Le télégramme de Brest


 

 

Carnet de voyage. Seule en Laponie ***

 

14 septembre 2015 à 13h18 / Nathalie Kermorvant /



 

 

Montagnarde aguerrie, Nathalie Courtet a sillonné la Laponie, seule, durant deux mois et demi. Une expérience unique, qu'elle raconte avec simplicité mais passion.

 

Ceux qui n'ont jamais connu les froids intenses peuvent difficilement imaginer à quel point il est long et pénible d'effectuer des gestes les plus banals, par -20 ou -30° C, surtout si le vent s'en mêle... Monter sa tente, construire un mur de neige protecteur, soigner ses bobos, allumer son réchaud, ou pire, soulager sa vessie au milieu de la nuit ! Pourtant, sentant la fin du voyage arriver, Nathalie Courtet traîne le pas, afin que son périple dure encore...

 

Le blanc à l'infini

 

Ceux qui ne se sont jamais aventurés tout là-haut, dans le Grand Nord, auraient du mal à se représenter, voire à supporter, les étendues immenses, avec si peu de repères pour s'orienter, le blanc à l'infini, ou le camaïeu de gris. Et la solitude, intense, prégnante. Elle, elle a adoré cet univers de nature vierge, d'isolement. Ceux qui n'ont jamais tracté de pulka, sorte de barquette-traîneau servant à transporter l'équipement et la nourriture, ne peuvent savoir à quel point cette « grosse vache », comme la surnomme l'auteur dans les moments difficiles, peut s'avérer récalcitrante, lourde, épuisante. Pourtant, c'est cette pulka, bleue et rose pour le fun, qui a permis à Nathalie Courtet de concrétiser une envie qui la tiraillait depuis un moment : vagabonder dans le Grand Nord, seule.

 

Aucune tricherie

 

Skis aux pieds, traînant son chargement, durant deux mois et demi, elle a parcouru plus de 1.200 km en Laponie, partant d'Ivalo en Finlande, grimpant jusqu'au mythique Cap Nord, puis redescendant jusqu'à Kvikkihokk en Suède, en passant par la Norvège. Loin de chercher l'exploit - même si l'aventure n'est pas à la portée de tout le monde ! - cette montagnarde aguerrie se frotte au Grand Nord austère, immense. La nature y est brute, voire brutale, ne pardonnant aucune tricherie, aucune manquement. Pourquoi alors s'aventurer seule dans cet univers hostile ? Où les sourcils blanchissent en quelques minutes, où le moindre espace de peau dépassant des multiples couches de vêtements gèle en l'espace de quelques pas ? Où la débâcle risque de compliquer le parcours ? Où le refuge indiqué sur la carte reste introuvable, alors que justement, cette nuit-là, elle aimerait bien dormir au chaud, tant le vent est violent et glacial ? Doucement, au fil des pages et des journées de marche, à mesure que la narratrice livre ses impressions, ses sentiments, mieux que comprendre, on commence à ressentir, nous aussi, les vibrations de ce monde. On effleure cette solitude bienheureuse, cette liberté intense, ce quotidien simple, mais entier, qui nous comble. "71 & autres faits d'hiver", de Nathalie Courtet (Éditions Géorama), 15 €.

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