Nouvelle Écosse - Nouveau Brunswick

 

Tout est nouveau ici : l'Écosse, le Brunswick, Glasgow... Les colons soit n'avaient que peu d'inspiration, soit voulaient reproduire à l'exact et peut-être avec nostalgie ce qu'ils avaient quitté.

 

Bien. Le début de la traversée entre terre Neuve et Sydney est houleux. Dès la sortie du port je m'applique à respirer profondément et à fixer l'horizon. C'est long 7 heures. Après déjà deux ou trois heures, les vagues sont un peu moins creuses et je trouve la force d'aller jusqu'à l'arrière du bateau où je suis moins brassée. Une demie-heure avant de débarquer j'ai même faim, et avale quelques tartines que Claire me prépare avec soin. Pas sac à beurrrkk ! Gagné !

 

Nous voici en Nouvelle Écosse sur l'île du Cap Breton. La maison de nos hôtes est à 23 km, mouahaha, qu'il faudra refaire à l'envers. J'y reste deux nuits. Avec Claire, nos chemins se séparent momentanément ici. Non non, on ne s'est toujours pas foutu sur la gueule, mais Cap Breton c'est le spot mondial de la musique irlandaise et Claire va donc aller de session en session pendant une semaine, revenir sur ses pas parfois, puis voir des amis à Halifax. Je décide de suivre un autre itinéraire. Elle connaît la Gaspésie, moi non. Rendez-vous est pris pour le 30 juin au soir quelque part le long du Saint Laurent.

 

La journée de repos à Sydney m' a été très profitable, nos hôtes attentionnées m'ont bichonnée et je pars en pleine forme. Le tour du Cap Breton à vélo est (soit-disant) l'une des 10 plus belles randonnées cyclistes au monde, pas moins. Premier jour avec une météo parfaite, je me régale et bivouaque sur la plage dans une véranda en moustiquaire d'une maison plus ou moins abandonnée. Fantastique, la baie d'Ingonish dans toute sa splendeur. Si les entrées de parcs nationaux sont gratuites cette année au Canada, les campings eux, sont très chers et le bivouac sauvage est interdit. Je suis entrée dans le PN du Cap Breton mais en suis ressortie pour dormir. Depuis la véranda-moustiquaire que j'ai dégoté pour la nuit, les lueurs crépusculaires sur la baie d'Ingunish me laissent bouche bée. Le « Cabot trail » est effectivement très beau, 250 km très vallonnés, voire montagneux pour faire le tour de ce Cap. Il faut un peu d'énergie quand même, les montées y sont rudes et fréquentes. On ne fait pourtant qu'effleurer les 500 m d'altitude. Les paysages sont très beaux. Ici, c'est la pleine saison de l'explosion des verts, les feuillus sont dans tous leurs états, mélangés aux épicéas, et ce, jusqu'à l'océan d'un bleu profond. La côte est belle, tout est spectaculaire. Je croise Claire peu avant ma sortie du parc, nous sommes en avance sur ce qu'on avait prévu, et pressées l'une comme l'autre de terminer notre étape ! On aurait du se croiser un jour plus tard. Je passe la nuit à l'entrée du parc national avec la bénédiction du garde.

 

Le lendemain, ma route longe plus ou moins la côte, belle encore, petite route agréable posée sur le terrain et qui en épouse bien tous les reliefs. Chéticamp me laisse sous le charme, petit port de pêche, maisonnettes colorées et éparpillées le long de l'axe principal. En fin d'après midi, une femme rencontrée à la superette de Mabou m'offre l'hospitalité et m'installe dans une dépendance à hauteur des frondaisons denses, où je dispose de quasi toutes les commodités.

Le lendemain, arrivée à Afton, je suis logée chez Jack du réseau Warm shower, un Néerlandais installé ici depuis 24 ans, marié à une indigène. Les Mi'kmaw sont arrivés ici il y a plus de 10 000 ans, par l'Ouest et le détroit de Béring. Ils se sont d'abord installés en Gaspésie, puis en Nouvelle Écosse, Ile du Prince Édouard et une partie du Nouveau Brunswick et de Terre Neuve. Ils parlent une langue algonquine et sur les 20 000 indigènes restants, environ 1/3 la parlent toujours. Leur mode de vie d'antan était le même que les peuples sibériens : chasse, pêche, commerce de peaux contre objets en métal (couteaux, chaudrons...). Jack tient une minuscule boutique de cigarettes détaxées. Les « native people » ont quelques avantages de cette sorte après avoir été bien spoliés par les colons. D'ailleurs dans le journal du lendemain un dessin humoristique montre un indigène, boulet au pied, pour fêter les 150 ans de la naissance du Canada. Ils habitent dans des « réserves », eh oui... Ils sont très typés, foncés de peaux, et comme partout ailleurs, sont un peu les « laisser pour compte » de la société. Ce n'est pas un scoop.

 

Antigonish, New Glasgow, Pictou, River John, Tatamagouche, Wallace, Miramichi, Petit Rocher, Belledune, Shédiac, Campbellton... les noms se suivent et ne se ressemblent pas. Des étapes d'une centaine de kilomètres depuis Sydney me permettent d'allonger le trait régulièrement sur la carte que je stabylote chaque soir avec délectation. Parfois pourtant une demie-journée de pluie me donne une bonne occasion pour me reposer un peu. J'ai l'occasion aussi de franchir quelques ponts monumentaux, comme celui du Bras d'Or ou de Miramichi, appelé le pont du centenaire.

 

La côte que je longe est sauvage et belle, pas très peuplée. Les forêts ou les champs viennent jusqu'à l'eau et des maisons colorées égayent le littoral. Des baies douces à l'eau peu profonde, entourées de marais et peuplées de nombreuses espèces d'oiseaux me font tourner la tête souvent. Les propriétés ne sont pas délimitées par des haies, et encore moins des murs, l'espace est ainsi ouvert et joli à regarder. Après chez Jack, j'ai dormi dans un cabanon chez des particuliers, puis dans une salle inoccupée d'un B&B où j'ai déroulé mon matelas, bien contente d'être à l'abri de la pluie et au chaud. La nuit d'après, j'ai reposé mes jambes dans la caravane de Steve et Natalie avec qui j'ai passé une excellente soirée, puis chez James, un Warm shower chez qui j'ai dégusté du homard. Il faut dire que Shédiac est la capitale mondiale du homard et ils en mangent comme on avale une saucisse de Morteau ou un Mont d'Or.

 

Je suis arrivée en Acadie, les gens parlent français mais j'ai parfois des difficultés à les comprendre. Oh l'accent est délicieux et les expressions me font sourire.

Sur la route, déjà deux crevaisons et un pétage de câble (de dérailleur arrière). Sauf que mon câble de rechange était 10 cm trop court, quelle négligence de ma part ! Donc 40 km sur le petit pignon et heureusement encore, une grosse bourgade se trouvait là, avec un vélociste fort sympathique !

 

Au Nouveau Brunswick, les secteurs de la pêche, médicaux et du tourisme semblent être les plus gros pourvoyeurs d'emplois. Avant, il y avait des papeteries, comme à Terre-Neuve.

 

Arrivée à Bathurst, j'ai pris la route de la côte acadienne, l'océan est là tout près mais ne fait pas de vagues. Je longe en fait la baie des Chaleurs et en ces jours orageux elle porte bien son nom. J'essaie de passer entre les gouttes, n' y parviens pas toujours. Certains villages parlent majoritairement Français, d'autres sont anglophones, mais dans tous les cas, comprendre les gens demande une certaine attention. Accent à couper au couteau... À Belledune, je longe un port industriel énorme puis une scierie toute aussi importante. Je ne peux m'empêcher de penser encore à ce documentaire qui maintenant date un peu : « L'erreur boréale », qui traitait du problème de déforestation massive au Québec. Derrière les 40 mètres de forêt le long des lacs et des routes, les vues du ciel montraient une terre totalement dévastée dans des concessions données par l'État à des entreprises qui négligeaient de replanter correctement et se trouvaient surpris, un jour, de toucher la concession voisine. Il doit encore être visible en libre sur internet. Je ne sais ce qu'il en est aujourd'hui de la politique forestière mais il y a deux décennies, c'était grave.

 

La baie des Chaleurs fait partie du gigantesque golfe du Saint Laurent, séparé de l'océan par Terre-Neuve et deux passages : les détroits de Belle-Isle au Nord et de Cabot au Sud. (que nous avons franchi en bateau il y a maintenant 10 jours). De Belledune, je vois l'entrée de la baie des Chaleurs, entre la péninsule de Gaspésie couverte de montagnes et l'île Miscou.

 

Montréal et Québec sont à l'Est du Canada, mais je suis encore à l'Est de ces deux villes. À Campbellton avant de rentrer dans la province de Québec, j'ai déjà 2300 km au compteur. Cette ville aussi possède son grand pont, qui ressemble un peu aux précédents, métallique. À l'heure où ils ont été construits, il y a longtemps que la construction en pierres avait été abandonnée outre Atlantique. A l'autre extrémité du pont, je serai dans la province du Québec, prête à affronter les montagnes russes de la péninsule de Gaspé et à longer les Monts Chic-Chocs.

 

A bientôt.