Hautes Terres guatémaltèques, El Salvador, Honduras.

 

Jour de repos à San Cristobal Totonicapan. Nous décidons de monter à San Fransisco el Alto voir le marché, réputé. Nous prenons le bus coloré qui s'élève sur la colline en crachant bien noir, et nous lâche au centre du village. Pas bien de l'effervescence. Ah ben non, le marché c'est tous les jours de semaine mais pas le samedi. Il n'y a rien. Nous redescendons tranquillement à pied, à travers les cultures par les sentiers ancestraux.

 

Le lendemain après une belle étape de montagne, nous plongeons vers le lac Atitlan, entouré de volcans, actifs ou non mais à la forme parfaite. Les gens nous mettent en garde, il y a des agresseurs dans le coin, qui en intimidant les touristes avec leur impressionnante machette (leur outil de travail), les dépouillent de leur argent, appareil photo, ordinateur, smartphone... Nous arrivons à San Marcos sains et saufs et y retrouvons Caroline Moireaux, la marcheuse au long cours, jurassienne. C'est la troisième fois que nos itinéraires se croisent... Un peu refroidis par ces histoires d'agressions à répétition mais très localisées, nous ne prenons pas de risques et le lendemain, sautons dans une lancha (bateau-taxi) pour traverser le lac et reprendre la route à partir de Panajachel. Il faut sortir de la cuvette, la montée est rude mais les vues sont belles. Après un jour et demi de montagne où nous faisons difficilement 60 km/jour, et après une gelée nocturne impressionnante qui nous oblige à brosser le givre des tentes avant de les remballer, nous débarquons, non sans contentement, à Antigua Guatemala.

 

Les rues de l'ancienne capitale sont entièrement pavées, assez inégalement, et nous allons à pied. Nous filons à l'hébergement prévu, une auberge où une nuit est offerte aux cyclistes. Cool. Puis nous passons la journée à sillonner les rues et les avenues tirées au cordeau et toutes flanquées d'églises et de couvents, plus ou moins bien conservés, parfois totalement rénovés mais parfois en ruines. Le mélange a ma foi bien du charme. Les façades des maisons, toutes mitoyennes, sont colorées, le marché est à déconseiller aux claustrophobes.

 

Nous avions cru à la fin des étapes difficiles à Antigua mais il n'en est rien, nous passons encore des reliefs conséquents. Il est à noter que l'ambiance est un peu différente dans cette partie du pays, nous nous sentons moins en confiance, sans savoir expliquer toutefois pourquoi car les gens continuent à être fort sympathiques. Peut-être à cause du trafic important, de la densité, de la proximité de la capitale que nous évitons par le sud, que sais-je... Nous passons notre dernière nuit au Guatemala derrière une station-service et un restaurant gardés toute la nuit par des gens en armes, au bord d'une route très passante à Los Esclavos. Ce ne sera pas la meilleure, nous aurons le trafic de poids-lourds comme bruit de fond. La vie de voyageurs à vélo est faite ainsi, il y a des nuits calmes certes, mais plus souvent des nuits bruyantes, les coqs, les chiens, les routes, le vent, la pluie, les piafs et les insectes...

 

8 mars, nous sortons du pays après y avoir passé 16 jours pleins et denses. Nous avons vu différentes facettes de ce pays, des régions très différentes, autant au niveau des paysages que des gens qui les peuplent. Je ne connaissais pas du tout tous ces pays d'Amérique centrale avant de partir et ne m'attendais pas du tout à cette richesse culturelle, ni à cette diversité naturelle. Côte caraïbe, jungle, pâturages, montagnes (points culminants autour des 4000 m d'altitude), volcans en veux-tu en voilà, des actifs, des « en veille », des endormis, lacs magnifiques et population fort sympathique, authenticité, ce petit territoire a vraiment beaucoup à offrir et nous n'avons vu qu'un échantillon bien sûr. Nous y avons laissé de la sueur sur un peu plus de 1000 km, c'est assez peu en 16 jours, mais avons gravi plus de 15 000 m de dénivelée positive dans des pentes au pourcentage souvent déraisonnable. Je n'ai jamais autant poussé mon vélo.

 

El Salvador. Pfffttt ! Je fais moyen de crever de la roue avant entre les deux douanes, dans le no man's land écrasé de chaleur juste avant la rivière qui forme frontière. La chambre à air est morte, c'est celle qui avait été vulcanisée au Mexique, elle a fait son temps, je m'allège. Passage de douane sans souci, pas de tampon sur les passeports car nous sommes toujours dans l'union des 4, à savoir Guatemala, El Salvador, Honduras et Nicaragua. Rien à payer non plus, cool !

 

À Ahuachapan, nous logeons à la police municipale et le cuisto de la cafétéria (200 flics pour cette petite ville) nous offre nos repas du soir. La ville est jolie. Nous en ressortons par la route des fleurs, qui même si elle peut être plus jolie à la bonne saison, nous offre de jolies vues sur les plantations de café et les volcans, plus ou moins nets dans la brume. L'activité dans les caféiers nous régale. Sonsonate, ville étouffante, nous avons gagné autant de degrés que nous avons perdu d'altitude et nous sommes quasi au niveau de l'océan, c'est dire... La côte est belle, très vallonnée, nous la suivons jusqu'à La Libertad avant qu'elle ne rentre à l'intérieur des terres. Toujours il y a un volcan ou deux qui nous dominent et sur le bord de la route quelques arbres absolument monumentaux nous font de l'ombre, très appréciée. Un soir, après une nuit sur un terrain privé dans un hameau et une autre chez les pompiers à Zacatecoluca, nous arrivons chez le Warm Shower José, qui a vécu 20 ans à Montréal avant de revenir au pays, à vélo. Il parle français avec un fort accent québecois exquis. Il nous raconte son pays avec passion, la guerre civile puis qui tourne a une espèce de guerre froide, les uns étant armés par les US, les autres par les Russes. Il nous parle des gangs de rues, les maras (formés de gens condamnés à perpétuité convertible en 30 ans aux US, à qui on propose à la place l'expulsion vers leur pays d'origine... le choix est vite fait). Dans le secteur où nous sommes ce soir, ces gangs ont été littéralement « liquidés » par des civils avec l'aide de la police, il nous parle des industries sucrières, minières, pas très « propres », il nous parle de la corruption, comment on peut acheter ses examens, scolaires ou permis de conduire..., il nous explique aussi comment le dollar américain est devenu monnaie nationale en l'espace d'une nuit en 2003 alors qu'il faut normalement un an pour faire passer une loi. Mais son pays il l'aime et nous l'écouterions sans fin, il est intarissable. Avec nous chez lui, il y a une famille de Français avec trois enfants, en voyage à vélo depuis 7 mois. Avant de gagner la frontière du Honduras, nous faisons le détour par La Union mais le golfe de Fonseca est noyé dans la brume.

 

El Salvador est vert à l'Ouest, très sec à l'Est. Si les températures sont supportables d'abord, elles augmentent au fil des jours et de nos kilomètres vers le Honduras pour devenir accablantes. 25°C la nuit mais 40°C à l'ombre la journée. El Salvador aujourd'hui n'est pas un pays dangereux pour les touristes comme on l'entend trop souvent. Les gens y sont chaleureux et il ne faut juste pas traîner dans certains coins la nuit... Et chez nous ? À cause des températures, nous avons décidé de ne pas trop traîner en route. 4 jours et demi pour traverser le pays et atteindre la frontière du Honduras, pays que nous traverserons quasi au plus court.

 

La frontière se passe rapidement, quelques vallonnements dans le paysage sec, presque de la steppe africaine. Herbe jaune, atmosphère un peu poussiéreuse, pas limpide, et plombée de chaleur. Sous ces latitudes très faibles, le soleil monte en flèche, passe sa journée au zénith et plonge le soir. La température fait de même le matin, elle passe de 30 à 40 en très peu de temps, mais ne redescend à 30 que tard dans la nuit. Nous arrivons à Choluteca en début d'après-midi après 92 bornes, chez les pompiers qui nous laissent leur terrain pour passer la nuit. Pas de pelouse cette fois-ci mais nous sommes en sécurité, avons accès aux douches et à une fontaine d'eau fraîche. Michel est marqué malgré nos précautions. Le lendemain, alors qu'une grosse dénivelée positive nous attend, il n'a pas les jambes, dès le matin. Levés à 5 heures pour partir « à la fraîche », hum... presque, il prend un bus à la sortie de la ville jusqu'à la frontière où il m'attend. La montée est belle, longue mais l'air devient un peu plus frais au fur et à mesure. Je le rejoins. Nous sortons du Honduras sans souci mais à l'entrée au Nicaragua... surprise !

 

Une loi en application depuis novembre oblige les voyageurs à avoir une autorisation délivrée par l'état pour pouvoir entrer sur le territoire. Pas au courant, nous nous demandons d'abord si c'est une sorte d'arnaque histoire de nous extorquer quelques dollars mais non... Maints renseignements nous sont demandés puis la demande part. Des Américains qui sortent nous disent qu'à l'entrée ils ont attendu l'aval 20 heures. Nous nous apprêtons donc à patienter un moment. Les cyclos que je connais sont passés par une autre route où apparemment ils n'appliquent pas trop la loi à la lettre... Après une heure et demie, on nous appelle, c'est tout bon. Les passeports sont tamponnés et nous sommes au Nicaragua. Yeap !

 

De la côte caraïbe aux Hautes Terres du Guatemala.

 

Une heure de traversée sur une barque à moteur chargée à bloc qui rebondit comme elle peut sur une mer dure et nous voici débarquant à Livingstone, Guatemala. D'abord l'immigration, en haut du village. Ok. Après quelques déboires pour obtenir des Quetzals (monnaie locale, du nom de l'oiseau mythique emblème du pays) avec nos dollars et cartes bancaires, nous achetons des billets de bateau pour quitter Livingstone. Oui parce que Livingstone n'est accessible que par voie d'eau. Village sans voiture tout entier tourné vers la mer et le grand fleuve qui s'y jette à cet endroit superbe. Pontons de pêche, maisons sur pilotis, gens extrêmement sympathiques malgré un grand nombre de touristes, Livingstone a tout pour plaire. De la musique locale qui sort d'ici ou de là. Une ambiance exquise. Nous dégottons une chambre sommaire dans l'hôtel le moins cher de la bourgade, à côté du lavoir alimenté par une source d'eau claire où les habitants (et nous aussi) viennent remplir leurs récipients.

 

Le lendemain, grande chance encore avec la météo, juste quelques nuages blancs éparpillés dans un ciel nickel pour notre voyage en barque vers Rio Dulce. Il y avait longtemps que je n'avais traversé un paysage aussi paisible et magnifique, ce trajet mi fluvial-mi lacustre m'a rappelé avec force ceux que nous avions faits au Cambodge sur le Tonlé Sap ou sur le lac Inlé en Birmanie. Vie au bord du fleuve, rires des enfants dans les cours d'école sur la rive, les frêles embarcations en bois des pécheurs glissent en silence sur la surface sans une ride, méandres entre les falaises ou la jungle, puis grand plan d'eau avec des montagnes pour fermer l'horizon, égrettes aussi élégantes qu'élancées, vol de canards, mangroves. Milieu extrêmement riche. Nous nous félicitons d'avoir choisi ce parcours même si les traversées en bateau avec les vélos sont toujours source de stress et si nous y avons laissé quelques dollars. Tout se passe bien et nous débarquons à Rio Dulce sous le pont routier et sous un soleil de plomb. La bourgade est traversée par la route à forte circulation de poids-lourds que nous suivrons jusqu'à Flores. Nous faisons des courses, nous mettons en tenue pour pédaler et partons vers le nord et le Peten. Objectif Tikal, une des plus belles et grandes cités mayas tout au nord du pays.

 

Dans ma tête, le Peten était une région de forêt tropicale, de jungle, plate. Tout faux ! Le paysage est relativement ouvert et bien vallonné, les villages se succèdent au bord de la route, regorgeant de petits commerces en tous genres et de vie délicieuse, simple mais gaie et colorée, et je comprends vite que j'aurai à traverser le pays le bras en l'air. Ma monture provoque toutes sortes de réactions qui vont de l'étonnement à la curiosité, en passant par l'euphorie, la frénésie, voire carrément des ovations collectives dignes d'un but du Guatemala contre l'Argentine. J'ai ressorti mon espagnol basique et ai décidé de potasser la méthode que Michel a amené pour étudier un peu la conjugaison car c'est cela maintenant qui me limite pour m'exprimer correctement.

 

Flores. Nous nous dirigeons direct chez le seul vélociste de la bourgade (Santa Elena), je change ma chaîne mais le souci subsiste, mon dérailleur est mort. Corrodé, il résiste trop et le ressort de rappel est trop faible. Je mets un neuf. À Flores, nous sommes hébergés en Warm Shower dans un endroit délicieux encore, accès en lancha et baignade dans le grand lac à moins de dix mètres de notre chambre. Merci Tree. D'autres cyclos peuplent la maison, bonne ambiance. Lever avant les aurores pour nous le lendemain, traversée en lancha à 5 h 30, 20 minutes de marche pour le terminal de bus et nous embarquons peu après pour Tikal où nous passons une bonne partie de la journée. Je ne vais pas faire une description du site, d'autres l'ont fait mieux que moi bien avant ! Mais ça vaut le coup d'oeil. Et là, nous sommes dans la jungle, mais ce n'est pas plat pour autant.

 

Nous savons alors que les « vacances » sont terminées, nous allons dans les montagnes, dans le pays « Quiché », du nom de l'ethnie indienne dont c'est le territoire. La première journée est cool encore mais ensuite, les routes montent droit dans la pente, même si ça doit faire dans les 17%, je pousse souvent tandis que Michel parvient tant bien que mal à rester sur sa monture. Des rampes infernales dans des coteaux parfois plantés de caféiers, suivies de descentes tout aussi raides où nous ne pouvons nous laisser aller malgré le revêtement nickel (pour l'instant). Nous bivouaquons sur les terrains privés de particuliers auxquels nous demandons l'autorisation, ce qui nous permet aussi d'avoir de l'eau et parfois même une douche (au broc dans la cabane au fond du jardin) et de pouvoir rincer nos maillots régulièrement. Jamais un refus, nous nous sentons très bien dans ce pays. Nous bivouaquons aussi vers les églises en plein centre des communautés et assistons ainsi un soir à un office. À se demander si c'était un bal ou une messe ! Musique rapide, battements de mains, chants enjoués. Que nos messes sont tristes à côté de ces célébrations ! On nous propose parfois le lendemain matin de prendre un café, on nous amène une fois des tortillas et des omelettes. Et je comprends enfin pourquoi tant de linge sèche toujours devant toutes les maisons : il n'y a pas d'armoire, l'air est humide et il ne doit y avoir que dehors qu'il ne moisit pas. L'accueil est très bon et plus nous nous enfonçons dans les montagnes Quiché plus les gens sont enjoués sur notre passage. Coban, Uspantan, Sacapulas, 114 km, 3300 de positif, et bien des kilomètres à pousser le vélo dans le trop raide. Les paysages sont superbes, montagnes cultivées ou boisées, les pins sentent bons sous les ardeurs des rayons du soleil. Les femmes portent des tenues colorées finement brodées et des coiffes différentes dans chaque village. Les marchés dans les bourgades sont une explosion de couleurs et je me crois dans les Andes. Nous passons des cols et plongeons dans des précipices, passons un pont et recommençons. Heureusement, nous bénéficions d'une météo parfaite. Il fait certes bien assez chaud la journée mais l'air dans les montagnes est sec et les nuits sont fraîches. Ces journées difficiles nous enchantent cependant et les automobilistes sont très compréhensifs quand nous prenons les virages à gauche, à l'extérieur pour éviter la corde trop raide. Nous nous régalons malgré les courbatures et les nombreuses heures d'effort pour peu de kilomètres parcourus. Nous sommes contents quand nous passons les 50 kilomètres... en 6 ou 7 heures compteur.

 

De Sacapulas nous prenons vers Santa Cruz del Quiché et laissons encore de la sueur sur le macadam, passons à plus de 2050 m. J'enfile directement les baskets le matin pour éviter de niquer mes cales de chaussures vélo. L'air est maintenant carrément sec, je ressors le baume à lèvres. À Santa Cruz del Quiché, le marché est immense, bloquant les rues d'une bonne partie de la ville. Tout s'y vend, tout s'y achète. Le supermarché est noyé en plein milieu et est...désert. Les femmes des villages alentours viennent chaque jour vendre leurs produits, fruits et légumes mais aussi étoffes, services de couturière, poulets vivants ou morts, cuisinés ou non. Pas l'ombre d'un Européen. Les gens sont extrêmement prévenants et aidants avec nous, nous donnent moult détails sur ce qui nous attend quand nous demandons une direction : état de la route, bifurcations éventuelles... Après Santa Cruz nous campons vers une source qui alimente un immense lavoir où les femmes des villages alentours viennent faire la lessive, à la main, tandis que les hommes lavent leur bagnole. Pendant ce temps les gosses se baignent et jouent dans l'eau. Un lieu de vie sociale. Nous plantons les tentes à cent mètres et certains viendront nous souhaiter la bienvenue et taper la causette un brin, d'autres nous prennent en photo (avec eux), bref, j'ai l'impression que le Guatemala est au moins aussi dangereux que le Mexique... Nous n'avons fait que 50 km dans la journée, les jambes sont mortes.

 

Encore une étape de montagne et nous sommes vraiment sur les Hautes Terres, passons à plus de 2850 m. La nature n'est plus aussi verte, les arbres sont des résineux et la terre est sèche en cette saison. La route se fraie un chemin dans le relief tourmenté tandis qu'au loin se profilent parfois les cônes parfaits des volcans que nous irons bientôt voir. Nous plongeons sur Totonicapan à 2300 m. Toutes les collines alentours sont habitées, les coteaux sont envahis de maisonnettes. Les villages sont des villes et les villes trop grandes. Quetzaltenango, seconde ville du pays est à un saut de puce, à 2300 m d'altitude mais nous n'irons pas. Nous passons une paire d'heures à Totonicapan avant de rejoindre la maison de notre hôte à San Cristobal, célèbre pour son église, soit disant la plus belle du pays.

 

Jour de repos ou presque (il y a toujours tant à faire) avant la suite qui s'annonce au moins aussi belle, vers le lac Atitlan, les volcans et Antigua.

Mexique côte caraïbe – Bélize

 

J'ai oublié de préciser dans la dernière mise à jour que le chien renifleur à l'aéroport de Cancun a gratté mon carton de vélo avec insistance et que cela m'a valu un contrôle méticuleux de tous mes bagages. Les douaniers sont allés jusqu'à vérifier l'intérieur de mes pneus de vélo. Pour rien sauf me faire perdre une heure...

 

Hum, des avocats, du yaourt, du fromage, de la confiture, des légumes, des pâtisseries, du lait, des steaks et de la purée. Hum, on a tout dévalisé et on y est retournés trois fois. Il faut dire qu'on a élu domicile à Cancun juste derrière le supermarché, dans une auberge où l'on peut cuisiner ! Nous sommes en dortoir, mais seuls, cool !

 

Lessive, mise en ordre des vélos et des affaires, couture, courses, nous voici fin prêts pour continuer le voyage. Sortie de Cancun par la zone hôtelière, une bande de terre étroite entre l'océan et la lagune infestée de crocodiles, urbanisée à un tel point qu'on ne voit absolument jamais l'océan. Détour superflu et dangereux (absence d'accotement). Autoroute jusqu'à Tulum. Ruban d'asphalte, tranchée dans la forêt, mur végétal de chaque côté et serpents écrasés sur la route. Miam miam. Voyant que nous pourrons être à Tulum le soir-même, je téléphone en dernière minute à un warm shower et nous serons logés (et douchés). Nous arrivons 15 minutes trop tard pour la visite des ruines mayas. Ce n'est que partie remise et contre toute attente le lendemain matin, la météo est favorable et les éclairages pas dégueu sur les vieilles pierres qui dominent la mer caraïbe d'une couleur de ouf. Pour parfaire cette journée, nous allons faire trempette dans un cénote à 4 km à l'écart, en partie sous-terrain, avec des tortues. Voila, le Gran cénote est ma foi bien joli, totalement différent encore des quatre que j'avais déjà vus. Dans l'après-midi, nous avançons de 93 km et plantons le bivouac dans la forêt.

 

Le lendemain, pas une photo. Rien qu'une ligne droite entre les arbres, sans jamais aucune échappée sur rien. Un seul village où nous faisons quelques courses et quelques gargotes au bord de la route ici ou là. Nous tuons 125 km et bivouaquons encore, le Belize n'est plus qu'à une cinquantaine de kilomètres. Pour le jour suivant ?

 

Eh bien non. Petit arrêt à Bacalar mais nous ne voyons pas les sept nuances de bleu du lac car le ciel est gris. Nous poussons jusqu'à Chetumal pour faire des courses et changer nos pesos mexicains en dollars Belize. Nous longeons le boulevard Malecon, l'eau est turquoise, le ciel s'est dégagé mais la ville est morte. À la sortie, nous demandons à loger à la police fédérale, qui nous boule, puis dans un couvent de bonnes sœurs qui nous laissent nous installer à l'extérieur, mais viendront un peu plus tard avec le proprio du terrain pour nous faire déménager alors que nous sommes déjà installés et en train de manger. Nous trouvons à planter nos tentes au bout d'un chemin bordé de friches, à 150 m de la nationale, on a eu mieux. On nous a dit de faire attention aux serpents à sonnettes. Miam miam.

 

Fin du Mexique, le lendemain tôt dans la matinée nous passons sans encombre la frontière (bien que le douanier mexicain ait essayé de nous soutirer une taxe de sortie que nous ne devons pas) et nous voici donc au Belize, ancien Honduras britannique qui fait toujours partie du Commonwealth. Un îlot de langue anglaise perdu dans un océan latino-américain hispanophone. La population est noire, on se croit en Afrique, c'est que les habitants sont les descendants des esclaves importés de la Jamaïque et de Saint-Vincent. À Belize city le mélange est frappant, mélange de traditions british et de coutumes caraïbes. La route qui traverse le pays du nord au sud, la seule asphaltée, est bordée de zones humides, de mangroves, de champs imbibés d'eau, de verdure. Difficile de trouver à poser les tentes dans ces conditions, présence de crocodiles par endroits... Nous logeons une première nuit dans un ranch sous un couvert, une seconde nuit dans les dépendances d'une église, une troisième sous abri encore dans une communauté, une quatrième dans une maison et une dernière dans une guesthouse. Les gens sont ma foi fort aimables. J'ai du repasser à l'anglais même si la majeure partie de la population parle aussi espagnol. Du coup j'ai tendance à baragouiner espaglais, à moins que ce ne soit de l'angnol... Bref, ça se mélange bien assez. Belize city, rien à voir, la plus importante ville du pays est étriquée, coupée en deux par un fleuve et quelque peu étouffante à mon goût. Nous cherchons le swing bridge et le bord d'océan, la couleur de l'eau est celle de la terre, nous filons plus loin...

 

Belmopan, la plus petite capitale du monde (17 000 hab) nous voit passer en milieu de journée. À partir de là, le paysage change radicalement, nous sommes dans des collines recouvertes d'une jungle épaisse. La route tourne beaucoup, monte et descend, nous oblige même à mettre deux fois pied à terre. Sous les arbres hauts, il y a d'autres arbres moins hauts puis d'autres encore plus petits. Couvert végétal impénétrable, sol imbibé toujours... Nous trouvons à nous mettre pour la nuit dans une propriété privée sous abri, nickel, et c'est presque plaisant d'entendre le martèlement de la pluie sur la tôle alors que nous déjeunons le lendemain matin. Après les averses, nous prenons la route et bifurquons sur la péninsule étroite de 200 m et longue de trente kilomètres qui mène à Placencia, blindée d'Américains. Nous logeons à l'extérieur de la bourgade touristique avec un autre cyclo français, Marc, avec qui nous prenons le bateau le lendemain pour revenir sur le continent. Nous sommes dans une zone du Bélize très différente du nord. Nous sommes en pleine culture Garifuna, les Noirs Caraïbes. Leur origine remonte au XVI eme S, quand les navires espagnols chargés d'esclaves africains faisaient naufrage dans les Caraïbes. Ils se sont mélangés aux Indiens Arawaks et de ce métissage sont nés les Garinagu qui plus tard se sont dispersés du Honduras au Belize. Les bateaux espagnols échouaient car le Belize est bordé par la seconde plus grande barrière de corail au monde, une multitude de minuscules îlots aussi, paradis pour la plongée sous-marine. Ambiance différente où l'on voit souvent les couleurs de la Jamaïque et beaucoup de rastas à l'accent délicieux, prêts à nous rendre service toujours. Nous attirons l'oeil à débarquer sur cette péninsule à vélo...

 

L'étape suivante entre Placencia et Punta Gorda, bout de la route, cul de sac bélizéen au bord de l'océan, nous fait traverser des communautés indiennes Mayas. Changement encore, et superbes maisons recouvertes de toits en chaume, terrains tondus et magnifiquement entretenus dans les villages. Salutations amicales tout au long du chemin et circulation quasi inexistante. Plus un seul blanc dans les parages à part Marc avec qui nous faisons route encore. Quant à Michel, il se fond dans la population.

 

Punta Gorda est un petit village de pêcheurs perdu à l'extrême sud du Belize, entre jungle et mer des Caraïbes, un peu hors des sentiers battus. Quelques rues, les gens dehors, nous trouvons à nous loger facilement, ambiance de bout du monde. Nous y arrivons un dimanche et tout est fermé sauf les établissements tenus par des... Chinois. Un « city parc » minuscule où une connexion wifi est disponible à raison d'une heure par jour et par appareil. Nous sommes tout de suite repérés et prévenants, les habitants nous demandent si tout va bien pour nous, si nous avons ce qu'il nous faut, nous bichonnent. Le « port », d'où nous embarquerons tout à l'heure si tout se passe comme prévu dans une « lancha » (grosse barque à moteur couverte d'une bâche), est un ponton tout simple au bout du bureau de l'immigration. Nous quitterons le Belize par voie maritime après avoir acquitté une taxe de sortie de 20 USD chacun. Au choix, des bateaux pour Livingstone ou Puerto Barrios au Guatemala. Pour nous ce sera Livingstone.

 

Le Belize fut donc bien vite traversé, minuscule pays dans lequel nous serons restés cinq bonnes journées avant de repasser à l'espagnol. La religion y est omniprésente et on peut réviser les dix commandements tout en roulant puisqu'ils sont régulièrement affichés sur le bord des routes (et autre propagande). Des dizaines d' « églises » différentes sont représentées, certaines dont le nom nous était parfaitement inconnu... C'est un pays cher, beaucoup plus que ses voisins, plus que la France pour la nourriture, où l'on paie indifféremment en dollars Belize ou américains (1 USD = 2 BD). Le climat y est très capricieux, le ciel est bleu et dix minutes plus tard il est gris, il est alors temps de se mettre aux abris pour laisser passer l'averse, souvent intense mais heureusement courte. Nous nous sommes faufilés entre les gouttes avec beaucoup de chance, ne nous sommes jamais faits rincés. Nous sommes en hiver et en saison sèche, il ne fait que 30°C à l'ombre et le degré d'humidité flirte avec les 85%... Les moustiques nous ont à peu près laissés tranquilles à condition de se couvrir quand on ne pédale pas. Dans ce pays qui se veut définitivement tourné vers l'écotourisme et la protection de la nature, nous avons trouvé que les bords de route étaient toutefois de vrais dépotoirs, qui dénotaient complètement avec les abords spacieux des maisonnettes, toujours très proprement tondus et entretenus, joliment fleuris...

 

À bientôt depuis le Guatemala.