Des parcs nationaux, de Moab à Kanab

 

Bon, Moab est à l'Utah ce que Chamonix est aux Alpes. On te propose pléthore d'activités toutes plus fun les unes que les autres. Quad, rafting, Vtt, escalade, canyoning, rando et tout le reste. Des enseignes qui clignotent et des bars branchés. C'est LA qu'il faut venir, l'endroit à la mode, le MUST. Septembre Octobre, c'est LA saison, il fait un peu moins chaud. On me dit qu'il n'y a que les Européens qui sont assez bargeots pour venir en Juillet Août. Tu m'étonnes, déjà là ça plombe alors je n'ose pas imaginer la fournaise au cœur de l'été.

 

Moab, c'est aussi la porte d'entrée des parcs nationaux Arches et Canyonlands. Moab, c'est sur la rivière Colorado, juste après sa confluence avec la rivière Green. C'est un peu un trou aussi Moab, par où que tu arrives tu descends et par où que tu en sortes, eh eh, tu remontes ! Seul le Colorado parvient à se faufiler et à prendre la fuite entre des falaises tellement rouge que ça me fatigue les yeux. J'ai visité Arches, j'ai visité Canyonlands. Je devais aller à Dead Horse Point, l'endroit qui domine de 600 m de falaises au moins une belle courbe du Colorado. Mais, bien sur, ce jour là, vent annoncé à 60 km/h. Ils y étaient. Je n'arrivais plus à tenir ma monture, alors quand est arrivée la piste que je devais prendre pour redescendre, j'ai capitulé, je ne suis pas allée jusqu'à Dead Horse, honte à moi, il ne m'a manqué que 6 miles (10 km, enfin 20 car il fallait ensuite revenir, mais vent dans le dos). Et là, je me suis dit : « Ma fille, tu es fatiguée, va falloir calmer un peu le jeu ». Je suis redescendue à Moab, ai logé chez un autre Warm Shower, au centre, enfin... dans le hangar de son voisin et proprio, au frais, dans le noir et le silence, sur un lit de camp géant. C'était nickel ! Je ne vais pas vous faire un descriptif de Arches et Canyonlands, les photos sur internet sont plus belles que les miennes !

 

Et puis j'ai repris la route, et même la grosse autoroute Interstate. Je l'appréhendais. Ce fut du bonheur ! Pour la rejoindre, j'avais une route avec des accotements de misère et une circulation dense, rapide, avec des poids-lourds. Sur l'autoroute, c'était très très calme et j'avais trois mètres pour moi. On a le droit de rouler sur les autoroutes aux US, de toutes façons, là, il n'y avait rien d'autre. Village de Green River, pas envie de m'arrêter à 14 h 30, je fais les pleins d'eau et continue après avoir vérifié sur Google Maps que je trouverai dans moins de 35 bornes un endroit avec des arbres pour l'ombre, l'abri du vent... Google Maps, formidable outil.

 

Il y a des chauffeurs routiers qui me klaxonnent et me font des grands signes, même depuis l'autre côté de l'autoroute une fois. Certaine que c'est parce qu'ils m'ont déjà vue. Peut-être était-ce celui qui m'avait attendue sur un parking en haut d'une bosse pour me dire son admiration et m'offrir un Pepsi, ou encore celui qui laissait refroidir son camion et qui lui aussi m'avait offert de la limonade fraîche ! Ou d'autres qui m'ont déjà croisée, doublée, et recroisée ! Un type dans une bagnole pourrave a roulé un moment à ma hauteur, vitre ouverte, complètement euphorique, pour me dire qu'il visite son pays et que ça fait trois fois en un mois qu'il me voit à des endroits tellement distants les uns des autres. Je crois que j'étais son héroïne !

 

Souvent quand je pédale, je me dis que j'ai une chance inouïe d'avoir tout ce qu'il faut (temps, mental, physique...) pour venir faire du vélo dans des décors pareils parce que quand même, c'est quelque chose, mais c'est pas donné à tout le monde. Et puis la seconde d'après je me dis que c'est encore une fois un truc de fou, que ces distances ne sont pas faites pour être parcourues à vélo, que c'est trop grand. Il ne faut pas venir faire du vélo dans le désert la fleur au fusil, il faut être vigilant tout le temps, savoir où on trouvera à manger et surtout de l'eau. Bref, je ne quitte jamais un village sans savoir ce que sera la suite et trimballe souvent 6 litres d'eau pendant quelques heures avant de les utiliser. Oui c'est lourd, mais c'est indispensable. Je n'aime pas planter ma tente dans les villages dès qu'ils dépassent la centaine d'habitants, il y a toujours des lampadaires, des chiens qui gueulent, des bagnoles qui passent, des arrosages automatiques dans les parcs... des trucs qui tuent ton sommeil qui se doit d'être réparateur. Je préfère porter, m'éloigner et dormir dans la nature. Les ciels nocturnes sont épatants, la Voie Lactée toutes les nuits...

 

Allez, Capitol Reef National Park. Eh bien j'ai préféré la route d'approche depuis Hanksville, ce n'est pas au pied du mur qu'on voit le mieux le mur ! Pourtant j'en ai bavé sur cette route et depuis Moab : 3 jours de vent de face à 50 km/h, ça use, et une mauvaise contracture au mollet gauche qui ne veut pas passer malgré les massages. Mais le paysage récompense, heureusement. Somptueux. Grands espaces colorés, pas plats du tout, et le ruban d'asphalte noir qui se faufile entre les reliefs comme on n'a pas chez nous. Voilà. Des bivouacs calmes au milieu de ces immensités... Puis de nouveau de la vraie montagne dans le secteur Escalante, je repasse à 3000 m. Une journée complète de réel repos à Boulder où Scott m'emmène voir les merveilles locales en auto. Ici, l'étagement de la végétation se fait sur une distance très courte. On passe du désert à la forêt de conifères en quelques kilomètres, le matin dans la neige (pas tout à fait encore la saison mais il gèle toutes les nuits) et l'après-midi dans le désert. Scott me prête un appareil électrique chauffant pour mes soucis musculaires qui me fera le plus grand bien. Cela faisait 24 jours que je n'avais pas pris de repos, me disant sans arrêt que j'aurais bien le temps de me reposer plus tard. Toujours plus tard... Mais là, c'est juste l'idéal. Chez Chris et Scott, hôtes warm shower, j'ai un petit studio pour moi, je peux réellement me reposer, aucun bruit, de la verdure, entre montagne et désert, juste à la limite qui est franche, il fait bon et les tomates du jardin que l'on m'encourage à consommer sans modération sont succulentes... quand on sait à quel point j'aime les bonnes tomates ! Presque autant que la cancoillotte ! Tiens, ça faisait longtemps que je n'avais pas pensé cancoillotte, saucisse de Morteau et Macvin !

 

La route entre Boulder et Bryce est encore un enchantement pour les yeux, moins pour les jambes. C'est là que j'ai cassé patte de dérailleur et rayon. Bon, j'ai les pièces qu'il faut mais pas de fouet pour démonter la cassette. Comme par hasard un groupe de cyclos avec voiture d'assistance vient de me doubler, le premier en quatre mois. J'envoie quelqu'un prévenir et le mécano m'attendra, viendra même à ma rencontre et remettra mon rayon en deux temps trois mouvements. Du coup, contrôle du jeu dans le moyeu, la cassette et tout. Nickel.

 

Le lendemain je visite Bryce Canyon. Je l'attendais celui-là, depuis le temps qu'on m'en vantait les mérites ! Allait-il être à la hauteur ? J'ai laissé mon vélo dans un hôtel luxueux de Bryce et ai pris la navette gratuite jusqu'à Bryce Point. Quand le bus m'a débarquée j'ai cru que j'allais verser une larme. Je ne savais plus où regarder. Au moins aussi beau que le panorama sur les Alpes depuis les sommets du Jura par un limpide jour de bise ! Sauf que ce ne sont pas du tout les mêmes couleurs, ni les mêmes reliefs. Là on va du blanc au rouge en passant par toutes les nuances de rose et un peu de vert qui tente de se montrer par ci par là. Non sans dec', c'est le plus beau des parcs que j'aie vu jusque là dans ce pays. Je n'ai pas pu résister à descendre, suivre ce sentier qui s'enfile dans les failles entre ces tours (une partie du sentier se nomme Wall Street), passe sous des arches naturelles, et me fait progresser tantôt dans le rouge, le rose ou le jaune, voire le blanc. Par le relief, ça m'a fait penser aux grands Tsingis de Bemahara à Madagascar. Après avoir bien crapahuté, j'ai fait du stop pour aller voir les différents points de vue qui jalonnent la route qui s'enfonce de 25 km dans le parc. J'en ai pris plein les yeux toute la journée. Et les gens qui me trimballent me disent tous que Zion est plus impressionnant mais que le plus beau de tous, c'est Grand Canyon du Colorado. Ben ça tombe bien, tout cela est au programme des prochains jours.

 

Après une journée de transition par monts et par vaux et une nuit dans un ranch chez Gordon, me voici à l'entrée de Zion. Certes la vue sur le canyon depuis le bout du sentier est impressionnante, certes la descente des lacets après le tunnel (où j'ai du charger mon vélo sur un pick-up car interdit aux cyclistes) est un vrai régal, mais quand même ça ne vaut pas Bryce. Voilà. Mais si je n'y étais pas allée, j'aurais des regrets, ça vaut le coup d'oeil. Avec les navettes gratuites j'ai pu là aussi aller au fond du parc, là où le canyon se réduit jusqu'à ne plus laisser passer que la rivière entre les hautes falaises. Je préfère les voir d'en haut que d'en bas ces canyons.

 

De là, il m'a fallu descendre la vallée de la Virgin, passer dans le trou à Hurricane avant de faire volte face et remonter jusqu'à Kanab par une route sans rien autour. Tout ça pour me retrouver à moins de trente bornes d'il y a 2 jours et demi. Ma douleur musculaire est très atténuée maintenant, je fais attention quand même et essaie de boire toujours plus. J'ai beaucoup bivouaqué ces derniers temps. Après quelques nuits où la température est descendue autour des -5°C et des départs matinaux avec gants, collant, buff et polaire, j'ai retrouvé quelque chose d'à peine plus confortable : 29 °C la journée, 10°C la nuit. L'idéal ! Je viens d'arriver à Page et de visiter Antelope Canyon mais ce sera pour la prochaine fois. 47 nouvelles photos dans la galerie.