Programme urbain.

Zacatecas, Aguascalientes, Leon, Guanajuato, San Miguel de Allende.

 

De Zacatecas que dire ? Après une journée complète passée à arpenter ses rues et venelles me restent dans la tête ces quelques images. Celle d'une ville perchée, toute en collines et cuvettes, traversée par un boulevard principal, axe surchargé nuit et jour qui sinue comme un serpent dans son creux avec des échangeurs très pentus. Celle de ruelles empierrées parfois juste assez larges pour laisser passage à un homme à pied sur lesquelles donnent des portes en bois, derrière lesquelles se cachent des logements minuscules ou qui s'étagent sur deux ou trois niveaux. Des façades colorées. La pierre de la région est rose, belle, mais souvent elle a été recouverte d'enduit et de peinture. On y voit donc des murs de toutes les couleurs, pétantes ou pastel, qui forment un patchwork d'un style que j'adore. Contre ces murs parfois, éclatants comme un feux d'artifice, des arbres fleuris, et devant, des bagnoles déglinguées. Beaucoup de vieilles Coccinelle VW d'époque, des Chevrolet à bout de souffle, des Ford... Ville coloniale dont le centre offre quelques jolis monuments : cathédrale, églises, musées, aqueduc... Au marché couvert, des échoppes colorées de jolies pyramides de fruits et légumes, des lieux où se restaurer pour une paire d'euros, des femmes et des hommes petits et dodus. Ils portent quasi tous une paire de bottes en cuir à bouts pointus, un Jean's, une chemise épaisse à col pointu avec une veste en Jean's par dessus, et le chapeau, l'indispensable chapeau... Des boutiques de chapeaux évidemment mais plus encore, des dizaines de boutiques de chaussures. Zapateria ceci, zapateria cela, zapateria à toutes les sauces. Et il me semble qu'ils fabriquent de très bonnes chaussures en cuir, solides et durables. J'ai vu des semelles en pneu sur certaines... Des vendeurs ambulants, fruits, légumes, « feuilles » de cactus débarrassées de leurs piquants et coupées en dés qu'il faut cuire avant de consommer, ballons de baudruche, babioles kitsch à souhait, jus de fruits frais, burritos... Le téléphérique ne fonctionne pas mais je monterai quand même sur une éminence, de nuit, histoire de voir toutes les lumières de la ville juste après le coucher du soleil quand l'horizon est encore en feu. Zacatecas est touristique, d'architecture coloniale et culturelle, peu d'industrie. La nuit, sous l'éclairage dispensé par de jolis lampadaires en fer forgé, les façades sont homogènes.

 

J'étais en ville à 9 heures, rien ne bouge encore, toutes les portes sont fermées, il faut attendre 10 voire 11 heures avant que l'activité ne gagne les rues, que les portes s'ouvrent une à une sur les minuscules échoppes. J'ai profité de ces heures calmes pour tester mon matelas dans une fontaine, pour y trouver la cause de son essoufflement nocturne quotidien. Cela a fait sourire les quelques passants matinaux. À Zacatecas, les marchands de vélo m'ont offert deux chambres à air neuves, des rustines, de la colle et un adaptateur Presta/Schrader. À Zacatecas, j'étais logée en warm shower chez Gerardo et Luce Helena et c'était bien encore. À Zacatecas, j'ai bien aimé le centre névralgique autant qu'historique. Gerardo m'accompagne à vélo jusqu'à la sortie de la ville...

 

Étape rapide jusqu'à Aguascalientes à laquelle je consacre également une journée. Dans un village alors que je m'apprête à doubler une voiture à grande vitesse (30 km/h) et par la droite, celle-ci vire... à droite et m'enferme contre le trottoir, je bloque les freins mais dérape sur le macadam un peu sablé et me retrouve... hum, c'est pas la faute à Voltaire. Aucun mal pour moi ni pour ma monture, le chauffeur est confus, moi aussi, c'est de ma faute autant que de la sienne, il se moque de la trace de ma pédale sur sa carrosserie... Ouf !

 

Aguascalientes, ville plate, mexicaine, industrielle. Oui, il y a de l'eau chaude qui sourd de terre, et des thermes. D'ailleurs la ville doit son existence à ses sources chaudes. L'endroit est joli. De chaque côté d'un couloir/patio coloré et décoré de plantes vertes, les cabines plus ou moins grandes permettent de barboter une heure trente dans l'eau à 38°C. Ici, comme à Zacatecas, il y a des Coccinelle VW, mais moins de marchands de chaussures. Les quartiers El Encino, La Estation, San Marcos et Guadalupe sont les plus « authentiques » et j'ai aimé me perdre là aussi dans les ruelles et traverser les jardins publics serrés comme une jungle. L'appareil photo a encore chauffé. Et puis il y a le marché, immense, une ville dans la ville, de quoi vraiment s'y paumer et tourner des heures. Orgie de couleurs et d'odeurs, mouvement perpétuel des hommes qui tirent ou poussent des diables chargés à mort, qui trimballent ou retapent des cagettes, qui portent, bref qui s'activent. Une véritable fourmilière. Les magasins, les restaurants, les particuliers, tout le monde vient faire ses emplettes de fruits et légumes ici. Les halles de Paris en quelques sortes. Des camions d'ananas, d'oeufs, d'oranges, de piments... Des millions de pesos mexicains qui chaque jour passent de mains en mains, tout en cash. Tout le monde a le sourire. Je prends quelques photos, tout le monde veut se faire prendre, trop facile ! Je me régale. Un des plus grands marchés que j'aie jamais vu. On y mange aussi, pour pas cher et bon. Luis, mon hôte et guide, m'accompagne.

 

Une étape de plus, un peu collineuse et me voici à Leon, encore plus grande que les deux précédentes. Encore plus de chaussures qu'à Zacatecas. C'est ici qu'elles sont fabriquées, c'est d'ici qu'elles sont acheminées vers les autres villes. Pour accéder à la Plaza Fundadores, la plus grande de la ville, je suis obligée de pousser ma monture entre les voitures dans les rues totalement congestionnées. La place est belle, bordée de bâtiments imposants et arborée en son centre. Il y a trop de monde, je passe au pied de la cathédrale et vais chercher la clef de la maison de mon hôte au restaurant où il travaille. En fait, Paulo en est le patron, j'arrive juste à l'ouverture et j'aurai droit à la totale. Ce n'est pas encore aujourd'hui que je mourrai de faim ! Puis nous traversons encore un bout de ville pour aller chez lui, de nuit. Le vélo de Paulo est prêt, bagages compris, pour partir pour une durée indéterminée en Amérique du sud. Il m'accompagne un bout le lendemain sur ma route pour Guanajuato.

 

Guanajuato donc. La perle. Dans une cuvette au centre de collines abruptes, la couleur te saute dessus dès que tu arrives, par des tunnels obscurs et étroits... Ce sont des « Wouhaou » et des « Roohhh » où que le regard se pose. C'est une ville hors du temps. D'ailleurs ce n'est pas une ville, c'est l'imagination débridée, ou une peinture peut-être. Celle d'un artiste fou qui a tout mélangé et pourtant, on ne sait par quel tour de magie, le tout est très harmonieux. Guanajuato fait incontestablement partie des cinq plus belles villes que j'aie vues, les plus envoûtantes, les plus riches, les plus curieuses : dans le désordre Prague, Paris, Valparaiso, et donc Guanajuato. Des maisons en escaliers, des toits plats qui servent de terrasse ou de garage, des escaliers à n'en plus finir qui débouchent sur la « route panoramique », le balcon de la ville, 14 km, le périph en quelque sorte ! Dans le centre, les voitures n'accèdent que par tunnels et comme si le labyrinthe n'était déjà pas assez compliqué comme ça, il y a des rues souterraines... À vélo, c'est un casse-tête, heureusement, j'avais une adresse et pour une fois (qui n'est pas coutume), je vais payer pour dormir. Je n'ai pas eu à tourner, juste à gravir les 352 marches de pierre avec mon vélo chargé et avec l'aide des habitants du callejon (ruelle). Et le hasard fait que je suis juste à côté du point de vue qui surplombe la ville : le Pipila. Le centre est surpeuplé, les rues sont bondées, des groupes de musiciens, des clowns font l'animation. Des centaines d'échoppes, des ruelles aux issues hasardeuses ou improbables dont la largeur laisse tout juste passer un homme, des arbres en fleurs, quelques jardins... Guanajuato vaut le coup de grimper.

 

Encore quelques dizaines de kilomètres supplémentaires et me voici à San Miguel de Allende, elle aussi classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Des couleurs encore, beaucoup d'églises, un peu plus d'espace qu'à Guanajuato. San Miguel est construite à flanc de coteau, pas dans une cuvette, ce qui la rend peut-être moins oppressante. Et puis nous sommes mardi, j'étais à Guanajuato un dimanche. Je n'ai pas dormi à San Miguel, j'ai campé dix bornes avant, ai visité la ville toute la journée en laissant mon vélo à l'office du tourisme, et en suis sortie avant la fin de journée pour aller camper ailleurs. San Miguel est plus petite et ça fait du bien, le centre est un mouchoir de poche. Beaucoup de boutiques et restaurants de luxe. San Miguel est touristique, est aussi envahie par des retraités américains qui y possèdent des propriétés et se déplacent en quad dans les ruelles pentues et pavées.

 

Une fois sortie de San Miguel, j'ai pris les petites routes et les chemins dans les collines, traversant des villages sans macadam où les gens se déplacent à cheval, je me suis extirpée pour la nuit du nuage de pollution qui enveloppe San Miguel. Je dors encore à plus de 2000 m.

 

Le programme urbain est terminé pour un temps, mon itinéraire est fait de minuscules routes qui ne figurent pas sur ma carte et qu'il faut aller chercher sur Google maps ou équivalent. Après cet intermède où j'ai passé bien assez de temps sur des gros axes chargés, pollués et bruyants (mais qui m'ont permis d'avancer vite), je retourne dans des endroits plus calmes qui, à coup sur, me feront mal aux jambes mais me réjouiront les yeux. J'aspire à un peu de tranquillité et de jolis bivouacs dans la nature. Je contourne Mexico par l'Ouest et les montagnes, je n'irai pas me perdre dans cette mégapole hyper polluée de 22 millions d'habitants.

 

Plein de nouvelles photos très colorées dans la galerie. Yep !

De Baja California à Zacatecas par El Chepe et la Sierra Madre Occidentale.

 

Tuly, l'hôte Warm Shower de La Paz est absolument incroyable. Elle ne dit non à aucun cycliste. La dernière nuit des 5 que j'y aurai passé en tout, nous n'étions pas moins de 11. Des matelas partout, des vélos en tous genres, des conversations à tout rompre, des échanges, des bons plans... Tuly n'est jamais très loin mais elle vit sa vie, elle est cependant d'une disponibilité sans faille. Pour certains elle va jusqu'à faire taxi, couturière, office du tourisme que sais-je encore, réceptionniste de colis. J'ai eu la chance d'être dans une chambre à chaque fois, seule ou partagée. Ces 2 jours complets de repos ont permis de clarifier pas mal de choses dans ma tête sur la suite du voyage. Il faut des endroits comme ça de temps en temps pour se poser, pour remettre en état vélo et matériel, pour se connecter et préparer la suite, pour faire une lessive, pour cuisiner un peu, bref, pour faire tout ce qu'on ne peut pas faire quand les nuits de bivouacs s'enchaînent. Parce qu'on n'a pas des vies faciles quand même !

 

Voila, donc plus que je ne suis partie, je me suis arrachée de chez Tuly et Genesis, une de ses 4 filles. J'ai quitté Laurent et Christian les Français, Christina la Canadienne, Hilda la Belge, Manu le Suisse, Caroline la Jurassienne et les autres, Japonais, Hollandais... Je suis sortie de La Paz, 22 km pour aller au port. Embarquement direction Topolobampo, de l'autre côté du golfe de Californie. De Topolobampo, village construit en escaliers adossé aux collines verdoyantes, on ne sait pas si ce qu'on voit sont des îles ou si c'est la côte découpée, avec des baies et des caps. L'endroit est joli et d'autant plus surprenant que dès qu'on quitte le bord du golfe, derrière ces collines, c'est absolument plat jusqu'aux contreforts de la Sierra Madre, à une bonne centaine de kilomètres. Je suis dans l'état de Sinaloa, le seul du Mexique où l'eau est potable au robinet, celui aussi qui est totalement dédié à l'agriculture. Topolobampo c'est aussi un des seuls endroits du pays d'où l'on peut sortir au choix par quatre moyens de transport en commun différents : l'avion, le bateau, le bus et le train. Dans ce village qui ressemble presque à ceux des Cinque Terre en Italie, j'ai été la première personne que recevait Amairani, toute nouvelle couch-surfeuse, étudiante en médecine. Et c'était bien. Le lendemain, j'ai rejoint Los Mochis à vélo et ai demandé à la gare ce qu'il en serait de mon vélo pour prendre le train jusqu'à Creel depuis El Fuerte. Je vous passe les détails mais je me retrouve à prendre le train depuis là et à dormir la nuit qui précède dans le hall fermé et gardé de la gare, avec le soutien du gardien. Et j'embarquerai avec mon vélo, je crois que j'ai négocié un prix raisonnable. Encore une nuit qui sera courte, je dois être sur le quai à 5 h du matin et finalement nous serons 6 à squatter la gare, dont un bébé qui a beaucoup hurlé.

 

Cette voie ferrée est une prouesse. C'est spectaculaire tout le long. Pour ceux qui veulent un peu de détails, vraiment c'est intéressant et court (une page) : http://www.mexique-voyage.com/elchepe.html . Le voyage commence par traverser les cultures du Sinaloa puis peu à peu se fraie un chemin entre des collines avant de rentrer dans les canyons de la Sierra Madre occidentale. Dans le train il y avait deux gardes armés jusqu'aux dents mais plutôt détendus. Il y a des arrêts à des endroits improbables, quelques personnes montent ou descendent chargés de cabas, et dans les gares plus importantes, des gens cherchent à vendre fruits et en-cas. Au seul arrêt d'un quart d'heure, tout le monde descend du train, c'est que nous sommes au bord du canyon du cuivre, et c'est juste magique, en plein cœur de la réserve indienne Tamahumaras. Ce n'est pas un train pour touristes, c'est un véritable cordon ombilical qui traverse le massif là où il est impossible de construire une route. Des Mexicains viennent cependant juste pour prendre El Chepe, tant il est réputé. Ravins, ponts enjambant canyons et rivières, tunnels en veux-tu en voilà, le train se tortille à 26 km/h de moyenne.

 

Partie du niveau de la mer, je descends du train à Creel à 2500 m d'altitude. Passer en deux jours de la Basse Californie brûlée par le soleil à la Sierra Madre où je dois me méfier du verglas à l'ombre, est un choc thermique conséquent. Des nuits passées à transpirer à poil sur mon matelas, je me retrouve à avoir froid aux pieds, sors buff, gants, collant et manches longues.

 

La Sierra Madre est un lieu tourmenté du Mexique. Narcotrafiquants, bandes rivales armées planquées dans la forêt, les pistes de montagne et les villages complètement paumés et quasi inaccessibles sont le siège régulier de règlements de compte sanglants, les assassinats n'y sont pas rares même s'ils ne sont pas non plus quotidiens. Il ne faut pas vouloir voir ce que les trafiquants ne veulent pas qu'on voie. C'est tout. En restant sur les routes goudronnées, normalement ça va. La drogue transite de la Colombie aux US, les pauvres gens sont utilisés et les clans ne se font pas de pitié. La Sierra Madre est taillée à la hâche, le relief y est tellement rude que seulement deux routes la coupent par le travers, une plus au nord que j'aurais du prendre si le préposé derrière son guichet n'avait pas été conciliant, et qui m'aurait ajouté 750 km et 10 000 mètres de dénivelée positive, et une autre beaucoup plus au sud. Le massif coupe le pays en deux, dans le sens de la hauteur. C'est une véritable muraille de canyons, de forêts inextricables, de labyrinthes.

 

Une première étape depuis Creel et je plante mon bivouac, bien planquée dans la réserve indienne Tamahumaras (https://www.mexique-voyages.com/population/les-tarahumaras.php). Le jour suivant, avant Guachochi, la police municipale me double, et s'arrête, intriguée par mon engin. Nous faisons causette, je leur demande si je peux dormir au poste et c'est oui. Mais quand j'arrive sur place, ils jugent indécent de loger une femme à bicyclette qui vient de se cogner Creel-Guachochi en 2 jours (157 km, 2700 m de deniv pos) autrement qu'à l'hôtel (et pas des plus pourraves!), aux frais de la municipalité. En attendant la réponse du maire, les policiers ont lancé le concours quant au poids de mes bagages. Pour savoir qui est vainqueur, nous avons tout mis sur la grosse balance, il y avait 35 kilos. Vu l'eau et la nourriture que j'ai des fois en plus, j'en conclus que je trimballe parfois 40 kg + 16 kg de vélo + mes 60 kg à moi dans les pentes à plus de 10% à la seule force de les quadriceps ! Quand même !

 

Tout le long entre Creel et Parral, c'est très beau, très sauvage, les villages sont très espacés, il faut une fois de plus prévoir eau et nourriture. Les pins chauffés par le soleil dégagent cette bonne odeur de Sud. La nuit ça gèle, la journée c'est short et tee-shirt... Jolies vues sur les tourments de cette région. Si les Indiens sont froids et peu enclins à sourire ou à répondre à mes salutations, les Mexicains, eux, sont toujours aussi agréables et serviables. Les signes des automobilistes sont nombreux, et ils passent complètement à gauche pour me doubler, ne roulent pas très vite sur ces routes tortueuses. C'est bonheur. En arrivant sur les hauteurs de Balleza, le paysage change complètement, devient très ouvert. Les couleurs automnales des pâtures et des cultures parsemées de pins qui restent verts, avec un autre faisceau minéral de la Sierra Madre en arrière-plan, sont de toute beauté. J'adore ces couleurs et ces reliefs, je me fais vraiment plaisir à être là. Avant le village, la même auto me double trois fois et s'arrête pour que les gamins me prennent en photo. La troisième fois je m'arrête, je cause un peu avec ces gens, le courant passe bien, je leur dis que je cherche un endroit pour dormir en sécurité et au calme.

- Eh ben viens chez nous !

Je suis dans l'arrière-cour à côté des toilettes et du poulailler dans une pièce débarras avec un lit et un fauteuil. Je vais pouvoir une fois de plus dormir sur mes deux oreilles.

 

Je récupère nuit après nuit des fortes chaleurs californiennes et d'un état de fatigue générale accumulé sur plusieurs mois, et je suis en train de me dire jour après jour qu'il y a des choses beaucoup plus faciles quand on voyage en tant que femme seule, qu'à deux, en couple... Aurions-nous été logés à Creel, aurions-nous été logés à Guachochi, aurions-nous été logés ici à Balleza ? Les gens sont en confiance d'emblée, et sont protecteurs. Il y a vraiment des avantages à voyager seule. Bien sur, il faut de la vigilance, ça s'apprend, il ne faut jamais aller contre son feeling, mais une fois passée la peur primitive de ce qu'on ne connaît pas et donc de l'autre, c'est bonheur. Une femme seule en voyage sur un vélo (qui plus est vélo couché) avec ses bagages, force le respect et l'admiration, c'est ce que je ressens en tout cas pour le moment de la part des Mexicains. Pour preuve tous les signes amicaux et d'encouragement sur la route et le nombre de fois où mon vélo est pris en photo (euh oui, c'est pas moi qui les intéresse hein, je ne me méprends pas).

 

Hidalgo del Parral, je fais halte quelques heures dans la ville où Pancho Villa, hors-la-loi mexicain devenu chef de la División del Norte et général de l'armée fédérale au cours de la révolution mexicaine, a été assassiné . Son imposante statue gagnerait à être mise en valeur. Sans les conseils des habitants, jamais je ne l'aurais vue, mais ils en sont si fiers qu'ils m'y envoient tous. Pour l'internet, je demande à un hôtel son mot de passe et je passe plus d'une heure sur le confortable divan du hall d'entrée. Je ne suis pourtant pas cliente. En sortant de la ville, je croise un cycliste qui fait demi-tour pour m'accompagner un bout. Le soir du même jour, à Villa Matamoros, je demande où planter ma tente en sécurité si possible dans une propriété privée.

  • Tu veux venir à ma maison ?
  • Ben oui !

Je suis derrière la maisonnette, la femme s'est absentée mais en revenant, on m'a offert chocolat chaud et bon pain fait maison, je suis invitée pour le petit-déjeuner (œufs pochés avec tortillas, piment vert fourré au fromage et revenu à l'huile, smoothie, céréales et lait). Pendant que je monte ma tente, les gosses du quartier viennent discrètement jeter un œil et faire un petit coucou. Visages épanouis. Ils dansent dans la rue. La porte reste ouverte si j'ai besoin des toilettes, on me propose une douche et même un lit mais je suis déjà installée. La maison fait 25 m² à tout casser, il y a là une femme et ses deux filles, une case en béton brut, mais on m'aurait fait une place et tout ça me va droit au cœur. Il n'y a pas de chaises pour tout le monde, on improvise avec des caisses. Je suis dans une région orange, juste avant le rouge sur la carte du site « diplomatie.gouv.fr »...

 

Le lendemain je pars tard car le petit déjeuner s'est éternisé et j'ai profité d'être bien installée pour réparer encore une crevaison. Tous les matins depuis une semaine, je regonfle mon pneu avant et ça tient la journée, mais depuis deux matins c'est vraiment à plat. La journée est assez morne, le paysage a perdu de son attrait. Je campe dans la nature. Après Villa Matamoros, il n'y a que quelques villages un peu à l'écart de la route qui est très peu fréquentée, sur 400 bornes. Je ne m'attendais pas à ça pour une route rouge sur la carte. Avant et après Rodéo, le paysage offre de nouveaux quelque attrait mais la route qui me mène à Zacatecas par Rio Grande depuis Pedricena est une ligne droite chargée en poids-lourds, que je trouve bien longue et monotone. Je bivouaque dans des pâtures, dans des cultures, franchissant les clôtures à la va-vite. Une fois le paysan viendra et tout ce qu'il trouve à me dire alors que je suis sur son terrain est de me demander si j'ai à manger et à boire, pourquoi je voyage à vélo, et me préciser qu'il m'a vue passer à Paso Nacional... Une autre fois, j'ai la visite insistante d'un coyote alors que je prépare mon repas du soir.

 

Toutes les nuits il gèle, assez fort, puisque même dans la tente je passe en négatif. Mais la journée ça va même si le vent est frais. Je passe mon temps aux environs de 1500-2000 mètres dans des paysages très très grands où les distances sont trompeuses. Mais pour atteindre Zacatecas, il faut monter plus haut. La ville se situe à plus de 2200 m. J'y suis logée en Warm Shower. À suivre...

 

Nouvelles photos dans la galerie Mexique.

Tropique du Cancer

 

Brève mise à jour pour la fin de la Californie. Je suis donc partie de La Paz pour faire le « tour des Caps » à l'extrême sud de cette péninsule décidément bien montagneuse. Bon, jusqu'à Todos Santos cependant, c'était plat. J'ai bien aimé cette petite bourgade charmante abritée sous les palmiers à quelques encablures du Pacifique. J'y croise déjà quelques Américains, glaces à la main mais l'ambiance est quand même bien mexicaine, vendeurs ambulants de jus de fruits, petites échoppes et écoliers en uniforme impeccable. Plus loin je croise le tropique du Cancer. Et je me rends compte que ma définition du tropique n'est pas vraiment claire dans ma tête. Ce sont les parallèles (23,26 degrés nord ou sud) entre lesquels le soleil passe au zénith au moins une fois dans l'année. Voila. Et là, en l'occurrence, il cogne bien assez fort. Plus loin encore je traverse le village de El Pescadero, adossé aux collines verdoyantes. Les palmiers ont décidément remplacé les cactus pour un temps. C'est peut-être ça aussi le tropique...

 

Je longe ensuite le littoral qui est sauvage. Il me fait penser à nos côtes atlantiques dans les Landes, plages sans fin et gros rouleaux qui se fracassent sur la grève dans un vacarme assourdissant. Et plus je vais vers le sud plus les énormes maisons d'Américains retraités sont nombreuses. L'endroit est prisé. Je monte ma tente dans une de ces propriétés. Pas antipathique du tout mais dans un autre monde, le couple sirotera des cocktails avec ses amis au bord de la piscine sur des chaises longues tandis qu'à quelques mètres seulement je fais cuire mes pâtes sur mon réchaud, assise sur une de mes sacoches. Ils me mettront toutefois une douche et des toilettes à dispo.

 

Le lendemain commencent les montagnes russes avec de belles échappées sur l'océan. Puis je débarque à Cabo San Luca et me crois soudainement presque revenue à Las Vegas. Touristique à mort et surpeuplée car demain arrivent ici 200 bateaux qui ont participé à la Baja ah ah. Ils sont partis de San Diego, ce n'est pas une course, juste un rassemblement, ils naviguent toute la Californie. Cabo San Luca est la fin. De plus un Iron man aura lieu dimanche, je croise quelques cyclistes très profilés et d'autres m'enrhument en me doublant.

 

De Cabo San Luca à San José Cabo, c'est une suite d'hôtels démesurés qui occupe la côte. Les plages sont belles mais pas très accessibles. Je trouve cependant à planter ma tente sur l'une d'elle, gardée, dans un quartier résidentiel TRES haut de gamme. Le gardien qui m'autorise à rester là (ouf, merci à lui) passe toutes les demies heures, toute la nuit. Je ne m'attarde pas à San José Cabo, je file, traverse toute la ville, huppée en bas, populaire voir défavorisée en haut. Je ne prends pas la piste sableuse de tôle ondulée qui passe par Cabo Pulmo. Los Barilles, même topo, gros hôtels et jet set. Par contre, les petits villages qui jalonnent la route de montagne pour revenir à San Pedro sont magnifiques, authentiques et très agréables. Le paysage est beau, montagnes boisées de palmiers... Je repasse le tropique du cancer. Dans la même heure précédent mon bivouac, j'explose littéralement le yaourt d'un kilo dans mon sac à dos, hum, c'est con pour le yaourt, et je vois deux serpents à sonnette écrasés sur la route. Je peux vous dire que j'ai fait très attention où je posais les pieds quand je me suis écartée de la route pour dormir. Je traverse le petit village de El Triumfo à l'heure de la sortie de la messe, les habitants sont sur leur trente et un.

 

 

J'arrive à la casa à La Paz, chez Tuly, bienheureuse, et y reste deux jours. La maison est toujours pleine de cyclistes et il sera difficile de s'arracher d'ici.

J'ai vu un peu de la Californie, demain mercredi je partirai par le bateau pour rejoindre Los Mochis et de là pédalerai jusqu'à El Fuerte pour prendre le fameux train « El Chepe » jusqu'à Creel. Du joli à venir !

Autre nouvelle : un petit tour sur Cuba sera au programme, j'ai bloqué un aller retour Cancun-La Havane pour le 17 janvier - 8 février...

Basse-Californie, Mexique

 

La frontière. Je la passe jour pour jour 5 mois après avoir quitté mon village jurassien. Elle arrive assez subitement et le changement est une grande claque. Elle est physique d'abord, les deux pays sont séparés par un mur métallique de 4 mètres de haut avec une espèce de no man's land de quelques mètres derrière. D'un côté les States avec des rangées de maisons bien proprettes sur des terrains tondus et arrosés, de l'autre le Mexique avec des empilements de tôles, parpaings et cartons, des ruelles défoncées et étroites jonchées de détritus. La vue satellite de la zone par Google Maps est impressionnante. Changement radical de monde comme ça l'avait été entre le Kirgizistan et la Chine à Ishkachim, et par cette journée où le thermomètre flirte avec les 100°F (38° C), tout m'explose à la tête. La circulation, la vie dans les rues, la chaleur, les trous dans le macadam qui secoue. Me voici de nouveau dans un pays où on trouve des gargotes à tous les coins de rue, des ateliers en tous genres ouverts sur la rue et juste recouverts d'une tôle, des vieilles bagnoles menaçant ruine, des vendeurs ambulants, des mendiants, des jus de fruits frais et des plats trop épicés. Ici, on mange pour deux euros dans la rue, mais le choix est restreint : tacos, tacos ou tacos. Je m'étais habituée aux US et c'est en en sortant que je me rends compte à quel point tout y était aseptisé, réglementé, presque mort. Oui, c'était très confortable, tout était très facile, les rues étaient bien identifiées, larges, aérées. Ici, tout est un peu plus aléatoire et surtout plus serré tout d'un coup. Je me sens à l'étroit. Ça ne durera pas, les prochains jours me verront de nouveau dans des espaces très ouverts. Les gens ont l'air plus actifs ici, c'est à dire qu'il faut se débrouiller pour gagner sa croûte, des petits boulots à profusion, et puis des estropiés.

 

À la douane, j'ai acquitté le prix du visa qui me permettra de rester jusqu'à six mois sur le territoire. Puis les choses habituelles quand on arrive dans un nouveau pays, faire du change, s'orienter, ouvrir grands les yeux et les oreilles, prendre quelques repères, regarder les prix, croiser les regards des gens. Ici, il y a des gens qui se déplacent sur un vélo, autrement qu'en cuissard et maillot fluo.

 

À Mexicali, nous logeons dans une clinique privée, deux nuits. Roberto, le warm shower qui nous accueille en est le propriétaire. Tout son personnel nous bichonne et les petit-déjeuners offerts dans une gargote un peu plus loin sont copieux et très appréciés ! Une courte discussion avec Roberto et voici mon conducteur de train de coéquipier qui se fait aiguiller par l'acupuncteur vers la Basse Californie plutôt que vers « l'intérieur » du Mexique où nous avions prévu d'aller... Soit disant que c'est beaucoup plus joli. Soit. Les changements de plans font partie du voyage, nous reviendrons dans les montagnes par la suite.

 

 

La Basse Californie, cette étroite bande de terre longue d'environ 1700 km attire l'oeil sur les cartes. Je ne savais pas du tout quoi y trouver. J'y ai découvert une variété de paysages et d'écosystèmes impressionnante. C'est vrai que 1700 km, ce n'est pas une paille. Alors j'y ai eu du désert, du vrai, avec pas un arbre et même des petites dunes avec des montagnes nues en toile de fond. Des lignes droites à perte de vue. Plus loin j'ai vu à gauche le golfe de Californie qui se dessinait, désert de sel. À partir de San Felipe et surtout de Puertecitos, la route longe plus ou moins les eaux d'un bleu profond du Golfe. Elle est quasi déserte et vallonnée. Puis elle s'arrête nette et une piste en très mauvais état la remplace, 40 km, dont une partie à pousser les montures dans la caillasse et le sable.

 

Après une jolie bagarre avec le terrain nous atteignons Coco's Corner, maison isolée au bord de la piste où tous les chauffeurs et motards s'arrêtent, le temps d'une bière ou d'un soda. Quand j'arrive on m'offre d'emblée bière et eau fraîche. Coco, le proprio, a les deux jambes coupées au niveau des genoux, c'est un personnage, tout le monde le connaît et le plafond de sa masure est orné de dizaines de petites culottes féminines avec date et prénom. Toute femme passant par là est obligée d'en laisser une, je me défile en disant que ce n'est pas possible, que je n'ai que celle que je porte...

 

Plus loin encore, la Basse Californie nous a offert une forêt de cactus. Il y en a de toutes sortes, des grands de 5 à 6 m, épais et imposants, des plus malingres qui ressemblent à un bouquet d'écouvillons, des râblés et costauds, des qui forment des arabesques mais dont les grands piquants serrés ne donnent pas envie d'aller s'y frotter. Paysage... dépaysant. Cette route 1 n'est pas large mais c'est l'unique de la péninsule, on se demande comment les poids lourds arrivent à se croiser. Pas d'accotement, mais elle est si étroite que les chauffeurs sont vigilants et nous ne nous faisons pas serrer. Depuis Mexicali, nous devons acheter de l'eau en bouteille, par bidons d'un galon, de 5 ou 6 litres tant nous consommons. Pas ou peu de villages, nous devons nous charger. En approchant de Rosalito, nous devinons le Pacifique... sous les nuages. Le taux d'humidité est soudain beaucoup plus élevé, les affaires laissées dehors le temps du dîner se sont imbibées d'eau et les tentes sont mouillées. Il fait aussi plus frais... ça faisait si longtemps !

 

30 Octobre, journée monotone à crever, mon compteur passe les 14 000 km et nous arrivons le soir à Guerrero Negro. Ville poussiéreuse, rues en sable, chiens SDF, petits commerces, et rien à voir. La lagune et les salines n'ont pas d'attrait. Plus loin, au bout d'une longue piste infecte, peut-être pourrait-on voir des baleines, c'est la saison. Nous logeons en warm shower, sous nos tentes dans l'arrière-cour d'une famille de cinq enfants. Douche froide, lessive à la main et seulement deux chambres pour tous les occupants, l'un des garçons dort sur le canapé.

 

Guerrero Negro est à la limite de Baja California Sur, séparée de celle du nord par le 28 ème parallèle. Nous avons déjà eu trois contrôles militaires sur la route, ils ne nous demandent rien, nous font parfois la causette trente secondes, sont tout sourire et nous laissent passer.

 

Traversée du désert de Vizcaïno, qui est aussi une réserve de biosphère. Au début, du désert, ligne droite monotone, puis plus loin, des cactus à nouveau et des reliefs au loin de chaque côté. Des paysages verts. J'ai déjà dormi dans la forêt tropicale, dans la forêt boréale, dans la forêt d'épicéas, de feuillus, sur le sable, les cailloux, le sel, la neige et la glace, que sais-je encore. Mais jamais je n'avais planté ma tente comme ça au milieu des cactus. Rien qu'autour de moi, j'en compte 6 espèces différentes. C'est on ne peut plus exotique. Les cônes des volcans recouverts de végétation se découpent en silhouette. L'arrivée par la zone industrielle de Santa Rosalia est glauque, le « centre-ville » est un peu plus avenant mais toujours pas de quoi s'attarder. C'est à partir d'ici qu'avec Nicolas, nous ferons route à part, je ne veux pas passer le temps qu'il me reste à vivre (quelques décennies j'espère) avec des gens qui me pourrissent la vie, même au Mexique.

 

Je rejoins par hasard deux Français, père et fils, et reste avec eux deux nuits. Bivouacs idylliques sur les grandes plages dont certaines sont désertes, baignade... Nous traînons et profitons. C'est à partir de là que je me suis dit que la Basse Californie méritait quand même bien un détour. Après ces bons moments passés avec Laurent et Christian, je reste sur le macadam tandis qu'eux s'en vont sur les pistes.

 

Le littoral casse les jambes, le taux d'humidité et la température sont bientôt dignes d'un hammam, mais ce tronçon entre Mulegé et jusque après Loreto est vraiment très beau. Loreto, enfin une jolie bourgade. Coincé entre la mer et les montagnes, le petit centre-ville historique est avenant, d'architecture coloniale. J' y passe une partie de l'après-midi. Les gens y sont très sympathiques. J'y fais mes courses et les pleins d'eau (7,5 litres) pour mon bivouac et la journée du lendemain. Et je trouve encore une plage à l'écart de la route mais dans la soirée un pick-up amène une famille de dix personnes. Ils dormiront emballés dans des couvertures sur la plage. De Loreto, ils viennent simplement passer le week-end ici, à se baigner et pêcher. Belle soirée en leur compagnie.

 

Puis il a fallu repasser des montagnes taillées à la hache et densément boisées qui semblent impénétrables pour retourner à proximité de la côte Pacifique, où je trouve contre toute attente un air beaucoup plus sec cette fois-ci. Ciudad Insurgentes n'offre rien à voir, sa voisine plus importante, Ciudad Constitucion, lui fait de l'ombre. Il semblerait que plus je vais au sud, plus les villes sont jolies... et riches. Je suis de nouveau sur du terrain plat dans de longues lignes droites, des cultures irriguées bordent parfois la route, parfois quelques vaches broutent l'herbe maigre entre les cactus.

 

Qu'il soit clair, entre Ciudad Insurgentes et La Paz, il n'y a rien à voir, juste des kilomètres à avaler. Les lignes droites sont monotones et écrasées de chaleur, je dois couper mes journées en deux. Je ne peux pas rouler pendant les heures chaudes, c'est à tomber. Le vent trop chaud me brûle littéralement. Je me liquéfie jour et soir (la nuit la température tombe quand même), j'ingurgite des litres de liquide pour compenser et n'y parviens qu'avec difficulté. Je trimballe jusqu'à 7,5 litres sur mon vélo pour assurer le bivouac, ma consommation nocturne et ne pas repartir le lendemain à sec. Ce ne sont pas des endroits où traîner. Mes bivouacs sont jolis, surtout ceux dans les cactus. J'y apprendrai deux choses. La première c'est que même les grands échalas tout raides et tout droits de 6 mètres de haut ne fournissent pas d'ombre et la seconde, c'est que quand tu installes ton bivouac dans les cactus, l'important est ne pas se faire piquer, ni le vélo ni rien d'autre. Je sais c'est facile, je sors. Les couchers de soleil rivalisent de soir en soir, les ciels nocturnes sont impressionnants.

 

Le 7 novembre, j'arrive à La Paz, ville déjà importante. J'y suis logée en warm shower dans une maison où quatre autres voyageurs font escale dont Caroline Moireaux, la Jurassienne que je connais et qui est en voyage depuis de longues années. Réparation de mon matelas au diluant et silicone, couture sur les sacoches, préparation de la suite... Mon jour de repos sera bien occupé. Cette maison c'est comme une auberge mais en mieux, c'est grand confort, calme, disponibilité de Tuly, bref, une étape qui requinque et qui permet de tout remettre en ordre.

 

Je vais laisser des affaires ici (doudoune, veste et pantalon de pluie, polaire...) et partir faire le « tour des caps », tout au sud. Puis je repasserai ici en tentant de ne pas y prendre racine avant de prendre le bateau pour traverser le golfe de Californie.

48 nouvelles photos dans la galerie Mexique.

Fin des US – Joshua Tree – Frontière Mexique

 

Las Vegas est derrière, au nord. C'était la plus grande pause dans mon voyage jusqu'à maintenant. J'y ai nettoyé mon vélo et tout vérifié. La machine tient bien le coup, avec près de 13000 kilomètres déjà au compteur, aucun jeu ne s'est installé nulle part, pas d'usure prématurée, tout est normal, seul mon pneu avant est lisse, usé plus d'un côté que de l'autre, j'en ai de rechange...

 

Donc nous voici partis, avec Nicolas, en direction de Joshua Tree National Park. Trois jours durant lesquels il ne s'agit que d'avancer, le paysage étant plutôt monotone. Et cela tombe bien, nous bénéficions d'un vent favorable. La température est assez élevée mais gérable, nous pouvons rouler toute la journée sans tomber comme des mouches.

 

La traversée du parc national de l'entrée ouest à la sortie sud nous occupe un moment et nous dormons une nuit dans le parc. Le relief est particulier, blocs de rochers éparpillés par centaines au milieu des « Joshua Tree ». Ces arbres, il y en a deux millions dans ce parc (voir les photos), mais nous voyons aussi d'autres espèces, et notamment des cactus aux épines particulièrement méchantes. Attention où nous posons les pneus et même les pieds ! Le parc est en altitude, il y fait bon, nous nous rendons à Keys View d'où l'on domine toute la vallée de Palm Springs, et le nuage de pollution permanent issu des industries et de l'activité humaine des grosses agglomérations de la Californie. Los Angeles est tout près.

 

Après le parc c'est une descente sans interruption jusqu'à Mecca où nous débarquons dans une verte vallée irriguée. Vignes, pamplemousses, poivrons, palmiers dattiers et autres cultures. Cela me fait un bien fou de voir du vert même si cela ne durera que quelques heures. Et à Mecca déjà une grosse partie de la population parle espagnol , mes mots s'embrouillent un peu mais ça viendra vite ! Une connexion rapide permet de voir que nous pouvons être logés le soir même à Brawley avant la frontière et le lendemain à Mexicali de l'autre côté du « mur ». Super, cela permet de fignoler certaines choses. Le lac Salton Sea est salé, comme son nom le laisse supposer, nous le longeons une bonne partie de la journée. Les rives sont absolument désertiques, quelques villages fantômes dorment sous des palmiers isolés.

 

En approchant de la frontière, nous sommes dans des zones agricoles intenses. Les milliers de vaches entassées sous les tôles d'une exploitation par 38°C à l'ombre nous regardent passer avec un regard éteint. Mais c'est la culture qui prédomine et les sillons sont bien droits, comme la route.

 

Alors c'était bien les US. Quand même, il faut le dire. J'ai bien rempli les 91 jours que j'y ai passés, en tout, j'ai vu du pays, je suis allée là où j'avais l'intention d'aller et même plus. Si je n'avais pas du être à Las Vegas le 15 octobre, je serais allée voir le Parc National de Séquoia en plus... J'y ai parcouru plus de 8000 km. J'ai été grandement surprise par l'accueil reçu. Je ne m'attendais pas vraiment à ça, j'étais arrivée avec dans la tête les clichés qu'on a tous plus ou moins, nous Européens. Bref, j'ai été agréablement surprise. Je n'y ai pas déboursé un seul cent pour me loger. Même si je n'adhère pas du tout à bon nombre de leurs idées et propos, je ne pourrai jamais dire que j'y ai été mal reçue ! Ils sont serviables. Et un seul conducteur s'est montré idiot avec moi, il y a longtemps, en me serrant trop tout en me faisant un gros fuck par sa fenêtre, sans aucune raison, juste parce qu'il n'aimait pas les cyclistes ou les étrangers. Ou les deux. Ou les femmes, mais non, ça il n'a même pas eu le temps de voir !

 

Devant les roues s'ouvre une nouvelle page du voyage. Terminé l'anglais facile, bonjour l'espagnol bredouillant. Et puis il va falloir être un peu plus vigilant, plus scrupuleux quant aux endroits où s'installer pour dormir. Bref, c'en est terminé de l'Amérique du Nord... Je n'ai guère idée de ce qui m'attend dans ce pays, je n'ai pas étudié la question, je verrai au fur et à mesure.

 

Dernière photo : Nicolas Maechler