Hautes Terres guatémaltèques, El Salvador, Honduras.

 

Jour de repos à San Cristobal Totonicapan. Nous décidons de monter à San Fransisco el Alto voir le marché, réputé. Nous prenons le bus coloré qui s'élève sur la colline en crachant bien noir, et nous lâche au centre du village. Pas bien de l'effervescence. Ah ben non, le marché c'est tous les jours de semaine mais pas le samedi. Il n'y a rien. Nous redescendons tranquillement à pied, à travers les cultures par les sentiers ancestraux.

 

Le lendemain après une belle étape de montagne, nous plongeons vers le lac Atitlan, entouré de volcans, actifs ou non mais à la forme parfaite. Les gens nous mettent en garde, il y a des agresseurs dans le coin, qui en intimidant les touristes avec leur impressionnante machette (leur outil de travail), les dépouillent de leur argent, appareil photo, ordinateur, smartphone... Nous arrivons à San Marcos sains et saufs et y retrouvons Caroline Moireaux, la marcheuse au long cours, jurassienne. C'est la troisième fois que nos itinéraires se croisent... Un peu refroidis par ces histoires d'agressions à répétition mais très localisées, nous ne prenons pas de risques et le lendemain, sautons dans une lancha (bateau-taxi) pour traverser le lac et reprendre la route à partir de Panajachel. Il faut sortir de la cuvette, la montée est rude mais les vues sont belles. Après un jour et demi de montagne où nous faisons difficilement 60 km/jour, et après une gelée nocturne impressionnante qui nous oblige à brosser le givre des tentes avant de les remballer, nous débarquons, non sans contentement, à Antigua Guatemala.

 

Les rues de l'ancienne capitale sont entièrement pavées, assez inégalement, et nous allons à pied. Nous filons à l'hébergement prévu, une auberge où une nuit est offerte aux cyclistes. Cool. Puis nous passons la journée à sillonner les rues et les avenues tirées au cordeau et toutes flanquées d'églises et de couvents, plus ou moins bien conservés, parfois totalement rénovés mais parfois en ruines. Le mélange a ma foi bien du charme. Les façades des maisons, toutes mitoyennes, sont colorées, le marché est à déconseiller aux claustrophobes.

 

Nous avions cru à la fin des étapes difficiles à Antigua mais il n'en est rien, nous passons encore des reliefs conséquents. Il est à noter que l'ambiance est un peu différente dans cette partie du pays, nous nous sentons moins en confiance, sans savoir expliquer toutefois pourquoi car les gens continuent à être fort sympathiques. Peut-être à cause du trafic important, de la densité, de la proximité de la capitale que nous évitons par le sud, que sais-je... Nous passons notre dernière nuit au Guatemala derrière une station-service et un restaurant gardés toute la nuit par des gens en armes, au bord d'une route très passante à Los Esclavos. Ce ne sera pas la meilleure, nous aurons le trafic de poids-lourds comme bruit de fond. La vie de voyageurs à vélo est faite ainsi, il y a des nuits calmes certes, mais plus souvent des nuits bruyantes, les coqs, les chiens, les routes, le vent, la pluie, les piafs et les insectes...

 

8 mars, nous sortons du pays après y avoir passé 16 jours pleins et denses. Nous avons vu différentes facettes de ce pays, des régions très différentes, autant au niveau des paysages que des gens qui les peuplent. Je ne connaissais pas du tout tous ces pays d'Amérique centrale avant de partir et ne m'attendais pas du tout à cette richesse culturelle, ni à cette diversité naturelle. Côte caraïbe, jungle, pâturages, montagnes (points culminants autour des 4000 m d'altitude), volcans en veux-tu en voilà, des actifs, des « en veille », des endormis, lacs magnifiques et population fort sympathique, authenticité, ce petit territoire a vraiment beaucoup à offrir et nous n'avons vu qu'un échantillon bien sûr. Nous y avons laissé de la sueur sur un peu plus de 1000 km, c'est assez peu en 16 jours, mais avons gravi plus de 15 000 m de dénivelée positive dans des pentes au pourcentage souvent déraisonnable. Je n'ai jamais autant poussé mon vélo.

 

El Salvador. Pfffttt ! Je fais moyen de crever de la roue avant entre les deux douanes, dans le no man's land écrasé de chaleur juste avant la rivière qui forme frontière. La chambre à air est morte, c'est celle qui avait été vulcanisée au Mexique, elle a fait son temps, je m'allège. Passage de douane sans souci, pas de tampon sur les passeports car nous sommes toujours dans l'union des 4, à savoir Guatemala, El Salvador, Honduras et Nicaragua. Rien à payer non plus, cool !

 

À Ahuachapan, nous logeons à la police municipale et le cuisto de la cafétéria (200 flics pour cette petite ville) nous offre nos repas du soir. La ville est jolie. Nous en ressortons par la route des fleurs, qui même si elle peut être plus jolie à la bonne saison, nous offre de jolies vues sur les plantations de café et les volcans, plus ou moins nets dans la brume. L'activité dans les caféiers nous régale. Sonsonate, ville étouffante, nous avons gagné autant de degrés que nous avons perdu d'altitude et nous sommes quasi au niveau de l'océan, c'est dire... La côte est belle, très vallonnée, nous la suivons jusqu'à La Libertad avant qu'elle ne rentre à l'intérieur des terres. Toujours il y a un volcan ou deux qui nous dominent et sur le bord de la route quelques arbres absolument monumentaux nous font de l'ombre, très appréciée. Un soir, après une nuit sur un terrain privé dans un hameau et une autre chez les pompiers à Zacatecoluca, nous arrivons chez le Warm Shower José, qui a vécu 20 ans à Montréal avant de revenir au pays, à vélo. Il parle français avec un fort accent québecois exquis. Il nous raconte son pays avec passion, la guerre civile puis qui tourne a une espèce de guerre froide, les uns étant armés par les US, les autres par les Russes. Il nous parle des gangs de rues, les maras (formés de gens condamnés à perpétuité convertible en 30 ans aux US, à qui on propose à la place l'expulsion vers leur pays d'origine... le choix est vite fait). Dans le secteur où nous sommes ce soir, ces gangs ont été littéralement « liquidés » par des civils avec l'aide de la police, il nous parle des industries sucrières, minières, pas très « propres », il nous parle de la corruption, comment on peut acheter ses examens, scolaires ou permis de conduire..., il nous explique aussi comment le dollar américain est devenu monnaie nationale en l'espace d'une nuit en 2003 alors qu'il faut normalement un an pour faire passer une loi. Mais son pays il l'aime et nous l'écouterions sans fin, il est intarissable. Avec nous chez lui, il y a une famille de Français avec trois enfants, en voyage à vélo depuis 7 mois. Avant de gagner la frontière du Honduras, nous faisons le détour par La Union mais le golfe de Fonseca est noyé dans la brume.

 

El Salvador est vert à l'Ouest, très sec à l'Est. Si les températures sont supportables d'abord, elles augmentent au fil des jours et de nos kilomètres vers le Honduras pour devenir accablantes. 25°C la nuit mais 40°C à l'ombre la journée. El Salvador aujourd'hui n'est pas un pays dangereux pour les touristes comme on l'entend trop souvent. Les gens y sont chaleureux et il ne faut juste pas traîner dans certains coins la nuit... Et chez nous ? À cause des températures, nous avons décidé de ne pas trop traîner en route. 4 jours et demi pour traverser le pays et atteindre la frontière du Honduras, pays que nous traverserons quasi au plus court.

 

La frontière se passe rapidement, quelques vallonnements dans le paysage sec, presque de la steppe africaine. Herbe jaune, atmosphère un peu poussiéreuse, pas limpide, et plombée de chaleur. Sous ces latitudes très faibles, le soleil monte en flèche, passe sa journée au zénith et plonge le soir. La température fait de même le matin, elle passe de 30 à 40 en très peu de temps, mais ne redescend à 30 que tard dans la nuit. Nous arrivons à Choluteca en début d'après-midi après 92 bornes, chez les pompiers qui nous laissent leur terrain pour passer la nuit. Pas de pelouse cette fois-ci mais nous sommes en sécurité, avons accès aux douches et à une fontaine d'eau fraîche. Michel est marqué malgré nos précautions. Le lendemain, alors qu'une grosse dénivelée positive nous attend, il n'a pas les jambes, dès le matin. Levés à 5 heures pour partir « à la fraîche », hum... presque, il prend un bus à la sortie de la ville jusqu'à la frontière où il m'attend. La montée est belle, longue mais l'air devient un peu plus frais au fur et à mesure. Je le rejoins. Nous sortons du Honduras sans souci mais à l'entrée au Nicaragua... surprise !

 

Une loi en application depuis novembre oblige les voyageurs à avoir une autorisation délivrée par l'état pour pouvoir entrer sur le territoire. Pas au courant, nous nous demandons d'abord si c'est une sorte d'arnaque histoire de nous extorquer quelques dollars mais non... Maints renseignements nous sont demandés puis la demande part. Des Américains qui sortent nous disent qu'à l'entrée ils ont attendu l'aval 20 heures. Nous nous apprêtons donc à patienter un moment. Les cyclos que je connais sont passés par une autre route où apparemment ils n'appliquent pas trop la loi à la lettre... Après une heure et demie, on nous appelle, c'est tout bon. Les passeports sont tamponnés et nous sommes au Nicaragua. Yeap !