De la côte caraïbe aux Hautes Terres du Guatemala.

 

Une heure de traversée sur une barque à moteur chargée à bloc qui rebondit comme elle peut sur une mer dure et nous voici débarquant à Livingstone, Guatemala. D'abord l'immigration, en haut du village. Ok. Après quelques déboires pour obtenir des Quetzals (monnaie locale, du nom de l'oiseau mythique emblème du pays) avec nos dollars et cartes bancaires, nous achetons des billets de bateau pour quitter Livingstone. Oui parce que Livingstone n'est accessible que par voie d'eau. Village sans voiture tout entier tourné vers la mer et le grand fleuve qui s'y jette à cet endroit superbe. Pontons de pêche, maisons sur pilotis, gens extrêmement sympathiques malgré un grand nombre de touristes, Livingstone a tout pour plaire. De la musique locale qui sort d'ici ou de là. Une ambiance exquise. Nous dégottons une chambre sommaire dans l'hôtel le moins cher de la bourgade, à côté du lavoir alimenté par une source d'eau claire où les habitants (et nous aussi) viennent remplir leurs récipients.

 

Le lendemain, grande chance encore avec la météo, juste quelques nuages blancs éparpillés dans un ciel nickel pour notre voyage en barque vers Rio Dulce. Il y avait longtemps que je n'avais traversé un paysage aussi paisible et magnifique, ce trajet mi fluvial-mi lacustre m'a rappelé avec force ceux que nous avions faits au Cambodge sur le Tonlé Sap ou sur le lac Inlé en Birmanie. Vie au bord du fleuve, rires des enfants dans les cours d'école sur la rive, les frêles embarcations en bois des pécheurs glissent en silence sur la surface sans une ride, méandres entre les falaises ou la jungle, puis grand plan d'eau avec des montagnes pour fermer l'horizon, égrettes aussi élégantes qu'élancées, vol de canards, mangroves. Milieu extrêmement riche. Nous nous félicitons d'avoir choisi ce parcours même si les traversées en bateau avec les vélos sont toujours source de stress et si nous y avons laissé quelques dollars. Tout se passe bien et nous débarquons à Rio Dulce sous le pont routier et sous un soleil de plomb. La bourgade est traversée par la route à forte circulation de poids-lourds que nous suivrons jusqu'à Flores. Nous faisons des courses, nous mettons en tenue pour pédaler et partons vers le nord et le Peten. Objectif Tikal, une des plus belles et grandes cités mayas tout au nord du pays.

 

Dans ma tête, le Peten était une région de forêt tropicale, de jungle, plate. Tout faux ! Le paysage est relativement ouvert et bien vallonné, les villages se succèdent au bord de la route, regorgeant de petits commerces en tous genres et de vie délicieuse, simple mais gaie et colorée, et je comprends vite que j'aurai à traverser le pays le bras en l'air. Ma monture provoque toutes sortes de réactions qui vont de l'étonnement à la curiosité, en passant par l'euphorie, la frénésie, voire carrément des ovations collectives dignes d'un but du Guatemala contre l'Argentine. J'ai ressorti mon espagnol basique et ai décidé de potasser la méthode que Michel a amené pour étudier un peu la conjugaison car c'est cela maintenant qui me limite pour m'exprimer correctement.

 

Flores. Nous nous dirigeons direct chez le seul vélociste de la bourgade (Santa Elena), je change ma chaîne mais le souci subsiste, mon dérailleur est mort. Corrodé, il résiste trop et le ressort de rappel est trop faible. Je mets un neuf. À Flores, nous sommes hébergés en Warm Shower dans un endroit délicieux encore, accès en lancha et baignade dans le grand lac à moins de dix mètres de notre chambre. Merci Tree. D'autres cyclos peuplent la maison, bonne ambiance. Lever avant les aurores pour nous le lendemain, traversée en lancha à 5 h 30, 20 minutes de marche pour le terminal de bus et nous embarquons peu après pour Tikal où nous passons une bonne partie de la journée. Je ne vais pas faire une description du site, d'autres l'ont fait mieux que moi bien avant ! Mais ça vaut le coup d'oeil. Et là, nous sommes dans la jungle, mais ce n'est pas plat pour autant.

 

Nous savons alors que les « vacances » sont terminées, nous allons dans les montagnes, dans le pays « Quiché », du nom de l'ethnie indienne dont c'est le territoire. La première journée est cool encore mais ensuite, les routes montent droit dans la pente, même si ça doit faire dans les 17%, je pousse souvent tandis que Michel parvient tant bien que mal à rester sur sa monture. Des rampes infernales dans des coteaux parfois plantés de caféiers, suivies de descentes tout aussi raides où nous ne pouvons nous laisser aller malgré le revêtement nickel (pour l'instant). Nous bivouaquons sur les terrains privés de particuliers auxquels nous demandons l'autorisation, ce qui nous permet aussi d'avoir de l'eau et parfois même une douche (au broc dans la cabane au fond du jardin) et de pouvoir rincer nos maillots régulièrement. Jamais un refus, nous nous sentons très bien dans ce pays. Nous bivouaquons aussi vers les églises en plein centre des communautés et assistons ainsi un soir à un office. À se demander si c'était un bal ou une messe ! Musique rapide, battements de mains, chants enjoués. Que nos messes sont tristes à côté de ces célébrations ! On nous propose parfois le lendemain matin de prendre un café, on nous amène une fois des tortillas et des omelettes. Et je comprends enfin pourquoi tant de linge sèche toujours devant toutes les maisons : il n'y a pas d'armoire, l'air est humide et il ne doit y avoir que dehors qu'il ne moisit pas. L'accueil est très bon et plus nous nous enfonçons dans les montagnes Quiché plus les gens sont enjoués sur notre passage. Coban, Uspantan, Sacapulas, 114 km, 3300 de positif, et bien des kilomètres à pousser le vélo dans le trop raide. Les paysages sont superbes, montagnes cultivées ou boisées, les pins sentent bons sous les ardeurs des rayons du soleil. Les femmes portent des tenues colorées finement brodées et des coiffes différentes dans chaque village. Les marchés dans les bourgades sont une explosion de couleurs et je me crois dans les Andes. Nous passons des cols et plongeons dans des précipices, passons un pont et recommençons. Heureusement, nous bénéficions d'une météo parfaite. Il fait certes bien assez chaud la journée mais l'air dans les montagnes est sec et les nuits sont fraîches. Ces journées difficiles nous enchantent cependant et les automobilistes sont très compréhensifs quand nous prenons les virages à gauche, à l'extérieur pour éviter la corde trop raide. Nous nous régalons malgré les courbatures et les nombreuses heures d'effort pour peu de kilomètres parcourus. Nous sommes contents quand nous passons les 50 kilomètres... en 6 ou 7 heures compteur.

 

De Sacapulas nous prenons vers Santa Cruz del Quiché et laissons encore de la sueur sur le macadam, passons à plus de 2050 m. J'enfile directement les baskets le matin pour éviter de niquer mes cales de chaussures vélo. L'air est maintenant carrément sec, je ressors le baume à lèvres. À Santa Cruz del Quiché, le marché est immense, bloquant les rues d'une bonne partie de la ville. Tout s'y vend, tout s'y achète. Le supermarché est noyé en plein milieu et est...désert. Les femmes des villages alentours viennent chaque jour vendre leurs produits, fruits et légumes mais aussi étoffes, services de couturière, poulets vivants ou morts, cuisinés ou non. Pas l'ombre d'un Européen. Les gens sont extrêmement prévenants et aidants avec nous, nous donnent moult détails sur ce qui nous attend quand nous demandons une direction : état de la route, bifurcations éventuelles... Après Santa Cruz nous campons vers une source qui alimente un immense lavoir où les femmes des villages alentours viennent faire la lessive, à la main, tandis que les hommes lavent leur bagnole. Pendant ce temps les gosses se baignent et jouent dans l'eau. Un lieu de vie sociale. Nous plantons les tentes à cent mètres et certains viendront nous souhaiter la bienvenue et taper la causette un brin, d'autres nous prennent en photo (avec eux), bref, j'ai l'impression que le Guatemala est au moins aussi dangereux que le Mexique... Nous n'avons fait que 50 km dans la journée, les jambes sont mortes.

 

Encore une étape de montagne et nous sommes vraiment sur les Hautes Terres, passons à plus de 2850 m. La nature n'est plus aussi verte, les arbres sont des résineux et la terre est sèche en cette saison. La route se fraie un chemin dans le relief tourmenté tandis qu'au loin se profilent parfois les cônes parfaits des volcans que nous irons bientôt voir. Nous plongeons sur Totonicapan à 2300 m. Toutes les collines alentours sont habitées, les coteaux sont envahis de maisonnettes. Les villages sont des villes et les villes trop grandes. Quetzaltenango, seconde ville du pays est à un saut de puce, à 2300 m d'altitude mais nous n'irons pas. Nous passons une paire d'heures à Totonicapan avant de rejoindre la maison de notre hôte à San Cristobal, célèbre pour son église, soit disant la plus belle du pays.

 

Jour de repos ou presque (il y a toujours tant à faire) avant la suite qui s'annonce au moins aussi belle, vers le lac Atitlan, les volcans et Antigua.