Le festival continue.

 

Je ne vois pas les jours passer, c'est terrible. Arrivée à Nazca après détour par un des nombreux et spectaculaires aqueducs ancestraux de la région, je rentre dans quelques agences dans le but de survoler les lignes de Nazca. Tout est complet ou presque pour la journée mais un type me conseille d'aller directement à l'aéroport. Étant seule, il y aura forcément un trou à boucher dans un avion... En effet, une heure trente plus tard j'accroche ma ceinture dans un zinc avec cinq autres touristes. Survol de tous les dessins et des lignes. Pour que tous les passagers profitent de la vue l'avion penche et fait une boucle à droite puis une boucle à gauche à chaque figure. Ne supportant pas du tout ce genre de traitement, je passe du vert au gris et inversement, me liquéfie littéralement, souffle comme une baleine et lutte au sens propre du terme contre l'évanouissement. Je parviens tout de même à voir ces mystérieuses lignes et prendre quelques photos. De retour sur terre, je ne peux descendre de l'avion, mes pieds et mains sont paralysés. Cependant quelques minutes plus tard je vais mieux et après récupération d'une heure je remonte sur mon vélo et pars dans le désert direction Aréquipa.

 

Je commence par deux jours de vent de folie, de face évidemment, ou latéral. Le soleil se montre quelques heures à partir de la mi journée. Le sable traverse la route, je bouffe de la poussière mais j'avance. Je campe où je peux en me mettant le plus possible à l'abri du vent. Un soir dans un village où ne vivent à l'année que quelques habitants, on me met à dispo un endroit bien abrité, une douche et je peux laver mon linge. Ce n'est pas de refus, la dernière vraie douche remontait à Huanuco, deux semaines. Entre temps lavage au gant de toilette, les cheveux au lavabo d'une station service... Les parties désertiques sont entrecoupées de vallées où coule un mince filet d'eau en cette saison mais qui permet la culture. Des oasis magnifiques et verdoyantes. Je croise ainsi la vallée des olives.

 

 

Les deux jours qui suivent, le soleil ne perce pas, je reste dans la brume. C'est nul pour les photos mais la visibilité est tout de même assez bonne pour que je profite du paysage. Ce littoral est magnifique, très sauvage, très varié, et toujours surprenant. La route continue à faire des hauts et des bas, j'accumule entre 1000 et 1500 m de positif selon les jours. Le 4ème jour, le vent ne se lève pas trop, quel bonheur ! La route est parfois taillée dans des montagnes de sable, d'autres fois elle sillonne entre des rochers, mais elle se déroule vraiment dans des décors de ouf. Dommage de ne pas avoir un brin de soleil. Les bourgades sont rares et petites, quelques épiceries me permettent alors de me ravitailler, et le marché pour mes avocats quotidiens et le pain. La cohabitation avec les poids-lourds ne se passe pas trop mal, ils s'écartent, préviennent, et sont comme toujours plus attentionnés que les gros 4x4. Le trafic est raisonnable, la route est de nouveau belle mais pas d'accotement. J'ai l'impression que c'est encore plus pauvre que dans les montagnes, il y a des gens qui vivent dans des paillotes de 9 m², avec ce vent et ce froid, totalement isolés, mais où se procurent-ils leur eau douce ? Une nuit je plante ma tente dans un bâtiment désaffecté, glauque au possible, borgne, mais j'y suis à l'abri de la tourmente qui fait rage à l'extérieur, une autre nuit dans les cultures d'oignons vers Ocuna sur la parcelle de Keni, qui viendra m'offrir un « cafecito » et aurait aimé que je lui donne un souvenir de France. Je retourne toutes mes affaires dans lesquelles il n'y a absolument rien qui puisse convenir à sa demande. Je me lève tous les jours avant 5 h 30 pour partir tôt à cause du vent. Je me demande où je trouve cette énergie et la motivation mais il ne sert à rien de traîner dans des parties comme ça, il faut se voir avancer... De la patience et un peu de force mentale sont nécessaires, surtout ne pas se poser de question du type « Qu'est ce que je fais là ? Pourquoi je fais ça ? ». C'est mortel.

 

J'arrive enfin à Camana, endroit où je quitte le Pacifique. Je ne pense pas le revoir lors de ce voyage mais espère en voir un autre ! Et là, je commence à grimper. Trafic encore plus épars sur cette route vers Aréquipa, toujours du désert et le macadam qui coupe, par le travers dans le dévers, les montagnes de terre et de sable mêlés. Difficile de trouver où s'installer pour la nuit et à 5,5 km/h, je dois me méfier à ne pas laisser passer une bonne occasion même s'il n'est que 15 h 30. Vue l'heure à laquelle je me mets en route le matin, j'estime que j'ai le droit de m'arrêter tôt... La nuit tombe subitement à 18 heures. À 17 h 45, c'est grand jour, à 18 h 10 c'est nuit noire. J'aime avoir tout terminé avant la nuit, installation, toilette et repas, vaisselle, lavage des dents, tout. Ensuite, dans la tente, je stabylote mon étape sur la carte, fais un petit cercle là où je dors, mets la date. Puis je prends mes notes, allume parfois l'ordi pour préparer le site, puis me couche et lis. En général à 20 h je tombe de sommeil.

 

Ayant quitté la côte et pris tout de suite de l'altitude, soleil et chaleur ne se font pas attendre le lendemain matin. De plus le vent a tendance à m'aider, donc je me gave de ces paysages immenses. Au fond, derrière le sable, il y a les massifs du Coropuna, englacé et culminant à 6613 m et un peu à droite, le cône parfait de l'Ampato à 6310 m, blanc lui aussi et très actif puisque je vois des panaches de fumée qui en sortent à intervalles réguliers. Plus loin j'aperçois le Chachani et peut-être le Misti à 5822 m, qui fait de l'ombre à la ville d'Aréquipa. Ah ah, preuve que j'approche ! Je traverse une zone de vigne, puis une zone de production de lait et yaourts. Les contrastes sont saisissants, au fond j'aperçois dans la brume les cônes des volcans, 5000 m plus haut ! Pas d'eau douce potable dans le secteur, pas de puits, pas d'eau fossile, il faut acheter des bidons ou la bouillir. Les locaux la font bouillir. Le soir mes yeux sont fatigués de lumière, les nuits sont douces, ni chaudes ni froides.

 

Aréquipa me voilà. Je trouve facilement à me loger et pose mes sacoches pour plusieurs jours. Le premier c'est lessive, repos, internet, je trouve un magasin de vélos, il faudra que j'y vienne avec mon engin, et je réserve par une agence une rando de deux jours dans le canyon de Colca, un des plus profonds du monde. Je passe par une agence car j'ai envie d'être en groupe et de me laisser porter, le coût n'est pas très élevé. Paysages magnifiques et différents encore, je me régale pendant ces deux journées passées dans la bonne ambiance d'un groupe de jeunes et bons marcheurs cosmopolite. J'ai beaucoup apprécié que le guide nous parle de son pays et sa région sans cacher les aspects négatifs, comme la ségrégation homme/femme depuis la tendre enfance, la violence conjugale (d'ailleurs quand je suis arrivée à Aréquipa, il y avait une manifestation sur la place principale pour le droit des femmes, et pas d'hommes dans la manif...), les coups de ceinture des instituteurs sur les enfants comme si ça faisait rentrer les connaissances dans le cerveau, l'alcoolisme, l'exploitation minière légale ou non et la contamination qui en résulte, qu'il nous parle avec précisions des cultures en terrasses, du mode de vie des gens qui vivent encore aujourd'hui sans accès « routier », et qu'il nous montre quelques plantes médicinales ou la cochenille, dont le sang est utilisé en teinture, qu'il nous donne des faits et des chiffres sur l'élevage et le prix de la viande et la laine d'alpaga et autres, la quinoa, la cocaïne et les trafics de drogue ou encore de l'abandon des terres par manque d'eau depuis quelques années sur certains secteurs. Ses commentaires étaient intéressants. La randonnée est récompensée par un passage dans les eaux thermales chaudes de Chivay. J'ai trouvé les paysages aux alentours du canyon plus beaux que le canyon lui-même. C'est à dire que j'aime quand le regard porte loin et je suis toujours comme une gamine et excitée comme une puce devant ces immensités de ouf. Les volcans fument au dessus de la pampa, point culminant de la route à plus de 4900 m. Tout de même.

 

Le retour à Aréquipa est rendu difficile par la fête qui se prépare et commence. En effet, soir du 14 et 15 août toute la journée, des groupes de danseurs et autres viennent de tout le pays pour défiler et parader. L'événement attire une foule nombreuse et compacte. Se frayer un chemin, même à pied, est un défi, j'ai du mal à rejoindre mon auberge... Ma fermeture éclair de tente intérieure n'est pas arrivée d'Europe, je ne peux pas aller chez le vélociste et je ne sais donc pas quand je repartirai de la ville. Toutefois ce repos me fait du bien, mes courbatures sont terribles, je profite des festivités, je prends un bain de foule et discute avec tout le monde à l'auberge avant de retourner à ma solitude. Tout va bien. Au moment où je poste cette mise à jour, toujours pas de colis, je vais changer ma chaîne de vélo et tenter de me joindre cet après-midi au « Free walking tour » de la ville, petite lessive, bref, m'occuper en tentant de ne pas trop piaffer d'impatience de reprendre la route.

Beaucoup de nouvelles photos dans la galerie comme d'habitude.

À une prochaine, probablement depuis la Bolivie.

Montagnes, océan, désert et lignes !

 

Huanuco, pas grand chose à voir, je trouve les rues étouffantes et il n'y a même pas d'église sur le pourtour de la Plaza de Armas. D'ailleurs pas de souci on est bien dans les Andes, les Christ sont écorchés vifs sur leur croix, bien ensanglantés... Je prends un grand plaisir à sillonner les allées aseptisées et climatisées du centre commercial, si si sans déconner, et goûte à la musique commerciale avec délectation. Je m'envoie la boite entière de 9 têtes de nègre en rien de temps, miam miam, il n'y a bien qu'en voyage (à vélo) que je peux me permettre ça... Mes hôtes sont très à l'aise financièrement : hôtels, vaches gérées par d'autres, atelier de boulangerie qui fournit la moitié de la ville, épicerie. La fille est avocate. Ils me gavent à tous les repas, je suis bien ; le genre d'endroit où il ne faut pas rester trop longtemps sous peine de prendre racine. Le père me tient des grands discours sur l'agriculture modèle de son pays, se vante de toutes les richesses du sous-sol, des quelques collèges du pays où sont envoyés les éléments les plus brillants dans le but d'en faire une élite (futurs grands corrompus...), certes, mais quand je lui demande alors pourquoi, avec tant de richesses, les infrastructures notamment routières et hospitalières, le système éducatif et de santé ne sont pas mieux que ça et pourquoi il y a tant de pauvres, gens qui triment toute la journée et qui vivent à 4000 m d'altitude sur de la terre battue avec quatre planches et une tôle pour maison ou gens des villes qui dorment sur les trottoirs, la discussion vire sur la corruption de folie, la déforestation massive, l'utilisation abusive des pesticides et l'exploitation minière illégale et absolument destructrice, les km de tapis roulants qui transportent le minerai ou l'uranium directement dans les bateaux chinois sans aucun contrôle, la répression. Entre autres. Alors finalement c'est pas le Pérou hein ! Parce qu'il y a quand même une bonne partie de la population, notamment rurale, qui me semble usée à 35 ans. J'ai vu des socs de charrues en bois, tirées par des hommes, travail de forçat ! Et après l'adolescence, il n'y a plus grand monde pour user les bancs des salles de classe. L'argent prévu pour asphalter les voies de communication engraisse les politicards corrompus... Et il vaut mieux être jeune et en bonne santé que vieux et malade.

 

Bon, j'ai repris la route avec un gros sac de pains dans mes sacoches. M'attendent 111 km de montée. Huanuco est à 1880 m, je dois aller à 4380 m, c'est la route la plus facile pour sortir de Huanuco, la nationale, asphaltée, qui va vers Lima, La Oroya, Huancayo, bref, l'axe principal. Un jour et demi me sera nécessaire pour atteindre là-haut quelques lagunes où des flamands rose font le pied de grue. Je me demande toujours comment leurs pattes ne gèlent pas. Et puis des alpagas, domestiques. Après avoir passé un village-mine et des montagnes rongées par les engins, je débouche dans une immense cuvette baignée d'un lac qui fait l'objet d'un parc national : Junin. Paysage limpide, distances trompeuses, faux-plats montants interminables contre le vent glacial. À 4150 m d'altitude, les degrés ne sont pas nombreux. Je pose ma tente dans une carrière abandonnée. Difficile de trouver un endroit à la fois à l'abri des regards, à l'abri du vent, au soleil couchant et au soleil levant. Il manque toujours au moins une de ces qualités, ou plus.

 

Le lendemain matin, faux-départ. Je remballe, sors mes sacoches, bricole mon vélo et me rends compte que le petit crachin qui tombe sous le ciel gris moche gèle en arrivant au sol. Je rentre mes sacoches, regonfle mon matelas, termine « Le superbe Orénoque » de Jules Verne avant de remettre le nez dehors et de partir pour de bon sous le soleil et tente sèche à 10 heures. À 14 h 15 en ce 27 juillet, jour de St Nathalie sur le calendrier, je fais le lien avec le voyage de 2012. À La Oroya, je rejoins l'itinéraire Lima-Santiago parcouru 6 ans plus tôt, lui-même rattaché à Santiago-Ushuaia il y a 2 ans. Je peux dire désormais que j'ai pédalé de Terre-Neuve à Ushuaia, je fais vite fait le compte de kilomètres dans ma tête : plus de 45 000 assurément  ! Rien que sur les Amériques. La ligne droite ? Le « Au plus court » ? Connais pas ! Mais la ligne est tracée ! Le souvenir de La Oroya est net et précis dans ma tête, ville minière absolument horrible avec sa grosse usine et le rio Mantaro qui coule, pas très clair, au fond de cette gorge encaissée entre des montagnes blanches. Des seaux de minerai qui passent par dessus la route pour aller de la mine, où le tas de matière excavée a probablement grossi, à l'usine et sa grande cheminée. Il y a six ans, nous avions fait halte et dormi à La Oroya, puis à Jauja, mais cette année, fidèle à mes habitudes, je vais plus loin et campe. L'itinéraire commun ne fera que 118 km, en effet, à partir de Huancayo, je prendrai une autre route. Ceci dit, le but, l'objectif de ce voyage est désormais atteint, tout ce qui adviendra à partir de maintenant n'est que bonus, je continue en tentant au maximum d'éviter de repasser aux mêmes endroits et je n'irai pas à Ushuaia de nouveau ! Au soir dans ma tente à 3700 m c'est un peu l'euphorie et je n'ai même pas une bière pour fêter ça !

 

Et puis je me souviens aussi de Huancayo, de ses ralentisseurs de m... qui obligent à passer au pas, tous les 300 m pendant plus de 10 bornes, sans exagération. Je file droit chez mon hôte, il est 14 heures. D'autres cyclos sont là, en route depuis deux ans et sans limite apparemment. Nous passons une bonne soirée mais vu le confort spartiate de la maison, je décide de ne pas prendre de jour de repos. Le lendemain, c'est la surprise. Google maps satellite montrait une belle bande d'asphalte tout le long, j'ai fait un détour de 100 km par Huancayo pour rester sur le macadam et je me retrouve sur de la piste encore pour passer à plus de 4300 m. Heureusement la pente n'est pas très raide et les pierres ne dépassent pas trop donc je suis le plus souvent sur le vélo. Bivouac à 4125 m au dessus du dernier village, dans un cadre absolument superbe. Bivouac quasi parfait bien qu'un peu frais, abri des regards et du vent, soleil levant et couchant, silence pas mal. Piste peu empruntée dans un décor de dingue, des montagnes à perte de vue, jaunes, vertes, noires, brunes et blanches tout au fond. Paysage ouvert. La vie tranquille, pauvre, habitat de misère pour cette altitude. Les gens sont rudes, résistants, certes habitués mais quand même. Cultures de céréales et pommes de terre. Suivant le terrain, l'altitude, la région, de la forêt amazonienne aux pieds des glaciers, il en existe plus de 3000 variétés différentes dans ce pays, de toutes les couleurs et consistances. Les surprises continuent le lendemain puisqu'au lieu d'avoir ce col à 4330 m à passer, je dois en fait me hisser deux fois à 4650 m avec une petite descente entre les deux puis ensuite, après de nouveau une descente, remonter cette fois-ci à 4750 m. Heureusement, les paysages sont juste à couper le souffle (hum, ouais) toute la journée. Lagunes, flamands roses, formes de roche inédites, regard qui porte loin, quelques traces de neige et des sommets englacés au loin, bref du vraiment grandiose.

 

Puis la descente le long du rio Canete que je suis jusqu'à l'océan, un truc de dingue, des gorges entre des parois verticales de je ne sais combien de centaines de mètres de haut, un canyon, la rivière d'une limpidité incroyable, bleue et blanche, très belle, la route très étroite et en mauvais état sinue à des endroits improbables, quelques villages dont on se demande ce qu'ils font là, et ça dure plus de cent kilomètres, vent de folie, de face, dans ce corridor comme j'en ai jamais vu je crois. Cette route devrait être dans les incontournables de ce pays, depuis Huancayo c'est du grand régal, et j'ai bien fait de prévoir trois jours de nourriture... Mon compteur me lâche, ne veut plus rien savoir... Alors que cela fait déjà 65 km que je descends, je plante mon bivouac à 2400 m au milieu des … cactus, là où il y a un petit élargissement de la vallée. Le lendemain, après réglage et remise en route de mon compteur et changement de câble de dérailleur arrière pour cause de casse, je continue à descendre, croise un cyclo polonais habitant à Lima, à vélo couché ! Le premier truc qui me vient à l'esprit en le voyant est : « Je ne voudrais pas refaire le chemin à l'envers... », même s'il a ce vent violent pour l'aider, puisque je l'ai de face. La vallée s'élargit enfin, devient urbanisée, cultivée, et je rentre dans les brumes côtières, ce qui rend tout bien glauque et bien morne. Bivouac au calme à 20 km de l'océan, avant les agglomérations et la Panaméricaine.

 

La brume pacifique n'est pas une légende mais l'hiver tirant à sa fin, j'ai du soleil, pas trop fort l'après-midi et la température est idéale pour rouler. Trois mètres d'accotement et un trafic raisonnable, ça va, je peux écarter les coudes ! Des kilomètres de désert, parfois la vue sur l'océan, parfois des zones cultivées, et de grands espaces couverts qui abritent des milliers et milliers de poules ou des fabriques de farines et huiles de poissons. Toutes des choses qui ne sentent pas la rose. C'est glauque quand c'est brumeux et tout de suite mieux quand le soleil perce, je campe dans une paillote qui ferme, avec la vue. Trouvée par hasard... Le jour suivant j'arrive tôt à Pisco, célèbre pour sa boisson excellente. La ville n'a pas grand chose d'autre à offrir, par contre un peu plus loin il y a Paracas, une oasis dans le désert au bord de l'océan. Entre les deux il y a des gros réservoirs de combustibles où viennent charger les poids-lourds que je vois partout sur les routes. Paracas, touristique à mort et pour causes, sa réserve et les îles Ballestas. Minuscules cailloux regorgeant d'arches et peuplés de milliers de sternes, de pingouins, de phoques, de lions de mer, de mouettes, de cormorans, de pélicans. Tout cela pue à des centaines de mètres à la ronde mais le spectacle vaut l'odeur. Une usine employant 25 personnes récolte le guano. Entre Paracas et les îles, il y a le premier géoglyphe que je vois de ma vie, ces dessins dans le désert dont l'origine est mystérieuse, celui-ci s'appelle le candélabre. Nettoyé par le vent il est toujours visible, c'est incroyable. À noter qu'en ce jour et comme j'ai toujours de la chance, la brume était dissipée avant dix heures et j'ai pu bénéficier d'une magnifique journée pour toutes ces visites. Je m'éloigne de la côte et vais camper dans le désert avec pour horizon le « gran tablazo d'Ica », ce massif minéral qui sépare la panaméricaine (qui fait trop de bruit à des kilomètres) de l'océan. Je ne sais de combien de kilomètres de la panaméricaine il faudrait s'éloigner la nuit pour ne plus l'entendre, mais c'est vrai, je suis sur une éminence pour la vue, mais pas bien pour le bruit ! Cette dernière est passée d'autoroute à route normale mais l'accotement, pour le moment, reste très confortable et sécurisant.

 

Cet autre Pérou me donne l'impression d'avoir changé de pays, j'ai aussi la sensation d'avoir plus de signes amicaux et enfin moins de « gringo » balancés sans savoir de quoi il retourne et qui étaient parfois passablement agaçants. Il y aurait un troisième Pérou à voir, celui de la forêt amazonienne. Ce pays est étonnant et riche de diversité.

 

Ica, déjà grande ville et pas grand chose à voir, passage en rase-motte, je laisse ensuite les agglomérations puis les vignes avant d'aller camper encore dans le désert. Deux heures avant de m'arrêter, le vent me scotche au plat à 10 km/h. Je profite de quelques arbrisseaux trop près de la route pour m'installer à l'abri de cette saloperie et des regards. Il n'y a rien à faire, j'aime vraiment camper dans la nature. L'accotement est pourri depuis Ica...

 

Le lendemain, le vent est levé avant moi, et donc avant le jour. Les premiers kilomètres sont d'enfer, 7 km/h, à ce train là, il va me falloir deux jours pour arriver à Nazca. Heureusement plus loin ça s'arrange un peu. Désert de gravillons, à l'infini. Le soleil perce à 11 heures alors que j'attaque des reliefs. Peu après, l'oasis de Rio Grande me laisse bouche bée, je m'attendais à tout sauf à ça en basculant derrière la montagne. Des orangers par centaines, par milliers, et des monstrueux tas d'oranges à vendre sur le bord de la route. À Llipata, il y a même un bâtiment « Marché aux oranges, 1948 ». La cuvette est verte et luxuriante, entourée de montagnes totalement minérales. Une iguane de bonne taille me coupe la route... Des lignes et géoglyphes commencent à être indiqués sur le bord de la route, je fais le déplacement pour quelques-uns mais ne suis pas subjuguée. Puis j'arrive aux lignes de Nazca elles-mêmes. Je sais qu'il n'est qu'une manière de les voir correctement : l'avion, mais je monte tout de même en haut de la tour de ferraille pour voir quelques figures, et puis les lignes. Bof. J'installe mon bivouac un peu plus loin, impossible d'échapper au bruit de la route et au vent. Les pâtes au sable ne sont pas de ce qu'il y a de plus exquis, je termine le repas dans la tente. Alors ? Avion ou pas ? Réponse au prochain épisode.

Le Pérou sous toutes ses formes ou presque.

L'étape qui me mène à Cajamarca est très belle encore, les gens travaillent courbés dans les champs où tout est fait à la main. Les femmes portent de larges chapeaux très hauts sur leurs tresses noires et les vêtements colorés propres à tout ce peuple andin, les ânes servent à porter les charges, quand elles ne sont pas directement sur le dos des femmes. Cajamarca, jour de repos, je loge tout près du marché et pas loin de la Plaza de Armas, nickel, j'ai tout sous la main.

Le redémarrage le jour suivant est rendu difficile par une diarrhée inexpliquée, et du vent de face dans le relief qui continue à mettre les jambes à contribution. Andy, un cyclo allemand, me rattrape, mon état s'améliore et nous allons ensemble jusqu'à San Marcos où arrivent derrière nous un couple d'Australiens. Tout ce monde décide de passer la nuit là mais il n'est que treize heures aussi je continue. De toute façon, dans quelques dizaines de kilomètres, ils prendront tous directement pour Huaraz par la piste alors que je descendrai vers le Pacifique et Trujillo. J'ai renoué avec le bivouac sauvage, ici rien n'est clôturé et c'est vraiment facile. Plus je monte, plus la route est en

 mauvais état, les relances sont incessantes, un coup après manque de macadam, un coup après série de nids de poule, un coup après ralentisseur (meurtriers), un coup après que sais-je, mais en gros dès qu'un rythme est pris, il faut de nouveau freiner, passer au pas, et relancer... Le marchand de glaces avec son engin-glacière motorisé suit la même route en cornant à chaque habitation pour prévenir de son passage. À l'entrée de Huamachuco, l'épicière me dit qu'après le village ça descend jusqu'à Trujillo... entre temps je suis montée à 4100 m et ai refait 1700 m de positif ! Pas moins ! Je l'aurais moulue ! En effet contre toute attente et dans un paysage où la montagne est complètement rongée par l'exploitation minière intensive, j'ai du me hisser tant bien que mal à 4100 m et ensuite faire le yoyo entre 3800 et 4000 m pendant de longs kilomètres. Mais là-haut, il y avait des lagunes dans de grands espaces à la végétation rase. Au loin j'aperçois la Cordillera Blanca enneigée dont les sommets les plus hauts sont un peu dans les nuages. Je campe sous le village de Shorey, totalement dévoué à la mine. Ce n'est pas joli joli et tout est mort, 

végétation et ruisseau. Ce dernier coule, rouge, couleur probablement due aux produits utilisés. La route qui me mène à Trujillo dégringole ensuite de la montagne en ne remontant que 2 fois (500 m de déniv tout de même) et me voici au niveau de l'océan.

Après avoir retrouvé d'abord les cultures d'ananas puis les champs de cannes à sucre, l'arrivée dans l'une des plus grandes villes du pays, capitale de la province de « La libertad » est glauque à souhait. Kilomètres de décharge de chaque côté de la route, poussière dans la brume et pas de bonnes ondes. Je ne traîne pas et file au centre. Le courant marin froid de Humbold qui remonte la côte provoque cette brume sur une quinzaine de kilomètres à l'intérieur des terres, voire plus. Dans l'après-midi cependant, le ciel est bien bleu. À Trujillo, je m'installe pour deux nuits à la Casa de Ciclista, au centre-ville, chez Lucho. Atelier de réparation, chambre, wifi, le tout à 6 cuadras de la Plaza de

 Armas. Par contre, pendant le temps que j'y resterai, pas d'eau à Trujillo hormis la nuit et je devrai me passer de douche. Le linge que je porte à la laverie me reviendra aussi sale que quand je l'ai porté. Ma motivation en descendant ici est de voir la cité Chan Chan. C'est un site archéologique de l'époque pré-colombienne, classé par l'Unesco, et une des plus grandes, sinon la plus grande cité en terre battue de l'Amérique du Sud. Les vestiges s'étendent sur des kilomètres carrés dans le désert entre Trujillo et l'océan et seule une infime partie est ouverte au public. Les restes sont protégés des pluies par des toits. Dans la foulée je file voir l'océan à Huanchaco, réputé pour ses bateaux fabriqués avec des espèces de joncs, les totoras. Effilés et relevés à l'avant, larges et plat à l'arrière, ils sont faits pour surfer sur les vagues océaniques. Huanchaco, cité balnéaire fréquentée par les surfeurs, adossée au désert.

De Trujillo, je repars avec Konnie, un cyclo équatorien, et nous ferons route ensemble pendant trois jours. Le premier jour, nous sommes sur l'accotement de la panaméricaine, dans la brume toute la matinée, dans le désert. En milieu de journée nous nous éloignons de la côte et avons du soleil. Le désert est superbe, dunes de sable, vent de côté, hum, on en mange ! Nous prenons ensuite une piste, c'est absolument infect pour rouler mais nous sommes vraiment dans le désert, c'est du 100% minéral, c'est coloré et superbe. Bivouac pur silence, ça fait du bien. Le lendemain, après avoir récupéré l'asphalte, nous commençons la remontée du canyon del Pato (canyon du canard). C'est spectaculaire tout le long, encaissé. La route est taillée dans la falaise 

et les kilomètres de tunnel sont nombreux. Il ne faut pas se trouver au milieu à l'heure du bivouac ! La vallée se poursuit et sans bifurquer, me mènerait droit à Huaraz. Mais je suis au pied de la Cordillera Blanca où se trouvent l'Alpamayo, le Huandoy, le Huascaran, le Nevado Copa (que nous avions gravi il y a 23 ans avec Michel), et j'ai un peu envie d'aller les voir de plus près. La météo annonce beau, je bifurque à Carhuaz et commence l'interminable montée qui me fera passer à 4800 m à Punte Olimpica. Un seul village, je suis vraiment dans le Pérou rural authentique. Arrivée à l'entrée du parc national, je refuse de payer les 30 soles demandées pour rester sur la route, la seule goudronnée qui traverse le massif, arguant que je paie assez avec mes jambes, le garde me laisse passer en dodelinant de la tête. Je lui dis que quoi qu'il en soit je serai hors-la-loi car je ne pourrai pas passer le col dans la journée et devrai bivouaquer dans le parc, son ticket n'est valable que pour un jour... La seconde partie de la montée est une suite impressionnante de lacets dans le coteau hyper raide et trouver à poser la tente sans être vue de la route est un défi. J'y parviendrai (ce devait être le seul endroit sur plus de 1000 m de  déniv). Sur une espèce de plate-forme à l'intérieur d'un lacet, je suis invisible, et pourtant la route passe à 5 m au dessus, et à 5 m en dessous. Mon vélo est planqué ailleurs car l'accès à mon

 endroit plat et spacieux juste en face du Huascaran est trop scabreux pour que j'y amène ma monture. Dans la soirée les sommets se dégagent enfin mais le soleil est déjà couché. Je dors à 4255 m. Bonne gelée mais l'air est tellement sec que la tente n'est même pas humide au matin.

Je poursuis la montée. L'eau qui ruisselle sur les rochers a formé une carapace de glace. Les sommets sont dans les nuages et j'ai peu d'espoir que ça se dégage. Du coup je regrette un peu mon détour, qui me coûte très cher en kilomètres, en dénivelée et donc en énergie, mais bon, c'est la vie.  La vallée de Huaraz est sous le ciel bleu et j'aurais probablement vu plus en y restant. Encore deux heures dont la moitié à pousser mon chargement et me voici au tunnel, point culminant à 4760 m. Autant dire que j'ai le souffle court depuis un moment. Le tunnel est un boyau noir d'encre de 1400 m de long, en pente descendante. Les fuites sont nombreuses et je prends quelques douches. La route est une patinoire et le plafond une constellation de stalactites de glace. De l'autre côté, c'est bouché bouché, je ne vois que le bas des grands glaciers dont la couleur se confond avec celle du ciel. Dommage, j'hésite à faire demi-tour puis finalement me dis que loin des circuits touristiques, je baignerai d'autant plus dans la culture andine. Descente en lacets encore.

À l'entrée du village de San Luis, le macadam s'arrête et l'état de la piste est tel qu'il n'est pas possible de rester sur le vélo. Pousser s'apparente à un défi, ma petite roue avant bute sur toutes les pierres, c'est infect. Renseignements pris, cela durera 65 km, avec un col à 4250 m à passer. Sur la carte c'est une route jaune, donc une piste, mais de là à imaginer un tel chemin muletier ! Pas de véhicule pour aller à Huari l'après-midi, les 65 km nécessitent quatre heures de bagnole... Comme je crois à ma bonne étoile, je complète mes vivres et pousse ma monture sur la piste. 10 minutes. Un pick-up se pointe, je fais signe, il s'arrête. Le type ne va pas à Huari mais monte un bon bout. On charge et me voici propulsée 600 m plus haut, gratuitement ! Dans la voiture, une vieille femme me sourit mais nous sommes incapables de communiquer, elle ne parle que le Quechua, comme beaucoup de gens âgés dans ces montagnes reculées et peu accessibles. Une fois posée au milieu de nulle part, je pousserai encore deux heures dans la caillasse avant de me poser, de nouveau à 4250 m. Un camionneur qui passe par là un peu plus tard me dit que juste plus loin il y a une maison, un refuge ouvert, que je pourrais y dormir, mais j'ai déjà monté ma tente, gonflé mon matelas et suis trop lessivée pour tout redéfaire et recharger au risque de me trouver dans un endroit sale que je ne pourrai pas chauffer (donc je suis peut-être mieux sous ma tente). Dans le début de nuit, il passera tout de même trois véhicules.

Au matin, le temps est maussade, il pleuvine. Je décide de tout remballer très vite et de monter petit-déjeuner à ce refuge. Je n'ai jamais eu le temps d'y arriver.

 Je n'hésite qu'une seconde quand un petit van de transport en commun se pointe, on charge tout sur le toit et me voici embarquée pour Huari. Et qu'est ce que j'ai bien fait car le col n'était pas là encore mais bien 5 bornes plus haut, à 4380 m, par contre j'étais juste sous un joli lac, et les 50 kilomètres restants étaient un désastre. Ils m'auraient pris au moins la journée même si ça descendait et auraient bien massacré mon vélo. Aucun regret ! Arrivée à Huari, je croise le temps de manger une cyclo basque espagnole qui va dans l'autre sens. Je lui confirme qu'il FAUT prendre un véhicule sur ce tronçon, à moins d'avoir un fatbike, et encore ! Nous échangeons des renseignements et me voici partie. La route : jamais plus de 200 m d'asphalte en continu, je passe mon temps à monter et descendre de mon bicycle à pédales, c'est très dur pour les jambes, j'ai l'impression de ne pas avancer, je suis à 2500 m, au pied d'un col à 4500 m. Je prends quelques petites averses, le ciel est un peu gris, je trouve le temps long. Je passe Chavin, c'est la fête patronale, fanfare et flonflons, ambiance bon-enfant. Je campe un peu plus loin, avant d'entrer dans des gorges profondes et étroites qui m'interdiraient tout bivouac. Je n'ai pas eu le courage d'aller visiter le site archéologique, claquée.

Le relief de cette région est un truc de dingue, tout est raide, partout. Faire 60 km dans la journée est un exploit. Quand ça monte ça monte et certains bouts se font à pied en poussant courageusement, et quand ça descend, il y a toujours quelque chose pour te mettre à 5 km/h tous les 200 m. Mes moyennes journalières sont toujours sous les 10km/h. Je ne parle pas de la poussière que j'avale et qui macule mes fringues, des coups de klaxon dont me gratifient à peu près tous les véhicules, certes souvent de manière amicale, mais la répétition me pète les tympans, des chiens qui me courent après tous crocs dehors par dizaines chaque jour en jappant tout ce qu'ils peuvent et m'obligent parfois à mettre pied à terre, des ralentisseurs pointus ou des creux pour que l'eau traverse la route à la saison des pluies, des travaux... le tout entre 2500 et 4800 m d'altitude. Tout est fait pour tuer les jambes.  À part ça, je réponds vingt fois par jour aux mêmes questions, et toujours avec le sourire, si si, la curiosité des écoliers en uniforme, des ouvriers de la voirie ou des commerçants et des autres fait plaisir à voir ! Tout va bien, je suis juste au Pérou hors des axes principaux, tout est normal. Ça me bouffe bien de l'énergie aussi mais c'est le jeu, et l'image que nous, cyclos, laissons en traversant les pays est importante. D'ailleurs quand des gamins, cartables sur le dos, m'accompagnent en courant, je ne manque pas de toujours leur taper un brin de causette et d e m'intéresser à eux. À la question récurrente autant de la part d'adultes que d'enfants : « Pourquoi tu ne prends pas une auto ? », je réponds inlassablement que si j'étais dans une auto je ne pourrais pas leur parler. S'ensuit souvent un petit moment de silence. Ah ben oui !

De Chavin, il a juste fallu repasser un col/tunnel à 4516 m, dans le grésil, le vent et la moitié du bas en piste où je pousse. Mais de l'autre côté, ah, de l'autre côté, je suis enfin récompensée. Déjà, plus de bleu dans le ciel avec des gros moutons blancs, une belle vallée glaciaire, un lac turquoise, des grands espaces, des pelouses rases, un terrain doux, des petits canaux d'irrigation encore utilisés, une descente de rêve sur un macadam nickel et des sommets blancs de la cordillère blanche qui dépassent. En face c'est la cordillère noire, les sommets moins hauts n'ont pas de neiges éternelles. Me voici revenue à 60 km d'où j'avais quitté cette vallée de Huaraz. Je continue vers Conococha à plus de 4000 m. Grands espaces encore, magnifiques, petite rivière qui méandre, quelques bêtes qui paissent paisiblement, vent qui m'aide, enfin... jusqu'à Conococha, car après j'ai tourné et les bourrasques latérales me bousculaient bien. Encore un col, 4380 m, et je plonge de nouveau dans ce relief très abrupt, puis commence à monter le col suivant (4720 m) que je passe le lendemain matin après avoir tiré Gwenn de sa tente, un cyclo français qui attendait une meilleure météo et que la neige de la nuit fonde un peu ! Oui oui, la neige ! Nous roulerons ensemble trois jours jusqu'à Huanuco. Entre temps, des hauts et des bas de 4500 à 1900 m, de 0 à 30 °C, une fête dans un hameau avec orchestre et groupe de danse, de la piste et du macadam, et des chiens toujours. Les chapeaux des femmes ont changé, ils sont maintenant foncés voire noirs, ornés de fleurs et sous les jupes pour aller aux champs il y a des jupons brodés et colorés. Huanuco donc, je suis logée chez Midori, jour de repos, lessive à la main, couture... il y a toujours à faire. Je suis toujours au nord de Lima avec plus de 2000 km dans les jambes dans ce pays, je serai dans les montagnes encore quelques temps avant de rejoindre la côte pacifique. Au niveau moral, c'est moins facile en ce moment, quelques soucis gastriques, une météo capricieuse qui m'a empêché de voir ce que j'aurais du voir en passant par cet itinéraire, et ces dénivelées de folie sur de courtes distances mettent à mal la motivation. Cette journée à glander va me faire le plus grand bien !

Vagues, désert et saute-montagnes.

 

Des kilomètres de sable blond, voilà la côte pacifique de l'extrême nord du Pérou. Peu de vagues, peu de marées, cet océan porte bien son nom. Je le longe pendant deux jours. Les petits villages dénués de tout voudraient se laisser croire qu'ils ont des airs de station balnéaire. Seuls quelques « hôtels-clubs » aux piscines désertes des grandes chaînes peuvent parfois donner l'illusion. Des petites gargotes, des poissons frits, des gens souriants et détendus, des motos-taxis triporteurs, une circulation très tranquille. Et du vent de face ou de côté, forcément. Je loge une nuit chez un WS qui met en fait à dispo un bungalow sur la plage. Luxueux le bungalow, enfin... pour moi !

 

Le lendemain c'est le début de la traversée du désert de Sechura. Il n'est pas plat ce désert, il est plein de micro-reliefs et même de profondes gorges, et puis dans certaines parties, on y voit des troupeaux de... dericks, les poules picoti picota, lèvent la queue et... Ben non, sautent pas en bas, remontent et sucent le sang de la Terre. Picorent l'or noir. Je ne peux m'empêcher de penser à Bakou, à la Caspienne et toute cette histoire. Le soir je bivouaque sauvage dans le désert mais ne parviens pas encore à bénéficier d'un vrai silence, toujours il y a un vague bruit de fond. C'est bonheur quand même. Le fait d'être seule dans ce voyage fait que je ne bivouaque pas assez à mon goût et me retrouve trop souvent dans des environnements bruyants ou éclairés. Il faut que je remédie à ça et reprenne de bonnes habitudes...

 

Encore une journée (moins belle que la précédente) et me voici dans la grande ville de Piura, et après quelques courses alimentaires, je me rends direct chez mon hôte WS à 3,5 km. C'est un camping (désert), bar-restaurant. Une oasis. Une piscine, de la verdure sous les arbres, du calme, à part les chiens du voisinage qui gueulent, comme toujours. J' y resterai trois nuits. Première demie-journée occupée à m'installer, discuter, laver ma garde-robe à la main. Second jour dimanche, nettoyage de la transmission de mon vélo (et autres), et je me rends compte que ma roue arrière fait vraiment un sale bruit, il y a des choses pas normales qui se passent au niveau du moyeu. Je dois faire voir par un spécialiste, ce sera donc le lendemain. Il y a pire comme endroit pour attendre, j'entreprends alors de changer câble et gaine de dérailleur avant qui devient impossible à manoeuvrer depuis quelques jours. Le bitonio au bout du câble est carrément incrusté dans ma poignée, pince, dégrippant, rien n'y fera et heureusement dans l'atelier de Gonzalo je trouve une perceuse qui me sauve la vie, je désintègre le bitonio ! Je profite de la super connexion internet pour potasser la suite. Le lundi, Gonzalo m'emmène chez un vélociste, puis un second parce que le premier attaquait à démonter ma cassette à la clé à griffes, et là, pas vraiment de surprise, les cuvettes (ou cônes) sont foutues. Le mécano vénézuélien, professeur de mathématiques de son état est arrivé ici depuis deux mois avec son frère, démonte lesdites pièces sur un vélo neuf pour me dépanner car il n'en a pas en stock. Cool. Pièces et main-d'oeuvre : 10 euros. Et depuis j'avale les kilomètres sans les voir passer, la différence est juste énorme. Chez Gonzalo, il y a aussi un autre cyclo, Yohann, vénézuélien (oui encore il y en a partout, je sais). Nous repartons ensemble le lendemain pour de longues lignes droites dans le désert encore. Ce n'est pas monotone, c'est même beau ! Le désert est maintenant bordé à droite par les sommets de la cordillère de Guamani. Bivouac sur la berge d'une rivière... de sable.

 

Le lendemain en sortant du lieu de bivouac, Yohann crève, il me dit de prendre de l'avance mais à Olmos 50 km plus loin, personne. J'attends un moment mais il ne vient pas, je demande aux automobilistes, réponse négative. Je finis par faire mes courses et repartir, j'attaque un col qui culmine à 2137 m, donc il me rattrapera. C'est bon de prendre un peu de hauteur mais ce sera de courte durée (enfin... le temps de monter quand même, avec un bivouac au milieu). En effet de l'autre côté du col, c'est la grande descente d'abord le long du rio Chamaya. La vallée est superbe, les rizières en terrasses offrent une palette de verts chatoyants. Je campe sous les manguiers d'une petite exploitation familiale, avec des canaux d'irrigation pour me laver et faire une lessive.

 

Le jour suivant je continue à descendre légèrement, et ce jusqu'à couper le rio Maranon, qui est une des plus grandes rivières du Pérou. Il est de ceux qui forment après Iquitos le mythique Amazone. D'ailleurs en traversant le fleuve j'entre dans la province des Amazonas ! Et c'est alors une autre rivière que je commence à remonter, l'Utcubamba. C'est superbe, vallée alluviale garnie toujours de rizières, entourée de montagnes. J'ai bien sur retrouvé chaleur et humidité. Puis la route se faufile dans des gorges, je bivouaque une nuit sur une petite plage cachée en contrebas de la route, peux même profiter d'une baignade. L'eau est froide et c'est bien (je peux ainsi refroidir mes yaourts et mon eau de consommation!). Cette route est parsemée de hameaux plus que de villages, de temps en temps des maisons mitoyennes alignées au bord de la route qui n'est pas plate. Parfois pour éviter une falaise, il faut monter de deux ou trois cents mètres... et redescendre. La circulation est quasi nulle. De l'eau potable coule directement de la montagne.

 

Le jour de mon anniversaire (encore un ! ), j'arrive en milieu de journée au croisement qui mène à la cascade de Gocta, 771 m de haut. Comme l'accès se fait par une piste au pourcentage qui m'effraie, j'hésite, et finalement y vais, poussant courageusement mon vélo. Deux cents mètres plus loin une moto-taxi me double, je fais signe, nous chargeons le vélo et pour 4 soles (1 gros euro), je monte confortablement installée jusqu'au village communautaire à 5 bornes. Je laisse mon vélo à l'office et pars à pied, non pas jusqu'à la cascade mais jusqu'à la voir pas trop mal. Je croise beaucoup de gens juchés sur des chevaux, tous les guides font partie de l'association villageoise. Le soir j'installe ma tente à cinquante mètres du centre du village, tout le monde me connaît, je ne suis pas passée inaperçue. La cascade en question dégringole au fond du cirque rocheux, en deux fois, et à 5 km encore du patelin. Si toute l'année il y a de l'eau, le dernier jour de juin n'est pas le meilleur pour la voir cracher. L'ambiance du village est très sympathique, je discute avec les gens, me connecte en vitesse à l'office, profite de la fraîcheur relative due à l'altitude. Depuis Piura j'ai fait plus de 500 km. Ça file et les paysages très variés défilent.

 

Après la bifurcation pour Chachapoyas, la route devient plus étroite, en plus mauvais état aussi, mais ça va puisqu'il ne passe qu'une auto tous les quarts d'heure. J'arrive alors au pied du site archéologique majeur de Kuelap. Pour s'y rendre, il y a la solution piste, 37 km pour prendre 1300 m de deniv positive ou la télécabine, la seule du Pérou, précieuse et bichonnée comme un bijou, de marque Poma. Tout cela ne coûte pas grand chose et le survol vaut le coup, 40 minutes en l'air dans cette bulle de verre (ou de plexiglass!). Mécanisme impressionnant de silence, déplacement lent au dessus de sérieux précipices. Hop on nous lâche à 2900 m et restent 100 m à faire à pied pour atteindre la vieille forteresse bâtie sur un éperon rocheux. Alors le site en lui-même était un village fortifié, il est bien conservé et très vite visité, les explications sont vite lues puisque quasi inexistantes. Bref, voir la réaction des Péruviens qui prennent place dans les cabines, le coup d'oeil depuis là-haut et le survol valent presque autant le détour que le site lui-même. De retour au village, je tombe sur un cyclo américain qui vient camper vers moi. Le lendemain matin je fais connaissance avec un couple de Néo Zélandais cyclos aussi. Tous sont équipés de fatbike et d'équipement minimum qui leur permettent d'être rapides et de passer sur toutes les pistes, je serais presque jalouse... Il se trouve que ce couple me demande si j'étais en Chine en 2011. Oui. Ils nous ont croisé, Michel et moi, sur les hauts plateaux du Sichuan !!! Nan mais sans dec quoi ? Il a une photo de nous dans son blog ! Je fais route avec eux trois jusqu'à Leymebamba où ils décident de passer la nuit alors que je vais bivouaquer 900 m plus haut. Vu le programme montagneux, ils me rattraperont sûrement dans les prochains jours. Les habitants sont toujours aussi gentils et je me sens vraiment bien dans ce pays. Ça tombe bien car je risque d'y passer un peu de temps.

 

C'est alors le début d'une suite de grands cols. Il faut d'abord monter à 3600, pour plonger ensuite jusqu'à traverser de nouveau le Maranon, 2800 m plus bas. La route est juste un truc de ouf, taillée dans la roche, trois mètres de large au dessus de précipices, sans parapet ni glissière on s'en doute. C'est juste superbe. Trois heures pour descendre 58 km sans donner un coup de pédale mais plutôt des coups de freins et de guidon sur cette route tortueuse à souhait. Au col, gants, polaire et pantalon. Au fond de la gorge 40 °C. Et la route remonte aussi sec en face, me voici repartie pour 44 km de montée, passer à plus de 3000 m. À vol d'oiseau entre les deux cols je ne sais pas s'il y a quinze kilomètres, par la route plus de 100... Les cols du Pérou ont cela de bien qu'ils ne sont en général pas raides, la pente est régulière, autour des 5 à 6%. Cela fait de beaux lacets dans le paysage et évite de se tuer les jambes. Arrivée dans la bourgade de Celendin où je me pose pour la demie journée, je constate que je ne peux même pas stabyloter mon étape tant elle est courte... sur le papier !

 

Ces quinze premiers jours au Pérou furent donc à couper le souffle et d'une variété de dingue, je n'ai pas vu le temps passer. Les conditions pour rouler ont été très bonnes tant au niveau de la circulation, que de la météo, que , que... de tout. Juste à déplorer une suite de crevaisons, mais bon, c'est la vie de cyclo-touriste. Et les pompiers m'ont l'air d'être d'aucun secours pour les cyclotouristes dans ce pays.

 

À une prochaine, la suite me fera passer dans la cordillère blanche où sont les grands sommets englacés... là où j'avais déjà mis les pieds il y a … 23 ans. 44 nouvelles photos dans la galerie Pérou (page 2) du voyage "Les Amériques à vélo couché".

Des géants à l'océan.

Fin de l'Équateur.

 

Alors on en était à cette journée passée sous la tente dans le crachin, le brouillard et le vent à 4000 m au pied du Chimborazo. Dans la nuit quand je me relève pour vider ma vessie, je constate que le ciel est tout étoilé, la Voix Lactée est bien visible et il n'y a plus qu'à croiser les doigts pour que ça dure une douzaine d'heures encore. Mon vœux est exaucé. Si des nuages et des brumes traînent de ci de là, ils sont plutôt plus bas que moi et la blancheur du Chimbo explose dans le ciel bleu. Je n'aurai pas attendu pour rien (même s'il n'était pas vraiment imaginable de prendre la route par ce temps), suis récompensée d'être montée jusque là. Je me mets en route avec les gants, le buff, thermique et polaire, pantalon + collant. La route s'élève mais la pente est plus que raisonnable et heureusement car le souffle est court et le vent violent. La route tourne autour du sommet, si bien qu'à un moment donné le vent me devient défavorable, me fait traverser la route sans prévenir, ce qui effraie les dizaines (pour ne pas dire centaines) de vigognes gracieuses qui vivent là. À 4300 m je suis au point culminant du parcours. Grands espaces désertiques et limpides, en altitude comme j'aime. Je me régale même si j'en bave terriblement. Le vent arrache des particules aux talus et tout ça me cingle le visage et me coupe la respiration. Me reviennent en mémoire, par analogie, les grands plateaux du Sichuan, le Tibet historique. Dans la descente, je plafonne à 15 km/h, et encore, en pédalant.

 

À San Juan, je devais m'arrêter chez un WS, mais je ne vois rien de ce qu'on m'a décrit le long de la route et quand je trouve quelqu'un pour demander, je suis déjà trop descendue. Hors de question que je remonte, je continue donc et ce sont les pompiers de Cajabamba qui m'accueillent pour la nuit. J'ai un lit dans une chambre et le wifi... Entre eux ils parlent Quechua et s'extasient pendant une demie-heure devant mon réchaud.

 

Le lendemain alors que l'étape est facile (900 m de positif seulement), j'en bave encore contre le vent et dans le crachin. Ces conditions me font prendre définitivement la décision de bifurquer au prochain carrefour pour descendre vers le Pacifique, pédaler à plat, aller voir un peu l'océan puis le désert... Je plonge alors vers Alausi où je me loge dans une dépendance de l'église car les pompiers n'ont rien pour accueillir. Je dispose en fait d'une salle de classe. Alausi est la porte d'entrée de « Nariz del Diablo », le « Nez du Diable ». À cet endroit, la voie ferrée qui va de Quito à Guayaquil doit franchir un précipice. La voie ferrée a été construite au prix de nombreuses vies. Le train avance et recule, avec chaque fois un aiguillage, pour perdre ou gagner de l'altitude. À Alausi, les superbes wagons passent carrément dans la ville, charmante, pendue dans un coteau raide au dessus d'une gorge. C'est là que je bifurque, quitte la route des montagnes pour longer d'abord cette fameuse « Nariz del Diablo » et plonger ensuite vers les basses terres.

 

Et là, plus je descends plus je me dis que c'est une erreur. Je gagne en chaleur, je gagne en humidité, ceci est normal, mais surtout je perds en visibilité. Je me retrouve dans des brumes chaudes et humides sur une route bordée de cacaoyers et de bananiers. À El Triunfo, les pompiers me permettent de poser ma tente entre deux camions dans le hangar séparé de la rue par une simple grille. Il faut savoir que l'Équatorien est le roi du bruit. Toutes les gargotes ont leurs enceintes et c'est à celles qui crachent plus fort que celles du voisin, une musique de merde évidemment. Enfin... plein de musiques de merde, exquise dissonance. Ajoutons à cela le concert habituel des chiens dont je dézinguerais volontiers quelques individus toutes les heures. Ajoutons encore le fait que même à passé 30 balais, il y a ici des individus qui sont toujours en pleine crise d'adolescence et passent et repassent sur leur moto qui pète les tympans... Faire des tours de ville... S'ils pouvaient trépasser ! Nan là, franchement j'aime moyen. Heureusement qu'il y a dans le lot un pompier qui dénote un peu, qui vient discuter, qui est gentil, moins bourrin et macho que les autres. Je ne suis pas fan plus que ça des Équatoriens dont beaucoup ont été opérés du sourire mais je préférais ceux des montagnes, les « Indiens ». Ceci dit, dès qu'on s'adresse directement à eux, ils sont aimables et serviables. Il m'est arrivé deux fois d'être arrêtée à un carrefour sans signalisation à ne pas savoir où aller et donc à faire signe aux bagnoles de s'arrêter, eh ben heureusement que la police passe régulièrement parce que pas un ne s'arrête. Pas un. Ce qui en dit long sur ce qui se passerait si j'avais un problème, quel qu'il soit.

 

Bref, je repars d'El Triunfo bien motivée. Toute la journée je n'aurai que des champs de bananiers, et un peu de cacao. Le trafic est dense et les accotements absents, et comme ce sont des bourrins, je n'ai pas trop intérêt à faire des écarts. Je tue un peu plus de cent bornes dans le crachin et sous un ciel triste à mourir. Des super journées, mais que ne suis-je pas restée dans les montagnes ? J'ai intitulé ce post « Des géants à l'océan », j'en suis tout près de l'océan, à peine 15 bornes. Des mangroves m'en séparent. J'avais dans l'idée de passer la frontière péruvienne et de longer cette côte pacifique puis de traverser le désert avant de repartir dans la cordillère, mais après cette étape désagréable au possible, je prends la décision de remonter..., de quitter cet axe surchargé. Je ne verrai pas l'océan. Les changements de plan font partie du voyage. Les bords de route sont cradingues, les villes aussi. Je préfère ce que je voyais plus haut, tant pis pour mes jambes. Car si je suis descendue, c'était pour me ménager, faire quelques centaines de kilomètres à plat et voir autre chose de ce pays... J'ai vu, et cela ne me plaît pas, j'avais pris soin de consulter la météo, je ne comprends pas.

 

Bon, comme dans une journée il y a quand même toujours du miel, je trouve pour la nuit une gentille dame qui me laisse m'installer dans un local, non non, rien de reluisant, mais un local spacieux et fermé, pas trop crade, carrelé, muni de l'électricité, de toilettes, d'une douche, d'eau potable (l'eau est potable au robinet dans tout le pays), de prises. J'y monte ma tente. Et le long de cette route où il n'y a pas bien des patelins ma foi je dois avouer que je suis bien mieux là que sous ma toile sur un terrain gorgé d'eau.

 

Avant de m'éloigner de la côte je dois toutefois encore rouler au moins une journée entière. Ah, il se trouve que durant cette journée, le trafic est devenu anecdotique et que la météo s'est nettement arrangée. Je m'arrête longuement à Santa Rosa, me connecte, prends la météo, pèse le pour et le contre et prends finalement la décision de longer la côte et de traverser ce petit désert. Dans la soirée, je suis hébergée à Arenillas par les pompiers, et le ciel se dégage. Il paraît que ce mauvais temps était du au changement de lune... Soit. Me voici donc à 24 km de la frontière avec dans la tête des images de vagues qui viennent lécher la route. Pour ne pas faillir à leur réputation, les bomberos lancent le vieux camion diesel dans le hangar, juste pour le faire tourner, et peut-être afin de m'asphyxier. Un peu plus tard alors que je déjeune et que ma casserole de lait est sur la table, ils balaient en levant bien la poussière. Le pire est qu'ils ne le font pas pour m'enquiquiner, ils ne se rendent pas compte parce que, eux, cela ne les dérangerait aucunement...

 

Bien allez je vais à la frontière. Je réussis à faire tamponner la sortie dans un petit coin, ça devient serré serré sur mon passeport. Durée accordée par le douanier péruvien : 90 jours. À Tumbes je tire de l'argent puis achète à manger, un peu plus loin je vois enfin l'océan et le ciel est tout à fait bleu. Yeh ! L'eau est belle, le littoral un peu moins (ordures) et le vent contraire bien assez fort. Les Péruviens sont de loin plus souriants que leurs voisins, les pouces en l'air sont redevenus très nombreux, c'est bon à prendre. Je fais les pleins d'eau dans un grand hôtel (pas d'eau potable, il faut l'acheter mais les grands hôtels peuvent bien me dépanner de quelques litres...) dans le but de faire du camping sauvage. Il se trouve que peu après j'avise le terrain de la police qui donne sur l'océan, obtiens l'autorisation. Mais le voisin d'en face rentrant de la plage me dit que je serais beaucoup mieux dans son jardin. En effet, il loue des bungalows mais je peux planter ma tente pour rien, j'ai accès à la cuisine, au frigo, aux sanitaires... Dans la soirée mon hôte vient discuter et carte étalée sur la table, m'aide à définir un itinéraire au nord du Pérou... il faut que je profite du plat, ça ne va pas durer !

 

Et voilà comment pour finir, je suis descendue des géants à l'océan ! Du Chimborazo à Acapulco (si si, c'est le nom du hameau où je dors), et comment je suis entrée au Pérou plus tôt que prévu !