2012 - À vélo couché de Lima à Santiago


 

 100 jours dans les Andes

De septembre à décembre 2012

 

Jean-Marie Patois, vaillant retraité, m'a accompagnée durant ce voyage en Amérique du sud, qui nous a permis de rallier Lima au Pérou à Santiago au Chili, de rouler à travers les mythiques paysages de l'altiplano, les célèbres salars, le prestigieux sud Lipez et le nord de l'Argentine avant de traverser la cordillère pour rejoindre Santiago, point final de l'aventure. Chaque hectomètre a été parcouru à la force du jarret.

 

Ci dessous, la carte globale, puis le récit tel qu'il avait été écrit dans le blog et enfin  en bas de page les chiffres, bilan matériel, formalités...

 

 

Lima

 

Bonjour,

 

C'est incognito que je suis partie dimanche matin de mon village. Même pas bizarre, la clé ne tourne pas, cette fois ci, dans la serrure, nous ne ferrmons ni le gaz ni l'eau. Halte dans la famille puis je rejoins mon coéquipier, Jean Marie, lundi matin à son domicile. Tout est prêt. Nous chargeons rapidement l'auto de nos volumineux bagages et encapons direction Paris. Les premièrs endroits exotiques que nous visitons sont donc les aires d'autoroute, cosmopolites, multiraciales, multiculturelles, multi milieux sociaux. Enfin presque.

 

A Paris, le périph n'est pas trop encombré et nous arrivons comme des fleurs au terminal 1 de l'aéroport. Dépose minute. Après l'embarquement, alors que nous attendons, nous entendons le miaulement insistant d'un chat qui s'engouffre clandestino dans le tunnel plexiglass qui entoure l'escalator. Ce chat part probablement en Iran. Clandestin ? Et puis il y a un orthodoxe en tenue d'apparat qui se fait tirer le portrait devant une affiche monumentale vantant les mérites des A 380 de Singapour Airlines. Sur l'image et ce qui interesse notre pope, c'est la tour Eiffel en arrière plan. Il faut bien nous occuper pendant ces cinq heures d'attente ! Pour tuer le temps, nous allons finir la bouteille de pinard du pique nique, que nous avons pris soin de mettre dans nos bagages. Tels des saoulards moyens sur un banc devant la porte 16, à l'extérieur, nous vidons la bouteille de Croix Carron. Pas mauvais ma foi !

 

Après un premier vol entièrement de nuit, nous atterrissons à Rio de Janeiro. Emergeant difficilement du nuage de pollution, nous apercevons le Christ Rédempteur et le pain de sucre. Seconde escale à Sao Paulo, qui nous marquera par des quartiers très différents les uns des autres, composés tantôt de pauvres baraques multi matériaux, tantôt de véritables forêts de gratte ciels. Pas joli. La seconde partie du dernier vol nous offre des paysages absolument somptueux, ceux là même que nous allons bientôt avoir la joie de traverser à vélo. Du blanc pour les salars, du rouge, du jaune, du gris pour la roche, du bleu pour le ciel, mais de vert, rien. Absolument rien. Le désert, et émergeant de ce paysage lunaire mais extrêmement beau, les volcans aux sommets enneigés. Puis l'océan, pacifique cette fois ci. Le désert vient y mourir. Le feston blanc des vagues séparant le bleu profond de l'océan du rouge du désert. Enorme.

 

Nous arrivons en avance à Lima, récupérons très rapidement tout notre barda et encapons direction Miraflores, quartier chic de la ville, où nous avons réservé un hébergement pour deux nuits. Le montage des vélos nous prend quelques instants. Quelques pas au bord de l'océan où nous admirons la dextérité des parapentes et des surfeurs, et nous filons au centre bien vivant du quartier. Le match Pérou Argentine bat son plein. Des télés partout et des gens plein les rues. Nous rentrons manger à notre auberge, nous sommes claqués. Sept heures de décalage horaire à absorber.

 

Aujourd'hui a été consacré à la visite du centre ville. Les bus crachent noirs et la pollution irrite la gorge. La plaza de armas n'a pas changé, les bâtiments colorés et équipés de splendides moucharabiés (sic orthographe) qui bordent les rues ont peut-être été repeints depuis mon passage en 1995. La rivière Rimac est dégueulasse, s'y écoulent les égouts de la ville. Le charme est pourtant présent, surrané et désuet, la ville est vivante mais tout est calme. Les gens ont le contact facile et prennent soin de nous, je sais déjà faire deux phrases sans faute en espagnol !

 

Demain, nous enfourcherons nos bicyclettes pour nous lancer à l'assaut des Andes et sortir rapidement de ce nuage bas et malsain qui recouvre la ville en permanence. Lima ne voit que rarement le ciel bleu.

 

A bientôt.

 

 

Yo gringo !

 

Il a bien fallu se décider à quitter Miraflores pour se lancer dans la traversée hasardeuse de Lima, congestionnée dès le matin. Et c'est sous un crachin malsain que nous nous lançons sur les boulevards enfumés. Nous avions repéré un itinéraire et mémorisé les noms des avenues à emprunter, mais il y a toujours une bonne raison pour nous faire filer ailleurs et nous perturber. Bon, nous avons fait des détours, sommes passés dans des quartiers fortement déconseillés, roulant au milieu de la chaussée, le regard balayant d'un côté à l'autre sans jamais rien voir venir, avons demandé moult fois notre chemin, certains nous ont fait des plans... Nous avons enfin trouvé la Carretera centrale, autrement dit l'autoroute qui relie Lima à Huancayo en passant par la Oroya. Après vingt bornes pénibles d'agglomération, nous prenons la voie d'arrêt d'urgence... L'autoroute est surchargée, polluée, mais nous n'avons pas d'autre choix.

 

Si la ville en elle-même est assez plate, nous savons que nous devons ménager nos jambes. L'atmosphère est saturée, poussièreuse, pas un coin de ciel bleu. Pas l'enfer mais l'étage juste avant. Et puis ça a commencé à monter, d'abord très gentimment, mais à la fin de la première journée nous étions tout de même à 850 m d'altitude. Le lendemain fut de la même veine quant à la densité du trafic, l'horreur, une file de poids lourds quasi ininterrompue, qui crachent épais. Peu à peu l'atmosphère devient un peu plus limpide, nous voyons bientôt à plus de cent mètres devant nous ! Je n'exagère qu'à peine. Mais dans ces piètres conditions, nous grimpons de 1870 m et dormons dans les gorges encaissées, de l'autre coté de la rivière, à cinquante mètres du passage continuel, y compris la nuit, des convois exceptionnels et des chargements de minérais extraits du sol, riche, de la région. Nous sommes dans une zone minière importante, la montagne est sculptée par les pelleteuses. Troisième jour de vélo, copier coller sur la veille, je ne vois que le dos de Jean Marie et encore, quand il n'est pas trop loin ! Du coup c'est lui qui s'arrête faire les courses pendant que je continue mon bonhomme de chemin. Nous avalons ce jour encore et tout de même 1700 m en positif, ce qui nous met à 4350 m d'altitude. La température a fraichi, nous sortons les doudounes et les gants, bivouaquons au calme. Au matin, l'eau est gelée dans les récipients qui étaient dans l'abside, la tente est blanche et le réchaud fait des caprices. Mais nous attaquons la dernière ligne droite, qui prend la forme de superbes lacets. Le souffle se fait court vers la fin et c'est sous une averse de grésil que nous franchissons, non sans soulagement pour ma part, le col à 4818 m. Ouf, une bonne chose de faite ! Jean Marie est dans une forme qu'il qualifie lui-même d'indécente !

 

Coupe vent, gants, bonnet, surpantalon, et nous encapons dans la descente contre un fort vent qui nous oblige à pédaler pour avancer, longeons des lagunes et cotoyons des collines aux teintes irréelles. Le soir même, et après avoir essuyé un orage, nous atteignons la Oroya, plus grosse cité industrielle minière de l'Amérique du sud disent-ils ! Eh ben c'est pas franchement beau à voir même si le décor est superbe, les montagnes alentours sont d'une blancheur étincelante, le cours d'eau beaucoup moins joli et l'usine, énorme. Depuis la fenêtre de notre hébergement rudimendaire où la production d'eau chaude défie l'entendement par l'insécurité que cela représente, (on a pensé à Claude François) nous voyons le complexe industriel et l'immense cheminée. Dans les ruelles de la ville, comme partout ailleurs depuis Lima, nous mangeons la spécialité culinaire : poulet frites !

 

La circulation infernale nous lâche à la Oroya et c'est sur une route velours, tranquille, le long du rio Mantaro qui coule entre les montagnes dénudées, que nous atteignons facilement Jauja, bourgade pleine de charme à l'entrée d'une vallée alluviale large et cultivée. Sur les hauteurs de la cité, les cultures de quinoa sont séches en cette saison, de jeunes bergers gardent quelques moutons, la vie va tranquille.

 

Depuis le départ de Lima, les signes d'encouragement le long de la route sont nombreux et le contact avec la population très facile. Le niveau en espagnol de Jean Marie nous permet de communiquer aisément et dans quelques semaines je devrais être au top ! Les Péruviens qui roulent le font en Toyota. Les taxis citadins sont des triporteurs parfois grandement stylisés.

 

Même si le col est passé sans difficulté notoire, nous ne sommes pas acclimatés pour autant et le moindre effort nous coupe le souffle. Ca viendra. Voilà, nous sommes à Huancayo, ville de plus de 320 000 habitants où à part la place centrale et des formations géologiques qui rappellent celles des cheminées de fées dans les alentours, il n'y a pas grand chose à voir ni à faire. Ce six premiers jours de vélo ne furent pas de tout repos mais nous ont directement projeté dans l'ambiance sud américaine. Mais quand même, les volailles péruviennes sont de bonne constitution. Par chargements entiers elles démarrent de Lima, passent à 4818 m avant de redescendre de l'autre coté, sans broncher, et même si nous ne parvenions pas à croiser leur regard, probablement blême, nous savions ce que contenait les cagettes, rien qu'à l'odeur que ces centaines de gallinacés peuvent dégager !

 

Nous entamerons à partir de demain une partie moins facile puisque le macadam risque de nous lâcher ou au moins de se dégrader. Nous nous dirigeons sur Ayacucho en suivant le Rio Mantaro qui nous promet des gorges vertigineuses et pas de parapet sur plus de deux cents bornes.

 

A une prochaine.

 

 

 

Huancayo-Ayacucho-Andahuaylas

 

Nous sortons de la ville d'Huancayo comme si elle nous était aussi familière que le fond de notre poche, sommes surpris de trouver ensuite un péage, et contents, car ceci indique forcément un bout d'asphalte pour notre proche avenir. Très vite la route s'élève à flanc de colline tandis que nous laissons en contre-bas une large vallée cultivée. Tout aussi vite, Adrien nous rejoint. Adrien ? Un jeune et fort cyclo voyageur français qui rallie Caracas au Vénézuela à Ushuaia, à l'extrême sud du continent, suivant dans toute sa longueur la boursouflure sud américaine que forme la cordillère des Andes. Nous roulerons deux jours avec lui.

 

Le macadam nous abandonne rapidement. Net et sans bavure. Du revêtement lisse et propre, nous passons subitement aux secousses et à la poussière qui nous tapisse les poumons à chaque véhicule rencontré. La fin de l'asphalte, c'est le début de l'aventure, les petits villages assoupis au fond des gorges profondes où coule l'eau sale du rio Mantaro, la ligne de chemin de fer qui se partage la chaussée avec les bagnoles, les boutiques dont on ne sait plus si elles sont sur le quai ou sur le bord du chemin. La population sympathique ne reste pas indifférente sur notre passage et j'entendrai, à plusieurs occasions tomber dans mon oreille charmée, des « oh, senorita » admirateurs sortis de bouches de femmes en tenue traditionnelle colorée.

 

Il y eu des tronçons où la piste domine de manière vertigineuse le rio, de plus en plus maigre au fil des kilomètres même si globalement nous en descendons le cours, des descentes sans parapet qui se négocient à 10 km/h, pour  éviter des sorties de route à l'issue forcément fatale, des insectes assoiffés de notre sang, de la poussière dans la sueur et de la sueur dans la crème solaire, de la chaleur, des plis géologiques étonnants et complexes, des paysages où les agaves et les acacias se disputent le terrain avec les cactus candélabres et les figuiers de barbarie, des décors de western où je trouve les épineux bien assez envahissants, des plateaux dénudés, des roches si rouges qu'elles en deviennent violettes, des couleurs tout droit sorties de la palette d'une peintre, des zones où la géomorphologie est si complexe que, sans l'aide du soleil, nous ne savons jamais vraiment dans quelle direction nous nous dirigeons. Nous sommes finalement arrivés à Ayacucho.

 

Ayacucho. Nous nous posons. Comme partout ailleurs, les femmes arborent des sourires rafistolés en métal précieux, des jupettes par dessus les jupettes, par dessus encore le pantalon molletonné, le chapeau et une maigre paire de nattes. Nous voulions visiter la ville une fois la lourdeur des heures de la mi-journée bousculée par la fraîcheur du soir. Nous avons visité sous l'orage. Ayacucho est une ville tout en pente, les rues dégringolent des collines, d'autres les croisent, l'eau s'engouffre dans ces canaux sans caniveaux. Le flot atteint plus de dix centimètres, les filles piaillent, les garçons rigolent, les voitures éclaboussent, les chiens s'ébrouent, tout le monde court d'abri précaire en porte cochère illusoire. Plus tard, alors que les trottoirs sèchent, les processions reprennent : derrière la vierge promenée sur un brancard porté par les épaules de quatre hommes, les petites gens suivent, une bougie  allumée à la main...

 

Le lendemain, toujours Ayacucho. Fête. Ca défile dans le bruit des fanfares. Les bachelières des différentes promotions du lycée Mercedes, exclusivement féminin, passent devant la tribune officielle installée Plaza de Armas. Autrement dit, nous voyons passer au pas et très solennellement, la bourgeoisie de la ville, entre les officiels et les militaires qui progressent au ridicule pas de l'oie. En attendant leur tour, baillonnette au canon, ils s'empiffrent de pop-corn. Le général Sucre, chevauche fièrement au centre des massifs floraux. Pèse personne ambulants, vendeurs de bric et de broc, de jus de fruits, de glaces, de conversations téléphoniques, tout le monde semble avoir une activité et une place bien précise dans la société. Sauf les mendiants. Ceux qui n'ont rien à vendre achètent et font tourner la roue.

Nous quittons la ville bruyante, où les sons musicaux, sommaires et répétitifs à mort, s'entrechoquent plus que s'entremêlent et nous pètent les tympans. Nous partons ailleurs.

 

L'ailleurs prend très rapidement une allure montante. Nous le savons, un col de 41 km nous attend, pour nous hisser sur un plateau à 4200 m. Mais nous découvrons avec surprise au fil des kilomètres que la montée est asphaltée. Nous passons, en 1500 m de positif, d'un monde à l'autre. Nous laissons les moustiques, la chaleur et la végétation pour un univers aride, désert, froid. Nous croisons quelques élégantes vigognes et arrêtons les véhicules pour remplir nos réserves d'eau. Nous campons à 4212 m, et arrimons les tentes avec beaucoup d'attention, les orages nous tournent autour et le ciel nous offre un spectacle haut en couleurs. Nous nous sentons plutôt vulnérables sous nos bouts de tissus. Le lendemain au réveil, le ciel est limpide. Nous prenons la route aux aurores. Pas longtemps. Le macadam s'arrête net et si, au début, la piste est bien roulante, elle se détériore rapidement. 80 bornes de travaux nous attendent, un chantier gigantesque, des centaines d'engins qui purgent les pentes, cassent du caillou, élargissent la piste, taillent dans la montagne, évacuent les gravas. Des milliers de gens, de la femme qui tient le panneau vert ou rouge au spécialiste dans sa pelleteuse en équilibre précaire dans le terrain pentu. A 4300 m, juste avant de basculer, nous essuyons une averse de grêle, et Jean Marie se vautre, sans mal, sur la piste infecte, poussièreuse, encombrée d'engins. La descente qui suit est inqualifiable, de la boue, de la poussière, du froid, de la pluie avant le soleil, des trous, des travaux toujours, des ravins... On avance à 10 km/h et malgré cette vitesse réduite, mon coéquipier fait un roulé-boulé avec le vélo. Pantalon troué, genou égratigné et choqué. Après le premier village et la chaleur retrouvée, la descente se poursuit, infernale, nous restons bloqués à attendre la fin des purges de pente, nous refaisons 500 m et rebelote. Le paysage est torturé, les pans de montagnes sont cultivés.

 

Le lendemain matin, après un bivouac au bord de la piste, entre un figuier de barbarie et un acacia, nous commençons par retirer une épine de 4 cm du pneu arrière du vélo de JM, ce qui, bien sur, provoque un dégonfflage immédiat. Cependant, sur cette journée de folie encore, c'est moi qui gagnerai le concours Lépine, avec cinq crevaisons. De quoi perdre patience. Nous restons bloqués derrière les travaux pendant trois heures, au fond d'un trou à 2000 m d'altitude où les moustiques s'en donnent à coeur joie, puis il nous faut atteindre Chincheros, en haut d'une piste raide et pas roulante, 850 m en positif dans l'après-midi et la poussière. Nous trouvons une chambre et un jet d'eau pour nettoyer nos montures.

 

A Chincheros, nous retrouvons pour un moment le macadam. Et nous poursuivons l'ascension de la veille, qui se terminera à des hauteurs célestes, après 40 km de montée, à 4300 m d'altitude. On fait bien le yoyo, et ce n'est que le début. Quatre cols déjà à plus de 4000 m depuis notre départ. En fin de journée, après une délicieuse descente qui nous frigorifie, le ciel est si menaçant que nous nous engouffrons dans la première piaule que nous trouvons. Bien nous a pris, moins d'une heure après, des trombes d'eau s'abattent sur Nueva Esperanza.

 

Nous sommes à Andahuaylas, pour ceux qui suivent sur la carte. Nos étapes sont courtes, ne dépassent guère les 50 kilomètres, car sont éprouvantes. Le terrain est très difficile, des cols à 4300, 4200, et des fonds de vallée à 2000 m, le corps s'adapte. La population est accueillante et curieuse, les salutations, encouragements et questions le long de la route sont très nombreux, nous trouvons de tout pour nous sustenter et sommes toujours passés entre les gouttes. Nous progressons comme nous pouvons.

 

La suite s'annonce à décalquer sur les derniers jours : des cols, de la piste, de la poussière, des paysages variés, des terrains cultivés à des altitudes très élevées, des truies suitées qui traversent la route dans les villages, des gens qui travaillent la terre, des sourires édentés ou dorés, des bodegas (petites épiceries) où l'on trouve de tout et des hospedajes (auberges) sommaires...

 

Hasta luego !

 

 

 

Les chroniques de Jean-Marie.

 

  1. Mira mira

 

Nathalie chevLe matin au réveil quand on sait que 2200 m de positif nous attendent !auche un drôle d'engin, c'est un « mira-mira ». Enfin, je pense. Parce que c'est l'exclamation mille fois entendue, d'enfants, qui le désignent ainsi du doigt. En passant derrière, je suis totalement ignoré, ne montant pas un « mira-mira ». Il y a probablement derrière cela un complot féministe, pour preuve, les acclamations au passage de la senora. Depuis, j'en ai pris mon parti, j'ai bien essayé de me porter devant, cela ne changea rien. Quand même, je me demande toujours de quel handicap souffre cette jeune personne pour être condamnée à utiliser une telle prothèse. 

 

( «Mira-mira » signifie « regarde-regarde », en espagnol)

 

 

 

 

 

 

Prendre des forces : pain beurre confiture

        2. Sportive de caniveau

 

Les grandes routes asphaltées du Pérou sont bordées de profonds caniveaux à ciel ouvert. Ces ouvrages, très utiles par temps pluvieux, se révèlent être un danger permanent pour le cycliste. Lourdement chargé dans des pentes excessives, il se hisse péniblement le long d'infinis lacets dans l'hébétude de l'oxygène raréfié, tout en maintenant une direction approximative. Il louvoie, doit se garder, à gauche, des convois de mastodontes rugissant qui le transformeraient immédiatement en carpette, et à droite, du piège qui menace toujours de l'engloutir : le caniveau.

Eh ben, la Nathalie, alors qu'elle jetait un regard en arrière, inquiète pour son coéquipier attardé, a guidonné, et s'est foutu dans le caniveau. Moralité : on connaissait les sportifs de haut niveau, maintenant, il faudra apprendre à reconnaître les sportives de caniveau.

 

 

 Et rouler jusqu'à des altitudes célestes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Des hauts et des bas. Cusco.

 

 

 

De Andahuaylas, bien sûr, il a fallu remonter, ça a duré des dizaines de kilomètres, comme d'habitude. On monte, on monte, pendant trente ou quarante bornes, on passe encore une fois la barre des 4000 mètres. Les terres sont encore cultivées à cette altitude, une mosaïque de carrés labourés sur le flanc des montagnes. Pommes de terre et céréales. Les gens piochent, grattent, trient les patates par calibre. Pas d'arbre, plus d'habitation non plus. Les agriculteurs montent aux champs pour la journée avec le cochon, le chien, les outils, de quoi se nourrir. Leur sourire aussi. Pas de mécanisation dans les parages, les terrains sont probablement trop difficiles à exploiter, les parcelles trop petites, le matériel trop onéreux.

 

 

 

Quand nous bivouaquons à 4000 m, il faut sortir les gants, les bonnets, voire les doudounes. Le matin, le temps est calme mais le vent se lève toujours en cours de journée et forcit jusqu'à la nuit, moment où il tombe lui aussi. A 4000 m, nous mangeons sous l'abside avec les pieds sous les duvets.

 

 

 

Une fois passés si haut, nous plongeons, plongeons, pendant quarante, cinquante, soixante kilomètres. 1800 m. Point bas. Vingt cinq degrés à huit heures du matin. Nous retrouvons les arbres à grandes feuilles, les moustiques, la chaleur, d'autres cultures, des fruitiers, passons un pont sur une rivière au fond d'une gorge, d'un gouffre. On croierait parfois descendre dans les entrailles de la terre, dans des failles abyssales, des enfers, tant c'est interminable. Nous savons chaque fois que nous devrons remonter tout ce que nous descendons ! Alors une fois la rivière traversée, nous remettons le petit plateau, calons le régulateur sur 6 km/h, quand tout va bien, et rattaquons le col suivant. Avec détermination.

 

 

 

Tous les cours d'eau de la région, et le dernier en date fut l'Apurimac, descendent tôt ou tard vers l'Amazone, nous coupons par le travers toutes ces vallées. Nous n'allons pas en Amazonie, et de toute façon, aucune route digne de ce nom n'existe à part celle que nous suivons.

 

 

 

Abancay. Nous voyons la ville soixante dix bornes avant de l'atteindre. C'est une vue d'avion. 2200 mètres à dégringoler sur une piste poussièreuse, en lacets, sur le flanc vertigineux de la montagne, et 15 bornes à remonter de l'autre côté avant d'y débarquer. Tout ne se fait pas le même jour. Puis il a fallu passer de nouveau à 4015 m avant de la perdre définitivement de vue. On a passé deux nuits, une quinzaine d'heures et 115 bornes à pédaler pour traverser d'un bord à l'autre la vallée profonde d'Abancay. Les lacets de l'avant-veille ne sont qu'à quelques kilomètres à vol doiseau quand nous disparaissons vers d'autres horizons. Vus d'en haut, on ne sait même plus quels sont les lacets qui dominent les autres, il y en a partout. L'exercice est difficile d'essayer de donner une idée par les mots de ces reliefs torturés, déchiquetés, de ces vallées aux profondeurs insondables. Et les images ne donnent rien qui vaille. Imaginer reste la seule alternative. Ou venir. Nous pédalons parfois dix bornes avant de repasser à l'aplomb d'un bout de macadam où nous étions deux heures avant. Et ça dure cinquante bornes. Les mecs qui ont tracé la route n'étaient pas des idiots, le cheminement est parfait, il enroule, il caresse, il effleure, tout se fait sur le vélo, pas de rampe infernale qui casse les jambes même si parfois la pente est raide. Ces endroits sont irréels, un peu en dehors du temps. Nous montons parfois pendant deux jours avant de basculer pour seulement deux heures, certaines étapes se limitent à moins de quarante kilomètres malgré le nombre d'heures passées à transpirer... Nous transitons alors d'un monde à l'autre, et préférons de loin celui du haut, celui où la vue s'étend loin, celui où les moustiques et les épineux nous foutent la paix.

 

 

 

Puis nous avons vu, mélangés aux nuages, les sommets enneigés de la cordillère Vilcabamba, culminant à plus de 6000 m. Nous jouons au chat et à la souris avec les orages mais n'en prendront aucun sur le dos. Chance. Les deux derniers cols avant Cusco ne sont qu'à 3700 m, une bagatelle !

 

 

 

Nous arrivons à Cusco par le haut, au moment où le soleil se couche et embrase les collines environnantes, dénudées et minérales, à l'apparence de coquilles d'huîtres. La ville est déjà plongée dans l'ombre. Nous nous logeons pour quelques nuits, nous posons pour deux jours pleins. Cusco. De vierge en saint, de couvent en église, de temple du soleil en bassin sacré, de procession en musée des arts religieux. La pierre aux douze angles, les murs incas, la statue de Manco Capac au centre de la jolie Plaza de Armas, arborée et bordée d'arcades surmontées de balcons finement travaillés. Nous n'avons pas visité les sites environnants. Je les avais vus en 1995, les pierres sont toujours les mêmes mais le business et la soif de fric qui se sont développés autour est devenue une honte. Il faut des billets touristiques aux tarifs exorbitants pour aller se faire alpaguer et voir autant de surfait et de fanfreluches que d'histoire. Non. Et puis, il y a une manifestation, les gens protestent contre la corruption, les trafics et le manque d'information objective, entre autres... Les sorties de la ville sont bloquées, les minibus ne sortent pas, les taxis non plus. Nous sommes donc condamnés à errer dans le centre, qui nous suffit amplement, traînant mollement nos semelles, ne faisant rien, qui peut être une action grandement enrichissante : regarder la vie et les gens, imaginer leur histoire en fonction de leur accoutrement, leur allure, leur comportement... Se poser et ouvrir l'oeil.

 

 

 

La civilisation inca, à mon sens, n'égale en rien celles des Romains, des Grecs, des Perses, des Khmers, des Birmans, des Egyptiens. Ca n'engage que moi. Elle n'a d'une part duré que cent ans, est récente d'autre part (1430-1530 en gros) Et même si effectivement le degré de précision dans les assemblages des pierres qui composent les murs dont vous avez déjà tous vu des images peut laisser rêveur, les civilisations que je cite, très antérieures, taillaient des colonnes, des motifs, des sculptures et des personnages autrement plus élaborés que ces murs massifs et antisysmiques, avaient des infracstructures plus développées et savaient elles-aussi faire des calculs astronomiques compliqués.

 

 

 

Je ne suis pas retournée au Macchu Picchu, Jean -Marie est en route pour la citadelle inca à l'heure où j'écris ces lignes. Il faut être fortuné aujourd'hui pour en faire la visite. La récupération, à ce point, de l'histoire, par les trois compagnies privées différentes de chemin de fer qui se disputent le gateau, par les centaines d'agences touristiques plus ou moins honnêtes de la ville, sans parler du coût de l'entrée du site lui-même, me fait vomir. Faire l'aller retour Cusco-Macchu Picchu dans la journée revient à 170 euros. Le site le plus visité d'Amérique du sud, une planche à billets ! Les petites gens triment, on l'a vu, et manifestent ! Deux mondes encore une fois, si proches physiquement mais si éloignés. Un menu complet au restaurant coûte 1,5 euros, on trouve une piaule double avec salle de bain privative à partir de 8 euros. Et normalement, les minibus ou les trains coutent moins d'un euro de l'heure. Il y a comme une anomalie !

 

 

 

Cusco est une ville vivante, très affairée, et propre, comme toutes les villes du Pérou. Beaucoup d'occidentaux bien sur, le prix des avocats, dont nous faisons une cure, a triplé en quatre kilomètres, mais nous trouvons des gargottes et des coins sympas et authentiques sur le marché pour nous sustenter. La mamie qui nous sert a trois fils en Suisse, est déjà allée à Zermatt, mais les trous sous les manches de ses vêtements sont aussi béants que les crevasses du Gornergletscher, et le Cervin est la seule dent qui ressort dans sa machoire édentée. Les groupes de gringos, accompagnés, bien étiquetés et parés pour la grande aventure prêtent sévère à rire, et nous regardent avec pitié, se demandant probablement pourquoi sommes-nous condamnés à consommer la même nourriture que les autochtones, parmi la masse. Bon, mon tableau est un peu critique, nous voyons aussi beaucoup de voyageurs indépendants, qui, comme nous, se fondent tant bien que mal dans la population mais aussi des groupes de mégères, qui trouvent que le Péruvien qui s'évertue à leur donner un maximum d'informations dans la langue de Molière, ne sait pas trop bien faire passer le message ! Des airs d'intellectuelles qui ne comprennent finalement pas grand chose au voyage mais qui contribuent à enrichir les riches de Cusco, logées dans des hôtels luxueux et nourries loin du marché couvert municipal.

 

 

 

Nos jambes, toute la journée, ont été aussi douloureuses que si nous avions fait le trajet Lima-Huancayo-Ayacucho-Cusco à vélo. La moindre volée de marches nous met à plat et l'escalier en colimaçon qui mène à la chambre est un supplice ! Et par la porte-fenêtre qui ne ferme pas, monte le brouhaha permanent de la rue. Ah, encore une procession religieuse qui passe, suivie de la fanfare un peu militaire (mais on sait que ces deux ordres font toujours bon ménage), et de la foule qui brandit des lampions à bout de bras. L'effigie d'un saint quelconque ou d'une vierge encore...

 

 

 

Nous reprendrons notre chemin vers Santiago demain matin. Après la route exigeante que nous venons de vaincre, la suite devrait être plus douce pour nos muscles. Pas de col à passer, nous allons rester un moment à 3200 mètres, puis monterons graduellement jusqu'à 4000 m pour atteindre le lac Titicaca, prochain objectif, dans quelques jours seulement.

 

 

 

Nous sommes bien dans le voyage, avons pris nos marques, nos repères. Le moral est au beau fixe. Les similitudes entre notre langue et celle de Cervantes sont telles que la communication et la compréhension des enseignes, slogans, signalisations sont aisées. Bien sûr, et c'est regretable, toute conversation sur des sujets plus pointus m'est incompréhensible. Nous communiquons tout de même et c'est bien là l'essentiel. Nous nous sentons bien parmi cette population andine.

 

Et pour ceux qui attendent avec impatience "Les routes de la démesure", le second tome de nos aventures asiatiques, sachez qu'il ne sortira finalement en librairie que fin octobre. Patience !

 

 

 

A bientôt, sur les hauts plateaux ( et peut-être le gros plateau !

 

 

Chroniques de Jean-Marie

 

L'épreuve du bivouac.

 

« Le savoir bivouaquer est le résultat d'une expérience personnelle et partagée du goût de la nature et du refus des hébergements organisés et commerciaux », dixit Charles de Foucault, extrait de son livre « J'irai dormir sur la montagne »

S'il n'est pas muni du répertoire mondial, le prétendant au bivouac doit être doué d'un flair à toute épreuve. Dénicher le bivouac idéal, discret, plat, enherbé, avec vue sur la mer, loin de l'autoroute, du chemin de fer, de la boîte de nuit, des hordes de chiens, avec robinet d'eau potable, protégé des perturbations atmosphériques, soleil levant, vous ne l'avez pas trouvé ?  La nuit arrive ? Elle est déjà là ? Il faut parer au plus pressé. Il pleut ? La toile s'envole ? C'est comme ça. 500 mètres plus loin, il était là l'emplacement rêvé, demain vous le découvrirez. C'est toujours comme ça les bivouacs.

 

Le lac Titicaca

 

Ce lac a été installé de toute pièce à cet endroit, il y a assez longtemps, parce que c'était plus facile de mettre l'eau là, vu que tous les bords étaient déjà relevés et que donc, le terrassement se faisait à moindre coût. Ce lac jouit d'une surface horizontale que l'on dit de couleur saphir, pour la différencier de la couleur turquoise, qui n'est pas du même métal... Nonobstant, il est beaucoup plus grand que le lac de Chaillexon. Autour, les hommes ont installé de nombreux petits villages pour cultiver des pommes de terre et des haricots. Pour cela, ils sont condamnés à piocher, piocher, piocher une grande partie du temps dont ils disposent hors sommeil. Ceux qui ne piochent pas cultivent des truites ou coupent des roseaux qu'ils appellent « Totora », pour construire des îles flottantes juste pour que les touristes ne coulent pas. Les lacs saphir attirent gringos et gringas (femelles des touristes). Quand ils ne piochent pas, les altiplanistes tricotent des bonnets et des gants, avec de la laine de lama de toutes les couleurs, pour ces insouciants qui ne savent pas qu'ici, l'air est rare et froid.

Voilà le communiqué que je transmets à l'académie pour faire avancer la science...

 

Et maintenant, des vraies nouvelles !

 

 

Altiplano. Lac Titicaca.

 

Bonjour. La sortie de Cusco ne s'annonçe pas particulièrement délicate puisqu'une seule route, la S3, permet de partir sur Puno. Après avoir pris un petit déjeuner pantagruélique sur le marché couvert municipal, nous étions bien décidés à avaler des kilomètres. Manque de bol, l'employée de l'hôtel a du avaler quant à elle la clé du local où sont entreposés nos véhicules et nous attendons une heure dans l'arrière-cour en admirant le chef d'oeuvre que forme le mélange d'objets hétéroclites parmi les connections électriques aléatoires. Pourtant, un balcon à colonnades indique que le bâtiment a eu son heure de gloire. Bien. Nous voici partis dans les rues en pente de la ville et nous   parvenons à nous perdre l'un l'autre. Je le crois derrière, il est devant, il me croit devant, je suis derrière. Merci internet et le téléphone, via la France tout de même. Nous nous rejoignons 50 km plus loin, à 16 heures. J'ai passé trois heures sous un abri bus, mais Jean Marie était devant...

 

Bon, toujours est-il qu'à partir de Cusco, située à 3200 mètres d'altitude, le terrain a laissé nos jambes à peine plus tranquilles, nous ne sommes repassés que trois fois au delà des 4000 m mais sans jamais redescendre sous les 3800 mètres. Les vallées sont maintenant très larges et cultivées. Nous passons en continu au beau milieu d'une peinture de Millet, des centaines et centaines de gens s'échinent à travailler la terre avec des outils manuels, et ce sont les boeufs attelés qui tirent la charrue sur laquelle le cultivateur prend appui. Et tout le monde en tenue traditionnelle.

 

A Sicuani, dans la vallée de l'Augsengate (sommet que nous ne verrons pas), nous sommes stoppés en plein élan et participons pour une demie heure aux festivités d'un mariage que l'on a supposé sponsorisé par la marque de bière « Cusquenia » tant elle coulait à flot et paraissait vénérée. Nous sommes repartis avant d'être bourrés et le ventre bien plein. Et puis, le lendemain, nous avons pu nous baigner dans les bassins aromatisés d'Aguas Calientes le long de la route, ce qui nous a bien ramolli les guiboles pour passer  le col à 4338 m qui suivait, mais c'était tellement bon de se plonger dans ces eaux pleines de qualités pour nous détendre...  Au col, quelques péruviennes chaudement habillées tentent de vendre quelques babioles aux touristes que les bus débarquent, dans le vent et la froidure. Nous filons. Le ciel se gâte très vite et nous appuyons sur les pédales comme des forcenés, atteignons le village convoité, Santa Rosa, alors que les bourrasques soulèvent des tourbillons de poussière et que les premières gouttes  tombent. Ouf !  Nous repartons plus tard sous un ciel clément pour aller planter les tentes au milieu de nulle part.

 

Lundi 8 octobre, les kilomètres défilent mais le paysage est statique. Trop grand. Des lignes droites interminables, les distances trompeuses, macadam velours, circulation parsemée, température agréable. Nous nous gavons des paysages. Enfin des grands espaces. Horizontaux. Le sol est doré de touffes d'herbes qui ondulent à peine sous le souffle lèger du vent. Des collines arrondies un peu plus loin, un peu plus foncées. Les animaux d'élevage se confondent dans le milieu, faisant preuve d'un mimétisme quasi-parfait. L'habitat est très dispersé mais omniprésent. Pas d'arbre. Des femmes qui gardent les troupeaux et des poids-lourds qui foncent en hurlant. Une fois de plus, nous devons nous abriter de l'orage et du coup de vent qui le précède avant de repartir, chaudement vêtus. Nous avançons en pointillés, nous adaptant aux conditions ambiantes et en évitant au maximum d'en pâtir. Nous longeons une rivière paresseuse. Nous avons beau être en altitude maintenant depuis un moment, dès que l'effort se fait plus intense, même très court, nous ressentons le besoin de reprendre notre souffle.

 

Le lendemain, nous atteignons le lac Titicaca. Tant convoité. Une étape de plus sur notre route.  Dans sa partie nord, il est composé de canaux qui se fraient un chemin parmi une végétation brune, et les eaux d'un bleu profond du lac ne sont visibles qu'au loin quand nous prenons un peu de hauteur. Puno, nous ne faisons pas étape, juste une halte, privilégions les endroits où le matin, on peut voir arriver les caisses de truites sur la plage et engager la conversation avec le type qui garde ses moutons plutôt que de nous mêler aux touristes conventionnels pour aller voir des sites souvent surfaits. Dormir au bord du lac, devant les roselières et les barques qui se reflètent dans l'eau immobile, a tout de même un autre charme que d'aller dans les hospedaje où les boules Quies sont de rigueur. Depuis Cusco, nos bivouacs sont tranquilles et agréables.

 

Le lac Titicaca est une grande flaque aux eaux cristallines, niché au pied de la cordillera Real dans la lumière éclatante de l'altiplano, à 3812 m d'altitude. Plus de cent cinquante kilomètres de long sur cinquante de large, le lac sacré est une petite mer intérieure. Nous le longeons deux jours durant, côté péruvien, traversant des villages et quelques bourgades un peu plus importantes. Certains chauffeurs de minibus recoivent de notre part des gestes pas forcément esthétiques ni polis, provoqués par l'abus de leur seul manière de s'exprimer : le klaxon ! La route coupe parfois à travers des péninsules montagneuses pour éviter de suivre la côte découpée, et quelques sites incas de moindre importance jalonnent notre itinéraire. Nous alternons terre et mer. Joli. Très joli. Et là on se dit que le voyage à vélo se suffit à lui-même. Qu'est-il besoin d'aller nous mêler aux autres gringos pour aller voir des choses dont les images ont déjà été relayées par tous les médias du monde entier ?  Le sourire, toujours rafistolé en or, des gens croisés  sur notre chemin et les quelques mots échangés constituent de plus en plus le but de nos pérégrinations andines. Les paysages traversés au rythme lent de nos coups de pédale suffisent à régaler les pupilles... Et nous choisissons avec soin les gargottes les plus populaires possibles pour contenter nos estomacs.

 

En journée, la température est clémente, quand le soleil donne, sinon, il fait frais, et dès que la nuit tombe, le froid est piquant. Nous sommes tout de même à 3800 mètres. Le vent aussi a vite fait de nous faire remettre les coupe-vent, même pour pédaler. Le 10 au soir, depuis notre bivouac, nous distinguons les côtes boliviennes.

 

11 octobre. Un mois de voyage. Nous ne nous accordons pas de bilan débile, savons juste que nous devons avancer pour tenir le « programme », mais aussi que cette première partie si exigeante est plutôt bien digérée. Nous allons bien, mangeons bien... Ce jour, nous bifurquons et quittons la S3 pour nous engager sur la route qui coupe presque le lac en deux, en passant par Copacabana. La frontière est au milieu. Mais à Junguyo, un festival très haut en couleurs nous accroche pour quelques heures. Nous ne nous lassons pas de voir défiler en dansant des centaines de gens, hommes et femmes, tous vêtus de tenues plus étonnantes et travaillées les unes que les autres. Masques, jupons qui tournent et tournent encore, chapeaux à plumes, couleurs démentes et costumes absolument magnifiques nous retiennent comme un aimant au milieu de la foule silencieuse, d'où émergent des petits chapeaux ronds par centaines. Le saint patron reste de marbre devant la cathédrale, impassible devant tant de beauté déployée en son honneur. A n'y rien comprendre. Nous devons partir. Sur la colline à la sortie de la bourgade, l'arche nous annonce la frontière. Les formalités sont simples et ne nous prennent que quelques minutes. Nous tournons la page.

 

 

 

 

 Copacabana-La Paz

 

Bienvenue en Bolivie. Huit kilomètres encore et nous sommes à Copacabana. Nous avons changé de destination, pris un avion. Nous voici sur la célèbre plage pour quelques heures de baignade sous le chaud soleil de Rio. De Janeiro. Enfin presque ! Copacabana est aussi une petite bourgade, quelques milliers d'habitants, lovée entre deux mamelons, mais tout de même perchée à 3850 mètres d'altitude, située sur une péninsule qui coupe presqu'en deux le lac Titicaca. Jean Marie dit qu'on voit ici beaucoup moins de Brésiliennes de rêve. Ah c'est sur, les Boliviennes portent jupon de laine sur jupon de laine sur collant de laine et sont emmitoufflées jusqu'au cou. A un jet de pierre en bateau, il y a l'Isla del Sol (l'île du Soleil), faut pas déconner avec ça, c'est là qu'il est né ! Tous les touristes – et on en voit quelques dizaines en ville – s'y rendent. Pas nous ! Ben non, d'ailleurs pas un gringo non plus dans l'établissement qui nous héberge. Je ne sais pourquoi nous n'arrivons pas à nous sentir en adéquation avec nos congénères occidentaux ! Nous avons pris nos bicyclettes, pas nos bagages, et avons suivi la piste jusqu'au bout de la presqu'île, à Yampupata. Trois bagnoles dans la matinée, une ambiance rurale, des gens affairés à gratter la terre encore et toujours, et pas même un resto. Mais des paysages à pleurer, des bosses bien casse-pattes qui nous propulsent à plus de 4000 m forcément et offrent des vues paradisiaques sur le lac et ses côtes.

 

Le lendemain fut enchanteur encore. Enfin, une fois passés le premier col. On pensait en avoir vu le sommet la veille, mais la route ne faisait qu'enrouler la montagne pour continuer à la gravir par derrière. Nous sommes repassés à 4251 mètres, à main gauche, le bleu du nord du lac, à main droite, le bleu du sud du lac. Nous sommes en train de le traverser avec en toile de fond la cordillera Real dont les sommets enneigés, culminant à plus de 6000 m se découpent dans le ciel. A pleurer. Nous avons envie de nous arrêter à chaque virage. Le rivage du lac Titicaca est découpé. C'est vraiment TRES beau. Après être redescendus à basse altitude ( 3812 m), nous embarquons sur un raffiot en bois qui est si souple qu'il épouse le flot, qu'il ondule en même temps que les vagues et colle à la flotte. Ca craque un peu, ça bouge, mais ça ne peut que tenir. Le chêne et le roseau.... De l'autre côté du détroit, bien sûr, on remet le petit plateau. Nous avons le vent en poupe et avalons ce jour plus de cent kilomètres, près de 1000 m en positif, le tout en permanence à plus de 3800 m d'altitude et avec au moins trois passages à plus de 4000 m. Même pas fatigués. Nous tenons une bonne forme. Adios el lago de Titicaca. Bivouac. Nous ne sommes qu'à 50 km de La Paz.

 

Sur ces cinquante bornes, seules les 25 premières furent hors agglomération. Nous entrons dans El Alto. El Alto, c'est la banlieue de La Paz, mais El Alto est située sur l'altiplano, à 4000 m. El Alto, 600 000 habitants, pas les plus riches. Le peuple. Les marchés tentaculaires à même la rue dans lesquels nous nous sommes un peu perdus et avons tourné avant de retrouver notre droit chemin. El Alto est au bord du gouffre. Après un échangeur encombré où les minibus ont bien du mal à se frayer un passage entre les marchands ambulants, nous découvrons d'un coup d'un seul, très brutalement, le cirque, la gorge. Un truc de fous. Une énorme cuvette, aussi relevée d'un côté que de l'autre sur les quatre cinquième de son diamètre se présente à nos yeux. Le fond de la cuvette est au moins 500 m plus bas que le bord. Et partout, absolument partout, qui tapissent les bords relevés, des milliers d'habitations en briques rouges. C'est sidérant et ça coupe littéralement le souffle. On est obligé de s'arrêter pour regarder et on n'en croit pas nos yeux. Dingue. Près d'un million d'habitants en tout, la plus grande ville du pays. La configuration est unique. Après avoir repris notre souffle suite à la surprise occasionnée par la découverte sidérante de la ville, nous encapons dans la descente, nous plongeons sur la mégapole comme un oiseau fond sur sa proie. Les ruelles qui coupent les lacets des routes plus importantes sont tellement en pente que nous ne les prenons même pas à vélo. Ca dégringole littéralement. Une cascade. Jamais vu ça. Nous parvenons sans trop de mal sur la plaza San Francisco, mais mettrons près de deux heures à nous loger, poussant nos montures chargées dans les rues pavées trop pentues, inhumaines. La Paz : les camions, les bus et minibus crachent noir en reprenant la première pour se hisser un peu plus haut. La Paz : les processions descendent, brandissant en tête un saint quelconque, en musique et en dansant, en provoquant des embouteillages si besoin était. La Paz : les bords des rues sont envahis de vendeuses en tous genres, casseroles, pain, pince à linge, clés Facom, fringues, fromages, fleurs, diseuses de bonne aventure … La Paz : on trouve de tout, de la poudre de langue de chien au foetus de lama, en passant par toutes les solutions miracle qui soignent tous les maux et toutes les amulettes imaginables. Le foetus de lama sera placé sous la première pierre d'une construction nouvelle pour conjurer le mauvais sort. Nous sommes dans le marché des sorcières. Le cimetière aussi vaut son pesant d'or et la visite.

 

En toile de fond, qui domine la ville de sa blancheur : l'Illimani, un peu plus de 6500 mètres. En bas sur le Prado, les gens manifestent en silence et par milliers contre les dernières ordonnances de la municipalité qui voudrait éradiquer tout commerçant qui ne paie pas de patente, c'est à dire tous les commerçants des rues, ceux là même qui s'installent à même le pavé. En silence et en quatre files bien alignées. Quelques pancartes seulement portant slogan... Pas de bruit. Pas de force de l'ordre.

 

Pas grand chose de spectaculaire à voir dans cette ville dont on ne sait pas vraiment si elle est capitale ou non. Il y a un palais présidentiel ici, on parle de capitale économique, industrielle, mais la vraie capitale est Sucre. Pas grand chose à voir. C'est vraiment la configuration des lieux qui fait que La Paz mérite le détour.

 

Nous repartirons demain, mardi matin, direction Uyuni. Et la mauvaise surprise du jour, c'est qu'en allant voir sur Google maps par où sortir de cette ville tentaculaire, nous avons découvert avec stupeur que nous devrons remonter sur El Alto dès les premiers tours de pédale...

 

A la prochaine.

 

 

 

Les chroniques de Jean Marie

 

En piste

 

Une piste est une surface aménagée de sorte que les véhicules y circulent sans rencontrer d'obstacles majeurs. A vélo, quel bonheur de courir sur ces sols durs, en imprimant sa trajectoire à soi, efficiente, confortable, sensuelle, enfin, des fois... Arrivent une petite zone rapeuse, un léger banc de sable, rien qui n'entame le plaisir du cycliste qui file encore une allure honorable. Mais voilà, il y en a de plus en plus, la direction chancelle, le rythme devient heurté, le regard inquiet cherche vers l'avant un illusoire retour à la normale. La piste se rétrécit, la roue cherche, dans les bordures ou la partie centrale, moins de sable et des ondulations atténuées. L'exercice devient périlleux, tenir sur la bosse médiane, c'est de la haute voltige, mordre sur le bas-côté, c'est s'assurer une sortie de route. La piste se dégrade encore. Il n'y a plus que l'alternative sable/tôle ondulée. Pour la première, t'as pas besoin d'y aller deux fois pour connaître le résultat, pour la seconde, cela dépend de l'amplitude et de la fréquence de l'ondulation ainsi que de la forme de la sinusoïde, qui peut même être pointue. Pour éviter le syndrôme du marteau piqueur, il faut réduire sa vitesse, t'étais à dix, tu passes à sept puis à cinq, et là, tu mets pied à terre. Tu mets ta roue là où c'est encore dur et tu marches sur le tas de sable à côté, t'en as plein les godasses, les pédales te cognent les mollets ou le tibia selon comment t'as tourné ton pédalier. Arrive alors le moment tant attendu : plus de dur, que du sable, ton vélo chargé pèse cinquante kilos, évidemment t'as huit litres d'eau vu que t'es dans le désert, pas cons les mecs. Après quelques kilomètres comme ça, arc-bouté sur ta machine, le mollet raide et le cerveau plat, un petit frémissement, c'est le vent, il est de face évidemment, d'abord lèger, comme pour te rafraichir. Mais bon sang, il forcit, déjà le sable se soulève, quand on pense combien on paie la tonne à la Serac à Morteau !

 

 

C'est ça l'aventure ?

 

Tant de choses sont venues bousculer notre quotidien depuis La Paz qu'il me semble chercher très loin dans ma mémoire, pourtant pas encore trop défaillante, pour écrire ce post. C'est toujours comme ça. Une multitude de rencontres, plus de lieux encore. Une foule d'images, et toute la gamme de sensations, de sentiments, qui vont de la plénitude à l'angoisse parfois, de la félicité à la souffrance d'autres fois, qui remplissent la tête et le corps. Les journées sont tellement pleines que celle que l'on a vécue il y a huit jours paraît déjà loin...

 

Nous avons enfourché nos fidèles destriers et sommes remontés à El Alto, courageusement, laissant peu à peu en contrebas l'incroyable capitale bolivienne. Si la sortie de la ville en elle-même ne fut pas trop pénible, celle de El Alto fut d'un autre bois. Poussière, travaux et circulation effarante la rendent dangereuse au possible et il nous tarde de passer à autre chose.

 

Nous avions prévu de filer à Oruro, mais depuis deux jours, Jean-Marie tente de me faire changer d'avis pour tirer à l'ouest vers le Sajama et le Parinacota, deux volcans aux cônes parfaits, ensuite descendre sur Sabaya, le salar de Coipasa avant de rejoindre celui d'Uyuni, et enfin le sud Lipez (ces deux dernières choses ont toujours fait partie des objectifs). Un itinéraire osé qui promet d'être beau mais très difficile. Nous savons que tenter ce tracé est un petit défi, un risque aussi. Celui d'avoir à faire demi-tour. Parmi les préoccupations qui provoquent mon hésitation, celle d'avoir à pousser le vélo dans le sable trop souvent et trop longtemps, celle d'avoir à naviguer à la boussole, celle de trouver de l'eau en suffisance ainsi que de quoi nous nourrir. Bon, qui ne tente rien n'a rien, il faut oser... mais j'ai peur !

 

Le début est facile puisque pendant deux jours encore, nous sommes sur le macadam. Cependant nous passons assez brutalement de zones relativement habitées à des surfaces désertiques où les points noirs sur notre carte, sensés représenter des villages ne nous offrent rien d'autre que trois barraques aux portes soigneusement cadenassées. Jean-Marie prend un transport pour aller dans un village à l'écart afin de faire le ravitaillement pour cinq jours environs. Si nous savions... Depuis que nous avons quitté la route d'Oruro, nous avons le cône enneigé du volcan Sajama (6542 m) en ligne de mire... Il est à 180 bornes, pas moins. Nous planterons un bivouac à son pied. Au milieu du quatrième jour, alors que nous avons aussi sous les yeux le Parinacota (6342 m) et son frère jumeau le Pomerane (6282 m), nous quittons l'asphalte quelques hectomètres avant Tambo Quemado, frontière chilienne, et prenons la piste direction le sud et Sabaya.

 

C'est le début de l'aventure. Les gens étant, la plupart du temps, incapables de nous renseigner correctement, nous devons demander trois, quatre fois, et recouper les informations avant de prendre une décision. Aucune indication routière évidemment. La piste est en caillasses et sable, la roue avant bute sans arrêt, et un fort vent de face nous scotche au terrain. Les villages traversés sont quasi-vides, balayés par le vent qui lève la poussière, et monter les tentes, même à l'abri d'un mur, devient une épreuve.

 

Nous sommes dans le désert, vraiment. Le nombre de véhicules vus chaque jour se compte sur les doigts de la main. Nous croisons quelques villages, certains sont complètement abandonnés, d'autres habités par quelques âmes qui nous laissent béates d'étonnement ou de je ne sais quoi. On secoue la tête en clignant des yeux, pas vraiment prêts à y croire. Comment peut-on vivre dans des endroits pareils ? Ils cultivent la quinoa. Côté faune, rien d'autre que des lamas qui tendent le cou en nous voyant passer et montrent un air curieux avec une expression presque humaine. Nous longeons la frontière chilienne, que nous laissons à main droite, avec son chapelet de volcans, dont certains sont en activité, preuve en est la fumée qui en sort. Heureusement, au moins profitons-nous de paysages grandioses, lagunes et flamands roses, toujours entre 3600 m et 4000 m.

 

Bien sur, nous avons été confrontés aux problèmes d'orientation. Nous les attendions presque. Quand la piste principale, celle que l'on nous a dit de suivre, part dans une direction opposée à celle que nous voudrions, que rien n'indique rien, qu'il n'y a plus que la boussole, le pifomètre et la bonne étoile pour tirer son épingle du jeu. C'est bien sur à ce moment là que l'état de la piste se dégrade encore, qu'il faut se déchausser pour passer les gués et que le soleil se met à cogner... Les noms des villages que nous avons sur notre carte imprécise et fausse ne correspondent pas à ceux qui sont sur le terrain. Quelques indications de la part des automobilistes confirment toutefois que nous nous dirigeons bien sur Sabaya. Nous évoluons bien sur dans un paysage sans limite. La piste est une horreur pour les organismes, nous sommes ballotés, secoués en tous sens, tapés, cognés, et quand le sol se fait plus doux, enfin, c'est pour se transformer en sable dans lequel nous devons pousser nos montures et lourds chargements. Notre moyenne frise le ridicule mais nous parvenons tout de même à assommer soixante bornes par jour au prix d'efforts importants.

 

Sabaya, annoncée comme une grande ville, donne envie de se caser une balle entre les deux yeux. Glauque. Il faut dire que nous y débarquons dans la tempête. Le sable en suspension dans l'atmosphère la rend opaque. On doit fermer les yeux pour avancer dans la rue, les gens sont emmitoufflés jusqu'aux oreilles. Nous trouvons un hébergement, serions incapables de monter les toiles par ce zef. Quelques courses. Et puis la chance tourne de notre côté. Nous rencontrons le guide francophone d'un voyage organisé qui nous donne un maximum d'informations sur la suite du parcours, complète notre carte par des pistes et des noms de villages, nous renseigne sur les possibilités de ravitaillement en eau, en nourriture, et sur les hébergements. Le lendemain, nous partons, vaillants et gonfflés d'espoir pour la suite.

 

Très vite nous atteignons le salar de Coipasa. Nous le savons « humide » et devons rester dans les traces des voitures. Tout laisse à penser que nous évoluons sur une couche de neige, tantôt dure, tantôt molle, tantôt imbibée d'eau, même consistance, même difficulté sur certains tronçons à ne pas perdre le contrôle, dérapages et embourbages nous guettent. Et terriblement blanche. Nous ne savons pas trop ce qui se cache sous la surface, aussi slalomons-nous entre les flaques avec précaution. Du blanc partout autour, une luminosité de dingue, une superficie qui fait peur. Désert de sel. Ce n'est que l'apéritif, Uyuni, le plus grand du monde, nous attend. Nous ne traversons qu'une petite partie du salar de Coipasa, trente bornes en tout, un trait ridicule quand on voit la surface totale sur la carte. Deux heures, avec un fort vent de côté, impensable de poser les tentes, nous devons arriver à terre et trouver un endroit abrité pour la nuit. Ce sera chose faite dans un village abandonné. L'immensité des paysages n'a d'égale que la solitude du type qui vit là, au milieu des maisons en ruines de ce village, avec son vélo pour seul mode de déplacement, une poupée démantibulée qui git dans la cour, une Toyota sur cales un peu plus loin, à côté d'un nounours, un guidon et une roue de vélo sur le toit en chaume de la maison voisine. Un truc de fou encore... Une impression que ces objets sont tombés lors d'une fuite dans la précipitation, ce qui n'est pas le cas.

 

Le lendemain, à part un village à 7 bornes de notre bivouac, nous ne verrons aucun véhicule, aucune personne, aucun village, aucune trace humaine si ce n'est cette piste que nous suivons péniblement. Rien. La piste se dégrade encore et nous évoluons parfois à la vitesse de trois kilomètres par heure, arc-boutés à pousser nos vélos dans le sable profond. Une épreuve. Vous avez déjà poussé un vélo chargé de plus de trente kilos sur une plage de sable fin ? Essayez pour voir, et imaginez que vous voyez la piste à perte de vue. Alors ? Moment de doute. Sérieux. Ne vaut-il pas mieux faire demi-tour ? Etre efficace, c'est avancer vite en consommant peu de calories... Loupé ! Nous ne savons pas où nous sommes, sortons à nouveau la boussole, sommes rassurés par les huit litres d'eau que nous trimballons. Après quelques heures à suivre la piste en nous assurant toutefois que la direction générale est bonne, une apparition en la personne d'une petite vieille dont une main n'a plus qu'un doigt, qui parle aymara, et qui garde ses lamas. Elle est à moitié sourde mais sait tendre le bras dans la direction de la ville que nous lui indiquons fort dans les écoutilles : Llica. Un peu plus loin, un village mort encore, et pourtant un instituteur avec huit gamins. Nous sommes dans un autre monde. Pas d'eau courante, juste un puits. Pas d'adulte, ils sont au travail dans les cultures que nous voyons, loin, sur les flancs des montagnes.

 

Nous ne sommes qu'à dix kilomètres de la ville convoitée : Llica, au bord du salar d'Uyuni. Dix bornes infernales que nous mettons plus d'une heure trente à parcourir tant l'alternance de sable profond et de tôle ondulée est éprouvante. Numéro d'équilibriste. Ca secoue les tripes et jusque dans le casque. Pourquoi ont-ils posé des ralentisseurs tous les trente centimètres ? La mécanique souffre. Nous aussi. Désespérant, on ne voit pas le bout. Mais on finit toujours par y arriver, à force de patience et de détermination, pour découvrir une n-ième bourgade glauque et poussièreuse. Ils voient trop de touristes ici, en bordure du salar d'Uyuni. Ils sont blasés, agréables comme une porte de prison, francs comme un âne qui recule. Nous sommes arrivés, hébergés, et prenons un jour de repos avant de poursuivre. L'eau de la douche qui nous rince coule noire et nous pourrions faire Paris-plage avec le sable que nous avons dans les godasses, les fruits au sirop et le poulet-frites sont un luxe inespéré... Beau, c'est sur, nous avons vu du beau, mais au prix d'un engagement certain.

 

A bientôt plus au sud.

 

 

Le salar de la peur.

 

Nous y voici. Le plus grand désert de sel du monde nous attend. Juste là au pied de la butte sur laquelle se trouve Llica, où l'ambiance et les mentalités nous auront vraiment laissés sur notre faim. Lors de notre jour de repos, nous sommes allés, en nous promenant, à pied, la voir. La voir ? Cette immensité blanche, à perte de vue, avec quelques ilots qui semblent flotter à la surface. Les pleins d'eau et de nourriture sont faits, nous partons lourdement chargés. Quinze bornes de piste infecte encore avant de prendre roue sur le sel. Nous avons 75 bornes à faire pour rallier une île, Isla inkahuasi.

 

La direction à suivre ? Simple ! Droit devant ! Plusieurs pistes de bagnoles sur le salar. Celle que nous devons suivre est la plus noire ! Nous avons aussi des points GPS au cas où. Les distances, évidemment, sont très trompeuses, et ce bout de rocher qui émerge du salar, que l'on croit si proche, mettra plusieurs heures à disparaître sur la droite de notre champ de vision.

 

La surface du salar est très granuleuse, dure comme de la glace. De la glace bien noire avec une couche de givre qui aurait été écrasée. A côté des traces de voiture, ça secoue encore plus, rien à voir avec la douceur sous les roues que nous avons eu à Coipasa. Nous faisons une pause tous les dix kilomètres pour boire un coup et échanger quelques propos sur l'endroit où nous nous trouvons, qui sont vite toujours les mêmes. C'est grand, c'est immense, c'est infini, les ilots rocheux apparaissent en suspension, en lévitation, c'est terriblement lumineux, nous ne sommes rien du tout là au milieu.

 

Le salar d'Uyuni, en superficie, c'est 12000 km² soit un carré de 110 km de côté. Nos roues crépitent à peine sur les mosaïques que forme le sel. Des octogones, hexagones, pentagones se dessinent à la surface et sont délimités par des petits bourrelets de sel, très durs eux aussi, et que le passage des voitures ne parvient pas toujours à aplanir.

 

L'ile que nous voyions n'est finalement pas celle que nous convoitons. C'est l'Isla Pescador, haute, qui nous masquait notre but. Après avoir lu maints récits de cyclos-voyageurs, nous voici, à notre tour, en train de traverser le salar d'Uyuni et c'est tout simplement magique. Moments privilègiés. Nous bénéficions de conditions météo idéales. La réverbération est si importante qu'il est impossible d'ôter les lunettes de soleil, ne serait ce que quelques secondes, en gardant les yeux ouverts. Nous progressons à la vitesse terriblement constante de 15 km/h. Pas beaucoup de faune dans ce milieu particulier, même pas des chevaux de sel...

 

Nous atteignons Isla Inkahuasi en fin d'après midi, au terme de 83 km. Des dizaines de 4 x 4 sont garés là, qui déversent leur flot de touristes venus voir les cactus énormes (6 à 7 mètres de haut), qui font la particularité des îles du salar. Alors que nous nous désaltérons, un type, au nom de je ne sais quelle institution, vient nous demander de lui donner un peu de notre eau. Lui, arrivé en 4 x 4, frais et fringuant, vient nous taxer notre eau, qu'on a trainée pendant 83 bornes sur nos porte-bagages ! Non mais des fois ! Et les touristes m'agacent, à nous prendre en photo comme dans un zoo sans même nous saluer. Nous allons planter le bivouac de l'autre côté de l'île, sur le sel. Impossible de planter des sardines, mais nous avons des cailloux à proximité. Dormir sur le salar d'Uyuni...

Le lendemain au programme : du blanc et du plat. A l'infini. Le GPS nous indique la direction à suivre dans cette immensité. La trace est plus roulante qu'hier, moins tape-cul, Jean-Marie roule devant, nous filons à plus de 22 km/h, pendant deux heures, avant de retrouver la terre ferme . C'en est déjà terminé de cet endroit mythique, presque trop éphémère, un petit bonheur entre deux portions de piste infecte. Nous avons roulé 120 km sur le sel, pas la plus grande dimension, loin s'en faut. Cent vingt bornes extraordinaires dont nous nous souviendrons longtemps. Un incontournable, un must pour le cyclo-voyageur au long cours. Nous aurions aimé que cela dure un peu plus longtemps.

 

Remettre roue à terre est douloureux, nous retrouvons la tôle ondulée, au milieu des cultures de quinoa où les gens grattent la terre, et passons trop de temps à nous éreinter à pousser nos engins dans le sable profond, à les arracher parfois littéralement de cet ennemi terrible, par bonds d'un mètre. Les automobilistes nous annoncent San Juan à 10 bornes, je capitule avant, claquée. Le village est en fait à 25 bornes, nous ne le saurons que le lendemain...

 

A bientôt.

 

 

Lipez : somptueux enfer.

 

Nous atteignons San Juan à la mi-journée, pas un resto, rien, pas une pompe à essence pour refaire le plein de notre bouteille pour le réchaud, si, quelques épiceries dont une que nous dévalisons. Nous partons pour six ou sept jours dans le désert et n'aurons pas grand chose sur notre piste. Six ou sept jours de désert entre 3800 et 5000 mètres d'altitude, sur de la piste que nous savons d'avance sableuse ou caillouteuse. Les cyclos qui ont osé cet itinéraire parlent d'étapes de 25, 35 km. De quoi avoir quelques moments d'angoisse et de profonde solitude. Une misère.

 

C'est parti ! Nous sommes motivés. Nous commençons par traverser le salar de Chiguana, vent en poupe avec l'orage dans le rétroviseur. Les éclairages sont déments et le sel, le sable, la poussière, courrent à la surface du salar à une vitesse fulgurante. Le pique-nique ? Trois biscuits avalés à la hâte, en tenant le vélo dans les bourrasques. Pas un abri bien sur au milieu de ce désert. Notre dernier point habité est un poste militaire, où nous demandons de l'essence et de l'eau. Nous quittons toute civilisation pour un moment. Après une dizaine de kilomètres encore sur le salar le long de la voie ferrée, où un train passe à une lenteur exaspérante, nous attaquons la colline. Terrible. Sable et cailloux, ça commence, nous poussons, j'arrive vidée, en pleurs, à l'endroit choisi pour le bivouac. Presque deux heures pour faire 4 bornes, au prix d'efforts inimaginables. Je ne sais plus, à la fin, qui de moi ou de mon vélo empêche l'autre de tomber. La piste continue à monter et se perd. Pour demain. Les yeux sont fatigués de tant de poussière, de sel, de lumière. Le paysage est grand, très grand, même si l'horizon est toujours barré par ces cônes volcaniques à l'activité mystérieuse. 63 km tout de même au compteur. La lune éclaire.

 

Le lendemain, 28 octobre, en guise d'apéritif, 7 bornes de montée, dont la moitié à pousser le vélo dans le mauvais terrain. La descente en pente douce qui suit est négociée tels des équilibristes, des spécialistes de la haute voltige, nous mettons souvent pied à terre. C'est usant, tuant même. Nous passons une espèce d'oued asséché entouré de formations granitiques érodées de manière spectaculaire. En toile de fond, le volcan Ollagué. Midi, nous avons fait 14 kilomètres... Biscuits secs et mauvais pâté, le pique nique est lèger. Nous récupérons une piste meilleure, tellement bonne d'ailleurs que nous filons et manquons la bifurcation, 10 bornes de rab. Nous laissons cet axe impeccable qui file sur Villa Alota pour une piste infernale et nous remettons à pousser nos chargements dans les cailloux. Nous demandons de l'eau aux 4 x 4 que nous croisons. Même dans les descentes, l'état de la piste nous contraint à marcher. Nous atteignons tout de même la première des cinq lagunes annoncées, Canapa, et plantons le bivouac dans le vent violent. Les flamands roses par centaines semblent insensibles au froid autant qu'au blizzard. Une journée à 8,4 km/h de moyenne. Double ration de pâtes. Des journées comme ça ne laissent absolument pas le loisir de laisser vagabonder l'esprit, tout juste de jeter un oeil à côté de la piste de temps en temps. Attention constante et importante. Nous savons que ce n'est que le début. Cet itinéraire est trop scabreux pour être fait à vélo. A la limite du n'importe quoi. Tout souffre, organismes et mécanique. De ma vie de cyclo voyageuse, 50 000 km parcourus, je n'ai jamais vu de pistes aussi désastreuses. Nous dormons à 4140 mètres. Il fait froid. 39 km abattus.

 

29 octobre. Nous repartons pour une journée de galère et de souffrance. Sûr, les paysages sont grandioses mais gâchés par la difficulté du parcours. Déjà les touristes débarquent pour venir admirer les flamands et leur reflet sur la surface sans ride de la lagune. Km 10, nous trouvons la lagune Hélionda, mais il est trop tôt, le resto est fermé. Nous vidons deux litres de coca, faisons les pleins d'eau (15 litres donc 15 kilos), et monnayons la possibilité de prendre une douche, qui sera chaude pour JM, mais froide pour moi. Prochain point habité dans deux heures de bagnole... Les lagunes se succèdent et nous parvenons à faire 20 bornes sur les vélos. Puis nous attaquons une montée dont nous ne voyons pas la fin. Le début se négocie sur les engins et vent dans le dos mais pendant notre pique nique à l'abri derrière un gros caillou, il tourne et nous passons l'après-midi à pousser nos véhicules. Harrassant. Trouver un endroit à peine abrité pour planter le bivouac est pure utopie, le vent est partout, tout le temps, violent. Il se lève vers midi et enffle au cours de l'après midi jusqu'à devenir tempétueux en fin de journée. Vers 20 heures, il tombe subitementt, il y a lontemps qu'il fait nuit. 8 km dans l'après midi, désespérant. 40 pour la journée, 6 heures d'efforts intenses... Nous sommes à 4650 m. Pousser un vélo de 50 kg dans le sable à cette altitude avec un violent vent de face est une véritable épreuve. Elle se répète tous les jours. Paysages somptueux, à couper le souffle. Aucune vie, juste des 4 x 4 qui passent en nous asphyxiant de poussière. C'est le désert, le vrai. Je ne sais pas jusqu'où on peut aller dans la difficulté mais ici, c'est vraiment dur. Si les pistes étaient roulables, ce serait du gateau car les pentes sont douces, mais ornières, tôle ondulée, sable, caillasse nous mènent la vie dure. La peau est séche, burinée, tannée, nous nous tartinons les lèvres de crème pour ne pas qu'elles saignent, les mains sont sales en permanence. La tente est, dans ces conditions, plus confortable qu'une maison de 100 m², un espace de vie à l'abri des agressions en tous genres. Nous sommes complètement isolés, c'est magique, la lune éclaire le désert et les montagnes alentours.

 

30 octobre. Départ sur le vélo malgré quelques passages sableux. Montagnes polychromes à droite, c'est somptueux, pur, minéral et outrageusement coloré. A midi, 15 bornes. Au sommet d'une interminable montée en pente douce, un truc proéminant attire mon attention, je pense à « l'arbre de pierre » mais cette protubérance à la surface du sable avance. Un scraper, un engin qui aplanit la piste et la rend meilleure. Mais comme il y a toujours quelque chose pour enquiquiner, c'est maintenant le vent qui nous entame le mental. Nous le prenons de côté, il nous envoie dans le sable, nous ne maitrisons pas la direction. Les 15 derniers kilomètres avant Laguna colorada, notre objectif, sont infernaux. Jean Marie fait un roulé boulé. Ce n'est pas tant le choc physique qui lui tire les larmes des yeux mais le mental qui vacille et défaille. C'est dire... Il se demande l'espace de cinq minutes ce qu'il fait là au milieu avec son vélo, reste assis au milieu de la piste, dans la poussière, le moral en friches. Plusieurs fois ce satané vent m'envoie au tapis et pour couronner le tout, nous réparons une crevaison dans la tourmente. A l'entrée du village où nous nous hébergeons, on nous taxe de 150 bolivianos chacun car nous entrons dans un parc national. Voilà notre récompense ! Laguna colorada est encore un endroit fabuleux qu'il est impossible de décrire, impossible de photographier, il faut venir. Somptueux, immense, improbable. Des flamands encore. Nous sommes à 4300 m. Il fait froid et la tempète secoue les tôles. Il faut 4 couvertures sur les lits défoncés pour espérer avoir chaud. 52 km dégomés aujourd'hui, nous avançons péniblement mais nous avançons.

 

31 octobre.Nous partons le coeur gonflé d'espoir car on nous a annoncé une piste meilleure pour la suite. Nous longeons la lagune. En une heure et quelques kilomètres seulement, je mets pied à terre au moins quinze fois et me vautre régulièrement. Au bout d'un n-ième passage sableux, sans prévenir ni savoir vraiment pourquoi, j'éclate en sanglots. Marre. Au bout du rouleau. Pas tant physiquement mais nerveusement tuant. Pourtant, même si à ce moment là, un véhicule nous proposait de nous emmener, nous refuserions. Il ne nous reste que cent bornes pour sortir de cet enfer et il hors de question de capituler maintenant. Il fait bon être deux dans ces moments de faiblesse. Pas d'objectif précis pour la journée autre que celui d'avancer le plus possible. Vigognes à gauche. 15 bornes de plat puis nous commençons à monter, mais la piste est meilleure et nous parvenons à rester sur les vélos, à 5 km/h, mais sur les vélos tout de même. C'est bon pour le moral. Les paysages sont de plus en plus beaux, c'est indécent. Le vent se lève et l'air fraichit. Nous passons à 4930 mètres d'altitude. Le vent a forci mais nous l'avons dans le dos et il nous pousse et nous aide considérablement sur ce plateau céleste, cette route des nuages. Montagnes colorées et geysers sur la droite. Pas de pique nique aujourd'hui, impossible de s'arrêter. Le regard est aimanté, scotché au paysage par tant de splendeurs. La courbe commence à s'infléchir et loin devant en contrebas, une nouvelle lagune, un salar, des courbes blanches, des montagnes ocre, jaunes, de l'eau bleue. Mon frein avant reste bloqué, je défais l'étrier. Nous redescendons à 4400 mètres et au bord de l'eau qui fume par endroits, dans un endroit que l'on pense abrité, nous plantons la tente. Le vent se défoulera dans les heures suivantes, le sable et la poussière, très fins, parviennent à passer à travers la moustiquaire, s'insinuent partout, et les spaghhettis craquent sous la dent même sous la tente. Nous sommes à trois kilomètres des thermes de Porques. 57 kilomètres anéantis aujourd'hui, 850 m en positif, le tout à plus de 4300 mètres. Je ne sais toujours pas si la splendeur des paysages justifie tant d'efforts, et pourtant ils sont grandioses.

 

1er novembre. Réparation des freins avant avant le démarrage. Changement du câble. Jean-Marie n'est pas motivé et tous les prétextes sont bons pour faire des pauses. La piste est mauvaise encore et nous poussons dans la pente raide pour passer la bosse à 4700 mètres après la vallée de Dali. Le vent s'est levé très tôt aujourd'hui et nous gène considérablement. Au détour d'un virage, le cône parfait du volcan Licancabur fait son apparition. Majestueux. Une fois au pied nous serons arrivés à l'étape et à la sortie du parc national. Nous longeons la laguna blanca, la contournons, et débarquons dans un établissement que nous trouvons luxueux. C'est relatif. Pas d'eau chaude ni de douche, eau sporadique et lumière groupe électrogène pour quelques heures à partir de la tombée de la nuit, mais literie confortable et locaux propres. Il fait 9 degrés dans les locaux. Dans la soirée, nous faisons connaissance de Simon et Célia, qui viennent de manger la même traversée que nous depuis Sajama... à pied ! Les marcheurs de l'impossible. Organisation au top, déposes de ravitaillement en nourriture prévues à l'avance. Avec eux, nous nous mettons d'accord avec un chauffeur de jeep qui nous emmenera au pied du Licancabur demain matin, à douze bornes, pour en faire l'ascension. Leur site : www.inca.dubuis.net. Ce jour, 45 kilomètres avalés.

 

2 novembre. Licancabur. Quatre heures du matin, le réveil sonne. Cinq heures du matin, nous prenons place dans le monstre Toyota. 5 h 30, nous démarrons, dans le jour naissant, l'ascension du volcan. La pente est raide, nous avançons lentement, et continuons tranquillement. Jean-Marie porte le sac jusqu'à 5500 m, point à partir duquel je le relaie malgré son insistance pour le garder. Dès lors je suis un peu clouée au terrain, un changement de rythme s'impose. Un peu moins de quatre heures pour avaler les 1200 mètres de positif et atteindre le sommet, assez facilement, à 5930 mètres. Licancabur, Excalibur. Un petit lac au fond du cratère, quelques sentinelles de neige très dure sur le sommet, un muret pour s'assoir et contempler à l'abri du vent qui déjà se lève. Nous n'enfilerons pas les doudounes, ni les surgants. Vue sur le désert d'Atacama d'un côté, sur le Lipez de l'autre, sur les lagunas Verde et Blanca à nos pieds. Une heure au sommet pour profiter. Des volcans à profusion partout autour. San Pedro de Atacama, au Chili, que nous ne devinons même pas, très loin en contrebas dans la brume. Descente rapide dans les éboulis, et retour jusqu'à l'auberge à pied. A 14 heures nous sommes arrivés. Repos. Ecriture.

 

3 novembre. Tous les touristes, y compris les marcheurs, sont partis en bagnole jusqu'à la frontière chilienne d'abord, puis en bus ensuite jusqu'à San Pedro. Nous enfourchons courageusement nos montures pour quelques kilomètres de piste montante encore. Le passage de la douane bolivienne ne prend que quelques minutes. Nous sommes au Chili. Administrativement parlant, nous sommes dans un no man's land de 47 kilomètres, la douane chilienne se situant à San Pedro. Nous atteignons enfin le croisement et retrouvons le macadam tant attendu. J'en verse une larme de soulagement. Ca y est, ça en est vraiment terminé de ce tronçon de dingue. Nous nous laissons descendre de 2000 mètres sans donner un coup de pédale, débarquons avec gants et coupe vent dans la ville où les touristes déambulent en tee shirt et short sous le soleil de plomb, et tombons bientôt nous aussi sous la chaleur. C'est le choc au niveau du cout de la vie, mais il faut avouer que le standing n'est pas le même. C'est vacances et week end, lieu de villégiature pour les Chiliens. Et trop de touristes, trop de consommations, trop d'arnaques et d'hypocrisie. Nous sommes passés d'un monde à l'autre en l'espace de moins d'une heure, du froid au chaud, de la pauvreté à la débauche, du désert à la ville surfaite, frime et consommation à gogo... Mais là où on nous servait une soupe de légumes pour une misère, ici on nous fait un potage Knorr pour une petite fortune...

 

Dès demain matin, nous repartirons au délà des 4000 mètres, dans le froid et le vent, direction l'Argentine par le col de Jama, Susques et Salinas Grande, Salta. Nous ennivrer encore des grands espaces et du vent, de l'oxygène raréfié, … mais sur le macadam !

 

A bientôt.

 

Les chroniques de Jean-Marie.

 

En danseuse et sans les mains.

 

Je pratique le vélo, mais le plus souvent, à bicyclette. Je me meus ainsi, moi et mon équipement, dans le continuum espace-temps que j'ai choisi avec les libertés et les contraintes que je connais de ce moyen de transport.

Ma machine est extrêmement modeste, mais remarquablement adaptée aux difficiles conditions qui prévalent ici depuis deux mois. Achetée 25 euros à la bourse aux vélos de Le Russey ce printemps, elle avait au moins autant de printemps que son prix. Machine en acier chromolite, c'est à dire fer + carbone + chrome + E440 + peptine de soja non transgénique + excipient QSP. Tout cela devait donner au cadre une élasticité remarquable et par le fait un certain confort de conduite en milieu andin. En contre-partie, chargé, l'ensemble routier frémit, il ondule, il ne faut surtout pas le contredire et accepter, voire apprécier cette allure chaloupée.

Nous faisons bon ménage, avec ses deux sacoches à l'avant, la fourche était équipée de deux oeuillets filetés qui permettent la fixation d'un porte-bagages, ses deux sacoches à l'arrière plus un sac en travers, je suis dans les clous pour ne pas dépasser les PTC par essieu légaux des pays du sous-continent. De l'achat d'origine, je n'ai gradé que le cadre et la fourche avant, la roue arrière n'étant pas directrice sur ce modèle.

Ci joint la liste des matériels neufs :

  • Une potence à noeud coulant qui permet de rouler à tombeau ouvert.

  • Un dérailleur avec marche arrière, que des railleurs, toujours les mêmes, trouveront sans doute superflu.

  • Un avertisseur sonore 24 000 Hz, pour éloigner les ourses et les mulots.

  • Une selle à sustentation magnétique, nécessitant toutefois l'usage de culotte en zirconium iradié.

  • Un pédalier type triple plateau de fromages du pays.

  • Une chaine élémentaire.

  • Deux chambres à air à valve cardio-vasculaire.

  • Freins à rétropédalage et inversion de flux.

  • Dynamo Moulinex 25 ampères anti-redéposition

Le reste est tout Shimano Dehore, puisqu'il s'agit d'un vélo d'extérieur.

Je suis prêt à fournir toute info supplémentaire à quiconque se lancerait dans une telle aventure technologique. Veuillez me contacter sur Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Sur la trans-océanique. (Chili)

 

Pour commencer et suite aux différentes remarques arrivées après l'envoi du précédent post, que tout le monde se rassure, nous ne nous sommes pas mis en danger en traversant le sud Lipez à vélo. En baver et se mettre en danger sont deux choses bien différentes. Nous en avons bavé, ne pas le dire n'aurait pas été honnête mais quand il passe cent cinquante 4 x 4 de touristes par jour sur le même itinéraire que nous, comment pourrions nous être en danger, autrement que par le danger qu'ils représentent eux-mêmes ? Voilà, précision faite, passons à la suite.

 

De San Pedro de Atacama, nous sommes montés dans un bus avec les vélos. Non que nous soyons devenus fainéants, mais refaire à l'envers les quarante deux kilomètres que nous avons parcourus pour atteindre la ville nous rebute et pour cause, si quarante deux bornes ne sont pas grand chose, l'idée de regrimper les 2000 m de dénivelée positive nous fout le moral dans les baskets. La route grimpe droit dans la pente, nous la voyons presque depuis la fenêtre de la chambre, effrayante. Et puis l'important est que, sur la carte, le trait soit continu. Il le sera.

 

Nous réenfourchons donc les vélos à 4700 m et continuons à monter sur l'asphalte plus douce que du velours, effleurons les 4900 mètres dans des paysages encore plus désertiques que le sud Lipez. Eh oui, ici, pas de touristes en 4 x 4 par dizaines, donc un véhicule toutes les heures. La route est à nous, la splendeur des lieux aussi. Montagnes colorées, lagunes et salars encore, vigognes en pagaille... Ce qui n'a pas changé non plus, c'est le vent, tous les jours, qui se lève en cours de journée pour devenir violent. Trouver un endroit adéquat pour planter la tente est une opération délicate, la poussière s'insinue à nouveau partout, à travers les moustiquaires, c'est infect. Nous ne pouvons même plus cuisiner sous l'abside et sommes contraints de le faire à l'intérieur même de la tente, avec moult précautions... Deux nuits mouvementées encore. Mais l'environnement est grandiose. Nous sommes sur la trans-océanique, cet axe destiné à relier un océan à l'autre, Atlantique-Pacifique, tout récent, qui ne figure pas sur les cartes. Si San Pedro de Atacama et Purmamarca en Argentine sont deux villes situées à environ 2500 mètres, l'altitude sur le tronçon de 400 km qui les séparent varie entre 3500 et 4900 mètres, passant sept cols que nous devinons tout juste. Longues lignes droites. Je bats mon record de vitesse et prends peur quand je vois s'aligner les chiffres sur mon compteur : 92,8. Mais le paysage est tellement grand à cet endroit que même à cette vitesse, je suis statique et la lagune met bien du temps à se rapprocher. Au kilomètre 160, Paso de Jama, 4200 m, nous quittons le Chili et entrons en Argentine. Quelques barraquements et une cabane à frites sur le bord de la route. La douane en impose. Nous faisons les pleins d'eau pour les deux prochains jours. Une station-service, et puis rien.

 

Nous sommes au Chili. Administrativement parlant, nous sommes dans un no man's land de 47 kilomètres, la douane chilienne se situant à San Pedro. Nous atteignons enfin le croisement et retrouvons le macadam tant attendu. J'en verse une larme de soulagement. Ca y est, ça en est vraiment terminé de ce tronçon de dingue. Nous nous laissons descendre de 2000 mètres sans donner un coup de pédale, débarquons avec gants et coupe vent dans la ville où les touristes déambulent en tee shirt et short sous le soleil de plomb, et tombons bientôt nous aussi sous la chaleur. C'est le choc au niveau du cout de la vie, mais il faut avouer que le standing n'est pas le même. C'est vacances et week end, lieu de villégiature pour les Chiliens. Et trop de touristes, trop de consommations, trop d'arnaques et d'hypocrisie. Nous sommes passés d'un monde à l'autre en l'espace de moins d'une heure, du froid au chaud, de la pauvreté à la débauche, du désert à la ville surfaite, frime et consommation à gogo... Mais là où on nous servait une soupe de légumes pour une misère, ici on nous fait un potage Knorr pour une petite fortune...

 

Dès demain matin, nous repartirons au délà des 4000 mètres, dans le froid et le vent, direction l'Argentine par le col de Jama, Susques et Salinas Grande, Salta. Nous ennivrer encore des grands espaces et du vent, de l'oxygène raréfié, … mais sur le macadam !

 

A bientôt.

 

Sur la trans-océanique.

 

En haut d'une n-ième colline, après avoir rencontré le premier cyclo-voyageur couché de ma pourtant longue carrière, nous basculons dans un paysage complètement différent. Des gorges, de la roche, des montagnes plus déchiquetées, moins douces, moins arrondies. La route serpente et s'y fraie un chemin, magnifique. Nous débarquons bientôt dans le seul village digne de ce nom sur ce parcours : Susques, et nous y hébergeons. A partir de là, nous alternons les gorges et les cols, les interminables plaines, traversons la Salinas grandes, encore un salar, la circulation se fait un peu plus dense : un véhicule tous les quarts d'heure. Et savons que nous devrons remonter à 4200 m avant de basculer définitivement.

 

Ce dernier col, en larges lacets posés sur le terrain, se passe allègrement et je regrette déjà la haute altitude et les paysages qui vont avec. Cela fait plus d'un mois que nous évoluons à des altitudes célestes, dans une atmosphère appauvrie en oxygène, avec une luminosité de dingue. C'était beau. C'était TRES beau. Ce qui suit ne l'est guère moins, nous pénétrons dans un site classé par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité : la quebrada du Humahuaca. Nous plongeons littéralement, lors d'une descente magnifique, jusque dans un autre monde. Nous perdons 1800 mètres en une heure, et ne savons où donner de la tête dans cette débauche de couleurs. Sur des kilomètres, le spectacle est saisissant, roches polychromes, érosion démente et spectaculaire, formes variées, et de la verdure en bas. Des arbres même ! Des arbres ! A part quelques spécimens à San Pedro, depuis combien de temps cela n'était-il pas arrivé ? Le clou du spectacle est atteint en arrivant à Purmamarca, où les couleurs de roche qui se cotoient sont irréelles. Nous nous posons une nuit.

 

Nous débarquons dans la véritable vallée de Humahuaca trois kilomètres plus loin, elle mesure plusieurs dizaines de kilomètres de long et nous savons que les plus jolies parties sont en amont, mais nous avons été comblés déjà, et poursuivons vers l'aval, en direction de San Salvador de Jujuy. La vallée est large et le vent s'y engouffre méchamment, le ciel est couvert, nous ne savions plus que ça existait. Puis nous atteignons la plaine, les hectares de culture et les grandes propriétés. Nous avons une nouvelle fois changé de monde. Deux fois en deux jours, c'est beaucoup ! Le lendemain, par une superbe route sinueuse et étroite dans une végétation tropicale et à l'écart de la circulation, nous rejoignons Salta, en partie sous une espèce de crachin breton assez désagréable. Salta, sale temps. Pluie. La ville n'offre pas grand chose à voir à part quelques églises aux couleurs criardes et provocantes. Nous sommes à 1200 mètres d'altitude, entamons ici le troisième chapitre du voyage.

 

A bientôt.

 

 

 

Les chroniques de Jean-Marie

 

La cigale et la fourmi. 

 

Nous devons prévoir pour un ou plusieurs jours à l'avance les provisions qui nous permettront, sans trop de restrictions, d'atteindre le prochain point de ravitaillement. La-dessus, Nathalie et moi sommes du même avis. Il se trouve que je mange beaucoup plus qu'elle, mon rendement énergétique est moindre puisque nous accomplissons, au Joule près, le même travail. D'ailleurs je mangerais tout, ma part et celle de ma coéquipière, me souciant peu des lendemains et de l'hiver qui vient. Ainsi, je peux engloutir ma part de pain, celle du lendemain, vider le pot de confiture et celui de dulce de leche qui était programmé pour trois jours. Nathalie me fait des rodomontades, menace de mettre sa part de côté, se prive de sauce tomate par obligation en constatant que le sachet est vide, rien n'y fait, l'appel de l'estomac est le plus fort. En plus de l'indispensable et du nécessaire déjà fort encombrant, je me paie le luxe d'une bière, d'un pack de vin rouge, voire d'une fiole de rhum, retombant dans les addictions que je souhaitais calmer à l'occasion de ce voyage. Tout cela ne serait pas trop grave et pourrait prêter à rire si Nathalie ne se mettait pas maintenant à réclamer, en plus de la bière, son canon de rouge avant d'aller dormir.

 

Vous chantiez, ne vous déplaise, eh bien dansez maintenant.

 

Supplément de mensonges. (par Nathalie)

 

Non parce que moi aussi j'ai mon mot à dire sur la question. Il est vrai que Jean Marie est du genre cigale, on aura toujours bien assez et bien assez tôt. Je suis du genre fourmi, à me préoccuper et prévoir avant le dernier village au cas où l'épicerie y serait fermée ou inexistante. Alors être cigale quand on ne mange rien n'est pas gênant mais être cigale avec un appétit féroce est une autre affaire. Bon d'accord, nous avons porté parfois plus de cinq cents bornes le même paquet de spaghettis et JM a, à plusieurs reprises, trimballé six litres d'eau pendant des dizaines de kilomètres pas forcément faciles alors que nous tombons sur un endroit muni d'un robinet au moment du bivouac... Comment faire ? Comment peut-on savoir ? Faut-il être prévoyant au risque de porter ou insouciant au risque de manquer ? Le souci, c'est quand ce sont les insouciants qui mangent le plus et qui pour rien au monde ne se rationneraient en prévision des jours suivants, se débarassant le plus vite possible de toute cette nourriture qui pèse lourd.... Mais le souci aussi c'est quand les prévoyants ne sont pas forcément ceux qui portent le plus ! Comme vous l'aurez compris, finalement, Jean Marie porte plus parce qu'il mange plus. Que tout le monde se rassure, j'ai mangé, jusque là, à ma faim, même si j'ai perdu au moins sept kilos !

 

 

 

La route du vin ou la route 40 ?

 

A chaque fois qu'il faut se repencher sur la semaine ou la dizaine écoulée, c'est pareil, l'impression est que c'est vieux, très vieux... De Salta, nous repartons sous un ciel maussade mais qui ne chiale plus. C'est déjà ça. Nous encapons le coeur joyeux rien qu'à l'idée de ce qui nous attend : la route du vin. La route du rhum nous paraît fastidieuse à effectuer à bicyclette, nous nous rabattons sur ce que nous pouvons. Nous sommes aussi à partir de maintenant sur la mythique route 40, qui du haut en bas de ce grand pays, égréne ses 5000 kilomètres jusqu'à Ushuaia, et que tout cyclo voyageur digne de ce nom se doit de parcourir une fois dans sa vie ! Le terrain est maintenant beaucoup plus roulant, la campagne plus verte, la température beaucoup plus élevée, le rinçage de la sueur obligatoire en fin d'étape. Toute cette partie nord de l'Argentine est majoritairement peuplée « d'Indios », les ethnies originaires, avec pas mal de métissage évidemment. Nous voyons donc beaucoup de peaux très foncées, d'yeux et cheveux noirs.

 

Au départ de Salta, nous roulons dans une végétation quasi tropicale, climat humide, cultures, un peu d'élevage, et pas l'ombre d'une vigne. Ce qui est étonnant dans ce coin où tout est démesuré, c'est que de chaque côté de la route, se trouve systématiquement une barrière de fils barbelés qui nous prive de l'accés à des terrains hospitaliers pour bivouaquer. Nous sommes contraints de braver les interdits, et de ne pas tenir compte des « propriété privée » qui ornent chaque départ de chemin. Qu'ont-ils donc à tout barrer de la sorte, dans cet espace illimité où la densité humaine semble être si faible ? Puis nous nous engageons dans la « quebrada de las conchas », qui fait l'objet d'une réserve naturelle. Juste avant, nous sommes arrêtés à un poste de contrôle policier, où l'employé, soucieux de justifier ses émoluments, nous fait mettre pied à terre, nous conseille de prendre nos distances, de faire attention dans les virages, et d'être vigilants en cas de terrain glissant. A se demander s'il a bien vu que nous sommes à vélo... Bon. La quebrada de las conchas est belle, la vallée devient plus étroite, la terre rougit. La végétation se fait rare et seulement quelques cactus parviennent à survivre. C'est un défilé rocheux multicolore encore, ponctuée de quelques endroits particuliers où la géologie fait des caprices, pour la forme. La quebrada de las conchas est aussi un virage pour les conditions climatiques. A l'autre extrémité de la gorge nous découvrons une zone semi désertique, plate. Plus de verdure, plus d'ombre, des grandes lignes droites, des arbustes rabougris dans le sable, et toujours pas l'ombre d'un cep de vigne.

 

Puis Cafayate apparaît, tel une oasis dans le désert. D'un coup, des vignes, des arbres, du vert à outrance, des domaines de centaines d'hectares d'un seul tenant, des portails monumentaux aux entrées des exploitations, des rosiers en bout de rang, et des montagnes minérales et noires de chaque coté de la très large vallée. Cafayate est pour nous juste une halte de quelques heures, le temps d'engloutir une ou deux patisseries. Nous retournons dans le désert. Là où il n'y a rien d'autre que des piquants, du sable ou du petit gravier, de la poussière, de la chaleur, et la bande d'asphalte noire que nous voyons parfois à plus de vingt kilomètres devant nos roues. « Quand nous serons là bas où la route disparaît, il sera temps de se poser pour la nuit », trente bornes... et le vent n'est pas toujours favorable. Des mini tourbillons se forment régulièremement et nous les voyons danser dans le paysage. Des dizaines de kilomètres sans eau, sans village, sans rien. La circulation ? Une bagnole toute les trente minutes, ça laisse le temps de réfléchir, ...ou de ne penser à rien. Tout est grand dans ce pays. Jean Marie dit, de préférence quand il a le vent de face, que même les kilomètres sont plus grands que chez nous ! Yakavoir !

 

Santa Maria, encore une oasis, et quelques vignes, puis de nouveau le désert. Tous les rios sont à sec, il y a belle lurette que nous n'avons pas vu un vrai cours d'eau, de l'eau qui coule, et alors une cascade... San Fernando est un gros point sur la carte, mais les habitants sont disséminés et le chef lieu est minuscule. L'épicier nous met à disposition un dortoir à l'hôpital et nous assistons à la fabrication du pain casero (pain de campagne cuit au four), l'échange est bon. Puis vient Belen, encore une oasis, même si la bourgade est ici plus importante. Toutes les places des villages sont conçues sur le même modèle. Arborée mais pas fleuries, carrées, avec huit allées de béton partant des angles et des milieux des côtés pour se rejoindre au centre où se trouve souvent un monument particulièrement affreux, un buste d'un général émérite mais inconnu, un obélisque aux couleurs du pays, une statue criarde... Pour nous ces places sont des havres de paix et de fraicheur où nous prenons, si nous le pouvons, nos pique niques et longues pauses de mi-journée en attendant des heures moins chaudes.

 

Belen donc, puis Londres. C'est dimanche. Et si le dimanche matin, les bourgades sont assez vivantes, le dimanche après midi, tout est fermé, même les volets des maisons, tout est écrasé de chaleur, et nous continuons vaillamment notre chemin, veillant à nos provisions d'eau, de bière et de vin. Entre deux bourgades nous avons quarante, cinquante ou soixante dix bornes de désert et de lignes droites, pourvu que le vent nous pousse !

 

A San Blas, alors que nous faisons halte pour la mi-journée à l'ombre d'un arbre, une femme nous invite. Nous mangeons des grillades et des salades avec toute la famille, les conversations vont bon train, le moment, comme la nourriture, est succulent. Plus loin, nous voyons Régine et Grégoire, les cycloterriens, qui sont partis il y a plus d'un an et demi, pour un tour du monde. Ils sont sur un tandem mixte, couché devant, droit derrière. Nous les savions devant nous depuis Salta. Le soir-même, encore une rencontre : un scorpion sous l'abside ! C'est beaucoup moins plaisant même s'il était petit. Jean Marie, dans un élan de courage, le coupe en deux avec le bord tranchant du couvercle de la boite de thon qu'on venait d'engloutir.

 

Puis encore un bout de désert, un village à l'écart en 115 bornes, avec une belle place encore. Nous avons pour objectif de rejoindre Chilecito le soir-même mais l'orage s'en mêle, un peu, la chaleur, un peu, le vent, un peu et comme nous n'avons pas d'obligation, je capitule, un peu, dans le premier village, nous dormons dans le parc de l'église, nous douchons grace au tuyau d'arrosage public. Nous ne le savons pas encore mais nous ne sommes qu'à cinq kilomètres du but...

 

Chilecito, bourgade agréable et verte sous l'oeil protecteur de l'immense Christ, les bras en croix, que j'imagine tout à coup descendre les marches et encaper la rue en broutant les arbres et rasant les réserves d'eau au dessus des maisons. Nous tournons un moment avant de trouver notre hébergeur, un « warm-shower ». Nous sommes très bien reçus par la famille. L'après-midi est consacré à la préparation de la suite. Fabienne, l'épouse de Jean-Marie vient le rejoindre pour une dizaine, ils feront du tourisme tandis que j'ai fait le choix de faire, pour changer, un tour de vélo dans la région. Je roulerai donc seule durant une semaine, avec une possibilité de les retrouver pour une journée à mi parcours. Nous serons de nouveau ensemble à partir du 28 au soir afin de poursuivre notre voyage.

 

A une prochaine, après ma petite virée en solitaire.

 

 

 Lignes droites en solitaire.

 

La répartition du matériel a été refaite, je pars un peu plus légère, pas besoin de doudoune, gore tex, surchaussures ni surgants pour faire ce que j'ai prévu. Jean-Marie est parti ce matin à six heures, je me suis levée alors et me suis préparée. Je pars tôt. Le vent est déjà debout lui aussi, et contre moi. Le ciel est plus que couvert, il tombe un lèger crachin, qui, s'il ne me gêne pas, n'ira pas, j'espère, en s'intensifiant.

 

Je roule. Je n'ai que ça à faire. Jusqu'à Patquia, à 130 bornes, une seule ligne droite, de la folie. Avec quelques très légères courbes de temps en temps, qu'on ne devine qu'en les voyant de très loin, à moins que ce ne soit la courbure de la terre qui donne cet effet. On ne sait jamais, c'est si grand ! Pendant quinze bornes à partir de Nonogasta, sur ma droite, des oliviers bien alignés derrière des barbelés bien tendus, et à ma gauche, des vignes impeccables derrière des barbelés bien tendus. Puis pour les quinze bornes suivantes, ça change, à ma droite, des vignobles tirés au cordeau derrière des barbelés bien tendus et à ma gauche des rangées sans défaut d'oliviers derrière des barbelés bien tendus. Je longe les mêmes domaines pendant des kilomètres. Les propriétaires sont-ils seulement au courant qu'ils ont tout ça ou seuls leurs ouvriers sont conscients de la superficie de terrain de leurs employeurs ?

 

Poste de contrôle, occasion de taper la discut cinq minutes avec un humain. Celui ci m'annonce d'ailleurs que je ne trouverai pas d'eau avant Patquia, à 90 bornes, ce qui est faux, mais je ne le saurai qu'après. Je me charge de quatre kilos supplémentaires même s'il m'en coute de prévoir pour le bivouac à 10 plombes du matin. Et je roule, enfin, j'essaie, car le vent n'est pas du même avis. Sur le plat dans cette plaine immense dont on distingue tout juste les bords dans le sens de la largeur, pourtant montagneux, je trace mon trait rectiligne à un rythme que je trouve lent. 13 km/h au plat sur un vélo couché, je crois que ça souffle un peu ! Pas de découragement, je veux tuer des kilomètres aujourd'hui, et j'en tuerai ! Plus rien à voir sur les bords de la chaussée, les vignes et les oliviers ont laissé la place à des acacias pleins de pompons jaunes, et de piquants, à des broussailles ou grouille probablement toute une faune aussi bizarre que dangereuse... Seule constante dans mon environnement proche : les barbelés bien tendus, qui entourent ou protègent, quoi de qui, qui de quoi ?

 

J'ai l'impression que ça monte légèrement. C'est faux. L'altimètre rétablira la vérité le soir-même, ça descend tout le long. J'approche de Los Colorados, une réserve naturelle. L'attrait principal est un groupe de rochers érodés, très rouges. Je sors de la route et vais jusqu'au hameau où on m'ouvre l'épicerie, partage une bouteille de soda avec les deux hotesses qui me proposent l'hospitalité pour la nuit. Il est trop tôt, je n'ai pas tué assez de kilomètres, je continue pour me poser vingt bornes plus loin, à peu de distance de Patquia, après avoir franchi le seul portillon facilement déverrouillable que j'aie vu depuis Los Colorados. Mon bivouac est parfait et tranquille. Je débusque deux lièvres de Patagonie et regarde passer avec délectation quelques vols de criardes perruches.

 

Au matin du second jour, la pluie tambourine sur ma toile. Que faire ? Je prends mon petit déjeuner tranquille et me prépare. Ca semble se calmer, je prends la route en surveillant les nuages. C'est bleu là où je vais. Pas de connexion internet à Patquia et impossible de joindre JM au téléphone, tout est en panne, je ne pourrai donc confirmer le rendez vous pris pour demain soir. J'entame une ligne droite, vraiment droite, de 38 km de long, montante. Le macadam noir devant mes roues devient bleuté un peu plus loin, s'évapore dans le lointain, les rares voitures flottent comme des vaisseaux fantome quelques mètres au dessus quand elles apparraissent à des kilomètres. Sensation de plénitude dans cet immensité. Je me délecte dans cet univers qui pourrait vite être une torture pour l'esprit s'il était mal disposé, s'il n'était pas prêt à gouter à cette solitude. Le premier village marqué sur la carte n'est qu'un pâté de maisons où je ne peux que remplir mon camel bag. Je continue et pose des jalons tout le long du chemin, m'assure que les gens m'ont vu, afin qu'ils puissent le dire si toutefois JM et Fabienne leur demandaient... Réserve naturelle El Chiflon, je laisse des marques également et prend une heure pour discuter avec les gens présents sur place. Partout je ne rencontre que des personnes sympathiques. Pas de moyen de communication toutefois, le prochain téléphone public est à seize bornes et depuis Patquia, pas de réseau. Je fais les seize bornes mais le téléphone est hors service, il faut revenir plus tard, j'installe ma tente, sur invitation, dans la propriété de l'épicerie. La dame met à ma disposition les sanitaires. Toute la soirée je composerai le même numéro, en vain.

 

Troisième jour. Je ne sais pas quoi faire. N'ayant pu joindre JM et Fabienne, je me demande si je visite le premier parc national ou si je me rends à l'entrée du second, où l'on avait vaguement prévu de se retrouver ce soir. Je file. Soixante kilomètres vent en poupe sont vite avalés, j'y arrive un peu avant 14 heures. Si ici, j'ai du réseau, mon correspondant n'en a pas là où il est, j'ai le wifi. Message : pas pu louer de voiture. RV le 28 à Chilecito. Déception. C'est la vie. Je me renseigne pour visiter le parc et camper ici. Tout est surfait, très cher, l'endroit est touristique à mort, un grand classique. Je ne me sens pas à ma place. Et puis une apparition : surgissent devant moi Fabienne et Jean Marie qui ont pris une excursion à la journée ! Nous faisons ensemble la visite du parc et convenons de nous retrouver le 26, Jean Marie a des fourmis dans les jambes, nous reprendrons la route plus tôt que prévu. En fin d'après midi alors qu'ils reprennent le minibus pour la Rioja, je vais planter ma tente un peu plus loin, à dix bornes de cet endroit infect. Ah au fait, la visite du parc vallait les deniers dépensés, quelques photos en galerie. Les photos de la galerie ne montrent pas de portrait, toujours des paysages, la densité humaine est si faible, les paysages si grands, et les rencontres si éphémères même si elles sont chaleureuses...

 

Jour quatre. Il me reste 120 bornes pour rejoindre Chilecito, dont un certain nombre non asphaltés et un gros col à passer. Je pars tôt, pensant pouvoir couvrir la distance dans la journée. Vingt deux bornes de piste sableuse où je laisse pas mal de traces de sel dans le maillot, puis un fort vent de vallée, de face, ne m'ont pas aidé dans ma tache mais je débouche au col à 15 heures. 2020 m. Paysage superbe et sauvage, évidemment immense. Sur l'autre versant, la piste étroite et sinueuse est perchée sur une corniche surplombant le vide, soutenue par un mur. La roche est rouge, les couleurs sont violentes, le vert franc du fond de vallée fait tache dans l'univers minéral. Saississant. J'encape avec une attention soutenue dans les sept premiers kilomètres puis me laisse glisser sur l'asphalte retrouvéee pour encore 25 autres bornes. Il faudra remonter tout ça avec Jean Marie et j'appréhende. Les 18 derniers kilomètres jusqu'à la casa de Jorge m'achèvent et j'arrive claquée. Mon petit tour est terminé.

 

Alors si la logistique, bref me débrouiller et assumer un voyage toute seule ne me fait pas peur sur le plan matériel, je ne sais toujours pas si je suis capable de ne pas partager les bons comme les mauvais (ou moins bons) moments. Mais je n'ai pas peur, de rouler seule, de planter mon bivouac seule, de réparer une crevaison seule... , en faisant gaffe aux épines pour ne pas crever, et aux scorpions, pour ne pas crever non plus. Si la liberté totale ne peut être que solitaire, il fait tout de même bon, la plupart du temps, être deux. Mais qui sait si un jour je ne mettrai pas les voiles toute seule, parce que cette liberté vraie et entière, on a envie de s'en sâouler....

 

A Chilecito, j'arrive en terrain connu, retrouve la famille si attentionnée, prends mes repas avec eux, améliore sans cesse mon espagnol, ce qui n'est pas difficile vu mon niveau... A Chilecito, une particularité en plus de l'immense Christ dont j'ai déjà parlé : le cable ferril. Long de 35 km, partant de la gare ferroviaire, achevé en 1904 , construit par les Allemands, et fermé dans les années trente, il acheminait le minerai depuis la mine lointaine, enfouie dans les entrailles des monts Famatina, jusqu'à la gare ferroviaire. Il est classé, c'est un musée, on peut en suivre des yeux, un bout, le cheminement sur le flanc de la montagne, puis il disparaît, trop loin, trop ténu. Il ne sera pas démonté. Nous irons le voir avec Jorge dans un moment, quand Jean Marie et Fabienne nous auront rejoint. Et aujourd'hui, je me laisse vivre, rien à faire à part ces quelques lignes à écrire et mettre quelques photos dans la galerie.

 

A bientôt.

 

 

Le nez dans le guidon ou la téte dans les étoiles ?

 

N'étant pas partis de Chilecito si tard, nous abordons la terriblement réputée côte de Miranda assez tôt. La moitié de l'équipe est déjà passée dans l'autre sens il y a deux jours, raison de plus pour appréhender ce col non asphalté. Jugeant difficile de nous rendre à Villa Union dans la journée et n'étant pas pressés, nous faisons halte 38 bornes après le départ, attirés par l'eau claire d'un torrent accessible pour une bonne baignade. Puis nous décrêtons que l'endroit frais et ombragé sous les grands arbres fait un bivouac parfait, laissant le reste de l'ascension pour demain. Dès potron minet, l'asphalte s'est déchirée, puis nous a abandonné lâchement, mais la piste est belle. La difunta correa aussi. Qu'est ce donc ? Non, pas la défunte Corée malgré l'isolement de celle du nord, ni la défunte courroie, de transmission ou d'alternateur. Alors voilà, pendant une guerre civile en Argentine, une femme est partie rejoindre son mari lui-même parti se battre, elle était sans eau, et emmenait son fils nouveau-né. En se sentant mourir de soif, elle consacre sa dernière énergie à donner le sein à son fils et continue à allaiter bien qu'étant déjà morte. Là est le vrai miracle. Des sanctuaires jallonnent  les routes, et les Argentins y déposent des bouteilles d'eau, mais aussi des pneus de bagnole, des courroies, des cygnes en plastique, des bougies encore dans leur emballage, bref un peu la décharge municipale. Il faut voir. Bon, pour nous ce sera parfois l'occasion de nous laver les cheveux, de rincer nos maillots, voire de faire le plein de nos bidons... Bien, le col fut vite franchi, la route en corniche est toujours aussi spectaculaire. Nous nous laissons glisser jusqu'à Villa Union où nous retrouvons Fabienne le temps d'une soirée.

 

Il nous faut un jour et demi pour traverser le désert entre Villa Union et San José de Jachal. Les quarante premiers kilomètres sont jolis, dans un univers minéral toujours, les soixante dix suivants exténuants, contre le vent, sur une route toute en dos d'âne où nous jouons du dérailleur tous les cinquante mètres et relançons la machine autant de fois. La cuesta de Huaco (la côte de Huaco) est vite passée, et les quarante dernières bornes nous incitent à trainer. La route sinue dans un massif compliqué où nous perdons le nord, avant de déboucher dans une large vallée très verte. L'arrivée en ville se fait entre deux rangées de vénérables peupliers.  De Jachal, nous avons le choix entre deux itinéraires et choisissons bien sur le plus long, mais aussi et de loin le plus joli. Nous voici partis par une quebrada ventée jusqu'à Rodeo, site international de planche à voile. La retenue d'eau est superbe et le turquoise de l'onde tranche sur les couleurs de la roche environnante, qui une fois de plus nous offre une grande variété de formes. Après la cuesta del viento (côte du vent), nous faisons une petite halte aux thermes de Pismanta, même s'il est vrai que la chaleur n'incite pas à se tremper dans l'eau à 40 degrés !

 

A Iglesias, nous nous attelons de nouveau à une partie désertique, de 180 km cette fois-ci, sans eau sur le chemin, sans rien. Nous partons avec 14 litres. Il fait très chaud, les mouches nous tournent autour, non pas parce que  nous sommes au bord de la décomposition mais parce qu'elles cherchent l'humidité  partout, sur nos yeux, dans notre sueur. Sous les 20 km/h, elles sont là. Le vent nous brule. Le souffle de l'enfer ? Nous tuons 95 km le premier jour et nous engouffrons dans la tente à cause de ces centaines de mouches qui mettent les nerfs à l'épreuve. Le lendemain est fait du même bois, sans les insectes toutefois,  mais nous atteignons Calingasta sans souci et passons le reste de la journée à boire, et pas que de l'alcool ! Nous logeons au camping, sous les réverbères allumés en permanence, et écoutons les concerts de chiens et de mobylettes tard dans la nuit.

 

Une petite étape de 40 km, superbes encore, nous emmène à Barréal. Toutes ces localités ne comptent que quelques milliers d'habitants mais on y trouve de tout. Entre ces bourgades, rien, et parfois cent bornes avant le prochain village... A Barréal nous arrivons tôt et trouvons un hébergement ttrès sympathique dans une vieille maison entourée d'un grand terrain arboré. José Luis, notre hôte sympathique, est  aussi accompagnateur en montagne et moniteur de ski l'hiver. Les discussions vont bon train et nous ne voyons pas le temps passer. Nous ne partons de chez lui que le lendemain à 16 heures, pour nous rendre pour la nuit à l'observatoire astronomique du parc national de El Leoncito. Encore un endroit réputé pour son très fort vent et nous en ferons les frais. Nous sommes scotchés au macadam en cette fin de journée et atteignons péniblement Laguna blanca où des chars à voile ont pour habitude de tenter des records de vitesse sur le sable durci... En collant l'oeil devant la lunette du télescope, nous redécouvrons Jupiter et quatre de ses satellites, puis la nébuleuse d'Orion, Rigel, Aldebaran, Bételgeuse, Sirius, les nuages de Magellan, la nébuleuse d'Andromède, là où naissent les étoiles. Ne reste ensuite qu'à redescendre et retrouver la tente dans la nuit.

 

El Leoncito-Uspallata. Si nous voulons ne pas transporter d'eau pour le bivouac, nous devons atteindre Uspallata, au bout de la ligne droite, à peu près cent bornes dont 37 de piste cahoteuse, et forcément un vent à débosseler les chameaux. « C'est rien pour nous » est une expression qui revient souvent, encore de mise aujourd'hui. Nous débarquons dans la localité frais comme des gardons, et nous hébergeons pour deux jours dans un hotel où la tenancière nous permet l'accès à la cuisine tout en nous faisant une réduction sur le prix de la chambre. A croire qu'elle aime bien les cyclistes. Demain, 7 decembre, nous irons à Mendoza en bus pour la journée.

 

Ciao.

 

 

 

Les chroniques de Jean-Marie.

 

L'aventure, c'est jusqu'à quel âge ?

 

T'as 65 balais ! Ton corps se déglingue, les chairs ramollissent, mais le mollet est encore gaillard, dans ta tête, où les neurones disparaissent aussi vite qu'ils naissent chez l'embryon, se joue l'éternel conflit entre la norme sociale et le possible, tu prends le second terme de l'alternative. Les voyages, certes, forment la jeunesse, c'est le cycle initiatique de la vie. Pour les vieux, tu prends le cycle, celui muni de pédales, sublime outil de la navigation terrestre. Te voilà sur l'engin, sacoches sous les yeux, oreilles en aérofreins, nez au vent, de préférence de face. T'as choisi les espaces sauvages, le planisphère en laisse entrevoir encore quelques uns, c'est haut, l'oxygène est rare, c'est désertique, quelques touffes d'herbes à balais, des alléesde volcans que coiffe une neige éternelle, la vie n'est pas terne, elle, toute la panoplie des couleurs est présente, tu souffles un peu, tu pestes contre ces mauvais chemins, t'avances. C'est possible à condition d'en avoir l'idée et l'envie et quelques dispositions.

 

« Pourquoi l'éléphant de cirque capable d'arracher un arbre reste-t-il sagement attaché à un maigre piquet ? Parce que dès sa naissance, il y a été assujetti et qu'incapable de s'en échapper à cet âge, il n'a jamais réessayé depuis. »

Cette citation de Jorge Bucay, est extraite d'un livre qu'avait glissé Fabienne dans une de mes sacoches avant le départ. Est-on jamais complètement foutu, avant le dernier voyage il y en a d'autres, c'est avec un petit vélo dans la tête le cycle de la vie.

 

Bon sang, quand je lis tes ratures, on voit bien que c'est pas de la littérature.

 

 

La cordillère par le travers.

 

Donc nous prenons le bus pour Mendoza dans la fraicheur d'un matin d'été argentin. Deux heures trente plus tard, à travers des paysages alléchants, nous sommes en ville, la première digne de ce nom depuis au moins une éternité. On n'y a pas trouvé une architecture particulière ni même jolie, mais la ville est aérée et les parcs nombreux. Sur la plaza de Armas, les jets d'eau crachent violets comme si c'était du pinard, ce qui nous met encore l'eau à la bouche. L'eau ? Non, le vin ! Nous laissons nos semelles usées glisser sur les trottoirs du centre ville, constatant que, comme partout ailleurs, l'après-midi, les Argentins font une sieste interminable, tout est fermé, tout est mort. Le tout ne revient à la vie que vers 18 heures. Ici, le repas du soir ne se prend pas avant 22 heures.

 

Le lendemain, quittant le très convivial Hotel Viena d'Uspallata, nous montons jusqu'à Puente del Inca et nous posons au camping. L'idée est de passer un peu de temps ici pour faire une ou deux randonnées à pied. Bon, Puente del Inca est un lieu particulier. Je ne saurais dire exactement les circonstances qui ont donné naissance à ce site naturel mais le résultat est unique. Une rivière passe aujourd'hui sous une arche de concrétions aux teintes jaunes saisissantes, les parois offrent à voir des drapés polychromes, et adossés au flanc, sous l'arche, les anciens thermes donnent une impression d'habitation troglodyte. Les Anglais en ont abandonné l'exploitation en 1965, un glissement de terrain a rasé l'hôtel attenant et la ligne de chemin de fer qui amenait les gens de Mendoza est désafectée. Seuls subsistent le site lui-même et la chapelle... C'est une curiosité.

 

Les possibilités de randonnée sont rares mais nous pouvons toutefois nous rendre sur un sommet voisin, Cerro Penitentes, culminant à 4356 m et offrant une vue extraordinaire sur la face sud de l'Aconcagua tout proche. Il est très accessible, il nous suffit de faire quatre kilomètres à vélo en fond de vallée, de planquer nos véhicules derrière un gros caillou, de traverser la rivière boueuse par un pont branlant qui tient par l'opération du saint-esprit, puis de monter 2000 mètres de dénivelée dans un pierrier où un pas en avant provoque une glissade de cinquante centimètres en arrière, pour déboucher sur une montagne où le vent nous recoiffe. Tout ça pour voir, le mieux possible, le plus haut sommet de la planète hors Himalaya, mais aussi tous les alentours. Paysage lunaire, exclusivement minéral, pas un nuage, nous nous rinçons l'oeil un moment avant de redescendre, de récupérer nos montures et de remonter à Puente del Inc contre un vent qui force le respect. Partis à 8 h 30 du camping, nous sommes de retour avant 18 heures.

 

Le lendemain, trois circonstances atténuantes pour justifier le fait que nous restons encore ici. Petit a, mes jambes sont extra douloureuses suite à notre bambée d'hier, petit b, le vent n'a pas cessé de la nuit et se fait sentir violent dès le matin, et petit c, nous ne sommes pas pressés, préférons passer du temps au vert dans les montagnes que dans les rues surchauffées de Santiago à tourner en rond. Nous faisons une courte ballade au pied de la sentinelle de pierres, dans la partie autorisée par le billet à la journée. Pour approcher le géant de plus près, il nous faudrait débourser plusieurs centaines d'euros. L'accession à ce parc et à ce sommet se fait par une honteuse sélection par le fric, une fois de plus.

 

11 décembre, alors qu'il neige parait-il à gogo sur le Jura, nous suons dans la bosse qui mène jusqu'à Las Cuevas, dernière bourgade argentine avant la frontière chilienne. Pour passer d'un pays à l'autre, deux possibilités nous sont offertes : la première est de franchir le tunnel interdit aux cyclistes en empruntant les véhicules qui sont prévus à cet effet, et gratuits, la seconde est de suivre l'ancienne piste qui monte au col du Christ Redemptor (3800 m), quelques centaines de mètres plus haut ( en dénivelée), pour basculer côté chilien. Nous étions décidés pour la seconde mais le vent de fond de vallée ne laisse rien présager de bon pour le col, Jean Marie opte pour le tunnel tandis que je persiste à croire que sur le versant je ne sentirai que peu le vent. Je passe par en haut et nous nous retrouvons à la douane quelques heures plus tard.

 

 

Les formalités sont simples. Cela fait jour pour jour trois mois que nous sommes en Amérique du sud. Les caracoles (virages en épingle) célébres qui dégringolent de Portillo sont vite avalés et nous pédalons dans la descente pour ne pas remonter, poussés par devant par le vent. En cours de descente, Jean-Marie perd, sans s'en rendre compte immédiatement, le sac fixé en travers du porte-bagage. Celui-ci contenait sa tente et son matelas. Une brève recherche ne donnera aucun résultat fructueux. Nous découvrirons plus tard que le shampoing est resté au camping et qu'il a aussi oublié sa brosse à dents. il s'allège comme il peut... Il y a des jours meilleurs que d'autres. Ayant oublié de changer de l'argent à la frontière et ne pouvant camper, nous sommes contraints de descendre jusqu'à Los Andes. Dans cette localité importante, nous nous logeons dans un établissement où vivent surtout des ouvriers en déplacement, c'est convivial et nous sommes à l'aise. Nous y passerons finalement trois nuits, profitant de la proximité de Valparaiso pour y faire un aller-retour, en bus, à la journée.

 

Valparaiso est une ville à voir une fois dans sa vie. Bâtie sur le flanc de la montagne en bordure d'Océan Pacifique, les rues y dégringolent dangereusement jusqu'à la grande bleue. C'est une particularité mais ce n'est pas tout. Les façades des maisons enchevêtrées, peintes de couleurs vives et toutes différentes, donnent un cachet unique à la ville. Et puis les taggs partout, sur le moindre bout de mur, et puis les peintures élaborées aussi sur les contre-marches des escaliers, et puis le marché, avec les étales qui débordent sur les trottoirs alentours, et puis le type qui se fait prendre en photo en dépliant le drapeau national, et puis, et puis..., et puis de la vie à outrance un peu partout, des bateaux qui partent pour Rotterdam ou ailleurs, des vues sur la baie depuis les ruelles gaies, et puis les ascenseurs dont les plus vieux datent de 1900 et permettent de gravir la cité. On va juste visiter mais on aimerait s'y poser plusieurs jours, pour explorer un peu mieux les dédales artistiques, et se baquer un coup dans l'océan puisque c'est la saison. Mais nous reprenons le bus le soir même et rentrons à Los Andes. Jean-Marie avait passé là quelques jours il y a trois ans.

 

Los Andes-Santiago, une journée de vélo. Deux routes : l'autoroute ou l'autoroute. En gros c'est ça, sauf que la plus petite des deux, celle qui s'appelle route nationale, et qui est indiquée comme telle, que nous prenons, est une voie express qui ne possède pas de bande d'arrêt d'urgence et est, par conséquent, très dangereuse. De plus, nous sommes en fraude, et un tunnel se présente à nous. Nous sortons et par une piste en bon état, gravissons un col encore, le dernier, avant de retrouver notre double-voie, qui cette fois-ci est munie d'un accôtement goudronné. L'arrivée dans Santiago, comme souvent dans les mégapoles, n'est pas des plus enthousiasmant, mais nous avons connu pire. Il est tard, nous nous posons dans le premier hôtel que nous trouvons, qui s'avère bien sympathique.

 

Voilà, nous sommes à Santiago, nous avons fait ce voyage. De Lima à Santiago sans pointillé sur la carte. Mon compteur affiche 5661, cela doit correspondre à peu près au nombre de calories que nous avons dépensées chaque jour pour parvenir à nos fins. Un bout de la cordillère des Andes, un bout seulement. Quelques endroits exceptionnels sur le parcours. Bel itinéraire. Mais la conclusion n'est pas pour aujourd'hui.

 

Santiago, deux jours ici avant de monter dans l'avion. Le premier est consacré à nous renseigner sur la façon de rejoindre l'aéroport chargés de tous nos fardeaux, puis, d'après ce que nous trouvons, de changer d'hébergement pour que ce soit commode. Une fois le déménagement effectué, Jean -Marie part à la recherche de grands cartons et de scotch pour emballer nos montures, qu'il trouve au coin de notre rue, le hasard fait bien les choses encore. N'ayant plus d'autre préoccupation que celle de dépenser nos derniers pesos, nous pouvons profiter de la ville et du jour et demi qu'il nous reste à passer dans l'été de l'hémisphère sud, avant de retrouver brutalement le froid jurassien et la neige déjà fort présente... C'est le plein été ici, mais les fêtes de fin d'année tout de même. Et week-end par dessus. Les chapeaux de père Noël et les marchés du même nom envahissent les rues. Les vendeurs ne refourguent pas des marrons et vins chauds aux passants mais des glaces. Les sapins en plastique clignotent et c'est la course aux cadeaux comme chez nous. Dans la grande cathédrale, la crèche est faite et attend l'arrivée du petit Jésus, ça sent fort l'encens. Bon, ça nous remet un peu dans le bain des flons-flons, des orgies de watts et des débauches de bouffe afin que nous ne soyons pas trop dépaysés en rentrant, malgré tout ce qu'on peut en penser...

 

A noter tout de même que dans la dernière étape, nous avons du faire encore un bout de piste et gravir un col, que Jean-Marie a réussi, sur l'autoroute, à ramasser une belle épine dans le pneu arrière, et a donc été victime d'une crevaison, qu'il a perdu une accroche de sacoche qu'il a retrouvé, sur l'autoroute toujours, et que j'ai moi-même crevé à Santiago lors du déménagement entre les deux hôtels... Jusqu'au bout...

 

Les vélos sont emballés pour rentrer, nous moins...

 

Quelques chroniques viendront encore d'ici peu car Jean-Marie, il faut le savoir, est un âne-à-chroniques. De nouvelles photos dans les galeries Argentine et Chili.

 

A bientôt !

 

 

Les chroniques de Jean-Marie.

 

L'aventure, c'est jusqu'à quel âge ?

 

T'as 65 balais ! Ton corps se déglingue, les chairs ramollissent, mais le mollet est encore gaillard, dans ta tête, où les neurones disparaissent aussi vite qu'ils naissent chez l'embryon, se joue l'éternel conflit entre la norme sociale et le possible, tu prends le second terme de l'alternative. Les voyages, certes, forment la jeunesse, c'est le cycle initiatique de la vie. Pour les vieux, tu prends le cycle, celui muni de pédales, sublime outil de la navigation terrestre. Te voilà sur l'engin, sacoches sous les yeux, oreilles en aérofreins, nez au vent, de préférence de face. T'as choisi les espaces sauvages, le planisphère en laisse entrevoir encore quelques uns, c'est haut, l'oxygène est rare, c'est désertique, quelques touffes d'herbes à balais, des alléesde volcans que coiffe une neige éternelle, la vie n'est pas terne, elle, toute la panoplie des couleurs est présente, tu souffles un peu, tu pestes contre ces mauvais chemins, t'avances. C'est possible à condition d'en avoir l'idée et l'envie et quelques dispositions.

 

« Pourquoi l'éléphant de cirque capable d'arracher un arbre reste-t-il sagement attaché à un maigre piquet ? Parce que dès sa naissance, il y a été assujetti et qu'incapable de s'en échapper à cet âge, il n'a jamais réessayé depuis. »

Cette citation de Jorge Bucay, est extraite d'un livre qu'avait glissé Fabienne dans une de mes sacoches avant le départ. Est-on jamais complètement foutu, avant le dernier voyage il y en a d'autres, c'est avec un petit vélo dans la tête le cycle de la vie.

 

Bon sang, quand je lis tes ratures, on voit bien que c'est pas de la littérature.

 

 

Terminé !

 

Le voyage est terminé, pourtant, très souvent, peut-être trop, je suis encore là-bas. On appelle ça des souvenirs. Ou de la mélancolie. Je suis montée dans l'avion en marche arrière, comme d'habitude. Et quand je vais sur le net pour lire le blog d'autres voyageurs que nous avons rencontrés et qui eux, poursuivent vers le sud,  j'ai envie d'être encore sur mon vélo, avec mon coéquipier, et de pédaler, même contre le vent, de m'arrêter faire quelques achats alimentaires dans des minuscules épiceries de village, de chercher un endroit où planter la tente le soir, de manger des spaghettis et de partir ailleurs le lendemain, de m'enivrer encore de grands espaces, sans préoccupation, en toute insouciance. Ces trois mois et demi ont passé comme une comète, comme de l'eau nous filant entre les doigts, même serrés. Comme trois minutes sur l'horloge de mon existence. Si ce n'étaient les contraintes de la vie (que l'on se crée nous-mêmes), nous aurions bien continué vers le sud, jusqu'en bas : Ushuaia. Nous étions bien partis !

 

Ce fut un beau voyage, qui donne envie d'en faire d'autres. Tout est dit.

 

Oh, on connait, c'est chaque fois la même chose, la tête a tendance à traîner la savate pour rentrer mais il y a longtemps que le rythme effréné a repris, bien qu'on veuille s'en défendre. Tant de choses à faire. Le troisième tome de l'Asie est en cours, il a fallu intégrer les premières corrections et relire le document en entier, trouver un titre et trier quelques images pour la couverture. Je suis allée pour une  matinée rendre visite à des élèves de maternelle et de primaire dans le village où j'ai grandi. Il me faut organiser mes déplacements pour les différents rendez-vous prévus (voir dans livres et manifestations), j'ai repris mon travail d'accompagnatrice en montagne, et il faut trier les photos pour en faire un livre, comme à l'accoutumée. Et le reste. Pas de quoi s'ennuyer ! 

 

D'autres projets sont d'ores et déjà en route... Restez connectés !

 

A bientôt

 

FORMALITES

Pérou : En septembre 2012, nous changeons un euro pour 3 soles

Bolivie : Octobre 2012, le taux de change est de 1 Euro pour 8.16 bolivianos

Argentine : Novembre 2012, 1 euro vaut 6 pesos

Chili : novembre 2012, 1 euro se change à 608 pesos

 

BUDGET

 

 Pays Heb Nour
 Transp  Entrées  Divers  Total  Nbre jours
 Moyenne
                 
 Pérou  89  216  12  5  4  326  30  10.86
 Bolivie  30  128  7  16  7  188  22  8.54
 Argentine  96  258  39  7  0  400  35  11.42
 Chili  112  114  35  0  0  261  10  26.1
                 
 Total  327 666
93
28
11
1150
 97  11.86

 

BILAN MATERIEL

 

Vélo

Je suis repartie avec un cadre neuf, qui comprenait la fourche avant, la potence, la fourche arrière, l'amortisseur. Ma cassette, ma chaine et ses gaines étaient également neuves, le galet tendeur et son support, les câbles de freins et de dérailleur, les manettes de changement de vitesses...

Mon pédalier et son axe, mon dérailleur, datent de Lanzhou en Chine et ont donc au moins 12 000 km déjà. Mes pneus ne sont pas neufs, je sais que j'en changerai en cours de voyage. Ma roue avant renforcée date de Mongolie et n'a donc que 8000 km. Ma roue arrière, les pédales, le siège, le porte bagage, le système de freinage à part gaines, câbles et patins, sont d'origine, comme le guidon.

En cours de route j'ai changé un câble de frein, réparé, comme d'habitude, le support du galet de chaîne, et le porte bagage donne des signes de fatigue mais n'a pas nécessité de réparation. Les roulements du moyeu de roue avant sont râpés assez vite mais ce n'est pas plus étonnant que cela. La cassette et la chaîne sont probablement usées, c'est normal. Pas de souci particulier donc. La mousse de siège qui avait déjà 24500 km est comme neuve. 

 

Les sacoches commencent à être rapiécées ici ou là. Elles ont déjà parcouru 43 000 km, et ont vu tous les temps.

Ma nouvelle tente, une Vaude Taurus ultralight a donné satisfaction mais n'a été que très peu montée. Pas de retour significatif donc.

Le réchaud, un optimus multicarburant, qui a déjà de la bouteille, a nécessité quelques nettoyages et le démontage du filtre dans la crépine, du probablement à la mauvaise qualité du carburant. Le joint  de l'ouverture de la vanne (pas le réglage fin mais l'autre) a cassé et dans le kit, nous n'en avions pas d'autres. Le joint du réglage fin est plus gros, nous l'avons coupé, collé à la loctite et il a tenu jusqu'à la fin du voyage.

Le matelas pas cher certes, qui n'était pas neuf mais presque, un Camp orange, a donné très vite des signes de fatigue, ils deviennent très vite poreux et se dégonflent gentimment en cours de nuit...

Aucun souci que ce soit avec l'appareil photo, le chargeur de piles, le netbook, etc...

Ma chemise préférée a fini par partir en lambeaux mais je ne m'en suis débarrassée qu'à Santiago...

 

J'avais beaucoup trop de vêtements, je n'ai utilisé ma doudoune que deux fois pour le fun, je n'ai pas sorti ma grosse veste gore tex, ni mes surgants, ni mes surchausses, n'ai utilisé qu'un seul tee shirt a manches courtes pour pédaler, idem pour le manche longue. Je n'ai jamais mis mon collant à part pour l'ascension du Licancabur, ni mon surpantalon. J'avais un pantalon fin de trop et une paire de chaussettes épaisses et hautes en trop également...Nous n'avons pas servi le câble gainé pour attacher les vélos, les antivols ont suffi.Pas utilisé les lunettes de glacier.

 

J'aurais pu partir avec trois à quatre kilos de moins...

 

APRES LE RETOUR

 

Nous sommes rentrés de voyage, je n'ai pas regardé le vélo dans les détails. J'ai tout entreposé au grenier. Début mai, quand j'ai déballé, nettoyé, bricolé pour aller rouler un peu, j'ai découvert une fente dans le cadre au niveau de la pièce qui fait le lien entre le tube principal et la fourche arrière, cette espèce de triangle qui, déjà lui qui avait causé les premiers soucis sur le vélo de Michel. Je peux encore rouler, mais ce cadre n'a que 5600 km et à peine plus d'un an. J'ai donc contacté le constructeur une première fois, photos à l'appui. N'ayant pas de réponse dix jours plus tard, j'ai relancé. Il me propose alors soit de m'envoyer gratuitement un nouveau tube, sur lequel il faudra que je fasse un gros travail de démontage/montage soit de m'envoyer un kit cadre sans siège et sans baume du modèle qui remplace, beaucoup plus solide selon eux : le Falcon, au prix coutant de la fabrication.

 

J'opte pour le Falcon. Un kit cadre à 325 euros ça ne  se refuse pas, il me fait aussi un tarif sur le porte bagages. A part les roues, les freins, toute la transmission, j'aurai un vélo neuf, en espérant que celui-ci ne rende pas l'âme.

 

Alors si j'apprécie cette fois-ci fortement le geste du constructeur, par contre, au niveau réactivité c'est la catastrophe. Entre le moment où je lui signale le fait et le moment où je vais recevoir ce nouveau kit, plus d'un mois ce sera écoulé. Heureusement que je ne suis pas à l'autre bout du monde à attendre pour continuer... j'aurais des problèmes de visa ! 

 

CHIFFRES

 Le record de vitesse a été battu le 5 novembre 2012 à haute altitude, j'ai atteint 92.8 km/h et ai freiné en voyant le compteur, sinon, peut-être aurais-je atteint les 100 !

 

Pays 2012 Nbre jours Jours roulés Kilomètres Déniv + Temps Km/jour Den+/j Tps/jour Moyenne
                   
Pérou 30 26 1728 22410 128 h 20 66 862 4 h 56 13.46
Bolivie
22 19 1237 9090 96 h 22 65 478 5 h 04 12.84
Argentine
35 31 2360 16110 139 h 25 76.1 520 4 h 30 16.92
Chili
10 5 335 3595 22 h 47 67 719 4 h 30 14.88
Totaux
97 81
5660 51205
386 h 54
69.8
632
4 h 45
14.63