibétains, changement de tenue traditionnelle, toujours aussi belles et colorées et nous nous équipons de « trique » pour cogner sur les chiens qui nous courent après en aboyant méchamment ou en nous montrant les dents. Les paysages sont majestueux, nous gravissons des cols à n'en plus finir, de plus en plus hauts, jusqu'à 3700 m. Les sommets alentours sont maintenant enneigés et les bivouacs de plus en plus frais, ça gèle à glace, et après l'étage des pins, nous traversons celui des … épicéas. Tout est un régal : les gens, la nature, l'authenticité, la nourriture …. Les demeures aussi changent d'allure, nous passons dans les villages d'thnie « Lisu » où les maisons sont des vrais forteresses, avec des sculptures et des boiseries à faire pâlir de jalousie les plus travaillés des chalets suisses.

 
 

A Shangri-La, où nous nous trouvons, à 3200 m, nous voyons de nouveau des moines boudhistes, en rouge foncé, les locaux dansent sur la place de la vieille ville... il n' y a pas le chauffage dans les guesthouse mais celui-ci est remplacé par des couvertures chauffantes. Alors, on soigne nos futurs rhumatismes ! Depuis que nous sommes entrés en Chine nous n'avons que de l'authentique et sur le bord de la route les signes d'encouragement et les salutations affluent, que du bonheur. Mais c'en est bien terminé des ribambelles de gamins dans les villages, on entend parfois un peu de brouhaha dans une cour de récréation, c'est tout. La météo sur cette partie montagneuse est de la partie, le macadam est nickel, la circulation quasi inexistante, alors peu importe les dénivelées importantes, les instants magiques qui se succèdent nous ont oublier tout le reste.

 
 

Michel est à l'aise sur son nouveau vélo, nous allons pouvoir continuer à monter pour atteindre bientôt la haute altitude, les grands espaces, le froid aussi, en espérant ne pas trop avoir de vent contraire. Le compteur a passé les 10 000 km... Que du beau à venir et nous nous en réjouissons. Delphine, qui roule depuis 15 jours avec moi, va s'arrêter ici... chacun sa route, chacun son chemin...

 

 

 

Nous ne nous attendions pas à tant de belles choses et ces trois premières semaines en Chine ne nous ont apporté que d'agréables surprises, nous ne pensions pas que la vie soit ici restée aussi traditionnelle.

 

 

 

Voilà, le temps passe très vite, nous poursuivons la route avec bonheur et serons dans quelques jours dans la province du Sichuan, dans le Kham et l'Amdo, la partie « ouverte » du Tibet.

 
 

A bientôt.

 

Deux cents kilomètres sans dormir.

 

Bonjour,

 

 

 

La matinée n'ayant pas suffit à faire tout le nécessaire avant de continuer la route, nous restons une nuit supplémentaire à Shangri-La, en profitons pour aller jeter un oeil, de loin, sur le monastère célèbre. Ayant visité une partie de ceux du Laddakh et Zanskar dans le nord de l'Inde en 2009, nous faisons l'impasse sur l'intérieur de celui-ci, qui abrite, parait-il, 600 moines. Mais de tout ça plus rien, le monastère est en réfection, les Chinois ont pris conscience de ce qu'il pouvait apporter comme profit financier, après avoir détruit la culture tibétaine, ils reconstruisent certaines choses pour faire du fric, le prix de l'entrée est exorbitant pour la Chine, et il ne reste que quelques moines pour faire bon effet, peut-être des fonctionnaires d'ailleurs ! A Zhongdian, c'est assez marrant de voir les femmes en tenue traditionnelle sortir du supermarché avec leur hotte pleine de produits emballés sur le dos... Nous profitons aussi de cette journée pour nous renseigner sur la route à venir et bien nous en prend : nous ne pouvons pas passer en vélo par la route convoitée car il faudrait pousser nos montures pendant 70 bornes sur une piste infame à plus de 4000 mètres. L'autre route est plus longue de 110 km mais asphaltée tout le long, nous n'hésitons pas une seconde. Et on rallonge encore …

 

 

 

Nous voici donc de nouveau sur la route et nous débutons par vingt bornes de poussière, de trous, de travaux avant de prendre un orage sur le dos pour Michel et sur le ventre pour moi. Entrée au Sichuan, il faut nous rendre à l'évidence, militaires et policiers sont intransigeants, nous ne passons pas. Il paraît que la route s'est effondrée à un endroit, mais les poids lourds circulent..... Nous faisons demi-tour en prononçant souvent les mots « bus » et « shangri-la » dans notre discussion avec Michel, nous prenons de l'eau chez une habitante et sortons du village. Pas trop loin, nous avisons une maison en construction en hauteur et allons y élire domicile pour quelques heures. Puisqu'ils ne veulent pas nous laisser passer de jour, nous franchirons la barrière cette nuit, d'ailleurs nos vélos passent dessous sans problème. A 2 h 45 le réveil sonne, nous nous préparons en silence après cette courte nuit blanche et partons, toute frontale éteinte, rejoignons la route et nous laissons couler jusque cent mètres devant la barrière, sans réveiller un seul chien, et discrètement, observons. Le spot éclaire bien mais personne, le bureau est fermé et éteint, si nous avions su, nous aurions tenté plus tôt. Une file de camions attend demain matin pour passer. C'est parti ! Pas un coup de pédale, silence, nous glissons sous la barrière, nous passons. Et de une ! A la sortie du village, rebelote sauf que la barrière est levée, et de deux ! Et nous roulons à la lueur de la frontale depuis cinq cents mètres quand la chaine de Michel casse ! C'est bien le moment, nuit noire, nous voici les pattes dans le camboui à chercher le maillon rapide au fond des sacoches. Poussée d'adrénaline !

 


 

La réparation effectuée, nous ne trainons pas. Rouler de nuit demande une vigilance et une attention toutes particulières, heureusement le revêtement est bon. A gauche, la rivière en bas de la falaise fait entendre son grondement, et à droite, la falaise ne laisse aucune échappatoire. Avancer, avancer le plus possible avant le lever du jour. Nous croisons quelques bagnoles, passons une troisième barrière alors que le jour se pointe. La ville de Derong sera t-elle gardée ? Nous croisons des bagnoles de police et il y a des flics plein les rues, nous passons comme si de rien n'était. A la sortie de la ville, et de quatre ! Et en fin d'après midi, et de cinq ! Le lendemain : et de six. Ceux qu'on croise nous font des grands signes d'encouragement.... Comprend plus rien ! Seuls ceux du poste d'entrée doivent avoir la possibilité de nous refouler. Nous ne savons pas si cette route est interdite à cause de la proximité du Tibet ou à cause des évènements récents : un moine s'est immolé, affrontement avec l'armée chinoise, quelques morts dans la population, c'est loin d'où on est mais du coup, les autorités chinoises ont bloqué l'accès d'une grande partie du Sichuan, ce qui n'arrange pas du tout nos affaires pour la suite.

 

 

 

Cette route est de toute beauté, très difficile, vraiment, mais les paysages sont somptueux et nous ne voyons que quelques véhicules par jour. Les cols sont interminables et difficiles, nous passons à 3300 m, puis à 3818 m, puis à 4150 m. Je me tape une infection urinaire comme jamais eu et suis obligée de faire de la couture sur pneu à 4000 m car ma jante, endommagée au Vietnam, vient de perdre un morceau. Les drapeaux de prières flottent au vent et les stupas blanchis à la chaux jalonnent le chemin. Les villages sont authentiques, les habitants sentent le yack et la fumée, et roulent sur des motos dont la décoration n'a rien à envier aux tenues féminines. Les énormes batisses abritent les familles, mais aussi les animaux. Elles sont aussi cossues que des petits monastères, bâties comme des forteresses, les murs sont plus fins en haut qu'en bas, et ceux-ci sont blanchis à la chaux. Les pourtours des fenêtres sont particulièrement décorés et colorés. Les intérieurs sont quasi-vides, le stricte nécessaire. Nous avons plusieurs fois l'occasion de pénétrer chez les gens, soit pour manger, soit pour dormir, ou demander de l'eau. Ils sont éleveurs et cultivateurs : cochons, yaks, vaches, ânes et poules, blé. On boit enfin du vrai lait, on mange du vrai lard, avec des oeufs frais et des champignons bio, comme le reste, on mange des pattes de poulet et des choses qu'on a du mal à identifier, mais c'est bon, surtout quand il n'y a pas le choix !

 


 

Bref, nous sommes chez les Tibétains, mais pas dans la province autonome du Tibet, loin des circuits touristiques, pas l'ombre d'un occidental sur cette route de fous, l'accueil est bon, la vie est paisible, calme, les bivouacs froids, les gelées, blanches, la journée ça cogne le matin et il fait de l'orage l'après midi, nous ne savons même pas si nous sommes toujours en fraude ou pas, nous savons qu'il y aura d'autres points de contrôle à passer nuitamment. Nous logeons une fois dans une pièce béton, de l'autre côté du mur en torchis, il y a les cochons, mais nous sommes bien.

 

 

 

Les gens ? Ils nous interpellent tous, nous saluent, nous récrient, nous sourient, l'épicier nous offre du coca, les autres remplissent nos récipients d'eau chaude (ils ne consomment pas d'eau froide, mais que de l'eau bouillie). Ils sont curieux et gentils, pour l'instant pas d'arnaque. Ils ont le visage creusé de rides, le vent, le froid, le soleil, ils sont burinés, ils vaquent à leurs occupations aux alentours des villages : cultures, bois, animaux, cuisine, lessive, la vie qui va quoi !

 

 

 

A Xiancheng, 3000 m, pas de contrôle ni de barrière, nous pensons que nous ne sommes plus en fraude et poursuivons la route sur Litang. Nous sommes sur la S217, la suivrons jusqu'au bout, c'est à dire plus de 850 km (si tout va bien), c'est écrit sur les bornes ! Première surprise, et de taille, le petit relief marqué sur la carte sans précision d'altitude prend l'apparence d'un col à 4708 m, que l'on passera dans la tempête de neige à 17 h 45 après 1900 m en positif. Le souffle se fait à peine court sur la fin. Nous descendons à 4000 m, arrivons transis et nous offrons ce soir là une chambre confort, avec douche chaude et couverture chauffante ! A noter que nous avons croisé ce jour un couple de cyclos néo-zélandais (qui nous annoncent d'inévitables démêlés avec la police), et doublé Emilie et Benjamin, deux cyclos français (qui ont longtemps roulé avec Luc et Ingrid, pour ceux qui connaissent.).

 

 

 

Le lendemain, la neige recouvre le sol, mais il ne tombe plus rien, journée difficile encore, neige et brouillard, deux cols à près de 4700 mètres, pas un village, un plateau interminable à 4600 m. Sur l'autre versant la limite de la neige est à 4000 m, nous plantons la tente sur l'herbe. Encore un col à 4200 m et nous arrivons à Litang, bourgade tibétaine à 4000 m , située sur un plateau balayé par le vent et brouté par les yacks. Moulins et drapeaux de prières partout, visages très typés, vêtements chauds traditionnels, monastères, tout y est, bonnet jaune et bonnet rouge sur la tête des moines... Nous atterrissons dans cette ville qui subit une coupure d'eau doublée d'une coupure d'électricité, pas cool pour nous ! Nous nous offrons un peu de repos, la suite sera encore truffée de difficultés, nous le savons d'avance !

 

 

 

A bientôt.

 

 

L'aventure se corse.

 

 

Bonjour,

 

 

 

Nous sommes à Garzé ou Ganzi, sur la route Sichuan-Tibet nord. De Litang, nous sommes partis à la mi-journée, ne sachant pas s'il faudra ou non passer des barrières de nuit. A la bifurcation après un premier col à 4400 m, il n'y a personne, la barrière est levée, nous filons sans nous retourner. Les paysages sont grandioses, nous remontons une superbe et large vallée truffée de tentes de nomades. Les gens ont la peau cuivrée et burinée par le soleil, le froid, le vent. Nous attaquons un col culminant à 4600 m mais ne le passons que le lendemain, au soleil levant, un groupe de tibétains bien typés nous faisant un accueil phénoménal au sommet. De l'autre côté, la vallée est belle, superbe même, boisée d'épicéas, mais la route n'est qu'un chemin de bois et ça va durer cinquante kilomètres. Michel pète quelque chose dans l'axe de sa roue arrière, la cassette de pignons danse la samba, nous ne pouvons rien faire d'autre que croiser les doigts pour que ça tienne jusqu'à Ganzi, à cent cinquante bornes de là. Il est même obligé de défaire les étriers de freins arrières pour ne pas que ça frotte. Matériel neuf, on est contents, c'est du Shimano Deore !

 

 

 

Nous retrouvons le macadam et suivons une rivière à travers une gorge encaissée où les voitures ne risquent pas de nous gêner, étant un peu seuls au monde. Dix bornes plus loin, point de contrôle, on ne passe pas. Mais nous passerons quand même, après une heure et demi de palabres, de sourires, d'arguments, le type finit par téléphoner à la chef, qui parle un anglais parfait, à qui je redis tout ce que je peux dire, et qui finit par donner son feu vert. Nous devrons juste présenter nos passeports à la police à Xinlong dans soixante bornes. Nous nous exécutons le lendemain en passant dans cette ville d'où je parviens à ajouter deux lignes sur la dernière mise à jour du site.

 

 

 

Nous sommes à Ganzi, la roue a tenu jusque là, nous devons réparer, nous avons eu un temps superbe depuis Litang, sommes entourés de sommets enneigés voire recouverts de glace. Les Tibétains sont extras, c'est authentique à en pleurer. Heureusement qu'il y a ça pour contrecarrrer tous nos soucis. Alors pourquoi toutes ces difficultés ? Un moine s'est immolé autour du 20 Mars dans un grand monastère à cinq cents bornes d'où nous sommes, en signe de contestation contre le gouvernement chinois et sa politique quelque peu dictatoriale. La police est intervenue, et tente d'isoler le monastère, faire crever les moines de faim, la population prend bien évidemment le parti des moines et le mouvement a pris de l'ampleur. Il y a encore eu deux morts dans la population le 23 Avril. Alors tout le nord-ouest du Sichuan est fermé aux étrangers, des fois qu'on voit quelque chose ! Le nord-ouest de la province regorge de monastères et les autorités craignent, avec raison, des soulèvements de population, il ne faudrait pas que les étrangers voient ça ! Donc les routes sont fermées, les barrages fréquents et les Courtet tentent du mieux qu'ils peuvent de tirer leur épingle du jeu en passant entre les mailles du filet. On voit quand même des occidentaux dans les villes, Litang, et Ganzi. Nous ne sommes pas en danger, les Tibétains ne s'en prendront pas aux touristes et la police non plus. Pour nous c'est pénible dans le sens où nous ne savons jamais jusqu'ou nous pourrons aller comme ça. Il nous faut maintenant sortir de cette ville et il y a probablement des contrôles encore plus loin sur la route. Ce qui nous donne espoir est que nous sommes maintenant plus près de la sortie vers le Qinghai que de l'autre bout... La présence de la police est inimaginable, jusqu'au camion anti-émeute ! Ca patrouille beaucoup en ville. A Litang, les autorités sont allées jusqu'à couper l'électricité et donc l'eau pour sanctionner les habitants. Ici à Ganzi ça a l'air un peu plus cool. Cette ville fait 61000 habitants, nous sommes sept étrangers en tout et pour tout, nous mangeons tous ensemble ce soir !

 

 

 

Par contre, parce qu'il ne faut pas tout voir en noir, nous avons constaté qu'il peut être possible parfois de discuter avec les autorités chinoises et d'obtenir gain de cause. Ils ne sont pas systématiquement hermétiquement fermés. Il fallut parfois palabrer, argumenter pendant deux heures, montrer patte blanche partout, mais nous ne sommes pas en fraude, n'avons (presque) rien à nous reprocher. Nous ne sommes pas en danger, les Tibétains et les moines sont trop contents qu'il y ait encore quelques touristes et sont extras avec nous tandis que les autorités ne voudraient surtout pas d'un fait divers mettant en cause des étrangers. En effet, si tout ça pouvait passer sous silence … Ils rêvent, on trouve sur internet en allant faire « actualités sichuan » des images du moine en torche vivante. Bref, ils croient encore en leurs méthodes de l'âge de pierre à l'ère internet !

 

 

 

A certains endroits, les communications étaient coupées, nous ne savons pas comment ce sera plus loin, donc si vous n'avez pas de nouvelles, ne vous inquiètez pas, nous faisons notre possible pour vous tenir au courant de nos aventures. A noter aussi que nous n'avons pas du tout accès à Facebook depuis la Chine. A bientôt.

 

Vacances au Sichuan

 

 

A Ganzi, ville de 61 000 habitants sur la route Sichuan-Tibet nord, nous visitons l'imposant monastère, un des plus important de la région. Mais c'est surtout la vue sur la ville, la vallée et les monts Chola, culminant à 6000 mètres, enneigés, qui nous intéresse. Le vieux quartier tibétain est splendide, les façades des maisons sont très travaillées, sculptées, peintes de couleurs vives et chatoyantes. Toute une rue abrite les ateliers de menuiseries, le travail est fin, le fourneau situé devant la porte brûle les copeaux, fait bouillir l'eau et chauffe le repas du soir. A Ganzi, l'ambiance est plus détendue qu'à Litang, la police est moins présente, tout a l'air normal. Les pains tibétains sont bons et consistants, voilà Michel rassuré, nous avons de quoi étaler notre miel, il y a belle lurette que nous ne trouvons plus de Vache qui Rit ni de Nutella !

 

 

 

Ganzi est notre dernière étape dans une bourgade digne de ce nom avant longtemps, et même si nous avons l'impression d'être au far-west au milieu de tous ces Tibétains sur leur 125 cc décorée et stylée, nous trouvons de quoi réparer le vélo de Michel. En fait rien de grave, il fallait juste un outillage adapté... un réparateur moto nous taille une clé. Après quelques réglages sur les vélos et avoir fait quelques courses alimentaires, nous reprenons la route, direction Manigango, Serxu et le Qinghai...

 

 

 

Alors on sait bien que notre façon de voyager n'est ni la plus confortable ni la plus facile, mais de là à imaginer ce qui nous attendait... Nous avons changé de direction et prenons le vent de face des jours durant dans les longues lignes droites qui suivent le cours des rivières, qui remontent les vallées, vent dont la puissance nous cloue sur place et nous mine le mental. Nous sommes à 4000 mètres en permanence, nuits et jours, dès qu'on a à faire un effort supplémentaire, on éprouve le manque d'air et le besoin de récupérer derrière, on a parfois le souffle court. De plus, et même si sur nos quatre cartes différentes, il n'apparait rien de sérieux, nous continuons à passer des cols à 4500 mètres et plus au moins une fois par jour. Des chutes de neige nocturnes nous surprennent alors que notre bivouac est en altitude, et c'est les pieds dans la neige que nous démarrons certains matins.

 

 

 

Une autre difficulté vient s'ajouter à celle du vent, de l'altitude et du froid : les chiens. Ils sont gros, féroces et nombreux (jusqu'à cinq ou six par famille !), certains sont attachés et font peur tout de même tant nous redoutons qu'ils cassent leur chaine à force de tirer dessus, et ceux qui sont en liberté n'hésitent jamais à s'attaquer à nous, toutes dents dehors, accrochent nos sacoches et vont jusqu'à nous faire tomber. Le bout de bois avec le fil de fer au bout ne les dissuadant pas toujours, la seule parade que nous ayons trouvée jusqu'à maintenant est de mettre pied-à-terre dès qu'un molosse arrive en jappant. Ca les stoppe net mais nous aussi, on passe en marchant et en causant aux clebs (si si on en est arrivés là) et quand nous remontons des vallées où les camps de nomades se suivent tous les kilomètres, ça devient notre seule préoccupation. C'est pénible. Quand il y en a un qui s'est fait buté le long de la route, on dit : « Bien fait ».

 

 

 

Les paysages sont grandioses, c'est vrai, et relativement variés, c'est grand, très grand, immense même parfois, il y a des coins on se demande si l'homme y a déjà mis les pieds, la circulation est faible, c'est vrai aussi. La population est toujours aussi sympathique avec nous, les nomades ont installé leur camp pour l'été, les tentes blanches ou noires, ou les yourtes pas en feutre, ont poussé comme des champignons, les troupeaux de yaks paissent sur les collines, par centaines. Les maisons sont maintenant toutes petites et en bois ou en torchis, pas de chichi, nous ne sommes pas dans les régions riches de la Chine. Les hommes sont habillés de lourds vêtements faits de peaux ou de feutre et portent le chapeau sur les cheveux longs, très noirs, souvent regroupés en une natte qui leur descend jusque dans le milieu du dos. Les visages sont carrés et certains sont bâtis comme des armoires normandes. Les hommes portent des coiffes de toutes sortes. Les femmes aussi bien sûr sont chaudement vêtues et portent la coiffe traditionnelle ainsi que le coutelas à la taille, à titre décoratif, dans un étui la plupart du temps très travaillé. Et tout ça, ils ne le font pas pour nous, c'est pas du folklore, c'est comme ça et on mesure bien toute la différence qu'il y a entre leur mode de vie, rude, très rude, et le notre en Europe, si facile : tourner le robinet pour avoir de l'eau chaude dans un appartement où il fait 20 degrés. Ici, pour avoir de l'eau chaude, il faut aller ramasser les bouses de yaks, les faire sécher, les stocker, et puis il faut s'habiller et sortir dans le froid et le vent, aller jusqu'à la pompe, remplir le seau, rentrer, se déshabiller, allumer le feu, et attendre que ça chaufffe. Mais de l'eau chaude jamais ils ne nous refusent ! Ici, chaque geste de la vie quotidienne est dur, et nous sommes presqu'en été ! Oh l'hiver !... Brrrr. Pas de bouton à tourner ou à enfoncer, tout se fait à la main, ça occupe des journées, pas d'ennui, toujours à faire. Les lessives prennent un temps fou. Il faut être né dans ce genre de contrées pour avoir le courage de tous ces gestes quotidiens. Pas le temps de déprimer ou de se plaindre !

 

 

 

A noter que depuis Ganzi, nous n'avons pas été importunés par la police. Il a juste fallu se faire enregistrer à Manigango en passant. Nos bivouacs sont froids, il gèle régulièrement à l'intérieur de la tente, qui nous sert de chambre, de pièce de rangement, de cuisine, mais rassurez-vous, pas de wc ! La météo peut changer très vite, dans un sens comme dans l'autre, en dix minutes on passe du tee-shirt à la gore-tex et vice-versa, plusieurs fois par jour, giboulées de Mai, un coup grêle, un coup neige, un coup tempête de sable ! Sol tantôt vert et tantôt blanc, ciel tantôt bleu, tantôt gris, tantôt orange. Les organismes tiennent plutôt bien le choc jusqu'à présent malgré des repas pris dans des positions de contorsioniste et qui n'offrent pas beaucoup de variété, des conditions d'hygiène précaires, et des journées de vélo bien remplies en haute altitude avec des dénivelées importantes. Bref, nous récupérons bien. Ce qui est rageant finalement, c'est de s'offrir une chambre de temps en temps et de découvrir que de toute façon, il n'y a pas d'eau pour se doucher, que l'intensité électrique est si faible qu'il faut sortir la frontale, et qu'il faut mettre la polaire parce qu'il n'y a jamais de chauffage ! Finalement on a tout pareil sous la tente !

 

 

 

Sur notre route, au milieu des yaks, il y a foule de monastères, nous les regardons en passant, parfois nous visitons, il nous arrive même d'y dormir. On voit des pélerins qui en font le tour en psalmodiant et en faisant tourner leur moulin à prières. On voit aussi, à Serxu, un bâtiment qui me fait penser à une salle de torture où les fidèles s'attachent par des lanières en cuir à des gigantesques moulins, dans différentes salles, et tournent, tournent, tournent jusqu'à la déraison, tournent comme des bêtes de somme, inlassablement, à se rendre fou, jusqu'à tomber ? Sont-ils punis ? Fanatisme ? La proportion de moines dans la population est assez incroyable dans la région, ils se rendent visite les uns les autres en minibus privé ou en gros 4 x 4. Ben oui voyons donc, c'est pas nouveau ! Sur notre route on voit aussi des espèces de lotissements en pleine campagne, des centaines de maisonnettes parfaitement identiques les unes aux autres, bâties par les Chinois. Serait-ce pour sédentariser les nomades, afin de pouvoir localiser chaque personne à tout moment, lui donner une adresse où le trouver ? Ou pour que les Hans puissent continuer à coloniser les territoires tibétains, préparer l'invasion du Kham maintenant que le Tibet …. ? Dans un cas comme dans l'autre, c'est pas chouette !

 

 

 

On a donc résisté au bon vouloir des autorités, on a bravé des tempêtes de grêle, de sable, de neige, on a gravi d'innombrables cols sur une route pas toujours asphaltée, on est resté coincés au monastère de Serxu une journée en attendant que la météo s'améliore, on a enduré le vent, le froid, on n'a pas encore servi de pâture aux chiens, nous sommes toujours sur la route, nos lèvres saignent malgré le stick quand on ouvre la bouche le matin, nos mains ont pris trente ans en deux semaines, nous avons le cheveux hirsute, nos vêtements ne reviennent plus propres à la lessive, on n'a pas des tronches de bureaucrates en ce moment et finalement, on ne se fond pas si mal dans la population locale ! Mais on va bien et on en prend plein la vue, pas vu l'ombre d'un touriste sur ce tronçon, on regarde les autochtones avec autant de curiosité qu'eux nous regardent passer.

 


 

Je termine la préparation de ce post dans la chambre d'un monastère, à Serxu, où nous sommes coincés par une journée de neige. Pas d'eau à part le broc, coupures d'électricité fréquentes, mais la chambre est confortable. Toute la journée par la fenêtre, nous avons regardé les yacks brouter, les chiens aboyer, les moines passer, encagoulés dans leur robe pourpre, les bras serrés sur le torse pour retenir le tissu et se protèger du vent glacial qui balaie la vallée. Les gens renifflent et rentrent la tête dans les épaules, serrent les coudes le long du corps, serrent les dents aussi, quand elles ne claquent pas, ils ont les mains au fond des poches et avancent courbés comme des vieux. Les drapeaux de prières claquent dans le vent. Tout est gris. Je ne sais même pas quand je pourrai envoyer ce post, mais il est prêt. Nous espérons des meilleurs lendemains, le prochain col est à trente bornes, nous sommes le 14 Mai.

 

 

 

Second jour de tempête de neige, il en est tombé quinze centimètres la nuit dernière, la luminosité est intense, tout est blanc, pas d'horizon. Etrange impression d'être dans un sanatorium, le silence, la neige, nous sommes à 4200 mètres, jusqu'à quand ? Incertitude du lendemain. La chance nous a une fois de plus souri puisque cette tempête de neige ne nous a pas surpris sous la tente. L'électricité est présente, nous avons un chauffage d'appoint et une bouilloire dans la chambre, lavage des cheveux à genoux au dessus de la bassine. On nous fournit de l'eau chaude à volonté en gros thermos de deux litres. Cette nuit, la neige chassée par le vent est entrée dans le couloir par les interstices des mauvaises fenêtres et les portes ont claqué méchamment. Nous sommes dans un autre monde, isolés. Avons-nous eu de la chance de pouvoir venir jusque là ? Ces conditions sont-elles exceptionnelles ? Nous n'en savons rien. Nous ne pouvons rien faire d'autre qu'attendre... et écouter Cabrel : « Hors-saison » !

 

 

 

Et on n'est pas en vacances ! On voyage ! Nous sommes à la limite du Qinghai, aussi entre le Kham et l'Amdo, régions pas plus faciles l'une que l'autre à traverser à vélo.

 

 

 

A bientôt.

 

Au Qinghaï, haut Qinghaï, ça caille !

 

 

Bonjour,


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Le Sichuan ne voulait pas qu'on entre chez lui, on a bien cru qu'il ne nous laisserait pas sortir. Deux jours dans la pension du monastère de Serxu à regarder tomber la neige par la fenêtre, mais enfin, troisième matin, le ciel est bleu. Il fait dix degrés en dessous quand nous enfourchons de nouveau les vélos. Les chiens ne sont pas congelés et nous enquiquinent toujours, pour être polie, et la journée restera froide. Une crevaison juste sous le col à 4550 m nous retient encore un peu au Sichuan...

 

 

 

Et nous basculons côté Qinghaï (prononcez Tchine raille), le macadam est parfait, nous atteignons rapidement Xiwu et l'axe principal qui rejoint Xining au Tibet, la route 214, que nous allons suivre vers le nord pendant des centaines de kilomètres. Une des occupation favorite des Tibétains est de jouer au billard et dans certaines bourgades, les tables s'alignent par dizaines le long de la rue principale, les femmes en tenue et coiffes jouent tout aussi bien que les hommes, les poids-lourds passent à cinq mètres... C'est toujours très authentique. Puis le paysage a changé, nous avons passé un col à 4824 mètres mais ne sommes pratiquement pas redescendus derrière, nous sommes maintenant vraiment sur des hauts plateaux, interminables, immenses. La route se perd dans le lointain, rebondissant au passage sur quelques collines. On la repère grâce aux poids-lourds qui finissent eux aussi par ne former qu'un tout petit point avant de disparaître. Le vent dominant nous aide, mais quand il se retourne, c'est extrêmement difficile, 9 km/h, plantés à lutter tels des forçats contre l'invisible, terrible. On préfère l'avoir dans le dos, sans dec' ! Sur ces plateaux, même les nomades n'y vivent pas ! Pas au mois de Mai en tout cas, peut-être plus tard. L'herbe est trop rase, il n'y a pas d'eau, c'est invivable, tout simplement. Les villages sont rares, on cherche en vain ceux qui sont marqués sur la carte... La nuit, la température descend vers les moins dix degrés, ça gèle dans la tente, l'eau gèle dans les bouteilles, on apprend vite à s'organiser. Froid la nuit, froid le jour, nous ne quittons guère les Gore-Tex, gants, bonnet, surpantalon, surchaussures ou sacs plastiques autour des pieds. On ira même jusqu'à se faire une bouillotte pour mettre au fond du duvet, on ne se refuse rien !!!

 

 

 

Puis nous traversons une région de lacs. La frange blanche sur les bords indiquent qu'ils sont salés. Nous sommes aux environs de Madoi, mais toujours personne, pas de village. Les camions défilent, lancés à pleine vitesse, s'écartent bien. Les routiers nous klaxonnent par sympathie, nous encouragent, nous félicitent. A Madoi, nous pensions trouver Internet, mais il fut impossible de nous connecter, nous nous attendions à une ville, nous n'avons trouvé qu'une suite de restos, d'épiceries et de garages, halte des routiers. Au moins trouvons-nous de quoi remplir nos sacoches de nourriture pour les quatre jours qui viennent, matins, midis, et soirs. C'est bien lestés que nous continuons notre route, bien décidés à avaler des kilomètres, mais le ciel change de couleur, comme souvent l'après-midi, et une tempête de sable nous oblige à nous arrêter pour nous mettre à l'abri dans un talus. En fin d'après-midi, le vent se calme et tout redevient normal, nous aurions pu rouler encore et encore, mais le bivouac est monté et nous n'avons pas le courage de repartir.

 

 

 

Nous sommes depuis 13 jours à plus de 4000 m en permanence, nuits et jours, avons même fait une journée de 111 km à plus de 4500 m. Nous dormons et mangeons bien. Nous sentons le manque d'oxygène par moment, si nous forçons un peu trop, nous nous essoufflons et il nous faut un petit temps de récupération. Nous avons la peau sèche et les lèvres en chou-fleur, nous toussons un peu, le nez qui coule, Michel n'est pas rasé depuis plusieurs jours, les poches sous les yeux le matin, sommes pas toujours jolis à voir. Nous n'avons pas croisé d'autres cyclos. Tout ce qui tombe est en neige, en grésil, ou en sable. Les conditions sont difficiles mais nous gérons la situation et ne semblons pas accumuler de fatigue. Les nuits, en général, ne sont pas ventées. Sur le chemin, pas grand chose à voir, que de la nature, des sommets arrondis enneigés, des cours d'eau parfois, de l'herbe rase et du caillou, parfois des yaks. Nous roulons, roulons, quand les conditions le permettent, le seul but est d'avancer le plus possible, on ne monte pas la tente à trois heures de l'après-midi ! Les aléas météorologiques nous entravent assez comme ça ! Les deux derniers cols à plus de 4400 mètres, nous les passons dans la même journée, dans la tempête de neige, pressés d'en découdre, heureusement entre les deux, un village, un resto, des platrées de pâtes aux légumes, hum, succulent ! Le bivouac qui suit est un des plus pénible que nous ayons fait, planter la tente dans la tempête de neige n'a rien de plaisant, les pieds et les doigts gelés, les contorsions sous la tente, faire attention à ne pas ramener d'humidité à l'intérieur, incertitude du lendemain encore une fois.

 

 

 

Mais le lendemain, 22 Mai, la chance nous sourit, vent arrière et terrain descendant, nous finissons une étape de 93 kilomètres à 15 heures, nous sommes à 3400 mètres d'altitude, faisons halte dans une ville où il faut l'aide de la police pour qu'un hôtel nous accepte, aucun n'ayant la licence pour les étrangers (mais là c'est pas comme en Birmanie, la police nous aide vraiment et ça va vite ! En fait il faut qu'on s'enregistre, c'est à dire qu'on remplisse une fiche à la police, passeport, visa, rien de méchant.). Nous sommes depuis quelques jours dans une région habitée (c'est un grand mot vu le nombre et la grosseur des villages !) par des musulmans, ils arbhorent tous le petit calot de circonstance, l'accueil est bon, les gens sont toujours curieux, surpris, ils nous dévisagent et suivent chacun de nos gestes, nous provoquons des attroupements dès qu'on pose le pied par terre dans un village et on déplace des foules au moment de repartir. Bon, maintenant que Michel est redevenu un cycliste normal, je pourrais dire « je », mais ils nous regardent les deux quand même. Et si Michel, sur son vélo droit était devant dans les montées du Yunnan, il n'en était plus rien dans les longs faux plats contre le vent du Qinghai, hi hi !

 

 

 

Nous en avons terminé de cette période difficile en haute altitude, la météo n'a pas été très favorable, il a fallu du courage pour enfourcher les bécanes certains jours, je pèse mes mots. Sortir du duvet est parfois une épreuve, comme sortir gratter la tente givrée, carapace de glace, ou retendre les ficelles la nuit sous la neige, même sortir pisser... C'est dur quand ces conditions durent ! On ne se plaint pas, non, on constate qu'on apprécie d'autant plus le moindre erzatz de confort. Nous sommes contents d'avoir pu tout faire sur le vélo, à noter que le macadam sur la route 214 est comme velours tout le long et ça, c'était vraiment bien. Après avoir joué avec le Mékong, nous recommençons maintenant avec le fleuve jaune. Nous l'avons enjambé une fois déjà, il était tout petit, la source n'était pas très loin.

 

 

 

Et tous ces hauts-plateaux, on les a surtout passés sur le petit plateau ! Nous sommes à Xinghai, sud-ouest de Xining au Qinghai, avons quitté la route 214, et nous dirigeons sur Tongren... 12 000 bornes bientôt au compteur. La Chine est un grand pays, même dans sa petite dimension ! Et c'est encore une journée de mauvais temps, nous ne sommes pas partis ce matin pour cause de pluie, mais au moins sommes-nous en ville, avec une connection internet. Nous sommes donc à jour !

 

 

 

A bientôt.

 

Qinghaï, suite et fin.

 

 

Dans notre chambre d'hôtel de Xinghai, nous avons la télévision et captons CCTVF, une chaîne chinoise qui parle français. Nous apprenons le scandale DSK et l'éruption d'un volcan islandais, la mort du mollah Omar et les événements au Pakistan certes, mais nous voyons surtout de quelle manière la Chine parle du soixantième anniversaire de la « libération » du Tibet, vu par les Hans (ceux qu'on appelle Chinois, 90% de la population)... Le Tibet a été libéré du servage, peut-être, a bénéficié d'un développement économique équivalent aux autres régions chinoises disent-ils, mais ils ne parlent en aucun cas de la tentative d'anéantissement de la culture tibétaine, (même si, à certains endroits touristiques, ils reconstruisent des temples avec droit d'entrée prohibitif, dans l'unique but, ne soyons pas dupe, de faire du fric et de se donner bonne conscience), de l'invasion du territoire, et du pillage organisé de celui-ci. Heureusement que les Hans sont arrivés pour civiliser ces barbares de Tibétains... Ils font un reportage dans une école tibétaine de Beijing où les élèves ont un cours par semaine de tibétain. Seules dix écoles similaires dans tout le pays... Un cours par semaine !

 

Tout est montré de manière à faire l'apologie des Hans et du pouvoir central, et à les faire passer comme de véritables libérateurs de la région tibétaine, des sauveurs... Ils interview (ent ?!) un ancien de quatre vingt un ans qui dit être content que ses petits-enfants puissent vivre « mieux » que lui, qu'ils aillent à l'école, qu'ils aient un peu de confort. Mais c'est partout dans le monde, en général, qu'a eu lieu cette évolution, et qu'est ce que les Hans viennent faire là-dedans ? Quoi qu'on en pense, on ne peut s'empêcher de sourire en écoutant ces infos qui ne sont, une fois de plus que de l'intox, personne en Chine ne doit regarder ces infos à part les Hans, en se grattant le nombril ! Tout est pareil évidemment, tout est orienté, et pas qu'un peu, ils se félicitent eux-mêmes sur un tas de sujets, nous n'avons pas balancé la télé par la fenêtre pour ne pas avoir d'ennui avec la direction de l'hôtel, l'avons sagement éteinte... Le peu de Hans avec qui nous avons eu à faire ont été souriants et sympathiques. Il ne faut pas, une fois de plus, confondre ce qui se passe au niveau du peuple et ce qui se passe au niveau des autorités gouvernementales... Les Hans ont la réputation d'être fourbes, nous vous tiendrons au courant.

 

De Xinghai, nous avons plongé vers le fleuve jaune, bordé de falaises ocres et de demoiselles coiffées, décor immense et somptueux. Le fleuve est déjà ici plus gros que quand nous l'avons enjambé la première fois, il est aussi beaucoup moins clair, marron même, chargé d'alluvions qui iront agrandir encore son delta. Des fleuves très importants prennent leur source ici, sur les hauts plateaux du Qinghai : le Yangtzé, le Huang He ou fleuve jaune, le Mékong. Le Brahmapoutre, l'Indus, le Sutlej, et un des principaux affluents du Gange, la Karnali, prennent quant à eux leur source au Tibet.

 

Les habitations ont changé du tout au tout, elles sont ici en terre, en torchis, il y a un peu de culture, bref... nous avons basculé. Pas pour longtemps, nous remontons sur le plateau qui se situe à 3400 m, passons à Zekog le temps de nous remplir l'estomac, et assez pour que la police nous interpelle. J'en suis pour un petit tour au poste avec les passeports pour aller remplir une fois de plus les fiches d'enregistrement. Ils sont conviviaux, pas à se plaindre, le flic m'offre une clope. Ici, c'est le cadeau de bienvenue, ils fument tous et offrent des clopes à tour de bras, c'est pas cher...

 

De Zekog, nous montons encore, repassons deux cols effleurant les 4000 m et quittons le plateau pour arriver dans une zone où le relief est très tourmenté. Nous rencontrons de nouveau des arbres, cela faisait peut-être deux semaines qu'on en n'avait pas vus, et quel bonheur de planter la tente au pied des épicéas ! La vallée de Tongren est truffée de monastères, de stupas de toutes sortes. Nous visitons brièvement. Ca nous laisse toujours un peu perplexes de voir ces gens tourner pendant des heures, autour d'un stupa ou d'un moulin en égrenant leur chapelet et en marmonnant, des heures... et nous nous lassons de les regarder avant qu'eux de tourner... Pas très loin de Tongren est né l'actuel Dalaï-Lama, mais il n'est jamais revenu au pays depuis 1955, n'a jamais revu son village, ça vous fait couler une larme ? Nous non !

 

Les ouvriers de la voirie ne risquent pas d'avoir mal aux bras le soir, ils sont vingt par équipes mais il n'y a que deux pelles, les autres regardent, s'ils se relaient bien, aucun ne doit avoir d'ampoule à la fin de la journée, c'est du travail d'équipe. Souvent, quand on passe, on les tire de leur sieste, à n'importe quelle heure de la journée ! Si certains marquent leur étonnement et réagissent, d'autres s'apparentent plus à des vaches qui regardent passer le train, la bouche ouverte, figés comme des statues : t'as beau dire « bonjour », faire signe, rien ne les sort de leur torpeur. Les ouvriers de la voirie sont des Hans, comme les policiers d'ailleurs.

 

Dans les cyber cafés, tous jouent, et fument. S'il y en a un qui travaille ou qui communique, c'est une exception, un extra-terrestre. Bon, l'important est qu'ils soient toujours sympathiques avec nous. Ils sont contents de nous renseigner, dommage que ça ne vaille pas grand chos. A la question de savoir combien il y a de kilomètres entre Tongren et Xiahé, nous avons eu des réponses comprises entre 80 et 198. Pas mal. Et encore, quand on arrive à faire comprendre la question ! Notre lexique nous sauve souvent la mise. Aucun panneau indicateur. Mais on se débrouille, maintenant nous avons l'habitude !

 

Les vélos tiennent le coup, le Dragon a du jeu partout, la chaine craque, les roulements de l'axe du pédalier sont vraiment rapés, mais dans ces bourgades poussièreuses peuplées encore de Tibétains, de Tu (Boudhistes d'origine mongole), de Hui ou de Salar (Musulmans), pas l'ombre d'un vélociste, nous devrons aller au moins jusqu'à Lanzhou, en croisant les doigts pour que ça tienne. Tous les matins nous faisons quelques incantations dans ce sens !

 

Une journée de pluie encore, la première sous la tente, même pas de quoi travailler, il me faudrait l'électricité. Pas de lecture, le dernier livre a pris l'eau une fois, il était devenu trop lourd, je l'ai balancé. Reste la musique et le Lonely Planet de la Chine et de la Mongolie, les cartes, mes notes, de quoi s'occuper quand même. Et grignoter sans cesse... Deux parties de scrabble où Michel ne trouve pas mieux que de placer sur la grille des mots comme « pédaler » et « vélo », il est fier de lui !

 

Puis nous attaquons ce que nous pensons être le dernier gros col. La route s'élève dans des gorges encaissées bordées de falaises rouge encore, c'est joli mais le ciel est gris. Nous débouchons en haut d'un premier col, à 3400 m environ, mais il n'y a pas de drapeau de prières, donc ce n'est pas fini. Dans le village en contrebas, une surprise énorme nous attend : nous trouvons des yaourts frais, vendus en ramequins individuels ou en petit bidon … Non ! On ne peut pas transporter un bidon de yaourt frais sur un vélo ! Et nous continuons à monter et passons enfin le vrai col, plus de 3630 m. Nous venons de faire 35 km de bosse. La descente de l'autre côté est belle, le paysage est splendide une fois de plus, doux, collines vertes et rebondies à l'infini mais le ciel est toujours gris et nous ramassons encore la neige. Puis avant Ganjia c'est le vent de face qui nous fait forcer outre-mesure, mais le soleil est revenu. Et ce qui apparaît, c'est qu'en fin de compte, les moments où les jambes tournent bien, les instants où c'est facile, où on est bien, où c'est vraiment du plaisir, sont non seulement peu nombreux depuis des semaines mais en plus ils sont si éphémères que c'en est indécent. Ce n'est jamais « facile », jamais, nous sommes continuellement dans l'effort, dans l'inconfort. Alors la moindre amélioration : le yaourt, les dix bornes de plat vent en poupe, le repas du soir pris dehors, à l'aise, une douche, toutes ces petites choses sont grandement appréciées. Il ne faut pas laisser arriver la question : « Pourquoi on fait ça ? », ou « Qu'est ce qu'on fait là ? », sinon, on est foutus. Garder le moral c'est se dire qu'on va redescendre vers des régions où nous pourrons nous plaindre de la chaleur et de la circulation !!! Nous allons bien.

 

Voilà, nous sommes arrivés à Xiahé, dans la province du Gansu. C'en est terminé du Qinghai pour cette fois-ci, terre rude et aride, trop rude. Nous sommes quelque part admiratifs devant les gens qui peuplent ces régions hostiles, ne semblant pas craindre ni le froid ni le vent, nous nous sentons si vulnérables, si ridicules par rapport à eux. Un peu de confort ne leur manque pas, ils n'en ont jamais eu ! Nous n'avons pas le droit de nous plaindre. Xiahé est un peu une étape dans notre voyage dans le sens où nous avons définitivement basculé sur le nord de la Chine. 4000 bornes déjà dans cette immense pays, il nous en reste 1800 environ pour aller à la frontière mongole.

 

A Xiahé, après un ultime col à 3400 m passé sous les flocons..., nous arrivons dans une guesthouse sans eau chaude. Celle-ci est fournie par énergie solaire et la météo est exceptionnellement froide et mauvaise. Un moine nous emmène en ville où nous pouvons tout de même prendre une vraie bonne douche chaude, c'est la guesthouse qui prend tout en charge, taxi et douches... Sympas, ils ont eu pitié de nous, pauvres cyclistes...

 

A Xiahé, nous n'avons pas encore visité le monastère, l'un des six plus grands de tout le pays. Nous avons de nouveau rencontré Emilie et Benjamin, quelques heures, un repas, difficultés et déboires, petites joies du chemin, cartes...Ils ont roulé quatre nuits pour échapper aux cheks points de la police dans la région de Barkham, plus à l'Est de notre itinéraire, plus court mais aussi éprouvant. Ils sont repartis, direction Lanzhou, Xining, Urumqi et le Kirghizistan. Nous avons fait l'acquisition d'un bidon de yaourt... La ville est moche, l'unique artère est très large, bordée de magasins, mais c'est sale et poussièreux, le temps maussade n'arrange rien.

 

A bientôt.

 

Au revoir Tibet.

 

 

Bonjour,
 

A Xiahé, nous nous sommes levés tôt pour assister au spectacle quotidien. Celui des pélerins qui font la « kora », c'est à dire le tour du monastère, tous dans le même sens, en faisant tourner les 1174 (soit-disant) moulins à prières. Si pour certains, plus ou moins valides, la balade occupe la demi-journée, d'autres la font au pas de course, shuntant même certaines chapelles, mauvais élèves ! D'autres la font en papotant avec la copine et en oubliant aussi, au passage, quelques moulins. D'autres encore marchent l'oreille accrochée au téléphone portable, mauvais élèves aussi. Et puis il y a ceux qui s'appliquent, les bons élèves, qui iront peut-être directement deux étages plus haut dans la hiérarchie boudhiste. Ceux-là actionnent tous les moulins, veillant à ce qu'ils fassent au moins un tour, ils font le tour de tous les stupas et toutes les chapelles au moins une fois, ils font les prosternations, debout, à genoux et à plat ventre à chaque endroit prévu à cet effet. Et le tout en marmonnant, en tournant d'une main leur propre petit moulin et de l'autre main en égrénant leur chapelet... Au total, ils sont des milliers chaque jour, c'est un défilé continuel, nous soupçonnons certains de faire deux fois le tour chaque jour : c'est bon pour la santé !

 

 

 

Nous restons une fois de plus bouche bée devant cette ferveur religieuse qui occupe des journées entières, tous les jours de la semaine, toutes les semaines de l'année. Ils ne font QUE ça ! Je ne vais pas revenir sur ce que nous en pensons, si vous lisez régulièrement nos posts, vous le savez déjà ! Bon d'accord, nous, on ne fait que pédaler ! Mais non, pas tous les jours de toute not'vie !

 

 

 

Le soleil s'était levé pour nous. Il est indéniable que tout ceci est fort photogénique, plein de couleurs. Et puis même si nous avons vu encore quelques monastères dans la vallée que nous avons descendue ensuite, Xiahé reste la porte (pour nous celle de la sortie) du monde tibétain. C'est notre dernière immersion parmi ces gens qui ont été fort agréables avec nous. Nous avons l'impression de quitter un pays (ça les autorités chinoises vont pas aimer !), un pays immense, avec des paysages démesurés, une culture, une langue, une population, des habitudes... Nous avons eu la chance, en traversant cette partie du « Tibet libre » en vélo, de bien nous rendre compte de la rudesse de la vie que ces gens mènent, de leurs loisirs aussi, de graver leurs sourires dans nos mémoires, d'y inscrire aussi les difficultés rencontrées sur la route. Ce sont des endroits et des populations qui ne laissent pas indifférents, il y a quelque chose de réellement humain. Même si ce fut éprouvant parfois, nous avons beaucoup aimé cette traversée du Kham et de l'Amdo.

 

 

 

Et pour conclure sur ce peuple boudhiste, un scoop : les moines sont à poil sous leur robe ! Pour preuve, quand ils ont la vessie pleine, ils s'accrou-pissent, et haut-les-mains, la petite rivière apparaît au sol. De plus, ils s'arrêtent pisser n'importe où, c'est carrément cradingue. Ca ne sent pas bon dans toutes les ruelles du monastère quand le soleil veut bien se montrer !

 

 

 

Voilà, au revoir Tibet et Tibétains. Nous arrivons directement dans un monde de mosquées, qui sont d'ailleurs superbes, style chinois, avec les coins de toit en pointe et beaucoup de travail très fin dans la décoration. Nous sommes chez les « Hui » (prononcez Rui). Et ce qui nous choque depuis que nous sommes descendus des montagnes, dans ces vallées fertiles et cultivées, c'est que quand on sourit, ben, ça fait « floc », rien en retour, et ça c'est dur. Alors ça dure un jour puis on passe et c'est tout, ni bonjour, ni sourire, allez vous faire voir ! Au niveau alimentation, on retrouve quelque chose de plus varié, avons trouvé de la confiture, et remangeons un peu de riz, et c'est bon, avec des légumes et des oeufs, tout mélangé ! Et puis on revoit des fruits qu'on ne voyait plus : pastèques, bananes, abricots, nectarines... Ca me fait penser qu'à Xiahé, nous avons craqué pour une pizza, une vraie, 32 cm de diamètre, bonne pâte et bien garnie. Ca nous a coûté deux nuits d'hôtel (5 euros la bête) mais quand on craque, … on craque !

 

 

 

Episode Lanzhou. Nous avions prévu de contourner Lanzhou, ville la plus polluée de Chine, au fond d'une cuvette, le long du fleuve jaune. Mais il FAUT que je trouve à faire réparer mon vélo. Benjamin nous a dit qu'il y a dans cette ville, d'après internet, une boutique Giant. On va tenter. Nous débarquons dans la grande ville de 3,2 millions d'habitants dans une poussière démente, et voilà tout d'un coup les buildings et les tours. Trouver LA boutique dans cette énorme ville de plus de vingt cinq kilomètres de long est une tâche que nous appréhendons, nous ne parlons pas la langue ! J'accoste le premier flic motorisé que je vois à l'aide du lexique. « Magasin de sport, vélo, réparer », et nous le suivons . Le premier arrêt n'est pas le bon, un magasin de sport mais pas l'ombre d'un vélo. Second arrêt dix bornes plus loin, nickel devant le magasin Giant ! Pas une heure et nous sommes déjà au bon endroit ! Quel bol ! Ils ont le matériel nécessaire pour l'axe de mon pédalier. J'en profite pour changer chaîne, cassette, pédalier, axe, dérailleur, roulements des moyeux avant et arrière. Et quand nous repartons quatre heures plus tard, j'ai l'impression de m'envoler, ça tourne rond et ça ne fait pas de bruit ! Quelques courses alimentaires au supermarché où on ne trouve rien de plus qu'ailleurs et nous décidons de sortir de la ville, il est 19 heures. Nous passons le fleuve jaune pour la troisième fois, il est de plus en plus gros, de plus en plus marron aussi !

 

 

 

Un bout de voie express et un bivouac inédit dans une décharge entre la nationale et l'autoroute plus tard, et nous passons de montagnes pelées en terres arides. Le paysage est complétement différent, le Gobi se fait sentir. Pas d'arbre, juste quelques fonds de vallées irrigués et verts. Collines de terre et de sable, poussière. Certains coins sont beaux, d'autres plus monotones, la population est plutôt dispersée.

 

 

 

Nous traversons Bayin et Jingtai. Les villes, dans cette région, se ressemblent toutes. Larges avenues bordées d'arbres, impersonnelles au possible, sans âme, et même pas fonctionnelles. Balayées par le vent qui lève la poussière en tourbillons, poussière que des centaines de petits bras armés de balais poussent un mètre plus loin... Masque sur le nez et gilet orange, fichu sur la tête, quidams parmi d'autres, maquette Playmobil, chaque pion est à sa place, exécute sans broncher, docile, jamais un pas de côté... Conditionnés. Les restaurateurs, les épiciers, les routiers sont plus avenants envers nous, parce que le reste... Indifférence incroyable, ils voient des vélos couchés tous les jours, tout juste un regard, on a la paix ! L'impression que ces Chinois nous donnent est qu'ils sont des gros trouillards refermés sur eux-mêmes. L'inconnu est une grosse bête noire qui peut se révéler dangereuse... Accoster un étranger est une épreuve au dessus de leurs forces, ils fuient... Pas tous heureusement ! Certains sont là pour relever la moyenne.

 

 

 

Nos bivouacs ont changé d'allure, d'humide et froid sur l'herbe ou sous la neige, nous sommes passés dans la poussière, sur la poussière. On ne peut bouger un orteil sans lever un nuage, il n'y a que ça, pas un brin d'herbe. Les tentatives de reboisement aux abords de Jingtai, sur des kilomètres carré, par des « aucunidées », permettront-elles à cette ville au bord du désert de Tengri de ne pas finir ensablée ? Puis à l'issue d'une journée qu'on peut enfin qualifier de « facile », nous débarquons à Zhongwei et retrouvons le fleuve jaune qui sort d'entre les montagnes qui rencontrent, à cet endroit un désert de dunes de sable. Des vraies dunes de vrai sable. A Zhongwei, pas de vent, c'est tout de suite plus accueillant, et nous profitons du fait que nous avons fait nos cent bornes dans la matinée pour nous poser dans une chambre, nous laver, faire une grosse lessive. La cassette de pignons de Michel danse de nouveau la carmagnole, nous démontons, les billes partent partout, il y a de la limaille qui se promène, l'axe fileté est foutu. Pour remonter, coton ! Il est impossible de trouver de la graisse dans le quartier, nous jouons les McGiver en utilisant à la place du …. dentifrice. On vous dira comment ça va. Bon, toujours est-il que voici un nouveau problème à résoudre, nous étions il y a trois jours chez un vélociste, nous sommes verts !

 

 

 

Nous avons traversé la pauvre province du Gansu à la vitesse de la lumière, et ferons de même avec celle de Ningxia. Il faut dire qu'elles sont loin de faire la superficie du Yunnan, du Sichuan, et encore moins du Qinghai. Nous allons suivre le fleuve jaune un moment et rouler dans le désert, voilà le programme, avec quelques sites à visiter au passage. Nous allons bien, avons ressorti les shorts et les manches courtes, les températures sont agréables car le ciel est voilé, sinon, gare à la chaleur !

 

Sur la voie d'arrêt d'urgence

 

Bonjour,

 

 

 

 

 

De lignes droites monotones en paysages industriels lugubres et malodorants, nous sommes remontés le long du fleuve jaune, qui descend, avec la volonté de visiter quelques sites au passage. Les usines d'aluminium ou de manganèse laissent échapper des fumées suspectes. Si c'était en France, on pourrait espérer que ce soit filtré, mais ici, on ne se fait pas d'illusion... Les villes sont importantes, toujours de larges avenues impersonnelles mais toujours aussi des petites gargotes où les tenanciers se mettent en quatre pour nous servir. Les gens à qui nous avons à faire sont très serviables mais à côté de ça, c'est vraiment et encore l'indifférence générale, ce n'est pas gênant.

 

 

 

Nous avons fait un détour pour aller voir le « site d'intérêt panoramique de Sikou », un incontournable... Des roches spectaculaires où se nichent des temples et des grottes, mais surtout une usine à fric. Quatre vingt yuans, c'est à dire neuf euros par tête, c'est ici le prix pour deux nuits à l'hôtel. La vue était belle certes mais pour suivre un sentier naturel dans une gorge, monter sur une crête, chatouiller les orteils du Boudha, ça fait vraiment très cher. L'accès à la passerelle suspendue est en option... Mais il faisait beau c'est déjà ça. Tous les droits d'entrée des sites touristiques sont hors de prix, le Chinois moyen ne peut pas se payer ça !

 

 

 

A Yinchuan, nous cherchons et demandons un magasin de vélo, en vain. Mais dans la gargotte où nous prenons le repas de midi, la jeune parle un anglais hésitant, assez pour nous indiquer une rue où se trouve la chose convoitée. Nous nous y rendons et tombons sur LA boutique Giant de la ville, plus d'un million d'habitants... Comme à Lanzhou, ils sont équipés, performants et bien achalandés. Le support cassette, les roulements et l'axe arrière du vélo de Michel sont remplacés en deux temps trois mouvements, la roue équilibrée, les freins et le dérailleur réglés. Nous voici soulagés, tout était pété à l'intérieur, depuis, probablement, les premiers soucis avant Ganzi. Le dentifrice a bien joué son rôle jusque là, mais la graisse, c'est mieux.

 

 

 

Les bivouacs sous les pommiers sont nickels, mais au milieu des cultures inondées, nous sommes assaillis par les moustiques, qui ici, ne sont pas noirs ou gris mais...jaunes ! Malgré l'occupation optimale des sols, nous trouvons sans trop de peine à nous poser, d'autant plus que les gens n'en ont rien à battre de notre présence. La discrétion absolue n'est pas de rigueur. De Yinchuan, deux possibilités s'offrent à nous : soit continuer le long du fleuve jaune où se succèdent des usines et des cheminées, soit passer au centre par la route 109 et le désert. Nous choisissons cette option, faisons les courses nécessaires et encapons. Nous sommes tombés en plein dans le nid de centrales nucléaires du pays, une tous les cinq kilomètres pendant cinquante bornes, jusqu'à huit réacteurs par centrale, et des usines pire que pire, en veux-tu en voilà, avec les rejets, les fumées, les odeurs, et l'atmosphère qui vont avec. Il fait nuit en plein jour, c'est d'un lugubre ! L'horreur. Il y a des milliers de gens qui vivent ici toute leur (probablement courte) vie. Faut voir ce qu'ils se prennent dans les yeux, les muqueuses, les poumons tous les jours. C'est invivable ! Nous n'avons qu'une idée en tête : sortir de ça au plus vite.

 

 

 

Ensuite il y a le désert, la route se transforme en autoroute avec un panneau d'interdiction aux cyclistes. Nous n'allons pas faire demi-tour. Pas le droit ? Nous prenons le gauche. Circulation clairsemée, quatre mètres de large rien que pour nous, c'est très sécurisant et nous sommes efficaces. Le désert n'est pas un beau désert de dunes de sable, non, petites touffes herbeuses et rases entre les pierres ou la poussière grise. Tout le long, très parsemées certes, nous avons vu des habitations, des bergers et des troupeaux qui cherchent en marchant beaucoup leur maigre pitance. Longues lignes droites, dix, quinze bornes, plats-montants interminables, il y a longtemps que le mental s'y est fait, nous n'en faisons plus de cas.

 

 

 

Finalement nous allons rouler sur cette autoroute pendant 400 kilomètres car à chaque fois que nous voulons nous rabattre sur la route nationale, nous nous cassons le nez sur des travaux et donc une piste infecte, de la poussière soulevée par le vent fort, bref, la galère. Alors on repasse les barrières (de deux mètres de haut avec plein de piquants) en déchargeant tout notre barda, on râle bien évidemment. Les flics ne sont pas du tout méchants avec nous, et aux péages, soit il n'y a personne, soit nous passons à côté d'un camion. Les princes de la fraude ! En fait les policiers n'en ont rien à faire de notre présence sur cette voie d'arrêt d'urgence, ou alors sont conscients que c'est ce qu'il y a de moins dangereux pour nous. Les véhicules ne nous klaxonnent pas et s'arrêtent parfois pour mieux nous voir passer. Trafic très fluide !

 

 

 

Plusieurs fois, on nous offre nos repas de midi et de l'eau minérale, ou des bières, du pain ! C'est la pagaille dans les directions, on en bave avec ça. Un rond point, cinq possibilités de sortie d'après le panneau indicateur, mais seulement deux routes sur le terrain... Bon, nous sommes allés plus vite que la lumière. Si si, la preuve c'est que le matin le soleil est devant nous et le soir il est derrière ! Mais la nuit quand on dort il repasse devant ! On ne prend pas bien des photos car il n'y a rien à prendre. Espèce de steppe un peu vallonée à perte de vue et des lignes droites à faire pâlir celles du Kazakhstan ou des hauts plateaux du Qinghaï. Les températures sont agréables, le vent, faible jusqu'à dix heures, se déchaîne ensuite, il vient de l'Ouest en général, et nous amène parfois quelques ondées orageuses surprenantes.

 

 

 

Nous atteignons Dongsheng, fin de notre petite traversée du désert. Il y avait la gorge du sable qui résonne à visiter... qui résonne au son des vrombissements des quads, 4x4, et autre télésiège pour les amateurs de surf des sables. Balade à dos de chameau à prix fort, en plus du droit d'entrée bien sûr et patati et patata. Ils ont le chic pour foutre en l'air la moindre parcelle de nature qui offre quelque chose à voir, en l'occurence de belles dunes de sable blond, dans le but toujours de faire du fric, du fric et du fric. La protection de l'environnement ne doit pas encore figurer aux programmes scolaires... On n'est pas entrés, évidemment. En ville, à plusieurs reprises, nous avons constaté qu'ils tirent des feux d'artifice à dix heures du matin, c'est du plus bel effet !

 

 

 

Le long de cette autoroute, qui apparemment vient d'être mise en circulation, les stations ne sont pas en service, pas moyen de trouver un Pepsi frais ou de quoi se sustenter, les rayonnages sont vides, c'est d'un glauque ! Heureusement que nous avions prévu en suffisance de quoi nous remplir l'estomac. Nous avons trimballé des litres d'eau, faisant le plein à chaque fois que possible. C'est lourd mais indispensable. Nous avons mis les bouchées doubles le dernier jour pour sortir de l'autoroute définitivement, 143 km vent de côté, on avance bien, on doit être en forme. Michel, sur son vélo droit, peine plus que moi quand le vent n'est pas franchement favorable.

 

 

 

 

Nous sommes de nouveau à proximité du fleuve jaune, ça se devine aux belles formes en taille de guêpe qui se découpent dans l'orange du soleil couchant, quand on le voit à travers le nuage qui plombe la vallée. Avec tous ces rejets d'eau chaude derrière chaque centrale, je voudrais bien voir la tronche des poissons de ce fleuve. Beurk, ce sont ceux qui sont en rectangle avec les yeux dans les coins ! Le lendemain, nous n'avons pas pu trouver la route que l'on voulait prendre, nous avons montré notre carte en chinois à au moins vingt personnes, avons paumé une heure à nous énerver, ils ne connaissent pas la ville qui est à cent bornes de chez eux. Nous avons demandé aux flics, aux chauffeurs, aux taxis, c'est fort ! Alors on se retrouve sur la nationale après avoir traversé le fleuve jaune encore, par un pont de 7 kilomètres interdits aux cyclistes sur lequel Michel fait moyen de crever de la roue arrière ! Mais la nationale est très encombrée et toujours en travaux, on repasse les barrières et refaisons de l'autoroute... pour aller camper près de la voie ferrée, un train tous les quarts d'heure ! Entre temps tout de même, nous entendons le chant des oiseaux et le vent dans les arbres qui bordent les cultures, sèches cette fois-ci (pas de moustique).

 

 

 

La Chine n'arrive pas à fournir sa population en électricité, mais les enseignes lumineuses fonctionnent bien. En plus des centrales nucléaires, il se crée une centrale à charbon par jour ! Le réseau routier a explosé, la différence entre ce qui figure sur nos cartes et le terrain est colossale, tout est neuf. Les villes sont des chantiers énormes et si les forêts d'arbres sont rares, celles de grues géantes sont légions dans les périphéries urbaines. Ca bétonne de partout, ça macadame, ça circule, ça explose et ça fait peur. Nous avons l'impression que le pays tout entier est en chantier. « En chantier, j'm'appelle Teuse. » Oh quoi deux balles ?! Mais quand on voit tout ce qu'il reste à faire pour sortir tous ceux qui sont encore dans la misère, et ils sont nombreux, de leur pauvre condition, ça donne le tournis, et une fois de plus, l'impression que l'argent n'est pas toujours bien utilisé. Il faut que ce qui se voit pète les pupilles, flashe, soit beau et démesuré, la vitrine, le coup d'oeil, le clinquant, mais à côté de ça les nationales sont des pistes, les paysans tirent la charrue et poussent la roue à la main. Quand les Chinois ont une auto, elle est belle, grosse, brillante et panossée : il faut afficher. Mais il ne faut pas se leurrer, peu ont les moyens de s'en offrir une. Et les vélos sont déglingués, brinqueballants et ne tournent pas rond. Les autoroutes et les entrées de villes sont déjà prévues pour accueillir au moins dix fois plus de trafic qu'il n'y en a actuellement, des hectares de macadam, de béton... On n'ose pas imaginer la suite. Quelles sont les solutions ? La machine est en route, lancée à toute vapeur...

 

 

Nous sommes loin des circuits touristiques, la grande muraille, Beijin et Shangai... Rien à voir ni à faire d'intéressant là où nous sommes passés, quinze photos en dix jours et encore on se force presque ! Mais pas de regret parce qu'il faut voir aussi tout ça, ça fait partie du pays dont nous n'aurons déjà qu'un bref aperçu. Nous ne verrons pas la vie trépidante des cités démentielles, ni la vie nocturne des clubs gays, ni les bas-fonds, les ghettos des banlieues miséreuses.

 

 

 

Qu'est ce qu'il faut dire ? Nous trouvons les Chinois agréables, pas chiants, pas trop d'idée parfois mais bon... Les choses se passent bien avec eux, ils sont sympas, pas au point de nous inviter, mais quand même, les repas, les bières, les clopes, l'eau... Franchement, c'est assez cool. Ce qui est étonnant tout de même, c'est le nombre d'entre eux qui, quand tu leur montres quelque chose, regardent ton doigt...., il y a un proverbe... chinois, je crois, à propos de ça !

 

 

 

Nous sommes arrivés à Hohhot, plus de 5500 kilomètres faits en Chine, bientôt 14 000 au total. Nous avons déposé nos demandes pour les visas mongols. Ca va être long car sans invitation, c'est limité à 21 jours, mais nous voulons un mois, c'est le maximum, donc avons du passer par une agence pour avoir l'invitation. Nous prorogerons d'un mois une fois à Oulan-Bator. Nous récupérerons nos visas dans une bonne semaine. Entre temps, nous allons laisser nos affaires et vélos ici et faire les vrais touristes. La grande muraille n'est pas très loin... surtout en bus ou en train ! Et l'hébergement que nous avions sélectionné dans cette ville a été rasé depuis la parution du guide !

 

 

 

A bientôt.

 

Escapade pékinoise.

 

 

Pour nous rendre à Beijing, de jour, il ne restait que des couchettes dans le train, onze heures de trajet, mais pour le retour, que nous avons réservé au plus vite, par un train de nuit, il ne reste que des « assis dur ». C'est ce qui s'appelle avoir de la chance ! En tout cas, les trains sont confortables et quand les passagers descendent, le train est propre, ce qui est loin d'être le cas chez nous après les très longs trajets ou dans les avions.

 

 

 

Nous logeons en face de la gare, à deux pas d'une station de métro, dans une « auberge de jeunesse » qui est en fait une usine, un truc énorme, toutes les chambres sont identiques et dépourvues d'âme et de déco mais fonctionnelles. Les sanitaires communs sont nickels. Nous avons clim et télé, la wifi dans le salon où nous pouvons prendre un petit déjeuner gargantuesque (buffet), pour un surplus dérisoire. Si tout le monde mangeait autant que nous, ils seraient en déficit !

 

 

 

Allez, c'est parti ! Métro, comme le reste, impersonnel, aucune touche artistique, pourtant il n'est pas vieux. Aucune couleur, mais une fois de plus, c'est très fonctionnel, moderne, bien indiqué et d'une propreté incroyable. A chaque fois que l'on s'engouffre sous terre, il faut passer les sacs sous le tunnel de détection, comme dans les aéroports, c'était pareil pour le train. Bus direct 919 pour la grande muraille de Badaling. C'est le tronçon le plus visité, c'est simple à rallier, c'est beau, le mur court et rebondit sur les collines boisées à perte de vue, et croule sous la foule de touristes chinois venus par milliers chaque jour. Ce n'est pas très grave, ils montent jusqu'à la tour de guet qui marque le sommet de ce tronçon et redescendent, nous continuons, enchainant les escaliers et les rampes et nous retrouvons bientôt seuls. A côté de ça, on peut monter ou descendre en télécabine ou en luge, sur rail ! Le prix de l'eau en bouteille dépasse l'entendement, nous avions prévu le coup ! Retour à Beijing dans la soirée. Nous sommes claqués. Nous ne comprenons pas pourquoi, comme avec le train, ils demandent encore à voir nos billets à la sortie, second voir troisième contrôle... A la gare, ils vérifient nos billets quand on sort du bâtiment, après les avoir échangés durant tout le trajet, contre des cartes plastiques, que l'on rend à la fin, dont nous n'avons pas vu l'utilité.. On est loin de tout comprendre !

 

 

 

Courbatures au réveil ! Les mollets sont douloureux, c'est ça quand on n'est pas sportifs !

 

 

 

Nous rallions à pied la place Tian'Anmen (Place de la porte de la paix céleste, rue de la savate qui glisse sur la neige. Non, la fin c'est des conneries), surveillée par des centaines de caméras fixées sur les lampadaires, dans toutes les directions, et où il faut encore montrer patte blanche avant d'accèder sur l'espace, vide, austère, béton, communiste... Les rues qui entourent la place sont bordées de bâtiments cubiques très strictes, et de caméras. Nous n'aimons vraiment pas ce style, et encore, il fait beau ! La place est la plus grande du monde par ses dimensions. Mais elle est occupée par l'obélisque du mémorial des héros du peuple, puis par le bâtiment cubique et gris du mausolée de Mao Zedong, ce qui en casse les dimensions extraordinaires. On n'a vu nulle part le nom ni aucun monument à la gloire de celui qui, souvenez-vous, avait arrêté le char en 1989 en se tenant devant, debout... On ne sait pas ce qu'il est devenu.... Si aucun mort ne fut à déplorer sur la place elle-même, un véritable massacre eut lieu quelques rues plus loin. Et on se dit que la tour Eiffel est un beau monument, comme la statue de la liberté, ni politique, ni militaire, ni religieux...

 

 

 

Pour visiter le mausolée de Mao Zedong, qui nous attire par pure curiosité et pour voir la foule de pélerins qui s'y pressent, il faut encore décliner son identité et se dépouiller de tout bagage. Le corps momifié du Grand Timonier, mort en 1976, est présenté dans un cercueil de verre, dans une salle vitrée et hautement surveillée. Les gens posent une fleur achetée à l'entrée, par milliers. Le soir les autorités les enlèvent et peuvent ainsi les revendre le lendemain ! Blasphème ! Le bâtiment est un cube de béton gris, comme le reste. Nous sommes très loin des medresas et mausolées splendides, des couleurs des mosaïques et des jardins fleuris de la seconde place du monde par ses dimensions : Ispahan en Iran.

 

 

 

Seuls les vestiges restaurés des dynasties Ming et Qing sont chatoyants et colorés, travaillés, artistiques, ça tranche ! L'entrée de la cité interdite fait face à la place Tian'Anmen. D'ailleurs nous n'avons pas compris la raison du portrait de Mao sur la belle porte de la Paix Céleste, à part peut-être parce que c'est d'ici qu'il a proclamé la République populaire de Chine, le 1er Octobre 1949.

 

 

 

Dans la rue piètonne qui prolonge la place Tian'Anmen, toutes les marques de luxe internationales sont représentées et sur le cadran de l'horloge, on peut lire « Rolex ». Mais au pied, c'est bien du canard laqué qui est proposé dans les restaurants, spécialité de la ville. Nous commençons à fatiguer, les jambes se font lourdes et dans le parc du Temple du Ciel, nous n'avons pas le courage de nous joindre aux danseurs en tous genres. Nous finissons la journée par la visite du parc olympique de 2008, le stade « Nid d'oiseau », original, la piscine « Water cube », simple et pas vraiment réussie. Tout est gigantesque et surveillé à outrance, ça commence d'ailleurs à nous agacer, toujours passer à la fouille et aux rayons... De retour en ville nous admirons le Grand Théâtre National en forme d'oeuf, beau bâtiment moderne comme posé sur l'eau, où on accède par un souterrain. Et si la Chine manque d'énergie pour alimenter en électricité une partie de ses habitants, rassurez-vous à Beijing, c'est une débauche éhontée de watts inutiles, qui vont éclairer le ciel.

 

 

 

Tout ça c'est bien beau mais c'est d'un classique ! On est allé chercher la couleur et une once d'  « esprit libre » dans une usine d'électronique, immense, plusieurs hectares. Ca s'appelle « 798 factory » et les bâtiments abritent désormais une multitudes de galeries d'art, beaucoup de contemporain, et on a trouvé que les Chinois ont tout de même un peu de mal à se débrider ! Pas vu grand chose de vraiment tranchant, ni de contestataire. Un peu suggestif parfois mais ça reste gentil. Les affichettes interdisant les graffitis, par contre, sont assez marrantes bien que pas franchement innovantes, classiques. Retour en centre-ville par le temple taoïste, multiséculaire, noyé dans le quartier des affaires et des buildings qui grattent presque le ciel, des tours de verre et de métal... Tous les styles se côtoient, du plus ancien au plus moderne.

 

 

 

Mais où est l'ancienne Beijing ? Où ? Autour de la cité interdite, que nous n'avons pas visitée, et pour cause son nom. Oui, on vous l'accorde, c'est bien la première fois qu'on respecte une interdiction ! En fait la cité interdite se visite mais les palais chinois, c'est un peu comme les intérieurs des châteaux de la Loire, on sature vite... Impasse. Et les « hutongs » c'est mieux, parce qu'il y a de la vie, ce sont les ruelles étroites avec des portes alignées qui donnent sur des cours intérieures autour desquelles vivent les gens de Pékin (difficile de mettre Pékinois sans les faire passer pour des roquets !). Les vélos ont des pneus pleins et des freins à tringle. Tout le monde a quelque chose à vendre : des fruits, des légumes, des friandises, des cartes postales, de l'eau minérale, un tour en cyclopousse dans les hutongs, des Rolex à trois euros... Les rues de ces quartiers bas (car rien ne devait dépasser en hauteur la cité impériale) sont orientées Est-ouest pour respecter le feng shui (vent/eau), ce qui met les entrées au sud et permet un bon ensoleillement, nourrit le yang (masculin et lumineux) et protège du yin (féminin et obscur, je ne sais pas où ils sont allés chercher ça !).

 

 

 

Certaines de ces ruelles sont maintenant complètement vouée à la cause touristique et ont perdu de leur cachet d'antan mais d'autres n'ont pas encore été touchées. Beijing rassemble plus de vieux vélos déglingués que nul autre endroit au monde, c'est un musée du vélo foutu, nous nous sommes régalés à en photographier quelques uns.

 

 

 

Beijing est une ville très aérée, il y de l'espace et beaucoup de parcs et jardins, dommage qu'ils soient tous payants ! De celui de Jingshan, nous avons une vue superbe sur les toits et l'immensité de la cité interdite mais le brouillard de pollution couvre aujourd'hui la ville et on ne voit pas la cité interdite d'un bout à l'autre. Misère ! Nous n'avons pas trouvé Beijing très vivante pour une capitale, une mégapole, tout est très carré, organisé, pas d'embouteillage, que des gens très sages et des panneaux d'interdiction de deux mètres au carré partout. Et comme disait Coluche à propos de la Suisse mais c'est pareil ici : « Tout ce qui n'est pas interdit est obligatoire ».

 

 

 

Les supermarchés, galeries marchandes se cachent en sous-sol. D'ailleurs les sous-sols sont du vrai emmental, après avoir construit la muraille contre les envahisseurs il y a quelques siècles, ils ont creusé sous Beijing dans les années 70, par peur des attaques russes, mais l'URSS avait alors choisi d'aller cogner sur l'Afghanistan (1979). Alors les tunnels, plus le métro, plus les magasins...

 

 

 

A Beijing se côtoient le Chinois sur son vélo et le Chinois dans son Audi, le temple taoïste et la tour de métal, les avenues de cent cinquante mètres de large reliées entre elles par les « hutongs » de deux mètres, le mendiant et l'homme d'affaire, la misère et l'argent, le beau et le laid, le canard laqué et les brochettes de scorpions, le petit et le grand, l'histoire et le futur... La municipalité de Beijiing couvre en superficie la moitié de la Franche-Comté... Nous n'avons fait que survoler !

 

 

 

Et maintenant nous retournons en « assis dur » par train de nuit récupérer nos affaires et vélos à Hohhot, ainsi que nos visas mongols, partons pédaler en Mongolie Intérieure.... le Gobi.

 

 

 

A la prochaine.

 

 

Défi relevé !

 

 

 

Oh la ! J'ai parlé trop vite la dernière fois. Les trains sont confortables sauf quand on est en « assis dur » parce que c'est dans ces wagons que montent toutes les personnes qui restent debout. Alors on ne sait plus si on est en Inde ou en Afrique mais l'empilement est spectaculaire, ce qui ne décourage même pas les hôtesses pour passer avec leur charriot. Il y a des gens assis sur les dossiers ou recroquevillés dans l'allée ! Mais pourquoi vendent-ils tous ces billets ? Alors du coup on a découvert que le Chinois joue du coude, n'est pas toujours très courtois, ce n'est pas grave on a fait pareil, et on appelle ça de l'adaptation, facile quand ils font vingt centimètres de moins que nous ! Au moins étions-nous assis ! Nuit blanche, jambes enflées à l'arrivée.

 

 

 

Débarqués à cinq heures du matin, il fait jour depuis un moment, nous filons à notre hôtel, où nous retrouvons notre chambre et nos affaires. Nous sommes claqués, journée « off », manger, dormir, lessive, formalités administratives. Emilie et Benjamin, les deux cyclos rencontrés deux fois ont traversé le Taklamakan en vélo, nous sommes carrément admiratifs ! Leur site est « a-tour-de-roues.fr », bien écrit de sucroît, un régal !

 

 

 

Hohhot est une ville agréable où les vieux temples boudhistes se reflètent dans les vitres des tours du quartier des affaires. Comme à Beijing, les avenues sont reliées entre elles par des ruelles où tout est très vivant, les quartiers populaires avec le désordre qui va avec. Hohhot est plus fraiche en température que Beijing mais plus chaude en ambiance, ce qui n'est pas difficile.

 

 

 

La Chine d'antan, qui regroupait les territoires des plaines de la Chine actuelle, a été envahie par Gengis Khan, mongol, qui a étendu son territoire jusqu'aux portes de l'Europe et à toute l'Asie du Sud-Est continentale. Puis ce territoire s'est fragmenté, laissant la place à des tribus en perpétuel conflit (comme en Mongolie) ou un retour à l'autonomie (comme pour le Tibet, la Chine elle-même, le Vietnam, la Russie, la Hongrie...). Une fois la grandeur de l'empire mongol passée et même des siècles plus tard, la Chine a annexé le Qinghai (1929), le Tibet (1950), le Xinjiang (environ 1865), entre autres. Les territoires actuels de Mongolie intérieure et extérieure étaient contrôlés par la Chine des Mandchous, qui, pour se protéger contre les raids barbares mongoles, ont renforcé la grande muraille. Elle autorisa d'autre part les Hans à s'installer en Mongolie intérieure, ce qui coupa en deux le vaste territoire mongol. La république de Mongolie, qui est appelée ici encore Mongolie extérieure, n'est totalement indépendante que depuis 1921, grâce à l'aide des Russes. A Hohhot, capitale de la province de Mongolie intérieure, on trouve dans les statues et la déco une certaine volonté d'afficher cette identité mongole. Que serait l'actuelle Mongolie si les Hans avaient été autorisés à s'installer en Mongolie extérieure ? Les Russes seraient-ils intervenus ? Les clans mongols se seraient-ils rassemblés pour bouter l'ennemi chinois hors des murs ?

 

 

 

Les plus grandes civilisations, les plus grands empires, (Perses, Egyptiens, Grecs, Romains, Mongols, Incas, Mayas, Aztèques, Napoléon,...) ont toujours fini par se morceller, se fragmenter..., toujours.

 

 

 

Visas en poche, nous reprenons la route. La première demie-journée est terrible, tout est fort : le vent de face et la dénivelée positive. Nous faisons des embardées sur la route et avons parfois du mal à tenir le vélo. Eh bien ! Si c'est comme ça tout le long, ça promet ! Dans la nuit, il pleut, nous sommes sensés avoir trop chaud mais nous partons le lendemain avec les Gore Tex ! Pas longtemps, le soleil revient vite et les trois jours suivants sont du bonheur, ...à part les crevaisons à répétition. Les chambres à air ont morflé aussi, nous les faisons réparer avec des rustines de bagnole. A SiziwanQi, chaque lampadaire possède sa propre petite éolienne et son panneau solaire. Ca change des usines qui fument ! Au début, les paysages sont assez verdoyants, avec des cultures et des plantations d'arbres, puis il n'y eut plus d'arbre, mais encore de l'herbe un peu verte, puis de moins en moins, pour ne laisser place qu'à une steppe blonde, à l'infini. Et si on n'avait pas bien compris ce que peuvent être des grands espaces, on en a remis une couche. Encore des lignes droites incroyables, et de la steppe à perte de vue, dans toutes les directions. Il faut venir dans de tels endroits pour se rendre compte, nous n'avons pas de tels espaces chez nous. C'est immense. La route se transforme en lac argenté cent mètres devant nos roues, mais nous ne l'atteignons jamais, mirage... Ce qu'on croit être à deux kilomètres est à quinze. Et si certains trouvent ça monotone, barbant, démoralisant, le fait d'avoir la main d'Eole de trois quart dans le dos ou de côté nous a permis de nous délecter de ces grands espaces. Des villages ? Point. Juste quelques hameaux et des maisons en terre isolées, avec des troupeaux sans chien méchant. Les réserves d'eau sont toujours pleines car nous faisons le plein chaque fois que possible, tant pis pour le poids. Le soleil cogne mais l'air étant sec, c'est supportable et nous pouvons rouler toute la journée. Par contre, il nous faut de l'ombre quand nous nous arrêtons, et ça, c'est une autre affaire... Les nuits sont assez fraîches pour nous permettre de bien dormir. Nous faisons des pauses à rallonge et prenons notre temps pour ne pas passer la frontière trop tôt et plantons nos bivouacs vers les antennes de télécommunication, au pied desquelles il y a toujours un petit bâtiment qui nous offre ombre et discrètion. Ce sont les seules possibilités d'ombre sur des dizaines de kilomètres.

 

 

 

La population a changé, fini les Hans. D'ailleurs au niveau de la langue, nous n'avons pas eu le temps de progresser. Ce que nous retiendrons c'est que nous avons l'impression qu'ils parlent avec une patate chaude dans la bouche, probablement des « h » aspirés... Nous sommes maintenant chez les Mongoles et ça se voit sur leur visage, dans la couleur de leur peau, dans leurs traits, et dans leurs sourires... Nous faisons de nouveau l'attraction dès que nous posons le pied par terre et des attroupements autour de nous vont jusqu'à perturber la circulation. Ils nous offrent des clopes, qu'on emmène quand ils insistent, et de l'eau minérale, des Pepsi, du pain, une glace..., certains s'arrêtent après nous avoir doublés pour être pris en photo avec nous... Nous avons tourné une nouvelle page, nous avons rencontré tellement de minorités en Chine qu'on se demande s'il y a vraiment 90 % de Hans !!!

 

 

 

Puis nous avons entamé la ligne droite qui va jusqu'à Oulan Bator... Huit cents bornes. Les éoliennes fleurissent et constituent des repères dans l'immensité, des centaines de grosses jonquilles qui tournent, qui tournent, qui tournent... Jusqu'à Erenhot, appelée ici Erlian, nous attendons en vain les difficultés mais la température reste supportable, et le vent n'est pas trop fort. Bref, nous débarquons dans la ville frontière tout surpris que les derniers cent cinquante kilomètres voire plus fassent déjà partie du Gobi. Le plus dur est devant nous. Les vélos sont inspectés sous toutes les coutures, la lessive est faite, les provisions aussi. Nous sommes prêts !

 

 

 

Maintenant : la frontière ! Parce que c'est tout un poème. Un poème d'une débilité peu commune. De Erenhot, on roule librement pendant 7 bornes puis il y a une barrière avec un militaire austère. Et une file de Jeep qui attendent. Il faut monter dans un véhicule. Nous chargeons tout et nous montons, un kilomètre, nos bagages sont sur le capot et nos vélos tiennent par l'opération du saint-esprit grâce à une sangle à l'arrière. Barrière chinoise. Une longue attente commence. Le chauffeur remplit des papiers que le douanier lui donne. La voiture ne passe pas, elle est trop chargée. Nous nous colletinons tous nos bagages à dos pour aller les passer avec nous au tamponnage des passeports. Pendant ce temps le chauffeur fait passer la bagnole avec tous les ballots, mais pas les vélos, qu'il faut attacher sur une autre voiture, pour tenez-vous bien je n'exagère pas, une centaine de mètres seulement. Puis ils sont déchargés et rattachés sur la Jeep d'origine. Nous faisons deux kilomètres. Barrière mongole. Nous redéchargeons tout y compris les vélos, qui attendent dehors pendant qu'on passe au contrôle des personnes et bagages. Et tandis que les autres passagers remontent dans la Jeep pour faire le petit kilomètre restant, nous pouvons enfourcher nos bécanes et en rire enfin.

 

 

 

Le tout nous a coûté 22 euros et nous a pris plus de trois heures. Nous avons rarement vu une telle débilité, nous ne comprenons pas du tout l'intérêt de ce système d'autant plus qu'à aucun moment nos bagages ne sont contrôlés ou passés au détecteur. J'oubliais : il a fallu payer 5 yuans par personne de péage pour emprunter le tronçon obligatoire entre les deux douanes, en Jeep obligatoire. A part ça, les douaniers chinois étaient souriants mais la préposée mongole venait de se faire opérer du sourire, pas encore enlevé les fils ! Mais nous avons eu de la chance d'avoir, parmi les autres passagers, une femme qui parlait bien anglais et pouvait nous indiquer quoi faire à quel moment, et nous expliquer que le passage peut parfois prendre beaucoup plus de temps !

 

 

 

Et à force de manier nos passeports, nous avons découvert que le consulat mongol à Hohhot a prélévé seulement 255 Yuans sur les 900, par tête, qui nous ont été estorqués et que le taux de change de ce côté est de 194,7 Toroghs pour un Yuan alors qu'on les a changés à Erenhot à 180 seulement. Verts de rage !

 

 

 

Bon, la Chine, c'est fini. Ce sont 5942 kilomètres et 60 000 mètres de dénivelée positive que nous avons fait dans ce grand pays si diversifié à tous points de vue. Et nous l'avons beaucoup apprécié, malgré les difficultés rencontrées. Ca donne même envie de revenir parce que c'est si grand et si varié, qu'il reste tants de choses à découvrir, que les gens sont fort sympathiques. Nous avons juste tracé un trait tordu.

 

 

 

Et le titre de ce post alors ? Défi relevé ! Ben oui, parce que nous voulions traverser la Chine sans mettre les vélos dans un véhicule, faire chaque kilomètre. Alors si Michel n'a pas réussi à cause de la casse de son vélo et le pauvre n'y est pour rien, je n'ai quant à moi pas craqué et ai relevé ce défi, stupide peut-être, de traverser, et pas par le chemin le plus court ni le plus facile, du point pratiquement le plus au sud de ce grand pays jusqu' à la seule sortie possible vers la Mongolie, sans que le vélo ne prenne une seule fois un véhicule.

 

 

 

Maintenant, il y a un autre défi devant nous : le Gobi. Ce n'est pas un désert de dunes de sable, c'est un désert de steppes arides, plus facile pour nous. Nous sommes motivés et sereins. Les éléments nous ont fait la démonstration ces derniers jours qu'ils pouvaient être cléments avec le voyageur. Nous savons que nous commencerons, une fois la frontière passée, par 450 kilomètres de piste, qu'il peut faire 50 degrés, qu'il peut y avoir des vents de sable... Mais nous avons vu qu'il ne peut faire que 35 degrés et que le vent peut se montrer doux et favorable. Des villes ponctuent cet intinéraire, assez régulièrement, à nous de prévoir de l'eau et de la nourriture en fonction des distances, nous savons faire cela. Et puis, nous avons vu qu'en agitant une bouteille au bord de la route, les camions s'arrêtent et nous filent de l'eau. C'était juste à titre de test ! Les bestioles ? Vous êtes plusieurs à nous avoir dit de faire attention, nous serons prudents, comme toujours. Et s'il fait trop chaud en journée dans ces contrées sans ombre, nous pouvons, avec notre toile extérieure de tente, nous faire comme un tunnel, ouvert aux deux bouts, donc aéré, si le vent n'est pas trop fort... Et pour finir de rassurer les proches (et nous-mêmes peut-être), nous pouvons aussi faire du stop ou prendre le train à plusieurs endroits.

 

 

 

Inch'Allah !

 
 
 

Pour le désert : des petits sablés !

 

 

 

Bonjour,

 

 

 

Dès la sortie de la bourgade mongole de Zamin-Udd, le macadam nous laisse tomber. Net. Aucune ambiguïté ni d'espoir pour quelques hectomètres supplémentaires, … plus loin. Nous nous retrouvons brutalement face à cet infini que l'on sait faire 450 kilomètres de long. La moitié de la France du Nord au Sud, sans rien que de la piste sableuse, du vent, de la poussière, de la chaleur. Nous restons béats, le regard posé sur ce qui nous attend, posé sur pas grand chose, accroché au vide. Il se passe quelque chose à l'intérieur, un sentiment qui s'était éteint ces derniers jours et qui rejaillit : la peur ! Ca serre un peu les tripes, ça laisse hagard, la pomme d'Adam fait le yoyo. Alors ? Capables ou pas ?

 

 

 

Mais on n'est pas venu là pour jeter l'éponge. On va le sortir ce Gobi ! Nous passons plus de temps, dans les tout premiers kilomètres, à pousser le vélo qu'à rouler sur la piste naturelle, c'est à dire une marque sur le terrain laissée par le passage répété des véhicules. Pas très encourageant, ni très rassurant surtout. Plusieurs pistes, plusieurs directions, laquelle suivre ? Nous sommes sensés suivre la voie ferrée mais les chauffeurs de poids-lourds nous indiquent la ligne électrique. Les camions s'arrêtant plus facilement que le train en cas de besoin, nous optons pour les poteaux électriques.

 

 

 

Cinq kilomètres : nous avons déjà vidé chacun une bouteille d'eau de 1,5 litre. Une évidence s'impose : nous n'aurons pas assez d'eau. Nous en trimballons 7 kilos chacun. Alors à chaque bouteille vidée, nous agitons notre récipient quand un camion passe, ou croise, et ils nous refont le plein, à chaque fois. Aucun refus, et parfois même des bouteilles de glace... De l'eau fraîche dans le désert, sous cette chaleur torride, quel bonheur ! Nous avouons que nous aurons même toujours de quoi nous rincer en fin de journée, si c'est pas du luxe ! En fait la réserve minimum a tourné autour de quatre litres, en permanence.

 

 

 

Puis nous avons pris l'habitude de rouler sur ce terrain, sommes descendus de vélo moins souvent, avons pris notre rythme. Et finalement, dans la première demi-journée nous avalons, tels des fous enfin lâchés, la distance de 85 km de piste, boostés probablement par les poussées d'adrénaline précédentes, l'envie d'en découdre... La confiance est revenue.

 

 

 

Tout le long, les steppes. Plus ou moins sèches. Plus ou moins fournies. Quelques nomades, quelques troupeaux. De loin, le désert s'apparente à une pelouse mais à y voir de plus près, on trouve une maigrelette touffe d'herbe par mètre carré. Le désert n'est pas plat, pas tout à fait. Il est légèrement vallonné, de grandes cuvettes qui d'un bord à l'autre font une quinzaine de kilomètres. La piste principale est facile à suivre, n'est pas toujours en bon état, la tôle ondulée est un calvaire, les épines aussi, qui nous assurent de nombreuses crevaisons...

 

 

 

Nous avions imaginé la chaleur, le vent, la poussière, le sable, les efforts démesurés, la soif. Mais jamais, pas une seule seconde, nous n'avions pensé à une piste rendue impraticable par la pluie. Bourbier, glissades, flaques traîtres et sans fond consistant. Une journée complète de pluie, les camions patinent et s'enlisent, nous jurons comme des charretiers chaque fois qu'il faut dégager les garde-boue, les étriers de freins, les cales des godasses. Au moins n'avons nous pas trop chaud, nous finissons la journée avec la Gore Tex sur le dos, à planter le bivouac sous l'averse ! Mais où sommes-nous ?

 

 

 

Et puis il y a de belles journées aussi, vent dans le dos, qui donnent l'espoir d'avaler des kilomètres. L'espoir seulement... S'il y a une chose à ne pas prendre à la légère, c'est le ciel qui noircit et les nuages qui montent et s'obscurcissent, ce sont les colonnes blanches aussi sous ces nuages noirs... Nous avons juste le temps de monter la tente et y jeter les sacoches quand arrivent les bourrasques, terribles. Nous sommes dans la tente, à cramponner les arceaux de notre frêle demeure, bien vulnérables au milieu de ces éléments déchaînés. C'est de la folie, les sardines s'arrachent du terrain, pourtant parfait, sous les coups de boutoir. Effroyable. Puis le calme plat, pas longtemps, l'orage revient dans l'autre sens et nous prenons cette fois-ci des trombes d'eau, à en crever la toile, qui tient bon. Nous n'avons pas fait de rigoles, sommes à plat, l'eau passe sous la tente, on éponge, d'où l'intérêt de ne pas l'avoir jetée ! Mais les éclairages juste avant le déluge étaient sensationnels... irréels. Son et lumière. Nous sommes trop petits, des riens du tout dans le décor. Invisibles, dépassés par le trop grand des espaces sans fin.

 

 

 

Et par la suite, à chaque fois que nous verrons des nuages noirs se former, sans chercher à comprendre la direction du vent, nous nous poserons rapidement. La violence inouïe du vent et de la pluie ne permettent pas de rester dehors. Inutile de chercher à se mettre à l'abri du vent dans ces steppes, rien. Et le vent fait la girouette sans arrêt, un coup à gauche, un coup à droite, difficile d'orienter la tente. En vingt quatre heures il fait lui aussi le tour du cadran.

 

 

 

Nous avons fait notre bonhomme de chemin, nous sommes vautrés dans le sable plusieurs fois, la roue avant bloquant net, avons juré, nous sommes ravitaillés dans les bourgades poussièreuses et sans raison d'être de Saynshand, Choyr. Des gens vivent là, il y a des mines, la voie ferrée retrouvée. Vivre ici, quelle vie ? Deux bâtiments modernes, une épicerie, une école, un restaurant, et des yourtes ou des cabanes posées entre quatre bouts de tôle qui servent de barrière, de barricade, qui délimitent la parcelle comme dans un lotissement. Pas très esthétique, ni engageant. Gens indifférents. Les chauffeurs sont notre miel. Les bourgades, nous les voyons à vingt bornes, parfois plus.

 

 

 

On nous avait annoncé un trafic d'enfer, tout ce qui vient et va en Chine : il n'en fut rien. Pas de poussière, pas de chauffeur fou, pas de gaz. Nous en apprenons la raison après notre arrivée à Oulan Bator. Il y a du mouvement dans la province chinoise de Mongolie Intérieure et le gouvernement chinois a bloqué le gros du trafic et limité le nombre de trains vers Pékin... C'est ce qu'on nous dit... Beaucoup d' animaux le long de la piste ou à côté de la tente : chameaux de Bactriane, des vrais, avec deux bosses. Et puis des chevaux en pagaille, qui traversent la piste devant nous, effrayés, crinière au vent, hennissant, … superbes. Des oiseaux aussi, avec des grandes pattes, et qui annoncent un endroit humide. Et encore des groupes entiers de gracieuses antilopes qui bondissent à toute allure en parrallèle à la piste, à nous ! Quelques lièvres, de gros insectes qui font le bruit d'une tondeuse...

 

 

 

Le désert n'est pas monotone et quand nous enfourchons les vélos le cinquième jour en nous disant que nous rejoindrons le macadam à la mi-journée, nous trouvons que le temps a passé trop vite finalement dans ces espaces infinis où les éléments sont seuls maîtres à bord. Nous pensons que tout va aller facile maintenant mais nous payons les efforts des jours précédents, les muscles sont douloureux, ont été secoués et ballotés dans tous les sens. Les maillots aussi accusent la fatigue, ils sont raides et blancs de sel, nos lèvres éclatent, ensanglantées, malgré le port du foulard sur la bouche en permanence. C'est à ces signes qu'on se rend compte quand même de la difficulté de la tâche.

 

 

 

Neuf kilomètres avant Choyr, l'asphalte est là, net, comme à l'autre bout, ruban de velours. Choyr est considérée comme la ville marquant la fin du désert, les paysages seront ensuite plus verts, c'est vrai, trois touffes d'herbe au lieu d'une au mètre carré ! A Choyr il reste les bâtiments hideux, pour la plupart en ruines, que les Russes ont laissé derrière eux quand ils sont partis dans le début des années 90. Pour nous c'est un point de ravitaillement, il reste 230 bornes. Pour nous, le macadam retrouvé signifie aussi que nous avons fait le plus gros, et même s'il reste deux jours pour rallier la capitale et que les gens nous regardent sortir du désert un peu héberlués, nous savons que nous irons au bout, coûte que coûte. Nous avons réussi.

 

 

 

Quatre cent cinquante bornes de piste, bonne ou mauvaise, et deux cent vingt de macadam, 670 km en six jours et demi, la traversée du désert de Gobi est une affaire classée, restera un bon souvenir qui donne envie de faire des choses plus dures, plus engagées. Mais pourquoi ? Les éléments ne nous ont pas trop fait souffrir, avons-nous eu de la chance ? Les hauts plateaux chinois nous avaient donné plus de fil à retordre. Cela peut paraître quelque chose d'exceptionnel de dire « On a traversé le désert de Gobi en vélo » mais ce n'est pas si terrible, surtout dans la largeur. C'est accessible, ce n'est pas un truc de fous furieux où tu peux laisser ta vie. Ce n'est pas l'isolement complet, ni cinq jours sans eau ni ravitaillement. C'est moins engagé peut-être que la Pamir Highway au Tadjikistan, ici, il y a des épiceries dans les villages !

 

 

 

Oulan-Bator, le nom peut faire rêver. Capitale de ce pays qui fait trois fois la France pour seulement 2,8 millions d'habitants, la ville rassemble à elle seule 30 % de la population. La plus faible densité au monde au niveau national : 1,8 hab/km². L'artère principale : Peace avenue, est bordée de bâtiments modernes mais les suburbs ont envahi les collines et mangent du terrain. Yourtes et cabanes, barricades et barrières faites de matériaux de récupération, poussière, déchets, flaques de boue... tout l'apanage des quartiers pauvres et déshérités où ont atterri des milliers de gens qui pensaient trouver du travail à la ville et déserté leur steppe, suite aux problèmes d'eau, de climat, de sécheresse, qui ont fait crever leur bétail, leur gagne-pain, leur survie... Aux alentours, nous pouvons distinguer quelques forêts ridicules... à côté des nôtres, jurassiennes !

 

 

 

L'enregistrement des passeports et la prorogation des visas se fait vers l'aéroport, à 18 km de la ville, nous avons eu l'occasion donc de sillonner ces banlieues glauques dans le bus n°11 et d'apercevoir quelques centrales. Le quartier industriel est comme partout : gris et triste. Nous attendons nos passeports et prenons du repos. Il pleut.

 

 

 

Tout nous paraît plus simple qu'en Chine, nous déchiffrons le cyrillique, comprenons les enseignes et les directions, les rues... Plus de gens parlent anglais, ou russe (mais pas nous !), on s'en sort. On trouve des produits à manger qu'on ne voyait pas en Chine et notamment du chocolat et du fromage, du yaourt, la moindre petite épicerie permet d'avoir tous les produits de base. Plus de censure pour internet, plus de refus à l'entrée des cyber-cafés, plus d'histoire d'hébergement pour étrangers ou non, la possibilité de faire du change partout. Très facile après trois mois de Chine...

 

 

 

A bientôt.

 

Khovsgol et Naadam.

 

 

Nous avons récupéré nos passeports, devrons quitter le territoire au plus tard le 27 Août. Nous les avons photocopiés puis envoyés en France pour le visa russe. Nous pouvons partir pour Mörön, dans le nord du pays. Et une fois n'est pas coutume, nous mettons les vélos sur le minibus (toute une histoire) pour nous rendre au lac Khosvgol, pas le temps d'y arriver en vélo avant le Naadam. Sans Caroline, une française qui parle mongole, je ne sais pas si nous aurions pu monter à Mörön en minibus, la grosse galère !

 

 

 

Après moults péripéties administratives qui durent trois heures et ennuis pour notre chauffeur (nous avons craint de devoir retourner à la capitale car il paraît que nous sommes trop nombreux, 18 pour 10 places dans le véhicule...), nous roulons, roulons, et roulons encore, entassés et secoués. Nuit. Jour. Il faut une fois descendre du véhicule et passer le col à pied car la piste est trop raide ! Vingt sept heures plus tard, nous arrivons, presque frais, à Khatgal. Comme partout, des maisons à l'intérieur de terrains barricadés et des yourtes. Ambiance vacances et détente.

 

 

 

La région du lac Khövsgöl fait l'objet d'un parc national. Ses dimensions (136 km de long et 36 de large, 262 mètres de profondeur), en font une des plus grandes réserves d'eau douce du monde. Ses eaux sont d'une transparence qui frise l'indécence : on voit tout à travers, les poissons, nombreux, n'ont aucune intimité. Nous sommes relativement proches de la frontière russe et pas si loin du lac Baikal. Le lac Khovsgol est entouré de prairies abondamment fleuries (flore alpine, on connait presque tout), et de vastes forêts de mélèzes recouvrent les collines. Sur chacune d'elle on trouve un « ovoo », un amoncellement de pierres avec des perches de bois qui en ressortent, le tout décoré de drapeaux bleus en général. Les autochtones font le tour trois fois dans le sens horaire. Rites chamaniques... Le lac est gelé la moitié de l'année. On trouve que les Montbéliardes et autres Abondance devraient passer chez le coiffeur : les yacks broutent en grognant. Et les « ger » blanches sont posées ici ou là, le tuyau du fourneau crache sa fumée, les gosses jouent à l'extérieur, le chien dort, tout va bien. Tout est paisible. Nous nous régalons les yeux toute la journée.

 

 

 

Festival annuel mongole, le Naadam se déroule normalement les 11 et 12 Juillet dans tout le pays. Les dates peuvent varier selon les bourgades. Nous avons la chance d'y assister. Les habitants ont revêtu leurs plus beaux vêtements et certains portent la tenue traditionnelle. Les lutteurs ont mis leur chapeau de lutin, leur belle culotte et leurs bottes. Les autres portent le grand manteau mongole. Partout, des chevaux, de la couleur. Il fait beau. Pendant deux jours nous assistons en alternance aux trois compétitions : courses de chevaux, tir à l'arc et lutte, le tout après la cérémonie d'ouverture.

 

 

 

Les courses de chevaux ont lieu sur une distance de 20 à 40 km, et les animaux sont montés par des enfants pour une question de poids. Certains d'entre eux montent à cru, sans selle. Il faut voir comme ils galopent. Les plus jeunes ont 6 ou 7 ans. Le spectacle est prenant, nous les voyons arriver au triple galop au fond du paysage, soulevant la poussière, puis se rappocher très vite. Ils sont hauts comme trois pommes mais sont déjà des cavaliers hors paire, fouettent le cheval et donnent de la voix pour le faire se surpasser dans le sprint final.

 

 

 

La lutte est spectaculaire aussi, mais plus que  la bagarre elle-même, ce sont les protocoles qui précédent et qui suivent les combats qui sont uniques. Chaque lutteur, en général équipé de la tenue adéquate, arrive devant un juge. Il tourne alors une fois sur lui-même en simulant le vol de l'aigle. Le juge lui ôte son couvre-chef. Le lutteur va en trottinant faire le tour, toujours en imitant le vol de l'aigle, autour d'une espèce de totem où sont disposées des perches avec des cercles de poils. Difficile à décrire. Le drapeau mongole flotte au vent. En une sorte de danse lente et presque gracieuse, les musclés pour la plupart bien enveloppés, font un tour et rejoignent leur place de combat. Après le combat, qui peut aller très vite ou au contraire s'éterniser, le vainqueur fait de nouveau l'oiseau devant le totem, récupère son couvre-chef et va saluer son rival vaincu. Ils se tapent mutuellement sur la fesse. Le vainqueur va ensuite chercher des petits cubes de fromage dans une grande bassine, les distribue aux juges et les lance à la foule, en garde quelques-uns qu'il engloutit prestement.

 

 

 

Le tir à l'arc attire moins de monde. Les tireurs sont au moins à cent mètres de la cible : un muret de cubes de paille. Le muret fait environ deux mètres de long et trente centimètres de haut. Il s'agit d'atteindre le milieu du muret, là où la cible est rouge. A cent mètres au moins, avec le vent, atteindre la cible paraît impossible mais certaines flèches, après une jolie parabole décrite dans le ciel bleu, parviennent à leur but. Impressionnant.

 

 

 

A côté de ça, échoppes de vêtements, chaussons, bottes, babioles, stands de restauration et tir de fléchettes où l'ancien gagne un joli serre-tête rose pétant. Et des Mongoles ivres qui titubent et chavirent. Le soir dans le village, soirée chamanique. Un grand bucher est allumé, le chamane en transe effectue son rituel, le bucher tombe, la musique commence : de la techno à la valse.

 

 

 

Nous étions prêts à remonter sur les vélos mais on nous annonce le « Yack festival ». Donc avant de reprendre la route nous allons jeter un oeil. Un troupeau de yacks est amené sur place et après les avoir quelque peu excités, les mecs les chopent au lassot, doivent monter dessus et tenir le plus longtemps possible en rodéo. Ca dure une heure, et nous partons.

 

 

 

La suite de la route s'annonce difficile, non pas en dénivelée, mais parce qu'il n'y a rien, peu de yourtes, peu d'eau et contrairement au désert de Gobi, pas de trafic et pas de voie ferrée à longer. Nous devrons donc être très vigilants, faire attention à ne pas nous perdre, ne pas nous enfiler sur une mauvaise piste, et faire le plein d'eau à chaque fois que nous en verrons. Ce sera comme ça jusqu'à Uliastay.

 

 

 

Khatgal, où nous avons donc logé pendant quelques jours, est très touristique. Des dizaines de touristes occidentaux y arrivent chaque jour dans le but d'aller faire une randonnée à cheval dans les alentours, superbes. Mais, comme à chaque fois dans ces cas là, nous n'avons pour ainsi dire plus de contact avec la population, sommes noyés dans les touristes, l'ambiance est différente. Quand nous arrivons dans des endroits comme ça, nous sommes contents de parler avec d'autres voyageurs, mais après quelques jours nous sommes pressés de reprendre notre chemin vagabond.

 

A bientot.

 

 

 

Grandeur nature.

 

 

 

Ici, tu peux oublier d'aller, comme un rituel, tous les samedis

 

Dans les supermarchés bondés, faire la queue, remplir ton caddie.

 

Oublier de te lever pour te poser le cul dans ton auto

 

Comme un quidam parmi d'autres, un inconnu un numéro

 

Aller enrichir toute la journée des actionnaires pour pas un rond

 

Qui feront jamais rien d'autre que de te presser comme un citron.

 

Oublier encore de bouffer du macadam, du béton, du métro du Mc Do

 

Des séries télévisées absurdes, du people et de ce qui passe à la radio.

 

Oublier bien sûr ta carte bancaire, d'abonnement, de sécu, de fidélité

 

Tes habitudes consuméristes, tes envies de confort, tes impôts à déclarer

 

Tes cinq semaines de congés, RTT, récup et factures à payer.

 

Oublier enfin les discussions autour de la sacro sainte machine à café

 

Et la vie qu'tu mènes depuis des années, à décalquer suivant les pointillés.

 

 

 

Ici, c'est un pays où tu te rinces l'oeil en permanence

 

Ici, ce ne sont pas les chiffres de rentabilité, d'objectif, de croissance

 

Qui te remplissent le cerveau, mais le souffle du vent qui a du sens.

 

Ici, quand tu poses le regard droit devant toi tu vois l'immensité

 

La courbure de la terre, ta tête se met à tourner

 

De te savoir à ce point-là à toi-même livré.

 

Ici, des journées entières dans le paysage tu croises trois autos

 

Les chevaux galopent à côté de toi, ne sont pas sous les capots.

 

Aigles, grues, vautours et faucons, du ciel, surveillent tes déplacements

 

Ca change des caméras chinoises et des flics omniprésents.

 

Ici, c'est un pays ou l'homme est encore si peu présent

 

Qu'il n'a pratiquement aucune emprise sur les élements.

 

La nature t'explose à la gueule comme une bombe bien amorcée

 

Tu fais pas le malin quand tu vois le ciel noircir et que tu sens le vent se lever.

 

Ici, les gens vivent sous la yourte toute l'annnée

 

Que le thermomètre indique plus ou moins quarante degrés.

 

Ici, pas de goudron, pas de béton, pas de maison ni de panneau d'indication

 

Les nationales sont des pistes ou à vélo, t'avances plus vite que les camions.

 

Ici, c'est un pays ou les hommes n'ont pas encore mis la nature à leur merci

 

Mais qui par leurs rites chamaniques continuent de dire à la nature : merci.

 

 

 

Ici, la plupart du temps dans les hébergements, pas de douche. Pour ça, il faut aller aux bains communaux, alors tu te douches et tu campes. Tu demandes de l'eau ! Vas donc à la « maison de l'eau », on t'y vendra de l'eau purifiée pour une misère, quand on ne t'indique pas la rivière. Ici, les gens vivent en famille sous la yourte, mangent du mouton et du yack, boivent du lait de jument, de chèvre, de brebis, font du beurre, du yaourt, de la crème, du pain, du fromage. Ils pêchent dans la rivière, y puisent l'eau pour se désaltèrer, se laver et faire les lessives. Ici pas de béton, pas d'immeuble, mais des bourgades paumées au bout de la piste, dont on fait très vite le tour, quelques milliers d'âmes, tous les deux ou trois cents bornes. On comprend mieux le « 1,8 hab/km² » une fois sur le terrain, une fois lâchés dans la nature... Et on comprend bien aussi pourquoi il a été un temps question de mettre tout le territoire mongole en parc national...

 

 

 

Mais ici quand même, ils sont pendus après leur téléphone portable, ils ont la télé sous la yourte, internet dans toutes les bourgades importantes (!!), et des motos pour se déplacer en petit nombre. L'image est toujours intéressante de voir une vieille femme vêtue de sa « del », le grand manteau traditionnel, monter à bord du Hummer familial ! Ici, c'est 4 x 4 ou camion, moto ou cheval mais peu de berlines : état des pistes oblige.

 

 

 

Les pistes : au choix, nous avons tôle ondulée, sable, caillasse, dévers, graviers, rivières à traverser, parfois une combinaison de plusieurs de ces éléments. On peut y ajouter vent de face et terrain vallonné et vous aurez compris que notre moyenne journalière frise le ridicule. Mais on s'en fout ! Après la pluie, c'est pas mal non plus ...

 

 

 

On nous avait dit qu'on ne rencontrerait pas grand monde, que la bonne piste se perd parmi les autres, que l'eau est précieuse et rare. Nous avons vu. Nous avons douté de notre itinéraire, nous orientant au soleil et à la boussole avec une carte couvrant tout le pays au 1: 2 000 000, n'attendant même plus le véhicule dont le chauffeur pourrait nous renseigner. Nous nous sommes sentis une fois de plus tellement petits et vulnérables. On ne peut pas se dire qu'en tirant vers le sud par exemple, on finira par retomber sur telle route : ça n'existe plus une fois sortis d'un rayon de quelques centaines de kilomètres autour de la capitale. Des pistes, des traces dans l'herbe, la même que ce soit la nationale ou celle qui mène à une yourte derrière la colline, et le regard qui porte à des dizaines de kilomètres sans aucune trace d'activité humaine dans le paysage. A part la piste. La Nature, avec une majuscule. On s'y sent libres, tellement libres.

 

 

 

On boit avec délectation le thé au lait, salé, dans les yourtes, qu'on appelle ici « ger », quand on en croise sur notre chemin. On mange du pain succulent recouvert d'une bonne épaisseur de crème de yack. Les gens ne se prennent pas la tête ici, et les chiens qu'on nous annonçait méchants sont de gentils toutous à coté de ceux du Sichuan ou du Qinghaï. Les températures sont agréables, parfois un peu chaudes, et les orages toujours aussi violents, quasi-quotidiens, on agrippe les arceaux de la tente en attendant que ça passe. La foudre est tombée une fois à 200 mètres de la tente, on a vu la fumée... Pourtant l'endroit était sans risque particulier, nous sommes vigilants. Quand il y a des arbres dans le décor, ce sont des mélèzes.

 

 

 

On a sué dans ces immensités, poussant notre vélo chargé de 35 kilos dès que la pente se fait un peu raide, lestés de jusqu'à 15 kilos d'eau, plus la nourriture pour plusieurs jours, sur les pistes sableuses ou en caillasse. On a scruté le ciel pour planter le bivouac avant que les orages ne nous surprennent, on a regardé le soleil en face pour trouver la bonne piste. On s'est ramassé plusieurs fois, le vélo devient parfois incontrôlable sur ces pistes, et on s'est dit : « Interdit de se faire mal ici », pas le droit, alors on a redoublé de prudence. On a croisé un type en train d'écorcher une marmotte qu'il avait piègée. Nous sommes restés sur les nationales ! On se demande où les gosses vont à l'école tellement certaines yourtes sont loin de tout, ils sont probablement internes, le taux d'alphabétisation du pays est de 98 %, tout le monde sait lire et écrire.

 

 

 

Entre Mörön et la bifurcation vers Tosontsengel, le moindre renseignement glâné ici ou là auparavant s'avère précieux. Depuis Tosontsengel, nous avons retrouvé un max de circulation, peut-être cinquante bagnoles par jour, l'axe le plus emprunté de tout le pays, des yourtes partout. Nous voulions rejoindre Uliastay mais nous avons revu le programme à la baisse pour surtout passer par la route du centre du massif central plutôt que par le sud qui offre moins à voir. Ce pays était sensé être nos vacances dans le voyage... Alors on a pris quelques jours de farniente autour du lac blanc, le Terhyin Tsaagan Nuur, mais avons tout de même gravi le volcan pour aller voir le fond du cratère. Puis nous sommes descendus jusqu'à Tsetserleg, avons retrouvé du macadam, avons pu prendre une vraie douche. On roulerait des semaines et des semaines dans ces paysages grandioses, c'est le Haut-Jura puissance mille. Se lever, déjeuner, replier, charger, rouler, regarder, sentir, écouter, profiter, se poser, manger, se coucher, et recommencer. Les gens sont extras, ont beaucoup d'humour. Nous avons croisé quelques Français en camion-camping-car, en moto, en routard ainsi que quelques cyclistes. Nous sommes en pleine saison touristique...

 

 

 

Nous sommes à Tsetserleg pour une journée au moins, le temps de nous mettre à jour et au propre avant de reprendre la route. Les journées filent trop vite. Les prochaines nouvelles viendront probablement de Kharkorin, que nous rejoindrons après moults détours, dans une dizaine de jours.

 

 

 

A bientôt.

 

 

La mer est verte.

 

 

 

Bonjour,

 

 

 

Trouver un emplacement pour camper dans ce pays ne pose aucun problème. On s'installe n'importe où. D'abord, le terrain n'appartient à personne, et ensuite, pas besoin d'être discrets, et heureusement car dans ces étendues immenses nous sommes visibles de très loin. Il arrive qu'un autochtone vienne nous voir, à cheval ou à moto. Il s'assoit un moment vers nous, nous partageons avec lui quelques biscuits et comme nous avons du mal à communiquer, une fois les présentations effectuées, destination et provenance dévoilées, la conversation s'éteint d'elle-même, le type s'en va, il sait ce qu'il voulait savoir. C'est comme quand nous sommes conviés sous les yourtes, une fois passé le rituel du thé et du fromage sec à s'en pèter les dents, nous nous éclipsons, les laissant vaquer à leurs occupations. Plus que de la réelle hospitalité, nous sentons plus une incapacité à laisser l'étranger dehors.

 

 

 

A Tsetserleg, les habitants vont chercher l'eau à la source deux bornes plus haut en tirant des charrettes chargées de jerricans, les hommes vont titubant sous l'effet de la vodka qui est un véritable fléau dans ce pays, engendrant toutes sortes de comportements déplorables et notamment beaucoup de violence conjuguale et des sorties de route spectaculaires. Nous n'avons fait jusqu'à maintenant aucune renconte désagréable.

 

 

 

Après une nuit standing européen, nous avons quitté Tsetserleg plein sud direction Bayanhongor. C'est un itinéraire qui demande détermination et patience, beaucoup de rivières à traverser, c'est la saison des pluies, les chauffeurs nous disent que l'eau est en ce moment à mi-cuisses, dans le pire des cas à la taille mais pas au delà ! Nous aurons un haut col à passer. 230 bornes nous séparent de la ville convoitée. On est parti, on a roulé trente bornes, on a planté la tente car le ciel devenait menaçant, il s'est mis à pleuvoir. Pendant vingt deux heures nous avons entendu la pluie froide, serrée, dense et épaisse marteler le bout de tissu qui nous sert de toit, sans aucune accalmie, un vrai déluge, à tel point que nous avons sacrifié une bouteille plastique pour ne pas avoir à sortir pour pisser. Du coup, « L'axe du loup » de Sylvain Tesson y est passé dans la journée, lecture et commentaires. Et pendant que Michel, à l'opinel, me coupe des mèches de cheveux trop emmêlées pour être récupérables, les rivières enflent, gonflent, débordent, s'étalent, et envahissent le terrain. Le lendemain, les yourtes isolées sur des îlots de plus en plus petits, leurs habitants et les animaux ont été évacués par canot pneumatique. C'est la crue décennale. Notre tente n'a pas pris l'eau, c'est pas rien, les sommets sont blancs. Cette neige va fondre et encore alimenter les rivières pendant quelques jours.

 

 

 

Cette pluie nous a lavé de tout espoir de rejoindre Bayanhongor par les montagnes, les ruisseaux sont devenus des fleuves, nous entendons le rugissement des flots depuis notre campement. La nature nous claque la porte dans le nez et notre petit défi tombe à l'eau. Demi-tour. Nous passerons par ailleurs. Nous n'étions pas engagés, c'est peut-être mieux comme ça.

 

 

 

Alternant mauvaise piste et macadam nickel tout neuf, nous avons tiré plein Est un moment. Le lac Ogyi Nuur n'a pas grand chose à offrir d'autres que des camps de yourtes pour touristes et s'il paraît qu'on peut y observer de nombreuses espèces d'oiseaux, celles que nous avons vues, certes piaillaient fort et s'ébattaient joyeusement, mais les 4 x 4 garés à côté, les roues à la limite de l'eau, nous laissaient deviner des espèces en pleine migration estivale et pas du tout endémiques. Quelques bateaux à moteur sillonnent le lac, complètant le tableau d'une superbe réserve ornithologique propice à l'observation des bestioles à plumes...

 

 

 

Puis nous avons traversé la mer. Ici, la mer est verte. Nous ne sommes plus en vélo sur la terre mais en pédalo sur la mer tant le regard porte loin sans ne voir rien d'autre que des vagues vertes et figées. Des vagues toutefois terribles, des creux de cent mètres, et parfois la lame est dure à passer, nous sommes obligés de descendre du pédalo et de le pousser en nageant. Nous avons ressorti le compas, n'avons croisé personne, avons regardé le ciel, avons eu peur de manquer d'eau, avons douté sur la direction à prendre. Et quand nous avons vu au loin, après plus d'une journée d'errance, la route goudronnée, perpendiculaire à nous mais encore si lointaine, nous avons crié : « Terre !! ».

 

 

 

Il suffit, dans ce pays, de sortir à peine des axes les plus empruntés pour illico-presto être de nouveau envahi par ce sentiment d'isolement. C'est assez magique mais à la fois légèrement angoissant, à cause des réserves d'eau notamment et de la crainte de se faire mal. Personne ne viendra nous chercher là. Nous avons aperçu quelques points blancs, très lointains : des yourtes. Un océan de collines, même pas de ligne électrique à suivre. Cent mètres devant nous la piste disparaît dans les herbes folles et hautes, nous ne découvrons sa direction qu'au dernier moment. Mais cette route figure sur toutes les cartes, même au 1:2 000 000 ème, tout le pays sur un A3. Bref, une fois de plus, ça nous remet bien en place et nous fait prendre conscience, si besoin est, du peu de choses que nous sommes.

 

 

 

Frustrés de ne rien avoir de frais à ingurgiter sous ce soleil de plomb, nous avons descendu chacun 1,5 litres de jus de fruit frais, cul sec, dès que nous avons croisé un frigo. C'est terrible l'envie de frais quand t'as que du tiède et du chaud à ingurgiter. On imagine ce que doit être la soif, quand t'as plus rien, ni froid, ni chaud, ni tiède. Nous cherchons l'ombre en permanence ces jours, avec nos vélos et notre bâche, nous nous fabriquons un rempart efficace contre les rayons du soleil. C'est que ça fait des jours qu'on n' a pas vu un arbre.

 

 

 

Les dunes de Mongol Els sont un étrange cordon de sable au milieu de la steppe. Rien de bien imposant mais la présence de ces dunes là au milieu est un fait assez curieux. Quelques autochtones sont allés chercher des chameaux dans le désert et alpaguent le client pour lui proposer un petit tour entre les deux bosses de la bête sur les tas de sable. Des camps de yourtes à touristes s'alignent les uns derrière les autres, alignant leurs tarifs exagérés. Dormir sur un matelas pourri et sous une couverture miteuse sous une yourte coûte beaucoup plus cher qu'une nuit dans des draps propres dans une guesthouse avec possibilité de se laver, mais, mais, mais, c'est beaucoup plus exotique et l'exotisme n'a pas de prix ! Nous passons notre chemin.

 

 

 

C'est qu'il faut maintenant que nous allions à Kharkorin car le 6 de ce mois, nous y retrouvons trois amies venues tout droit de France avec leur vélo dans l'avion pour nous voir et pédaler ensemble dans les steppes jusqu'à la fin du mois. Comme il est écrit que rien ne doit se passer comme prévu, et qu'il y aura toujours quelque chose pour enquiquiner, avant d'arriver à Kharkorin, une de mes pédales bloque régulièrement, l'autre aussi a du jeu, j'arrive un peu à cloche-pied. Je reste à Kharkorin pour acceuillir les filles tandis que Michel part en stop à la capitale, sous l'averse, pour dévaliser le seul vélociste du pays. C'est la vie, nous n'en sommes plus à ça près cette année ! On se console en se disant que ça aurait pu arriver ailleurs, ça ne tombe finalement pas si mal.

 

 

 

Kharkhorin, je suis seule, et il pleut. A foutre en bas le moral d'un régiment de comiques-troupiers. Les flaques d'eau s'agrandissent d'heure en heure, transformant en bourbier immonde cette bourgade déjà pas franchement jolie. Les poteaux électriques crèvent les nuages tant ils sont bas. L'attente commence...

 

 

Et au moment même où j'envoie cet article, j'apprends que les filles sont en possession de nos passeports avec les visas russes mais que leur vélo ne sont pas arrivés avec les bagages... L'aventure pour elles commence, pour nous elle continue.

 

 

 

A bientôt.

 

 

 

Vallée de l'Orghon-Tsetserleg

 

 

Bonjour,

 

 

 

Khakhorin est une ville glauque aux rues poussièreuses quand c'est sec et boueuses par temps de pluie. On ne voit pas bien le centre névralgique, peut-être l'office des telecoms, ou l'épicerie. C'est bizarre. Le seul hôtel en dur de la bourgade se situe en périphérie, presqu'au milieu des champs. Kharkhorin était la capitale du temps de Genggis Khan, il n'en reste rien, c'est devenu une ville fantôme, sans âme. Il y avait des palais et des temples, une fontaine célèbre et extraordinaire. Plus rien de tout ça à part quelques statues de tortues disséminées ça et là dans les vallées avoisinantes. A Kharkhorin maintenant, il y a un des plus importants monastères de Mongolie, bouddhiste, grand véhicule, celui du Dalaï Lama. Il n' a rien à voir pas ses dimensions avec ceux de l'Inde du nord mais il vaut le coup d'oeil, le mur d'enceinte est orné de 108 stupas et les bâtiments à l'intérieur sont joliment ouvragés. J'ai passé deux jours à traîner mes grolles dans ce bourg...

 

 

 

Voilà, Cécile, Lucie (deux soeurs d'origine italienne mais savoyardes) et Sophie, jurassienne, toutes trois sportives émérites, nous ont rejoint à Kharkhorin, et Michel est revenu de la capitale avec une paire de pédales neuves, non clipsables, mais pas d'amortisseur. Et quand les filles sont arrivées, voilà tout d'abord ce qu'il s'est passé :

 

Montage efficace des vélos, visite du monastère de Erdene Zuu, courses alimentaires, petit tour sur internet, repas au resto avant de partir et nous prenons la piste qui suit la vallée de l'Orghon. L'orage menace mais nous passons au travers des gouttes parce que c'est l'anniversaire de Sophie et qu'elle a peur de l'orage. Nous remontons, en un jour et demi, la rivière jusqu'aux chutes, dans un terrain de roche volcanique que nos pneus affectionnent tout particulièrement. La vallée est somptueuse, rien d'autre à dire. Somptueuse. Des yourtes, des chevaux, des moutons, des chèvres et des yacks, quelques habitants... Et de temps en temps, un rassemblement de yourtes, ce sont des camps de touristes ! Nous avons bénéficié d'une météo splendide, un peu chaud pour Sophie dont les cuisses rougissent dès les premières heures malgré la crème abondamment étalée, normal pour une blonde. Les premières douleurs postérieures apparaissent rapidement. On en prend plein les yeux et on a le vent dans le dos, ce qui est appréciable.

 

 

 

L'Orghon est une rivière brune. Et ce ne sont pas les orages dans la montagne qui lui donnent cette couleur, mais les chercheurs d'or qui en remuent le fond plus en amont pour trouver le précieux métal. Et pour leur activité, ils utilisent le mercure, matière extrèmement polluante. L'Orghon est une rivière morte, plus de vie, plus de poisson, et même les arbres qui bordent le cours d'eau sont morts. A part ça, la vallée fait l'objet d'un parc national et tout le monde (sauf moi), paie le droit d'entrée sans rechigner. Ce genre de truc me met hors de moi. Joli parc national pour les yeux, mais c'est tout, faut pas regarder en dedans. Ce cours d'eau, un des plus importants du pays, rejoint la Selenge avant d'aller ensemble alimenter le lac Baïkal de l'autre côté de la frontière.

 

 

 

Les chutes sont appelées chutes de l'Orghon mais se trouvent en fait sur un affluent de celle-ci, juste avant leur confluence. L'affluent est clair et pollué uniquement par les troupeaux et les camps de yourtes en amont dans la vallée. Nous installons notre bivouac sur sa berge, à l'écart des yourtes à touristes.

 

 

 

Cécile a un peu d'entraînement mais Lucie et Sophie n'ont pas un kilomètre dans les jambes et n'ont jamais pédalé sur un vélo chargé. Mais elles suivent et on a peur pour la suite, parce qu'une fois les muscles faits au mouvement, elles vont nous mettre des grosses pâtées, la honte quoi ! En attendant, nous avons considérablement réduit nos étapes, nous sommes en vacances !

 

 

 

Des chutes de l'Orghon, nous avons changé de parcelle sur le terrain de camping immense, et après avoir fait demi-tour jusqu'à Bat Olzii, bourgade bien glauque et dont la rue principale est un champ de mines que nous n'osons imaginer par temps de pluie, nous encapons par les montagnes direction Tsetserleg. Aucune piste sur nos cartes, qu'elles soient précises ou non, mais nous savons que c'est possible. Nous utiliserons notre GPS (Ger Positionning System, Ger étant la yourte). Nous ne savons pas si nous avons pris la bonne piste tant il y en a, nous restons une demie-journée coincés sous la tente pour cause de pluie, seule Sophie était à l'aise, enfin du frais humide comme dans le Jura ! Dans la soirée, la pluie s'étant calmée Cécile nous fait un récital extraordinaire (ancienne chanteuse). Une fois de plus nous avons ressenti ce sentiment de liberté, à passer de combes en crêts et de vallées en cols dans ces étendues vertes magnifiques plus peuplées d'animaux que d'humains. Le passage des cols se fait souvent à pied en poussant nos chargements et de yourtes en yourtes nous progressons difficilement dans des chemins de bois ou de champs. Les derrières souffrent sur les selles, engins de torture !

 

 

 

A passer par le massif montagneux et les pistes qui ne sont parfois que des sentes, nous y avons gagné de magnifiques paysages, variés, passant des steppes aux forêts, des marais et tourbières aux vallées irriguées de cours d'eau que nous longeons pendant des kilomètres, quelques rencontres éphémères. Nous avons déjà pas mal sillonné cette région centrale mais chaque vallée nous offre des paysages différents et nous ne nous lassons pas. Les filles ont goûté l' « airag », le lait de jument fermenté, l'ont trouvé comme nous un peu aigrelet, mais il faut faire honneur, c'est la boisson nationale. Un matin il a même fallu que Michel et moi-même attaquions à la Vodka et à l'airag avant de remonter sur le vélo.... On ne recule devant rien.

 

 

 

Avant d'arriver à Tsetserleg, nous restons pour une journée entière encore pliés en quatre sous nos tentes, tentant au mieux de combattre la montée des flots ou les goutières. Mais le soleil est de sortie pour notre arrivée en ville et nous prenons un hébergement avec un vrai lit. Les genoux et les derrières vont mieux et ce matin pour la première fois dans ce pays, nous avons sorti les gants et les bonnets.

A bientôt.

 

 

 

Etrange traversée.

 

 

Bonjour,

 

 

 

Tsetserleg, les poivrots titubent toujours, peut-être certains sont-ils tombés entre nos deux passages. Des types couchés dans la poussière, ivres morts, bof. L'hébergement est bien mais il est impossible de s'y doucher, dommage, on se lave dans le lavabo. Dès le lendemain, nous quittons la ville un peu glauque, par le col qui nous permet de basculer sur Ihtamir. Mais le macadam, c'est pas assez marrant, nous quittons le velours pour retrouver les pistes cahoteuses. Les derrières souffrent, les jambes ne font pas mal, les kilomètres s'enchainent. Leur nombre journalier dépend de la menace orageuse. Les visites que nous avons le soir au campement sont plus ou moins intéressantes : certains ne voient que par les cheveux blonds et la blancheur/rougeur de la peau de Sophie, qui est obligée de s'inventer un mari pour avoir la paix, tandis que d'autres cherchent leur troupeau de moutons... à 23 heures, sous la pleine lune.

 

 

 

Nous avons suivi l'Orghon, nous nous sommes ravitaillés dans des bourgades poussièreuses, où les mecs ne donnent pas envie d'engager la conversation. L'alcool est vraiment un fléau, 55 % de la population adulte est imbibée à la vodka. Ils ne sont pas plus interessants qu'agressifs, le contact avec les autochtones se limite à ce dont nous avons besoin : eau, courses alimentaires, direction.

 

 

 

Mais petit à petit, les jours filants, les rencontres sont plus sympathiques, moins alcoolisées, moins impersonnelles. Quelques invitations à consommer de l'airag, le lait de jument fermenté, ou du thé, ou des tartines de crème brute bien épaisse. Beaucoup de signes le long du chemin. De plus, la météo, après une période un peu mouvementée, nous laisse un peu de répit. Plus besoin de courir devant les orages pour poser la tente avec précipitation à 15 heures, parfois pour rien d'ailleurs.

 

 

 

Les paysages sont assez variés, bien que ce soit toujours vert et vallonné. L'apparition des arbres dans certains endroits ou le fait de longer des cours d'eau amène un peu de changement dans notre ordinaire. Avant Bulgan nous retrouvons le macadam, et ce, jusqu'ici, Erdenet.

 

 

 

L'état des troupes : Cécile et Sophie baissent régulièrement leur cuissard au bord de la nationale sans même s'accroupir, histoire de se mettre les idées au frais, d'aérer un peu les parties souffrantes... Lulu, pas forcément plus sage mais n'ayant pas ce type de souci, préfère faire un vol plané, sans gravité, juste pour qu'on ne l'oublie pas. Michel supporte tout ce petit monde avec une patience et une bonhommie impressionnantes, ayant bien du mal à en placer une au milieu de cette gente féminine envahissante, caquettante et pas toujours délicate. Quant à moi, je souffre terriblement des dents. Je me soigne, nous soupçonnons une névralgie, donc anti-inflammatoire. Nos endroits de bivouacs sont en général choisis avec soin, il faut de l'ombre, pas de chevaux et pas d'aboiement pour Sophie, il faut du plat, bref, il faut être bien. Parce que tous les soirs ou presque, il y a répétition. « Le lion est mort ce soir », à trois voix, nous sommes au point. Personne dans la steppe immense que ça puisse déranger, nous pouvons y aller à tue-tête ! Nous lâcher ! Il faut bien oublier les souffrances accumulées dans la journée.

 

 

 

Les éclairages sont toujours superbes et quand la blancheur des troncs des bouleaux nous renvoit sa lumière dans les rayons obliques du soleil au petit jour, cela confère au paysage une beauté toute particulière, presque mystèrieuse. Et l'habitat évolue lentement : de moins en moins de yourtes, de plus en plus de maisonnettes en bois. Les toits sont verts, bleus, rouge, et l'arrivée sur Erdenet est assez sympathique. Une mosaïque de toits, un paysage urbain multicolore et gai, quelques buildings en plein centre, c'est tout, le reste, toute la périphérie compose un damier éclatant au raz du sol. Erdenet doit sa raison d'être aux mines de cuivre qui entourent la ville. On a cru que c'était des dunes, de loin, mais ce n'était que les tas de gravats... Erdenet, c'est 80 000 âmes, une ville avenante et propre bâtie à flanc de colline, la troisième plus grande ville du pays.

 

 

 

En tout cas, les jours filent à la vitesse de la lumière, nous ne voyons pas le temps passer, nous avons pris nos habitudes, les rouages sont bien huilés, il faut dire qu'on n'a pas affaire à des fiottes ! Depuis quelques heures nous sommes dans une chambre d'hôtel, que dis-je, une suite, nous sommes les cinq ensemble sans nous marcher dessus, la lessive tourne, nous nous reposons, nous mettons à jour, glandouillons. Nous reprendrons la route demain, en direction maintenant de la frontière russe.

 

 

 

Autre grande nouvelle : Michel s'est fait couper les cheveux, l'a perdu un kilo d'un coup !

 

 

 

A la prochaine.

 

 

Traversée infernale.

  
 
Bonjour, on ne savait pas pourquoi le post d'avant s'intitulait « étrange traversée » mais on sait pourquoi celui-ci s'appelle « Traversée infernale ». Pourtant ça démarrait bien, on avait un petit programme bien cool, pas trop de kilomètres par jour, un programme de vacances quoi. 
 
Alors au début il faisait beau, on roulait sur le macadam, on avançait bien, on trouvait facilement notre chemin, je n'avais plus mal aux dents, les filles plus mal au derrière ni aux genoux... C'était bien. Ca a commencé à se détériorer quand on s'est écarté de la route pour planter le camp un soir. Nous nous sommes faits littéralement attaquer par des hordes de moustiques lancées à toute allure trompe en avant, armées sanguinaires assoiffées de notre liquide vital. On a eu beau allumer un petit feu, mettre du produit, rien n'y fit, manger vite fait et s'enfermer dans les tentes, pas de répétition ce soir. 
 
Le lendemain nous quittons le macadam pour une piste bien cahoteuse, pénible et de surcroit bien vallonnée. Mais c'est joli et nous atteignons le monastère  d'Amarbayasgalant, le plus beau du pays. Nous le visitons, il est très coloré, actif, et superbement décoré. Son emplacement géographique au milieu de vallées très vertes, très belles est idéal pour la méditation. Nous plantons le campement  quelques kilomètres plus loin. Un autochtone vient s'inviter à manger, nous passons une bonne soirée. 
 
Le jour suivant, nous passons un col forestier sous les mélèzes par une piste qui n'est plus empruntée par les véhicules mais qui est bien marquée. Nous sommes un peu seuls au monde et basculons dans une belle vallée sauvage, très marécageuse. Il fait moite, les moustiques sont un fléau et limitent nos arrêts, ils piquent à travers les vêtements. D'ailleurs ils ne piquent pas, ils empalent, nous n'avons jamais roulé aussi vite, nous appuyons sur les pédales tels des forcenés mais dès que notre vitesse chute sous les 9 km/h, c'est l'enfer. Nous ne pouvons rien faire d'autre que subir en gesticulant. Nous suons sous nos couches de vêtements qui s'apparentent plus à des camisoles. Nous ne pouvons même pas envisager de pique-niquer tant ils nous assaillent. A devenir fous. Vraiment. Nous progressons à la boussole, nous sommes là où il y a des moustiques, voulons aller là où il n'y en a pas ! Pas facile à trouver sur la carte ! Nous ne voyons qu'une ou deux autos. Les côtes se succèdent, la piste est moitié terre et moitié sable. Pas de yourte dans cette région céréalière, kolkhoze. Des kilomètres carrés de blé. 
Le miel finit cependant toujours par arriver, deux autos se croisent à notre niveau, un type parle anglais tandis que l'autre est du coin. On nous indique qu'il vaut mieux faire un détour pour retomber sur une bonne piste et éviter les moustiques plutot que de prendre au plus court.  Les chauffeurs nous laissent des boissons et du fromage, et se proposent même pour aller faire des courses et nous les ramener mais nous avons ce qu'il faut... Un kilomètre plus haut, un coin d'herbe rase nous tend les bras vers une source d'eau pure : le bivouac est tout trouvé. L'eau de rinçage de nos corps fatigués est noire comme c'est peu croyable, terre, transpiration et anti-moustiques ne font pas bon ménage. Ce soir-là, suite aux piqûres, nous sommes tous sous cortisone. Oui oui, c'est à ce point là ! D'ailleurs Sophie a commencé à enffler. 
 
Nous sommes restés deux nuits à cet endroit, la pluie s'est mise à tomber le soir même, et tout le lendemain encore, puis la nuit qui a suivi, presque sans interruption, nous contraignant à l'inaction malgré l'ultimatum du passage  de la frontière. Nos vivres s'épuisent, demain, coute que coute il faudra bouger... Mais s'il fait beau on vous le dira. 
 
Le 25 Août, réveil à 6 heures, grosse journée en perspective, petit déjeuner plus que frugal, et froid. Au moment de replier les affaires nous découvrons dans l'abside de notre tente une invité surprise. A noter qu'elle s'est invitée toute seule. J'ai un mouvement de recul en voyant la bestiole, lovée entre mes deux sacoches sur la bâche : une belle vipère, cinquante centimètres de long. Ca surprend. Cécile a la phobie des serpents, sérieux, nous devons faire discret : raté ! Sortir une par une nos affaires sans affoler la bestiole, Michel et Lulu s'y collent, je suis dans la tente et dirige la manoeuvre, ça fait dix minutes que je tripatouillais dans mes sacoches, les paluches à moins de dix centimètres d'elle... D'ailleurs on ne sait pas depuis quand elle est là, peut-être a-t-elle passé la journée d'hier déjà à nos côtés. J'en ai des frissons rien que d'y repenser. Michel arrive à la prendre avec un baton et l'éjecte loin de nous. 
 
Bon, nous sommes partis sur la piste plus que boueuse dans le petit matin humide, emmitouflés, transpirant dur dans nos Gore-Tex à cause des moustiques que rien ne calme. Nombreux dérapages, embourbage des vélos, on met les pattes dans la boue régulièrement pour dégager les garde-boue et les étriers de freins. Ca dure 28 bornes mais nous arrivons au village, enfin ! On a envie de crier : « Terre » ! Les gens nous regardent comme si on sortait des tranchées, nous sommes noirs. Le miel : un type adorable qui parle anglais, qui nous montre un resto, qui nous fait les pleins d'eau, qui nous indique qu'il vaut mieux prendre le bateau pour traverser l'Orghon et rejoindre ensuite le macadam, quitte à faire encore un détour, plutôt que de suivre la piste. Nous ajoutons sans cesse des kilomètres au programme mais notre temps disponible avant la frontière se réduit comme peau de chagrin.
 
Nous sommes escortés jusqu'au bac à six bornes par une équipe de gamins du village, fort sympathiques. Le passage se fait sur un raffiot qui traverse à la force du courant, maintenant le cap grace à un câble tendu d'un bord à l'autre. Nettoyage des vélos encore, puis treize kilomètres de piste sableuse et nous prenons pied sur le macadam avec encore envie de crier « Terre » ! Décidément. Depuis le matin le ciel est menaçant mais la pluie nous épargne : chance ! Nous encapons encore 45 bornes de route avant de nous poser. Au sommet du second col, des autochtones nous attendent avec du chocolat, du jus de raisin, de l'eau minérale, mais c'est à la vodka que nous trinquons avec eux. Hop, cul sec avant la descente. Whaouh ! Les moustiques nous laissent presque tranquilles, presque !  Dernière soirée de bivouac, nous sommes boueux, fatigués, humides, mais les affaires sèchent et nous passons une bonne soirée autour du feu. 
Trente cinq bornes nous séparent de Sukhbatar, nous partons dans un brouillard épais. Terrain descendant agréable, nous arrivons en ville en milieu de matinée et visitons moult établissements avant de trouver chaussure à notre pied. La plupart n'ont pas de douche chaude et nous avons vraiment besoin de ça. Nous finissons par nous poser en plein centre dans un minuscule établissement très douillet : oh quel luxe ! Le restaurant attenant est un pur bonheur, un peu select, mais ça aussi ça nous fait du bien ! On se laisse aller !  
 
Voilà, nous avons terminé notre virée avec les filles, nous passerons la frontière russe demain dans la matinée tandis qu'elles prendront le train pour rejoindre la capitale. Ces derniers jours furent un peu éprouvants mais l'équipe était de choc et là où certains auraient décrit l'enfer, nous écrivons que nous avons eu des conditions défavorables, mais rien de grave. On se rend compte une fois de plus qu'il y a toujours un moment où le miel arrive et que le hasard fait finalement bien les choses...
 
Ces trois semaines ont passé à la vitesse de la lumière, pas des fiottes les filles ! Et maintenant, plus personne n'a mal au derrière ni au genou, mais c'est fini pour elle. Nous allons échanger quelques affaires afin d'être équipés correctement pour affronter le climat sibérien automnal, passer encore quelques belles heures ensemble avant de nous dire au revoir et de continuer notre route, et pas la moindre. L'immensité russe, la Sibérie s'offrent à nous...
 
A bientôt.
 
 
 

Si Bérie m'était contée...

 

 

 

Bonjour,

 

 

 

Nous avons donc quitté les filles avec un brin d'émotion quand même. J'ai l'impression d'être rentrée trois semaines et de repartir en voyage. La page est tournée.

 

 

 

Nous filons droit vers la frontière russe, que nous passons sans problème particulier même s'il faut montrer huit fois le passeport. Nous sommes dispensés de la fouille et du contrôle des bagages, les employés sont plutôt souriants d'un côté comme de l'autre. En une heure et demie nous sommes de l'autre côté, belle prouesse. La frontière est très bien matérialisée sur le terrain, difficile de passer en fraude, tranchée sableuse, double barrière de barbelés bien hauts, et miradors...

 

 

 

Nous attaquons directement par un col, 9 km, et arrivés en haut, une voiture nous demande notre destination : nous sommes sur une mauvaise route ! Ils nous filent des trucs à manger, nous faisons demi-tour en maugréant contre nous-mêmes pour cette grossière erreur. De plus, il y avait un gros panneau d'indication ! Pour une fois.

 

 

 

Plus de yourte mais des petites maisons en bois, plus de 4 x 4 énormes mais des vieilles Lada menaçant de tomber en pièces à chaque trou, et ils sont nombreux, plus de « Sainbanou » mélodieux et chantant mais une langue rugueuse et hâchée. Rencontre avec un cyclo espagnol géant. Nous n'avons finalement guère avancé.

 

 

 

Le lendemain, rencontre avec un couple de cyclos français et un Danois en route vers la Mongolie, nous pique-niquons ensemble sous un abri bus paumé dans la taïga. Il se met à pleuvoir, quelques heures seulement. Puis ensuite il vente si fort que nous sommes scotchés au terrain, 6 ou 7 à l'heure en vélo droit, le double en vélo couché. Nous nous posons, ça ne sert à rien de laisser autant d'énergie pendant une heure pour faire 6 bornes. Le vent vient du nord-ouest, il chasse les nuages...

 

 

 

Nous sommes en Bouriatie, république de Bouriatie, les gens ne sont pas russes mais bouriates et affirment bien cette identité. Noirs de cheveux et les yeux légèrement bridés, ils se différencient bien des blonds aux yeux bleus... Mais les montagnes, elles, sont bien russes, et maintenant, on sait bien de quoi il retourne, ce n'est que le début, quand on évoque ces toboggans incessants, cette mer démontée. Pas d'eau courante dans les maisons. Nous devons prendre de nouveaux repères, de nouvelles habitudes et attitudes... Les quelques mots de russe appris lors de nos passages dans les pays de l'ex-union soviètique nous reviennent en mémoire très vite. La route est étroite, très bosselée et pleine de trous, raccomodée dans tous les sens et n'importe comment, et ils roulent bien assez fort avec leur tas de tôle ambulant... Nous avons changé de paysage dès la frontière et évoluons sur des collines boisées de pins : la taïga qu'on a tant attendue dans la province de Bulgan en Mongolie...

 

 

 

Rallier le lac Baïkal depuis la Mongolie sans passer par Oulan-Oudé est un défi : mais pour une fois, on ne le savait pas à l'avance, il y avait une petite route marquée sur une carte... Nous avons du passer un massif montagneux en poussant les vélos entre les flaques de boue, sur une piste qui au fil des kilomètres s'amenuise pour devenir sentier herbeux. Des forestiers nous tombent alors du ciel pour nous confirmer que nous sommes bien sur la « route » de Babushkin. Ils nous regardent d'ailleurs arriver avec des yeux tout ronds, se demandant, comme nous, ce qu'on peut bien foutre là au milieu avec des vélos. On a poussé treize bornes et ramé plus encore, passant des rivières l'eau au genou, embourbant les vélos, remplissant de boue la chaîne et ses gaines, le dérailleur... Mais, mais, mais, on a remarqué qu'il y avait toujours quelqu'un qui débarquait à l'endroit où nous hésitions entre deux pistes ! Bon, tout ça pour voir la plus grande flaque d'eau douce liquide de la planète, 636 km dans la longueur, 60 dans la largeur et 1600 mètres de profondeur : bienvenue au lac Baïkal, la perle de Sibérie. Ce lac pourrait être le point final d'un périple, un objectif, un but en soi. Il est d'un bleu profond. Voir le lac Baïkal et c... Continuer bien sûr. Nous l'avons longé une journée, avons campé sur sa rive, et l'avons déjà quitté. La voie ferrée le longe, nous repasserons par là, dans l'autre sens. Les villages aux maisonnettes de bois coloré s'égrennent et les habitants attendent derrière leur seau de patates, de tomates, d'oignons ou de pignons de conifères qu'un automobiliste leur achète leur maigre production.

 

 

 

Oulan-Oudé fut rapidement atteinte mais nous n'y faisons qu'une halte internet et ravitaillement. Le centre-ville est vite visité, plaisant. La tête de Lénine grimpe aussi haut que les bâtiments qui entourent la place. Nous rencontrons un couple de motards suisses venant de Karabovsk, ils nous donnent de bons renseignements sur la suite de la route.

 

 

 

Nous avançons toujours sur la M55, Michel a fixé le taf journalier à 100 km. C'est assez : le matin, nous ne pouvons pas décoller très tôt, il faut attendre que les premiers rayons du soleil, quand il y en a, viennent réchauffer nos vieux os. Les gelées nocturnes se sont invitées jusqu'à l'intérieur de la tente, nous avons sous la main en permanence les surchaussures, les gants, le buff, et la veste coupe-vent. Nous sommes tout de même en train de traverser la Sibérie en vélo, et l'automne est bien installé. D'ailleurs la végétation commence à prendre les teintes qui conviennent. La route est toujours bosselée et granuleuse, nous sommes Orangina : secouez-nous, secouez-nous ! Mais après Chita ça ira mieux ! Nous croisons beaucoup de camions plein d'autos d'importation qui arrivent tout droit du Japon, des seconde-mains. La chaussée n'est pas très large et les bagnoles ne s'écartent pas trop, nous sommes vigilants.

 

 

 

Les Mongoles nous avaient bien dit qu'il faudrait nous méfier des Russes, à cause de l'alcool, la vodka qu'ils boivent du soir au matin et du matin au soir. Mais jusque là, même si effectivement nous avons aperçu quelques silhouettes titubantes, nous ne nous plaignons pas de l'accueil de cette population. Les gens sont sympas, curieux mais pas crampons, souriants, serviables, compréhensifs devant notre incapacité à parler leur langue même si nous progressons tous les jours.

 

 

 

Les paysages alternent : nous traversons d'immenses plaines à grands coups de lignes droites vallonnées, attaquons des reliefs incessants dans des forêts profondes et sombres, où se mêlent pins, mélèzes et épicéas, avant de passer dans des zones marécageuses et tourbeuses où la blancheur des troncs des bouleaux étincèle. Les teintes sont mordorées ou vert vif, les grandes herbes blondes, les arbustes nains rouges, déjà. De belles rivières méandreuses apparaissent et disparaissent, des ruisseaux dans lesquels nous puisons notre eau sortent de partout. Entre les grandes villes, des hameaux et villages ponctuent notre route, mais ils sont toujours à l'écart et pas asphaltés, nous filons sur le macadam.

 

 

 

Nos endroits de bivouacs sont faciles à trouver bien que plusieurs conditions soient à remplir :

  • A l'abri des regards,

  • A l'abri du vent,

  • Pas de grandes herbes, à cause de la rosée qui nous mouillerait les pieds avant même de démarrer le lendemain matin,

  • Pas trop près des marais, à cause des moustiques encore à peine présents malgré le froid, et à cause du brouillard matinal.

  • Du bois, pour faire le feu,

  • Si possible du bouleau, pour préparer la torche. La torche est un bâton au bout duquel on fixe à l'aide de bois, d'herbe, peu importe, de l'écorce de bouleau en quantité suffisante. L'écorce de bouleau prend feu instantanément si on allume. Cette torche est mise à portée de main, juste vers l'entrée de la tente, et servirait à éloigner un éventuel visiteur non désiré. Lequel ? On ne vous le dira pas, mais c'est une grosse bête poilue et griffue qui hante les forêts sibériennes. On n'en a pas encore vu, ni de traces, mais si on campe en forêt, on prépare une torche.

  • Soleil levant : très important, pour que la tente sèche et ne pas avoir trop froid.

 

 

Voilà, dire qu'il y en a qui croient qu'on est en vacances ! Entre la frontière mongole et Vladivostok, ce sont plus de 4200 kilomètres, des températures qui deviennent basses. Nous faisons attention à toujours nous maintenir dans des conditions optimum de « confort », pas d'hôtel le long de la route, pas grand chose pour s'abriter, les abris-bus nous servent bien pour nos repas de midi, pris assis et à l'abri du vent.

 

 

 

Et le vent ? Vive le vent, vive le vent.... jusqu'à maintenant et à 90 %, effectivement, vive le vent, car nous l'avons dans le dos ! Et heureusement car il est froid, lui aussi.

 

 

 

Chita, 1100 bornes avalées déjà, en douze jours et demi, et ce matin en entrant en ville c'est du grésil que nous avons ramassé ! Chita : 400 000 habitants et impossible de nous loger : tous les hôtels sont pleins, les chers comme les moins chers, une femme nous aide, plus de deux heures à nous trouver de quoi dormir au sec et prendre une douche chaude. Les prix des hôtels sont élevés : pas une chambre sous les 50 Euros, en roubles ça fait 2000, alors en kopeks... Mais nous n'en aurons plus d'ici longtemps, Karabovsk peut-être, plus de 2000 km, alors.... Côté bouffe, c'est plutôt bien, on trouve de tout dans les grandes villes et tous les produits de base dans les épiceries des villages.

 

A Chita, comme partout, au centre, la place Lénine avec la statue imposante du monsieur. Les trois rues principales, parrallèles les unes aux autres sont bordées de bâtiments qui ont eu du style, mais qui tombent plus ou moins en décrépitude. Le vent s'engouffre, les caniveaux débordent, les gens pressent le pas, les voitures éclaboussent. Eclaircies bienfaisantes et averses glaciales mi-pluie, mi-neige, alternent à un rythme éffréné, éclairages provocateurs, contents d'être au chaud et au sec ce soir. Les dômes dorés de la basilique brillent et se reflètent dans les flaques.

 

 

 

Ce qui nous attend dans les prochaines semaines ? Du macadam, de la toundra, de la taïga, des jours qui rétrécissent et des températures qui chutent. Traverser la Sibérie en vélo n'est pas anodin mais nous sentons notre objectif à portée de pédales et notre motivation est gonflée à bloc.

 

 

 

A bientôt.

 

 

Personne ne descend du train à Mogocha.

 

 

 

Chita, sortie de la ville : le premier panneau que nous voyons nous indique Kabarovsk à 2165 km. Pas de bourgade vraiment significative et importante d'ici là, à part Birobidzan mais si proche de Kabarovsk. L'ambiance est plantée.

 

 

 

Les trois premières journées sont conformes à ce qu'on avait eu avant Chita : températures agréables en journée, nuits fraiches, vent dans le dos, tout va bien, nous pouvons nous rincer le soir et l'objectif des cents kilomètres journaliers est respecté. Sans plus. Faut pas exagérer, une fois effectué le taf, nous nous posons bien vite, les jambes sont contentes de trouver un peu de repos après ce qu'on leur inflige. La route ne suit pas du tout la voie ferrée et ne traverse pas les villages, qui eux, sont le long de la voie ferrée. C'est le prix à payer pour avoir du beau macadam : le ruban court et rebondit sur les collines mais évite tout sur son chemin. Faire des kilomètres.

 

 

 

Nous avons d'abord tiré à l'Est, puis au Nord-Est, nous ne savons pas exactement où nous sommes, cette nouvelle route ne figure pas sur nos semblants de cartes. De temps en temps, un panneau nous indique la distance restant à parcourir jusqu'à Kabarovsk, et tous les kilomètres, d'un côté les chiffrent vont croissant tandis que de l'autre, ils diminuent.

 

 

 

Nous avions fait les grosses réserves alimentaires à Chita, bien nous en avait pris, car je le répète, sur cette route : rien à part un pauvre café tous les quatre-vingt kilomètres, où l'employée semble attendre son heure de gloire. Les gens sont toutefois bien sympathiques. Quelle vie ! La grosse partie du très faible trafic est composée de voitures qui arrivent tout droit du Japon, pas encore immatriculées, juste un papier collé sur le pare-brise, facilement reconnaissables. C'est deux tiers des véhicules, berlines, camions, bus, tout compris. Les chauffeurs sont sympas et nous font signe régulièrement. Si nous faisons signe pour une raison ou une autre au bord de la route, même lancés à 120 km/h, les gens s'arrêtent. Certains le font spontanément pour nous prendre en photo.

 

 

 

Après Chernyshersk, les conditions sont devenues difficiles. Ca a commencé par un jour de vent de face, fort, du vent qui nous scotche, on ne fait pas cent kilomètres. Les jours suivants, le thermomètre ne passe pas au dessus de zéro, le ciel est gris, il tombe un mélange de pluie et de neige, puis seulement de la neige. De la neige sèche, qui ne tient pas, même si les sommets blanchissent et resteront blancs plusieurs jours, peut-être jusqu'au printemps, nous ne savons pas, nous avons passé notre chemin. De la neige comme quand il neige par vent du nord chez nous, ça cingle le visage dans les descentes, on rentre la tête dans les épaules et si on pouvait fermer les yeux derrière les lunettes on le ferait, comme ça on ne pleurerait pas. Vent, froid, neige, toujours dehors, nuit et jour. Les priorités sont : rester au sec, se préserver, avancer. Nous avançons, emmitoufflés dans nos Gore-Tex, surpantalons, surchausses et plastiques pour les pieds. Les nuits sont très froides, l'eau gèle dans les bouteilles et il faut mettre le miel et le Nutella dans les duvets sous peine de se priver de petit-déjeuner : à casser au pic à glace. Ca jette un froid.

 

 

 

Nous ne sommes plus toujours capables ces jours-là, de faire cent kilomètres, mais nous avançons tout de même, c'est l'essentiel. En dix jours, seulement deux heures passées au chaud, en deux fois, dans des cafés. Nous voulions faire des courses à Mogocha, 600 bornes de faites depuis Chita, mais comme toutes les autres bourgades, Mogocha est à l'écart. Je reste avec les vélos à la bifurcation, au chaud au café, en profite pour faire sécher bâche et tente, et Michel s'y rend en stop, 12 bornes, ça marche bien. A Mogocha, les températures enregistrées l'hiver descendent sous les – 60 ° C, ça ne rigole pas, et personne ne descend du train ici.

 

 

 

Mogocha, Amazar, Yerofey-Pavlovich, Urusha, Skovorodino, les noms défilent, nous n'avons plus de carte mais elle est imprimée dans la tête, nous flirtons un moment avec le 54 ème parrallèle entre Urusha et Skovorodino. Les kilomètres indiqués sur les bornes sont parfois fantaisistes, nous pouvons ainsi faire 145 km en une journée, ou en deux heures, ou en trois jours... tout en faisant toujours 100 km dans la réalité.

 

 

 

La route est belle et si les paysages sont un peu toujours les mêmes, ils sont absolument magnifiques. Nous sommes juste au bon moment, c'est une explosion de rouge, de jaune, de blanc, de vert. C'est grandiose : l'été indien. Les collines sont recouvertes par l'or des bouleaux, les fonds de tourbières sont rouge sang, les mélèzes encore bien verts. Même lorsque nous avons eu de la neige et des jours gris, cet univers en couleurs vives éclatait. Et ça dure des centaines de kilomètres. Un peu plus loin, à la latitude maximale atteinte durant ce périple, les feuilles des bouleaux dégringolent en de folles danses dans le vent et c'est au tour des mélèzes de jaunir. Les sous-bois sont magnifiques, on aimerait à peine plus de soleil. Mais ces couleurs à perte de vue, ces forêts sans fin, ça doit être pour ça qu'on est venu ! Pour quoi d'autre ?

 

 

 

Il n'y a rien, rien. Nous avançons, tournés droit vers notre objectif, sans rien d'autre en tête que de bouffer des kilomètres. C'est que nous avons peur du froid. Une fois redescendus en latitude et en altitude, nous le savons, il fera moins froid et nous serons passés. Mais d'abord nous devons passer. Le petit-déjeuner se prend dans la tente, le repas du soir à cinquante centimètres du feu que nous allumons systématiquement. Ca fait des semaines que nous n'avons pas pris un jour de repos, nous n'en éprouvons pas le besoin, nous allons bien, et depuis Chita pas l'ombre d'une salle de bain, ni d'une douche, le corps est lavé, ou plutôt rincé, mais pas la tête, il fait décidément trop froid..., ça commence à faire des dread's.

 

 

 

De temps en temps nous apercevons ou entendons un train, mais la route ne longe jamais la voie ferrée et c'est bien dommage car ça tirerait moins sur les guiboles. Bon, dans un autre sens, ça nous donnera autre chose à voir au retour, et pour le retour j'aimerais que ce paysage soit sous la neige...

 

 

 

Voilà, nous avons préparé ce post avant d'arriver à Skovorodino, point le plus septentrional de notre périple, ne savons pas s'il sera posté de cette ville ou de plus loin. Nous allons bien et avons fait plus de deux mille kilomètres déjà en Russie, en vingt deux jours. Nous retiendrons de cette route qu'elle est infernale pour les jambes : les dénivelées positives vont de 900 à 1400 mètres par jour, en quinze, vingt, trente fois, des bosses de 1 à 5 km, jamais plus. Alors on monte et on descend, on sue et on se gèle, et on recommence. Mais quand même, c'est quelque chose que ces étendues immenses. Par endroits, il semble que l'homme n'a jamais mis les pieds, les marais sont impraticables, l'eau est à fleur de terre partout entre les touffes d'herbes épaisses, et les sous-bois sont impénétrables. C'est sauvage, vraiment sauvage. C'est encore un endroit sur terre où la nature est à l'état brut. On prend l'eau dans les tourbières, dans les rivières ou les marais, et même dans les restos qui ponctuent la route, il n'y a pas l'eau courante. Bon, c'est pas grave, ici, c'est plutôt la vodka qui coule à flot ! Il passe des journées sans qu'on ne voie aucune construction, aucune maison, rien. Le macadam, les panneaux indiquant la pente à venir et sa longueur, les kilomètres, les double-voies quand ça monte à plus de 5%, et les petites coups de klaxons des chauffeurs. C'est tout, c'est tout notre quotidien, et pour le moment nous ne nous en lassons pas, nous goûtons et nous délectons de ce grand calme, la qualité du revêtement nous laisse tout le temps de rêver et de laisser vagabonder l'esprit...

 

 

 

Nous poursuivons notre chemin vers Vladivostok, venons d'ailleurs de passer dans la province « Amour », les croupes et les mamelons sont peut-être un peu plus arrondis, un peu plus doux... Il nous reste environ, et seulement, 2100 km à faire, et l'impression parfois que ça passe trop vite, que le but se rapproche à vitesse grand Vé, qu'on n'a rien le temps de voir arriver. On ralentira sur la fin !

 

 

 

A bientôt.

 

 

 

La grande traversée.

 

 

 

Bonjour,

 

 

 

La dernière fois, j'ai écrit que les bouleaux perdaient leurs feuilles. Après Skorovodino, nous sommes descendus en latitude, avons tiré Sud-Est, alors les feuilles sont remontées sur les branches et les mélèzes sont redevenus verts. Et puis d'ailleurs ils n'étaient plus seuls, nous avons vu apparaître des chênes et quelques érables. C'est bien, ça a mis du rouge dans le jaune qu'était dans le vert. On a revu quelques prés de fauche et des zones cultivées, le terrain s'est fait plus plat. Terminé les massifs montagneux et la crainte de la neige. Nous avons rangé les gants, les surpantalons et les surchausses, à part pour partir le matin, quelques kilomètres. Nous avons alors profité des couleurs de la nature sous des températures clémentes, avons poussé le vice jusqu'à ressortir les jambes, deux jours, et avons eu de nouveau Eole à notre avantage. Pas longtemps. Nos cents kilomètres quotidiens sont devenus une formalité, nous n'avons pas poussé les machines, il faut en garder sous la pédale, nous nous sommes arrêtés plus tôt, avons refait un peu de couture et de mécanique.

 

 

 

Après 11 jours sans lavage de tête (j'ai pas dit lavage de cerveau), nous avons fini par nous résoudre à sortir le réchaud en plein midi sous un abri bus au soleil pour faire chauffer de l'eau et sortir le shampoing : du grand bonheur. Nous avons découvert 3 kilomètres plus loin que dans certains cafés il y a possibilité de prendre une douche pour quelques milliers de kopeks !!! C'est fait pour les chauffeurs, … et les autres.

 

 

 

Nous avons parfois pris notre repas de midi dans ces cafés, pas grand chose dans l'assiette, et seule la note est salée. Mais à chaque fois nous devenons les mascottes et on y va de séance photo en démonstration de vélo couché. Sur la route, certains chauffeurs nous voient, qui nous ont déjà vu, il y a des abonnés à ce trajet entre Chita et Kabarovsk, et ça fait un mois que nous sommes dessus.

 

 

 

Pour revenir à la météo, nous pensons vraiment que c'est la bonne période pour faire cette route. Le froid n'a pas été trop mordant dans les montagnes, ailleurs c'est clément, les couleurs sont un enchantement, les jours assez longs et les moustiques nous foutent à peu près la paix. Et puis Septembre et Octobre, contrairement à ceux qui précèdent, sont des mois à faibles précipitations et nous n'avons que peu de risques d'avoir des jours entiers de pluie. Nous en avons cependant eu un, juste avant Birobidzhan. Nous sommes restés plantés la journée entière dans un endroit pas forcément sympathique ni confortable, au bord d'un chemin boueux à 2 bornes de la route. Et on a rigolé toute la journée. Rigoler, dans le jargon camping, ça veut dire creuser des rigoles contre l'inéluctable montée des eaux dans la tente ! Ca rigole moins tout d'un coup, et suivant le terrain, ça peut même rigoler jaune ! Le lendemain (aujourd'hui) n'étant guère mieux, on a décollé tout de même, ( il n'y avait plus le choix, les duvets étaient mouillés), et roulé jusqu'à la ville où nous nous payons une chambre « luxe » à la gare. C'est qu'il nous faut beaucoup d'espace pour faire sécher toutes nos affaires pleines de boue ! Et puis on pense l'avoir bien méritée ! Plus de deux mille bornes sous la tente, c'est pas rien ! Ce matin, le sommet des collines est couvert de neige !

 

 

 

La bureaucratie russe est toujours la bureaucratie russe et ça prend un temps fou pour avoir une chambre d'hotel : paperasses en bas, puis clef vers la dame d'étage... Et si on avait bien remarqué que les Russes en général sont très disciplinés et très polis, on remarque bien également qu'ici, rien ne se monnaie, et les « niet » tombent parfois très brutaux suite à ce que nous demandons avec le sourire. La Russie n'est apparemment pas un pays où on discute, c'est comme ça, un point c'est tout. On s'en accomode, ça a ses avantages aussi, pas de double tarif, les prix sont affichés....

 

 

 

Sur ce tronçon, nous avons laissé toutes les bourgades à l'écart. Pour les courses, on trouve du pain et du chocolat dans les cafés. Pour le reste, on a vécu sur les réserves dans les sacoches et quand il faut vraiment se ravitailler, j'attends avec les vélos à la bifurcation et Michel va en ville en stop. Les Russes sont pour l'instant très sympathiques et nous fournissent en eau le long de la route, en pastèques et en miel aussi. Oui oui, ici, c'est la saison des pastèques, parce que l'été il fait jusqu'à 40 degrés, climat continental de fou, et l'hiver idem mais en négatif. Les chauffeurs, les ouvriers de la voirie, un peu tout le monde, les gens s'arrêtent et nous prennent en photo. Quand ils prennent connaissance de notre trajet, uniquement en Russie, ils se prennent la tête à deux mains, puis font le signe des montagnes russes et disent même parfois : cauchemard ! Ce mot doit être identique chez nous et chez eux !

 

 

 

Et puis nous avons été invités à dormir. Nous avions déjà planté la tente au bord d'un chemin en forêt et une bagnole s'est pointée, avec trois occupants qui cherchaient leurs trois vaches. Quelques minutes plus tard, nous démontions notre campement et suivions la bagnole, de nuit, jusqu'au village. Petite maison, gens très modestes, c'est un peu vieillot, genre ferme du Haut Doubs dans les années cinquante, mais ils ont le coeur sur la main. Nous remangeons, la purée était un délice, nous avons droit à de l'eau chaude pour nous laver, des linges tout neuf qui n'essuient pas pour nous sécher, et Nina est contente de nous montrer qu'ils ont le téléphone, la télévision et.... un ordinateur. Tenez vous bien, dans ce bled paumé de quelques âmes, ils nous connectent à Internet ! Pendant le repas nous écrivons nos ages avec le doigt sur le mur de la cuisine contre lequel est adossée la table minuscule, et s'ensuit une séance de photos de famille... Nina appelle tout le monde au téléphone : des Français chez eux, vous ne vous rendez pas compte, ils vont à Vladivostok en vélo, ils sont partis de chez eux il y a dix mois, et ils campaient sur le chemin des vaches. Nous sommes l'événement. Nous espérons que l'expérience se renouvellera. En guise de petit-déj nous aurons une platrée de pâtes et un sac de victuailles à emmener dans les sacoches, et pas question de refuser !

 

 

 

A partir d'Obluche, nous avons neuf heures de décalage horaire avec vous, sommes entrés dans la province autonome juive, petite, et avons tiré à l'Est. Eole s'est montré parfois méchant carrément avec nous, force 8 plein museau, on n'avance pas vite. Puis nous avons retrouvé des montagnes russes bien casse-pattes. Le compteur a passé depuis un moment les 20 000 kilomètres et d'ailleurs depuis ce jour, je me traîne une tendinite carabinée à l'intérieur du genou droit, que je soigne.

 

 

 

Cette route est en montagnes russes parce que le terrain en fond de vallée ne permet pas une stabilité suffisante. D'ailleurs quand la route passe dans les marais, souvent, elle s'affaisse ou fait des vagues malgré les mètres cube de remblais. Pas de consistance et peut-être des mètres de tourbe en dessous. Alors elle passe dans et sur les collines, là où le sol est surement plus stable, plus rocheux et du coup elle monte et descend sans arrêt. Aucun tunnel sur cette route, et seulement des petits ponts pour enjamber les cours d'eau, pas de viaduc. Elle a été faite par tronçons mais la route dans son intégralité a été inaugurée cette année seulement, au printemps, par le président Poutine. Il reste quelques kilomètres non asphaltés. Alors Poutine est monté dans une Lada et a fait la route, mais la Lada est tombée en panne et il a fallu en faire venir une autre afin que le président puisse terminer le trajet ! On a du mal à imaginer comment ça pouvait être avant mais les photos vues sur Internet montrent des camions enlisés jusqu'au moyeu dans la boue. Nous ne nous attendions pas à avoir de l'asphalte tout le long et avons été agréablement surpris avant d'arriver en Russie, d'entendre plusieurs témoignages allant dans le même sens : la route est terminée ! Eh ben heureusement ! Parce que honnêtement, la même chose sur piste aurait été très long, très très long. Quatre mille bornes de taïga, de tourbières, de marais, de forêts. Belle route. Avant il n'y avait que la voie ferrée, que nous prendrons normalement au retour.

 

 

 

Et à force de faire des kilomètres et des tours de pédale, les bourgades ont défilé, on a dépassé la moitié du chemin entre Chita et Kabarovsk, avec la borne où le même chiffre est inscrit des deux côtés, puis celle où on attendait peut-être une agréable surprise mais qui fut aussi impersonnelle que les autres, la 1664, nous avons salivé un peu il faut l'avouer. Et nous avons approché Birobidzhan, où nous nous trouvons actuellement. Ces derniers soirs, il fut difficile de planter la tente dans des endroits secs et sains : des tourbières et des marais et des hordes de moustiques à nouveau, minuscules, mais tout aussi assoiffés que les autres. Nous avons diminué la distance journalière, car nous pouvons nous le permettre maintenant, et puis à cause aussi de cette foutue tendinite. Après plus de 20 000 bornes, on n'y croit pas. Du coup je me suis remise à boire abondamment. Les paysages de la province autonome juive (où il ne reste que 2,5 % de Juifs) sont superbes, les collines qui dépassent des marais sont recouvertes de toutes les couleurs automnales.

 

 

 

Kabarovsk n'est qu'à deux jours de vélo de Birobidzhan, où nous comptons prendre quelques jours de repos et loger chez des couchsurfers avant la dernière ligne droite plein sud vers Vladivostok. Le texte de ce post est tout mélangé, c'est pas structuré, tant pis, c'est le foutoir.

 

 

 

A la prochaine.

 

 

J'ai tant révé du fleuve Amour

 

 

Bonjour,

 

 

 

Nous arrivons à Kabarovsk après deux jours passés à jouer au chat et à la souris entre sérieuses giboulées neigeuses et éclaircies bienfaisantes. Depuis Birobidzhan, le terrain est plat, désespérément plat. De chaque côté de la route granuleuse à souhait : des marais, des marais, encore des marais. Impossible de s'écarter de la route sans se noyer dans cet élément mi-terre mi-eau qui occupe des milliers de kilomètres au carré. A Sminovitch, nous arrivons dans la tourmente et trouvons refuge pour un moment dans une station-service où l'employée nous offre chaleureusement thé et biscuits. L'hôtel de la bourgade propose des chambres à 70 euros sans douche ! Ca fait beaucoup ! L'averse passe, le ciel s'éclaircit, nous reprenons la route, le terrain est gaugé, les voitures éclaboussent, il est 17 h30, inch'allah !

 

 

 

Nous avisons alors un chemin pas trop boueux. Au bout de ce chemin, l'emplacement est parfait, herbe rase, soleil levant, pas trop de boue, plat, horizon dégagé à peine pour voir arriver l'ennemi (!) mais il y a une vieille Lada, portes grandes ouvertes. Personne. Nicolaï arrive un peu plus tard, le sourcil broussailleux, pas très volubile, il traîne un peu la jambe. Nous entamons la conversation. On ne comprend pas trop ce qu'il fait là, nous pensons qu'il va partir mais non, il passe la nuit dans sa Lada, sans jamais lancer le moteur. Il fait un froid à fendre les pierres. Dans la nuit, la portière claque une ou deux fois. Au matin, il nous convie à nous chauffer au feu qu'il a allumé, nous propose du thé, nous dit en russe le nom des oiseaux qu'on entend. Mystérieux mais attachant personnage. Tout ce que nous savons est qu'il nous a vu sur la route, qu'il habite Birobidzhan, qu'il a une fille. Nous partons.

 

 

 

A l'entrée de Kabarovsk se situe le grand pont qui enjambe le fleuve Amour. Il mesure 3,5 km de long. Interdit aux piètons, interdit de prendre des photos. Nous nous arrêtons plusieurs fois pour faire des images ! Il nous faut au moins une demie-heure pour couvrir la distance, le pont monte d'un bout à l'autre, les giboulées se succèdent. Ambiance. A l'autre bout, nous avisons le poste de police et demandons à téléphoner à nos hôtes qui viennent nous chercher. Le policier garde son assise, ne sourit guère, mais sort son portable, va jusqu'à préciser notre position, et nous laisse rentrer au chaud pour attendre. Froid mais très serviable. Nous suivons la voiture jusque chez nos hôtes, à 15 km, pas très loin du centre. Natasha et Serguei sont informaticiens en freelance, disponibles, aux petits soins pour nous. Lessive, douche, repas, conseils, tout.... L'ambiance est chaleureuse et Serguei nous fait découvrir la ville et les environs pendant deux jours. Adorables. Cette première expérience de couchsurfing est une réussite.

 

 

 

Kabarovsk, 600 000 habitants, est une ville très agréable, le centre au moins, avec moult parcs et jardins qui bordent le fleuve mythique, les gosses qui courrent après les pigeons et les vieux qui leur balancent des miettes (aux pigeons !). Fontaines et bassins, rues très en pente. La ville est batie sur des collines, on la croit plate mais arpenter les boulevards et les avenues nous rappelle le relief des dernières semaines : montagnes russes, on n'en sortira décidément pas. La météo est parfaite, il fait même chaud. Les bâtiments de l'époque stalinienne côtoient les églises orthodoxes aux dômes étincelants. Dans la soirée nous assistons à un spectacle de sons et lumières avec les jets d'eau et feux d'artifice. Ces deux jours de repos nous font le plus grand bien, nous réalisons que nous étions fatigués tout de même.

 

 

 

Nous apprécions de plus en plus ce peuple russe. Les gens nous envoient des baisers quand ils apprennent que nous sommes Français, il n'y a jamais aucune moquerie par rapport à mon vélo. Ils sont polis, les jeunes comme les moins jeunes. Ils sont très serviables, calmes, simples. Sous la froideur et la dureté de leurs traits, il y a une gentillesse envers nous, je ne sais pas, mais ils nous sont très agréables et nous nous sentons vraiment bien pour l'instant dans ce pays. Il nous est très facile de nous faire comprendre avec nos quelques mots, notre vocabulaire s'étoffe chaque jour, et nos relations avec eux donnent vraiment envie d'en apprendre pour pouvoir mieux communiquer. Nous espérons que tout cela va continuer, nous aimerions plus souvent dormir dans les familles.

 

 

 

Sur ces bonnes paroles, j'envoie ce post, vous aurez été gâtés ces derniers jours. Les prochaines nouvelles viendront de Vladivostok.

 

 

 

A bientôt.

 

 

La ville au bout de la route.

 

 

 

Bonjour,

 

 

 

Après trois nuits et deux jours passés à nous reposer et à visiter Khabarovsk, nous reprenons la route. A la sortie de la ville nous découvrons le kilométrage exact jusqu'à Vladivostok : 768 km : une bagatelle par rapport au chemin parcouru mais pas la porte à côoté non plus. Nous nous sommes fixés 80 kilomètres par jour comme objectif. Toujours des objectifs ! Et nous nous en expliquons : cette route russe est longue, très longue, ce sont 4200 km en tout, quelques villes seulement dignes d'une halte, alors si on ne se fixe pas quelque chose et qu'on commence à s'arrêter pour un oui pour un non, nous n'en viendrons jamais à bout. D'ailleurs la lassitude commence à s'installer, on la sent qui se pointe, nous sommes toutefois trop proche de l'objectif final, au bout de la ligne droite, pour qu'elle ait raison de nous. Si on met trop de temps à traverser l'Est russe, on risque de perdre la motivation, il faut rester dans le coup, il faut tenir jusqu'au bout, il faut profiter de l'élan... Bon voilà, c'était un peu pareil en Chine. En fait, quand les conditions deviennent moins confortables, plus difficiles, nous avons besoin de nous fixer chaque jour un objectif réaliste, de jouer avec les chiffres et les kilomètres... Si on dépasse l'objectif tant mieux, si on le tient c'est bien, si on n'y arrive pas on fera mieux demain !

 

 

 

Les trois premiers jours furent agréables bien que le vent soit de face constamment, mais pas trop fort. On a ressorti les jambes et les bras, on a arrêté de faire du feu le soir, c'était bien. Nous avons eu peur toutefois quand la cassette du vélo de Michel s'est fait la malle sur la route ou presque, l'écrou d'un côté, les billes de l'autre, nous sortons le démonte-cassette, remettons tout en place, ça ne rebougera pas jusqu'à Vladivostok. Ouf ! Le troisième soir, nous avons été inquiètés par une épaisse fumée de l'autre côté de la colline, nous pensons à un feu de friches, mais de la friche, il y en a des kilomètres au carré. Nous surveillons. Le quatrième jour, le vent a été plus fort et les feux se sont multipliés. On a commencé à psychoter pour trouver un endroit sûr pour poser la tente. On a peur du feu. Sous la tente, dans un sommeil profond, on peut se retrouver pris au piège facilement. Le feu avance et progresse, de jour comme de nuit, le vent peut changer de direction dans la nuit, tous nos sens restent en alerte. Et une braise incandescente sur notre toile suffirait à la faire flamber, avec nous dedans. On plante la tente ce soir-là au bord d'une rivière et pas trop loin de la route, tant pis pour le bruit.

 

 

 

Le cinquième jour a un goût de fin du monde, une atmosphère lugubre, glauque, ça crâme partout, nous voyons les fronts de flamme qui courent sur plusieurs kilomètres, la fumée envahit le ciel et masque le soleil. Nous avançons dans un brouillard malodorant, passons quelques zones foulard sur le museau. Ce sont des feux volontaires, les grandes herbes folles et jaunes qui dansaient dans le vent laissent la place à un sol complètement calciné, d'où sortent les troncs des arbres, noircis à leur pied. De plus ce jour là, le vent est violent, de face. On s'accroche pour faire nos 80 bornes et on termine sous la flotte. Des jours à se foutre une balle tant c'est déprimant, mais nous avons le moral, nous avançons malgré les difficultés et avons dépassé la moitié des 768 km... Le sixième jour, c'est l'apocalypse, de chaque coté de la route : un mur de flammes, deux ou trois mètres de haut, la chaleur est intenable, la fumée nous fait tousser et pleurer, il nous est impossible de nous arrêter, les flammes viennent lécher les sacoches parfois, nous ne voyons pas à vingt mètres. Les bagnoles passent vite. Le goudron fond par endroits et nous dégoulinons. On ne sait plus où rouler car au bord, les flammes sont trop proches mais au milieu, il y a la circulation. C'est l'enfer !

 

 

 

Allez allez, arrête ton char Ben-Hur. C'est vrai quand même jusqu'à la fin du cinquième jour. Nous avons eu ensuite des conditions agréables au niveau météo, toujours du vent de face, et quelques feux au loin. Le trafic s'est fait de plus en plus dense, très pénible. La route est parfois trop étroite, les véhicules passent trop vite et trop près. Un jour, nous sommes filmés et photographiés sous toutes les coutures par une télé locale. Tous les jours quand le thermomètre est à son maximum, nous nous heurtons à des cohortes de coccinelles, des milliers, des nuages de coccinelles en plein vol. Alors dans les montées, elles se posent sur nous, jusqu'à quarante ou cinquante, c'est trop, elles rentrent dans le tee-shirt et dans les lunettes, elles s'accrochent et tiennent bon. Dans les descentes, on prend leur carapace à pleine vitesse, elles nous percutent avec violence et quand c'est dans la figure, ça fait mal !

 

 

 

Nous arrivons à Ussurisk, dernière grosse bourgade avant Vladivostok, aucune réponse positive de la part des couchsurfeurs dans la ville au bout de la route, nous irons à l'hôtel ! Il reste un peu plus de cent bornes, pas des plus faciles. Montée-descente-montée-descente-travaux-poussière-montée-travaux-descente-poussière... Il fait beau mais la brume nous empêche de voir la mer, on ne sait même pas si on devrait la voir !

 

 

 

V'la Divostok : la ville au bout de la route.

 

 

 

Après un dernier bivouac avec des odeurs de fumées intempestives à cinquante six kilomètres du but, nous commençons mal la journée : un kilomètre après le départ, un accident s'est produit sur la chaussée, un pièton maintenant mort git sur le macadam, bousculé par une bagnole. Ca jette un froid, pas de badaud, personne d'autre que deux bagnoles de police et ce corps sur la route. Nous passons à deux mètres et la pomme d'Adam fait un aller-retour dans la gorge. Tout le long nous avons remarqué que les Russes qui périssent sur la route sont réincarnés en volant décoré de fleurs, il y en a des centaines le long de cette route. Nous sommes assez contents et soulagés d'arriver sains et saufs.

 

 

 

Trente bornes, plein de bosses et bien de la poussière et des travaux plus tard nous trouvons une espèce de monument marquant l'entrée de la ville, nous immortalisons l'instant, il reste toutefois au moins vingt-cinq bornes à faire, et bien des bosses encore à passer à 6km/h. A un moment nous avons aperçu la mer à droite. On ne doit plus être loin. L'entrée en ville se fait petit à petit, pas bien marquée, c'est énorme, 730 000 habitants, ça bouchonne, nous nous faufilons, demandons notre direction dans le tumulte et le vacarme ambiant. La pollution nous prend un peu la gorge et se colle à nous, nous encrasse. Le centre est casse-pattes, c'est indécent de finir par un truc pareil ! Nous nous attendions bien sûr à des haies d'honneur, des caméras et tout le toutim, des invitations, des hôtels grand luxe et des buffets gargantuesques, la fanfare, des lumières, des visites guidées et un billet de retour offert. Rien. Nous arrivons comme deux cyclistes crasseux, le cheveux hirsute, les joues poussièreuses et les fringues délavées par le soleil et les kilomètres parcourus. Tout juste si les gens n'ont pas peur de nous quand on les accoste pour demander un renseignement ! Et puis la gare est apparue sur la gauche, tout au bout de la péninsule sur laquelle est bâtie la cité. Il paraît que ça ressemble à San Fransisco, pour la situation sur les collines mais pas plus alors. Le nom de la baie est toutefois emprunté à Istambul : la corne d'or. Bien.

 

 

 

Nous stoppons là. Nous sommes au bout de la route, nous ne pouvons pas aller plus loin, à droite, à gauche, devant : la mer. Il fait chaud. Nous sommes arrivés et contents de l'être. Les sentiments qui ressortent à ce moment là ressemblent à de la satisfaction, du soulagement peut-être, de la joie aussi. C'est : « Yeh ! On l'a fait ! ». C'est le bonheur d'avoir tout fait sur le vélo, et la certitude d'avoir réalisé un truc ! Un gros truc ! Peut-être même un truc de fous ! Et je ne voudrais pas refaire, le chemin à l'envers …. Arrivés, nous sommes arrivés ! De la jungle birmane à la taïga russe. Il nous tarde vraiment de prendre une douche et de nous poser sur un vrai lit (depuis Chita, et encore...)

 

 

 

Nous n'avons pas vraiment le temps de réaliser ni de savourer l'instant. Il faut trouver à se loger. Nous atterrissons, après deux heures de recherches à arpenter les trottoirs trop pentus de la ville, dans un hôtel avec vue sur la mer, wifi gratuite, eau chaude, frigo, vélos sur le balcon, petit-déjeuner inclus, buffet à volonté. La chambre est vieillotte mais assez spacieuse, le papier-peint date de Mathusalem, on s'en fout, le reste compense, nous sommes à cinq minutes à pied de la gare et du centre névralgique et le soir, depuis notre balcon, nous voyons le soleil qui descend dans la mer... Ah ! C'est romantique ! Juste aujourd'hui car ils annoncent trois jours de pluie, aurions-nous eu de la chance ?

 

 

 

Le compteur indique 21 495 kilomètres. On n'y croit pas nous-mêmes, il va falloir digérer tout ça, nous ne réalisons pas encore. Dix mille visages déjà, autant de paysages, et ce n'est pas terminé. C'est tout simplement énorme. Et en tout exactement 44 518 bornes pour traverser l'Asie. Nous ne connaissons pas la ligne droite. Nous aurions pu aller plus à l'Est par la route, bien sûr, plus au nord, à Port-Vanino, nous avons hésité, mais seule Vladivostok est le terminus du vrai transsibérien. Voilà.

 

 

 

Vladivostok est toute entière en travaux, des ponts, des buildings, les rues, tout est en construction pour la conférence internationale de 2012 sur l'économie. Six milliards de dollars d'investissements. Le taux de chômage de la région (Primorski) est quasi-nul ! Les rues éventrées laissent voir la boillasse de la ville, les tuyaux en tous genres du sous-sol. La ville n'est « ouverte » que depuis 1992, elle était fermée depuis 1958. Son développement est donc très récent. Nous avons deux jours encore pour visiter, dans la brume, avant de monter dans le train pour arriver à Moscou le 23 à 11 heures. Les vélos prendront probablement un autre train, ils nous attendront à la gare de Moscou, et sont peut-être déjà partis...

 

 

 

La suite du voyage n'est pas encore très bien définie, nous verrons suivant les conditions météo, nous avons encore un peu de temps devant nous, et même pas marre de pédaler, avons très envie de rentrer en vélo depuis St-Pétersbourg. Alors restez connectés, y'en aura encore, nous ne faisons qu'un intermède !

 

 

 

A bientôt.

 

 

 
 

Vladivostok.

 

 

 

La première impression que donne la ville n'est pas forcément très agréable. Embouteillages, gaz, tout est trop serré, les rues trop en pente sont étriquées, et de plus en ce moment, elles subissent une grosse opération chirurgicale, tout est ouvert, tout est en travaux. Pour la première journée que nous passons ici, la ville est noyée dans la brume, nous ne savons distinguer le ciel de la mer, l'horizon n'existe plus et le haut des buildings disparaît dans les nuages. Monde en noir et blanc. La pluie n'est pas là pour arranger les choses. Nous avons mille choses « administratives » à faire, ça tombe bien.

 

 

 

Vladivostok signifie littéralement « diriger l'Est », en anglais « To rule the east », a été fondée en 1860 et est devenue une base navale en 1872. La voie ferrée, le transsibérien y arrive en 1891, inaugurée par le tsar Nicholas II. Vladivostok devient un énorme port où marins, spéculateurs et marchands de tous les pays arpentent les quais. Pendant la guerre contre le Japon en 1904-1905, la chute de Port-Arthur donne à Vladivostok un rôle stratégique crucial. Les Japonais ont le dessus et tiennent la ville jusqu'au 25 Octobre 1922, date à laquelle les forces russes entrent victorieusement et reprennent la cité, la dernière à tomber. Dans les années qui suivent Staline fait déporter ou tuer la plupart des étrangers habitant la ville. Fermée de 1958 à 1992, la ville explose ensuite et son développement est très récent.

 

 

 

La ville est située sur une péninsule étroite et montagneuse. Ca monte et ça descend partout, tout le temps. Au sud, on ne distingue pas bien la différence entre la péninsule elle-même et les deux îles qui la prolongent. Tout est dense, les canaux maritimes entre la ville et les îles sont étroits et encombrés. Un pont monumental est en construction pour relier la corne d'or au centre ville ainsi qu'un autre pour relier la corne d'or à la première île. Les piliers se trouvent une petite place entre les constructions et le pont enjambe parcs, bâtiments et rues avant de jeter son tablier haut par dessus les flots. L'accès au pont se fait par un tunnel sous la colline, gigantesques travaux !

 

 

 

Dans les rues principales, les rails du tramway et les fils électriques qui vont avec semblent obsolètes. Nous n'avons pas vu un seul tramway, moyen de transport apparemment abandonné. Nous avons traîné nos baskets sur les collines par un premier jour où le soleil brille dans le ciel mais où la brume enveloppe les bas-quartiers, le port et la gare. Entre les rues, les escaliers abrupts permettent d'atteindre rapidement le promontoire où les deux frères moines qui ont inventé l'alphabet cyrillique portent leur croix et dominent la baie. La vue est belle certes, on y voit les bras de mer, le bout de la péninsule, le port... Point de passage obligé pour la séance photos lors des mariages, la balustrade est chargée de cadenas, et en ce samedi, les mariés défilent les uns après les autres à une cadence infernale. Ca fait la queue !

 

 

 

Pour dégringoler, nous pourrions prendre le funiculaire mais préférons le photographier depuis les escaliers. De ci, de là, les bulbes dorés d'une église orthodoxe ressortent tandis qu'à côté, les fléches pointues d'une église luthérienne crèvent le ciel. Le plus grand poète russe, Pushkin, a droit à son petit monument ainsi que tous les soldats morts au combat pendant la seconde guerre mondiale, ou celle contre le Japon. On trouve des mémorials à tous les coins de rue, amiral machin et capitaine truc...

 

 

 

Nous sommes revenus au niveau de la mer et découvrons l'arc de triomphe, rien à voir avec celui qui est à Paris, il est tout petit et très coloré, dans un jardin public. Puis nous débouchons sur le mémorial de la seconde guerre mondiale, avec sa flamme éternelle, ses plaques de marbre chargées de noms, ses fresques, et le C56, sous-marin d'une longueur impressionnante. Dans le port sont amarrés quelques bâtiments de la marine russe, tous ne sont pas forcément encore en activité.

 

 

 

Nous arrivons alors sur la place Bortsov revolutsii. Les étales de légumes, fruits, miel, poissons, bonbons et autres denrées alimentaires sous les parasols colorés mettent de la couleur au pied des statues monumentales. Derrière, les bâtiments historiques de la ville s'alignent, restaurés et repeints, ça a du cachet. Le marché est tranquille, les gens aussi.

 

Quelques encâblures encore et nous atteignons l'embarcadère d'où nous pouvons prendre un bateau pour le Japon, la Corée, Shangaï, Petropavlovsk Kamchatski ou Magadan... nous ne sommes pas concernés, pas cette fois-ci en tout cas. Nous prenons le train, donc retour à la gare ferroviaire. Sur un poteau décoratif et discret quelque part sur le quai est inscrit « 9288 », c'est la distance que nous avons à parcourir par le rail pour rallier Moscou. Un coup d'oeil au service des bagages spéciaux nous permet de constater que nos vélos sont déjà en route, manière de dire...

 

 

 

Troisième jour, le ciel n'est pas totalement dégagé par contre la brume a disparu et la vue est bien meilleure. Nous profitons encore de ce jour pour affuter nos mollets, si toutefois c'est nécessaire avant six jours et demi d'immobilité.

Et finalement, cette ville qui au premier abord semble bien trop surpeuplée nous dévoile ses rues piètonnes, ses parcs et jardins, ses places, et son bord de mer, qui après travaux, c'est certain, auront vraiment belle allure. Nous avons passé un agréable séjour ici, admirant de notre chambre le coucher du soleil sur la mer. Les températures sont plus que clémentes, plus de 20 degrés, nous sommes en chemise mais les autochtones sont plus frileux que nous et ont déjà sorti les petites laines, preuve que le climat ici n'est pas très rigoureux. Nous sommes au 43 ème parallèle, le sud de la France, profitons-en, ça ne va pas durer !

 

 

 

A demain dans le train !

 

 

 

Petite histoire du Transsibérien.

 

 

Dans la seconde partie du 19 ème, les états industriels les plus avancés engagent une compétition mondiale qui prend la forme de conquêtes continentales. A travers l'Afrique, les Amériques et l'Asie, les expéditions se multiplient dans les contrées reculées, exploitent les matières premières et « apprivoisent » les autochtones. Le chemin de fer devient symbole de puissance, de richesse. Le nombre de kilomètres et la production de puissantes locomotives deviennent l'indicateur de développement industriel tandis que le design des gares exprime la prétention impériale.

 

 

 

Les ambitions russes se tournent vers l'immense Sibérie et la lointaine côte pacifique. L'oural est déjà relié à Moscou et St Pétersbourg. La distance de Saint Pétersbourg au Pacifique est mesurée lors d'une expédition terrestre hasardeuse et l'itinéraire est arrêté pour la plus longue ligne de chemin de fer du monde : le grand Transsibérien (The great transsiberian railway). Le sud est privilégié pour permettre aux futures populations de vivre dans un climat propice aux cultures, mais les industriels des villes du nord, où se situent les mines, râlent de se voir mis à l'écart.

 

 

 

En Mars 1891, le tsar Alexandre III décide la construction de la ligne et les travaux démarrent dans la foulée. La première pierre est posée à Vladivostok par son fils Nicholas. La ligne est un défi, le tracé coupe d'épaisses forêt, enjambe d'innonbrables rivières, passe des chaines de montagnes et traverse d'instables zones de marais et de tourbières. Les travaux s'effectuent à la pelle et à la pioche par des ouvriers recrutés à travers tout le pays qui travaillent sous le soleil cuisant, dans le froid glacial, risquent les maladies mortelles, les bandits et les tigres pour un salaire de misère et poussés par des chefs tyraniques. Malgré les obstacles, la construction avance rapidement et simultanément sur sept tronçons différents. En 1905, lors de la révolution, les ouvriers du transsibérien sont en mesure de paralyser le pays et 8 000 gardes sont employés pour empêcher tout mouvement et calmer les meneurs. Mais les ouvriers s'organisent en un mouvement puissant et commencent par faire grève pendant deux mois en début d'année. Au début leurs exigences concernent leurs salaires et le temps de travail mais deviennent vite politiques, comme le droit à la grève. Le mouvement prend encore de l'ampleur et s'étend à une grève générale des chemins de fer du pays. Le mouvement s'éteint après Octobre, le tsar promettant l'instauration d'une monarchie constitutionnelle.

 

 

 

La construction du pont de 2,6 kilomètres sur le fleuve Amour à Khabarovsk en 1916 marque la fin des travaux et l'ouverture intégrale de la ligne dont un des buts principaux est d'établir des populations à l'Est et de développer la Sibérie, dont le sous-sol regorge de richesses. Entre 1860 et 1890, 500 000 personnes migrent et entre 1891 et 1914, ce sont plus de 5 millions de nouveaux immigrants qui s'installent en Sibérie. Le prix du ticket pour parcourir 3200 km est de 20 roubles, prix dérisoire qui permet au citoyen ordinaire de faire le voyage.

 

 

 

Le développement de la Sibérie est tel que rapidement une seconde voie parrallèle est construite, les ponts en bois sont remplacés par des ponts en fer ou en acier et les rails légers par d'autres plus lourds et plus « durables ». Dans les années 50 et 60, le développement de la Sibérie est boosté par la découverte de gaz et de pétrole. Une raffinerie est installée à Omsk et des usines chimiques à Irkoutsk. En 1970, 13 villes sibériennes dépassent déjà les 250 000 habitants. Les populations autochtones sont intégrées dans la masse et en 1970, elles ne représentent que 4% de la population. Le développement de la Sibérie provoque évidemment des effets destructeurs sur l'environnement, les préoccupations des dirigeants étant loin de toute considération environnementale. L'éclatement du bloc soviètique et les faillites qui suivirent freinent cependant la desctruction, ainsi que la ratification en 2004 du protocole de Kyoto. On pourrait parler longtemps des effets environementaux désastreux des usines russes autant que chinoises (beaucoup de cours d'eau chinois finissent un jour ou l'autre dans le fleuve Amour) sur la région.

 

 

 

En 2008, les dirigeants de 100 firmes japonaises se sont réunis à St Petersbourg concernant l'octroi de 638 milliards de dollars pour la rénovation et l'amélioration de la ligne avant 2030. A noter que la ligne actuelle est complètement saturée, le trafic y est impressionnant, le moindre incident paralyserait l'ensemble du trafic. Les trains sont ponctuels.

A la prochaine !

 

 

Etude du comportement social d'un échantillon de la population russe en vase clos.

 

 

 

Deux heures du matin, les portes des wagons s'ouvrent toutes en même temps, les « provodnitsa » descendent les quelques marches et se postent sur le quai pour contrôler les passeports et les billets des passagers. Dans la salle d'attente, il y avait une seule famille avec des enfants très turbulents. Evidemment, ils occupent les compartiments à côté du notre. A 2 h 27 pétantes en ce 17 Octobre, le train s'ébranle et nous voici partis pour six jours et sept nuits. Notre arrivée à Moscou est prévue pour le 23 à 11 heures, dans cent soixante heures. Sur les billets, tous les horaires des trains grande distance sont indiquées en heure de Moscou, le décalage est de 7 heures, nous sommes donc officiellement le 16, et il est 19 h 27. La provodnitsa est comme une hôtesse de l'air, sauf que les hôtesses de l'air ont le sourire et ne poussent pas des gros soupirs de raz le bol quand un passager demande un renseignement. Elles sont au nombre de deux par wagon et se relaient, passent le balai dans les compartiments et le couloir une fois par jour, nettoient et approvisionnent en papier les toilettes, veillent à ce qu'il y ait de l'eau chaude et régulent le chauffage, ferment les toilettes quand on approche des gares, jettent les poubelles sur le quai lors des arrêts, gèrent les conflits, et brandissent un baton jaune pour confirmer que tout est en ordre avant le départ du train ou pour appuyer les ordres qu'elles aboient aux passagers. Ce dernier point est valable dans notre wagon uniquement, les autres provodnitsa du train sont agréables et souriantes ! Et la notre n'est pas celle de la photo ci-contre.

 

 

 

Voilà, nous sommes sur le chemin du retour, nous commençons à rentrer, déjà. Ca fait bizarre. Heureusement, nous allons le faire très lentement cette année. Le train est aux trois quarts vide, et nous passons la première nuit seuls dans notre box. Le lendemain, la météo est maussade, nous croisons quelques giboulées et à Khabarovsk, le vent qui balaie le quai est glacial. Le train se remplit mais nous avons la chance de rester encore seuls dans notre compartiment. Avant la seconde nuit, la tempête de neige blanchit le sol et à Obluche, il y a déjà quelques centimètres de poudre blanche.

 

 

 

Nous entamons sereins une seconde nuit. Pas longtemps. Deux types débarquent dans notre compartiment pour y prendre place. Le hic est qu'ils sont pleins comme des huîtres, titubent méchamment, empestent la vodka à cinquante mètres, en ont visiblement encore une cargaison en stock dans leurs bagages, parlent fort et ricanent. Ne pouvant pas monter seuls sur leur couchette, ils s'écroulent sur celle de Michel, le bousculant sans ménagement. Nous faisons appel à la provodnitsa qui nous dit que c'est comme ça en Russie, qui les aide à atteindre leur couchette et qui maudit ces p... de Français, sans discrétion. Je lui dis que je n'ai pas payé pour être avec des saoûlards, elle me répond qu'ils ont payé aussi, qu'ils ne peuvent pas prendre l'avion parce qu'ils sont ivres, mais que nous aurions pu, nous, prendre l'avion. Là, ça cause ! Pas de solution, nous devons supporter. Je découvre un compartiment vide un peu plus loin et commence à déménager mais elle me renvoie vers les ivrognes, en promettant qu'à Belogorsk, dans trois heures, on verra avec la police.

 

 

 

Nous nous recouchons mais les deux compères sont infects et après quelques minutes je vais m'allonger, sans déménager, dans le compartiment vide. Le train stoppe, nouvelle gare, et bien sûre, deux femmes montent et occupent le compartiment où j'étais. La provodnitsa finit par examiner la situation et leur demande si ça les dérange que nous soyons là, nous demande à nous si le fait qu'on se retrouve sur des couchettes supérieures nous enquiquine. Trop contents d'apercevoir peut-être le bout du tunnel, nous déménageons prestement. A noter que les occupants des box voisins avaient l'air de défendre leurs compatriotes alcoolisés, comme quoi nous redevenons vite des étrangers indésirables dès que le vent tourne. La provodnitsa nous a bien dit que notre déménagement était provisoire, une nuit seulement, qu'il faut qu'elle voie pour la suite avec son « boss ». Transsibérien : un train de rêve !

 

 

 

Nous nous attendions à de la neige au réveil mais rien, le ciel est grand bleu, les flaques sont en glace, nous avançons doucement, le soleil brille et surchauffe encore le wagon que les provodnitsa maintiennent déjà à vingt huit degrés en permanence. Nous étouffons sans pouvoir ouvrir les fenêtres. Pour commodités nous avons des toilettes, des prises de courant en 220 V dans le couloir, ce qui me permet de travailler sur l'ordinateur, et de l'eau chaude disponible à volonté, pas pour se doucher mais pour des boissons chaudes. Les gosses ont repris leurs courses folles dans le couloir, les jouets émettent des sons qui finissent par agacer quand ça dure des heures, vivement que les piles soient mortes. Les avions en papier volent et excitent les mômes. Les parents ont-ils une once d'idée en prenant ce type d'occupation pour leurs bambinss chéri dont un passe son temps à pointer son majeur en l'air devant les autres passagers ?

 

 

 

Nous apprenons vers onze heures que nous pouvons rester dans ce compartiment en compagnie de ces deux femmes un peu simplettes jusqu'à Moscou. Nous avons perdu dans l'opération nos couchettes inférieures mais on s'en fout. Deux passagers normaux prennent place dans le box des ivrognes et comme par hasard, moins de dix minutes après, la provodnitsa intervient déjà ! Les parents des différents gosses sont limite de se foutre sur la gueule et bizarrement, nous récoltons maintenant quelques sourires. A notre bout du wagon c'est calme et on fait connaissance avec d'autres passagers. Un type cherche désespérément sa couchette mais il se trompe de wagon, il est largement imbibé ça va sans dire, il ouvre quatre fois le même box, est quatre fois surpris de ne pas reconnaître ses compagnons de voyage, il a fallu lui dire son erreur de wagon ! Les provodnitsa sont hyper autoritaires et ne font pas la différence entre les gens corrects et les autres, c'est un peu dommage. Dans le train il y a un wagon restaurant. Les arrêts les plus longs permettent de faire des achats à proximité des gares.

 

 

 

A l'extérieur le paysage défile, nous passons sous les ponts sur lesquels nous sommes déjà passés et revivons le film à l'envers. C'est toujours aussi superbe et l'ampleur, la dimension, les kilomètres fascinent. Les feuilles sont définitivement tombées, c'est un peu plus gris mais c'est tellement sauvage. Un gamin balance une caillasse sur le train, qui vient exploser la partie extérieure du double vitrage, là où Michel était. Aux alentours de Skorovodino, Amazar et Mogocha, pas de neige mais les rivières pourtant importantes sont déjà recouvertes d'une épaisse couche de glace, ce qui en dit long sur les gelées qu'il a pu faire depuis notre passage il y a moins de trois semaines... Le soleil se couche à nouveau, nous avalons petit à petit le décalage horaire. La police monte à Mogocha mettre de l'ordre dans le fond du wagon...

 

 

 

Le jour se pointe vers 8 h 30, nous sommes à Karimskaya, bientôt Chita. La nuit a été calme, nous dormons comme des loirs. Dans la journée nous étendons nos relations aux deux compartiments voisins, tandis que la provonitsa, (que j'ai surnommé l'altérophile en culotte courte parce qu'entre ses heures de service, elle arpente le wagon en short, il faut que je prenne une photo) montre maintenant les crocs quand elle s'adresse à nous, qui ignorons pourquoi, peut-être une forme de racisme primaire... Les paysages ne varient guère, c'est incroyable ces millions de kilomètres au carré sans grosse modification du terrain ! Taïga ! Ca donne tout de même envie d'aller voir plus au nord, ces étendues me fascinent. Dans la soirée la provodnitsa réussit à s'engueuler avec sa collègue du wagon restaurant, souriante ! Y'a d'la vie dans notre wagon, les familles aussi se prennent la tête ! Le wagon n'est jamais aéré, au bout de trois jours ça commence à sentir sérieusement mauvais, un mélange d'odeurs de bouffe (les Russes aiment bien le poisson fumé), de parfum, d'haleine pas fraîche, d'alccol fort, de fringues qui puent la clope et la sueur... Le prestigieux train n°1 est climatisé, nous sommes dans le n°239. Plus le numéro est élevé, moins le service est bon... Fallait-il le savoir !

 

 

 

Nous longeons le Baïkal, dans la nuit complète, Michel s'est relevé, le train passe parfois si près que les vagues viennent s'écraser au pied du mur de soutènement de la voie ferrée. Dans le milieu de la nuit, sans nous en rendre compte nous passons Irkoutsk. Quand le jour se lève pour la quatrième fois, rien n'a changé à part quelques têtes dans le wagon, les maisonnettes sont toujours identiques, pas de culture, mais des friches, des bouleaux et des conifères. Le ciel est dégagé et les gosses n'attaquent pas trop fort ce matin. L'avantage d'être dans un wagon de familles est que le soir, ça se calme dès que la nuit tombe alors que dans un wagon où il y a des jeunes et des bidasses, ça joue aux cartes et picole bien en parlant fort jusque tard dans la nuit. Certaines personnes vivent enfermées dans leur compartiment depuis quatre jours, nous n'avons pas encore vu leur visage. En général, les gens laissent leur porte ouverte sur le couloir dans la journée, pour l'impression que ça donne d'agrandir l'espace vital en ayant la vue sur le paysage des deux côtés. Les gosses turbulents sont partis vers l'autre partie de la famille dans un autre wagon, on y gagne calme et silence, ça fait du bien à tout le monde. De l'autre côté de la vitre il se met à neiger, il fait enfin une température acceptable à l'intérieur. Je passe régulièrement une partie de mon temps avec les gens du compartiment voisin et le voyage devient agréable. Sur le quai, sous la neige, lors des arrêts, nous achetons quelques produits frais aux vendeurs ambulants, qui vendent aussi des plats de type Bolino, des jus de fruits, de l'eau, des saucisses, des poissons fumés et sèchés, bref, de quoi se nourrir la moindre. Dans la soirée, nous arrivons à Krasnoyask, au delà du 56 ème parrallèle, et nous traversons le fleuve Yenisei.

 

 

 

Nous ouvrons l'oeil alors que le train entre en gare de Novossibirsk, 1 500 000 habitants. La gare est phénoménale, comme à Krasnoyarsk, Oulan Oudé ou Chita. Cinquante minutes d'arrêt, nous prenons l'air tandis qu'un contrôleur tapote une à une les roues et les ressorts du train pour déceler les éventuelles fissures. Ca tinte le long du quai, dans la froidure. Ils refont aussi les pleins d'eau et de charbon dans chaque wagon, pour le chauffage. A la sortie de la ville, nous passons l'Ob. Une des provodnitsa m'a adressé la parole normalement ce matin, et même souri ! On progresse... Chacun a trouvé sa place dans ce wagon et l'ambiance est maintenant plutôt détendue et sereine. Le wagon est toujours surchauffé, mais le voyage est agréable et les heures passent vite. Aux passages à niveau, il y a une barrière, des feux et une sonnerie, un garde-barrière et en plus, des volets métalliques qui se lèvent, sortent de la route. Si avec ça il y a des accidents ! La journée passe, ciel gris et paysage d'une monotonie de folie. Désespérément plat, peu de villages. Cependant quelques cultures font leur apparition dans le décor. Plus on avance, plus le wagon est calme. Les gens s'installent dans une semi-léthargie, les regards deviennent vitreux à force de voir défiler du paysage, on ne mange presque plus rien, on somnole, on attend le prochain arrêt important qui nous permettra d'aller prendre l'air, de nous dégourdir les jambes, de nous réveiller un peu. Nous passons Omsk et la rivière Irtych.

 

 

 

Le sixième jour démarre tôt, nous avons mis le réveil pour voir la gare de Yekaterinbourg, à quatre heures. De toute façon, le décalage horaire n'est pas totalement absorbé et nous sommes réveillés très tôt. D'anciennes locomotives à vapeur sont mises en exposition sur le quai des gares les plus importantes, une par gare. Les familles aux enfants turbulents, qui occupaient trois compartiments, sont descendues du train dans la nuit. Le wagon est de nouveau à moitié vide. Une trentaine de kilomètres à l'ouest de Yekaterinbourg, à la borne 1777, nous apercevons dans la nuit le mini monument qui marque le passage en Europe. Voilà, nous sommes revenus en Europe, il est 4 heures ce 22 octobre, heure de Moscou. De moins en moins à dire sur le paysage qui ne varie guère. Et l'habitat est le même d'un bout à l'autre du pays. Nous étendons encore nos connaissances et voyons des photos de la partie caucasienne de la Russie, frontière avec la Géorgie. Heureusement que le voyage dure une semaine car certains mettent déjà cinq jours à se décongeler puis deviennent ensuite si volubiles qu'ils donnent l'impression de vouloir rattraper le temps perdu ! Nous sommes invités partout, serons obligés de revenir dans ce pays. Lors d'un voyage jusqu'à l'autre bout du train par l'intérieur, nous nous rendons bien compte qu'un tiers des gens sont sous l'effet de l'alcool...

 

 

 

Dans la journée nous passons Perm, dont la gare est un gros bâtiment cubique et gris, puis Kirov, latitude maximale atteinte. En effet nous ne suivons pas tout à fait l'itinéraire du transsibérien et passons plus au nord. Nous avons vu des photos du train n°1, le tissu clair remplace la moleskine des banquettes, le wagon est plus clair, plus sophistiqué mais finalement pas grand chose de plus. La télé dans les compartiments ne nous intéresse pas du tout, si c'est pour se retrouver avec des Russes qui l'écoutent fort à longueur de journée, bonjour le cadeau ! Nous ne regrettons plus notre choix.

 

 

 

Finalement, nous faisons un bon voyage et avons un bon aperçu du comportement social des Russes en vase clos ! Le nombre de gens pleins est impressionnant. Sur le quai d'une petite gare où l'on pouvait acheter des crocodiles en peluche grandeur nature, nous rencontrons un type extraordinaire : il maitrise l'anglais et le français en plus du russe évidemment et commence à me parler de la France mieux qu'une encyclopédie, comme ça, sur le vif, en avouant n'avoir pas parlé autre chose que le russe depuis cinq ans, et il est plein comme une huître ! Cinq minutes suffisent, sinon, c'est lui qui va m'en apprendre sur mon propre pays et j'aurai honte. Ce type saoûl qui n'a plus que deux dents devant vend des bières et autres alcools sur un quai de gare... Notre poignée de main fut franche. A Kirov, nous dépassons le 58 ème parrallèle. Il ne fait pas froid, les flaques ne sont pas gelées. Le gulf stream étendrait-il son influence jusqu'ici ? Epicéas et pins se mêlent aux bouleaux déplumés. Nous entamons notre dernière nuit.

 

 

 

Tout le monde est debout à 4 heures du matin dans le wagon, nous passons la Volga à Kostroma, même s'il fait nuit, nous voyons qu'elle est très large. Nous avons absorbé sans souci quatre ou cinq des sept heures de décalage horaire. Le ciel est gris, jour de pluie. Vers sept heures, alors qu'il reste quatre heures de voyage, les gens se préparent à descendre du train. Nous avons le temps. Nous ne pouvons même pas dire avoir trouvé le temps long, on prend nos habitudes. Ce qui fut finalement le plus pénible ? La température excessive dans le wagon et le manque d'aération. Lors des arrêts prolongés, les provodnitsa étaient très à cheval sur le fait que les portes du couloir restent bien fermées ! A noter que nous sommes mal tombés, les autres wagons sont plus frais et les provodnitsa ont le sourire !

 

 

 

Ce pays est immense. Le train roule comme un TER chez nous. Nous avons fait cent trente arrêts dont une vingtaine de plus de vingt minutes, avons passé au moins sept heures arrêtés dans les gares sur un total de cent soixante. Ce qui est surprenant, c'est de voir que d'un bout à l'autre de la Russie, les habitations sont absolument identiques partout et que le terrain est lui-même d'une monotonie impressionnante. Et les parties offrant le plus d'intérêt sont indéniablement celles que nous avons pédalées, entre le Baïkal et Vladivostok.

 

 

 

Des gares, des trains, des panneaux d'affichage, des salles d'attente, des rails, des quais, des marchands ambulants, le paysage qui défile à travers la vitre : notre vie pendant une semaine. Fin de l'intermède, nous arrivons à Moscou à la gare Yeroslavski, le train est à l'heure. Nous allons pouvoir reprendre le voyage... et une vie normale.

 

 

A bientôt.

 

 

Citadins.

 

 

 

Dix jours déjà sans vélo, nous arrivons à Moscou par une journée froide et grise. Le vent balaie le quai, nous recoiffe, et nous cherchons à nous mettre à l'abri. Nos vélos ne sont pas arrivés, il faudra venir le 25 à partir de 8 heures, mais le 25, ils nous demanderont de payer deux jours de stockage car les vélos étaient là le 23 ! Nos hôtes, Mickaël et Irina, eux, sont au rendez-vous, et en vélo ! Une petite heure après être descendus du train, nous prenons... le train, pour aller jusque chez eux, dans le nord de la ville. Nous nous installons vite fait puis il est décidé d'une ballade à pied. Pour ce faire nous devons d'abord prendre... le métro. Le métro de Moscou est superbe, certaines stations méritent qu'on descende du train juste pour les visiter avant de continuer le trajet. La promenade nous fait d'abord découvrir la chaine de restauration « My My », au décor de vache. « My My » est la transcription de « Meuh meuh » en cyrillique ! Ensuite nous enjambons la rivière qui porte le nom de la ville, à moins que ce ne soit l'inverse, et longeons les quais avant de prendre une averse bien froide sur le dos mais de néanmoins poursuivre jusqu'à l'un des plus grands bâtiments de Moscou : l'université. Moscou possède sept bâtiments appelés les sept soeurs, construits à l'époque stalinienne, qui sont particuliers. L'Université est le plus somptueux, les autres sont devenus hôtels, ministères ou logements. Depuis l'esplanade, nous avons une vue d'ensemble sur la ville et la rivière qui la traverse en prenant son temps, faisant des méandres autant de points de repère pour le touriste tout juste arrivé !

 

 

 

Irina et Mickaël travaillent et pour le restant de notre séjour à Moscou, nous nous débrouillons. Etant donné la météo maussade, lundi débute par une visite des plus belles stations du métro. Les gens se ruent habituellement sur la place rouge, nous visitons l'underground ! Les escalators sont impressionnants par leur hauteur. Nous avons ensuite poussé la porte du Kremlin, y avons visité toutes les églises histoire de nous mettre au chaud. Par quelques détours, nous avons atterri par hasard sur la place rouge, qui n'était pas vide mais pas loin ! Le musée national d'histoire et la basilique St Basile, le Kremlin et la superbe façade du magasin GUM : voilà ce qui entoure la place. Et le mausolée, pourtant imposant, de Lénine passe presque inaperçu tant les autres monuments sont énormes. La place est pavée et fait une forme un peu en banane, ce qui est plutôt original. Une des plus belles places du monde, indéniablement. Mais le ciel est gris, les photos aussi et les dômes ne scintillent pas du tout. Par contre nous, on sautille,... pour ne pas mourir de froid ! Un tour dans le quartier Kitaï Gorod et ses belles façades, un passage en douce devant Lubianka : l'ex-siège du KGB, et nous voici revenus, de nuit cette fois-ci, sur la place rouge. C'est mieux pour les photos, au moins, le ciel couvert ne gâche plus le tableau !

 

 

 

Le lendemain, la météo n'est pas meilleure, et suite à l'expérience de la veille, nous mettons une épaisseur de plus, ainsi que gants et bonnet pour poursuivre notre visite de la ville.

 

 

 

Comme les feuilles tombent des arbres, on voit plein de gens armés de balais qui en font des tas. Et puis le centre ville est très propre, pas un mégot, pas un papier. A part ça, les Moscovites féminines, comme dans toutes les grandes villes russes, sont extrêmement élégantes, et même sophistiquées et souvent perchées sur de hauts talons aiguille, portent à 95 % les cheveux longs. On a remarqué dans le métro pas mal de gens qui lisent des livres électroniques. A part ça, beaucoup trop de gros 4 x 4, Mitsubishi, Toyota, mais surtout BMW, et Porche, bien panossés et pas une vieille Lada dans les rues de la capitale. Les jeunes militaires russes portent toujours le manteau long et la chapka comme dans les vieux films et ça nous fait bizarre, ça n'a pas changé un poil. Les Russes nous citent tous Alexandre Dumas père et Maurice Druon, Louis de Funès et Patricia Kaas, sans oublier Joe Dassin dont ils sont tous fanatiques. Dans le métro aux heures de pointe, ça court autant qu'à Paris.

 

 

 

Pas un vendeur de glace ces jours, mais pas non plus de marrons chauds, par contre, un grand choix de chapkas (chapeaux en poils) et de matruchkas (poupées russes). Les Russes mangent beaucoup de kartochka (patates), sous forme de purée. Nos hôtes partent bosser à 10 heures et rentrent douze heures plus tard, ils sont sportifs. Nous sommes arrivés à la gare Yaroslavski et repartons de la gare Leningradski, elles se touchent. Les Russes qui nous ont accueuillis chez eux jusqu'à maintenant occupent de petits appartements dans des bâtiments hideux très soviètiques. Une cuisine, salle d'eau, une autre pièce et c'est tout. Par contre pour entrer, au moins un code et trois clés, ils se barricadent sans savoir pourquoi. Dans le métro, les Moscovites font la même tête que les Parisiens, c'est pas vraiment la fête. Les automobilistes ne sont pas trop mal élevés, il arrive qu'ils stoppent leur engin pour laisser passer un pièton ! Il n'est pas rare que les magasins d'alimentation soient ouverts 24/24, nous ne savons plus quel jour nous vivons.

 

 

 

Moscou regorge de choses à voir, de musées, de bâtiments, de façades et ce n'est pas en trois jours que nous verrons ni ne connaîtrons la ville. Et puis, il est difficile de flâner et de musarder par les températures glaciales qui nous font plutôt accélérer le pas... Mais ça faisait longtemps qu'on n'avait pas vu une ville aussi riche en patrimoine.

 

 

 

Le 26 Octobre à 22 heures, nous sommes sur le quai avec vélos et bagages. Les portes s'ouvrent, la provodnitsa descend, nous avons des billets pour les vélos mais le train ne comporte pas de wagon spécial bagages et on ne voit pas comment faire entrer et caser nos véhicules entre les couchettes. C'est un wagon dortoir, sans compartiment. Cinq minutes avant le départ nous sommes toujours sur le quai avec notre barda, un jeune russe tente de nous aider depuis trente minutes. Au dernier moment, nous démontons les roues et perchons un vélo au dessus de notre couchette, tandis que l'autre voyagera au dessus de la tête d'autres passagers compatissants à l'autre bout du wagon ! Le voyage dure 7 h 30, ça nous a paru une minute ! Nous avons somnolé plus que dormi.

 

 

 

Gare de Saint Petersbourg, nous remontons nos vélos sur le quai et attendons que le jour se pointe avant de traverser la ville. Plus de douze bornes pour aller chez Rimma, avec qui nous habiterons quelques jours. Par la fenêtre nous avons une vue imprenable sur la baie. Le temps est le même qu'à Moscou et les escalators dans le métro tout aussi longs. Les quais qui bordent les nombreux canaux ainsi que la rivière Neva sont magnifiques, une succession de façades très travaillées, pastel, et les monuments, musées ou églises sont grandioses. Moscou paraît si petit, ici, ce sont toutes les rues du centre et des îles qui offrent à voir. C'est très vaste. Trois jours ont juste suffit à survoler l'essentiel, il est vrai que les journées commencent tard, le jour ne se lève qu'après neuf heures, et les Russes chez qui nous habitons plus tard encore ! Saint Pétersbourg est une très belle cité comme souvent les villes bâties sur l'eau. Chez Rimma, nous sommes très à l'aise. Elle travaille comme femme « à tout faire » dans une famille. Ménage, repassage, garde des enfants, des chiens, repas parfois... Son salaire lui permet de vivre décemment et de partir en vacances à l'étranger, Europe, Asie du Sud-Est. Elle vit seule. Comme ailleurs, l'appartement est simple et petit mais douillet. Elle ne possède pas de moyen de locomotion.

 

 

On pourrait comparer St Petersbourg à Venise, sauf que les rues et les canaux ici sont beaucoup moins étriqués, plus larges, la ville est plus aérée. Les bateaux mouches promènent les visiteurs mais point de gondoles, trop vaste. Les dômes dominent les toitures, ils finiront par étinceler le dernier jour, et au hasard de nos pas, nous débouchons soit sur un canal soit sur un bras de la Neva, que de nombreux ponts enjambent. Pendant une heure trente chaque nuit, les tabliers de ces ponts sont levés pour laisser passer les gros navires. Pour y assister, il faut y être à deux heures du matin, mais à cette heure là, ni métro ni minibus... St Pétersbourg s'étale sur les rives de la baie et occupe aussi les îles que forme le delta. Celui qui visite Moscou après St Pétersbourg prend le risque d'être déçu.

 

 

 

Nous avons terminé notre séjour ici par une promenade en ville avec Rimma, puis par un « concert » offert, violon et piano au théâtre philarmonique de la ville. On était évidemment gaupés comme des rhinocéros, et coiffés comme des choucroutes, et on dénotait la moindre parmi le beau monde petit bourgeois (euh non, petersbourgeois !!!). Rimma m'a prèté un grand châle pour cacher un peu la misère, surtout que j'ai fait une tâche de graisse sur mon futal au resto juste avant. Au plafond de la salle il y a avait des angelots et des dorures sur les murs. Les femmes avaient fait leur chignon et agitaient un éventail, nous, on était plutôt épouvantail. Les anciens tentaient de régler leur sonotone. Décidément, nous ne sommes pas très à l'aise dans la haute société qui ne l'était même pas. Bon, on a écouté du piano et du violon pendant deux heures, les spectateurs disciplinés ont apporté des fleurs pour les artistes et ont applaudi à s'en choper des ampoules. Le piano était Steinway et le violon Stradivarius.

 

 

 

Nous avons passé quatre journées pleines et nous sommes bien reposés avant de nous remettre en selle même si le seul fait de mettre le nez dehors nous incite plus à rester au chaud ! Ce n'est pas la température qui fait le froid, ce sont les 93% d'humidité.... bord de mer. Toutefois, une journée de ciel bleu nous prouve que nous pouvons avoir du beau temps, c'est possible ! La météo nous annonce une semaine nuageuse mais sèche, températures saisonnières mais vent d'ouest modéré à fort... Va falloir mettre le nez dans le guidon !

 

 

 

A bientôt

 

 

Sortie de Russie.

 

Il fallait du courage pour démarrer en vélo ce lundi matin de St Pétersbourg. D'ailleurs on a bien failli ne pas repartir, avons longuement hésité. Un coup il pleut, un coup ça s'arrête alors un coup on y va, un coup on n'y va plus. On a fini par y aller. La sortie de la mégapole de 4,5 millions d'habitants nous a pris plus de deux heures. Traversée intégrale. Trente cinq kilomètres. Pas franchement une partie de plaisir... Dans la banlieue, on ramasse la flotte, la partie ne s'annonce pas facile. Nous abattons 75 kilomètres le long de la côte avant de poser la tente au bord de la mer, grise, comme le ciel, comme l'horizon, comme tout.

 

 

 

Le lendemain matin après une nuit sèche et calme, nous sommes arrêtés par les militaires au bout d'un kilomètre. Nous sommes soit disant en zone frontalière, nous ne pouvons pas passer, il sort même un papier où il est inscrit dans toutes les langues que nous devons passer par la route « magistrale » ! Bien sur, mais si on veut passer la frontière faut bien entrer en zone frontalière. C'est louche, nous sommes à plus de cent bornes. Soit, demi-tour ! La « magistrale » que nous avions bien pris soin d'éviter est une nationale pas plus large qu'il ne faut et assez chargée en trafic. Comme la veille, le vent de face est fort et nous n'attendons pas autre chose dans les jours qui viennent. En fin d'après midi, un crachin nous fait appréhender le bivouac, nous demandons l'hospitalité dans un bâtiment agricole et nous retrouvons à quatre dans une pièce sommaire mais chauffée. Alexander est le chef, l'ouvrier Iliaz est kirghize. Ce dernier vient bosser une année pour se faire un max de fric avant de retourner chez lui où il n'y a pas de travail, à Osh. Nous passons une excellente soirée. Alexander nous dit alors que la zone frontalière interdite est en fait une zone on ne sait quoi « army atomic »

 

 

 

Pays Baltes. Pologne. Tchéquie. Retour.

 

Les jours se suivent et se ressemblent, rien d'autre à voir que la bruine et le crachin. Nous devinons cependant des champs labourés et boueux en cette saison, et traversons quelques zones forestières ou de tourbières et marais. Ivangorod, ville frontière, nous changeons nos roubles en... euros ! A la banque, ils me donnent des euros ! On le savait mais on n'y croyait plus. Nous voici revenus dans la vieille Europe, dans l'espace Shengen, et pour le coup, depuis le 1er Janvier 2011, l'Estonie est à l'euro. Ca fait un petit quelque chose quand même. A la frontière nous nous gelons pendant une heure à faire la queue dans un méchant courant d'air. Le type devant nous nous offre une bouteille d'eau et une boite de « Vache qui rit ». Nous sortons de Russie sans souci, nous attendons à de sévères contrôles pour entrer dans l'espace Shengen mais rien. Rien. Même pas un petit contrôle de bagages ou un chien qui reniffle. Nos passeports nous sont rendus dans les deux secondes, sans être tamponnés. L'impression d'être chez nous même s'il reste 2900 bornes à faire, au moins ! Nous roulons en Europe, et nous voyons aussi où va une partie de notre argent : dans la réfection des routes estoniennes, des panneaux énormes nous le rappellent !

 

 

 

Nous poursuivons dans le crachin. Encore une nuit sous la tente. Nous avons pris deux heures de décalage horaire d'un coup, il fait jour vers 7 h 30 le matin, mais nuit noire à 16 h 30, nous changeons l'heure à nos tocantes mais pas notre rythme de vie : départ aux aurores. Dorénavant, à huit heures nous sommes sur la route. Zéro plaisir sur le vélo ces quatre premiers jours. Les douleurs dans les jambes sont un enfer, pas vraiment des courbatures, mais plutôt une fatigue musculaire accumulée depuis longtemps et qui ressort par ce temps humide qui met les muscles et les articulations à rude épreuve. Encore. Et puis ce vent de face, toujours, qui use, qui lessive. Le terrain est plat, nous n'avons jamais le moindre répit dans l'effort. Les camions traînent derrière eux un nuage de flotte et nous entrons dans le tourbillon du brumisateur à chaque fois qu'un poids lourd nous double tandis que le souffle puissant qu'entraînent ceux qui nous croisent nous cloue sur place à chaque fois. Que du bonheur ! Nous demandons l'hospitalité encore, et passons une nuit supplémentaire au chaud, sommes choyés. Nous avions prévu un tas de détours par les parcs nationaux ou les bords de mer, mais avons eu vite fait de changer notre fusil d'épaule et tirons au plus court. La Baltique n'est pas fréquentable à cette époque !

 

 

 

Nous débarquons cependant à Tallinn sous un ciel bleu qui nous fait un bien terrible. Une quinzaine de jours que ça n'était pas arrivé, depuis Vladivostok. Nous visitons une partie de la vieille ville, superbe, avant de traverser l'aglomération de nuit pour nous rendre chez Mari, notre hôte dans la capitale.

 

 

 

Tallinn est une petite capitale, 400 000 âmes, et il est plaisant de retrouver des villes à échelle humaine après Moscou et St Pétersbourg. La vieille ville est entourée de remparts très bien conservés et la partie haute offre sur le port et l'ensemble de la ville des vues superbes. Les clochers des nombreuses églises dépassent de la mer de toits rouges. Le centre est piétonnier, les façades sont d'un style jamais vu ailleurs, dans les tons pastels, mais pas de colonnades ou de motifs et sculptures grandioses. C'est plus simple, plus sobre mais l'effet est garanti. Belles places, pavés, ruelles tortueuses, lampadaires en fer forgé superbes, le personnel des restaurants, hôtels et boutiques sont en tenue d'époque et nous sommes projetés quelques siècles en arrière. Il y a de la vie. Nous voyons partir de gros bateaux pour la Finlande ou la Suède, juste en face.

 

 

 

Quand je dis à Mari que finalement peu de Français maîtrisent une autre langue que celle de Molière, elle me répond que peu d'Estoniens ne savent que la leur. Petit pays de 1,4 millions habitants, ils sont tournés vers l'avenir et sont visiblement très ouverts. Autre gros changement : les automobilistes s'arrêtent pour laisser passer les piètons. Dans les supermarchés, on voit du comté, du morbier, du bleu, de tout... Tout est comme chez nous, enfin...quand nous sommes partis ! Nous ne savons que deux mots dans la langue du pays et n'aurons pas le temps d'en apprendre plus que nous serons déjà ailleurs. Mais cette langue sonne comme le Finnois, loin du Russe, que certains habitants se refusent à parler même s'ils la maîtrisent encore parfaitement. L'indépendance n'est pas si vieille, 1991.

 

 

 

Demain matin nous reprenons la route vers Riga en Lettonie, motivés par la météo favorable qui est annoncée. Seul le vent maintenant du sud nous freinera dans notre élan...

 

 

 

A bientôt.

 

 

 

Tallinn-Riga

 

 

 

Bonjour,

 

 

 

Le chat de Mari à Tallinn fut fatal à Michel qui reprend la route avec une crise d'asthme carabinée malgré la cortisone. Il a du mal à respirer, siffle comme une bouilloire. Le temps humide n'aide pas, ça durera jusqu'à Riga, quatre jours, avec évidemment la suite attendue : bronchite. Nos jambes quant à elles, ont repris l'habitude de pédaler sans se tordre de douleur, et le vent est toujours de face malgré notre virage !

 

 

 

Nous avons coupé à l'intérieur des terres par des routes secondaires qui deviennent parfois des pistes, avant de retrouver la mer à Parnu, station balnéaire où je me mets les pieds sous l'eau chaude du lavabo de la pizzéria où nous nous engouffrons, pour tenter de les réchauffer avant de poursuivre, sans même prendre une seule photo du centre-ville, non pas que ce ne soit beau, bien que le gris du ciel ne donne pas un bel effet, mais parce qu'il faudrait ôter les gants... Le temps est toujours le même, gris et humide mais sans précipitation. La nature est morte en cette saison, la terre est foncée, les arbres dépouillés. Les bagnoles allument leurs phares toute la journée. Bon d'accord c'est obligatoire ! Mais quand même, il fait sombre. Le soleil ne se montre pas et à ces latitudes en cette saison, les jours sont aussi courts que chez nous en plein hiver. Peu de luminosité, on a rangé les lunettes de soleil depuis un moment.

 

 

 

Il ne fait pas très froid mais l'humidité ambiante nous met vraiment mal à l'aise. On colle, on ne sèche pas si on transpire, ou alors il faut garder nos habits mouillés sur nous pendant des heures. Pendant ce temps on se pèle. On a l'impression que toutes nos affaires sont humides. Camper une nuit n'est rien mais il est difficile de le faire deux nuits, la tente ne sèche pas, nos duvets pompent l'eau de l'air, comme le reste. Alors, pour ne pas subir ces désagréables conditions, quand arrive 15 h 30, c'est à dire une petite heure avant la nuit noire, nous frappons aux portes des maisons où nous voyons de la lumière. On se paie le culot de demander l'hospitalité. On y va de notre petit discours, et heureusement pour nous, les Estoniens ou Lettons sont rares qui ne parlent pas quelques mots d'anglais. Tous comprennent le Russe, sauf les jeunes. Alors le hasard nous fait tomber sur toutes sortes de gens mais nous n'avons jamais eu, jusqu'à présent, à frapper à plus de deux portes avant d'avoir une réponse positive.

 

 

 

L'accueil est cependant un peu bizarre à nos yeux, on nous montre une pièce ou un endroit où poser nos valises et nous installer, mais ensuite, ils ne cherchent pas le contact ni à savoir qui nous sommes. C'est un peu l'indifférence. Pourtant Tevo, bucheron, nous a proposé le sauna et nous a sorti une carte routière pour nous expliquer la route du lendemain, mais à aucun moment, il ne prend souci de savoir si on a faim par exemple, ou soif. On a aperçu sa femme trente secondes. Idem chez Rehin, qui nous installe dans un cabanon où nous allumons le feu, qui nous montre les toilettes et disparaît dans sa maison jusqu'au lendemain. Il réapparait tous sourires, nous sommes prêts à partir, nous offre une saucisse fumée de sa confection, nous propose un café, et nous serre bien fort en partant... Plus peut-être qu'une réelle hospitalité, au moins une incapacité à nous laisser dehors en cette saison.

 

 

 

Nous avons longé la mer, grise. La côte est si sauvage qu'on a du mal à l'approcher. Entre les vagues et la terre ferme, il y a des marais. Et des roseaux qui tordent leurs longues tiges sous l'effet du vent et se hasardent parfois loin en mer. Puis cinquante mètres de pinède protègent un peu du vent la route nationale où nous pédalons. Parfois, entre les roselières, apparaissent des plages de sable aussi fin que de la farine, interminables, qui courrent sur des kilomètres, accessibles par des caillebotis de bois qui enjambent les marais. Je ne sais pas si on peut dire que c'est beau, c'est le côté « sauvage » et la force des éléments qui font la beauté de ce lieu, l'austérité et la part d'inhumanité qui s'en dégagent. La mer hors-saison, qui se montre sous son vrai jour et en toute honnêteté, enfin !

 

 

 

Puis il y eut la frontière Estonie/Lettonie. Qu'il est bon et doux de passer enfin une frontière sur une petite route, sans queue à faire, sans sortir le passeport, sans avoir à se soucier de l'endroit où on a bien pu ranger cette foutue feuille d'immigration ! Cette frontière n'a pas été « active » longtemps, quelques années seulement entre l'éclatement du bloc soviètique et l'entrée de ces pays dans l'espace Schengen, et puis entre 1918 et 1940. Pour tout vestige il reste une borne, un panneau, deux drapeaux côte à côte et un bâtiment fermé qui était le poste de douane. Aucune différence visible sur le terrain mais nous changeons à nouveau nos formules de politesse apprises il y a quelques jours seulement et ici, ne payons pas en euros mais en lats.

 

 

 

Les pays baltes, pendant la seconde guerre mondiale, ont vécu une situation très inconfortable. Dans une même famille, deux fils pouvaient être enrôlés par l'armée allemande tandis que deux autres l'étaient dans l'armée russe. Ils se battaient les uns contre les autres, contre leur gré, ces circonstances étaient difficiles à vivre pour les familles et les habitants. En Lettonie comme en Estonie, nous retrouvons beaucoup de similitudes avec le peuple finnois, dans la langue, le mode de vie, le comportement. Ils sont très loin des Russes.

 

 

 

La dernière nuit avant Riga, le hasard nous fait atterrir chez un personnage, une gueule ! Quand il a ouvert la porte, dans ma tête ça a fait : « oulala, chez qui j'ai frappé ! ». La tignasse épaisse et hirsute, blonde, et la barbe tout aussi fournie laissent tout juste apparaître une bouche édentée et deux petits yeux bleus dont l'éclat n'a pas été terni malgré les années. Juri a du mal à se déplacer, on pourrait croire qu'il est ivre. Il est vêtu d'un épais pantalon de laine, tricoté main. On ne peut pas lui donner d'âge mais il est « pensionné », a travaillé sur les bateaux, en mer Noire, en mer Baltique, en mer de Barentz et dans tous les ports russes de l'océan glacial arctique, ainsi que sur l'île de Sakhaline. Il vit dans un truc à la limite du taudis, pas chauffé et quand on expire, la «fumée » sort de notre bouche. Il nous offre un café très épais et nous installe dans un cabanon tout neuf, en bois clair, à l'étage. En bas, c'est le sauna qui chauffe, encore un coup de bol de tomber ici aujourd'hui, ça tempère notre pièce et nous profiterons, après lui, des bienfaits du « bania ». En plus des lunettes énormes qui lui glissent toujours sur le nez, il a besoin d'une loupe, ce qui explique sa démarche chaloupée. Il ne voit que dalle. Les toilettes sont dans la cabane au fond du jardin mais propres et la propriété est bien entretenue. Sa pauvre allure et l'aspect intérieur de sa demeure ajoutent au caractère attachant de l'homme dont, c'est certain, nous nous souviendrons. Il s'est repeigné quand Michel a sorti son appareil photo et le soir venu, a allumé un feu dans sa turne qui pour le coup, est devenue un vrai four. Et il a bricolé un élastique pour tenir ses lunettes.

 

 

 

Le lendemain matin, il nous appelle pour boire un café avant de partir mais a préparé un petit déjeuner avec ce qu'il avait. Il a en fait 72 ans. Nous partons et devinons que la couche nuageuse est peu épaisse. Le temps d'arriver dans la capitale, le soleil perce les nuages et nous avons finalement une journée magnifique. Riga est une capitale de 788 000 habitants, tout de même, mais les principaux sites se concentrent dans la vieille ville et sur son proche périmètre. Le temps de trouver des cartes, de nous renseigner la moindre et de mettre l'antivol sur les vélos, et nous voici piètons pour la journée. Tous les styles architecturaux se mêlent, du roman, du gothique, qui côtoient ceux de la Renaissance, ou baroque, ou classique mais la ville est particulièrement riche en architecture « art nouveau ». La vieille ville, pas très étendue, est longée par le fleuve Daugava, qui traverse la cité. A 18 h 00, Christopher est au rendez-vous et nous installe dans un appartement en travaux où nous vivons notre vie.

 

 

 

Il y aurait bien d'autres choses à voir dans les alentours mais, bien heureux de n'avoir eu que très peu de pluie depuis St Pétersbourg, nous allons profiter des « bonnes » conditions pour avancer. La suite du programme est simple : Varsovie par le chemin le plus court en évitant autant que possible les grands axes... La galerie photos n'est pas très représentative, mais nous prenons très peu d'images de la campagne, qui n'est pas très variée, et en plus, nous n'avons du ciel bleu que les jours où nous arrivons dans les capitales ! On ferait peut-être bien de passer à Vilnius...

 

 

 

A bientôt.

 

 

 

Morne plaine.

 

 

 

Un jour de soleil, ça mérite d'être noté d'une croix sur le calendrier ! Pas grand chose à dire sur notre vie et nos découvertes entre Riga et Varsovie. Nous avons passé des frontières fantômes avec toutefois des différences de part et d'autre dans la qualité et la largeur du revêtement sur la chaussée. Et le trafic aussi. Si dans les pays baltes, il était fluide, il est chargé en Pologne et nos efforts pour nous écarter des grands axes restent vains. Nous avons quitté la mer. Mais n'avons pas trouvé la montagne.

 

 

 

Nous avons erré pendant sept jours à travers des mornes plaines que la visibilité réduite à cause des brumes et brouillards nous ont fait apparaître plus mornes encore. Nous avons eu du crachin, un peu, du vent, un peu, du froid, un peu. Quand deux ou plusieurs de ces éléments passent un accord et travaillent de paire, il semble qu'ils te pompent la chaleur de ton corps, ils te l'arrachent, te l'aspirent, tu ne peux pas lutter, on pourrait presque entendre le bruit de succcion et voir les calories s'éparpiller autour de nous, happées par le poumon de l'hiver, avide. On l'imagine en personne, l'hiver, il est là autour de nous, très proche, il nous enveloppe comme pour nous protéger, comme une bien grande écharpe qu'on enroule, mais c'est un traître, et au lieu de nous serrer fort pour nous réchauffer, il se colle contre nous et nous vide de toute chaleur. On ne peut pas s'en défaire.

 

 

 

Trouver la bonne composition des couches de vêtements à mettre est un exercice difficile. Si on transpire à peine, (ce qui est vite le cas dans le dos sur un vélo couché), alors ensuite on se gèle. Il faut réguler l'effort, on finit par y parvenir avec un peu d'habitude et on y prend garde. Le problème reste entier pour les mains et les pieds. Michel a souvent les doigts blancs tandis que chaque jour mes pieds sont rendus insensibles pendant des heures entières par le froid. J'ai tout essayé, rien n'y fait, j'ai froid aux pieds, en permanence. Ils deviennent comme des blocs de glace, si je tape dessus, ils vont éclater en morceaux !

 

 

 

Nous n'avons pas sorti la tente entre Riga et Varsovie, celui du camping était un autre temps. Nous avons continué à demander l'hospitalité et nous avons eu de tout, il a souvent fallu insister. Grange glaciale et mamie qui nous offre une omelette et le café, qui vient voir au petit matin si on est toujours vivants, et chez qui il y avait une pièce vide, chauffée ! Appartement douillet chez Danute, où nous pouvons nous doucher et passer une bonne soirée en compagnie de notre hôtesse, après toutefois avoir été acceptés dans une autre maison par le type dont la femme nous a foutu dehors quand elle est arrivée ! Cabanon dans le jardin chez Virginius, après sept tentatives infructueuses, où l'on allume le feu avec le bois humide qui ne dégage pas de chaleur. Mais l'accueil est chaleureux, la famille très pauvre est très attentionnée, ils alimentent leur fourneau avec des ballots de sacs en plastique. La Lituanie nous a paru plus pauvre que ses deux voisins baltes, et des floppées de gosses par famille, élément souvent révélateur. Des petites maisonnettes en bois, parfois à moitié branlantes, comme à l'Est de la Russie, et encore.

 

 

 

En Pologne on espérait un bon accueil. Mais cabanon encore au fond du jardin, sans fourneau ni autre moyen de se chauffer, glacial, et gens indifférents que nous ne voyons même pas, blottis bien au chaud dans leur superbe demeure. Nous tuons deux souris dans la nuit ! Et le summum : sous-sol d'une ferme, béton brut, mais la chaufferie est à côté, il fait 14 degrés (donc chaud) et nous avons l'eau et la lumière, pas un café offert. La maison d'habitation est un palace mais un enfant étant malade elle ne peut nous laisser entrer. Le vieux est sympa mais sa femme est une murie. J'aurais du prendre en photo les chiottes au fond du jardin qu'ils nous mettent à disposition, inimaginable, on ne comprend pas toujours tout ! Pourtant, sur le pavé autobloquant de la cour de ferme grande comme un terrain de foot, la 607 rutilante est là pour afficher le standing ! Quand je demandais le gîte en expliquant que les nuits sous la tente sont maintenant trop froides, elle m'a répondu que je n'avais qu'à rester chez moi ! Rien à répondre à ça, elle a forcément raison. On aurait du se tirer de là, mais les refus sont trop nombreux pour laisser passer le moindre espoir. Pourquoi ces gens nous disent finalement oui pour nous laisser seuls au fond d'une cave ? Et enfin, dernière nuit avant Varsovie, maisonnette où ils allument le feu rien que pour nous, nous sommes trop bien, deux pièces, bois à volonté, soupe chaude en arrivant... En deux secondes, l'affaire était conclue, on pourrait habiter là. On ne sait pas où ils logent mais il est le propriétaire de l'épicerie où nous avons deposé notre requête. Ca réconcilie avec les Polonais !

 

 

 

Nous avons été traités comme des rois ou comme des vagabonds nauséabonds et indésirables. Certaines gens n'ont pas eu de honte à nous considérer pire que des chiens, qui eux, ont un panier ! On préfererait parfois un refus plutôt que cette humiliation qui nous rabaisse à moins que rien, mais les crucifix ornent les dessus de portes partout et les curés, ici, ne palabrent pas dans des églises aux trois quarts vides... La haine ! Ce que vous faites, Dieu vous le rendra au centuple ! Nous passons d'un monde à l'autre, d'un jour à l'autre, pas de règle, on ne sait pas à l'avance. Mais entre les conditions climatiques difficiles, (bien qu'il faille admettre que la météo soit favorable), les jours trop courts, les mornes plaines, et la loterie à laquelle nous jouons tous les soirs, il y aurait de quoi mettre en boule les nerfs les plus solides et foutre en bas le moral de bien des courageux. Mais alors pourquoi on continue ?

 

 

 

Dans le magasin de cartes routières : Et vous faites un tour de la Pologne en vélo ? J'ai eu envie de répondre qu'on traversait le pays par nécessité, ou qu'on rentrait de Birmanie, j'ai finalement dit qu'on rentrait chez nous, en France, sans préciser d'où on vient.

 

 

 

Voilà, on continue parce qu'il faut bien rentrer ! Parce qu'on a décidé de boucler la boucle en quelques sortes ! Oh, soyons honnêtes, nous ne savons pas si nous tiendrons le coup, mais nous voici tout de même à Varsovie et il va de soi que plus nous approchons du but moins nous avons envie d'abandonner ! Et le but n'est plus si loin, preuve en est : nous sommes maintenant dans le même fuseau horaire que la France, bien qu'encore très à l'Est, ce qui a pour conséquence des départs matinaux autour des sept heures et des nuits qui tombent avant seize heures. Alors nous rentrons par le plus court chemin, en évitant les grands axes et les trop grandes montagnes. On rentre, sans autre but que de le faire le plus vite possible, on fait cent bornes par jour en moyenne. Sur notre itinéraire toutefois : Varsovie et Prague, ensuite on verra.

 

 

 

En route pour Varsovie, nous sommes hèlés alors que nous attendons à un feu rouge, par un ancien au regard pétillant, Antonin, qui parle deux mots de Français. Nous cassons la croute chez lui, refaisons notre voyage sur son atlas, et une heure après avoir fait connaissance, nous chantons à tue-tête « La Bohême ». Il nous met une bouteille de vin dans nos sacoches. Il nous dit que Cabrel est maintenant hors-saison, et sur le dessus de la porte d'entrée de sa demeure est inscrit en français : « Noblesse oblige ». Un personnage. De plus le soleil brille maintenant, normal, nous entrons dans une capitale et mes pieds sont enfin réchauffés quand nous sonnons à la porte de Ola et Anatol !

 

 

 

Anatol Karon est artiste, un vrai artiste, expositions internationales et tout... il peint, il dessine mais son fer de lance est la sculpture. Il sort des formes inimaginables d'une seule allumette. Ola est ukrainienne, le chien est court sur pattes. L'appartement est minuscule mais nos hôtes très chaleureux, et pas de chat !

 

 

 

Demain au programme : la visite de Varsovie etchangement de l'axe du pédalier de Michel qui risque de ne pas aller au bout, mort avant nous !

 

 

 

A bientôt.

 

 

Halte à Varsovie

 

 

 

Nous avons passé plus de temps au chaud à nous reposer qu'à découvrir la ville. Le temps est gris, la Vistule aussi, le nez est rouge, gants et bonnet sont de rigueur. Mais si la visite fut courte, elle fut riche. Anatol est guide du patrimoine et nous a emmenés vers les points essentiels et les détails cachés, nous commentant chaque statue, chaque mémorial, chaque église.Il est né ici, est passionné. Ce qu'on retient surtout, c'est que la ville a pratiquement été rayée de la carte tant elle a été bombardée par les Allemands pendant la dernière guerre et que tout ce qu'on visite de vieux est en fait très récent, reconstruit à l'identique. Seules une ou deux églises sont restées debout parmi les décombres. Les différents styles, une fois de plus se côtoient et se mélangent, Baroque, Renaissance, Gothique, entre autres...

 

 

 

Au cours de notre tour de ville les mains au fond des poches, et rythmée par des airs de Chopin que nous retrouvons à chaque coin de rue, nous avons croisé le général de Gaulle, ainsi que Copernic et Marie Curie. La vieille ville, intra muros, n'est pas très vaste mais possède de belles places entourées de bâtiments de hauteurs différentes, aux façades variées, et cette hétérogénéité met de la fantaisie et de la couleur. Au détour d'un rempart, Anatol nous présente un collègue artiste qui découpe des silhouettes en moins d'une minute, Michel se fait prendre au piège et se retrouve dans un cadre, en noir sur jaune... Un peu plus loin, un tourneur de manivelle joue le même air depuis sept ans sur son orgue de Barbarie. La sirène est l'emblème de la ville, elle apparaît sous différentes formes à de nombreux endroits. Pas bien des touristes en cette saison, et on se demande comment font les quelques cyclistes pour pédaler par ce froid !

 

 

 

Le froid, toujours lui, n'incitant pas à boire des bières en terrasse, nous sautons dans un bus pour avaler un chocolat chaud, les pieds en éventail. Et maintenant, je vais vous parler un peu de notre hôte, Anatol Karon. Il est artiste, je l'ai déjà dit, il peint, dans un style qui lui est propre et qui a de la gueule, il dessine, il donne des cours, est spécialiste de l'histoire de l'art. Mais sa principale activité est la sculpture sur allumette, sans « s ». En effet, il ne se sert que d'une seule allumette par oeuvre, ne les fait pas tremper, n'utilise aucun autre outil que ses dents et ses doigts. C'est peut-être con, encore fallait-il y penser. Il vit de ses leçons et des portraits que les gens lui commandent, ne vend pas ses allumettes, ça pourrait faire un tabac.... Alors ci dessous, au lieu de palabrer, quelques exemples de son travail. Pour avoir plus de détails sur le personnage, son site en lien : www.anatolkaron.pl

 

 

Sa compagne, Ola, travaille à domicile, en traduction, elle est d'origine ukrainienne. Nous avons été coocoonés et ça nous a fait du bien. Le second jour a été principalement occupé par la réparation de nos vélos qui menaçaient ruines. Michel a changé son axe de pédalier et par conséquent son pédalier car l'adaptation n'était pas possible, a réglé le jeu dans la direction, et sur le mien, le souci de point dur dans la direction a été réglé également. Et si on fait ça si peu de temps avant de rentrer c'est que c'était vraiment nécessaire ! Nous avons connu Ola et Anatol par Couchsurfing, ce réseau de gens qui accueillent d'autres gens. Cela permet de passer de bons moments, d'apprendre énormément, de ne pas galèrer pour trouver ceci ou cela, d'être bien.

 

 

 

Nous reprenons le sport demain matin, et avons contacté quelques « couchsurfeur » sur notre route. Demain soir nous serons au chaud. Ola a écrit une lettre en polonais pour nous aider à nous héberger quand nous finissons nos étapes. Prochaines nouvelles de Prague, dans un autre pays...

 

 

 

A bientôt

 

 

La Bohême n'est plus ce qu'elle était...

 

 

 

Bonjour,

 

 

 

Partis de Varsovie dans le brouillard et le froid, comme d'habitude, nous avons bénéficié ensuite et durant trois jours et demi de conditions plutôt agréables. Tout est relatif. Ciel dégagé et vent modéré, toujours de face, et étant donnée notre direction, nous ne pouvons guère espérer autre chose. Alors nous sommes contents quand Eole ne fait que soupirer, c'est ce qu'on doit lui inspirer d'ailleurs ! En nous voyant passer, il se dit « oh, comme ils sont courageux ces petits cyclistes » mais en disant ça, il expire et nous appuyons sur les pédales...

 

 

 

Bon, nous n'avons pas trop souffert, les pieds arrivant même parfois à se réchauffer en cours d'après-midi, qui sont toujours aussi courts bien que le fait de tirer plein pot à l'ouest nous fait profiter d'un léger décalage chaque jour.

 

 

 

Grâce à la lettre que Ola et Anatol nous ont fait, en polonais, nous trouvons sans souci à nous loger, très confortablement. Nous alternons avec des hébergements prévus en «couchsurfing ». Ceci nous met des contraintes au niveau de la longueur des étapes, pafois bien assez longues, Michel dit que ça nous pousse à avancer... Nous avons passé vraiment de bons moments avec nos hébergeurs en Pologne. Michel s'est vu un soir faire le baise-main à une femme qui avait du trop regarder Chirac, tandis qu'un autre soir, la femme nous fait descendre à la chaufferie et exige de voir nos passeports. En fait c'est là qu'elle vient fumer (!!) et ne voulait pas interrompre la conversation. Elle nous avait déjà offert soupe et café, et ensuite, elle a remué toute la maison pour nous mettre à l'aise... Nous sommes partis avec en plus des provisions de bouche plein les sacoches.

 

 

 

Mais c'était en Pologne. Nous quittons le pays par une route bien montagneuse, et accumulons plus de 1000 mètres en positif, on ne savait plus ce que c'était, des montagnes russes... Au sud ce sont les Carpates, mais ici, ce sont les Casse-pattes. Très longtemps qu'on n'avait pas usé les dents du petit plateau ! Et nous passons une nouvelle frontière fantôme, changeons une fois de plus de monnaie et achetons une carte de ce pays tout juste plus grand que la Suisse. La montagne retient les nuages et nous n'avons pas encore vu le soleil de ce côté ci, la Tchéquie est plongée dans un épais brouillard, parfois givrant.

 

 

 

Le soir venu, nous avons tapé aux portes, munis de la lettre traduite en tchèque, mais toutes les portes se sont refermées sur notre nez. Cinq, dix, quinze, il fait nuit noire et nous sommes à la rue, nous avons repèré un endroit pour camper mais ne sommes pas pressés de faire des contorsions. Nous tentons une dernière maison, le type parle anglais et a une bonne tête, j'insiste, il finit par nous faire entrer et nous installe dans un appartement entier, meublé, inhabité, monte nous faire la conversation une bonne partie de la soirée et nous explique son pays avec force détails. Mais pourquoi a-t -il fallu insister autant ? On ne comprend pas, il est adorable et visiblement enchanté de nous rendre service, de partager une bouteille de whisky et de discuter avec nous... Il nous offre une soupe, et un livre, que nous refusons, va chercher l'atlas routier du pays, nous conseille... On a bien cru devoir partir à 5 h 30 du matin car c'est l'heure à laquelle il part au boulot mais il est allé jusqu'à appeler son chef pour demander à n'attaquer qu'à 7 h 30 !

 

 

 

Cependant il fut si difficile que nous n'avons pas envie de recommencer, et l'hôtel ne nous dit rien, alors nous mettons les bouchées double et parcourons 140 km pour arriver dans la capitale où nous attend notre hébergeur, Carlos, américain de Washington, installé ici depuis deux ans. Nous sommes logés en plein coeur de la vieille ville, on ne peut pas rêver mieux, une grande piaule, les clefs de l'appartement et la wifi. C'est top, nous allons peut-être passer l'hiver ici finalement.

 

 

 

Pragues, nous voici à Pragues, nous nous sommes considérablement rapprochés, ne restent que 850 km à parcourir. La première impression que nous donne le pays est d'être une autre Suisse. Les gens ont un niveau de vie élevé, mais aucun n'a plus de forfait sur son portable quand j'ai besoin d'appeler Carlos et on l'a vu, les portes ne s'ouvrent pas pour nous. Ca en est terminé des signes le long de la route, à part quelques chauffeurs de poids-lourds, et nous savons que si nous n'avons besoin de rien, on peut leur faire confiance, mais il ne faut pas compter sur une aide quelconque. Et en plein coeur de l'ancien royaume de Bohême, c'est presque décevant. Les temps changent...

 

 

 

Voilà, nous allons passer trois jours ici, nous reposer car nous n'avons encore pas ménagé les organismes depuis Varsovie, les jambes sont douloureuses en permanence. Et puis visiter. Le marché de Noël vient de s'installer. Nous allons fouler les pavés d'une des plus belles capitales du monde, qui est restée intacte lors des guerres.

 

 

 

A une prochaine.

 

 

 

 

Prague.


Bonjour,

 

On dit qu'en France, il y  a un fromage différent pour chaque jour de l'année. Ici, à Prague, ce sont les églises. On peut toujours imaginer manger un fromage français différent dans chaque église de la capitale tchèque, une année à Prague, les petits fromages dans les petites églises et le Comté dans la grande cathédrale ! Ah ah ! Bon, le comté c'est pour bientôt.

En arrivant à Prague par la banlieue interminable, nous avons d'abord eu les pavés, désagréables, mais signe que le centre-ville est proche. Puis ça a fait « wouah  ! », parce que d'un coup, au détour d'un virage, nous avons découvert le quartier haut, Hradcany, avec le château et la cathédrale, de l'autre côté de la rivière. Mais nous nous sommes engouffrés vers le centre et la place principale par la Parizska Trida (avenue de Paris) et là encore ça a fait « ohhh ». Les pointes des clochers de l'église baroque, noires, dominant la place, sont tout droit sorties  de l'enfer, ou d'un conte mystérieux, et maléfique. L'horloge astronomique lui fait face, et toutes les heures, les douze apôtres apparaissent, puis la mort armée d'une hâche. Ensuite le coq bat de l'aile une fois et le clairon y va de ses quelques notes, qui pourraient être différentes suivant les heures mais qui sont immuables. Le type qui souffle dans l'instrument n'a pas besoin d'être un virtuose.

 

 
 

Durant trois jours nous avons donc usé les pavés de la ville, parmi une foule de touristes venus de partout. On y entend une multitude de langues, le flot humain crée des embouteillages dans les ruelles étroites entre la place de la vieille ville, (Staré Mesto) et le pont Charles qui mène au petit côté (Mala Strana). On imagine même pas comme ce doit être étouffant en pleine saison touristique... Nous sommes complètement  hors-saison et c'est bondé ! Et la chance continue de nous sourire joliment puisque sur trois jours passés ici, nous avons bénéficié de deux jours de ciel bleu et soleil ! La ville, les clochers qui dépassent de la mer de toits, les ponts, les façades aux tons pastels, les détails  au dessus de chaque porte, les statues à chaque coin de rue, les réverbères, les balustrades, les grilles, les vendeurs de babioles : une vraie ville bien touristique mais dotée d'un patrimoine architectural exceptionnel, impressionnant. Nous pouvons passer dix fois au même endroit sans avoir encore tout vu. Les palaces sont presque aussi nombreux que les églises, ce qui nous décourage d'entrée de jeu à tenter de retenir un seul nom auxquels, dirait-on, il manque des voyelles.

 
 

En trois jours, nous n'avons fait que les extérieurs, ne sommes pas entrés dans un seul musée, (même pas celui des instruments de torture), pas une seule expo, rien, pas le temps, nous ne savons pas où donner de la tête. Ancienne capitale du saint empire romain germanique, Praha brille, étincèle. Les artistes de rue, musiciens, marrionetistes, caricaturistes, portraitistes, silhouettistes (!), donnent une touche artistique et procurent un peu de chaleur. Sur la place principale, le marché de Noël est déjà installé, les saucisses luisent de graisse, les frites embaument la rue, les Trdelnik tournent et les vendeurs nous feraient presque croire que les Bretzel sont une spécialité praguoise ! Le sapin géant trône au milieu de la place et la bière tchèque coule à flot.

 

Les Tchèques sont les plus gros buveurs de bière de la planète, plus que les Allemands, c'est ce qui se dit. En tout cas, la bière Pilsner Urquell  est toujours fabriquée d'après une recette ancestrale, qui fait recette justement. Cette bière n'a pas de bulle, pas de gaz, n'est pas pasteurisée, n'est pas filtrée. Elle est très bonne. Juste à côté d'où nous logeons, il y a un bar qui fait une centaine de mètres de long, sept ou huit tanks de Pilsner, qu'un camion citerne vient remplir tous les lundis à six heures, dix mille litres. Les tanks sont réfrigérés et la compression se fait par l'intermédiaire d'un sac sous pression, à l'intérieur du tank, puisque la bière elle-même ne contient pas de gaz. Seuls les Tchèques fréquentent ce bar, nous sommes les seuls étrangers dans la salle.

 

Voilà, la ville vit au rythme des tramways qui défilent. Il y a un métro mais nous n'en avons pas entendu parler et contrairement à nos habitudes, n'avons pas visité l'underground. Nous n'avons guère gouté non plus à la vie nocturne qui doit être riche à en croire les distributeurs de prospectus à chaque coin de rue, en général pour des concerts de musique classique, romantique, dans les nombreuses salles prestigieuses de la cité.

 

A côté de ça bien sûr, pas mal de faune : pigeons, tourterelles, canards, cygnes, mouettes et foulques piaillent sur les eaux de la Vltava, plus connue sous son nom allemand : la Moldau. Et d'ailleurs quelques musiciens nous donnent une version magnifique de la célèbre composition de Smetana, devant l'entrée du château, que les gardes impassibles et probablement frigorifiés surveillent sous le combat des géants de pierre. Sur la Moldau aussi, des bateaux avec quelques touristes se maintiennent entre les écluses. Dans la faune toujours, un puma, accroché au bout d'une laisse. A l'autre bout de la laisse, une greluche, espèce commune en milieu urbain, qui n'avait l'air de maîtriser ni la situation ni la bestiole qui montrait les dents et refusait de bouger, effrayée par la foule compacte sur le pont Charles. La pétasse (nom familier de la greluche, en pire) qui avait probablement pour but de se faire mousser s'est retrouvée bien vite la cible de railleries et je n'aurais pas voulu être à sa place. Et toujours en ce qui concerne la faune, on remarquera que les passants donnent plus facilement du pain aux pigeons et aux cygnes qu'aux mendiants, tous dans la même position, le visage et les genoux contre terre, les mains tendues sur les pavés devant la tête.

 

 

Au cours de nos promenades dans les rues, nous réveillons nos neurones endormis :  ah oui, c'est vrai, Kafka, et puis Neruda bien sûr. Notre connaissance de la Tchéquie est quasi-nulle. Mais le nouvelliste Milan Kundera est tchèque. A part ça, l'écrivain dramaturge Vaclav Havel, arrivé au pouvoir à la chute du communisme, est toujours vivant mais bien mal en point ! Le compositeur Dvorak est d'ici, et Smetana on l'a dit, mais nous ne l'avons pas croisé ces jours !

 

Praha, c'est terminé, nous sommes vraiment contents d'être descendus en vélo de St Pétersbourg ne serait-ce que pour visiter les capitales des pays traversés. Nous remontons sur les vélos pour la dernière ligne droite, 850 bornes. Dans la tête, ça commence à s'agiter. Nous sommes encore vraiment dans le voyage, et le fait de rentrer en vélo fait que nous le serons vraiment jusqu'au bout. Nous avons découpé nos étapes assez précisément et trouvé des hébergeurs pour la plupart des nuits. Première étape : Plzen, là où est fabriquée la bière, nous allons à la source, espérons que nous nous en remettrons. Sur notre route également, les chutes du Rhin, objectif intermédiaire qui va nous faire du bien. Et encore deux pays à traverser : l'Allemagne et la Suisse. Aussi tôt que possible, nous donnerons l'itinéraire exact afin que ceux qui désirent pédaler avec nous le dernier jour puissent le faire. Mais....
 

...arriverons-nous à la maison avant la neige ?

A bientôt.

 

 

 

 

On arrive, on arrive !

 

 

 

Bonjour,

 

 

 

Dès la sortie de Prague, le ton est donné, fini les mornes plaines, la terre sombre et labourée. Nous découvrons des paysages plus avenants, des collines vertes et des forêts de feuillus dont le sol est tapissé par les feuilles mortes et rousses. La température est cependant trop basse pour que les agréales odeurs d'humus viennent nous chatouiller les narines. Les trois jours de repos ont fait le plus grand bien aux guiboles et les kilomètres défilent. Nous passons à Plzen devant la fameuse brasserie, juste avant d'arriver chez nos hôtes, Dagmar et Georges, qui nous proposent pour le repas du soir, une... raclette au fromage en tranches de Tchéquie et sans charcuterie mais avouons que le simple fait de faire couler le fromage sur des patates nous fait rudement plaisir.

 

 

 

Le lendemain, nous partons dans le petit matin, bien froid. Le thermomètre indique six degrés dans les négatifs et le ciel bleu n'est pas loin mais nous ne le verrons qu'en fin de journée. Brouillard givrant et végétation blanchie par le gel, les arbres ont le charme des froides journées d'hiver et nous nous gelons les extrémités. Avant la frontière allemande, le ciel se dégage enfin et nous terminons sous le soleil dans les bosses courtes mais raides qui mènent à Cham. La vieille ville est jolie, nous tuons le temps avant de rejoindre, dans une nuit noire d'encre et un brouillard à couper au couteau, sur la nationale où les camions nous klaxonnent et la police nous interpelle, la maison de Andrea, son ami et ses parents. La soirée est courte mais le courant passe bien une fois de plus et il est bien confortable de dormir dans un bon lit.

 

 

 

Départ aux aurores à nouveau, il ne faut pas changer les habitudes. Le ciel est bleu et laisse présager une belle journée mais le temps de prendre le petit déjeuner et c'est terminé, ciel couvert. Nous ne voyons pas le soleil de la journée. Et en Bavière, le terrain est loin d'être plat, nous arrachons les kilomètres dans les rampes qui mènent aux villages perchés. Le haut des clochers et les chateaux sont dans le brouillard. Nous redescendons de la montagne et traversons une première fois le Danube. Dans la plaine, c'est glacial, humidité de fou, nous nous gelons et pour nous réchauffer, nous engouffrons dans un supermarché, d'autant plus que nous avons un peu d'avance. Nous débarquons chez Peter Josef à Abensberg à 16 heures pétantes et sommes une fois de plus reçus comme des rois. La météo annoncée est variable suivant les sources, nous ne savons pas trop à quoi nous attendre. Les clochers des églises sont bien particuliers et plutôt jolis, d'un style nouveau pour nous. Presque toutes les villes, même peu importantes offrent un centre pavé et piétonnier, de belles façades, des enseignes travaillées, et des jolies places.

 

 

 

Mercredi 1er Décembre, départ dans la brume encore mais la température est douce, pas de gelée nocturne et le ciel se découvre au fil du jour. Nous retraversons le Danube, deux fois, et passons la journée sur les pistes cyclables allemandes. Toutes les routes en sont pourvues. Alors c'est sûr, le tracé n'est pas travaillé et le macadam moins lisse, les feuilles mortes, glissantes, envahissent parfois la piste et les petits détours sont nombreux, on va un peu moins vite mais nous sommes tranquilles et ce ne sont pas les autres cyclistes qui nous gênent ! La douceur est au rendez-vous et dans l'après-midi, je vais jusqu'à rouler en tee-shirt à manches longues, pour un premier Décembre, c'est beau. Dans un village, nous cherchons un hébergement et finissons chez Elmut, dans une chambre mansardée équipée d'un lavabo et de toilettes, encore une nuit confortable. Il manque juste internet !

 

 

 

Sur la route, dès qu'on n'est plus tout à fait à notre place on se fait klaxonner. Ah oui, c'est que les Allemands sont très disciplinés et le moindre pas de côté les perturbe et les fait réagir ! Ce n'est pas l'anarchie ici, on a un peu du mal à se plier à toutes ces règles ! Si on prend les rond-points sur la route et pas sur la piste pour voir les indications routières, quand même, on les prend dans le bon sens !

 

 

 

Chaque jour, chaque kilomètre nous rapproche et les émotions commencent à se bousculer. Des moments d'euphorie, de plus en plus nombreux, alternent avec d'autres, de doute encore. Tant qu'on n'aura pas passé le pas de la porte, nous ne serons pas arrivés, mais chaque étape accomplie nous rapproche tellement que nous avons du mal maintenant, à imaginer que nous n'irons pas au bout. Nous ne sommes pas impatients, ne trépignons pas, nous sommes encore dans le voyage.

 

 

 

Les deux étapes qui suivent nous voient avaler les kilomètres, ou les arracher, suivant les circonstances. Nous avons la chance d'avoir toujours un temps sec malgré des prévisions pessimistes (que nous regardons dans les journaux dans les supermarchés), alors nous en profitons et roulons du matin au soir sans nous poser plus de question. Nous ne prenons même plus de photo, ni deséglises ni des villes que nous traversons. Par deux fois, j'annule les hébergements prévus car nous avons de l'avance et nous atterrissons dans des chambres luxueuses, le prix est en rapport mais il n'y a plus grand chose qui compte à part le fait d'être à Brugg le 4 décembre en début d'après-midi et dans les meilleures conditions possibles. Pourquoi ? Parce que c'est là que nous devons retrouver mes parents.

 

 

 

Nous sommes ce soir à Schauffausen, sommes arrivés juste avant qu'une petite pluie fine mouille les trottoirs et nous nous payons l'hébergement le plus onéreux de tout le voyage, Suisse oblige. Demain matin, nous nuos rendrons au rendez-vous, après avoir visité les chutes du Rhin au passage. Et le rendez-vous n'est qu'à une cinquantaine de kilomètres. La météo annoncée n'est pas catastrophique mais ce n'est plus l'été, c'est certain.

 

 

 

Voilà, alors pour les jours qui viennent, notre itinéraire passera par Soleure, Bienne, Neuchatel, le val de Travers, Fleurier, les Verrières de Joux, Pontarlier. Toutes les personnes souhaitant nous accompagner pour les derniers kilomètres devront se tenir prêtes le 6 ou 7 Décembre, nous pensons pouvoir arriver ce jour-là. Et plus on est de fous, moins y a de riz, c'est bien connu. Alors ressortez vos vélos, pas besoin de les épousseter, on ne fera pas un défilé de mode, nous serons contents de vous voir !

 

 

 

A tout bientôt.

 

 

C'est fini !

 

Bonjour,

 

Les chutes du Rhin se situent juste après le saut du lit. Bon, le niveau de l'eau est bas après cet automne beaucoup trop sec et ce ne sont pas les embruns que nous prenons dans le visage mais bien le crachin trop épais ! Le brumisateur est réglé à peine fort ce matin. Pas la peine de démarrer trop tôt, nous n'avons que cinquante kilomètres à faire. Nous pensions avoir du terrain plat, il n'en fut rien, nous sommes allés jusqu'à passer une rampe de cinq cents mètres en poussant le vélo. Dans la dernière semaine, juste à côté de chez nous, on n'y croit pas, on en bavera jusqu'au bout. Et ensuite, quand nous avons débouché à une espèce de petit col, nous avons tellement pris le vent en pleine face que dans la descente, le compteur avait bien du mal à passer les 15 km/h. A déprimer décidément. A ce train là, nos cinquante bornes, qui vont se transformer en 56, vont nous prendre la journée.

 

Treize heures nous débarquons sur le pont neuf de Brugg, par le tunnel interdit aux vélos !  Alors évidemment comme le tunnel nous est interdit, mes parents ont pensé qu'on allait arriver par ailleurs. Ils se sont postés chacun à un bout du pont. Voilà, retrouvailles. Et cinq minutes plus tard, c'est un peu comme si on n'était pas parti ! D'après eux, la météo annoncée est tellement catastrophique qu'ils n'ont même pas pris un vélo, et après un pique-nique composé des meilleurs produits francs-comtois, nous reprenons seuls la route contre  un vent à décorner les boeufs. Mais nous avons des encouragements tous les cinq bornes. Nous dormons ce soir là à trente bornes de Soleure.

 

Dans la nuit j'ai le mal de mer tant le camping-car tangue sous les rafales et les trombes d'eau ! Pas mal d'être à l'abri. Le lendemain matin, le vent est tombé, et après le petit-déjeuner une accalmie nous permet de partir au sec. Et comme nous voulons éviter de prendre le risque de tremper nos affaires puis le camping-car en les rentrant mouillées ce soir, nous décidons, la mort dans l'âme, de rouler à vide... En fait la journée est pour ainsi dire sèche, le vent moins fort que la veille et nous avançons bien. Les kilomètres défilent, les sommets du Jura sont bien blancs mais le ciel correct. Les gens nous saluent en français et ça nous fait comme un déclic dans la tête. On nous adresse la parole en français ! Nous ne sommes donc plus très loin ! Soleure, Bienne, le lac, Neuchatel, le lac aussi et on attaque la dernière marche à gravir : monter sur le Jura ! Nos montagnes à nous ! On va y arriver, il ne reste que 70 kilomètres, il devient inimaginable de ne pas aller au bout. Cependant, on sait très bien que si les fortes chutes de neige annoncées se produisent, nous ne pourrons pas rouler. Rien n'est jamais gagné d'avance. Nous sommes de plus en plus vigilants, ce serait moche de se vautrer ou de se faire choper si près du but. La fin d'après-midi est humide mais lors des trop fortes averses nous pouvons nous mettre à l'abri en buvant un thé chaud, quel confort ! Nous terminons la journée au pied du Creux du Van, à Noiraigues dans le val de Travers, à 50 bornes de chez nous mais toujours pas en France !

 

La nuit est encore très pluvieuse et la limite pluie-neige est proche. Nous mettons les sacoches aujourd'hui, c'est le dernier jour, coute que coute ! Le val de Travers est avalé tout droit et nous montons la dernière bosse tout juste digne de ce nom. Elle nous parait d'une facilité déconcertante malgré le vent de face et la neige abondante qui dégringole maintenant. Nous débarquons au sommet dans la neige complet, nous ne pouvons ouvrir qu'un oeil à la fois car elle traverse à l'horizontale,  ne se pose jamais à part sur les obstacles qu'elle rencontre sur sa trajectoire et notamment mon corps bien installé sur le vélo couché ! Nous immortalisons le dernier passage de frontière tandis que la maman dans le camping car fait la standardiste au téléphone. Elle est toutefois loin d'être submergée !

 

La Cluse et Mijoux, Pontarlier, les Granges Dessous, les Granges l'Eglise, les kilomètres ne sont pas assez longs, j'ai presque envie de faire marche arrière, ça va bientôt s'arrêter et je n'en ai pas envie ! On entend parler ici que de la crise... Avant Sainte Colombe, nous croisons un  tandem, deux vélos couchés et un VTT, et voila qu'ils font demi-tour avec nous ! Merci à vous les amis d'avoir sorti le vélo et fait le déplacement pour venir pédaler les quelques kilomètres restants parce que franchement, il fait pas beau ! Pendant que ce petit groupe pédale, maman filme et prend des photos mais on ne va pas jusqu'à recommencer les prises de vues, nous n'avons qu'une hâte, celle de nous mettre à l'abri. Mes pieds sont en glace une fois de plus. 

 

La Rivière Drugeon. Le panneau est passé, virage, l'étang, gris, nous voyons la maison, l'église, virage encore et nous voici devant chez nous. Putain c'est fini ! Pardonnez-moi si c'est vulgaire mais c'est vraiment ça ! C'est fini !

 

A bientôt quand même !

 

Bonjour,

 

Voilà bientôt un mois maintenant que nous avons regagné notre pays, notre village. Nous avons retrouvé les messages d'attente téléphonique et les caddies qui roulent de biais, les rayons beaucoup trop fournis qui poussent à une consommation aussi débile que débridée, consommation que la plupart d'entre nous ne peuvent assumer parce qu'il faut bien avouer que tout a outrageusement augmenté. Retrouvés la carte bleue à glisser dans la fente, le code à entrer, les emballages et suremballages, les piles de justificatifs à fournir pour une simple formalité, les problèmes de bagnole, les faits divers isolés qui mettent la France en ébullition et contribuent encore un peu plus à faire disparaître le mot confiance du dictionnaire au profit de méfiance généralisée. Nous rentrons en constatant que les ouvriers ne sont pas plus riches qu'avant et les actionnaires pas plus pauvres, que les conflits dans le monde sont toujours aussi nombreux ainsi que les querelles politiques au sein d'un même parti, loin de tenir compte de l'intérêt général du peuple. Nous constatons que l'hypocrisie et les sourires de convenance ou purement intéressés n'ont pas régressé en nombre et que sauver les apparences reste la priorité dans bien des cas, que tout le monde râle mais personne ne bouge (c'est d'ailleurs ce que je fais en ce moment), que tout le monde voudrait bien mais se trouve toujours une bonne excuse (complètement bidon la plupart du temps) pour ne pas passer à l'action, que la plupart des gens courent et brassent de l'air toujours dans le même et unique but qui est celui de faire du fric pour pouvoir accéder aux besoins que nous nous créons sans cesse et sans lesquels nous vivions très bien dix ans plus tôt. C'est ça l'évolution ? Nous retrouvons ce coin de planète où tout est aseptisé, où, si tu ne prends pas au moins une douche par jour tu passes pour un crado, et où la liste des règles à respecter s'allonge autant que celle des pièces à fournir pour pouvoir souscrire une ligne téléphonique, une mutuelle ou faire faire une carte grise.

Alors quand les questions du genre "Pas trop de choses vous ont manquées ?" répétitives, nous tombent dessus, on rigole doucement.

Pensez-vous honnêtement que tout ce que j'ai cité plus haut puisse nous manquer ? Allons... soyons sérieux. C'est quand nous rentrons que les choses nous manquent.

Notre plumard alors ? Ou la nourriture peut-être ? Même pas. Nous nous accommodons de tous les paddocks et trouvons toujours de quoi nous remplir l'estomac. Les expériences culinaires font partie du voyage, les lits défoncés également. On n'en meurt pas, on finit même par s'y habituer et par aimer, je pèse mes mots et ne dis pas apprécier mais bien aimer, ce changement de décor quotidien et cette incertitude du lendemain. Elle est là la vraie vie, dans ce jaillissement de connaissances, de sensations, de rencontres, sans cesse renouvelées, dans l'inconfort aussi, besoin d'authenticité. La routine n'existe pas, tous les jours nous apprenons à nous connaître nous-mêmes et à connaître un peu mieux le monde qui nous entoure, certes pas toujours beau. Nous apprenons, nous vivons, nous ne laissons personne prendre à notre place notre destin en main. C'est un émerveillement permanent, même dans la difficulté. Finalement quel bonheur de découvrir en nous-même la force nécessaire et les possibilités d'adaptation du corps et de l'esprit... 

La famille et les amis peut-être ? Les moyens de communication actuels sont si efficaces et si simples à utiliser que la distance n'est pas plus grande que nous soyons à quarante kilomètres ou à dix mille. Tout est instantané. Et si nous n'étions pas conscients que c'est souvent plus difficile pour ceux qui restent que pour ceux qui partent, nous serions plus avares de communications. Bien sûr, ni contact physique ni face-à-face, mais ça fait partie du voyage et quand nous rentrons nous savons à quoi nous en tenir. Le voyage nous éloigne de certaines connaissances, c'est vrai, ce n'est pas forcément bien grave dans le sens où les relations qui disparaissent ne devaient pas être bien solides et que celles que nous gardons sont d'autant plus fortes. Le voyage contribue à nous rapprocher encore un peu plus des vrais amis et les liens qui se créent, se tissent ou se renforcent en cours de route ont la saveur d'une caresse exquise.

Nous avons une fois de plus pris une grande baffe dans la gueule. Nous nous sommes retrouvés quotidiennement ou presque en face de gens terriblement humbles, simples, humains. Je continue à croire que l'homme, dans le fond, n'est pas mauvais et je base mes propos sur tout ce que nous avons vécu et vu ces derniers mois. Ce sont notre éducation, notre mode de vie, notre rapport à la terre et à la nature, notre matérialisme, notre sens de la propriété, notre société qui pervertissent l'humain. Là où ils n'ont rien, les gens ne craignent rien... Nous avons trop, beaucoup trop, sauf de coeur, de sentiments, de mots gentils et d'humanité. Et malgré mes belles paroles, je suis dans le même panier. Parce que même si ce ne fut pas toujours simple, et notamment sur la fin, de trouver à nous loger en allant frapper aux portes, je n'ose même pas imaginer l'accueil qui serait réservé ici, et de manière générale en Europe à un couple de Magrébins en vélo. Eh oui, dans tous ces pays, nous étions des étrangers ...Une grande baffe dans la gueule de constater à quel point nous sommes petits devant la vie et les éléments à côté de ces gens qui vivent encore sans eau courante, sans électricité, dans des conditions aussi dures que la terre gelée dont ils tentent avec d'infinies difficultés à tirer leur subsistance, sans jamais se plaindre, et qui trouvent toujours un geste à faire pour nous aider d'une manière ou d'une autre. Il est de ces endroits sur terre ou avant de se soucier de notre nom ou notre pays, on nous demande si nous avons faim ou froid. Aller à l'essentiel : à boire, à manger et de la chaleur... humaine. Une grande baffe dans la gueule que de constater à quel point nous sommes dépendants, voire esclaves de ce que l'on nomme pompeusement progrès ou évolution. Il serait temps de revenir à des vies plus saines et plus simples.

Alors évidemment, la prise de sang de contrôle que l'on fait en rentrant n'a décelé aucun symptôme d'impossibilité à réadaptation mais nous sentons bien, néanmoins, que quelque chose cloche, ne tourne pas rond. Un truc qu'il est pour l'instant difficile d'analyser ou de mettre en mots sur le papier avec précision mais qui fait que j'ai (Michel ayant visiblement moins de mal que moi) du mal, de plus en plus de mal, à me sentir à ma place, vraiment à l'aise et notamment en... société. Treize mois de coupure, ce sont treize mois de coupure. Pas énorme mais assez pour rentrer avec un oeil neuf que nous n'avons plus quand nous sommes sédentaires parce que finalement nous nous habituons si vite aux dysfonctionnements et aux aberrations d'un système...

Alors hors de question pour autant de se laisser glisser vers une douce léthargie ou un mode de vie utopique et finalement destructeur. Même si nous garderons toujours en tête les expériences vécues outre-terre, il nous faut nous adapter de nouveau, dans une certaine mesure... Michel reprend le travail le 9 Janvier chez son ancien patron et j'attaque demain en accompagnement par une traversée du Jura qui s'annonce pluvieuse. Les photos sont d'ores et déjà triées, le livre photos est commandé, les paperasses sont en ordre. Bien du travail en perspective en ce qui me concerne puisque je dois fournir à mon nouvel éditeur Phébus, le manuscrit du premier livre L'Asie en vélo couché, du Haut Doubs à Téhéran, revu et corrigé, notamment sur la forme, pour fin Février. Sortie en librairie prévue à la fin du printemps, avant le second tome concernant la partie himalayenne de 2009... Restez connectés pour être au courant !

Je devrais recevoir dans quelques jours un nouveau cadre pour mon Dragon. Après quelques travaux mécaniques, je serai ainsi prête à parer aux éventuelles propositions de bourlingue et veillerai à ce qu'il ne se pique pas de rouille ! Ce voyage est terminé mais ce site, lui, continue...

Et pour terminer, nous tenons à remercier du fond du coeur toutes les personnes qui nous ont suivi, aidé, encouragé, écrit. Nous vous souhaitons à tous une excellente année 2012, et surtout, bougez , bougez, ne vous laissez pas envahir par la nostalgie, allez de l'avant, découvrez, lisez, les rêves ne méritent pas de traîner au fond d'un tiroir... Et vous aurez bien le temps de faire le tour de l'église !

A une prochaine !

 

 FORMALITES

 

Birmanie

Depuis peu et jusqu'à récemment (Juillet 2010), il était possible de prendre le visa birman en arrivant à l'aéroport. Ce n'est plus possible à cause des élections qui vont avoir lieu en Novembre. La Birmanie ou Myanmar est un pays où certaines zones sont interdites aux touristes et les frontières avec les pays voisins se passent difficilement ou pas du tout par voie terrestre. Nous avons pris nos visas en les envoyant directement au consulat du Myanmar dans la capitale française avec trois formulaires remplis et un chèque de 25 euros par personne, ainsi que le nécessaire pour le retour des passeports à notre domicile. Les visas sont valides trois mois et valables 28 jours. Nous allons dépasser ce temps et le visa n'est pas prorogeable. Nous savons que nous aurons à payer trois dollars par tête et par jour de dépassement quand nous reprendrons l'avion de Yangon direction Bangkok. Les passeports tout neufs sont revenus une dizaine de jours après, avec leur premier autocollant, qui n'a rien d'exceptionnel, collé à la page 2. Et de un !

Thaïlande

Si on arrive dans ce pays par avion, on a droit à 28 jours sans visa, c'est deux semaines si on arrive par voie terrestre. Au delà, il faut un visa. Les passeports sont tamponnés à l'arrivée, avec une date de sortie du territoire à respecter. Pour prolonger, on peut aussi juste sortir, sans rentrer dans un autre pays, faire le tour du guichet et re entrér.

Cambodge

Nous avons pris nos visas à la frontière à Aranyaprathet/Poipet. Un visa touristique d'un mois coute 20 dollars et rien de plus mais ça c'est une autre histoire. Certains paient 1000 baths thais ( 25 Euros) et aussi parfois 1200 baths.... La guesthouse à Aranyaprathet nous le proposait pour 1100 baths. Le dollar vaut environ 30 baths. Il faut une photo d'identité.

Vietnam

Obligation d'avoir le visa avant d'entrer. Il n'est pas délivré à la frontière. Depuis le consulat de Battandang au Cambodge, il a été fait en une demi-journée pour 40 dollars, dates fixes, touristique 30 jours. Il faut en outre une photo d'identité.

Laos

Nous sommes passés au sud au poste de Bo Y, notre visa a été fait à Ho Chi Minh pour 50 dollars par tête au consulat, en trente minutes. 30 jours avec entrée et sortie du territoire dans les deux mois qui suivent l'apposition sur le passeport.

A priori, ils délivrent maintenant des visas "On arrival" à ce poste frontière puisqu'il y a vaiit un guichet pour ça, reste à confirmer. Il y a un bureau de change au poste frontière qui propose des taux interessants mais qui ferme  vers 15 heures.

Chine

Pas de souci pour entrer par Boten, vingt minutes suffisent  si les papiers sont en ordre. Pas de fouille ni de questionnaire de santé. Attention, pas de change et difficulté à changer des dollars en cash une fois entrés en Chine. Nous devrons aller à Kunming ou Dali (grande ville) pour pouvoir échanger des travellers chèques.A savoir que le visa d'un moispeut de nouveau être prorogé. A Shangri là, c'est fait dans l'heure pour un mois supplémentaire et une somme assez modique.

Mongolie

Le passage entre la Chine et la Mongolie est un casse-tête débile. Il faut mettre les vélos sur un véhicule pour quelques kilomètres. Nous avons payé en tout 22 euros et ça  a pris trois heures. Selon les dires des habitués, ça peut être bien pire ! Coté mongol pas de souci. Nous avons pris nos visas à Hohhot par l'agence CITS car le consulat était fermé. Ils nous ont fourgué un visa affaire avec lettre d'invitation. Nous ne saurons jamais le fin mot de l'histoire mais nous avons payé 900 yuans par tête alors que le consulat n'en a pris que 255 !Il est probablement plus interessant d'aller à Beijing. Pour la prorogation, qui peut être obtenue dès l'arrivée dans le pays, il faut se rendre à l'immigration vers l'aéroport d'Oulan Bator, payer, et c'est tout. Suivant le délai voulu, les frais varient. pour un délai normal, c'est à dire trois jours, nous avons payé 50 euros pour trente jours supplémentaires, par personne. La prorogation peut être faite dans l'heure si besoin.

Russie.

Le visa russe que l'on peut obtenir depuis la Mongolie a une durée maximum d'un mois. C'est trop peu pour nous. Il nous faut un visa de trois mois, donc de type "affaire" avec lettre d'invitation et tout le bazar. Nous ne pouvons obtenir un tel visa que si la demande se fait dans l'union européenne. Avant de partir, les renseignements étaient pris. J'envoie depuis Oulan Bator par TNT  (25 Euros) les pièces nécessaires à l'obtention de la lettre d'invitation et des visas, à savoir : des photos, les formulaires, photocopie des passeports, attestation originale d'assurance et les passeports. ALS visa à Paris s'occupe de tout. je les paie par virement bancaire, ils m'ont communiqué un rib. ALS visa font l'invitation, le visa, et nous renvoient les passeports par Chronopost ou TNT à l'ambassade de France (adresse choisie par nous) à Oulan Bator. Le tout prend 4 à 5 semaines et coute 356 euros pour deux( 35 Euros de frais consulaires, 28 euros de frais d'agence, 80 euros de lettre d'invitation et 70 euros pour le renvoi des 2 passeports, délais normaux) mais nous avons nos sésames pour trois mois. ALS visa furent très pro, aucun souci et des réponses très rapides à mes mails. Pendant ce temps nous voyageons en Mongolie sans passeport mais avec une photocopie et nous avons laissé une photocopie du visa, de la page de données passeprt et de la prorogation à l'ambassade de France à Oulan Bator. Ne pas perdre la carrte d'immigration qu'ils délivrent à la frontière, elle est requise pour l'enregistrement dans les villes, est demandée par les hôtels et à la sortie du territoire.

Estonie

Pas de visa pour l'Estonie qui fait partie de l'UE et depuis le 1er JAnvier 2011, de la zone euro. Depuis longtemps notre passeport n'a pas été tamponné à la frontière !

 

Lettonie, Lituanie, Pollogne, République tchèque, Allemagne, Suisse, France : tous dans l'espace Schengen.

 

Birmanie : c'est le kyat (prononcer tchiat), il faut en gros 1180 kyats pour faire un euro, mais dans ce pays on paie certaines choses en kyats et d'autres en dollars, il faut toujours avoir les deux. Les dollars se changent à 350 kyats dans les banques mais à 900 au marché noir....Pas de distributeur automatique et on ne change pas partout, prévoir ...

Thaïlande :  Pas assez de coins de rue pour mettre tous les DAB. L'euro se change contre environ 40 baths. 

Cambodge : En Janvier 2011, on obtient 4000 riels pour un dollar, mais on peut aussi payer directement en dollars presque partout. Le Bath Thaï est également une monnaie très utilisée. Nous nous contentons de riels et de dollars suivant les circonstances. L'Euro se change à un peu plus de 5000 riels. Pas très interessant, celui-ci ayant chuté.

Vietnam : En Février 2011, on a  entre 19500 et 21000 dongs vietnamiens pour 1 dollar. L'Euro s'échange contre 28 000 dongs. Une chambre d'hôtel coute 100 000 dongs, une bouteille d'eau 5500. Les billets heureusement sont de grosses coupures, ce qui évite d'en trainer une brouette pour acheter une pastèque au marché.

Laos : La monnaie du Laos est le Kip, la banque nous en échange 8031 pour un dollar américain.

Chine : La monnaie est le Renminbi et sonunité est le yuan. Nous échangeons 1 euro contre environ 9,2 Yuans.

Mongolie :  La monnaie est le Togrog. Nous avons 1740 togrog pour 1 euro en juillet Aout 2011

Russie : L'euro se change contre 41 à 43 roubles.

Estonie : zone euro depuis le 1er Janvier 2011

Lettonie : On paie en Lets et on en a 0,7 pour 1 Euro

Lituanie : Ici, ce sont des Latis, on en a 3,44 pour 1 euro

Pologne : nous sommes passés aux Slotis et il en faut 4,34 pour faire 1 euro

République tchèque : Nous payons en couronnes. Le taux de change est de 25 Krc pour 1 euro

Suisse : Oui parce qu'on croit que cette fois-ci on est vraiment en Europe mais que dalle, il faut encore changer du pognon et le franc suisse n'a jamais été aussi fort. Il faut 1 Euro pour faire 1.25 FS

 

BUDGET

 

Pays Héb. Nour. Com. Trans. Entrées sites Répar. Formalités Divers Total Nbre jours Moyenne
                       
Birmanie 230 175 5 50 32 0 195 10 697 30 23,23
Thaïlande 141 310 14 38 0 9 0 23 535 27 19,81
Cambodge 92 340 1 0 124 3 34 0 594 28 21,21
Vietnam 119 215 0 0 7 6 55 0 402 27 14,89
Laos 64 212 13 13 3 9 71 4 389 26 14,96
Chine 287 624 51 131 45 709 0 53 1900 86 22,09
Mongolie 139 538 8 131 7 65 308 29 1225 60 20,42
Russie 260 789 19 781 30 0 379 128 2386 68 35,09
Pays baltes 0 104 0 0 0 0 0 16 120 10 12,00
Pologne 0 80 0 0 0 43 0 12 135 10 13,50
Tchéquie 0 64 0 0 0 0 0 26 90 6 15,00
Allemagne 30 40 1 0 0 0 0 9 80 4 20,00
Suisse 64 0 0 0 0 0 0 0 64 2,5 25,60
                       
ToTAUX 1426 3491 112 1144 248 844 1042 310 8617 384,5 22,41

 

Birmanie

Changement billet avion + taxe d'aéroport + overstay + transport vélo avion sur vol Bangkok Yangon aller retour : 195 Euros

Chine

 

Les frais dus à la casse du vélo ainsi que le coût du vélo lui-même sont rentrés dans chaque catégorie

 

Mongolie

Visas et prorogation : 308 Euros 

 

Russie

Transport nous dont transsibérien : 718 Euros

Transport vélos et consignes : 63 Euros

Visas : 379 Euros

 

Tous les chiffres sont en euros et pour deux.

 

BILAN MATERIEL

 

Et commençons par le gros morceau : les vélos

 

Dragon (Nathalie)

TRès vite comme d'habitude le vélo se retrouve dénudé de ses accessoires qui sont en plastique ou pas assez costaud, ou qui dépassent et donc ramassent tous les chocs : rétroviseur, klaxon et béquille. On s'en passe finalement assez bien, quoique le rétro est bien utile. Ce qui suit est bien sur en plus des crevaisons, des changements de patins de freins (pas fréquents du tout), des cables de dérailleur ou de freins, soucis normaux. La nouvelle mousse de siège, chère, est très efficace, confortable et a tenu le coup sans broncher.

Km 200 : Casse d'une patte de dérailleur AR et de la chaine.

Km 10000 : Changement de mon pneu avant, remplacement par un pneu chinois.

Km 12560 : Changement de chaine, cassette, pédalier, axe de pédalier, dérailleur arrière, roulements moyeux AV et AR, un point dur dans la direction, ne peut être résolu.

Km 14839 : Changement de pneu avant par le Schwalbe de réserve.

Km 15200 : Achat d'un pneu avant et changement pour garder le Schwalbe en réserve.

Km 15982 : Casse du ressort de l'étrier de frein. Remplacement par un rayon bricolé, qui tiendra jusqu'au bout sans problème.

Km 16137 : Changement de la jante avant suite à un gros pète au Vietnam. Changement des pédales. La partie hydraulique de l'amortisseur est foutue.

km 18000 : Récupération du jeu dans l'axe de la fourche arrière ainsi que celui de la fixation de l'amortisseur par une réparation de fortune qui me permettra d'aller jusqu'au bout.

Km 18500 : Changement de pneu arrière.

Km 22988 : Réglage du problème de point dur dans la direction, provisoire.

Km 23857 : CHangement du pneu avant. 

 

Condor (Michel)

Km 1300 : Soudure du triangle sous cadre, fendu à quatre endroits et cassé à un autre plus sur le tube principale au niveau de la fixation de l'amortisseur.

Km 4100 : Soudure à un autre point de la même pièce

Km 5500: on recommence à un autre endroit de la même pièce

Km 6687 : Pose d'un renfort alu sur le triangle sous cadre.

Km 8000 : CHangement des bagues bronze et récupération du jeu latéral de l'axe de la fourche arrière par ajout d'une rondelle.

Km 8700 : Casse du tube principal du vélo : rien à faire. Achat d'un nouveau vélo en Chine, droit ... 

 

Vélo droit Michel

Km 1300 : Casse de la chaine

Km 2100 : Cassette complètement désserrée, Michel roule avec l'étrier de frein ouvert tant la roue danse ! Resserage

Km 4361 : Changement cassette, moyeu de roue arrière.

Km 5253 : Changement du pneu arrière qui était neuf avec le vélo, remplacement par le Schwalbe neuf.

Km 8578 : CHangement de roue arrière, la cassette a du jeu

Km 11882 : Changement chaine

Km 14288 : Jeu dans la direction, changement de l'axe du pédalier et du pédalier

 

Les deux vélos finissent fatigués. A noter que le pneu avant de Michel : un Schwalbe Marathon a tenu tout le voyage, soit quelque chose comme 23 500 kilomètres. Il est usé, certes, mais pas à la corde.

 

AIRODIN ET LE SERVICE APRES VENTE

Dès les premiers soucis de félures et de casse sur le Condor, nous avons envoyé photos et descriptions au fabricant, Airodin. La réponse fut simple et claire : le vélo n'est plus sous garantie. Ca nous fait une belle jambe peut-être mais pas de solution. Quand le vélo rend l'âme définitivement, nous recontactons le fournisseur, preuves à l'appui, il répond qu'il n'a jamais vu ça, nous propose de nous envoyer un cadre neuf à prix coutant. Ce qui signifie que nous devrons faire ou faire faire tout le démontage des élements de l'ancien vélo pour les remettre sur le nouveau cadre. Le siège a cassé aussi dans l'opération et nous demandons aussi d'autres pièces. Nous attendons donc un devis comprenant le cout des pièces et les frais de port. Nous demandons également quel délai pour tout ça.

Nous n'avons jamais eu de devis, ni de délai, nous avons l'impression que Airodin rechigne à envoyer le tout en Chine, ne fait aucun geste. Après quatre jours dans l'expectative nous décidons que Michel ira se trouver un nouveau vélo. Bien nous en a pris, nous attendons toujours prix et délai ! 

Autrement dit, nous ne sommes absolument pas satisfaits du service après vente d'Airodin. Le vélo Condor est vendu comme étant indestructible ce n'est pas nous qui le disons, toujours est-il qu'il a cassé de partout, sans maltraitance particulière et que c'est ma fois fort désagréable quand ça nous tombe dessus. 

Alors on a envie de dire qu'il faut acheter des vélos couchés ailleurs que chez Optima Airodin. Cependant, je n'ai pas trop à me plaindre du Dragon bien qu'il ait ses points faibles et qu'il faut parfois faire preuve d'imagination pour réparer et ne pas rester en rade.

 

Matériel de camping

Popote, poche à eau, duvets, filtre à eau : RAS

Réchaud : nous étions repartis avec un optimus neuf. Pas de chance, au bout de deux mois, il fuit même quand on change les joints, la combustion est catastrophique, inefficace et polluante, on pleure à chaque fois tant ça pique les yeux, la flamme est orange et encrasse le fond des casseroles. Je finis par contacter le vendeur qui me renvoie vers le constructeur : Katadyn. Ceux ci réagissent très vite : notre réchaud fait partie d'une série qui fait l'objet d'un rappel constructeur. J'explique notre situation géographique, ils préparent le colis et dès que j'envoie une adresse, envoient le colis par TNT, 72 heures. Nouveau réchaud Nova+, encore plus performant, pochettes de joint et kit en rab, le tout à leur frais et sans aucune discussion. Ca c'est du service après-vente ! Certains devraient prendre modèle !

Matelas auto Gonfflant : de marque Camp. L'auto gonfflage est de moins en moins performant au fil des mois. Pour finir on gonffle entiérement en soufflant. Et de plus en plus souvent, on se réveille le matin sur un matelas dégonfflé. Donc ils ne vieillissent pas très bien. C'est vrai qu'on en fait une utilisation intensive mais quand même, pas trop normal.

Tente : notre tente helsport modèle rondane 3 va sur ses 8 ans. Elle a subi des conditions diverses et variées, a été montée et démontée des centaines de foi. Le tapis de sol s'est fait bouffer par les termites, il n'est donc plus étanche, mais le toit ne laisse pas passer l'eau, même aux coutures. Le tissu a vieilli, quand l'air est sec, elle est super tendue mais quand l'humidité tombe notamment la nuit, le tissu se détend et du coup, les deux toiles se touchent si on n'y prend garde et ensuite, ça peut faire quelques fuites. Les arceaux fatiguent aussi, nous avons changé quelques tronçons en cours de voyage. Dans l'ensemble, nous sommes absolument satisfaits de la qualité de cette tente, elle est rapée, c'est normal, elle a vécu. 

Pharmacie

On a encore ramener pratiquement la totalité de ce qu'on emmène. Seuls les Ibuprofène, les anti inflammatoires, les pastilles pour l'eau sont utilisés. Quelques cachetons pour le bide ont également été avalés. Par contre il FAUT absolument prévoir du métronidazole dans la trousse en pharmacie, c'est un antibio contre les giardiases, problème intestinal courant et bénin mais impossible à soigner sans ce médicament précis, qu'on trouve il est vrai à peu près partout dans le monde. Les anti inflammatoires ont été avalés dans le cas de névralgies...

 

Photos 

L'appareil acheté pour partir a rendu l'âme rapidement, en MOngolie, défaut objectif... Des amis venues nous rejoindre ont ramené le petit compact acheté en Inde l'an dernier. Par contre, le mien, l'Olympus, a tenu bon et n'a montré aucun signe de faiblesse. Pour le stockage des photos, la solution du petit netbook était top, aucun souci et un confort d'utilisation inestimable. Ce qui n'empêche pas de stocker en plus sur clé usb et de graver un DVD quand la clé est pleine.

 

Communication.

Le netbook nous a changé la vie. J'ai pu préparer tous mes mails pour les enfants de l'école de Lavans et quelques articles pour les journaux, ainsi que toutes les mises à jour du site. Pour les photos on vient d'en parler, c'était top. Sans compter qu'avec la wi-fi qui se répand partout dans le monde, souvent d'accès gratuit, on peut passer des heures à potasser, à télécharger, à étudier la suite du périple, à régler les formalités administratives, à échanger un réchaud... Bref, c'est un outil qui change le voyage et évite bien de la perte de temps à se prendre la tête.

 

Voilà, donc en résumé, on en a bien bavé avec le matériel et notamment les vélos, mais on s'en sort.

 

CHIFFRES

 

Pays 2010-11 Nbre jours Jours roulés Kilomètres Déniv + Temps Km/jour Den+/j Tps/jour Moyenne
                   
Birmanie 30 14 1086 6285 67 h 45 77,6 450 4 h 50 16
Thaïlande 27 18 1388 10835 85 h 16 77 620 4 h 44 16,3
Cambodge 28 22 1820 4900 95 h 00 82,7 220 4 h 19 19,16
Vietnam 27 24 2112 14000 121 h 30 88 583 5 h 04 17,4
Laos 26 22 1871 14735 109 h 23 85 670 4 h 58 17,1
Chine 86 72 5937 59630 379 h 00 82,4 828 5 h 11 15,4
Mongolie 60 47 3049 21370 205 h 00 65 454 4 h 22 14,87
Russie 68 48 4410 30515 247 h 00 92 636 5 h 10 17,8
Estonie 6 5 444 500 24 h 50 89 100 5 h 00 18
Lettonie 3 3 197 300 10 h 00 65,6 100 3 h 20 19,7
Lituanie 3 3 297 900 16 h 00 99 300 5 h 20 18,56
Pologne 10 8 834 2755 44 h 00 104 345 5 h 30 19
Tchéquie 6 3 338 2175 17 h 50 113 725 5 h 57 18,95
Allemagne 4 4 462 2835 24 h 19 115 790 6 h 05 18,87
Suisse 2,5 2,5 237 1675 14 h 10 94,8 670 5 h 40 16,7
France 0,5 0,5 24 100 1 h 20 24 100 1 h 20 18
                   
ToTAUX 387 296 24506 173510 1462 h 23 82,8 586 4 h 56 16,75