2016 - À vélo couché de Santiago à Ushuaia


Après cet été un brin bizarre au niveau activité professionnelle, tout en dent de scie, il est temps de dévoiler la suite, de manière succincte et rapide.

Il y a quatre ans, à l'automne 2012, je partais pour une centaine de jours en Amérique du sud, à vélo, entre Lima et Santiago (voir carnets de route). Mais Santiago du Chili, ce n'est pas la fin de la route et toujours je m'étais promis d'aller voir ce qu'il y avait plus au sud, entre Santiago et Ushaia.

 

Voilà.


Alors j'ai trouvé une bonne âme pour m'accompagner, Paco, qui a acquis un vélo et des sacoches pour son premier grand voyage à bicyclette. Oui en fait, on ne part pas à vélo mais à bicyclette. Enfin... avec des vélos mais dans le but de faire de la bicyclette. Si si, parce qu'il parait qu'on peut faire de la bicyclette avec un vélo mais pas l'inverse. Vous suivez ?

Donc, nous irons d'abord à Roissy le 12 septembre, puis par delà l'Atlantique, le Brésil et l'Argentine, rejoindrons Santiago où normalement, un membre du réseau warm shower nous accueillera chez lui pour une nuit réparatrice avant que nous ne prenions la route vers Ushuaia.

Cap au sud.

Itinéraire ?

Ben j'ai dit.

Cap au sud.

Nous ne savons pas par où, on s'en fout, la météo et les opportunités décideront pour nous. Ce qui est certain, c'est que nous préférerions passer une semaine dans un ranch à tondre des moutons plutôt que de nous entasser à deux cents sur la passerelle du Perito Moreno. Mais bon, on verra.

Retour du bout du continent américain prévu le jour de l'hiver.

Voilà, je n'ai plus rien à dire alors je me tais.

 

 

 

Décollage imminent

Après la traversée de la Mer des Pluies, nous voici prêts pour l'ascension des Monts Carpates avec pour objectif le cratère de Copernic... Si cette destination ne vous dit rien d'emblée, cherchez sur la toile, vous y trouverez des éclaircissements. Bref, pour nous déplacer sur place, nous emportons une bicyclette, une chaise longue à roulettes et le nécessaire à vivre pendant trois mois et demi (musique, lecture, de quoi écrire...). Tout est empaqueté, emballé, pesé. Ca devrait jouer même si le poids est limité dans la fusée.

Allez, je tacherai de donner de temps à autres des nouvelles du cosmos.

Départ de Bois d'Amont ce lundi 7 h 30.

Décollage ce mème lundi 23 heures de Baikonur.

Hasta luego

 

 

Deux premières semaines, entre chaud et froid.

Bonjour,

P9190024Arrivés à Santiago comme prévu avec nos vélos et affaires en entier et en état, un bus nous emmena jusqu'à la gare routière proche du centre. Là nous avons remonté les velos tranquillement à l'ombre et avons encapé dans la capitale chilienne à la recherche de notre hôte warm shower du jour. Nous sommes accueillis par Léo et si celui-ci s'absente pour la soirée, il nous laisse les clefs et l'accessibilité au frigo plein. Nous le verrons le lendemain matin. Nous savions que la sortie de Santiago ne serait pas des plus agréables mais finalement ce ne fut pas pire, tantôt sur une route parrallèle à l'autoroute, tantôt sur la bande d'arrêt d'urgence où les gens nous envoyaient sans arrêt, y compris les flics... Tout le monde utilise la bande d'arrêt  d'urgence, les charrettes, comme les vélos à contre-sens ou les piétons. Après deux jours et demi nous étions cependant bien contents de quitter le vacarme des roues de poids lourds sur l'asphalte pourtant velours. Nous primes à gauche dans les cultures, les pommiers, les vignes... par dessus les collines verdoyantes sous un ciel plutot conciliant.

Puis il fallu attaquer l'ascension du col à 2550 m. Les villages se font rares, les températures fraîches surtout la nuit. A partir de 2000 mètres, les talus de neige mesurent plusieurs mètres, le paysage est de toute beauté, et nous campons une nuit vers le lac à 2000 m, faisons fondre la neige pour faire de l'eau. Ca caille ! Le lendemain, Paco commence à sentir une douleur sur le côté du genou droit, nous basculons tout de même côté argentin et P9200056descendons jusqu'à Bardas Blanca, poussés par un vent de folie. Nous sommes alors dans le désert, sur la fameuse Ruta 40. Le jour suivant, le départ sur l'asphalte est pur bonheur mais nous savons qu'il sera de courte durée, on nous annonce 200 km de piste infâme. Le mot est faible. Des galets bien ronds donc qui ne se câlent pas entre eux et qui roulent sous les pneus nous obligent à des numéros d'équilibristes sans pour autant nous permettre d'être efficaces, et mettent en bouillie le genou de mon coéquipier. Mais il nous faut atteindre Chos Malal. J'irai à vélo, mais paco capitule, boîte, et se fait emmener comme il peut avec tout son barda. Nous parvenons tout de même, et sans moyen de communication, à nous retrouver tous les soirs. A Chos Malal, c'est samedi soir, c'est pré-carnaval, nous nous logeons et assistons aux festivités. Après ces deux jours de repos et lassé de passer ses journées au bord de la piste pour attendre une auto illusoire, Paco décide de remonter sur le vélo, puisque c'est asphalté. Nous ferons 50 km, deux jours de suite, mais c'est encore trop pour lui, il faut du repos complet. Nous nous retrouvons à Las Lajas, puis au col Pino Hachado, puis à Liucura, puis à Icalma. Côté chilien à nouveau, la verdure est omniprésente, le paysage totalement différent du côté argentin, très sec. A Icalma, premier lac à 1200 m. J'en repars jeudi matin avec pour objectif Cunco, à 80 km. Après quelques kilomètres à pousser le chargement sur la piste "ripio" sous un crachin breton, je bascule enfin dans la bonne vallée et retrouve un peu plus bas le macadam, que pour le coup, P9220073j'adore ! Là haut, depuis deux jours, nous traversons des forêts d'acaraurias, ces arbres vraiment bizarres, qui de loin ressemblent à des pins, mais dont les feuilles ou aiguilles sont en fait des écailles piquantes et très raides implantées comme en spirale autour de la branche. Qui s'y frotte s'y pique ! Asphalte donc, je file en descendant la vallée vers Cunco, scrute le ciel menacant, évite ainsi en jouant avec les abris-bus, quelques queues d'averses.

Et à Cunco, j'attends.... J'attends toujours d'ailleurs. Paco est resté coincé à Icalma depuis hier matin, il y était encore il y a deux heures et jusqu'a quand ? Nous sommes en relation par internet. Aujourd hui à Cunco il pleut. Je suis hébergée dans une famille sympathique et il en a été de même pour Paco la nuit dernière. La pluie ne nous aurait pas permis d'avancer aujourd'hui, journée de repos. La suite du programme, c'est de passer quelques jours ici dans la région des lacs chiliens, puis de rebasculer côté argentin vers San Junin ou San Martin de los Andes ou Paco tentera de nouveau de monter sur son vélo.

Ciao !

Hasta Luego !

 

 

Paysages top niveau.

Bonjour,

Quelques nouvelles depuis Bariloche où c'est tempête aujourd'hui. Le grand lac a pris des airs d'océan et le vent dans les arbres nous fait un boucan d'enfer. Alors où en était-on ? Cunco ? Si. Nous sommes restés quelques jours dans la région des lacs chiliens, faisant de minuscules étapes pour moi, avec du repos et de bien beaux paysages, très verdoyants, des collines boisées et des lacs d'un bleu profond  dans chaque creux de terrain. Nous comptions passer la frontière à nouveau par le col Carririñe, mais renseignements pris, c'est quasi impossible, la piste est praticable seulement par les meilleurs 4 x 4, donc que ce soit pour Paco, en stop, ou pour moi, c'est juste trop aléatoire. Nous faisons demi-tour, repassons Villarica, où le volcan du même nom se mire dans le lac : dis-moi miroir, suis-je toujours le plus beau ? C'est un cône parfait, bouche de l'enfer, qui étire son panache de fumée à l'horizontale dans cette région tourmentée par les vents. Donc Villarica, Pucon, très touristique avec tout le cortège de boutiques et comportements qui vont avec, nous perdons pied et partons vite. Le lendemain d'une demie-journée complète à patauger dans les eaux thermales de Currarehue, l'ascension du col Maluil Mahal, juste au pied du volcan Lanin (3700 m), prend quelques heures et nous voici de nouveau en Argentine, avec les changements que cela occasionne dans le décor : végétation plus éparse, terrain et air beaucoup plus sec, grandes lignes droites qui se perdent à l'horizon. Beau, très grand. Nous atteignons Junin, puis San Martin de Los Andes, Paco en stop, moi à vélo.

Dans cette ville, nous nous rendons à un petit belvédère pour admirer le lac et la ville et en descendant (10 mn), le genou coince à nouveau. Le lendemain matin, hosto, radio qui ne révèle rien, sauf que les crises sont d'une telle intensité de douleur que l'hypothèse de la tendinite est écartée. Paco tentera tout de même le lendemain de remonter sur le vélo, 50 km de souffrance avant de rejoindre San Carlos de Bariloche en stop à nouveau. Pour ma part, je fais mon chemin et même sans moyen de communication, nous parvenons a nous capter toujours.. et je n ai passe qu une unique soiree seule en bivouac. La route des 7 lacs, superbe, laissera un joli souvenir. Lacs a foison, sommets enneigés, forêts, route pleine de virages et de bosses courtes mais qui laissent des traces dans les muscles. Puis l'arrivée au bord du grand lac Nahuel Huapi, le paysage qui s'ouvre de manière démentielle et qui fait partie du top 10 de ce que j'ai vu dans ma vie. Bariloche, en été, est invivable, mais en octobre, le tourisme est quasi absent. Nous trouvons facilement à nous loger dans une maison louée par un ex-voyageur installe ici, juste dans le but d'accueillir les voyageurs de passage. Paco a vu un traumatologue, il est clair qu'il ne remontera pas sur le vélo.

Nous sommes arrivés dans la région de ces grands parcs nationaux qui courrent tout le long de la frontière, promettant des paysages plus beaux encore... La météo est tres fraîche, les gelées nocturnes pas rares, et le vent frigorifiant, même quand le soleil illumine. Tout ceci nous donne des éclairages de folie. 

L'heure est donc à l'indécision. Il hésite entre rentrer en France et envoyer le vélo pour continuer en stop, bref occuper ses deux mois ici en descendant tranquillement à Ushuaia tandis que je pédale. Le moral en a pris un coup, la décision n'est pas simple à prendre, reprendre un billet pour rentrer en France maintenant depuis ici coûte une blinde.

Que va t-il se passer dans les jours qui viennent ? Faut-il que je continue seule ? L'idee est loin de m'enchanter, mais renoncer et payer moi aussi une blinde pour rentrer alors que tout va bien pour moi n'est pas mieux. Ai-je des chances de trouver du monde sur la route ? Probablement, nous avons déjà vu plusieurs cyclistes. Bref, suite au prochain épisode. 

En attendant de connaître la suite, j'essaie de profiter des bons moments et il y en a. Nous nous sommes faits souvent héberger chez l'habitant ces derniers temps et sommes ainsi passés toujours entre les gouttes. Mes progrès en espagnol sont carrément impressionnants, si si, et par conséquent, je prends de plus en plus de plaisir à converser avec les gens. 

Voilà, je retourne regarder les moutons blancs qui gambadent sur les crêtes des vagues du lac Nahuel Huapi, à côté duquel le Léman fait office de flaque d'eau. La profondeur n'a pas été sondée mais supérieure à 600 m, et j'ai mis une journée entière à longer un seul de ses nombreux bras. L'eau est belle, d'un bleu profond, et toujours ces sommets enneigés partout autour... Je ne m'en lasse pas.

Ciao !

 

Décision

Bonjour,

La décision est prise. Paco rentre se faire soigner en France et je continue la route. Et ça ira !

 

 

Carretera australe partie nord.

Salut,

Bon, aller, pour en finir déjà avec les épisodes du genou, Paco s'est fait rapatrié en France.

Cela fait donc une dizaine de jours que je roule seule, enfin... presque.

En effet, dès la première demie journée, j'ai rejoint deux cyclos en route depuis six ans et l'anecdote qui tue, c'est que la nana, Eve, italienne, me demande le soir au bivouac si je n'étais pas en Birmanie à vélo couche en novembre 2010, si je n'ai pas écrit un bouquin, si je n'étais pas avec un type brun et svelte... Ah mais oui ! Eh bien, comme d'habitude, ce n'est pas moi qui l'aurait reconnue. Il parait que l'on a parle ensemble dans une auberge de jeunesse de Yangon. Bon, j'ai roulé deux jours avec eux, mais ils ont pris une piste en mauvais état que je voulais éviter et nous nous sommes donc séparés bien avant Esquel. Puis j'ai roulé seule quelques jours, jusqu'à Puyuhuapi, où j'ai rejoint deux cyclistes francais, Maxime et Sofia, mais qui eux avancent à un rythme plus lent que le mien. Par contre, ils m'ont parlé d'un Francais qui était encore avec eux la veille. Je fonce et rejoins Antoine, avec qui je fais équipe depuis deux jours et qui a eu la gentillesse de m'attendre une heure au bord de la route alors que j'avais fait faire la comission par un automobiliste.... L'épopée ! Bon, je vais tâcher de rester avec lui jusqu'à la fin de la carretera australe car le sud s'annonce plus sauvage et moins habite encore tandis que le macadam ne sera qu'un souvenir... ou un espoir !

J'ai quitté l'Argentine par le col de Futaleufu et suis donc sur la mythique carretera australe depuis Villa Santa Lucia. Les paysages sont somptueux tout le long et la météo plutôt favorable les met bien en valeur. Des cours d'eau à profusion, des cascades, des sommets enneigés, des forêts luxuriantes et des lacs limpides. La circulation est très éparse et c'est donc un peu le

 paradis du cycliste à condition d'avoir tout de même un peu des cuisses pour encaisser les bouts de piste infects et les bosses tuantes. Cette route est toute en montagnes russes, usante, mais ma foi, c'est pour ça qu'on est là hein !

Les habitants sont de service et plutôt sympathiques, la propriétaire du terrain privé où j'ai posé ma tente un soir est venue m'inviter pour le petit déjeuner, copieux, voulais me donner des oeufs frais à emporter. Vu l'état de la piste, j'ai préfèré ne pas faire de gâchis, une omelette au fond des sacoches n'est pas ce qu'on peut rêver de mieux... Une autre fois on m'a offert le couvert alors que j'ai payé le gîte, et ce soir à Coyhaique, qui est la capitale régionale, nous sommes logés par des missionnaires. C'est bon ça !


Je suis impressionnée par la neige qu'il reste sur les sommets, qui ne sont pas bien hauts, même pas 1000 mètres, et par la quantité de galciers qui en descendent. Un petit détour pour voir le Ventisquero Colgante valait vraiment le coup par une belle journée de ciel bleu et le canal de Puyuhuapi, rempli d'eau de mer était à s'en faire exploser les pupilles.

J'ai pris une bonne gamelle dans une descente sur une piste qui était belle. Mon garde boue arrière, pour une raison à ce jour indéterminée (et qui risque de le rester longtemps), est venu bloquer complètement et soudainement ma roue arrière alors que j'étais à 40 à l'heure. Dérapage arrière à droite, 15 mètres, braquage, dérapage arrière à gauche, 10 mètres, et atterrissage quelque peu violent même si j'avais déjà bien ralenti. Pas une égratignure, ah ah, bol ou maitrise ? La conduite sur neige a t-elle des similitudes avec cette belle figure libre que personne n'était là pour voir ? Bref, je n'ai plus de garde boue arrière, je m'allège... Et la gomme de mes pneus laisse apparaître la protection de couleur verte qui fait la spécificité des pneus Schwalbe. Ils seront bons à changer très bientôt, je vais m'alléger encore et gagner du volume dans les sacoches, je pourrai prendre plus à manger...

Le coût de la vie en Argentine est équivalent à celui de la France, mais au Chili, c'est un peu moins cher.

Cette partie nord de la carretera australe est vraiment belle, on peut se croire parfois en Suisse et l'instant d'après dans un fjord norvégien, alors qu'entre Bariloche et Esquel, j'avais ces grands espaces désertiques caractéristiques de la Ruta 40 pour moi toute seule. J'ai fait quelques bivouacs somptueux, au bord de lacs de toute beauté, avec des reflets de montagnes enneigés et des croassements, et des piaillements en pagaille, alors que je passais une demie-journée sous la tente à dévorer un London en attendant que la pluie cesse. 

Bref, j'ai appris un peu à rouler toute seule. C'est plus sympa à deux mais il ne faut pas que les concessions empiètent trop sur la liberté. 

Voilà les nouvelles à ce jour. Et le voyage continue. Les connexions sont rares et elles le seront plus encore d'ici El Chalten où je tacherai de donner les prochaines nouvelles. 

A une prochaine

 

 

Carretera australe partie sud

Bonjour,

Me voila à Villa O Higgins, à l'extrémité sud de la carretera australe, et bien contente d'y être. Enfin... que je ne commence pas par mentir, il me reste 8 km pour aller à l'embarcadère. Alors, depuis Coyhaique ? Depuis Coyhaique, il a coulé de l'eau sous les ponts, beaucoup  d'eau... Dans cette ville nous avions été hébergés, Antoine et moi, par des missionnaires mormons, et ce fut l'occasion d'en apprendre un peu plus. Ils avaient cela de bien, entre autres, qu'ils n'ont pas essayé de nous faire lire leur livre ou de nous convertir. Aucun proselytisme et ce fut ma foi fort agréable. 

Le lendemain, je partis à la mi journée après un bref nettoyage de mon véhicule, sous un soleil radieux et avec un fort vent de face. Les 100 premiers kilomètres jusqu'à Villa Cerro Castillo sont asphaltés mais les dénivelés importants. J'ai l'occasion de voir des "huemules", ces animaux comme des cerfs en plus petits, qui sont extrêmement protégés car en voie de disparition. Ceux que je vois sont juste au bord de la route et me laissent les photographier, tout comme la cinquantaine de personnes descendues du bus touristique qui passe au même moment. Un peu plus loin, lors  d'un arrêt à un point panoramique, les organisateurs m'offrent café et madeleines, qui sont les bienvenus. Me voici alors à Cerro Castillo où Antoine est censé me rejoindre. Mais personne ne l'a vu sur la route depuis Coyhaique donc je laisse des infos aux restaurants en bordure de route et poursuis, profitant  d'une journee froide et extrêmement ventée mais ensoleillée. Je passai la nuit suivante au bord d'un lac et y restai jusqu'au lendemain midi, attendant patiemment que la pluie arrête de marteler la tente. A Puerto Tranquilo, j'apprends qu'Antoine a été malade et se situe une très grosse journée derrière moi. Il fait beau, je fais une halte pour visiter en bateau les capillas de marmol. C'est la roche du bord de lac qui a été érodée par le vent et l'eau et a formé des cavités, si elles ne sont pas extraordinaires, qui sont en tout cas étonnantes et jolies à voir. Le transfert jusque sur site en bateau est quelque peu mouvementé, le vent forme des vagues et des creux de 2 m sur la surface du plus grand lac à cheval sur la frontière chili/argentine, et après être bien monté sur la vague, la barcasse retombe à plat... attention au tassement de vertèbres ! Le lac en lui même est une merveille, le turquoise de l'eau met en valeur et en contraste les massifs enneigés et rocheux en arrière plan. Bien, pendant ce temps ma tente et ma bâche sèchent à l'abri. Fin de la visite, je remballe, fais des courses pour les jours suivants, et remonte sur mon vélo. Dans toutes ces bourgades que la carretera australe traverse, quasi toutes les maisons sont des hospedaje, des hostels, et il est impossible de se loger gratuitement. Il y a bien souvent des campings, mais que m'apporte un camping de plus que ce que j'ai en bivouac ? Je préfère le calme. 

Le lendemain fut encore une belle journée, sèche et ensoleillée, en partie le long du lac Carrera, puis sur la rive du rio Baker, un fleuve idéal pour le rafting et dont la couleur de l'eau rappelle celle de la menthe à l'eau. Et j'aurai bien l'occasion de l'admirer puisque je resterai alors coincée deux jours et trois nuits sous ma tente. De l'eau de l'eau, encore de l eau et toujours de l'eau. Une soirée d'abord, rien de grave, une nuit complète et la journée du lendemain, une pluie froide et serrée qui martèle. Au second soir, le ciel se dégage et laisse présager d'un beau lendemain. Quand je me lève pour pisser la nuit, le ciel est tout étoilé et j'ai presque envie de remonter sur le vélo.  Mais à 6 heures du matin, de nouveau ce bruit caractéristique qui commence à me prendre la tête. La pluie durera encore toute la journée, épuisant la batterie de ma liseuse, et ma patience. Manger sous l'abside, passer des journées entières allongée, bref, une ça va, mais ensuite les fourmis dans les jambes s'affolent. Le lendemain, même s'il pleut encore, je replie tout et décide de rejoindre Cochrane, où j'arrive  à la mi-journée et sous le soleil. Antoine est là, il a roulé sous la pluie. Je fais sécher mon matos sur la place centrale, attends 15 heures pour l'ouverture du supermarché et du cyber, et refais 25 bornes en soirée, profitant du rayon de soleil. Une grande étape le lendemain, plus de 100 km de piste tuante pour les jambes, me mène à Puerto Yungay où je dois prendre le premier bateau pour traverser un fjord. Je dors dans la salle d'attente de l'embarcadère avec un autre cyclo francais, Stéphane. Premier bateau le lendemain et nous partons sous une pluie battante, qui heureusement se calmera, sur ce tronçon plus sauvage encore que le reste. Rude épreuve, mais nous trouvons le soir refuge dans une maisonnette en bord de piste, prévue pour les voyageurs. Pas de fenêtre, nous sommes aux courants d'air, mais avec un toit, un foyer et un peu de bois. Pas besoin de monter la tente, c'est cool et c'est déjà ça. Le lendemain matin, nous parcourons les 35 derniers kilomètres et déboulons dans Villa O Higgins : un objectif en soi.

Villa O Higgins, encore une bourgade avec des rues tirées au cordeau, quadrillage parfait, pas un bâtiment qui ne dépasse les deux niveaux, petites maisonnettes en bois, sans isolation, chauffées au bois et dont les murs et les fenêtres laissent bien passer l'air. Cependant, le paysage alentours est comme d'habitude magnifique même si le ciel est bas. La limite de la neige n'est que trois ou quatre cents mètres au dessus du niveau de la mer et sur ma droite quand je regarde vers le sud, je sais qu'il y a une gigantesque masse glaciaire ininterrompue d'environ 450 km de long, culminant à 3600 m, qui me sépare de l'océan et retient bien tous les nuages. Des lacs, de la forêt, des montagnes, de la neige, de la glace, des torrents partout, pour un peu je me croierais en Patagonie chilienne.

Villa O Higgins donc. Il devait y avoir un bateau tous les mercredis et samedis pour traverser le lac O Higgins, la frontière est ouverte depuis le premier novembre, et c'est une des raisons pour lesquelles j'ai fait de longues journées : avoir le bateau de ce mercredi et rejoindre El Chalten au plus vite. Mais la réalite ne ressemble pas à ça, la météo rend les transferts compliqués et nous nous retrouvons coincés ici jusqu'à au moins vendredi. On doit un peu ressembler, par l'image, à des manchots serrés les uns contre les autres dans les bourrasques en attendant le bateau sur le quai. Bon, nous sommes dans des conditions optimales. Pour une fois, je n'ai pas rechigné à me loger au chaud et ma foi ce lieu, El Mosco, est très convivial. La cuisine est grande, les dortoirs spacieux et l'eau de la douche, chaude à volonté, le supermarché pas trop loin et l'ordinateur avec internet juste au coin de la cuisinière à bois. J'ai un ticket pour un bateau vendredi matin, j'espère que la traversée pourra se faire. D'ici là, Antoine devrait être arrivé. En attendant, ces deux jours de repos vont me faire le plus grand bien. Si toutefois le soleil consent à percer, j'irai faire des balades à pied, il y en a quelques unes très belles, qui donnent la vue sur ce champ de glace énorme dont j'ai parlé plus haut. 

Alors cette carretera australe, dans son intégralité, est quand même un must, le seul problème, c'est que ces paysages époustouflants donnent juste envie d'aller sillonner les îles, les bras d'océan, les fjords, les glaciers des centaines d'îles qui composent la bordure océanique, mais là, on passerait alors au stade de l'expédition, ces massifs étant inaccessibles sans une grosse logistique. Pendant 1000 bornes, la piste ou la route, très peu fréquentée, se fraye un passage dans des endroits, des vallées, le long de lacs tous plus somptueux les uns que les autres. Toujours entourée de hauts massifs englacés, je me suis crue parfois en Nouvelle Zélande. Des tourbières, des marais pleins de bois mort, des roselières de folie, des gens qui exploitent la sphaigne, quelques cavaliers avec des vêtements lourds, des lacs comme des bijoux dans des écrins... C'est sûr, c'est difficile un peu mais ces paysages ne seraient pas si la météo n'était pas ce qu'elle est dans ces contrées. C'est extrêmement sauvage, reculé de tout. Ce cordon ombilical, quatre mètres de large à travers le sud Chili, unique axe de communication, donne un peu le vertige. Les villages, échelonnés tous les 120 ou 200 km, sont des gros hameaux. Les communes sont gigantesques et par ce côté, me rappellent la Laponie avec sa densité humaine si faible. C'est une terre relativement inhospitalière et les gens qui y vivent doivent avoir le mental bien accroché. Il y a la liberté certes, et l'air pur et le silence, la nature exubérante. J'ai aimé faire cette route et si j'avais eu la chance d'avoir un peu plus de soleil sur la partie sud, ce n'aurait été que du bonheur. Ca reste un must. 

Une fois traversé le lac O Higgins, où il faut prévoir un sac à beurk, m'attendent 21 km de piste dont 6 de sentier pédestre où il faut apparemment porter ( et non pas seulement pousser) le vélo et les bagages jusqu'au poste de gendarmerie argentine, à l'extrémite nord du lac Desierto. De là, un bateau encore me posera au bout de la piste, 36 km, avant de retrouver le macadam à El Chalten. A la sortie du lac Desierto, si j'ai de la chance, les pics du Fitz Roy devraient me crever les yeux...

Je n'ai pas encore mis de photos sur ce périple dans la galerie. Ca prend du temps, ici je l'aurais, mais le matériel dont je dispose et la vitesse de la connexion internet ne me permettent pas de faire ce que j'aurais à faire, il faudra attendre le retour en France.

D'autre part, Paco étant rentré, je n'ai plus de véhicule à Paris pour mon retour. J'arrive à Roissy le 21 décembre vers 13 heures, avec mon vélo en carton et mes sacoches (pas très volumineuses). Je cherche quelqu'un qui puisse venir me cueillir à l'aéroport, me loge une nuit, et m'emmène le lendemain matin à la gare de Lyon. Ou quelqu'un qui fasse le trajet de Roissy jusqu'à dans le Jura ou Dijon... Ce serait l'idéal... Suis joignable par ce site.

A la prochaine.

 

De Villa O Higgin s a Puerto Natales

Salut,

Villa O Higgin s me paraît bien loin, tant sur la carte que dans la tête. Le bateau qui traverse le lac O Higgin s, profond de 850 mètres et à cheval sur les deux pays, est bien parti le vendredi. A 8 heures nous sommes 7 sur le quai, dont 3 cyclistes, et un touriste qui fait moyen de se prendre les pieds dans le tapis et est bon pour un plongeon dans le lac. On l'attend une heure, le temps qu'il retourne se changer au village à 8 bornes, doucement ballotés par les vagues, en espérant qu'elles ne deviennent pas trop grosses entre temps. Le ciel n'est pas trop moche et le capitaine pense qu'il pourra faire l'excursion au glacier, ce qui n'est pas très courant. Je profite donc de l'occasion, et contre rallonge sur le prix de la traversée, bénéficie de la visite au glacier O Higgin s. Nous y sommes seuls, les icebergs qui s'en détachent sont gros comme des immeubles et la glace d'un bleu surprenant. Le mur de glace mesure cent mètres de hauteur, quelques kilomètres de largeur et le capitaine offre un viski au glaçon du monstre. Ensuite, il pose les gens qui veulent passer la frontière sur un ponton au milieu du rien, au milieu du grand. L'impression est forte d'être juste parachutée dans la nature hostile et débrouille-toi ! Bien, une piste part de là, passage de la douane chilienne, puis 7 km à pousser le vélo sur la montée trop raide, puis encore 9 cette fois-ci sur le vélo avant d'en faire encore 6 sur un sentier étroit, parfois dans les marais, sous les arbres, dans les ravines, à passer nombre de gués. Je suis avec Antoine à ce moment là. Nous campons à l'extrémité nord du lac desierto, où se situe la douane argentine, sans accès routier, dans l'attente  d'un bateau pour le lendemain. 

Au bout du lac, se dressent les pointes magnifiques du Fitz Roy. Le lendemain, après le bateau, 37 km de piste infecte mènent à El Chalten, où je me loge pour plusieurs jours avec la ferme intention d'aller voir les sommets d'un peu plus près. Auberge inoubliable, probablement la moins chère de toute la Patagonie, à l'arrière de la pizzeria attenante. Les surplus de la cuisine, au lieu de remplir les poubelles, contentent nos estomacs... Après trois jours de randonnée sans voir les sommets, le quatrième est le bon, je me lève tôt et arpente 52 km de sentiers dans la journée, en prends plein la vue, plein les jambes, et me fais masser à l'auberge par une voyageuse kiné de métier. 


Le lendemain, il faut refaire le paquetage. La météo est bonne, je file vent dans le dos et abat des kilomètres mais le jour suivant, quand je change de direction et me retrouve vent de face pour les 32 km précédant El Calafate, je capitule. Je ne peux tenir le vélo et même sur mes pieds, je titube comme une ivrogne. Comme El Calafate est une option sur mon parcours, je me permets d'arrêter une bagnole qui m'emmène avec tout mon matos jusqu'à El Calafate où je trouve facilement à me loger chez un couch surfeur. A noter que la veille, j'ai dormi avec deux anglais dans un bâtiment désaffecté en bord de route, où s'arrêtent quasi tous les cyclistes, preuves en sont les inscriptions sur les murs, une véritable oeuvre d'art. Et comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis et que de toute façon, la tonte des moutons est terminée depuis longtemps (pour ceux qui suivent depuis le début), je me rends, en stop, jusque sur les passerelles du Perito Moreno, le glacier qu'on voit sur toutes les images d'Amerique du sud. C'est le même parc national qu'à El Chalten, Los Glaciares. Depuis Villa OHiggin s, je longe toujours le Campo de hielo Sur, le second plus grand champ de glaces continentales après l'Antarctique. De temps en temps des glaciers s'en échappent, énormes, d'une blancheur qui fait mal aux yeux, et viennent alimenter des lacs en comparaison desquels le Léman fait office de flaque d'eau, et dont la couleur est celle de la menthe... à l'eau. Et j'ai la chance d'avoir une météo parfaite. 

Le lendemain, j'avale des kilomètres et me pose le soir, dans une estancia. Ce sont ces immenses exploitations agricoles ou les moutons peuvent se compter par dizaines de milliers et les vaches par deux ou trois mille. En ce moment, pas beaucoup de travail, la saison pour la viande est janvier février et le moment de la tonte est septembre. Ces mois là, les estancias embauchent et peuvent compter une ou deux dizaines d'ouvriers, qui sont logés. Mais en dehors de ces périodes, un homme seul garde le camp et il y a de la place pour loger du monde. Quand j'arrive à l'estancia Librun un peu avant Esperanza, il y a une tête de veau ensanglantée qui me regarde bizarre du fond de l'évier, Georgio, mon hôte, qui ressemble plus à un Jamaicain qu'à un Argentin, s'en occupera un peu plus tard, et nous mangerons la cervelle aux petits oignons, en buvant du maté. 

Le lendemain, je prends le vent de face et arrive claquée apres trop d'heures d'effort pour seulement 80 km, à l'estancia El Principio entre Esperanza et Cancha Carrera. La c'est Fernando, un ancien, qui m'ouvre une dépendance, et est tout content d'avoir quelqu'un à qui mitonner un petit plat. Ces hommes vivent seuls, tout le temps, il n'y a pas un arbre autour, que la pampa battue en pernanence par le vent qui hurle et fait claquer les tôles. Ici, l'habitation est plus que sommaire, pas d'électricité, pas de télé, pas de téléphone, un fourneau, deux chiens et un cheval. Et ces hommes qu'on pourrait croire bourrus, me surprennent par leur délicatesse et leur attention, leurs gestes ne sont pas brutaux, tout est fait en silence, tout est propre même si vétuste et Fernando ira jusqu'à me chauffer de l'eau le lendemain matin dans une cuvette afin que je fasse une menue toilette. Trop contents d'avoir quelqu'un pour rompre leur solitude. Je me suis sentie toujours très en confiance. L'été, en ce moment donc, les jours sont très longs, et c'est dur, je n'ose pas imaginer la vie ici en hiver. Il faut avoir le mental très solide pour supporter cet isolement. Les propriétaires des estancias habitent à El Calafate, à El Chalten ou à Rio Gallegos, ou ailleurs, et viennent une fois par mois.


Les paysages sont sans limite, le regard se perd avant d'avoir atteint l'horizon, la route est un ruban qui s'effile en pointe ou s'étale en lac sur lequel les bus flottent un moment avant de disparaître, d'être engloutis. Le vertige horizontal et le chant des roues. Ce sont des journées où je pars très tôt le matin, en espérant abattre quelques dizaines de kilomètres avant que le vent ne se déchaîne. Une fois qu'il est levé, il n'y a plus rien à faire qu'avancer encore et toujours. Pas un endroit où se mettre à l'abri, que ce soit pour manger ou faire une pause, rien, il est partout, et je dois parfois me réfugier dans les tuyaux qui passent sous la route pour trouver un peu de répit. En même temps, ces paysages sont totalement euphorisants. Du grand, du grand, du grand. Je ne peux m'en lasser. En roulant je ne pense pas à grand chose d'autre qu'à la chance que j'ai d'être ici. Quasi tous les automobilistes me font signe, ils ne sont pas très nombreux, la circulation est anecdotique. Quand je suis en panne d'eau, je m'arrête et agite ma bouteille vide. Elle se remplit comme par magie en quelques véhicules. Sur le bord de la route, je vois des nandous, des tatous, des guanacos, et des lièvres et lapins par centaines. Pas de puma.

Cancha Carrera, passage de frontière encore, sur une piste. Depuis 100 bornes, j'ai le massif des Torres del Paine dans le viseur, et les touristes ne passent à Cerro Castillo que dans le but de rejoindre le parc. Pour moi c'est une option. Il faudrait pouvoir aller marcher cinq ou six jours mais c'est très, très cher, et blindé de monde. Et puis je n'ai pas de sac à dos. Et pas de courage non plus pour passer du temps à organiser quelque chose, louer un sac... Sur la route ce matin, une garde du parc s'est arrêtée pour me filer des biscuits et des tuyaux. Si je veux traverser le parc sans payer, il faut que j'y entre avant neuf heures. Facile. A Cerro Castillo, après un passage en rase motte à l'épicerie, je charge mon vélo et mon barda sur un camion ( c'est une option, j'ai le droit hihi) qui me pousse de 25 bornes et je refais encore 10 bornes à la recherche d'eau et d'un endroit pour poser ma tente à l'abri du zef. Au bord du lac Sarmiento, au pied des Torres del Paine, une baraque inhabitée et ouverte fera l'affaire, le lac tout proche me fournit l'eau. Devant la porte d'entrée de la demeure, les exhalaisons d'une dépouille de guanaco sur laquelle il ne reste guère de viande, me souhaitent la bienvenue. Le lendemain, je me rends à l'entrée du parc, passe à 8 h 45, et le traverse entre lacs et montagnes. Je crois que toute description est inutile, c'est juste somptueux, le ciel est une fois de plus totalement dégagé, la journée est magnifique même si je ne fais jamais plus d'un kilomètre sans avoir à descendre de ma monture pour la pousser dans les rampes infernales sur la piste infecte. Je passe la nuit suivante à Rio Rinco, plante la tente sur la pelouse parfaitement tondue par les moutons d'une famille adorable, qui m'invite aux repas et m'offre de prendre une bonne douche chaude.

Ce matin ciel maussade, quelques gouttes, motivation pas au top. Je me fais violence pour sortir du duvet et prendre la piste. L'arrivée sur Puerto Natales sous un maigre rayon de soleil est de toute beauté. Je suis au bord de l'eau salée et contente d'être là. Chaque étape, tous les trois ou quatre jours, est un objectif à atteindre. Le vent use, la piste use, et je suis contente de savoir que devant moi, jusqu'à Punta Arenas, prochaine étape à 250 km, il n'y a que du macadam et une orientation sud-est, que le vent devrait donc m'aider. J'avance, j'ai du temps devant moi, beaucoup de temps, aussi vais-je rester une journée entière demain à Puerto Natales, histoire d'aller me mettre plein les narines les odeurs du sel et des algues, visiter le port. Par delà le bras de mer, encore des montagnes. Hier, j'ai vu des arbres, mais n'en avais pas vu depuis un moment et n'en verrai pas de sitôt. Terre dénudée, extrême. A cette latitude, le soleil ne monte jamais à l'aplomb, les couleurs sont belles. Les températures, depuis une semaine, sont clémentes. Je pédale en short et tee shirt et j'ai attrapé des coups de soleil sur les bras et le pif. La densité humaine est une des plus faibles au monde. Je suis dans la province chilienne nommée Ultima Esperanza, "le dernier espoir"...

Je me gave. C'est dur parfois, mais je me gave de ces grands espaces. C'est dur uniquement parce que certaines étapes laissent des traces dans les jambes et que j'ai un peu de mal à récupérer. Je ne bois pas assez, je le sais. Et comme il faut prendre pour plusieurs jours de nourriture toujours, le régime est répétitif et pas forcément très riche en vitamines, en fruits et légumes. Je me rattrape quand je passe en ville... En ville... C'est un grand mot. El Calafate oui, Puerto Natales oui, avant, il faut remonter à Coyhaique pour pouvoir parler de ville. Puerto Natales, 20 000 habitants, et je suis toute surprise de découvrir que derrière la rue, il y a en a une autre, et même encore une autre. Un cyber café, un seul. Ici au Chili, tout est moins cher que chez les voisins argentins, et c'est plus facile pour moi aussi de comprendre les gens, qui parlent avec moins d'accent. 

On m'avait dit qu'il y avait plein de cyclistes sur cette route. Je sais que Stéphane avec qui j'ai  roulé deux jours doit maintenant être proche de Ushuaia, avec un avion avant la fin de ce mois. Je sais que Antoine a mis la gomme aussi, est resté moins longtemps que moi à El Chalten, a fait l'impasse sur Perito Moreno. Il était aujourd'hui sur le bateau entre Punta Arenas et Porvenir, il me laisse des renseignements précieux et a décidé finalement de descendre à Ushuaia aussi, rapidement. Mais je n'ai croisé personne et n'ai pas connaissance d'autres cyclistes juste devant ou juste derrière. Je ne m'en plains pas, l'impression d'être seule sur cette route apporte son lot de jouissance.

Ici, à Puerto Natales, j'arrive enfin à l'extrémité sud de la calotte glaciaire "Campo hiello sur". Quand je regarde une carte générale de la Patagonie, toute la partie inaccessible des canaux et des îles donne le vertige. Terres désertes, sauvages. La nature à l'état brut qui ne voit pas souvent la trace de l'homme. 

La suite de mon itinéraire est simple. Je descends à Punta Arenas où je compte rester deux ou trois jours pour visiter les alentours et la ville, puis je prendrai le bateau pour traverser le détroit de Magellan et mettre mes roues en Terre de Feu à Porvenir.

Hasta Luego !

 

Puerto Natales à Punta Arenas.

Ola! Comment ça va ?

Mise à jour rapide, je n'ai pas beaucoup de temps et la dernière est récente.

J'ai bien aimé la petite bourgade de Puerto Natales où je suis restée une journée entière à humer l'odeur des algues, à flâner dans les rues tirées au cordeau, à slalomer emtre les épaves du cimetière des bateaux, ou à photographier les alignées de maisonnettes en tôle peinte, loin du centre touristique. Par delà le bras d'eau, il y a des montagnes. Ultima Esperanza, le "dernier espoir", c'est le nom de la province et du fjord, parce que les explorateurs qui cherchaient désespérement le passage entre Atlantique et Pacifique, pour éviter le dangereux Cap Horn, avaient tourné en rond dans tous les fjords, se heurtant à des baies sans fond, et s'échouant dans des fjords en cul de sac. Ils n'eurent pas plus de chance ici, Ultima Esperanza ne débouche pas non plus sur l'Atlantique. Lieu chargé d'histoire, j'aime bien. 

J'ai repris la route le lendemain, et après avoir croisé quatre cyclos en moins de dix bornes, je retrouvais mes habitudes de cycliste solitaire. 140 km abattus le premier jour, il ne m'en restait que 105 pour rejoindre Punta Arenas. Mais le vent s'en mêla, alors que je dormais dans une cabane offerte et ouverte aux voyageurs. Je pus faire 58 km le lendemain matin, puis le vent se fit trop fort, et me bousculant par le côté, m'envoyait au milieu de la route. Trop de circulation, je capitulai et me retrouvai affalée dans un fauteuil confortable derrière les baies vitrées d'un restaurant en réfection, au bord de ce que je croyais être un lac... Eau salée. Je suis à Cabeza del Mar, la "tête de la mer", et l'eau est celle de l'Atlantique. Je suis au point précis le plus étroit entre les deux océans que seule une bande de terre de 20 km sépare. Plus au sud, c'est la péninsule de Brunswick, sur laquelle se situe Punta Arenas. Un après-midi entier à regarder les moutons sur le lac, l'écume sur les crêtes des vagues, et à nettoyer mon vélo. Arrive alors un autre cyclo, australien, en quête lui aussi, d'un abri pour la nuit. Cela tombe bien car mes quatre hôtes, les ouvriers et le propriétaire, ne crachent pas sur la bibine, mais la bibine tire 35 degrés d'alcool et ils sont quelque peu émêchés. 

Le lendemain, malgré une courageuse tentative où je ne fis que 300 mètres, fut encore une journée d'immobilité. Malgré le ciel bleu et l'atmosphere d'une limpidité magnifique, je me vois contrainte de rester en ce lieu, avec Matt et l'ouvrier pochtron. Le vent, à 120 km/h dans la nuit, donne l'impression d'être gentil quand il n'est plus qu'à 70 km/h, mais ne permet pour autant pas de rouler, sauf à l'avoir vraiment dans l'axe... Nuit supplémentaire à l'abri. Il y a pire et je me félicite d'avoir épargné des jours de rab pour ce bout de continent. Je ne suis pas pressée, et les prises de risques sont inutiles.

Ce matin, je saute du plumard à 6 heures. Le vent semle moins fort et de toute façon, je n'ai plus grand chose à me jeter dans l'estomac. Je l'ai dans le dos, il est modéré, je couvre les 47 km restants en 1 h 30. Bonheur. Peu de circulation à cette heure. Et devant moi au km 23, encore de l'eau, de la grande eau. Pas n'importe laquelle, celle du détroit de Magellan, encore un nom qui claque comme le fouet sur le cul d'un cheval, qui éveille des rêves et rappelle des lectures d'aventures. Mais aujourd'hui, c'est moi qui suis là. Moment d'euphorie. Je gueule à tue-tête sur mon vélo. De l'autre côté de l'eau, la terre que je vois n'est pas non plus n'importe laquelle : TERRE DE FEU. 

Je tiens le bon bout, c'est encore une étape franchie. Il me reste une traversée en bateau, samedi probablement, puis 150 km de piste infecte jusqu'à la frontière argentine. 150 bornes sans rien, sans personne, ni arbre ni eau, ni beaucoup de relief. Je croise les doigts pour avoir le vent dans le dos. Le jour de mon départ dépendra entièrement de ce foutu vent. Il me faut trois jours de vent d'Ouest pour rejoindre Rio Grande, et les choses ne se présentent pas si mal, même si la météo change à une vitesse effarante dans cette région du monde. Sur la carte il ne reste pas grand chose.

TERRE DE FEU, parce que les indigènes tenaient des feux allumés sur les côtes, en permanence. C'est pour ça que les navigateurs qui passaient au large du Cap Horn ont ainsi nommé cette île. Voilà, j'attends dans ce cyber café, le couch surfeur avec qui j'ai rendez-vous et qui j'espère, consentira à me loger les deux ou trois prochaines nuits.

 

 

 

Punta Arenas - Rio Grande

Oui oui, déjà.

C'est à dire que j'ai une connexion gratuite et que je suis enfermée loin d'un centre ville, donc pas grand chose à faire pendant que mon hôte est au boulot.

Des barons de la laine qui fondèrent Punta Arenas il y a en gros 150 ans, il ne reste que les maisons très cossues qui dénotent avec les cabanes de tôles rapiécées des alentours. Certaines de ces imposantes demeures sont ouvertes au public donc j'y suis allée trainer un peu, entre deux bourrasques. Mais avant, j'ai tendu le pouce au bord de la route qui quitte la ville vers le sud. Car si Punta Arenas est bien au sud du continent, elle n'est cependant pas à l'extrémité. Pendant 70 km donc j'ai longé le rivage en compagnie de deux employés de la municipalité qui allaient vérifier que le campement du CE était en bon ordre. Et le rivage est très joli. Déjà, la route le longe vraiment, comme si on roulait sur la plage, et puis il y a plein de baraques de pêcheurs, rafistolées, construites de bric et de broc et dont on se demande comment elles tiennent le vent. Je suis ainsi allée jusqu'à St Jean, fin de la piste, avant de marcher un bout encore, avec dans l'idée d'aller au phare San Isidro. L'extrême pointe demande deux jours de rando encore... le cabo Froward. Mais comme dans ce désert très verdoyant j'avais peur de rester en rade, je n'ai pas trop insisté et suis rentrée à la ville dans la même voiture.

Vendredi matin, j'étais sur le quai à 8 heures et le bateau Patagonia me faisait traverser le détroit de Magellan, jusqu'à Porvenir, sur la Terre de Feu. C'est un endroit où tu viens qu'une fois, tu ne peux parvenir. Pleins d'eau faits à raz bord (6 litres), je n'avais plus qu'à me lancer sur la piste, plein est. Pas grand chose, quelques cabanes de pêcheurs, et autant d'estancias. Très vite les nuages  s'accumulent, le vent forci et les premières gouttes tombent. Je m'arrête dans la première estancia où on me réserve un accueil très chaleureux, où on me donne le gîte et le couvert. Quatre ouvriers permanents dont Flore, la cuisinière et ménagere qui se préoccupera toujours de mon confort. Dans la nuit, le vent est une furie et les averses se succèdent. Je suis très bien là où je suis.

Le lendemain, le ciel est gris mais le vent est tombé et pour l'instant il fait sec. Je pars. Pas longtemps. Deux heures plus tard alors qu'il pleut déjà depuis une heure et demie, je m'arrête dans un refuge au bord de la route. Plus tard, un autre cyclo arrive et nous nous organisons pour aller voir la colonie de manchots "roi", la seconde plus grande espèce apres les "empereurs", à 15 km de là. Moi en stop pendant qu'il garde mes affaires, puis lui à vélo tandis que je garde la cabane. Les manchots roi ne vivent normalement qu'en Antarctique et personne ne sait vraiment comment ceux-ci sont arrivés l^à, tout au bout de la baie inutile. La grande colonie de l'île Magdalena, vers Punta Arenas, est composée de manchots des Magellanes, plus petits et moins colorés. Ceux que je vois sont très élégants, au nombre d'environ 75, et se mettent systématiquement à chanter tous en même temps. Tard dans la soirée un troisième larron fait irruption dans la cabane avec un fatbike.

Le lendemain, donc hier, le premier cyclo part contre le vent très violent en direction de Punta Arenas, et j'encape peu de temps après, mais dans l'autre sens et vent en poupe. Sur la piste en travaux pendant 40 bornes, il m'aide bien. J'ai tout pour moi en ce jour : le ciel bleu, le vent en poupe, une bonne suspension sur mon vélo, c'est dimanche donc pas trop de camions, il a plu hier donc la piste n'est pas trop poussiéreuse. J'atteins bien vite la douane chilienne, puis 16 bornes de piste plus loin, celle de l'Argentine. C'en est terminé définitivement du Chili, et c'était bien. Et là je retouve le macadam. Je trouve aussi autre chose : l'Atlantique. Ben oui, j'ai traversé le continent. Alors, jusqu'à Rio Grande, je n'aurai plus que d'interminables lignes droites, pas le moindre petit relief, heureusement le vent n'est pas trop fort, je l'ai de côté. Je me loge 30 km avant Rio Grande, dans la maison du concierge d'un cortège de maisonnettes en bordure d'océan. Dans la soirée le vent se calme et la nuit aurait été parfaite pour bivouaquer, mais on ne sait jamais ici...

Ce matin, j'ai fait les 30 kilometres restants en me disant que je continuerais bien sans m'arrêter. En effet, le ciel est bleu, le vent me pousse, pile poil dans la direction. Mais... j'ai demandé depuis Punta Arenas, à être hébergée pour deux nuits ici, à Rio Grande, donc je m'arrête, et puis j'ai du temps. Le hic, c'est que quand je regarde la météo des prochains jours, il n'y a que des nuages, de la pluie et du vent qui ne me sera pas favorable, violent. Alors je ne sais pas quand je partirai, la météo change vite. Je crois que je dois me faire  à l'idée d'en baver dans les derniers kilomètres.

Il me reste 220 km à tuer pour arriver au but, et 12 jours pour les faire...

Je suis donc chez ma logeuse, pas du tout au centre ville et c'est bien dommage. Mon vélo est chez son père, au centre, il ne rentrait pas dans l'auto. Elle est au boulot jusqu'à 18 heures. Le vent est fort maintenant, mais je vais aller marcher un peu. Ciao.

 

 

Ushuaia

Bonjour,

A l'office de tourisme d'Ushuaia, sur le port, il y a une employée qui passe son temps à tamponner les passeports des touristes. Tampon non officiel bien évidemment, juste une décoration pour démontrer, s'il le faut, qu'on est bien venu là. Dois je aussi passer par cet artifice pour prouver que j'ai atteint le bout de la route ou vous le dire suffira ? Mon livret grenat est encore valable quelques années, aussi, je m'abstiendrai d'en décorer les quelques pages disponibles de choses inutiles. Pourquoi pas un tampon de chèvre ou de chien, hein, comme ceux que j'avais il y a... euh... 40 ans ?

De Rio Grande, je suis partie sans prendre le jour complet de repos que je m'étais promis, à cause de la météo, et je suis partie sous un crachin qui  s'est vite tranformé en grosse pluie. Mais peu de vent, de face tout de même, et dans cette partie précise de  Terre de Feu, dire qu'il y a peu de vent signifie qu'il faut sauter sur l'occasion, et sur le vélo. Rien entre Rio Grande et Tolhuin ne permet de s'arrêter, pas un abribus, pas une estancia à proximité de la route. Il n'y a  qu'une chose à faire : avancer. Heureusement, je sais qu'à Tolhuin, dans l'arrière-boutique mondialement connue des cyclotouristes, m'attendent un lit au sec et au chaud et une bonne douche. C'est la casa de ciclista d'Emilio. Quand j'y arrive un peu frigorifiée on m'apporte de suite à manger, chaud, puis un peu plus tard une pleine assiette de viennoiseries... J'y suis restée deux nuits, profitant d'un jour potable même si couvert le lendemain pour aller marcher dans les environs et me reposer les jambes suite à cette longue étape sous la pluie glaciale. Les arbres ont tous la mèche du meme côté.

De Tolhuin, il ne reste que 104 kilomètres pour rejoindre Ushuaia, j'attends que la pluie s'arrête et pars, pensant bivouaquer en route, puisque les prévisions ne sont pas trop mauvaises, ni à Tohuin ni à Ushuaia. Ah ah, seulement entre les deux villes, il y a une petite chaîne de montagnes à traverser, un col à passer, oh, pas bien élevé, mais cette petite boursoufflure retient les nuages et quand j'arrive au pied, à lago escondido, les nuages noirs s'accumulent et très vite, s'épanchent avec violence. Le poste de la guardia civile me tend les bras et j'y passerai la nuit, nourrie et logée. Le lendemain matin, à 6 h 10, je suis sur le vélo. Il faut que j'en termine. Derrière le col Garibaldi, le brouillard recouvre la vallée mais il ne pleut pas.Des surfaces de tourbières s'étendent sur des dizaines de kilomètres carrés et le terrain regorge d'eau, ça suinte de partout. C'est l'été, et même si c'est beaucoup dire, c'est la saison des fleurs. Je m'arrête en cours de route pour marcher deux heures jusqu'au lago Esmeralda, puis reprends ma monture pour les 20 kilomètres restants. Je comptais m'arrêter vers d'autres sentiers, y rester deux jours, mais la pluie de nouveau s'en mêle et je file en ville.

Ushuaia, j'arrive par le port. Office du tourisme, météo. Ce n'était qu'une averse, cela devrait s'arranger, et les deux jours suivants ne sont pas trop moches. Je file au parc national Tierra del Fuego, dont l'entrée est à 12 km. J'y camperai deux nuits (puisque seulement deux autorisées...) et randonnerai deux jours. Tout au bout de la route nationale 3, à plus de 3075 km de Buenos Aires, dans le coin de la frontière chilienne et au bord de la baie de Lapataya, j'immortalise l'instant avant d'aller jeter un coup d'oeil aux superbes ouvrages des castors. La partie accessible aux touristes de ce parc national est comme Torres del Paine : disneyland. C'est là qu'on y trouve la plus grosse concentration de bus crachant noir, de gros 4x4 pressés soulevant rageusement la poussière et vrombissant avec délectation dans un déchainement de décibels, et les campeurs sont avertis que l'eau de la rivière est polluée par les rejets de l'important centre touristique en amont... Parc national ? Il y aurait beaucoup à dire...

Dimanche soir avant la tempête, je reviens en ville et trouve par pur hasard à me loger chez des particuliers, où je suis toujours. Marta, Lalie, Omar, Emilio et Rocio occupent la maison, plus le chien et les chats. La maisonnette se trouve sur le port au centre, il y a pire. Une superbe journée hier m'a permis d'arpenter les environs dans tous les sens pour découvrir la ville d'en face, d'en haut, son port et son centre. Et aujourd'hui, je vais aller chercher mon carton réservé chez le vélociste pour emballer mon vélo dont je crois que je vais laisser certains bouts ici car juste foutus, rapés, morts (roue arrière entière, chaîne)

Mon avion décolle lundi 19 au matin, encore quelques randos à faire mais un seul jour de beau temps annoncé, jeudi. Lundi, la neige a recouvert tous les sommets environnants et la doudoune était de rigueur. C'est l'été à Ushuaia... Si si, d'ailleurs on y voit des vols de perruches et les jours sont juste interminables. L'obscurité ne se fait pas avant 23 h 30 et les premières lueurs du jour apparaissent dès 2 h 30. 

Cette ville ne donne pas l'impression d'un bout du monde, ce n'est d'ailleurs pas vraiment une fin du monde, puisque c'est une ile parmi d'autres iles, qui prolongent l'Amérique du sud. En face, il y a l'ile Navarino, chilienne, puis plus au sud, d'autres encore, toutes chiliennes aussi, avant le Cap Horn, l'ultime. Ushuaia est au bord du canal de Beagle et les gros navires et paquebots accostent là, à trois cents mètres d'où je crèche. En toile de fond, au nord de la ville, se trouvent des montagnes enneigées et quelques glaciers. A l'Ouest, tout proche, le Chili et la cordillère de Darwin, dont la première traversée, en ski pulka, par une équipe de militaires francais, ne s'est effectuée qu'il y a quelques années, deux ou trois. 

La ville a grandi trop vite. Des constructions de bric et de broc ont tapissé les collines, totalement illégales. Déjà que les maisons autorisées ressemblent à la plus légère de celles des trois petits cochons, alors je ne parle pas de celles qui sont faites en palettes et en tôle légère. Je n'ai pas vu une seule habitation isolée dans cette région du monde, que ce soit côté argentin ou chilien, et pourtant le vent, la pluie, et les hivers....

Partout en Patagonie et plus encore en Terre de Feu, la guerre des Malouines, et le sujet en général, est dans toutes les bouches. Sur les cartes argentines, ces deux iles font partie du territoire national, et partout des affiches, graffitis, monuments affichent bien haut : Malvinas son argentinas. C'était en 1982, et je ne suis pas certaine que les Anglais soient très bien reçus ici.

Soumise à trous les vents et toutes les intempéries, Ushuaia vit aujourd'hui du tourisme et de son port. C'est aussi la porte d'entrée vers l'Antarctique tout proche puisque deux jours de bateau suffisent à rallier le sixième continent, à environ 1000 km.

Voila, je vais rentrer dans le Jura où la neige se fait attendre, et reprendre mes activités d'accompagnatrice en montagne... Et je ne vous ferai pas l'affront de mettre dans cet article la photo de ma personne avec mon vélo devant la pancarte USHUAIA, FIN DEL MUNDO, dont tous les cyclistes arrivés jusque là sont si fiers et qui de plus, est mensongère ! Voilà !

Ciao

 

Rentrée !

Voila. Ushuaia c'est fini. La Patagonie, c'est fini. Durant la semaine que j'ai passée dans cette ville du bout du monde, je suis allée randonner au glacier Martial, qui vaut plus par les vues qu'il offre sur la ville que par le glacier lui-même. Je suis aussi allée marcher aux lacs de los tempanos et encantado, sur la droite de la magnifique vallée de Andorra, tapissée d'une rivière dont les rives invitent au bivouac ou à la sieste, petit gazon raz et bien vert au bord des méandres. La vallée Andorra, c'est aussi un site classé RAMSAR (l'équivalent de l'Unesco pour les zones humides de notre planète) et j'y ai découvert des surfaces de tourbières hallucinantes, et très, très belles. Et puis j'ai marché sur le rivage, me faisant rappeler à l'ordre par les autorités quand j'étais trop près de la zone militaire, interdite... J'ai vu quelques graffitis sympas, des couleurs de ciel et d'eau très changeantes, des journées de giboulées de neige et de vent et des jours quasi estivaux. J'ai visité le musée pour m'occuper, ai donné une interview en espagnol à la radio locale parce que Omar, mon hôte, m'y a emmenée sans vraiment me dire où on allait, et ai fait aussi l'objet d'un bel article d'une demie page dans le "Journal de la fin du monde" (physiquement !!), toujours à l'initiative d'Omar, qui décidément, paraissait très fier d'héberger une cycliste française.

Je me suis procuré le journal en question à l'aroport le jour de mon départ. Il faut dire que j'en ai eu largement le temps. Cette journée a commencé tôt, il a fallu que je réveille Omar en frappant à la porte de leur chambre, car même si celui-ci avait promis de se réveiller sans souci, l'asado de la veille devait lui peser sur l'estomac et au moment de partir, il ronflait comme un sonneur. Arrivés à l'aéroport, je découvre que les vols ne sont pas affichés et suis très vite au courant qu'une grève paralyse tous les aéroports argentins. Le personnel au sol est mécontent. Mon avion est là, il est arrivé depuis Buenos Aires, mais il n'y a personne pour décharger les bagages des précédents passagers ou pour charger les notres. Je me propose mais ça ne marche pas !

Mon vol était prévu à 8 h 45. A 12 heures, nous apprenons que nous embarquons, enregistrement immédiat. C'est le seul vol assuré au départ d'Ushuaia à l'heure qu'il est. Je suis très contente d'avoir des escales de folie à Buenos Aires et Sao Paulo... J'arrive à Buenos Aires avec 6 heures de retard, change d'aéroport avec tout mon barda sans aucune difficulté et installe mon matelas dans le hall en attendant mon vol pour Sao Paulo. Réveil à 4 h. Beaucoup trop tôt, car le vol est annoncé à 8 h 50 et nous partirons même plus tard. J'arrive à Sao Paulo avec autant de retard mais, maintenant au Brésil, j'ai espoir que mon dernier vol pour Paris soit à l'heure. Et c'est le cas. Claire Delune est là pour me récupérer, moi et mes cartons, à l'aéroport, et un brin de RER et encore 1 km à pied plus tard, nous sommes chez elle, sur les toits du 1er arrondissement. Elle m'accompagnera à la gare pour que je prenne le TER le lendemain. Trois trains encore et me voici à Pontarlier où mes parents m'attendent et m'emmènent chez eux. Je ne réintégre mes pénates que vendredi en fin de matinée après 5 jours de voyage. Moi qui n'aime pas rentrer trop vite, comme si j'avais besoin de passer dans le sas de compression (oui dans ce sens là, c'est de la compression), pas de souci, j'ai fait tous les paliers nécessaires.

Alors on me dit ici et là que j'ai fait un très beau voyage (comme si on pouvait le dire à ma place). Oui certes, je suis allée au bout de la route et j'ai pédalé tout le long en voyant ce que j'avais envie de voir et même plus. Je n'ai eu aucun ennui, ni mécanique, ni corporel. J'ai été bien accueillie partout, j'ai beaucoup progressé en espagnol, et je n'ai pas trop souffert des intempéries car j'avais du temps devant moi. Oui bien sur, il n'y a que du positif et je pourrais dire que ce fut parfait, un enchantement.

Sauf que non.

Je dois avouer que ce périple n'avait pas toujours la saveur escomptée. Je n'avais pas imaginé me retrouver toute seule, ni passer mes soirées à dialoguer avec une chaussette/marionnette (cadeau clin d'oeil que m'ont laissé les amis à Bariloche pour remplacer Paco !). Ne pas partager est parfois lourd et quand il y a une heure ou deux à tuer et qu'on est deux, on va discuter en buvant une bière. Là, non. Le voyage aurait été une totale réussite si mon coéquipier n'avait pas été contraint de se faire rapatrier, si partis à deux, on était rentrés à deux. Et puis ce périple lui aurait plu. Le voyage a été différent, une belle expérience certes, mais j'ai eu des moments d'ennui, d'innocupation pesante (il faut dire que j'ai du mal à ne rien faire). Etre seule m'a cependant permis d'être hébergée très facilement, les gens n'ayant alors aucune crainte. Je suis contente d'avoir atteint Ushuaia à la force des quadriceps, c'était une belle aventure.

Maintenant, va falloir réfléchir à autre chose !...

 

 

Et pour ceux qui veulent des chiffres : 4558 km. Dénivelée positive : 40875 m. 98 jours de voyage, 64 jours de vélo, 14 jours de marche. 16 nuits payantes en hostel ou hospedaje. 41 nuits sous tente, 34 nuits chez l'habitant, 4 nuits en cabane ou maison ouverte.

 

Et sur la carte au total 2012 + 2016, ça fait ça : Lima-Santiago-Ushuaia. Il reste encore de la place !