Black hills - Wyoming - Grand Lake (Colorado)

 

Rapid City. Dix bornes avant je suis dans les prairies jaunes avec une vue à perte de vue justement, et soudain je me retrouve dans des pentes boisées avec des montagnes partout autour. Montagnes à vaches sans vache mais du vert, des belles pinèdes et des odeurs etc... Bref, changement radical. Les Black Hills sont un îlot surgi des plaines, une tache probablement sur les photos satellites, un massif surprenant qui culmine à plus de 2400 m et qui abrite une faune abondante et des écosystèmes variés. Pendant deux à trois jours je sillonnerai sa partie sud un peu dans tous les sens, avide de découvrir ses spécificités. Pour commencer, le Mont Rushmore et les têtes des quatre présidents (Jefferson, Washington, Lincoln et Roosevelt) sculptées dans la montagne. 17 ans de travaux entre 1927 et 1941. Et puis il y eut la route très exigeante appelée Iron Mountain, avec deux particularités : elle se boucle sur elle-même trois fois de manière à absorber la dénivelée et les tunnels creusés sont tous dans l'axe du Mont Rushmore et des 4 têtes de l'autre côté de la vallée... Ensuite j'ai suivi Needles highway, qui est une toute petite route dans le Custer State park (comme un parc nat. mais géré par l'État, pas par la conf.) et qui m'a projetée à 1980 m d'altitude, serpentant au milieu de roches aux formes incroyables, des tours, des dents, des cathédrales, des trous... Chaussant alors les baskets, j'ai gravi le point culminant du massif, le Mt Harney 2414 m d'où la vue panoramique était superbe. Et après un bivouac à un emplacement de rêve, je suis passée au mémorial de Crazy Horse. La montagne là aussi est sculptée. Crazy Horse et sa chevelure dans le vent, bras tendu devant, montre la direction à sa monture qu'il chevauche. Bon... la sculpture promet d'être monumentale, mais ne sera terminée que dans … cent ans. Pour l'instant, seul le visage de l'Indien émerge du rocher et le centre touristique accueille un beau musée sur les Indiens d'Amérique.

 

Bien. Tout près il y a Wind Cave National Park, avec comme son nom l'indique, des grottes. Un des premiers parcs nationaux des États Unis et le premier à protéger une grotte. Il se trouve que le jour où je me pointe c'est l'anniversaire du système de parcs nationaux et les visites guidées sont gratuites. Donc je prends la plus complète, 450 marches à gravir dans un dédale horizontal autant que vertical, et des plafonds en boxwork (voir galerie photo), ce qui en fait la spécificité. Pendant ce temps l'orage passait. Quand je suis sortie de la grotte les éclairages sur la plaine étaient très contrastés, grandioses, bleu foncé et noir sur le jaune des plaines éclairées par le soleil qui revenait. De là, je suis retournée dans les plaines qui sont plutôt des plateaux vu l'altitude. En effet, entre Hot Springs et Cheyenne, l'altitude est comprise entre 1400 et 1800 m. Paysages de rolling hills où, comme en Patagonie, en Mongolie et encore ailleurs, l'expression de vertige horizontal prend toute sa signification. De temps à autres, des troupeaux de vaches noires paissent dans les pâtures jaunes.

 

L'accueil est toujours bon. Un soir que je monte ma tente dans le parc municipal d'un petit village, la voisine vient me dire qu'il faut aller sur sa pelouse car là où je suis, l'arrosage automatique se lancera dans la nuit... et m'offre des concombres. Le lendemain, c'est sur une aire de repos que je me pose. Juste une maison en fonctionnement autonome avec rien à 37 km dans un sens et rien dans l'autre à 60. Mais il y a de l'eau et quelques arbres, un peu d'herbe et deux tables de pique nique. Pendant que je suis aux toilettes en train de me laver et de rincer mon maillot, un inconnu a posé un paquet de M&M's dans mon casque. Plus tard, la femme venue de je ne sais où pour vider les poubelles m'offre des fraises et une pâtisserie... Sur la route, les accotements généreux me rendent les journées très agréables, les voitures passent loin, d'autant plus que souvent, les conducteurs se déportent quand même sur la voie de gauche. Les gens ne ferment pas leur maison, même en ville, et les automobilistes sont très courtois. Bref ici, c'est loin d'être des enragés, ça va doucement.

 

Wyoming. Nous y voici. Cet État totalement rectangulaire est le moins peuplé de tous les États-Unis avec une densité de 2,2 hab/km², ça ne fait pas bezef. Un tiers de grandes plaines à une altitude moyenne de 2040 m, les deux autres tiers sont montagneux et le point culminant à 4207 m. C'est une contrée rude balayée par le vent. Sur plus d'un tiers de France en superficie, seulement 99 municipalités dont 17 de plus de 5000 habitants. C'est juste pour planter un peu le décor. Mais quand même, Cheyenne, capitale d'État, n'est pas la plus petite des capitales, c'était Pierre en plein milieu du Sud Dakota avec 13 000 hab. Cheyenne en compte 60 000 et doit son existence à la création de la voie ferrée, l'Union Pacific Railroad. À l'époque de la construction, les villes émergeaient des plaines puis disparaissaient, se déplaçaient avec les travaux. Villes sans shérif, saloon, alcool, prostitution, coups de feu et meurtres faisaient partie du quotidien. Cheyenne aujourd'hui est paisible, les trains longs comme des jours sans pain, chargés de minerai, traversent en klaxonnant, le jour comme la nuit, et c'est ici, dans un jardin public, qu'est exposée la plus grosse locomotive à vapeur jamais construite au monde : Big Boy. Le Wyoming est le premier État à donner le droit de vote aux femmes en 1869 et une femme est gouverneur d'État dès 1925. À part ça, le parc du Yellowstone, situé dans cet État mais que je n'irai pas voir car trop éloigné, est le premier parc national au monde, 1872. C'était le chapitre culturel.

 

Bon, c'est encore le pays des cowboys, chapeaux comme il se doit, Jean's, bottes en cuir, grosse boucle au ceinturon, chemise épaisse en tissu solide, mains caleuses et teint buriné, Dodge et Chevrolet. Et ils sont attachés à leur grandes plaines et à leur paysages sans fin. C'est vrai qu'il y a une beauté toute particulière dans cette espèce d'austérité. J'aime beaucoup, enfin... quand j'ai le vent dans le dos.

 

De Cheyenne, j'ai rejoint Laramie, encore plus haute, puis Walden, encore plus haute. Me voici dans l'État du Colorado. Après être passée par la Medicine Bow National Forest et un col à 2900 m je retrouve des lignes droites et un paysage sans arbre à 2700 m mais avec des nuances incroyables dans les verts et les jaunes et des sommets au loin où restent des névés. Puis de nouveau un col dans la forêt domaniale d'Arapaho et me voici sur le versant Pacifique, je viens de passer la Great Divide, à 3200 m. À Grand Lake, où Richard, rencontré à la bibliothèque municipale (pour connexion) me met à l'abri de la pluie pour la nuit, je suis à 500 m de l'entrée du Rocky Mountains National Park et de sa fameuse route : la Trail Ridge Road, qui monte à plus de 3700 m. J'ai changé de monde, ici, tout est voué à la cause touristique, été comme hiver. Les enseignes clignotent, les bars branchés affichent des tarifs en proportion avec l'altitude, il y a des resorts, des lodges et des pancartes propriété privée partout. J'ai comme l'impression d'avoir perdu de l'authenticité... ici, il faut faire de l'argent. Je ne fais que passer. Enfin... j' y resterai tout de même une journée car la météo annoncée n'est pas assez bonne pour m'engager dans les montagnes, c'était très bas et noir ce matin, finalement ça s'est dégagé mais il est trop tard maintenant. À 26 dollars pour planter une tente et l'interdiction de me mettre où je veux, je dois traverser le parc national d'une traite. Une journée de repos bien méritée avant l'étape de montagne... et il y a pire comme endroit. Dans la nuit, un ours est venu défoncer le container à poubelle de la copropriété... en pleine ville.