Mexique côte caraïbe – Bélize

 

J'ai oublié de préciser dans la dernière mise à jour que le chien renifleur à l'aéroport de Cancun a gratté mon carton de vélo avec insistance et que cela m'a valu un contrôle méticuleux de tous mes bagages. Les douaniers sont allés jusqu'à vérifier l'intérieur de mes pneus de vélo. Pour rien sauf me faire perdre une heure...

 

Hum, des avocats, du yaourt, du fromage, de la confiture, des légumes, des pâtisseries, du lait, des steaks et de la purée. Hum, on a tout dévalisé et on y est retournés trois fois. Il faut dire qu'on a élu domicile à Cancun juste derrière le supermarché, dans une auberge où l'on peut cuisiner ! Nous sommes en dortoir, mais seuls, cool !

 

Lessive, mise en ordre des vélos et des affaires, couture, courses, nous voici fin prêts pour continuer le voyage. Sortie de Cancun par la zone hôtelière, une bande de terre étroite entre l'océan et la lagune infestée de crocodiles, urbanisée à un tel point qu'on ne voit absolument jamais l'océan. Détour superflu et dangereux (absence d'accotement). Autoroute jusqu'à Tulum. Ruban d'asphalte, tranchée dans la forêt, mur végétal de chaque côté et serpents écrasés sur la route. Miam miam. Voyant que nous pourrons être à Tulum le soir-même, je téléphone en dernière minute à un warm shower et nous serons logés (et douchés). Nous arrivons 15 minutes trop tard pour la visite des ruines mayas. Ce n'est que partie remise et contre toute attente le lendemain matin, la météo est favorable et les éclairages pas dégueu sur les vieilles pierres qui dominent la mer caraïbe d'une couleur de ouf. Pour parfaire cette journée, nous allons faire trempette dans un cénote à 4 km à l'écart, en partie sous-terrain, avec des tortues. Voila, le Gran cénote est ma foi bien joli, totalement différent encore des quatre que j'avais déjà vus. Dans l'après-midi, nous avançons de 93 km et plantons le bivouac dans la forêt.

 

Le lendemain, pas une photo. Rien qu'une ligne droite entre les arbres, sans jamais aucune échappée sur rien. Un seul village où nous faisons quelques courses et quelques gargotes au bord de la route ici ou là. Nous tuons 125 km et bivouaquons encore, le Belize n'est plus qu'à une cinquantaine de kilomètres. Pour le jour suivant ?

 

Eh bien non. Petit arrêt à Bacalar mais nous ne voyons pas les sept nuances de bleu du lac car le ciel est gris. Nous poussons jusqu'à Chetumal pour faire des courses et changer nos pesos mexicains en dollars Belize. Nous longeons le boulevard Malecon, l'eau est turquoise, le ciel s'est dégagé mais la ville est morte. À la sortie, nous demandons à loger à la police fédérale, qui nous boule, puis dans un couvent de bonnes sœurs qui nous laissent nous installer à l'extérieur, mais viendront un peu plus tard avec le proprio du terrain pour nous faire déménager alors que nous sommes déjà installés et en train de manger. Nous trouvons à planter nos tentes au bout d'un chemin bordé de friches, à 150 m de la nationale, on a eu mieux. On nous a dit de faire attention aux serpents à sonnettes. Miam miam.

 

Fin du Mexique, le lendemain tôt dans la matinée nous passons sans encombre la frontière (bien que le douanier mexicain ait essayé de nous soutirer une taxe de sortie que nous ne devons pas) et nous voici donc au Belize, ancien Honduras britannique qui fait toujours partie du Commonwealth. Un îlot de langue anglaise perdu dans un océan latino-américain hispanophone. La population est noire, on se croit en Afrique, c'est que les habitants sont les descendants des esclaves importés de la Jamaïque et de Saint-Vincent. À Belize city le mélange est frappant, mélange de traditions british et de coutumes caraïbes. La route qui traverse le pays du nord au sud, la seule asphaltée, est bordée de zones humides, de mangroves, de champs imbibés d'eau, de verdure. Difficile de trouver à poser les tentes dans ces conditions, présence de crocodiles par endroits... Nous logeons une première nuit dans un ranch sous un couvert, une seconde nuit dans les dépendances d'une église, une troisième sous abri encore dans une communauté, une quatrième dans une maison et une dernière dans une guesthouse. Les gens sont ma foi fort aimables. J'ai du repasser à l'anglais même si la majeure partie de la population parle aussi espagnol. Du coup j'ai tendance à baragouiner espaglais, à moins que ce ne soit de l'angnol... Bref, ça se mélange bien assez. Belize city, rien à voir, la plus importante ville du pays est étriquée, coupée en deux par un fleuve et quelque peu étouffante à mon goût. Nous cherchons le swing bridge et le bord d'océan, la couleur de l'eau est celle de la terre, nous filons plus loin...

 

Belmopan, la plus petite capitale du monde (17 000 hab) nous voit passer en milieu de journée. À partir de là, le paysage change radicalement, nous sommes dans des collines recouvertes d'une jungle épaisse. La route tourne beaucoup, monte et descend, nous oblige même à mettre deux fois pied à terre. Sous les arbres hauts, il y a d'autres arbres moins hauts puis d'autres encore plus petits. Couvert végétal impénétrable, sol imbibé toujours... Nous trouvons à nous mettre pour la nuit dans une propriété privée sous abri, nickel, et c'est presque plaisant d'entendre le martèlement de la pluie sur la tôle alors que nous déjeunons le lendemain matin. Après les averses, nous prenons la route et bifurquons sur la péninsule étroite de 200 m et longue de trente kilomètres qui mène à Placencia, blindée d'Américains. Nous logeons à l'extérieur de la bourgade touristique avec un autre cyclo français, Marc, avec qui nous prenons le bateau le lendemain pour revenir sur le continent. Nous sommes dans une zone du Bélize très différente du nord. Nous sommes en pleine culture Garifuna, les Noirs Caraïbes. Leur origine remonte au XVI eme S, quand les navires espagnols chargés d'esclaves africains faisaient naufrage dans les Caraïbes. Ils se sont mélangés aux Indiens Arawaks et de ce métissage sont nés les Garinagu qui plus tard se sont dispersés du Honduras au Belize. Les bateaux espagnols échouaient car le Belize est bordé par la seconde plus grande barrière de corail au monde, une multitude de minuscules îlots aussi, paradis pour la plongée sous-marine. Ambiance différente où l'on voit souvent les couleurs de la Jamaïque et beaucoup de rastas à l'accent délicieux, prêts à nous rendre service toujours. Nous attirons l'oeil à débarquer sur cette péninsule à vélo...

 

L'étape suivante entre Placencia et Punta Gorda, bout de la route, cul de sac bélizéen au bord de l'océan, nous fait traverser des communautés indiennes Mayas. Changement encore, et superbes maisons recouvertes de toits en chaume, terrains tondus et magnifiquement entretenus dans les villages. Salutations amicales tout au long du chemin et circulation quasi inexistante. Plus un seul blanc dans les parages à part Marc avec qui nous faisons route encore. Quant à Michel, il se fond dans la population.

 

Punta Gorda est un petit village de pêcheurs perdu à l'extrême sud du Belize, entre jungle et mer des Caraïbes, un peu hors des sentiers battus. Quelques rues, les gens dehors, nous trouvons à nous loger facilement, ambiance de bout du monde. Nous y arrivons un dimanche et tout est fermé sauf les établissements tenus par des... Chinois. Un « city parc » minuscule où une connexion wifi est disponible à raison d'une heure par jour et par appareil. Nous sommes tout de suite repérés et prévenants, les habitants nous demandent si tout va bien pour nous, si nous avons ce qu'il nous faut, nous bichonnent. Le « port », d'où nous embarquerons tout à l'heure si tout se passe comme prévu dans une « lancha » (grosse barque à moteur couverte d'une bâche), est un ponton tout simple au bout du bureau de l'immigration. Nous quitterons le Belize par voie maritime après avoir acquitté une taxe de sortie de 20 USD chacun. Au choix, des bateaux pour Livingstone ou Puerto Barrios au Guatemala. Pour nous ce sera Livingstone.

 

Le Belize fut donc bien vite traversé, minuscule pays dans lequel nous serons restés cinq bonnes journées avant de repasser à l'espagnol. La religion y est omniprésente et on peut réviser les dix commandements tout en roulant puisqu'ils sont régulièrement affichés sur le bord des routes (et autre propagande). Des dizaines d' « églises » différentes sont représentées, certaines dont le nom nous était parfaitement inconnu... C'est un pays cher, beaucoup plus que ses voisins, plus que la France pour la nourriture, où l'on paie indifféremment en dollars Belize ou américains (1 USD = 2 BD). Le climat y est très capricieux, le ciel est bleu et dix minutes plus tard il est gris, il est alors temps de se mettre aux abris pour laisser passer l'averse, souvent intense mais heureusement courte. Nous nous sommes faufilés entre les gouttes avec beaucoup de chance, ne nous sommes jamais faits rincés. Nous sommes en hiver et en saison sèche, il ne fait que 30°C à l'ombre et le degré d'humidité flirte avec les 85%... Les moustiques nous ont à peu près laissés tranquilles à condition de se couvrir quand on ne pédale pas. Dans ce pays qui se veut définitivement tourné vers l'écotourisme et la protection de la nature, nous avons trouvé que les bords de route étaient toutefois de vrais dépotoirs, qui dénotaient complètement avec les abords spacieux des maisonnettes, toujours très proprement tondus et entretenus, joliment fleuris...

 

À bientôt depuis le Guatemala.