De la liberté des sentiers et des nuits étoilées à la prison dorée.

 

C'est bien motivée après cette journée de repos à Sanary où j'ai été plus que bichonnée que je remets les chaussures. Marie Alix me dépose au col de l'Ange de très bonne heure, le vent est déjà bien fort, je sais ce qui m'attend sur la montagne de Sainte Baume. Je grimpe d'abord sur le pic de Bertagne puis longe toute la crête jusqu'au pas de Villecroze. Je marche en m'accrochant bien au terrain à cause de ce foutu vent de côté qui bouscule et m'amène par la même occasion et toute la journée tous les bruits du circuit du Castellet tout proche et un peu en contrebas… Génial ! Après un petit détour pour choper de l'eau, je vais bivouaquer sous le Mourre d'Agnis en pleine forêt au bord du sentier. 

 

Surprise le lendemain matin, petite averse histoire de mouiller la tente juste avant de la replier. Pisse de moineau juste pour enquiquiner. Mais je m'en moque un peu et pour cause, je dormirai au sec ce soir. En effet, demain est annoncé pluvieux dès le matin donc je fais une très grande journée et suis le soir même à Toulon où je retrouve Marie Odile (Mo) et m'installe chez elle à Hyères. J'y reste 4 jours pleins, pas tout à fait sans rien faire. Le premier jour je regarde tomber la pluie toute la matinée puis grimpe ensuite sur le Mont des Oiseaux. Ah, quel bonheur d'y aller en sifflotant les mains dans les poches, sans sac et en petites baskets. Je me rends compte par la même occasion que mes pieds, même s'ils sont très raides et douloureux quand je les pose par terre en me levant, ne vont pas trop mal une fois chauds. Mo me met à dispo huile de massage et gaulthérie, je me soigne. 

 

Le jour suivant étant annoncé venté mais sans un nuage, je prépare une journée sur Porquerolles. Je démarre assez tôt de la maison, à VTT, et chope le bateau de 9 heures à la Tour Fondue. Puis je passe la journée à sillonner l'île sans voiture, à vélo. Moins de monde que je ne le pensais, c'est nickel. Le vent est effectivement décoiffant mais je suis relativement abritée par la sylve. Beaucoup d'espèces végétales différentes sur cette île qui fait partie du parc national de Port Cros. La mer est belle, les côtes rocheuses ou sableuses. Des pins, des vignes, des oliviers, quelques exploitations agricoles, beaucoup de fortifications. L'île est plutôt bien préservée, et j'ai apprécié la balade. J'ai beaucoup poussé ma monture, c'est de ma faute, je n'ai pas pu m'empêcher de m'enfiler sur des sentiers trop caillouteux, étroits ou escarpés, pour me rendre sur des promontoires et autres points de vue normalement réservés aux piétons. Bref, incorrigible, mais je voulais voir.

 

Les vagues secouent bien assez le bateau au retour mais heureusement la traversée ne dure que quelques minutes contrairement à ce que pourrait laisser croire le tarif demandé…

 

Comme à l'aller, j'emprunte la "route du sel" pour quitter la presqu'île de Giens, reliée au continent par deux tombolos, ce qui est extrêmement rare. Entre ces deux cordons se trouvent les anciens salins, aujourd'hui inexploités et lieu de vie de quelques dizaines de flamants roses. À l'Ouest de la route du sel, des centaines de voiles de kite-surf font des taches de couleur virevoltantes sur fond de ciel bleu. Le vent m'envoie embruns et sable dans la tronche, brumisateur salé, et je ne suis pas mécontente d'arriver à la maison. 55 km et 955 m de d+, c'est assez après 5 mois de mono activité… Mes muscles ne savent plus pédaler, seulement marcher !

 

Le lendemain est consacré à une visite de Hyères, avec Mo pour guide. Elle est en vtt et moi aussi mais électrique ! Quel panard ! C'est la première fois que j'essaie et après ma journée d'hier, l'assistance au pédalage est vraiment la bienvenue dans les montées. Le temps est très maussade.

 

Et nous voici lundi, il pleut le matin, comme prévu, je ne décolle toujours pas d'ici. À partir de mardi il fera beau… 

 

J'ai donc soigné mes pieds pendant 4 jours, je me suis posée, j'ai trop mangé et dois partir avant de souffrir d'obésité, trop bien nourrie. Il me reste alors et en gros une semaine de marche pour aller à l'Est de l'Esterel par les Maures. Je ne voulais en aucun cas finir par des journées maussades. Je veux terminer par du beau, par de l'agréable, comme une apothéose, une belle fin, d'où cette attente du retour du beau temps. Un immense merci à Mo, que je n'avais jamais rencontrée même si nous échangions sur FB, pour tous les bons soins prodigués, pour la disponibilité, les bons conseils, le prêt de matériel, les bons moments…

 

Les Maures m'ont donné l'impression d'être un territoire de non-droit, contrôlé par des propriétaires terriens qui barrent les GR par des portails hérissés de pointes métalliques et rouleaux de barbelés coupants, qui se réservent le droit de chasser sur leurs terres, qui débalisent les sentiers, qui versent des hydrocarbures dans les gouilles à sangliers… Bref, pas franchement un lieu enchanteur. Ça a commencé dès le petit matin par un gardien de propriété qui me rattrape en auto. Vu la configuration du terrain et du chemin sur lequel je me trouve, le fait de prononcer "servitude" et "droit de passage" a suffit pour qu'il change de tactique et mette en cause les chasseurs. Mais là aussi je lui réponds qu'effectivement pour ma sécurité je me signalerai mais qu'en aucun cas la chasse ne peut être un prétexte à une interdiction de passer. Nous nous sommes quittés bon amis, et j'avais tout à coup l'autorisation de traverser, avec sa bénédiction. Il n'y avait pas de chasseur ce jour-là dans ce secteur. Beaucoup plus loin le même jour et le jour suivant, je ne me suis pas démontée, ai enjambé barrières et portails en pleine nature pour poursuivre sur les chemins, me suis tenue loin des chasseurs, ai effrayé les sangliers venus grogner chaque soir à proximité de la tente avec ma frontale et ma grosse voix…

 

Puis il y eut l'annonce de l'allocution présidentielle. Pas besoin d'avoir fait St Cyr pour savoir à quelle sauce nous serons mangés, à partir de jeudi minuit, je serai hors la loi. Très bien, que cela soit, je n'écourterai pas pour autant mon périple et j'aurais même soudain aimé ne pas être si proche du but. Alors que j'étais contente d'être bientôt arrivée, je me dis que la nature et le couvert forestier sont les seuls endroits où vivre en paix, loin de la peur orchestrée, loin des médias vérolés, je ne céderai pas aux injonctions du gouvernement, je profiterai d'une nature rendue à elle-même dans un silence retrouvé… Je poursuis donc, croise des gens dans le regard desquels il y a la petite étincelle de la fierté de n'être pas un mouton, illusoire.

 

Je quitte les Maures, effectue mon dernier ravitaillement, traverse trop long de macadam et d'urbanisation où j'attire immanquablement l'attention, mens aux curieux sur ma destination et monte me cacher dans les roches rouges de l'Esterel, dernier massif. Changement de terrain, du calcaire je passe au basalte, retrouve un peu d'eau de surface. Peu de châtaigners, peu de chênes, surtout du pin et des arbousiers et leurs ponpons rouges, orange et jaunes, mais du coup ni glands ni bogues et assez peu de sangliers… mais des cerfs ! J'ai traversé l'autoroute au niveau des restes du barrage de Malpasset, qui a cédé en 1959, provoquant une des plus grosses catastrophes civiles du pays. Fréjus et sa vallée dévastés. Il reste des gros blocs de béton en aval et la voûte éventrée du barrage. Je passe ensuite par le Pic Vinaigre et reste sur la crête jusqu'au pic de Cap Roux, passant par la Duchesse, les Survières, les grandes et petites Grues, le pic de l'Ours, le pic d'Aurelle et enfin l'ultime sommet du voyage, le pic de Cap Roux. Le bleu est devenu gris et je ne vois pas l'Esterel sous ses meilleurs atours, cependant, ici pas d'interdiction, pas de loi de la jungle, ahah, juste une réserve biologique, tout semble facile. Il est joli ce petit massif parfois fermé aux randonneurs à cause des risques d'incendie.

 

Sommet du pic du Cap Roux. Le monde a changé, les bruits de fond ont disparu. Du sommet je vois la route côtière où une voiture passe toutes les 10 minutes. C'est bon. 

 

Je descends lentement. Derniers pas. Je suis sur le parking. Voilà, fin du voyage. La pointe de l'Observatoire, couleur de rouille. Et la mer qui mêle son gris à celui du ciel.

 

3138 km, pas de cheville ou de genou tordu, pas de cicatrice, pas de chute ou glissade, pas de tendinite. Des pieds fatigués certes, pas abîmés mais fatigués. Il faudra faire un gros programme massages et étirements dans les semaines qui viennent. Jamais délogée de mes bivouacs, jamais de sentiment d'insécurité, pas de grosse galère, juste un peu rock'n roll parfois. Beaucoup de chance probablement, qu'il faut juste savoir saisir. J'ai quasi toujours passé les intempéries dans de bonnes conditions et en bonne compagnie, n'ai dû vraiment marcher sous la pluie que quelques heures au total.

 

3138 km à pied pour rallier Bois d'Amont à la pointe de l'Observatoire, sans jamais passer le Rhône, ni la Durance dans sa partie avale. 3138 km à tournicoter dans le sud du Jura, la Chartreuse, le Vercors, les Bauges, les Bornes, le Bargy, les Aravis, le Beaufortain, les Arcs, la Lauzière, Belledonne, le Taillefer, le Dévoluy, le Champsaur, les Écrins, le Thabor, les Cerces, le Queyras, l'Ubaye, les Monges, la montagne de la Blanche, le Mercantour, le Cians et Daluis, le Verdon, la montagne de Sainte Victoire, la chaîne de l'Étoile, les Calanques, la montagne de Sainte Baume, les Maures et l'Esterel. 167 jours d'entre deux confinements à trotter, libre et les sens en éveil, sur les chemins, les sentes ou en mode sanglier, dormir dehors, prendre l'eau et ce que la nature donne, regarder le ciel. Chaud, froid, soif, sec, pluie, neige, vent… bonheur. Le contact permanent des éléments. Quelques belles rencontres.

 

Arrivée au bord de la route, je suis montée dans un véhicule. Des amis m'ont emmené chez eux. Depuis, je suis dans une prison dorée, pas des plus à plaindre. Je reste dans le Sud pour l'instant, perchée à 500 mètres d'altitude avec une vue de ouf sur la mer. Les étirements se pratiquent sur la terrasse avant la récolte journalière des légumes du potager, puis c'est séance d'ergomètre (rameur pour pro), ou autre. Promenade l'après-midi qui se transformera d'ici quelques jours je l'espère en footing tout doux tout doux. Je digère mon périple tranquillement, je prends soin de moi, je tente de me préserver des médias, mes amis n'ont pas la télé, ni la radio. Je n'ai aucune visibilité sur mon avenir, qu'il soit proche ou lointain ( à part trouver une paire de baskets, un collant et une corde à sauter), mais quelque chose me dit que dans les mois (voire années) à venir nous devrons traverser des zones de fortes turbulences, alors je profite de chaque instant, je veux continuer à Vivre et aimerais ne pas laisser ma santé, tant physique que mentale, à me faire du mauvais sang. Des projets verront le jour à coup sûr, la pâte lève gentiment… et c'était, je crois, la bonne année pour gambader sur les sentiers alpins. 

 

Que la montagne est belle, comment ne pas imaginer…

 

Merci.

 

Bienvenue dans le monde des humains

 

À Riez, j'ai passé un bon moment avec Sandrine qui m'a fait profiter, entre autres, d'une petite visite guidée de la bourgade où il y a plus de choses à voir que l'on ne pourrait croire. Colonnes, baptistère, façades et gypseries… Après Riez, j'ai changé de monde, et ce ne fut pas pour un meilleur. Me voici inquiétée de manière permanente par une concentration de chasseurs extraordinaire. Battues aux sangliers, tir aux oiseaux, tout est bon pour tirer sur tout ce qui bouge. " Car un sanglier qui bouge n'a pas une veste rouge, plutôt que faire couler du sang, apportez moi les croissants, car mon estomac, est un peu raplapla" Oui, je fais des rimes débiles, mais vraiment débiles, que je scande à tue-tête, notamment le matin. Et si d'ordinaire j'installe ma tente dans des endroits discrets, pour le coup, je me mets en évidence. 

 

Bien, j'ai revu le Verdon. Après Gréoux et quelques villages jolis, après avoir traversé des champs d'éoliennes qui ne fonctionnent pas et vu des plantations de panneaux photovoltaïques, je suis arrivée au pied de la Montagne de Sainte Victoire. Je l'ai traversée dans sa plus grande longueur et c'était ma foi fort beau bien que venté glacial. J'y ai rencontré Sandra et Thomas, qui s'étaient rencontrés en montant et nous sommes redescendus ensemble jusqu'au barrage de Bimont. J'ai vu ensuite le barrage de Zola, du nom de l'ingénieur, en 1840, qui fût à l'origine de ce barrage voûte qui était le plus haut en son temps avec 37,5 mètres. Le but n'était pas de faire de l'électricité mais une réserve d'eau qui puisse assurer Aix d'en avoir en permanence, acheminée par un canal. Un peu plus loin, le moulin de Cézanne sans aile.

 

J'ai traversé des zones urbanisées pas marrantes, bouffé du macadam, du gaz d'échappement, des décibels, suis passée au pied de la centrale à charbon de Gardanne. Bref, certains jours, tout ce que j'entendais n'était que bruit de destruction. Destruction de la faune avec les chasseurs, un tir toutes les 15 secondes en moyenne. Destruction de la forêt, tronçonneuses, pelleteuses, engins. Destruction de l'air, gazs, fumées… Beurk. Bienvenue dans le monde des humains. Mais où est ma montagne ? Où est mon silence ?

 

J'ai contourné complètement Marseille en suivant la totalité de la crête de la chaîne de l'Étoile, de l'Étoile au Garlaban. J'en ai bavé pour trouver de l'eau, et encore bavé pour pouvoir poser ma tente. Vent fort, caillasse, végétation impénétrable, basse et piquante. Tout plaisir pour le randonneur bivouaqueur qui se retrouve à marcher parfois jusqu'à nuit noire en quête désespérée de 5 m2 pour allonger son organisme fourbu et courbatu. Où sont mes espaces, ma liberté, mes pâturages, mes forêts ? Mentalement, je m'accroche. Ce n'est pas facile malgré une bonne météo, et je veux aller au bout de mon projet. Je ne peux pas capituler si proche du but. Je veux voir les Calanques, Sainte Baume, les Maures et l'Esterel.

 

J'ai traversé encore une autoroute et des zones industrielles. J'ai l'impression d'être extra terrestre, inadaptée à vivre en ce monde. Des propriétés emmurées, des chiens invisibles qui aboient derrière des portails métalliques automatiques surmontés de caméras de vidéo-surveillance, des gens dont il est impossible de croiser le regard et qui ne disent jamais bonjour ni ne sourient. Des machines de dédain. Des panneaux d'interdiction, des chemins privés, des maisons piégées. 

 

Je suis montée au Mont Saint Cyr dans la chaîne du Carpiagne, ancien camp de tir, officiellement interdit, mais des sentiers balisés le traversent et les gens y font leur footing. De l'autre côté, je suis encore et toujours dans le périmètre de Marseille, deux personnes refusent de remplir ma poche à eau, un autre ira jusqu'à me dire "avec les étrangers on ne sait jamais, qui me dit que vous n'avez pas une bombe dans votre sac et que pendant que je vous cherche de l'eau vous ne la posez pas dans mon garage ?". Je vous jure que c'est vrai, je ne dis rien, la discussion serait impossible, mais je pense qu'il faut qu'il aille consulter. Voilà un peu de la France du sud, la France de la côte d'usure. Passer mon chemin, vite, avancer, poursuivre, me mettre dans une bulle...

 

J'ai atteint les calanques, parc national, mais ça chasse encore et toujours. Au col de Ginestre, ils sont 3 à moins de 30 mètres de ma tente mais ils m'ont vue dès leur arrivée, une heure avant le lever officiel du soleil. C'est quand même cool ces gardes du corps rien que pour moi en banlieue nord de Marseille ! Je discute sans prendre le risque de les énerver, leur dit que c'est fou qu'ils aient le droit de chasser là où je n'ai pas le droit de dormir. L'un me dit que la chasse existait avant le Parc National (qui n'a que 8 ans je crois). Le besoin de reposer un organisme après une longue journée de marche aussi monsieur. Interdits camping, bivouac et belle étoile. J'ai le droit de faire une sieste, de jour. Je prendrai donc le gauche. 

 

Les Calanques c'est beau. Très beau même. L'eau est belle, les nuances de bleu suivant les fonds scotchent le regard, les pics blancs, les falaises de calcaire, les pins accrochés bien verts. Vraiment un bel endroit. Dommage que j'y sois passée un week-end de vacances alors que Macrotte vient d'annoncer le couvre-feu dans les Bouches du Rhône. J'ai l'impression que la ville s'est déplacée ici.

Bref, j'ai un peu de mal à apprécier le paysage. Des traileurs fluo par groupes de 25 dont certains ont un comportement assez peu respecteux de l'escargot volumineux que je suis, des randonneurs qui ne répondent pas à mon bonjour, des pétasses patchouli qu'on suit à l'odeur, des chiens en liberté dans mes pattes… Miam miam. Et un gros conard à qui j'ai fini par dire : "Alors toi, t'es vraiment un gros conard" avec l'approbation rassurante des quelques personnes qui ont assisté à notre joute verbale. Miam miam.

 

Par les montagnes, les cols et les crêtes, à commencer par le mont Puget, j'ai rejoint les Goudes par un itinéraire exigeant qui me fait tourner toujours autour de Marseille. D'un côté la ville, de l'autre le large. Je me suis ensuite dirigée vers Cassis par le GR. Ça monte et ça descend, la mer brille en contrebas quand elle n'est pas turquoise. Falaises, pins, senteurs, chaleur, ciel bleu, sentier exigeant mais de toute beauté au dessus des flots.

 

Bon, à Cassis, je rentre dans une pâtisserie munie de tables et chaises avec la muselière, pose mon sac et mes bâtons dans un coin pour pas gêner. J'achète un sandwich et un moelleux au chocolat m'assieds et commence à becquetter. Il y a foule de clients, la serveuse a du taf mais quand même là voilà qui s'écrie " Ah mais c'est pour consommer ici ? - Oui madame, les tables et chaises sont là pour ça non ? - Non mais on n'est pas au camping ici !" Et de m'apporter en coup de vent un plateau pour mettre entre la table et le sac du sandwich. J'avoue que j'ai du mal à comprendre. Inadaptée vous dis-je.

 

Comme j'ai tout de même besoin d'un minimum d'humanité, de lien social (de moins en moins je l'avoue, ce monde me débecte), d'être rassurée sur ma santé mentale, et que cela fait une semaine que j'en manque cruellement, j'ai contacté Estelle du réseau warmshower à Cassis. Sa réponse fut immédiate et positive pour m'héberger une nuit. Ça fait du bien ! Elle est venue de Bretagne, pour le soleil. La région est jolie me dit-elle, le climat sympa, mais j'ai du mal à me faire à la mentalité des gens, c'est pourri. Lui ai répondu que c'était peut-être pas une bonne idée de se faire à leur mentalité…

 

Bon, j'ai ensuite rejoint le col de l'Ange par le Bau de la Saoupe, la Couronne de Charlemagne et le Montounier. Je pensais faire une étape de transition pas forcément intéressante, et je m'étais mis le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Super jolie vue sur la Sainte Baume à venir d'un côté, sur la mer qui brille de l'autre. À 15 heures je retrouve Marie Alix, une amie venue me chercher en auto et qui habite à Sanary. Jour de repos, visite en crocs de la bourgade, marché, promenade l'après-midi. Nickel. Bons moments. Elle me reposera demain matin là où elle m'a trouvée.

 

J'ai donc encore bien avancé. Je l'avoue, j'en ai assez, presque marre, mais j'irai à la fin, histoire d'éviter une grosse frustration. Marre de je ne sais pas quoi au juste, peut-être de la difficulté à trouver de l'eau et des emplacements de bivouac, marre des chasseurs à coup sûr, marre du vent. Mes espaces de liberté sont trop restreints ici, trop de monde. Je vais retrouver un peu de calme sur la montagne de Sainte Baume et les Maures mais je sais aussi que les chasseurs y seront en surnombre…

 

Prochain arrêt aux environs de Hyères dans 78 km, chez une amie d'amis, c'est motivant et même si mes propos semblent désabusés, je suis contente de poursuivre vers ces petits massifs qu'il serait dommage de ne pas visiter.

 

À une prochaine.

 

Dernières hauteurs

 

Salut, 

 

Je profite d'une journée de repos à Riez pour donner quelques nouvelles.

 

Des Launes vers Beuil où j'ai donc passé 3 jours en tout, je reprends mon chemin après avoir reçu ma tente et laissé le ciel s'épancher violemment et abondamment. Cependant aucune comparaison avec ce qui est survenu quelques vallées plus à l'Est. Des temps à ne pas être sous une tente tout de même. Quentin, Alice et leurs filles, une bien belle rencontre. La limite de la neige est à 2000 m, autrement dit, tout est blanc tout autour. Je suis bien contente d'être descendue d'un étage, il était temps. Ce n'est pas la météo et les températures annoncées qui feront fondre dans les prochains jours. 

 

Je suis partie par les crêtes tout de même, cime de la Pra, dôme de Barrot d'où je vois le Grand Mounier et le reste sous la neige (si je n'étais pas sortie des grandes montagnes, j'aurais dû renoncer à certaines parties, maintenant trop enneigées), col de Roua, pour descendre traverser le Var au niveau des gorges de Daluis. Et j'ai fait une erreur, ne pas me méfier de ce pont, sur la carte, qui en fait n'en est pas un. Juste un gué. Mais le Var a décuplé de volume, son flot est gris et impétueux, il est impossible ne serait-ce qu'imaginer le traverser. Soit, je remonte de 300 m de dénivelé jusqu'au hameau de Liouc pour les redescendre et aller chercher un pont. Ensuite je longe ces gorges impressionnantes, rouges comme celles du Cians, passe par le point sublime et remonte dans les montagnes. Le lendemain est annoncé pluvieux, voire neigeux, et venté, mais quand je me lève, le ciel est bleu. Je pars et marche 2 h avant de m'arrêter dans une grange avec une fontaine à proximité. Je n'ose pas m'engager sur les crêtes, il me faudrait plusieurs heures avant d'avoir de nouveau, peut-être, un endroit abrité. À 12 h 45, la première averse me donne raison et les suivantes plus encore. Il fait froid, je suis à 1450 m et bienheureuse d'avoir anticipé. Pas envie de me mettre encore dans des galères, les prochains jours sont annoncés beaux… 

 

Les petits villages de résidences secondaires sont morts. Il n'y reste que quelques habitants, comme à Braux, pays de la châtaigne. Ce jour, je passe de la Gore tex et surgants sur les hauteurs au short et tee-shirt en bas. Ce temps de mistral et nuageux de surcroît a raison de ma motivation et je passe sous la crête de la Bernarde et sous celle du Teillon au lieu d'y monter. À Vauplane, j'ai cru m'envoler...

 

Castellane. J'imaginais cette bourgade plus grosse. J'ai contacté un WS et dois attendre quelques heures avant qu'il n'arrive. Je vais à l'office du tourisme :

- Bonjour madame. J'aimerais emprunter le sentier Martel dans les gorges du Verdon et je viens donc me renseigner sur la faisabilité au vu des derniers épisodes météo. Le sentier est-il praticable s'il vous plaît ?

- Oui bien sûr mais il vous faut un taxi, il faut réserver.

- Ah ! Pourquoi ?

- Parce que le sentier fait 13 km et qu'il n'y a pas de transport en commun.

- Mais pourquoi aurais-je besoin d'un transport, je compte le faire à pied.

- Pour vous ramener !

- Ah ! Mais je ne compte pas revenir ici, je ne fais que traverser.

- Vous allez ensuite à la Palud ?

- Oui madame.

- Alors il vous faut un taxi depuis le chalet de la Maline jusqu'à La Palud.

- Votre mari est taxi, vous avez des actions que vous voulez absolument me faire prendre un taxi ? Je suis autonome et si le bout de macadam est trop long je ferai du stop.

- Ce n'est pas conseillé.

- Oui, je sais. Au revoir.

 

Ça c'est constructif comme échange !

 

J'ai encore du temps à tuer. Le port du masque est obligatoire en ville. J'avise la terrasse du café des touristes. J'entame la conversation avec un habitué édenté, il me dit de m'asseoir car debout je dois mettre le masque et la police tourne et verbalise avec zèle, mais pas assise. Il faut m'expliquer, comme beaucoup d'autres choses d'ailleurs. Le virus ne serait-il dangereux qu'au dessus d'un mètre cinquante ou peut-être a-t-il des couloirs de navigation comme les avions ? Je m'asseois. À l'intérieur le masque n'est pas obligatoire, nous sommes plus de 10 personnes, mais je n'aurais pas le droit d'avoir 10 amis chez moi. Si quelqu'un est capable de me prouver que tout ça n'est pas un foutage de gueule, je suis preneuse. Au café des touristes, les habitués jouent aux cartes avec le patron et des jetons en plastique font office d'argent, et des clips de Mylène Farmer, Rita Mitsouko et Mickaël Jackson défilent à l'écran. Bonne ambiance. 

 

Mon hôte, Maxime, est un spécialiste des sports d'eau vive et me donne des renseignements sur la suite de mon parcours, ainsi que ma cops Élo. Le lendemain le mistral se calme et je ressors le short. Chasteuil, le Suech, Rougon, les gorges, le sentier Martel à une heure où tout le monde en est sorti. Pendant une journée, du matin au soir, j'ai pu me délecter des détonations et fracas de mes impôts et taxes qui partent en poussière et fumée au champ de tir de Canjuers tout proche. À quelques milliers d'euros à chaque déflagration qui se répand en écho dans les gorges, ça envoie du lourd… Attention, chutes de pierres ! D'ailleurs en préparant mon itinéraire, je voulais passer par la colline d'Estelle mais ai dû abandonner l'idée en me rendant compte que toute cette zone est totalement inaccessible, et pour cause...

 

La Palud, ravitaillement succinct.

 

Le Verdon ce n'est pas que la rivière, il y a même dans la partie "bas Verdon" des montagnes qui effleurent les 2000 m et que je me fais un plaisir d'aller gravir, profitant de quelques belles journées encore. 

 

Pas de bol lors de mon dernier bivouac à 1500 m, la seule bourrasque du matin est passée alors que j'avais ôté les sardines mais pas encore plié les arceaux. 10 secondes. J'ai retenu la tente pour ne pas qu'elle s'envole, paf contrainte, et pof bris d'un arceau. J'ai ce qu'il faut pour réparer, ouf. Au milieu de cette nuit là, trois chiens hurlant sont passés à quelques mètres de ma tente à la poursuite d'une bestiole non identifiée. L'un d'entre eux s'est arrêté, je l'entendais me renifler à travers la toile, sa truffe à dix centimètres de mon museau. Je n'osais pas bouger, pensant qu'il s'en irait mais il s'est couché et je l'entendais respirer, soupirer parfois, une épaisseur de tissu pour nous séparer, il était silencieux. Alors je lui ai parlé. Il est resté des heures, je me suis endormie. Plus tard, j'ai dû me lever pour aller vider ma vessie. Le chien est il encore là ? J'ai parlé avant de sortir histoire au moins de ne pas le surprendre. Il était parti…

 

Mourre de Chanier, Grand Mourre, Portail de Blieux, Chiran, Montdenier. Très beau. Je vois les grandes Alpes enneigées et le Pic de Bure tout blanc, et la mer de l'autre côté. Ce n'est pas la première fois, je l'avais vue depuis le dôme de Barrot déjà. Ici les sommets sont des Mourres et je trouve très élégant de désigner un col par le mot "portail". Poétique même, évocateur en tout cas.

 

La descente sur Moustiers Sainte Marie est agréable, le lac de Sainte Croix et ses eaux turquoises un peu plus loin en contrebas. J'arrive dans la cité par en haut, par Notre Dame de Beauvoir. Le patchwork de toitures aux tuiles canal me réjouit, le village est pittoresque et ni trop ni trop peu fréquenté en cette saison. 

 

Et là, j'ai un moment de faiblesse. Une amie qui habite à Riez (13 km) et chez qui je passerai me propose que son fils qui sort du boulot à 17 heures à Moustiers m'emmène avec lui. J'aurais dû y aller le lendemain mais je succombe à la tentation. La raison ? Marcher sur le macadam à plat n'est pas ma tasse de thé. Pas bien de l'intérêt le long du parcours. Je file chez ma cops et prends un jour complet de repos que j'ose dire bien mérité. 

 

Maintenant à moi le sud alors que le mistral est de nouveau annoncé. Je ne monterai guère au dessus de 1000 m maintenant, étage où la végétation est présente et me protègera… j'espère !

 

Que d'aventures ! 

 

Quelques anecdotes de bourlingue pour cette nouvelle mise à jour. 

 

Quand je dois remplir ou compléter la bouteille d'essence pour mon réchaud, j'essaie d'aller dans une station-service. J'attends que quelqu'un fasse le plein de sa bagnole en essence et je demande poliment, pour éviter de faire une CB pour genre 20 à 60 cts d'euros, s'ils peuvent regarder le montant après leur plein, puis remplir ma bouteille et regarder le montant après afin que je leur paie la différence en liquide. Les réactions sont diverses, souvent positives, certains tiennent à se faire payer leurs 38 cts, question d'honneur ?, d'autres s'en contrefoutent mais jamais on ne m'avait fait ce que je vais vous narrer maintenant. J'étais à la station-service de l'intermarché de Seyne les Alpes. La dame à qui je fais ma demande me répond sans me regarder "Je ne vous vois pas, je ne vous entends pas, vous n'existez pas" Texto. Je suis restée la bouche en rond comme une carpe. Plus tard, je me dis que j'aurais du lui balancer ma main dans la tronche pour voir si elle était aussi privée, en plus de l'ouïe et de la vue, du sens du toucher...

J'ai fait une CB pour 18 cts.

 

Pendant que l'autre à la station-service m'ignore superbement, un type est en train de réparer mon second bâton et d'y mettre une pointe itou celle que j'avais mise à Vallouise. Mon bâton est réparé, pas un service rendu, non, bien payé pour moins de 5 minutes, mais mon bâton est réparé.

 

De Seyne et après un petit tour dans les montagnes de la Blanche je fais un détour de quelques jours dans le massif des Monges. Je n'en avais jamais entendu ne serait-ce que le nom. Et pourtant il est vaste, situé entre Gap et Dignes, et culmine à plus de 2000 m au sommet du même nom. Pas de village en hauteur, pas d'habitat permanent, quelques hameaux en ruines et quelques cabanes de bergers. Un désert humain. Des pâturages, des lignes de crête douces pour la plupart, dénudées, le massif m'a fait penser à une étoile de mer, avec des branches longues qui partent du point central, le sommet. Je vois la montagne de Ceuze au dessus Gap, le chapeau de Napoléon, le pic de Bure, la tête de l'Obiou entre autres. Une découverte. La végétation est sèche, vraiment du sud, mélèzes et pins, chardons, herbes jaunes. Je ne sais pas si le loup y est bien présent mais je me suis confrontée à des chiens bergers qui ne sont plus des gentils patous, mais des bergers d'Anatolie. Colliers munis de pointes, une tête plus grosse que celle du patou, je ne vous parle pas de la mâchoire, enfin… pas tout de suite. Le corps plus fin, moins poilu, plus foncé, plus haut. Bref, je les ai vus de loin, 3, seuls, je veux dire ni moutons bien que j'entende les bruits des clochettes dans le sous-bois environ 1 km en contrebas, ni personne. Je suis sur une ligne de crêtes, ne peux contourner. Contourner quoi d'ailleurs ? Eux aussi m'ont vue. Ils viennent en gueulant, je fais comme d'habitude, je m'arrête, j'attends, je cause, je ne les regarde pas dans les yeux, pas de gestes brusques. Ils viennent me renifler, ok, puis s'éloignent. Je repars tranquillou, 200 mètres, mais je ne sais pas ce qui ne leur a pas plu, ils sont revenus super furax, je m'arrête à nouveau. Mais là ils viennent vraiment au contact, la gueule au niveau de mes avant-bras pliés à l'équerre. J'attends et laisse faire, n'ai pas le choix. Je me retrouve avec l'avant-bras dans la gueule d'un des molosses, je n'esquisse pas le moindre geste, je ne tremble pas, juste je ferme les yeux et je parle. Les battements de mon coeur n'accélèrent pas, je n'ai pas la moindre contraction musculaire. Il n'a pas serré, du tout, il m'a juste laissé une énorme traînée de bave que je n'ai même pas essuyée. De l'autre côté, la truffe humide du second sur mon autre avant-bras tandis que le troisième me renifle le derrière. Pas fière ! Puis ils sont partis devant moi sur le sentier. Ça a duré encore 500 m avant qu'ils n'obliquent vers le bruit des clochettes. Le tout a duré une quinzaine de minutes, une éternité… Je suis étonnée moi-même par mon sang froid. Que serait-il advenu de moi ou de mon bras s'ils avaient senti la moindre peur, le plus petit tressaillement ? Je n'ose y penser. Par la suite et depuis cet épisode, je suis juste soulagée quand j'entends des clochettes, de voir que le troupeau est gardé par des patous, finalement des bons gros nounours en comparaison.

 

Du massif des Monges, je suis descendue à Barles, ai traversé la vallée et comptais faire du stop sur 7 km pour rejoindre Verdaches et monter au Blayeul. Sauf que la route est coupée à la circulation, pas une seule auto, c'est bien ma veine. Allez, à pinces. Mais je débute du coup l'ascension du Blayeul par un autre endroit. Les sources et tous les points d'eau marqués sur la carte sont taris, l'orage approche et bien sûr, je finis par prendre l'eau du ciel avant celle du sol. Je m'abrite deux heures sous un avant-toit de cabane de berger, habitée, mais la bergère est absente. Je n'entre pas. J'y prends de l'eau à la fontaine et une fois le déluge et le son et lumières terminés, je marche encore 30 minutes avant de trouver 6 mètres carrés plats pour poser ma maison. Limite nuit. Je cuisine et me lave à la frontale sous le ciel de nouveau dégagé et étoilé.

 

L'ascension du sommet le lendemain matin est une affaire vite réglée. Le temps de descendre au col de Labouret et je remonte en face de nouveau dans le massif de la Blanche. C'est aussi le nom de la rivière qui y prend sa source. Les sommets connus de ce massif sont notamment le Pic de l'Estrop à quasi 3000 m, les 3 évêchés, le pic des Têtes. Sur l'autre versant se trouve Allos et la source du Verdon. J'ai encore pris de l'eau. J'ai monté ma tente en catastrophe à midi, pour une heure. Le soleil est ensuite revenu, la tente a séché, j'ai tout remballé pour de nouveau me poser en quatrième vitesse 3 heures plus tard. Je suis toujours étonnée de la résistance au vent des arceaux et de la toile, c'est impressionnant. Bourrasques, grosses averses, je suis alors à 2400 m sous le pic de l'Estrop et par ignorance dans la réserve biologique de Lavercq, donc très probablement hors la loi. J'ai encore traversé de magnifiques zones humides d'altitude et pour la troisième journée consécutive, n'ai croisé aucun marcheur. C'est comment dire, euh, bien sauvage par ici. Massif de la Blanche, il y a la Blanche tout court et j'ai vu aujourd'hui au niveau des Eaux Tortes, les sources de la Blanche de Lavercq, sous de grandes dalles très lisses et peu inclinées, tandis qu'en face se dressaient la magnifique Grande Seloane et sa petite soeur. Entre les dalles, les myrtilles virent au rouge. L'Estrop, des dalles de grès rose partout...

 

Sachant que je passerais à Allos, j'ai repris contact avec un copain de vieille date que je n'avais pas vu depuis une quinzaine d'années, et qui habite ici. Éric. J'arrive trempée comme une soupe après une déviation sur le sentier et il vient me chercher en auto un bout. Je passe 2 jours chez lui et Lisa sa compagne, et Elno leur bébé. 2 jours de repos à regarder tomber les averses, à préparer la suite et fin de mon parcours. Que c'est bon ! Éric me pousse alors au bout de la route et je reprends mon chemin par le Mont Pelat.  J'entre dans le Mercantour. Cette montagne c'est pas rien, c'était mon premier 3000 m alors que j'étais ado et que nous avions passé une semaine en vacances ici, à Allos. J'en redescends juste avant l'amoncellement de nuages et me mets à l'abri sous un local ouvert où je monte ma tente pour… 40 heures ! Assignée à résidence par la pluie. Deux Ellroy plus tard et le soleil réapparaissant, je repars. Tous les sommets sont blancs de neige et bien vite mes chaussures aussi. La météo aurait du aller en s'arrangeant ce jour, j'ai du subir un micro climat… Quelques giboulées, un vent qui forcit, de moins en moins de visibilité et un parcours quasi complet hors sentier entre 2600 et 2900 m donc sur du terrain pas facile masqué par 10 cm de poudre froide. Je comptais sur les blockhaus du col de Restefond pour me loger. Le premier est fermé, le second est inutilisable, le troisième inaccessible. Le vent glacial me fait réellement tituber, l'heure tourne. Je dois m'arrêter. Je trouve une petite dépression dans le terrain et m'y installe. Une source coule à proximité. Je suis relativement abritée. Relativement signifie que je parviens à monter ma tente, sur la neige, sans que tout s'arrache ou s'envole. Mes doigts sont insensibles, je vais chercher de l'eau mais je suis incapable de cuisiner. Je ne peux pas rester mains nues, je ne peux pas installer le réchaud à l'extérieur à cause du vent, pas plus qu'à l'intérieur à cause du danger. Repas froid en vitesse et vite dans le duvet. Les arceaux ont courbé comme jamais malgré tous les haubans en place, la neige rentre dans ma chambre, sur mon lit. Très vite avec ma chaleur, l'extérieur de mon duvet est trempé et je croise les doigts pour que ça ne traverse pas. Voeu exaucé. Et je mets les boules quies pour ne pas entendre le vent hurler et tenter de dormir un peu. J'ai entendu un craquement dans l'armature de ma tente mais rien ne semble avoir bougé. Au matin, 2 cm de neige fine sur mon duvet, le vent toujours aussi fort et glacial mais ciel bleu incroyable de limpidité et soleil. Paysage magnifique. Ma poche à eau est un énorme glaçon de 3 kilos. Je ne vais pas la massacrer pour la vider… et pas non plus la laisser sur place. Je trimballerai mon glaçon un moment, partirai le ventre vide, tentant de replier mes affaires le plus vite possible pour me mettre en mouvement. Un kilomètre plus loin, un blockhaus aurait fait mon affaire, je marche dans des congères de 40 cm, pieds et doigts ont retrouvé vie après une bonne onglée. C'est la vie. Le soleil me permet de tout décongeler et faire sécher dans la journée.

 

J'ai ensuite flirté avec la frontière italienne un moment, col des Fourches, lacs de Vens superbes, plan Tenibre où je monte ma tente dans un barraquement ouvrier à l'abandon, Rabuons. Dans cette partie du Mercantour, en montant assez haut, on peut rencontrer des moufflons, j'ai eu cette chance ! Je suis le sentier "de l'énergie" taillé à flanc dans la roche parfois et jalonné de tunnels. Et je finis par descendre traverser la Tinée en aval de Saint Étienne. Je suis ensuite passée au col d'Agnelle où je bivouaque et les molosses qui gardent les moutons gueulent toute la nuit. Il reste de la neige au col de Gialorgues, somptueux. Je rejoins alors Les Tourres par la baisse de Moulières et le col des 30 souches. Oui parce qu'ici un col est une "baisse". Mais pas tout le temps. Comme les nuits continuent à être ventées et glaciales, je monte ma tente une nuit dans une espèce de bunker au col de Pal avant de rallier Beuil (ah, enfin une épicerie), par la Baisse de Barrel, Roya Haut, le col de Crous, la stèle de La Valette et le Mounier.

 

Bon, ce que je n'ai pas dit c'est que 2 nuits avant Beuil, mon armature de tente a montré un sérieux signe de faiblesse, un taraudage complètement foiré. Au col de Pal, je parviens à faire une réparation que j'espère durable. La casse est due je pense à un desserage progressif dont je ne me suis pas rendue compte, plus qu'aux coups de vent encaissés. Toujours est-il qu'à Beuil, tout me reste dans les pattes à nouveau. Je trouve le mécano du village, Serge, au bar. Il fait ce qu'il peut, ça me coûte un ballon de rouge offert de bon coeur, ça a l'air de tenir… 5 minutes. J'ai épuisé les solutions de réparation. Je contacte mes parents pour qu'ils mettent au courrier mon ancienne tente réparée qui était stockée chez eux… au cas où. Et en attendant, je trouve une famille d'accueil, membre du réseau WS, à 2 km et chez qui j'irai le lendemain. Tout ne va pas si mal. Cette nuit là, je dors sous une toile toute déformée. Les cerfs en plein rut brament comme des tarés dans ma pâture et cavalent. Je ne suis pas plus fière que ça. Quand j'ouvre la tente, je vois leurs yeux briller dans le faisceau de ma frontale. 

 

J'ai visité les gorges du Cians et fait une rando d'une journée dans le secteur. Je suis toujours chez Quentin, Alice et leurs 2 filles de 4 ans et demi. Aujourd hui vendredi, alerte météo, les écoles sont fermées…

 

J'en ai terminé avec les "grandes montagnes", terminé avec les dénivelés monstrueux, les pierriers à flanc de coteaux, et les espaces dénudés. Je ne passerai plus au dessus de 2000 m que ponctuellement, pourrai camper à l'abri du vent sous le couvert forestier. En cet automne bien capricieux et un brin hivernal, c'est une bonne chose, je pense pouvoir poursuivre. Dès que le soleil se montre, short et tee shirt sont encore d'actualité.

 

L'itinéraire que j'aimerais suivre avant de rentrer chez moi passe par les gorges de Daluis, le sentier Martel et les sommets du Verdon, la montagne Sainte Victoire, les calanques de Cassis, la montagne de Sainte Baume, les Maures, l'Esterel. Un bon mois de marche.

 

Et aujourd'hui vendredi, jour de déluge, je suis contente d'être au sec chez ces nouveaux amis et j'espère vraiment que mon colis arrivera avec le facteur ce jour.

 

Vers le Sud à petits pas.

 

Vallouise. Vallouise. J'ai eu bien du mal à m'arracher. Ok, 1 jour de déluge, un autre avec pluie le matin et averses l'après-midi mais que trouver comme excuse quand le lundi matin il fait beau et que j'ai juste envie d'un vrai jour de repos, lecture musique sieste. Parce que les 2 précédents ont été très occupés, pas vraiment des vacances : définition de l'itinéraire précis pour les 6 à 7 semaines à venir, lessive, entretien des chaussures, réparation de mon bâton de marche, exécution de quelques tâches administratives… En ce lundi matin les éventuelles quelques gouttes qui pourraient tomber dans l'après-midi ont été celles de trop. Je connais ça, ce n'est pas une baisse de motivation ou un coup de mou, c'est seulement que j'ai besoin de me poser. Et je suisctrop bien ici. Et tous comptes faits, je ne suis pas à un jour près, un bon millier de kilomètres pour descendre jusque dans le Lubéron, peut-être les calanques de Cassis, deux mois. Ceci dit quand les zamis ont commencé à parler de me faire payer partie du loyer, j'ai pris mes jambes à mon cou !

 

1er septembre, rentrée des classes, je reprends le chemin de l'école... buissonnière, de la vie. Je ne pars donc que mardi matin pour faire à l'envers ces deux journées qui auraient du m'amener ici. Il est tombé tant d'eau et tant de neige au dessus de 3000 m que j'aurais vraiment souffert de devoir attendre sous ma tente. 1700 m de dénivelée positive, paf, direct, de Vallouise à Condamine à 2940 m. Les sommets sont plâtrés, ça a de la tronche. Sous le Col de la Pisse je discute si longtemps avec le berger que je finis par poser ma tente à quelques centaines de mètres de son chalet. La nuit sera bien froide, bonne gelée, la tente est raide et blanche de gel le lendemain matin mais les premiers rayons du soleil viennent vite faire fondre la glace. Après avoir rejoint Le Monetier par le lac de l'Eychauda, je fais du stop jusqu'à Briancon. Je dois absolument trouver une paire de semelles intérieures correctes pour mes chaussures, faire mon plein d'essence et un tout petit ravito. Je trouve tout ce qui me convient dans la zone commerciale y compris les semelles dont je rêvais. Je refais du stop pour sortir de la ville et me fait prendre par Sophie, qui habite dans un hameau dans la montagne, pile poil sur mon itinéraire. Je me retrouve invitée à manger et passe la nuit au chaud et me laisse faire. Je suis maintenant au pied du Queyras.

 

Mon itinéraire dans ce massif zigzague dans tous les sens. Je commence par du hors sentier, sur la montagne de l'Alpavin, déserte. Dans les creux, des lacs. Sur les sommets, de la caillasse. Entre les deux, des pâturages. Ce sera comme ça plusieurs jours. Je cherche les itinéraires sans sentier mais pas trop raides pour que ça passe sans me mettre en danger, et les sentiers non balisés. Col de Neal, col de la Rousse où une vipère me file entre les pieds. À Arvieux, ravito et dévalisage de la pâtisserie très sympa, sandwich, quiches etc. Là je rejoins pour un court tronçon le GR5, lac de la Roue où nous avions bivouaqué en 2003, Souliers. Col de Peas, et une variante par celui de Marsailles, où je plante la tente avant de descendre sur les Fonds de Cervieres par les lacs. Aux Fonds, jamais on ne m'a servi un sandwich si bien garni, en qualité et en quantité, pour un prix normal (4,5 euros). Et ça fait du bien car je passe le nombre de fois où on me tranche deux lamelles de pain transparentes tellement elles sont fines, entre lesquelles on glisse une tranche de jambon blanc premier prix et du fromage insipide acheté débité et sous plastique pour des tarifs qui défient l'entendement, jusqu'à 6 euros à l'auberge de Basse Rua ( que je refuse de payer, faut pas déconner, le foutage de gueule a des limites, j'en enlève 2 et c'est encore trop cher payer pour la bouchée fournie). Je trouve que je suis souvent beaucoup trop polie et que je manque cruellement de répartie. Je suis souvent extrêmement déçue et évidemment reste sur ma faim. Le touriste de fin de saison n'est pas le mieux reçu. C'est comme pour avoir la météo dans les refuges CAF (les Drayeres vers Nevache et Chambeyron). Avant, elle était systématiquement affichée et actualisée. Mainten7ant, même en la réclamant, je ne suis pas entendue. Leur mission première a visiblement changé, il ne s'agit plus maintenant de renseigner le montagnard ou le randonneur, de l'héberger, mais de tirer des bières et de vendre des tartelettes myrtilles à un tarif prohibitif ( la plupart du temps importées, congelées, cueillies par des gens payés au lance-pierre, sur des pâtes qu'il n'y a plus qu'à dérouler). Parfois 3 ou 4 jours sans réseau, il serait pourtant bon de savoir un minimum à quoi s'en tenir avant de s'engager sur certains itinéraires. Ok, voilà, j'ai fini de râler, certains établissements m'ont mise en colère, je me suis tue et me suis barrée, le poing dans ma poche et le sourcil en chevron, retournant à mes paisibles marmottes.

 

Col du Malrif, Abries Ristolas, col vieux, Agnel et Chamoussiere. Je renonce à grimper à l'observatoire de Château Renard en aller retour en voyant le manque d'intérêt de la chose depuis le bas et file directement au col de la Noire, Maljasset, col Tronchet, la Riaille, col Albert, de Clausis, Ceillac. Ravito. L'église est toujours la même, l'épicerie aussi, très sympa, comme le boulanger. En 2003, j'avais effectué une descente express en courant du col Fromage pour arriver avant la fermeture de la mi journée qui dure 3 h 30. Refusant de passer encore par le lac Saint Anne, je gravis le pic d'Estreins, descends dans le val Rua et emprunte un morceau du tour des pics de Font Sancte par le col des Houerts pour ensuite aller couper l'Ubaye dont j'ai vu la source en amont de Maljasset. Là encore,j'emprunte une sente et remonte jusqu'au col le vallon de Chillol pour retrouver un sentier au niveau des lacs Marinet. Un petit tour en Italie pour contourner les aiguilles de Chambeyron et je recroise l'Ubaye au pont du Châtelet (Fouillouse), que j'avais encore bien en mémoire. Et hop, je remonte aussi sec en face au col de Serenne pour suivre la crête jusqu'au col de Vars. C'est sur ce tronçon là que j'ai chopé les intempéries, ça tombe bien, je dors à 2720 m près d'un petit lac sur la crête. Hum... la nuit fût fraîche mais tranquille. Le lendemain, après avoir traversé la route au col de Vars, je grimpe dare dare au col du Crachet et installe ma tente dans le vallon en contrebas alors que les premières gouttes s'écrasent. Il est midi. Demie journée repos, je m'enfourne un San Antonio entier, doucement bercée par le bruit de l'impact des gouttes sur ma toile. 

 

Le Queyras est un massif lumineux, d'ailleurs il regorge de cadrans solaires. Lumineux par son ciel, par ses lacs à l'eau limpide, par ses mélèzes dont le vert est printanier quand ils sont éclairés et qui laissent passer les rayons quand on se trouve dessous, lumineux car les vallons sont ouverts et larges, lumineux par la couleur de la roche (pas toujours). Petits hameaux accrochés aux flancs montagneux, maisons couvertes de bardeaux, fontaines rafraîchissantes, agriculture de montagne avec des petits engins et des bras costauds, sentiers souvent très roulants.

 

Et je suis passée en Ubaye, descendant gentimment vers le sud. Là aussi j'ai cheminé hors sentier sur des crêtes magnifiques. Hop, un coup je vois Barcelonnette, hop, le lac de Serre Ponçon, hop, les Orres. Les sommets sont des tas de cailloux en pile d'assiettes, la porcelaine est fragile et les bouquetins provoquent des chutes de pierres. J'ai traversé le tunnel de Parpaillon, où motocyclistes et propriétaires de gros 4 x 4 viennent s'amuser et surtout faire des selfies avec leur engin sur une piste, devant un tas de cailloux au bord du ravin. 3 virages en piste, un tunnel boueux et étroit, 3 virages sur l'autre versant et ils se prennent pour des héros, gopro rivée sur le casque. Pfftt ! Un troupeau de moutons faisait obstruction à la sortie du boyau.

 

Sur mon chemin, j'ai eu affaire à des cohortes de sauterelles qui m'ont assaillie parfois, tentant d'imiter Tarzan avec les poils de mes mollets. J'ai aussi été spectatrice, lors de mon bivouac de ouf en face des aiguilles de Chambeyron, d'un combat de bouquetins. C'est le début du rut. Face à face, debout sur leurs pattes arrières avant de se laisser tomber, têtes baissées, j'entends le bruit des cornes qui s'entrechoquent, une heure de bagarre. Les marmottons grossissent, les vautours volent en meute et les os blancs et parfaitement nettoyés des moutons jonchent parfois les alpages. En Italie, juste avant de repasser en France par le col de la Gypière, j'ai reposé mon corps une nuit dans un "bivouac", une espèce de container amélioré, une table, 9 couchettes garnies de matelas et couvertures. Juste qu'il faut manger un par un car l'espace est extrêmement réduit… j'y étais seule. 

 

En partant de Vallouise, je m'étais promis de ne plus bivouaquer au dessus de 2000 m, à cause du froid qui commence à piquer, surtout avec cette météo perturbée. Je n'ai jamais dormi aussi haut, souvent aux alentours de 2500 m, mais aussi à 2825 m, 2720 m etc. Parce que c'est à ces hauteurs que se trouvent la lumière du couchant ou du levant, les sources, le silence. Ah j'ai été fort tranquille et c'était très beau. Les promesses n'engagent que ceux qui y croient…

 

Poursuivant mon bonhomme de chemin, j'ai suivi un moment le sentier de ceinture en Ubaye, mais étant en forêt souvent et à plat tout le temps je m'y suis vite ennuyée et suis remontéevsur les crêtes dès que ce fut possible. Tête de la Gipyere, Petit et Grand Ferrant, col de la Rousse, cirque magnifique de Bragouse et pic de Charance pour une jolie vue sur le cirque de Morgon. Arrêt à la cabane de l'Aiguille, où Félix et Noemie seront jusqu'à fin octobre avec leur troupeau. Encore une fois je traverse l'Ubaye, à Lauzet, et la suite sera pour la prochaine fois.

 

Mon itinéraire ces 15 derniers jours était une fois de plus exigeant au niveau physique, des dénivelés de taré, souvent au delà de 2000 m positif par jour pour juste 20 km. Mais il était beau, sauvage, hors des sentiers battus. J'ai pu parfois ressentir cette impression qui m'est exquise, de petitesse, d'être à la merci des éléments, consciente (et c'est bien ça qui est jouissif) que personne ne viendra ou ne passera par là pour me ramasser si je fais un faux pas. Je redouble de prudence. L'étude de la carte au préalable, je scrute, analyse, plans A, B, parfois C. Des heures, parfois une journée entière sans voir personne, que c'est bon. Des cheminements en crête, des cols où je me demande bien, au pied, où va bien pouvoir passer la sente. Toute petite dans la grande montagne. À part les week ends, c'est devenu très tranquille, ça commence à tourner au roussi par endroits. Une autre saison va commencer.

 

Et l'organisme ? Le corps suit, je me demande comment mais il suit sans broncher. Certes, je n'oublie pas de lui donner du carburant, lui procure des heures de sommeil longues et réparatrices et ne prends pas les descentes en cavalant. Et de l'eau. Mais tout de même, à accumuler ainsi les journées difficiles et les bivouacs frisquets, je le trouve bien résistant et doté d'une capacité de récupération impressionnante. Fourbue et courbatue le soir, fraîche et toute neuve le lendemain matin. J'ai pris mon rythme de croisière, élevé, mais un rythme qui me convient bien, puisque je ne saurai donc jamais faire dans la demie mesure, ni rester sans rien faire. Je ne cherche à faire aucune performance, je me lève le matin, en général de bonne heure car impatiente de démarrer pour aller voir de l'autre côté de la montagne, et je marche, toute la journée, pas forcément très vite, mais comme quelqu'un qui marche depuis 4 mois en montagne, et le soir je m'arrête assez tôt, pour avoir le temps de choisir mon emplacement, de me laver, de m'installer tranquillement, de me faire à manger, de prendre mes notes, le tout avant la nuit. Et au final, ce sont donc 8 à 9 heures de progression quotidiennes, d'où la distance parcourue et les mètres gravis. (2200 km, 153 000 m de d+)

 

S'il fallait, pour une quelconque raison, que le périple s'arrête maintenant, il me comblerait déjà. Depuis Vallouise (pourquoi Vallouise ?) tout n'est que bonus. Je vis conformément à ce que j'avais rêvé, je m'abreuve aux sources, me lave et cuisine avec l'eau trouvée dans la nature, je dors sur la terre, dans l'herbe, sous les arbres, sous la lune, bercée par le bruit du vent, le bruissement des feuilles, le cri des marmottes, le grondement du torrent ou dans le silence obsédant. Je cueille autant que je le peux les baies succulentes qui bordent mon chemin et m'enivre des odeurs naturelles. Je tape la discute avec les bergers et les bergères. Je suis dehors H24, 7/7 à part quelques incursions rapides dans les pâtisseries et épiceries. Je surveille la couleur du ciel et les irrégularités du terrain, je m'extasie des couleurs sur les (ou des) reliefs, loin des préoccupations et turpitudes du monde fou et de l'époque déraisonnable que nous vivons.