Tropique du Cancer

 

Brève mise à jour pour la fin de la Californie. Je suis donc partie de La Paz pour faire le « tour des Caps » à l'extrême sud de cette péninsule décidément bien montagneuse. Bon, jusqu'à Todos Santos cependant, c'était plat. J'ai bien aimé cette petite bourgade charmante abritée sous les palmiers à quelques encablures du Pacifique. J'y croise déjà quelques Américains, glaces à la main mais l'ambiance est quand même bien mexicaine, vendeurs ambulants de jus de fruits, petites échoppes et écoliers en uniforme impeccable. Plus loin je croise le tropique du Cancer. Et je me rends compte que ma définition du tropique n'est pas vraiment claire dans ma tête. Ce sont les parallèles (23,26 degrés nord ou sud) entre lesquels le soleil passe au zénith au moins une fois dans l'année. Voila. Et là, en l'occurrence, il cogne bien assez fort. Plus loin encore je traverse le village de El Pescadero, adossé aux collines verdoyantes. Les palmiers ont décidément remplacé les cactus pour un temps. C'est peut-être ça aussi le tropique...

 

Je longe ensuite le littoral qui est sauvage. Il me fait penser à nos côtes atlantiques dans les Landes, plages sans fin et gros rouleaux qui se fracassent sur la grève dans un vacarme assourdissant. Et plus je vais vers le sud plus les énormes maisons d'Américains retraités sont nombreuses. L'endroit est prisé. Je monte ma tente dans une de ces propriétés. Pas antipathique du tout mais dans un autre monde, le couple sirotera des cocktails avec ses amis au bord de la piscine sur des chaises longues tandis qu'à quelques mètres seulement je fais cuire mes pâtes sur mon réchaud, assise sur une de mes sacoches. Ils me mettront toutefois une douche et des toilettes à dispo.

 

Le lendemain commencent les montagnes russes avec de belles échappées sur l'océan. Puis je débarque à Cabo San Luca et me crois soudainement presque revenue à Las Vegas. Touristique à mort et surpeuplée car demain arrivent ici 200 bateaux qui ont participé à la Baja ah ah. Ils sont partis de San Diego, ce n'est pas une course, juste un rassemblement, ils naviguent toute la Californie. Cabo San Luca est la fin. De plus un Iron man aura lieu dimanche, je croise quelques cyclistes très profilés et d'autres m'enrhument en me doublant.

 

De Cabo San Luca à San José Cabo, c'est une suite d'hôtels démesurés qui occupe la côte. Les plages sont belles mais pas très accessibles. Je trouve cependant à planter ma tente sur l'une d'elle, gardée, dans un quartier résidentiel TRES haut de gamme. Le gardien qui m'autorise à rester là (ouf, merci à lui) passe toutes les demies heures, toute la nuit. Je ne m'attarde pas à San José Cabo, je file, traverse toute la ville, huppée en bas, populaire voir défavorisée en haut. Je ne prends pas la piste sableuse de tôle ondulée qui passe par Cabo Pulmo. Los Barilles, même topo, gros hôtels et jet set. Par contre, les petits villages qui jalonnent la route de montagne pour revenir à San Pedro sont magnifiques, authentiques et très agréables. Le paysage est beau, montagnes boisées de palmiers... Je repasse le tropique du cancer. Dans la même heure précédent mon bivouac, j'explose littéralement le yaourt d'un kilo dans mon sac à dos, hum, c'est con pour le yaourt, et je vois deux serpents à sonnette écrasés sur la route. Je peux vous dire que j'ai fait très attention où je posais les pieds quand je me suis écartée de la route pour dormir. Je traverse le petit village de El Triumfo à l'heure de la sortie de la messe, les habitants sont sur leur trente et un.

 

 

J'arrive à la casa à La Paz, chez Tuly, bienheureuse, et y reste deux jours. La maison est toujours pleine de cyclistes et il sera difficile de s'arracher d'ici.

J'ai vu un peu de la Californie, demain mercredi je partirai par le bateau pour rejoindre Los Mochis et de là pédalerai jusqu'à El Fuerte pour prendre le fameux train « El Chepe » jusqu'à Creel. Du joli à venir !

Autre nouvelle : un petit tour sur Cuba sera au programme, j'ai bloqué un aller retour Cancun-La Havane pour le 17 janvier - 8 février...

Basse-Californie, Mexique

 

La frontière. Je la passe jour pour jour 5 mois après avoir quitté mon village jurassien. Elle arrive assez subitement et le changement est une grande claque. Elle est physique d'abord, les deux pays sont séparés par un mur métallique de 4 mètres de haut avec une espèce de no man's land de quelques mètres derrière. D'un côté les States avec des rangées de maisons bien proprettes sur des terrains tondus et arrosés, de l'autre le Mexique avec des empilements de tôles, parpaings et cartons, des ruelles défoncées et étroites jonchées de détritus. La vue satellite de la zone par Google Maps est impressionnante. Changement radical de monde comme ça l'avait été entre le Kirgizistan et la Chine à Ishkachim, et par cette journée où le thermomètre flirte avec les 100°F (38° C), tout m'explose à la tête. La circulation, la vie dans les rues, la chaleur, les trous dans le macadam qui secoue. Me voici de nouveau dans un pays où on trouve des gargotes à tous les coins de rue, des ateliers en tous genres ouverts sur la rue et juste recouverts d'une tôle, des vieilles bagnoles menaçant ruine, des vendeurs ambulants, des mendiants, des jus de fruits frais et des plats trop épicés. Ici, on mange pour deux euros dans la rue, mais le choix est restreint : tacos, tacos ou tacos. Je m'étais habituée aux US et c'est en en sortant que je me rends compte à quel point tout y était aseptisé, réglementé, presque mort. Oui, c'était très confortable, tout était très facile, les rues étaient bien identifiées, larges, aérées. Ici, tout est un peu plus aléatoire et surtout plus serré tout d'un coup. Je me sens à l'étroit. Ça ne durera pas, les prochains jours me verront de nouveau dans des espaces très ouverts. Les gens ont l'air plus actifs ici, c'est à dire qu'il faut se débrouiller pour gagner sa croûte, des petits boulots à profusion, et puis des estropiés.

 

À la douane, j'ai acquitté le prix du visa qui me permettra de rester jusqu'à six mois sur le territoire. Puis les choses habituelles quand on arrive dans un nouveau pays, faire du change, s'orienter, ouvrir grands les yeux et les oreilles, prendre quelques repères, regarder les prix, croiser les regards des gens. Ici, il y a des gens qui se déplacent sur un vélo, autrement qu'en cuissard et maillot fluo.

 

À Mexicali, nous logeons dans une clinique privée, deux nuits. Roberto, le warm shower qui nous accueille en est le propriétaire. Tout son personnel nous bichonne et les petit-déjeuners offerts dans une gargote un peu plus loin sont copieux et très appréciés ! Une courte discussion avec Roberto et voici mon conducteur de train de coéquipier qui se fait aiguiller par l'acupuncteur vers la Basse Californie plutôt que vers « l'intérieur » du Mexique où nous avions prévu d'aller... Soit disant que c'est beaucoup plus joli. Soit. Les changements de plans font partie du voyage, nous reviendrons dans les montagnes par la suite.

 

 

La Basse Californie, cette étroite bande de terre longue d'environ 1700 km attire l'oeil sur les cartes. Je ne savais pas du tout quoi y trouver. J'y ai découvert une variété de paysages et d'écosystèmes impressionnante. C'est vrai que 1700 km, ce n'est pas une paille. Alors j'y ai eu du désert, du vrai, avec pas un arbre et même des petites dunes avec des montagnes nues en toile de fond. Des lignes droites à perte de vue. Plus loin j'ai vu à gauche le golfe de Californie qui se dessinait, désert de sel. À partir de San Felipe et surtout de Puertecitos, la route longe plus ou moins les eaux d'un bleu profond du Golfe. Elle est quasi déserte et vallonnée. Puis elle s'arrête nette et une piste en très mauvais état la remplace, 40 km, dont une partie à pousser les montures dans la caillasse et le sable.

 

Après une jolie bagarre avec le terrain nous atteignons Coco's Corner, maison isolée au bord de la piste où tous les chauffeurs et motards s'arrêtent, le temps d'une bière ou d'un soda. Quand j'arrive on m'offre d'emblée bière et eau fraîche. Coco, le proprio, a les deux jambes coupées au niveau des genoux, c'est un personnage, tout le monde le connaît et le plafond de sa masure est orné de dizaines de petites culottes féminines avec date et prénom. Toute femme passant par là est obligée d'en laisser une, je me défile en disant que ce n'est pas possible, que je n'ai que celle que je porte...

 

Plus loin encore, la Basse Californie nous a offert une forêt de cactus. Il y en a de toutes sortes, des grands de 5 à 6 m, épais et imposants, des plus malingres qui ressemblent à un bouquet d'écouvillons, des râblés et costauds, des qui forment des arabesques mais dont les grands piquants serrés ne donnent pas envie d'aller s'y frotter. Paysage... dépaysant. Cette route 1 n'est pas large mais c'est l'unique de la péninsule, on se demande comment les poids lourds arrivent à se croiser. Pas d'accotement, mais elle est si étroite que les chauffeurs sont vigilants et nous ne nous faisons pas serrer. Depuis Mexicali, nous devons acheter de l'eau en bouteille, par bidons d'un galon, de 5 ou 6 litres tant nous consommons. Pas ou peu de villages, nous devons nous charger. En approchant de Rosalito, nous devinons le Pacifique... sous les nuages. Le taux d'humidité est soudain beaucoup plus élevé, les affaires laissées dehors le temps du dîner se sont imbibées d'eau et les tentes sont mouillées. Il fait aussi plus frais... ça faisait si longtemps !

 

30 Octobre, journée monotone à crever, mon compteur passe les 14 000 km et nous arrivons le soir à Guerrero Negro. Ville poussiéreuse, rues en sable, chiens SDF, petits commerces, et rien à voir. La lagune et les salines n'ont pas d'attrait. Plus loin, au bout d'une longue piste infecte, peut-être pourrait-on voir des baleines, c'est la saison. Nous logeons en warm shower, sous nos tentes dans l'arrière-cour d'une famille de cinq enfants. Douche froide, lessive à la main et seulement deux chambres pour tous les occupants, l'un des garçons dort sur le canapé.

 

Guerrero Negro est à la limite de Baja California Sur, séparée de celle du nord par le 28 ème parallèle. Nous avons déjà eu trois contrôles militaires sur la route, ils ne nous demandent rien, nous font parfois la causette trente secondes, sont tout sourire et nous laissent passer.

 

Traversée du désert de Vizcaïno, qui est aussi une réserve de biosphère. Au début, du désert, ligne droite monotone, puis plus loin, des cactus à nouveau et des reliefs au loin de chaque côté. Des paysages verts. J'ai déjà dormi dans la forêt tropicale, dans la forêt boréale, dans la forêt d'épicéas, de feuillus, sur le sable, les cailloux, le sel, la neige et la glace, que sais-je encore. Mais jamais je n'avais planté ma tente comme ça au milieu des cactus. Rien qu'autour de moi, j'en compte 6 espèces différentes. C'est on ne peut plus exotique. Les cônes des volcans recouverts de végétation se découpent en silhouette. L'arrivée par la zone industrielle de Santa Rosalia est glauque, le « centre-ville » est un peu plus avenant mais toujours pas de quoi s'attarder. C'est à partir d'ici qu'avec Nicolas, nous ferons route à part, je ne veux pas passer le temps qu'il me reste à vivre (quelques décennies j'espère) avec des gens qui me pourrissent la vie, même au Mexique.

 

Je rejoins par hasard deux Français, père et fils, et reste avec eux deux nuits. Bivouacs idylliques sur les grandes plages dont certaines sont désertes, baignade... Nous traînons et profitons. C'est à partir de là que je me suis dit que la Basse Californie méritait quand même bien un détour. Après ces bons moments passés avec Laurent et Christian, je reste sur le macadam tandis qu'eux s'en vont sur les pistes.

 

Le littoral casse les jambes, le taux d'humidité et la température sont bientôt dignes d'un hammam, mais ce tronçon entre Mulegé et jusque après Loreto est vraiment très beau. Loreto, enfin une jolie bourgade. Coincé entre la mer et les montagnes, le petit centre-ville historique est avenant, d'architecture coloniale. J' y passe une partie de l'après-midi. Les gens y sont très sympathiques. J'y fais mes courses et les pleins d'eau (7,5 litres) pour mon bivouac et la journée du lendemain. Et je trouve encore une plage à l'écart de la route mais dans la soirée un pick-up amène une famille de dix personnes. Ils dormiront emballés dans des couvertures sur la plage. De Loreto, ils viennent simplement passer le week-end ici, à se baigner et pêcher. Belle soirée en leur compagnie.

 

Puis il a fallu repasser des montagnes taillées à la hache et densément boisées qui semblent impénétrables pour retourner à proximité de la côte Pacifique, où je trouve contre toute attente un air beaucoup plus sec cette fois-ci. Ciudad Insurgentes n'offre rien à voir, sa voisine plus importante, Ciudad Constitucion, lui fait de l'ombre. Il semblerait que plus je vais au sud, plus les villes sont jolies... et riches. Je suis de nouveau sur du terrain plat dans de longues lignes droites, des cultures irriguées bordent parfois la route, parfois quelques vaches broutent l'herbe maigre entre les cactus.

 

Qu'il soit clair, entre Ciudad Insurgentes et La Paz, il n'y a rien à voir, juste des kilomètres à avaler. Les lignes droites sont monotones et écrasées de chaleur, je dois couper mes journées en deux. Je ne peux pas rouler pendant les heures chaudes, c'est à tomber. Le vent trop chaud me brûle littéralement. Je me liquéfie jour et soir (la nuit la température tombe quand même), j'ingurgite des litres de liquide pour compenser et n'y parviens qu'avec difficulté. Je trimballe jusqu'à 7,5 litres sur mon vélo pour assurer le bivouac, ma consommation nocturne et ne pas repartir le lendemain à sec. Ce ne sont pas des endroits où traîner. Mes bivouacs sont jolis, surtout ceux dans les cactus. J'y apprendrai deux choses. La première c'est que même les grands échalas tout raides et tout droits de 6 mètres de haut ne fournissent pas d'ombre et la seconde, c'est que quand tu installes ton bivouac dans les cactus, l'important est ne pas se faire piquer, ni le vélo ni rien d'autre. Je sais c'est facile, je sors. Les couchers de soleil rivalisent de soir en soir, les ciels nocturnes sont impressionnants.

 

Le 7 novembre, j'arrive à La Paz, ville déjà importante. J'y suis logée en warm shower dans une maison où quatre autres voyageurs font escale dont Caroline Moireaux, la Jurassienne que je connais et qui est en voyage depuis de longues années. Réparation de mon matelas au diluant et silicone, couture sur les sacoches, préparation de la suite... Mon jour de repos sera bien occupé. Cette maison c'est comme une auberge mais en mieux, c'est grand confort, calme, disponibilité de Tuly, bref, une étape qui requinque et qui permet de tout remettre en ordre.

 

Je vais laisser des affaires ici (doudoune, veste et pantalon de pluie, polaire...) et partir faire le « tour des caps », tout au sud. Puis je repasserai ici en tentant de ne pas y prendre racine avant de prendre le bateau pour traverser le golfe de Californie.

48 nouvelles photos dans la galerie Mexique.

Fin des US – Joshua Tree – Frontière Mexique

 

Las Vegas est derrière, au nord. C'était la plus grande pause dans mon voyage jusqu'à maintenant. J'y ai nettoyé mon vélo et tout vérifié. La machine tient bien le coup, avec près de 13000 kilomètres déjà au compteur, aucun jeu ne s'est installé nulle part, pas d'usure prématurée, tout est normal, seul mon pneu avant est lisse, usé plus d'un côté que de l'autre, j'en ai de rechange...

 

Donc nous voici partis, avec Nicolas, en direction de Joshua Tree National Park. Trois jours durant lesquels il ne s'agit que d'avancer, le paysage étant plutôt monotone. Et cela tombe bien, nous bénéficions d'un vent favorable. La température est assez élevée mais gérable, nous pouvons rouler toute la journée sans tomber comme des mouches.

 

La traversée du parc national de l'entrée ouest à la sortie sud nous occupe un moment et nous dormons une nuit dans le parc. Le relief est particulier, blocs de rochers éparpillés par centaines au milieu des « Joshua Tree ». Ces arbres, il y en a deux millions dans ce parc (voir les photos), mais nous voyons aussi d'autres espèces, et notamment des cactus aux épines particulièrement méchantes. Attention où nous posons les pneus et même les pieds ! Le parc est en altitude, il y fait bon, nous nous rendons à Keys View d'où l'on domine toute la vallée de Palm Springs, et le nuage de pollution permanent issu des industries et de l'activité humaine des grosses agglomérations de la Californie. Los Angeles est tout près.

 

Après le parc c'est une descente sans interruption jusqu'à Mecca où nous débarquons dans une verte vallée irriguée. Vignes, pamplemousses, poivrons, palmiers dattiers et autres cultures. Cela me fait un bien fou de voir du vert même si cela ne durera que quelques heures. Et à Mecca déjà une grosse partie de la population parle espagnol , mes mots s'embrouillent un peu mais ça viendra vite ! Une connexion rapide permet de voir que nous pouvons être logés le soir même à Brawley avant la frontière et le lendemain à Mexicali de l'autre côté du « mur ». Super, cela permet de fignoler certaines choses. Le lac Salton Sea est salé, comme son nom le laisse supposer, nous le longeons une bonne partie de la journée. Les rives sont absolument désertiques, quelques villages fantômes dorment sous des palmiers isolés.

 

En approchant de la frontière, nous sommes dans des zones agricoles intenses. Les milliers de vaches entassées sous les tôles d'une exploitation par 38°C à l'ombre nous regardent passer avec un regard éteint. Mais c'est la culture qui prédomine et les sillons sont bien droits, comme la route.

 

Alors c'était bien les US. Quand même, il faut le dire. J'ai bien rempli les 91 jours que j'y ai passés, en tout, j'ai vu du pays, je suis allée là où j'avais l'intention d'aller et même plus. Si je n'avais pas du être à Las Vegas le 15 octobre, je serais allée voir le Parc National de Séquoia en plus... J'y ai parcouru plus de 8000 km. J'ai été grandement surprise par l'accueil reçu. Je ne m'attendais pas vraiment à ça, j'étais arrivée avec dans la tête les clichés qu'on a tous plus ou moins, nous Européens. Bref, j'ai été agréablement surprise. Je n'y ai pas déboursé un seul cent pour me loger. Même si je n'adhère pas du tout à bon nombre de leurs idées et propos, je ne pourrai jamais dire que j'y ai été mal reçue ! Ils sont serviables. Et un seul conducteur s'est montré idiot avec moi, il y a longtemps, en me serrant trop tout en me faisant un gros fuck par sa fenêtre, sans aucune raison, juste parce qu'il n'aimait pas les cyclistes ou les étrangers. Ou les deux. Ou les femmes, mais non, ça il n'a même pas eu le temps de voir !

 

Devant les roues s'ouvre une nouvelle page du voyage. Terminé l'anglais facile, bonjour l'espagnol bredouillant. Et puis il va falloir être un peu plus vigilant, plus scrupuleux quant aux endroits où s'installer pour dormir. Bref, c'en est terminé de l'Amérique du Nord... Je n'ai guère idée de ce qui m'attend dans ce pays, je n'ai pas étudié la question, je verrai au fur et à mesure.

 

Dernière photo : Nicolas Maechler

De Death Valley à Las Vegas : deux extrêmes.

 

Donc je pars de Baker, vent contraire et chargée comme une mule. Quatre jours de nourriture et 6 litres d'eau. Et pour le dessert ? Oui oui, c'est ça, pour le désert. Je ne m'affole pas, tout doux tout doux, je me ménage, essaie de faire tourner les jambes et de ne forcer en aucun cas. Difficile contre le vent, mais nécessaire si je ne veux pas me sécher. Un petit 13 à l'heure de moyenne en faux-plat descendant...

 

Premier après-midi, je voulais avancer d'au moins 25 km, j'en fais 42 et trouve un joli coin pour bivouaquer sous les seuls arbres que j'aie vu depuis Baker. Quatre Françaises en vacances se trouvent dans la première voiture à qui je fais signe. Une bouteille de deux litres et me voici de nouveau avec le plein pour le bivouac et de quoi aller à Shoshone à 50 km demain matin. La route est agréable, pas d'accotement mais peu de circulation. C'est paisible et c'est très, très grand. Sur le côté il y a des petites dunes et des montagnes. Décor minéral à outrance.

 

Shoshone, deux cols l'un derrière l'autre m'attendent avant de basculer sous le niveau de la mer dans Death Valley elle-même. Je passe la limite du parc national. Juste sous le panneau « Death Valley » il y a une dépouille de coyote éventré et nauséabond, pour planter le décor je pense. Non, je déconne, mais quand même au Visitor Center à Shoshone, sur l'affiche qui présente la faune du parc national, il y a, par ordre alphabétique : coyotes, crotales, scorpions et veuve-noires. Hum... va falloir faire attention où poser les pieds quand je sortirai de la route. Je monte mollo dans la chaleur au premier col à plus de 1000 m, plonge, puis atteins le second à 600 m et des brouettes et je plonge, je plonge, je plonge. La température, à l'inverse, monte, monte, monte. Et puis il y a eu le palier, net, franc, paf de frais le vent devient chaud, je suis passée sous une barre fatidique et à partir de ce moment là, je me dis que je passerai la nuit prochaine à transpirer sur mon matelas. Me voici au fond du trou. Vallée large et déserte, entourée de montagnes hautes. Que du rocher, gros, petit, minuscule, en grains. Non OK, quelques touffes éparpillées ici ou là. Comme j'ai toujours de la chance, arrivée l'heure de m'installer pour la nuit, quelques buissons me permettent de me camoufler. Un peu d'ombre, l'abri des regards, un peu à l'écart de la route où il ne passera de toute façon aucune voiture dans la nuit. Le silence. Une nuit de pur silence, même pas d'insectes pour frotter leurs élytres, même pas de souffle léger dans les arbres (pas de vent et pas d'arbres...), pas d'avion, pas de bagnole, pas de chiens, même pas un coyote qui hurle sa détresse dans la nuit. RIEN. Il paraît qu'il y a des gens que ça angoisse, moi ça me fait le plus grand bien.

 

Le lendemain je me lève un peu avant le jour pour partir tôt mais un pneu à plat retarde mon départ. Je suis toute seule sur la petite route, c'est calme, c'est immense, le soleil inonde les lacs de sels. Le fond est tapissé de blanc et fait un fort contraste avec les montagnes alentours. Je passe à Bad Water, le point le plus bas du continent, 86 m sous le niveau des océans. Ça fait bizarre de me dire que je suis dans une cuvette et que la surface de l'eau de tous les océans est 86 mètres au dessus de moi. J'espère que la cuvette est étanche ! J'ai fait le détour par Artist's Drive, qui m'a coûté une énergie folle. 400 m de positif. Mais ça valait vraiment le coup. Des roches jaunes, rouges, violettes, vertes... Très beau. Et puis une vue de haut sur la vallée, juste énorme. À Furnace Creek, comme prévu j'ai pris à droite pour sortir de la vallée et remonter par Zabriskie Point. J'ai alors 1000 m à remonter pour sortir de ce trou. L'après-midi ne suffit pas. Je ne serai passée que dans la partie sud de Death Valley, plus au Nord, il y a des dunes. Elle est très grande cette vallée, je l'ai remontée sur 100 km déjà. Les points d'intérêt sont dans la partie que j'ai vue et certes il fait chaud mais ce n'est pas pire que certains tronçons que j'ai fait il y a un mois. Par contre c'est marrant, on dirait que parce que tu es à Death Valley sur un vélo, les gens deviennent plus attentifs. Avec 10°C de plus dans un endroit sans nom, personne ne fait attention à toi.

 

Une perle maintenant. Un camping-car néerlandais arrêté à un col. Je m'approche pour demander de l'eau. Le type redémarre en me voyant débouler. Je fais signe, hésitation, il s'arrête. Ok, on discute cinq minutes, il me file une minuscule bouteille d'eau bien chaude alors qu'il a un frigo dans son camion et des réserves sûrement abondantes mais bon, il me file un peu d'eau. Il est trois heures de l'après-midi, (je rappelle qu'à 18 heures il fait quasi nuit) et là il me dit :

  • Ben ça va, vous êtes presque arrivée.
  • Arrivée où ?
  • Ben là où vous allez ce soir !
  • Euh, je ne sais même pas moi-même où je serai ce soir.
  • Ce n'est pas très loin !
  • Quoi qui n'est pas très loin ?
  • Je ne sais pas, le prochain camping. (À noter qu'il ressort de la vallée lui, et que je n'ai jamais dit que j'allais dans un camping vu que je n'y vais JAMAIS)
  • Le prochain camping est exactement à 107 km d'ici.
  • Oui, mais c'est facile.
  • Il y a encore un col à passer Monsieur.
  • Ah ben respect hein !

Oui, ben pas moi, dialogue de sourds, parce que dans le genre parler pour ne dire que des conneries, là il y avait quelque chose. Et respect oui, bien sur, je ne lui ai pas rappelé qu'au départ, il se barrait en me voyant arriver... il n'en avait pas beaucoup du respect ! Voilà, eh ben j'aime les Américains pour leur gentillesse, leur prévenance. Quand tu leur demandes s'ils ont un peu d'eau, ils te remplissent tes récipients, te proposent à manger et te filent un Pepsi frais sorti de leur glacière et te demandent encore s'ils peuvent faire quelque chose d'autre pour toi !

 

En arrivant dans la vallée de Pahrump, rendue opaque par les fumées des feux de forêt qui sévissent à l'Ouest, je suis bien contente de trouver un lit, une vraie douche, de pouvoir laver mes vêtements chez Donna et Roger. Pahrump, un lieu à se tirer une balle dans la tête... 12 miles de long, pas de centre, des maisonnettes de bric et de broc, une population de retraités et un endroit où la prostitution est légalisée. Rien à y faire, je repars dès le lendemain matin, décide d'en finir et de rejoindre Vegas au plus vite. J'y suis attendue et pourrai me reposer trois jours pleins, remettre mon vélo en état et lui offrir à lui aussi un vrai nettoyage. Je suis donc dans la banlieue de la ville des casinos par excellence, j'attends Nicolas, un cyclo français qui me rejoint ici, avec sa bicyclette, pour deux mois et demi, avec pour objectif d'être à Cancun, sud Mexique, le 28 décembre.

 

Donc Las Vegas. Yep ! Il n'est quand même pas possible d'être trois jours dans la banlieue sans descendre à un moment donné sur le « strip ». Autrement dit le boulevard où se trouvent tous les grands hôtels, les casinos, la Tour Eiffel, l'Arc de Triomphe, Venise, New York, la Statue de la Liberté, l'Egypte etc. Bon, bien sur ça clignote, ça joue, ça flashe de partout et c'est bruyant. Tout est démesuré mais quelque part c'est bon enfant. Du jeu quoi ! Les gens, même les joueurs des casinos sont décontractes, tenue correcte non exigée. Limousines roses bonbon interminables, tours flamboyantes, spectacle de jets d'eau, petite télé entre le lavabo et le mur pour pas perdre une miette du match de football américain. Monde de consommation à outrance et débauche de watts par excellence. Par contre, le jeu était un peu faussé car une marche silencieuse était organisée pile-poil là à la mémoire des 58 victimes de la tragédie, il y a deux semaines exactement et il y avait donc une présence policière un peu exagérée. Alors ce genre d'endroit n'est pas forcément ma tasse de thé mais quand même je suis super contente d'y avoir passé une journée et une soirée. J'ai vu Vegas ! Yeah !

 

Nicolas est arrivé, son bagage une journée plus tard (petite frayeur). Nous prenons la route demain direction Twentynine Palms et Joshua Tree National Palms.

 

À plus

De Page à Baker (pied de la Vallée de la Mort)

 

En partant de Kanab, ma foi le paysage n'était pas plus appétissant que ça, par contre j'ai dégoté un super coin de bivouac avec vue sur les Vermillon Cliffs qui portent bien leur nom. Mais en approchant de Page, je me suis de nouveau trouvée dans des endroits qui font que tu te demandes si c'est toi qui est complètement euphorique même si t'as rien fumé. Très beau. Très minéral, très grand. Et puis l'arrivée sur Page avec la vue sur le lac Powell, que pour bien faire, il faudrait aller visiter en bateau (Glen Canyon), je ne peux pas TOUT faire ni voir. À Page, il y a aussi Antelope Canyon. Il est minuscule, il ne se voit pas à moins d'être dedans. Au sol, une minuscule fissure à laquelle on ne prêterait même pas attention, qu'on enjamberait sans même allonger le pas. Mais dessous, wouah ! Il y a Upper et Lower canyon, j'ai visité Lower, parce que c'était moins cher, plus long, que ce n'est pas un aller-retour et que les groupes sont sensés être plus petits. Oui parce que c'est obligatoirement guidé. C'est une vraie usine, 100 000 visiteurs par an pour la seule compagnie que j'ai prise. Lower canyon appartient à un type et sa sœur. Ils ont chacun leur entreprise. Le terrain appartenait à leur grand-mère quand la faille a été découverte. Ils ont la concession et nous sommes dans la réserve indienne Navajo à nouveau, qui est immense et compte 360 000 habitants (native people). Donc Lower Canyon, je n'ai jamais fait un 400 mètres aussi lentement je crois et jamais autant de photos en si peu de distance. C'est à voir, à chaque virage, c'est à dire tous les deux mètres, tu t'émerveilles. Un peu plus loin à la sortie de Page, il y a Horseshoe Bend. C'est un virage en forme de fer à cheval que forme la rivière Colorado d'un bleu profond. Très photogénique, un chouillas trop grand pour mon grand angle mais bon, ça va. Je ne sais quelle hauteur font les falaises mais il ne fallait pas tomber.

 

Puis j'ai définitivement tourné la page (oui je sais c'était facile, je sors) et contre un vent désagréable ai monté la colline au sud, direction Cameron et le grand Canyon du Colorado. La cerise sur le gâteau, enfin... on verra.

 

En passant en Arizona, j'ai encore changé d'heure mais pas d'habitudes. Il fait désormais jour à 6 h, alors j'émerge à 6 h 15, naturellement. S'il n'y a pas de rosée et rien à faire sécher, comme c'est toujours le cas depuis un certain temps, une heure et quart après être sortie de mon duvet, je suis sur mon vélo. Pendant que l'eau du petit-déjeuner chauffe je démonte et range la tente et la bâche, je ne perds pas de temps. Il fait bon rouler dans la fraîcheur relative et le calme du matin. Il y a souvent moins de circulation, et pas de vent. Et puis rien que l'idée d'avoir une belle et pleine journée devant moi me plaît. Mais le soir je m'arrête tôt, vers 18 h déjà la pénombre fait tomber la température d'un cran et le vent aussi. Une demie-heure plus tard il fait quasi nuit. Je m'arrête minimum 1 h 30, plutôt 2 heures avant la nuit. J'aime avoir le temps de regarder correctement ce qui entoure le lieu choisi pour le bivouac, souvent j'y passe une bonne vingtaine de minutes, à pied, et puis aussi avoir le temps de monter la maison et de manger, de me brosser les dents et de me laver avant la nuit noire. S'il y a des petits travaux de couture ou de menues réparations à faire, des choses à entretenir, c'est aussi à ce moment là. Si je n'ai pas eu le temps avant (pendant que les pâtes cuisent), je prends mes notes et stabylote l'étape de la journée sur la carte dans la tente à la lueur de la frontale.

 

Bien. Donc Grand Canyon. Il a déjà fallu que je remonte de 1000 m avant de l'atteindre. Mais franchement, je n'ai jamais eu l'ombre d'un regret parce que le Grand Canyon, c'est le Grand Canyon. Et c'est juste immense. Énorme. Le Grand Canyon, en tout, mesure 446 km de longueur, mais surtout un mile de profondeur, c'est à dire 1600 m. On a l 'impression que ce ruban bleu au fond est tout petit : il fait 100 mètres de large. Bref le Grand Canyon c'est un truc de dingue. J'ai fait une partie de la route qui le longe un après-midi, visitant tous les points de vue, même à l'écart. Ce n'est jamais la même chose et la lumière change suivant l'orientation et l'heure. J'ai visité le reste le lendemain, à vélo toujours. Plus de 70 km dans le parc où j'ai donc passé une nuit, je n'ai pas le droit de faire du camping sauvage ici mais guère le choix non plus. Et puis c'est tellement facile de sortir de la route et de s'enfoncer sous la pinède... Hop, disparition soudaine de la cycliste, elle n'est plus sur la route. Évaporée dans la nature.

 

Ok, je m'éloigne un peu de la route, appuie mon vélo contre un arbre et comme à mon habitude, pars à pied voir les alentours. Au bout de 250 m environ, je me dis que là, c'est pas une bonne idée, je fais demi-tour mais trop tard. Incapable de retrouver mon vélo. J'ai fouillé un moment mais tout se ressemble. Je ne peux pourtant pas être très loin. Je retourne à la route, retrouve l'endroit exact où je l'ai quittée et marche dans le cheminement le plus facile, le plus logique, mais ne vois pas mon vélo. La lumière baisse, je dérange un blaireau et des cerfs me font sursauter. Je reviens encore à la route, et décide de faire une battue, tous les cinquante mètres. Je me vois déjà en train de passer la nuit à 2300 m en short et en tee-shirt, à chercher ma bécane à la faveur de la pleine lune. Sous les pins aux troncs noircis, léchés par les flammes d'un ancien incendie, il y a ceux qui ont cramé, des souches carbonisées aux formes identiques à celles qu'on voit dans les thrillers quand tout se plonge dans la pénombre et qu'il va y avoir un crime. Des troncs calcinés, des bouts tordus, vrillés. Entre temps, le soleil a disparu ce qui fait changer les points de repère que je pourrais éventuellement avoir. J'ai fini par retrouver mon vélo, je crois que j'étais contente et soulagée, je lui ai promis de ne plus jamais le laisser seul dans les bois. Je n'étais quand même pas très fière sur ce coup là, petite frayeur ! À vue de pif comme ça, je pense que j'ai tourné une heure ! C'est parfois long une heure.

 

À Williams, je suis accueillie par Ann et Greg, ce qui permet une demie-journée de récupération complète, une vraie douche une lessive et autre chose que des pâtes au menu du soir ! Comme je pourrais être à Las Vegas en trois ou quatre jours mais que j'en ai encore une dizaine devant moi, je décide d'aller voir Death Valley, prends préalablement le soin de trouver des hébergeurs Warm Shower dans la grande ville pour les 2 nuits des 15 et 16 octobre, pour deux personnes. Une seule réponse positive, c'est suffisant. Ça, c'est fait. Nous serons attendus. Nous ? Ah... !

 

Williams, c'est de là que part le train qui va au Grand Canyon, tous les jours. C'est là aussi que je déboule sur la fameuse route 66. Qu'a t-elle donc de spécial cette route ? C'est juste l'une des premières à avoir été construite après la seconde guerre mondiale et qui traverse les US de Santa Monica sur la côte Ouest jusqu'à Chicago. Aujourd'hui, seuls quelques tronçons n'ont pas été gommés par une autoroute Interstate. Dans les villages traversés, tout est 66, de la station d'essence à l'épicerie, et on trouve plus facilement des tee-shirts, des tasses et des casquettes que du pain ou des pâtes. Pléthore de restaurants et fast-food pour les bus entiers de Japonais bruyants, devantures et enseignes comme à l'époque, la route 66 n'existe plus que dans un but commercial, le macadam est mauvais et pire encore sur les accotements. Elle est longée par la voie ferrée. Un train d'un kilomètre de long qui avance à 40 km/h, toutes les vingt minutes, et dont le chauffeur actionne le clapet trois fois avant le passage à niveau sans barrière ni clignotant qui n'est éloigné que de trois cents mètres de mon bivouac, ça laisse combien de temps pour s'endormir ? Pas assez, même le sol vibrait. La 66, je l'ai suivie jusqu'à Kingman.

 

Après un autre col, j'ai de nouveau traversé le Colorado, à moins de 200 m d'altitude. Sous les 1200/1500 m, c'est la fournaise. Bullhead, Laughlin. Je suis dans le Nevada, des casinos partout. Je suis entrée dans l'un d'entre eux pour demander de l'eau, un autre monde assurément, même si les joueurs sont en tenue très décontractée. Puis ce fut la Californie. Nipton, 15 habitants et un établissement en rénovation après changement de propriétaire. Les nouveaux m'ont doublée sur la route, je suis attendue, on m'apporte immédiatement eau et bière fraîche « Fat tire » (qui me torpillera), on me propose la nuitée gratuite et la douche. L'ouverture officielle se fera le 1er novembre et ce sera le premier « Canabis resort » des US... Mais je dois avancer. Je stoppe cependant 14 bornes plus loin, séchée, et suis logée dans la seconde qui suit dans une dépendance, avec la clim... Je ne sais pas trop ce que c'est , il y a un cimetière de bagnoles, trois types très agréables que je ne verrai toutefois que peu, je fais ma vie. Le climat est tel que l'hospitalité à un cycliste va de soi. Le vent brûle, la gorge est sèche cent mètres après avoir bu, baume sur les lèvres toutes les deux heures. Changement de câble de dérailleur sous le cagnard sur la bande d'arrêt d'urgence de la 4 voies obligatoire. Boire, boire. L'eau est chaude mais c'est de l'eau quand même. Tout est chaud, l'air, l'eau, et tout ce que je consomme. Envie de frais bien sur.Végétation avec plein de piquants, quand végétation il y a. Sinon, c'est la lune, ça fout le vertige et c'est presque angoissant par moments. Contente d'être sur la route, une sécurité. La pente des cols n'est pas très importante mais ils sont interminables, … et ce foutu vent toujours. Bref, je mets l'organisme un peu à l'épreuve même si j'essaie au mieux de me ménager, les dénivelées sont significatives, les lignes droites un truc de fou. Je mise sur 8 km, il y en a le triple, et pourtant je suis avertie. Et je vais à Death Valley, quatre jours de nourriture dans les sacoches, c'est la bonne saison me dit-on. Au pire, il y aura des pick-up pour me ramasser si ça ne le fait pas.

 

Je suis à Baker, ici démarrent les choses très sérieuses. J'attends que le vent se calme pour m'engager dans cette vallée terrible. Météo annoncée ma foi plutôt conciliante sauf cet après-midi, trop fort vent de face, d'où la mise à jour du site en attendant qu'Eole se couche.