Péninsule du Yucatan

 

J'ai rapidement quitté le Chiapas, mais pour aller à Villahermosa, je n'ai pu m'empêcher de faire un détour de 60 km pour longer, à défaut d'y entrer, la réserve de biosphère du Pantanal de Centla. Un pantanal, c'est une immense plaine alluviale qui se transforme pour une très grande partie de l'année en marais d'eau douce. Le pantanal appartient au biome des prairies et savanes inondables. J'avais vu par Google maps satellite, tout vert, des pâtures, des jolis endroits tout plein pour poser ma tente. Ah, désillusion, au pied de l'herbe il y a au moins 40 cm d'eau. Les jolis terrains de golf en apparence sont un chouillas spongieux ! Les vaches ont de l'eau jusqu'au dessus des genoux et des aigrettes sur le dos. Des crapauds énormes font un raffut d'enfer toute la nuit et les iguanes se courent après. La petite route (piste par endroits), que j'ai prise est une digue, sur plusieurs dizaines de kilomètres. De chaque côté : de l'eau cachée, mais de l'eau, à perte de vue. Et les crocos, y'en a là ? J'ai dû demander dans un hameau pour savoir où poser ma tente. Les maisons sont sur pilotis, dessous, il y a le marigot pas très salubre et les ordures, les eaux usées... Et les maisons consistent en une seule pièce en béton brut avec une tôle par dessus, ouverte à tous les moustiques. On m'installe sur une terrasse à 5 m de la route (deux voitures dans la nuit), on vient me faire la causette dans la soirée et à l'heure de l'attaque massive des suceurs de sang, il ne me restait plus qu'à vider ma vessie : une épreuve !

 

J'arrive à Villahermosa après une journée encore dans le pantanal et sous un ciel conciliant. Quand je débarque à l'adresse où je suis attendue, le type m'accompagne direct à vélo chez un ami car ils ne peuvent plus me recevoir. Je passerai le réveillon à potasser Cuba sur l'ordi tandis que mon hôte, Melvin, bosse dans une autre pièce. Le 1er janvier, avec une amie à lui, nous faisons 3 heures de bagnole aller-retour pour qu'ils se trempent 30 min dans une rivière dans le Chiapas. Les paysages sont une fois de plus impressionnants et me dire que j'ai emprunté de telles routes à vélo me laisse dubitative. Le lendemain, Melvin et un de ses amis cyclistes m'accompagnent pour une quinzaine de kilomètres. Cette étape laissera un souvenir de pénibilité, rinçage, semblant de séchage, re-rinçage, les voitures qui éclaboussent en passant dans des flaques d'eau de 10 cm de profond sur cette route non drainée. J'arrive trempée et un peu refroidie à Frontera où la protection civile n'a qu'un banc en pierre à l'extérieur à me proposer pour la nuit. À force de patience et après avoir été envoyée d'un lieu à l'autre, j'atterris dans un local fermé et vide. Les roues des bagnoles passent à 5 mètres de mes tympans et non, je ne râle pas car je suis bien contente d'être là, au sec, à l'abri des moustiques (j'ai colmaté les 4 cm de jour sous la porte avec des sacs plastique), avec la musique (j'ai l'électricité et la lumière), mes affaires qui sèchent tendues sur mon fil en travers la pièce plutôt que dans la mangrove sous ma tente et la pluie.

 

Une journée sèche mais nuageuse (comme ça je n'ai pas trop chaud) et me voici à Ciudad del Carmen. La ville est sur une île. En effet, il y a une grande lagune et un peu comme à Venise, plusieurs îles pour la séparer vraiment du golfe du Mexique. Deux îles que la route traverse dans la longueur et reliées entre elles et au continent par des grands ponts au raz de l'eau interdits aux super-lourds. Là, pas de protection civile, pas vraiment de solution, il est assez tôt, je me remets en route. En passant devant la police fédérale, je tente le coup et bingo, je suis accueillie, et bien ! Deux nuits, car le lendemain, la pluie tombe drue toute la journée. J'ai le wifi et l'air conditionné dans ma chambre qui est la salle des archives et ils vont jusqu'à me nourrir malgré mes protestations.

 

La route longe le golfe du Mexique, l'eau est de la couleur qui fait rêver sur les cartes postales ou les publicités des agences de voyage, de l'autre côté il y a du marais, ou de la mangrove, ou... de l'eau. Je me demande bien où je vais installer mon bivouac. À 16 h une occasion se présente, la mer est séparée de la route par 80 mètres de forêt. Je pose ma tente à la lisière côté mer. J'ai bien regardé car je flippe, le sol de la forêt est sec, pas de traces... les crocos ne vivent pas en eau salée ni sur terre. Toute la journée les couleurs ont été en demi-tons, pastels, à cause du ciel couvert, mais c'était très bien comme ça. Une journée et une nuit de « fraîcheur », c'est toujours ça de pris.

 

J'arrive sous le ciel bleu à Campeche après une étape encore le long du golfe. Le centre historique est classé par l'Unesco, le Malecon (boulevard du front de mer) fait 10 km de long. Les rues tirées au cordeau sont ceinturées par une muraille, les fortifications. Et des maisons colorées toujours, des églises, des coccinelles, et des rues pavées. On fait vite le tour du centre-ville, grand comme un mouchoir de poche. Le marché à l'extérieur est presque aussi grand. Je loge chez Arélis et sa fille, toutes deux adorables, dans la banlieue, dans un « andador », une ruelle sans auto, donc calme. Comme souvent en ville, toutes les maisons sont mitoyennes, collées les unes aux autres, chacune différente, pas toujours bien alignées, de couleur et de forme toujours autre que la voisine, très étroites. C'est toujours la surprise de découvrir derrière ces façades désuètes et parfois peu engageantes des intérieurs douillets, propres et spacieux, tout en profondeur, comme chez Arélis. Dernière vraie pause avant Cancun...

 

Je quitte le bord de mer ici pour traverser la péninsule. Première visite : Uxmal. On m'avait conseillé d'une part d'éviter les week-ends (C'est gratuit pour les Mexicains), et d'autre part de venir tôt le matin. J'ai campé à 15 km et je suis sur le site à l'ouverture. Nous sommes 10. Uxmal est classé par l'Unesco. C'est très bien restauré, presque trop. Il y a beaucoup de frises, de détails, de sculptures. C'est édifiant. Et puis la taille des bâtiments est imposante. C'était une ville importante. La pyramide, première chose qu'on voit après s'être acquitté du droit d'entrée prohibitif donne le ton. Et puis il y a des iguanes énormes, des gros mâles avec leur crête et leur œil plutôt glauque, je n'aimerais pas en croiser un au coin d'une rue sombre. Le pire est qu'ils se fondent tellement bien dans le décor qu'ils me font sursauter à chaque fois. Certains spécimens font plus d'un mètre de long.

 

Deux jolis bivouacs assez frais et une bonne journée sur les petites routes à travers le Yucatan et les petits villages vivants et authentiques où les gens parlent Maya et me voici juste avant Chichen Itza. Les gens se déplacent autant en triporteur, motorisé ou non, qu'en auto, les routes secondaires sont très calmes, bordées de forêt plus ou moins haute, pendant des dizaines de kilomètres. Et je commence à voir des « cénotes » indiqués ici ou là. Donc Chichen Itza, reconnue comme étant une des merveilles du monde. Comme à Uxmal, j'y suis à l'ouverture mais il y a déjà quelques bus. C'est TRES touristique. Et si les vendeurs de babioles ramasse-poussière ne sont pas autorisés à l'intérieur du site d'Uxmal, ici c'est Disneyland. Heureusement, j'aurai terminé ma visite avant que le gros de la foule ne débarque... C'était le dernier site Maya que j'avais mis sur ma route avant Cancun mais il y en a des dizaines sur la péninsule du Yucatan. En bonne touriste, j'ai vu ceux qui sont classés par l'Unesco. Et puis vers Valladolid, voyant que j'ai un jour d'avance, je visite deux cénotes où contrairement à toute attente je suis quasi seule !. J'en profite pour repérer 5 petits trous sur mon matelas, que je réparerai mais qui continuera à fuir. J'ai bien peur qu'il ne soit mort, et c'est trop tard pour en faire venir un par Michel ! Les cénotes sont des trous, des gouffres, des dolines d'effondrement en milieu karstique, totalement ou partiellement remplis d'une couche superficielle d'eau douce et parfois d'une couche inférieure d'eau de mer s'ils communiquent avec l'océan par des failles ou autres conduits. Certains sont ouverts au public, d'autres sont plus confidentiels. Ce sont les seuls points d'eau douce de cette partie de la péninsule car ici, ni rivière ni lac ni rien, que du calcaire tout troué, pas de cultures pour la même raison, pas bien de l'humus sur le caillou. Les cénotes se comptent par centaines, sur la seule commune d'X Cam, pas moins de 70, certains sont spectaculaires, l'ouverture dans la dalle qui formait le plafond étant plus ou moins grande, ils sont soit totalement éclairés soit juste mis en valeur par un faisceau de lumière (naturelle). Plus ou moins profonds, certains se prolongent en plusieurs salles souterraines, d'autres ont des lianes, des stalagtites pendues sous le plafond, des colonnes et des draperies, calcaire oblige... J'en visite 4 dont 2 « par hasard ».

 

Il ne me restait alors plus qu'à rejoindre Cancun, à moins de deux cents kilomètres. Dernier bivouac, cela fait une heure que je cherche à me poser mais rien, rien qui ne convienne, même sans être difficile. L'heure tourne. Finalement à l'entrée d'un eijido (communauté maya), je demande où va ce chemin que je vois et si je peux planter ma tente au bout. Felipe me répond qu'il a une « casita » où je peux dormir. Me voici logée dans un carré de béton carrelé et crépi propre et bien fermé (moustiques) derrière leur case ouverte à tout, et invitée à manger... Cancun est à 55 km.

 

Cancun, je m'arrête chez le vélociste que l'on m'a conseillé pour faire voir mon vélo. Celui-ci me dit que ma chaîne est sèche, pas entretenue et que du coup elle est morte. Je dois changer toute la transmission (cassette, pédalier, chaîne). Je m'y attendais bien sûr. Je récupère un carton pour emballer pour l'avion et avant de sortir, lui demande combien de kilomètres il pense que la chaîne peut avoir (pas entretenue soit disant...). Il me répond 2000-2500 km. Je ne suis pas certaine qu'il m'ait crue quand je lui ai dit qu'elle en a 20 000 ! Rendez-vous est pris pour le 8 février (retour de Cuba) pour changer tout ça et entamer la traversée de l'Amérique centrale avec du matériel en état.

 

Bref Cancun, je suis chez Max, un couch surfeur très sympathique qui vit en coloc avec deux autres hommes plus que discrets. Il partage carrément sa chambre. Imprimer mes documents de voyage, me renseigner et faire le nécessaire pour me rendre à l'aéroport avec mon carton énorme, faire un tour à la laverie, trier les affaires que je laisse ici le temps de Cuba, démonter le vélo et l'emballer. Plus d'une journée de boulot ! Suite à un mail envoyé directement chez Exped aux US (marque de mon matelas), pour en demander un neuf, la réaction est quasi instantanée et après un bref échange, un nouveau part aujourd'hui même que j'aurai à mon retour. Max le réceptionnera à son travail dans quelques jours... Cool !

 

Et aujourd'hui, à part la mise à jour de ce site et l'ajout de photos dans la galerie, je visite un chouillas la ville qui ne ressemble en rien aux autres villes mexicaines, qui est triste. Je peaufinerai le paquetage. Demain matin, 5 heures, Max m'aidera à transporter le tout jusqu'à la station de bus voisine direction l'aéroport. Les Mexicains auront été décidément adorables d'un bout à l'autre du pays et je garderai un souvenir ému et plein de gratitude pour cette population.

 

Ceci dit ce n'est pas terminé, après Cuba, il y aura de nouveau un passage au Mexique !

Oacaxa – Chiapas - Palenque

 

Je n'y comprends plus rien. Je n'ai pas donné un coup de pompe en six jours de route, j'ai posé mon vélo en arrivant dans cet hôtel et quand je le reprends mon pneu avant est à plat. Un casse-tête. Je regonfle mais deux heures plus tard, je change tout, pneu et chambre. Je n'ai plus de chambre de secours pour ma petite roue à l'avant...

 

Je suis sur la route du mezcal, il y a des distilleries partout, mezcal par ci, mezcal par là, dans de jolies bouteilles de toutes les tailles, du flacon à la bonbonne en verre. Et des plantations. Le Mezcal est fait à partir de l'agave et c'est une distillation. Les cultures tirées au cordeau font une jolie couleur dans le paysage, des carrés vert-de-gris qui tranchent avec la friche autour.

 

El Camaron, je me rends au « mini super » pour faire quelques courses et des gens dans une benne de pick-up me récrient avec insistance. Aurais-je perdu quelque chose ? Un autre type de l'autre côté de la rue me fait signe aussi et me montre du doigt quelque ch..., ah, ah, mais, nan, mais si ! Mais c'est Caroline ! Je savais que son chemin croiserait ma route mais elle ne pensait arriver ici que demain matin. Donc nous avions laissé tomber la possibilité de nous voir, et nous arrivons en même temps ! Caroline Moireaux que j'avais déjà vue à la Paz tout à fait par hasard. Elle a vu le vélo couché passer, elle a crié, je n'ai rien entendu, elle a dit au pick-up de m'arrêter. Nous passons trois trop courtes heures ensemble, moments magiques, et poursuivons chacune notre voyage, elle à pied, moi à vélo.

 

Encore quelques cols sur cette route magnifique et une belle descente qui me met au niveau de l'océan. Je suis tout près du Pacifique. Il fait chaud, trop pour moi, humide, trop pour moi, et les moustiques minuscules s'acharnent à me sucer le sang. Je suis à l'endroit qui est pour moi la « frontière géographique » entre Amérique du Nord et Centrale. Je suis à l'endroit le plus étroit entre Pacifique et Atlantique (au nord bien sur). Et à l'isthme, le vent venant de l'Atlantique s'engouffre très fort. Un corridor, une soufflerie. Sur une cinquantaine de kilomètres, il n'y a rien pour barrer, je pourrais aller à l'Atlantique sans bien des reliefs à passer. En route, je fais vulcaniser ma chambre à air et j'espère que ça va tenir, suis optimiste. Le petit Mexicain pas bien volubile a fait un travail soigneux. Ne plus avoir de chambre à air de rechange m'accaparait l'esprit (comme pour mon matelas, la réparation sera efficace). Je dors dans le parc éolien gigantesque de « La ventosa », rien ne s'invente, dans de grandes friches à 150 m de la route, mais cachée. Je n'ai pas osé utiliser mon réchaud de peur de foutre le feu au Mexique.

 

Et puis il y a eu cet hôte Warm Shower à Zanatepec. Sur le profil, c'était super, dans la réalité, un peu moins confortable que prévu. À la Mexicaine, à la campagne. La « maison » s'articule en petites dépendances autour d'un grand « jardin » où il y a les poules, les chiens, les chats, les eaux usées, des arbres et de la friche, le linge qui sèche, l'eau, le bac à lessive et vaisselle. Les petites dépendances sont les toilettes, la cuisine (pas fermée, juste couverte), une chambre à coucher. Il y a un lit matrimonial dans le jardin et on me propose de mettre un ventilo à côté. Pendant qu'on discute, les poules montent sur la table de cuisine... Euh, je vais monter ma tente et je mettrai le ventilo juste en face, abside ouverte comme d'habitude hein... parce que ces satanés minuscules moustiques qu'on ne voit même pas sont un peu trop méchants à mon goût, très voraces, et puis ma tente c'est un peu ma maison, je sais que je n'y attraperai pas de saloperie genre puces ou punaises de lit. C'est exactement le genre de situation où je me dis que je serais mieux en bivouac, j'aurais moins de pétards, moins de chiens, moins de lumière, moins de télé, moins de coqs, et plus d'intimité. Mais ils sont gentils et puis c'est comme ça ici, je veux voir la vie mexicaine, ben je la vois ! Alors je me pose la question cinq minutes savoir si je reste où si je recharge le vélo, et puis je reste. Il fait 35°C à l'ombre, très humide, le jardin n'est pas aéré... La gazinière tombe en panne, je dois cuisiner sur mon réchaud, mais le guacamol offert était une tuerie !

 

Le lendemain, je suis remontée un peu dans les montagnes et je suis entrée dans l'état de Chiapas. Et c'était très beau. Je me suis élevée gentiment, et la température faisait l'inverse et le fort vent de face parvenait même à me rafraîchir. Comme j'ai un peu de temps, je me dis que je me fais un bivouac royal, loin de la route. Je m'en écarte de 2 bornes, je me mets dans une pâture avec l'autorisation des proprios (qui me proposeront une douche et m'apporteront une boisson chaude). Nickel. Sauf qu'au bord de la route à 2 km, il y a une boite de nuit ou je ne sais quoi, et que les décibels m'atteignent bien. Je crois qu'à ce moment là, j'ai désespéré de pouvoir faire une seule nuit vraiment au calme... Boules Quies encore. Il ne fait « que » 22°C sous la tente, je ne dégouline pas...

 

Au matin, surprise ! J'avais oublié que ça pouvait exister : du brouillard. Je pars un peu plus tard mais arrive sans souci à Tuxtla Guttierez, capitale du Chiapas, en milieu d'après-midi. Mon porte bagage a cassé et je n'ai plus qu'un joint de galet de renvoi de chaîne. J'en retrouve le soir même ainsi qu'un soudeur avec lequel rendez-vous est pris pour le lendemain. Profitant d'une journée de repos et de deux nuits confortables chez Roberto, je visite le canyon de Sumidero qui fait l'objet d'un parc national, à la porte de la ville. Euh, au niveau de la rivière, il y a des crocodiles... On peut visiter en lancha (bateau) ou par les belvédères en auto. Pour moi c'est plus simple par en haut.

 

Voila, j'ai remonté ma chambre à air vulcanisée et mon pneu fin, j'ai résolu les soucis d'alignement de chaîne, remis un joint, fait souder mon porte-bagage et acheté un nouveau short pour pédaler, je peux partir affronter la dernière grosse partie montagneuse de mon itinéraire mexicain. Monter à San Cristobal de las casas (St Christophe des maisons) n'est pas de tout repos, sur 55 km, je prends 2500 m en positif et bivouac à 2150 m oblige, je sors la doudoune ! C'est 24 décembre, les Indiens du Chiapas ont revêtu les tenues traditionnelles très colorées et ça pète partout comme un 14 juillet chez nous. Et dans la forêt, la nuit, il y a des petites lampes qui se baladent : des lucioles ! À 2150 m ! Les collines ont les flancs très pentus, la route coupe le coteau, les cultures, les forêts denses et enchevêtrées et les villages sont littéralement accrochés dans les pentes. Trouver un endroit pour camper est un pari fou, mais j'ai toujours de la chance...

 

Le Chiapas est une entité à part dans cet immense Mexique. Déjà par le relief, et puis par les groupuscules Zapatistes, par les barrages sur les routes où les conducteurs doivent laisser un peu de monnaie pour passer (mais ils laissent passer sans payer les cyclistes à vélo couché), tous les prétextes sont bons : un ordinateur pour l'école, quelques fruits frais à refourguer, que sais-je encore. Les Indiens du Chiapas fonctionnent en communauté, une grande famille, et les femmes portent des robes finement brodées. J'ai la chance de voir quelques ateliers de couture sur ma route, où des adolescentes manient la Singer avec grande dextérité et ai aussi celle de dormir une nuit dans une communauté indienne avant Palenque. Il y aurait tant à dire !

 

Arrivée à San Cristobal le jour de Noël, je pensais avoir fait le plus dur, mais la route qui me mène à Palenque demande encore beaucoup d'énergie. Je descends par paliers mais les côtes sont très raides, le macadam défoncé, tout est moite, les jambes en coton, la sueur coule dans les yeux et fait un goutte-à-goutte à l'os du coude. Je fais tout de même le détour par les chutes d'Agua Azul, parc national, où quelqu'un paie mon entrée avant que je n'aie le temps de dire ouf, comme ça. La végétation change. Des piquants je suis passée aux arbres à très grandes feuilles et aux bananiers, l'air devient humide, les éboulements pas réparés depuis la dernière saison des pluies ont parfois embarqué la route. Les sommets du Chiapas retiennent les brumes et les nuages qui parfois s'épanchent en pluies tropicales assez violentes (j'ai une fuite dans mon abside). La forêt est très dense, des lianes pendent au dessus de la route, je suis en zone tropicale. Tout est vert. Très vert. Après les ours, les coyotes, les serpents à sonnette, je vais devoir me méfier des... crocodiles !

 

Palenque, site archéologique majeur classé par l'Unesco, ma couch-surfeuse me fait faux-bond, des gens de Mexico ciudad me filent contre mon gré 150 pesos pour mon voyage, je m'héberge deux nuits chez les pompiers et visite la cité préhispanique Maya. J'ai cherché Esteban et Zia toute la journée pour finalement me demander si c'était pas des Aztèques. Sans rire, c'est hyper touristique, le Macchu Picchu des Mayas mais ça vaut le coup d'oeil. Le parc est magnifique, et la sylve alentour m'impressionne. C'est la jungle. Les ruines m'occupent un moment. Le site est en hauteur et de certains endroits, la vue sur la « plaine » me laisse rêveuse, intensément verte. Ciel couvert, éclaircies, averses, température idéale.

 

J'en ai terminé avec les montagnes du Mexique. Il aurait été dommage de ne pas faire le crochet par le Chiapas. Si pour aller à Cancun je cumule 500 m de dénivelée positive en 1150 km c'est que je me suis trompée de route. Direction Villahermosa où j'irai par les petites routes qui bordent la réserve de biospère du Pentanal. Je suis attendue pour le Nouvel An dans une famille, puis Campèche par la côte... atlantique.

 

7 mois de voyage déjà. 18 450 km au compteur, 138 835 m de déniv positive (oui, pareil en descente, je sais...) et une certitude : la Terre n'est pas plate !

Une nouvelle ballée de photos dans la galerie "Les Amériques à vélo couché", "Mexique"

 

 

San Miguel de Allende-Oaxaca de Juarez sans passer par Mexico Ciudad.

 

Bon, c'est bien, j'ai voulu contourner Mexico par les petites routes tranquilles, me faire des bivouacs tout aussi tranquilles... Il faut que j'avoue que je me suis retrouvée à pousser le vélo sur des chemins empierrés dans des côtes au pourcentage élevé, avouer que j'ai cru m'installer dans des endroits calmes pour découvrir une fois la nuit tombée qu'il y a des maisons un peu partout dans les environs et donc que les chiens peuvent me faire profiter longtemps de leurs palabres et autres hurlements. Il faut aussi dire que dans certains villages, religion oblige, ils mettent le feu à des charges qui font autant de bruit qu'un feu d'artifice sans pour autant en avoir la couleur, à toute heure de la nuit et que finalement ça n'arrête guère. Mais quand même j'ai dormi sur mes deux oreilles.

 

À noter aussi que j'avais mis la réserve de biosphère du papillon monarque et le parc national du volcan Toluca sur mon itinéraire mais que les fortes dénivelées et le vent de face ont eu raison de ma motivation et que je suis venue directement à Toluca pour me reposer une journée. Ben oui, un coup de mou, tiens, quand sont annoncés 2000 m de positif en 65 km. J'ai tout de même évité les grands axes, pris les petites routes bordées de pâtures ou de champs où parfois les gens s'activent à faire des tas d'espèce de paille, à la main. J'ai vu beaucoup d'étangs. J'ai campé derrière des maisons où l'on m'invite toujours à venir prendre quelque chose de chaud... Ça tombe bien parce que je suis toujours en altitude, suis passée plusieurs fois à plus de 3000 m, les nuits ne sont pas fraîches mais froides, les températures bien négatives. J'ai rencontré des gens qui m'ont dit que la suite était profil descendant pour me retrouver 20 bornes plus loin 200 mètres plus haut après une succession de montagnes russes épuisantes, à attendre en vain la grande descente. Dans mes rêves. Bref, je suis venue direct à Toluca où j'avais la promesse d'un lit, une douche chaude, de quoi me requinquer... Merci Janelle, Guillermo et les enfants pour les deux nuits que j'ai passé chez vous, les repas partagés, et le reste.

 

J'ai profité d'être bien installée pour réviser mon vélo, nettoyer la transmission et le reste après passage dans des travaux très boueux, vérifier les jeux et le serrage des vis et écrous, résoudre mes problèmes de chambres à air et faire quelques réglages. Et bien j'aurais mieux fait de rester couchée au lieu de fignoler les réglages. J'ai touché la butée sup du dérailleur arrière d'un quart de tour parce que la chaîne avait du mal à monter sur le gros pignon. J'ai essayé sans moi sur le vélo, tout bien, essayé avec moi sur le vélo dans la rue à plat, tout bien. Sauf que le lendemain, au km 6 exactement, première vraie mise en tension, crac, la chaîne est partie dans les rayons. Et allez, on connaît la musique, je suis sur la quatre voies qui sort de Toluca direction Mexico toute proche (autant dire que le trafic est juste très dense), et le dérailleur est dans les rayons, la patte cassée, la gaine du câble foutue, donc le câble à changer aussi, le tendeur sur le dérailleur pété. Miam miam. Deux heures de boulot sur mon bout de terre-plein... Heureusement, (parce que la chance ne m'a pas quittée, … enfin...), un type qui promène son chien vient voir. Il habite juste à côté, me fournit une pince coupante, de la super colle cyanure avec bicarbonate de soude pour souder le plastique de mon galet de renvoi de chaîne qui a aussi cassé dans l'histoire, des colliers pour refixer mes gaines de chaîne qui ont volé, désosse son vélo pour me fournir la pièce qui fait le lien entre l'embout de gaine et le dérailleur. Bref, il passe deux heures avec moi sur le bout de trottoir. Mais moi je vous le dis, les Mexicains sont définitivement des gens dangereux ! Dans la même journée je me suis tapé des traversées de villages encombrés de marchés du dimanche, dans des rues bondées agrémentées d'un ralentisseur tous les cent mètres, (euh, leurs ralentisseurs sont des boudins de macadam à la limite du pointu que je suis obligée de prendre au pas. Ils provoquent une file d'attente de bagnoles à chaque fois, bref bonheur) puis des montagnes russes dans les collines urbanisées. Et vint enfin la route des « Lagunas de Zempoala », qui font l'objet d'un parc national. Une bonne côte où je dépasse allègrement les 3000 m encore, une descente sur du macadam complètement pourri et dangereux et me voici aux lagunes. Des étangs lovés dans une forêt dense où la route sinue dans des dévers impressionnants. Ah, voilà un joli petit endroit pour camper, hum, mais les employés du parc sont là, mouahaha, c'est leur QG. Qu'à cela ne tienne, me voici hébergée dans leur carré de béton sans électricité (ils branchent une petite ampoule avec une rallonge sur la batterie de la voiture), dans une « chambre » particulière et borgne mais garnie d'un bon matelas posé sur un lit en planches de bois brut. Un bout de polystyrène fait office de vitre mais j'ai un porte-manteau et un banc comme table de chevet. Parfait. Le feu de cheminée dans la « pièce à vivre » fait autant de bien que la petite discussion que j'aurai avec eux. Au petit matin, il fait – 8°C, je suis entre 2800 et 2900 m. Merci Jesus et Marcos.

 

Le lendemain je suis descendue, descendue, descendue, passant de 2800 à je ne sais pas, quelque chose comme 1100 m. Dans la descente, j'ai vu le cône parfait du Popocatepelt, le volcan qui fait de l'ombre à Mexico Ciudad, du haut de ses 5426 m et des brouettes. Pas de neige à son sommet mais il fume toujours plus ou moins, actif, pas bouché, pas dangereux. Il veille sur son petit frère, juste à côté, qui dort. Le volcan de Toluca, lui, est éteint. Il n'est pas le point culminant du pays, qui est le volcan Pico de Orizaba avec 5675 m et dont je verrai le cône enneigé, de loin... En perdant de l'altitude, j'ai perdu aussi la limpidité de l'air, on me dit que ce n'est pas de la pollution mais de la poussière, mais quand je m'éloigne de toutes ces villes qui entourent Mexico, il me semble quand même que l'atmosphère est beaucoup plus claire.

 

Quant aux détonations, le paroxysme sera atteint le 12 décembre, jour férié religieux, c'est la fête partout et c'est bien la Vierge qu'on honore. Je les entends à des kilomètres et trouver des bivouacs silencieux tient du miracle. Soit la route, soit les chiens, soit les détonations, soit un mélange de tout ça. J'ai appris à dormir sur mes deux oreilles (avec des boules Quies) à partir du moment où je me sens en sécurité.

 

Cuautla, Izucar de Matamoros, Acatlan, Heroica Ciudad Huajuapan de Leon, la route est rouge sur ma carte mais c'est tout juste une départementale. Étroite et sinueuse, elle traverse des paysages ouverts, boisés d'arbustes piquants, ou de cultures et de pâtures. L'horizon est parfois loin et le regard ne voit qu'une succession de collines rebondies qui laissent présager de belles bagarres encore. La route est posée sur le terrain, monte sur toutes les buttes et descend dans tous les creux. Elle fait bien mal aux jambes, les dénivelées positives sont importantes tous les jours, les étapes raccourcissent en conséquence.

 

Les Mexicains sont toujours aussi cools, il est facile de voyager dans ce pays à vélo. Les signes de sympathie et d'encouragement sont toujours aussi nombreux, ils sont polis, curieux sans être intrusifs, du plus jeune au plus vieux. Le Mexicain est de type jovial, il aime chanter (dans les champs ou en rentrant du travail sur sa bicyclette déglinguée) et faire la fête, il est bosseur aussi, tôt le matin sur la terre poussiéreuse. Il n'est pas arnaqueur, il n'est pas voleur et il aide très facilement son voisin, quel qu'il soit. Il n'est pas excité au volant, il attend patiemment s'il n'a pas la visibilité et fait un petit coucou au passage. Bref, pour l'instant je les aime bien ces gens d'ici et cela fait bientôt deux mois que je suis dans ce vaste pays qui mériterait qu'on y consacre six mois plutôt que trois.

 

Un jour, après une superbe route en crête et une descente qui tenait presque de la chute, j'ai débarqué à Oaxaca. Le centre est classé par l'Unesco, je retrouve des couleurs sur les maisons et , ville coloniale oblige, des tas de bâtiments en pierres taillées, avec des balcons en fer forgé, des arcades autour des places, et des églises imposantes à tous les coins de rue. Être à Oaxaca en week-end juste avant les fêtes c'est un peu comme visiter Strasbourg pendant le marché de Noël, il faut se frayer un chemin dans la foule et s'armer de patience, aller tranquille pour ne pas trop transpirer et ne pas oublier de s'abreuver abondamment. Cela tombe bien, une des nombreuses spécialités de la ville est le Mezcal, 38°C, bagatelle ! À Oaxaca, qu'est ce qu'on mange bien, et des choses que je n'avais pas encore vues ailleurs. Que ce soit au marché du 20 novembre ou dans les rues, partout on mange et on boit. Pas que du Mezcal, mais aussi des jus de fruits frais, du lait de riz à la cannelle, ou boisson à base de maïs et chocolat, spécialité aussi. Les cireurs de chaussures s'activent comme partout, la petite fille se fait prendre en photo sur le bourricot, les orchestres de cuivre jouent fort pour la sortie du mariage de la cathédrale, les vendeurs sous leur grappe de ballons gonflés à l'hélium tentent de refourguer leur camelote, mais il fait bon sous les frondaisons des arbres multiséculaires. Tout s'achète et tout se vend, des pâtisseries, des tubes à faire des bulles en soufflant ou en tournant la manivelle, des centaines de babioles inutiles en plastique. Le cirage d'une paire de grolles dure quasi une demie-heure, un vrai métier. À Oaxaca, j'y reste un jour, et suis certaine d'y avoir repris deux kilos en une seule et même journée, j'ai goûté à tant de choses, me suis goinfrée de ces spécialités dont les noms ne restent pas dans ma mémoire. J'ai aussi vu un vrai magasin de vélos, j'ai fait une livraison de roses rouges à une femme pour mon hôte warm shower d'Aguascalientes, bref, j'ai rejoint ma piaule borgne et bruyante complètement claquée. Finalement les jours de vélo et les nuits en bivouac me permettent de bien récupérer.

 

L'état de Oaxaca constitue à peu près ce qui était le centre d'un état Zatopèque, civilisation précolombienne et matriarcale vieille de 2500 ans. Saint Alban tout près de Oaxaca en était la capitale et d'autres sites sont visibles, notamment Yagul et Mitla un peu plus loin sur la route de l'isthme. Pour ma part je continue sur la route du mezcal, ignore Hierve de Agua, je ne peux pas aller tout voir et ai hâte de voir les cités d'Or d'Esteban et Zia, plus importantes. Je me dirige vers l'isthme, là où le Mexique ne fait plus que 200 km entre Pacifique et Atlantique.

 

J'approche les 18 000 km et les 7 mois de voyage, je viens de renouveler mon assurance voyage pour six mois supplémentaires...

Programme urbain.

Zacatecas, Aguascalientes, Leon, Guanajuato, San Miguel de Allende.

 

De Zacatecas que dire ? Après une journée complète passée à arpenter ses rues et venelles me restent dans la tête ces quelques images. Celle d'une ville perchée, toute en collines et cuvettes, traversée par un boulevard principal, axe surchargé nuit et jour qui sinue comme un serpent dans son creux avec des échangeurs très pentus. Celle de ruelles empierrées parfois juste assez larges pour laisser passage à un homme à pied sur lesquelles donnent des portes en bois, derrière lesquelles se cachent des logements minuscules ou qui s'étagent sur deux ou trois niveaux. Des façades colorées. La pierre de la région est rose, belle, mais souvent elle a été recouverte d'enduit et de peinture. On y voit donc des murs de toutes les couleurs, pétantes ou pastel, qui forment un patchwork d'un style que j'adore. Contre ces murs parfois, éclatants comme un feux d'artifice, des arbres fleuris, et devant, des bagnoles déglinguées. Beaucoup de vieilles Coccinelle VW d'époque, des Chevrolet à bout de souffle, des Ford... Ville coloniale dont le centre offre quelques jolis monuments : cathédrale, églises, musées, aqueduc... Au marché couvert, des échoppes colorées de jolies pyramides de fruits et légumes, des lieux où se restaurer pour une paire d'euros, des femmes et des hommes petits et dodus. Ils portent quasi tous une paire de bottes en cuir à bouts pointus, un Jean's, une chemise épaisse à col pointu avec une veste en Jean's par dessus, et le chapeau, l'indispensable chapeau... Des boutiques de chapeaux évidemment mais plus encore, des dizaines de boutiques de chaussures. Zapateria ceci, zapateria cela, zapateria à toutes les sauces. Et il me semble qu'ils fabriquent de très bonnes chaussures en cuir, solides et durables. J'ai vu des semelles en pneu sur certaines... Des vendeurs ambulants, fruits, légumes, « feuilles » de cactus débarrassées de leurs piquants et coupées en dés qu'il faut cuire avant de consommer, ballons de baudruche, babioles kitsch à souhait, jus de fruits frais, burritos... Le téléphérique ne fonctionne pas mais je monterai quand même sur une éminence, de nuit, histoire de voir toutes les lumières de la ville juste après le coucher du soleil quand l'horizon est encore en feu. Zacatecas est touristique, d'architecture coloniale et culturelle, peu d'industrie. La nuit, sous l'éclairage dispensé par de jolis lampadaires en fer forgé, les façades sont homogènes.

 

J'étais en ville à 9 heures, rien ne bouge encore, toutes les portes sont fermées, il faut attendre 10 voire 11 heures avant que l'activité ne gagne les rues, que les portes s'ouvrent une à une sur les minuscules échoppes. J'ai profité de ces heures calmes pour tester mon matelas dans une fontaine, pour y trouver la cause de son essoufflement nocturne quotidien. Cela a fait sourire les quelques passants matinaux. À Zacatecas, les marchands de vélo m'ont offert deux chambres à air neuves, des rustines, de la colle et un adaptateur Presta/Schrader. À Zacatecas, j'étais logée en warm shower chez Gerardo et Luce Helena et c'était bien encore. À Zacatecas, j'ai bien aimé le centre névralgique autant qu'historique. Gerardo m'accompagne à vélo jusqu'à la sortie de la ville...

 

Étape rapide jusqu'à Aguascalientes à laquelle je consacre également une journée. Dans un village alors que je m'apprête à doubler une voiture à grande vitesse (30 km/h) et par la droite, celle-ci vire... à droite et m'enferme contre le trottoir, je bloque les freins mais dérape sur le macadam un peu sablé et me retrouve... hum, c'est pas la faute à Voltaire. Aucun mal pour moi ni pour ma monture, le chauffeur est confus, moi aussi, c'est de ma faute autant que de la sienne, il se moque de la trace de ma pédale sur sa carrosserie... Ouf !

 

Aguascalientes, ville plate, mexicaine, industrielle. Oui, il y a de l'eau chaude qui sourd de terre, et des thermes. D'ailleurs la ville doit son existence à ses sources chaudes. L'endroit est joli. De chaque côté d'un couloir/patio coloré et décoré de plantes vertes, les cabines plus ou moins grandes permettent de barboter une heure trente dans l'eau à 38°C. Ici, comme à Zacatecas, il y a des Coccinelle VW, mais moins de marchands de chaussures. Les quartiers El Encino, La Estation, San Marcos et Guadalupe sont les plus « authentiques » et j'ai aimé me perdre là aussi dans les ruelles et traverser les jardins publics serrés comme une jungle. L'appareil photo a encore chauffé. Et puis il y a le marché, immense, une ville dans la ville, de quoi vraiment s'y paumer et tourner des heures. Orgie de couleurs et d'odeurs, mouvement perpétuel des hommes qui tirent ou poussent des diables chargés à mort, qui trimballent ou retapent des cagettes, qui portent, bref qui s'activent. Une véritable fourmilière. Les magasins, les restaurants, les particuliers, tout le monde vient faire ses emplettes de fruits et légumes ici. Les halles de Paris en quelques sortes. Des camions d'ananas, d'oeufs, d'oranges, de piments... Des millions de pesos mexicains qui chaque jour passent de mains en mains, tout en cash. Tout le monde a le sourire. Je prends quelques photos, tout le monde veut se faire prendre, trop facile ! Je me régale. Un des plus grands marchés que j'aie jamais vu. On y mange aussi, pour pas cher et bon. Luis, mon hôte et guide, m'accompagne.

 

Une étape de plus, un peu collineuse et me voici à Leon, encore plus grande que les deux précédentes. Encore plus de chaussures qu'à Zacatecas. C'est ici qu'elles sont fabriquées, c'est d'ici qu'elles sont acheminées vers les autres villes. Pour accéder à la Plaza Fundadores, la plus grande de la ville, je suis obligée de pousser ma monture entre les voitures dans les rues totalement congestionnées. La place est belle, bordée de bâtiments imposants et arborée en son centre. Il y a trop de monde, je passe au pied de la cathédrale et vais chercher la clef de la maison de mon hôte au restaurant où il travaille. En fait, Paulo en est le patron, j'arrive juste à l'ouverture et j'aurai droit à la totale. Ce n'est pas encore aujourd'hui que je mourrai de faim ! Puis nous traversons encore un bout de ville pour aller chez lui, de nuit. Le vélo de Paulo est prêt, bagages compris, pour partir pour une durée indéterminée en Amérique du sud. Il m'accompagne un bout le lendemain sur ma route pour Guanajuato.

 

Guanajuato donc. La perle. Dans une cuvette au centre de collines abruptes, la couleur te saute dessus dès que tu arrives, par des tunnels obscurs et étroits... Ce sont des « Wouhaou » et des « Roohhh » où que le regard se pose. C'est une ville hors du temps. D'ailleurs ce n'est pas une ville, c'est l'imagination débridée, ou une peinture peut-être. Celle d'un artiste fou qui a tout mélangé et pourtant, on ne sait par quel tour de magie, le tout est très harmonieux. Guanajuato fait incontestablement partie des cinq plus belles villes que j'aie vues, les plus envoûtantes, les plus riches, les plus curieuses : dans le désordre Prague, Paris, Valparaiso, et donc Guanajuato. Des maisons en escaliers, des toits plats qui servent de terrasse ou de garage, des escaliers à n'en plus finir qui débouchent sur la « route panoramique », le balcon de la ville, 14 km, le périph en quelque sorte ! Dans le centre, les voitures n'accèdent que par tunnels et comme si le labyrinthe n'était déjà pas assez compliqué comme ça, il y a des rues souterraines... À vélo, c'est un casse-tête, heureusement, j'avais une adresse et pour une fois (qui n'est pas coutume), je vais payer pour dormir. Je n'ai pas eu à tourner, juste à gravir les 352 marches de pierre avec mon vélo chargé et avec l'aide des habitants du callejon (ruelle). Et le hasard fait que je suis juste à côté du point de vue qui surplombe la ville : le Pipila. Le centre est surpeuplé, les rues sont bondées, des groupes de musiciens, des clowns font l'animation. Des centaines d'échoppes, des ruelles aux issues hasardeuses ou improbables dont la largeur laisse tout juste passer un homme, des arbres en fleurs, quelques jardins... Guanajuato vaut le coup de grimper.

 

Encore quelques dizaines de kilomètres supplémentaires et me voici à San Miguel de Allende, elle aussi classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Des couleurs encore, beaucoup d'églises, un peu plus d'espace qu'à Guanajuato. San Miguel est construite à flanc de coteau, pas dans une cuvette, ce qui la rend peut-être moins oppressante. Et puis nous sommes mardi, j'étais à Guanajuato un dimanche. Je n'ai pas dormi à San Miguel, j'ai campé dix bornes avant, ai visité la ville toute la journée en laissant mon vélo à l'office du tourisme, et en suis sortie avant la fin de journée pour aller camper ailleurs. San Miguel est plus petite et ça fait du bien, le centre est un mouchoir de poche. Beaucoup de boutiques et restaurants de luxe. San Miguel est touristique, est aussi envahie par des retraités américains qui y possèdent des propriétés et se déplacent en quad dans les ruelles pentues et pavées.

 

Une fois sortie de San Miguel, j'ai pris les petites routes et les chemins dans les collines, traversant des villages sans macadam où les gens se déplacent à cheval, je me suis extirpée pour la nuit du nuage de pollution qui enveloppe San Miguel. Je dors encore à plus de 2000 m.

 

Le programme urbain est terminé pour un temps, mon itinéraire est fait de minuscules routes qui ne figurent pas sur ma carte et qu'il faut aller chercher sur Google maps ou équivalent. Après cet intermède où j'ai passé bien assez de temps sur des gros axes chargés, pollués et bruyants (mais qui m'ont permis d'avancer vite), je retourne dans des endroits plus calmes qui, à coup sur, me feront mal aux jambes mais me réjouiront les yeux. J'aspire à un peu de tranquillité et de jolis bivouacs dans la nature. Je contourne Mexico par l'Ouest et les montagnes, je n'irai pas me perdre dans cette mégapole hyper polluée de 22 millions d'habitants.

 

Plein de nouvelles photos très colorées dans la galerie. Yep !

De Baja California à Zacatecas par El Chepe et la Sierra Madre Occidentale.

 

Tuly, l'hôte Warm Shower de La Paz est absolument incroyable. Elle ne dit non à aucun cycliste. La dernière nuit des 5 que j'y aurai passé en tout, nous n'étions pas moins de 11. Des matelas partout, des vélos en tous genres, des conversations à tout rompre, des échanges, des bons plans... Tuly n'est jamais très loin mais elle vit sa vie, elle est cependant d'une disponibilité sans faille. Pour certains elle va jusqu'à faire taxi, couturière, office du tourisme que sais-je encore, réceptionniste de colis. J'ai eu la chance d'être dans une chambre à chaque fois, seule ou partagée. Ces 2 jours complets de repos ont permis de clarifier pas mal de choses dans ma tête sur la suite du voyage. Il faut des endroits comme ça de temps en temps pour se poser, pour remettre en état vélo et matériel, pour se connecter et préparer la suite, pour faire une lessive, pour cuisiner un peu, bref, pour faire tout ce qu'on ne peut pas faire quand les nuits de bivouacs s'enchaînent. Parce qu'on n'a pas des vies faciles quand même !

 

Voila, donc plus que je ne suis partie, je me suis arrachée de chez Tuly et Genesis, une de ses 4 filles. J'ai quitté Laurent et Christian les Français, Christina la Canadienne, Hilda la Belge, Manu le Suisse, Caroline la Jurassienne et les autres, Japonais, Hollandais... Je suis sortie de La Paz, 22 km pour aller au port. Embarquement direction Topolobampo, de l'autre côté du golfe de Californie. De Topolobampo, village construit en escaliers adossé aux collines verdoyantes, on ne sait pas si ce qu'on voit sont des îles ou si c'est la côte découpée, avec des baies et des caps. L'endroit est joli et d'autant plus surprenant que dès qu'on quitte le bord du golfe, derrière ces collines, c'est absolument plat jusqu'aux contreforts de la Sierra Madre, à une bonne centaine de kilomètres. Je suis dans l'état de Sinaloa, le seul du Mexique où l'eau est potable au robinet, celui aussi qui est totalement dédié à l'agriculture. Topolobampo c'est aussi un des seuls endroits du pays d'où l'on peut sortir au choix par quatre moyens de transport en commun différents : l'avion, le bateau, le bus et le train. Dans ce village qui ressemble presque à ceux des Cinque Terre en Italie, j'ai été la première personne que recevait Amairani, toute nouvelle couch-surfeuse, étudiante en médecine. Et c'était bien. Le lendemain, j'ai rejoint Los Mochis à vélo et ai demandé à la gare ce qu'il en serait de mon vélo pour prendre le train jusqu'à Creel depuis El Fuerte. Je vous passe les détails mais je me retrouve à prendre le train depuis là et à dormir la nuit qui précède dans le hall fermé et gardé de la gare, avec le soutien du gardien. Et j'embarquerai avec mon vélo, je crois que j'ai négocié un prix raisonnable. Encore une nuit qui sera courte, je dois être sur le quai à 5 h du matin et finalement nous serons 6 à squatter la gare, dont un bébé qui a beaucoup hurlé.

 

Cette voie ferrée est une prouesse. C'est spectaculaire tout le long. Pour ceux qui veulent un peu de détails, vraiment c'est intéressant et court (une page) : http://www.mexique-voyage.com/elchepe.html . Le voyage commence par traverser les cultures du Sinaloa puis peu à peu se fraie un chemin entre des collines avant de rentrer dans les canyons de la Sierra Madre occidentale. Dans le train il y avait deux gardes armés jusqu'aux dents mais plutôt détendus. Il y a des arrêts à des endroits improbables, quelques personnes montent ou descendent chargés de cabas, et dans les gares plus importantes, des gens cherchent à vendre fruits et en-cas. Au seul arrêt d'un quart d'heure, tout le monde descend du train, c'est que nous sommes au bord du canyon du cuivre, et c'est juste magique, en plein cœur de la réserve indienne Tamahumaras. Ce n'est pas un train pour touristes, c'est un véritable cordon ombilical qui traverse le massif là où il est impossible de construire une route. Des Mexicains viennent cependant juste pour prendre El Chepe, tant il est réputé. Ravins, ponts enjambant canyons et rivières, tunnels en veux-tu en voilà, le train se tortille à 26 km/h de moyenne.

 

Partie du niveau de la mer, je descends du train à Creel à 2500 m d'altitude. Passer en deux jours de la Basse Californie brûlée par le soleil à la Sierra Madre où je dois me méfier du verglas à l'ombre, est un choc thermique conséquent. Des nuits passées à transpirer à poil sur mon matelas, je me retrouve à avoir froid aux pieds, sors buff, gants, collant et manches longues.

 

La Sierra Madre est un lieu tourmenté du Mexique. Narcotrafiquants, bandes rivales armées planquées dans la forêt, les pistes de montagne et les villages complètement paumés et quasi inaccessibles sont le siège régulier de règlements de compte sanglants, les assassinats n'y sont pas rares même s'ils ne sont pas non plus quotidiens. Il ne faut pas vouloir voir ce que les trafiquants ne veulent pas qu'on voie. C'est tout. En restant sur les routes goudronnées, normalement ça va. La drogue transite de la Colombie aux US, les pauvres gens sont utilisés et les clans ne se font pas de pitié. La Sierra Madre est taillée à la hâche, le relief y est tellement rude que seulement deux routes la coupent par le travers, une plus au nord que j'aurais du prendre si le préposé derrière son guichet n'avait pas été conciliant, et qui m'aurait ajouté 750 km et 10 000 mètres de dénivelée positive, et une autre beaucoup plus au sud. Le massif coupe le pays en deux, dans le sens de la hauteur. C'est une véritable muraille de canyons, de forêts inextricables, de labyrinthes.

 

Une première étape depuis Creel et je plante mon bivouac, bien planquée dans la réserve indienne Tamahumaras (https://www.mexique-voyages.com/population/les-tarahumaras.php). Le jour suivant, avant Guachochi, la police municipale me double, et s'arrête, intriguée par mon engin. Nous faisons causette, je leur demande si je peux dormir au poste et c'est oui. Mais quand j'arrive sur place, ils jugent indécent de loger une femme à bicyclette qui vient de se cogner Creel-Guachochi en 2 jours (157 km, 2700 m de deniv pos) autrement qu'à l'hôtel (et pas des plus pourraves!), aux frais de la municipalité. En attendant la réponse du maire, les policiers ont lancé le concours quant au poids de mes bagages. Pour savoir qui est vainqueur, nous avons tout mis sur la grosse balance, il y avait 35 kilos. Vu l'eau et la nourriture que j'ai des fois en plus, j'en conclus que je trimballe parfois 40 kg + 16 kg de vélo + mes 60 kg à moi dans les pentes à plus de 10% à la seule force de les quadriceps ! Quand même !

 

Tout le long entre Creel et Parral, c'est très beau, très sauvage, les villages sont très espacés, il faut une fois de plus prévoir eau et nourriture. Les pins chauffés par le soleil dégagent cette bonne odeur de Sud. La nuit ça gèle, la journée c'est short et tee-shirt... Jolies vues sur les tourments de cette région. Si les Indiens sont froids et peu enclins à sourire ou à répondre à mes salutations, les Mexicains, eux, sont toujours aussi agréables et serviables. Les signes des automobilistes sont nombreux, et ils passent complètement à gauche pour me doubler, ne roulent pas très vite sur ces routes tortueuses. C'est bonheur. En arrivant sur les hauteurs de Balleza, le paysage change complètement, devient très ouvert. Les couleurs automnales des pâtures et des cultures parsemées de pins qui restent verts, avec un autre faisceau minéral de la Sierra Madre en arrière-plan, sont de toute beauté. J'adore ces couleurs et ces reliefs, je me fais vraiment plaisir à être là. Avant le village, la même auto me double trois fois et s'arrête pour que les gamins me prennent en photo. La troisième fois je m'arrête, je cause un peu avec ces gens, le courant passe bien, je leur dis que je cherche un endroit pour dormir en sécurité et au calme.

- Eh ben viens chez nous !

Je suis dans l'arrière-cour à côté des toilettes et du poulailler dans une pièce débarras avec un lit et un fauteuil. Je vais pouvoir une fois de plus dormir sur mes deux oreilles.

 

Je récupère nuit après nuit des fortes chaleurs californiennes et d'un état de fatigue générale accumulé sur plusieurs mois, et je suis en train de me dire jour après jour qu'il y a des choses beaucoup plus faciles quand on voyage en tant que femme seule, qu'à deux, en couple... Aurions-nous été logés à Creel, aurions-nous été logés à Guachochi, aurions-nous été logés ici à Balleza ? Les gens sont en confiance d'emblée, et sont protecteurs. Il y a vraiment des avantages à voyager seule. Bien sur, il faut de la vigilance, ça s'apprend, il ne faut jamais aller contre son feeling, mais une fois passée la peur primitive de ce qu'on ne connaît pas et donc de l'autre, c'est bonheur. Une femme seule en voyage sur un vélo (qui plus est vélo couché) avec ses bagages, force le respect et l'admiration, c'est ce que je ressens en tout cas pour le moment de la part des Mexicains. Pour preuve tous les signes amicaux et d'encouragement sur la route et le nombre de fois où mon vélo est pris en photo (euh oui, c'est pas moi qui les intéresse hein, je ne me méprends pas).

 

Hidalgo del Parral, je fais halte quelques heures dans la ville où Pancho Villa, hors-la-loi mexicain devenu chef de la División del Norte et général de l'armée fédérale au cours de la révolution mexicaine, a été assassiné . Son imposante statue gagnerait à être mise en valeur. Sans les conseils des habitants, jamais je ne l'aurais vue, mais ils en sont si fiers qu'ils m'y envoient tous. Pour l'internet, je demande à un hôtel son mot de passe et je passe plus d'une heure sur le confortable divan du hall d'entrée. Je ne suis pourtant pas cliente. En sortant de la ville, je croise un cycliste qui fait demi-tour pour m'accompagner un bout. Le soir du même jour, à Villa Matamoros, je demande où planter ma tente en sécurité si possible dans une propriété privée.

  • Tu veux venir à ma maison ?
  • Ben oui !

Je suis derrière la maisonnette, la femme s'est absentée mais en revenant, on m'a offert chocolat chaud et bon pain fait maison, je suis invitée pour le petit-déjeuner (œufs pochés avec tortillas, piment vert fourré au fromage et revenu à l'huile, smoothie, céréales et lait). Pendant que je monte ma tente, les gosses du quartier viennent discrètement jeter un œil et faire un petit coucou. Visages épanouis. Ils dansent dans la rue. La porte reste ouverte si j'ai besoin des toilettes, on me propose une douche et même un lit mais je suis déjà installée. La maison fait 25 m² à tout casser, il y a là une femme et ses deux filles, une case en béton brut, mais on m'aurait fait une place et tout ça me va droit au cœur. Il n'y a pas de chaises pour tout le monde, on improvise avec des caisses. Je suis dans une région orange, juste avant le rouge sur la carte du site « diplomatie.gouv.fr »...

 

Le lendemain je pars tard car le petit déjeuner s'est éternisé et j'ai profité d'être bien installée pour réparer encore une crevaison. Tous les matins depuis une semaine, je regonfle mon pneu avant et ça tient la journée, mais depuis deux matins c'est vraiment à plat. La journée est assez morne, le paysage a perdu de son attrait. Je campe dans la nature. Après Villa Matamoros, il n'y a que quelques villages un peu à l'écart de la route qui est très peu fréquentée, sur 400 bornes. Je ne m'attendais pas à ça pour une route rouge sur la carte. Avant et après Rodéo, le paysage offre de nouveaux quelque attrait mais la route qui me mène à Zacatecas par Rio Grande depuis Pedricena est une ligne droite chargée en poids-lourds, que je trouve bien longue et monotone. Je bivouaque dans des pâtures, dans des cultures, franchissant les clôtures à la va-vite. Une fois le paysan viendra et tout ce qu'il trouve à me dire alors que je suis sur son terrain est de me demander si j'ai à manger et à boire, pourquoi je voyage à vélo, et me préciser qu'il m'a vue passer à Paso Nacional... Une autre fois, j'ai la visite insistante d'un coyote alors que je prépare mon repas du soir.

 

Toutes les nuits il gèle, assez fort, puisque même dans la tente je passe en négatif. Mais la journée ça va même si le vent est frais. Je passe mon temps aux environs de 1500-2000 mètres dans des paysages très très grands où les distances sont trompeuses. Mais pour atteindre Zacatecas, il faut monter plus haut. La ville se situe à plus de 2200 m. J'y suis logée en Warm Shower. À suivre...

 

Nouvelles photos dans la galerie Mexique.