Albertville - Chamrousse

 

Salut, 

 

J'ai repris mon chemin solitaire depuis Albertville après avoir passé quasi une semaine en bonne compagnie dans le Beaufortain. D'abord avec mes parents, puis avec Stéphanie chez qui je suis ensuite restée une journée complète pour préparer la suite et me mettre à jour. J'ai apprécié la compagnie mais je dois avouer que c'est également avec plaisir que je retrouve mon rythme, ma liberté, mon mode de vie et ma solitude. 

 

Droit dans le pentu. De 368 à 2484 m.

 

Sur les hauteurs d'Albertville face aux Bauges, se trouvent deux chaînons méconnus qui font partie de la Vanoise : Grand Arc et Lauzière. C'est par là que je suis passée. Sur le Grand Arc on peut suivre la crête tout le long, plusieurs kilomètres avec quelques passages nécessitant les mains ou bien aériens, mais la Lauzière est trop escarpée, à part le mont Bellacha dont le sommet est facile. Pour la suite j'en ai suivi le flanc Est jusqu'à Saint François Longchamp. Espaces très peu habités, sauvages, j'y fis quelques jolis bivouacs sur fond de Mont Blanc et Vanoise avant de plonger par le col de Sarvatan dans la vallée de l'Arc, que je traverse à Épierre. Comme l'autoroute.

 

Belledonne. 

 

Nouveau massif, totalement inconnu de moi. Il me tardait d'y être. 

M'y voilà. 

La partie nord est là aussi très peu peuplée, même les alpages y sont rares en comparaison avec le Beaufortain où la vie était partout. Il faut dire qu'ici, on passe très rapidement de la forêt à la caillasse et les pentes sont abruptes. Peu de place pour les troupeaux, sauf ceux de bouquetins, verts pâturages quasi absents du paysage. J'en verrai toutefois quelques jolis, de part et d'autre du col de Merlet. Ici, pas d'élevage pour le lait, ce serait trop compliqué à cause du relief et des accès, alors on n'y fait que du nourrissage pour la viande. On ne fabrique pas de fromage sur Belledonne.

 

Des pierriers de gros blocs beaucoup, des sentiers très peu roulants, une muraille, des névés, de l'eau, une multitude de lacs, des rhododendrons, des myrtilles. Au nord, pas bien des randonneurs, à fortiori quand je sors du GR qui traverse le massif en 9 jours. Pour cause le peu de refuges gardés ouverts, le terrain accidenté, les accès parfois un peu éloignés qui rebutent les touristes glacière à la main. Pour moi c'est bonheur ! La moitié sud est beaucoup plus fréquentée, c'est la cour de récréation des Grenoblois.

 

Quelques rencontres. Franck, membre de l'équipe organisatrice de l'Échappée Belle, qui me prend en photo et trouve mon projet "dingue". Simon, un jeune avec qui j'ai partagé une cabane et une demie journée de marche. La dame du refuge du Pré Carré qui trouve mon entreprise si folle qu'elle m'offre le thé, et qu'elle en parle à d'autres randonneurs qui du coup, me reconnaissent avant de me connaître, dont un avec qui je trotte quelques heures. Les vendeuses de l'épicerie associative de Saint Colomban m'offrent une part de tarte aux fruits, maison. Bref, ils me donnent l'impression d'être en expédition, d'être une extra-terrestre, de faire un truc hors norme. Certains me disent que je suis sortie du système, je les rassure, il n'en est rien, je suis rattrapée par les impôts qui depuis 15 jours et par un incessant échange de mails me réclament ma 2035, faite par précaution le 23 avril sur le net mais qu'apparemment je n'aurais pas signée… L'enregistrement que j'en avais fait ne leur suffit pas, iI me faut tout refaire. Re bonheur !

 

Bref, je rappelle que je ne fais que marcher, jour après jour, j'ai toujours une carte vitale, une carte bancaire et il me faut gérer la paperasse en cours de route avec mon seul téléphone. Je fais partie du "système", on ne peut s'en défaire, je mets un masque pour entrer dans les épiceries que je place sur ma route. Et je suis probablement beaucoup moins dingue ou méritante que tous ces gens que je vois aujourd'hui passer devant ma porte, le dos courbé sous leur poncho, transis de froid, trempés de pluie, marchant depuis plusieurs heures sans ne rien voir puisque la visibilité est réduite à quelques dizaines de mètres, et me demandant si le refuge est loin encore. Où est le plaisir ? 

 

C'est que le ciel est un peu capricieux depuis deux ou trois jours. Les endroits de bivouac doivent être choisis avec attention, non pas en fonction de la vue ou du soleil mais de la sécurité. Pas de creux, pas de pied de falaise ni de gros bloc rocheux, pas trop près d'étendues d'eau, pas sur les crêtes, à l'abri des possibles bourrasques, accès à l'eau, attention aux ruissellements… Je me suis demandée un soir alors que le son et lumière battait son plein jusqu'à quelle taille de grêlons une toile de tente pouvait résister. À des gros grains de maïs sans problème pour la mienne ! Rebelote deux jours plus tard aux Sept Laux.

 

Je suis en ce moment dans un espace très sommaire, depuis hier soir, la première cabane de berger du secteur. Un des murs est constitué du rocher de la montagne, elle est en pierres, le sol en béton, aucune ouverture à part la porte qui baille, une palette pour poser mon derrière, une armature bancale en guise de bas-flanc. C'est que le ciel était annoncé méchant, j'avais fait ma réserve de nourriture en conséquence, pris 2 jours de rab, et étudié longuement la carte pour savoir où m'arrêter quand viendraient les nuages. Plan A, plan B, plan C. Il faut aussi de l'eau pour un bivouac, et beaucoup d'eau si on pense se trouver coincé un jour ou deux. J'ai constitué ma réserve avant le déluge. J'ai de l'essence assez pour manger et boire chaud plusieurs jours. 

Je me suis arrêtée avant la pluie, vers 15 heures.

Je suis au sec. 

Je suis à l'abri du vent.

Je pisse dans ma gamelle pour ne pas sortir sous le déluge dans la tempête et la rince ensuite.

Il ne fait pas bien chaud mais j'ai ce qu'il faut.

Les souris me tiennent compagnie, j'hésite à en faire rôtir quelques unes et suspends mon sac à un clou pour la nuit.

En arrivant, juste avant la pluie, je voyais Grenoble, le sud de la Chartreuse et le nord du Vercors où j'étais il y a plusieurs semaines. La vue depuis cet endroit quand tout est dégagé doit être spectaculaire. Troisième passage aux alentours de Grenoble.

Par la porte ouverte, je vois passer des gens qui sont "obligés" d'avancer. Parce qu'ils n'ont qu'une semaine de congés, parce que tout est minuté, programmé, parce qu'ils ont réservé tous leurs hébergements, parce qu'ils n'ont pas de tente, parce qu'il faut rentabiliser jusqu'au temps "libre", parce qu'ils ont de l'argent mais que ni le temps ni la liberté ne s'achètent. Ils vont se chercher avec les dents, se gagnent. Si confort et liberté vont rarement de paire et que nous ne les marierons point, aujourd'hui ma liberté et mon temps me permettent de rester au sec. Confort par ce temps de chien. Mon sac pèse 17 kilos, parfois plus quand je sors de l'épicerie, mais aujourd'hui je suis au sec, je ne marche pas dans le brouillard, le vent, le froid et sous la pluie pour rejoindre par obligation un refuge réservé qui sera plein et bruyant. Certes chauffé ! Je verrai le paysage quand le soleil reviendra. Ce n'est pas moi la courageuse, la dingue…, ce sont eux, à s'imposer ces terribles conditions.

 

Certes, la liberté n'existe pas. Ce qui existe, c'est le degré de contrainte qu'on accepte. Dans un article sur la survie en milieu naturel, l'auteur disait trois secondes, trois minutes, trois jours, trois semaines, trois mois. Trois secondes sans faire attention, trois minutes sans respirer, trois jours sans boire, trois semaines sans manger, trois mois sans se laver. Des contraintes indépassables. Enfin si tu veux vivre. Au delà, la limite à ta liberté, c'est la contrainte que tu acceptes.

 

La liberté n'existe pas. Ce qui existe, c'est le degré de contrainte qu'on accepte ou qu'on s'impose. (Merci Olivier)

 

Je lis, j'écris, je me repose. Demain sera un autre jour, peut-être le même, j'attendrai encore. J'ai une source à moins de 5 minutes. Le luxe du temps.

 

Le berger qui habite à côté de la source marquée sur la carte mais non visible du sentier, est passé hier soir. J'avais vu sa compagne en allant chercher de l'eau. Ancien accompagnateur en moyenne montagne fatigué des évolutions de la clientèle et du métier, qui lui apportaient plus de déceptions et dépit que de plaisir, il garde chèvres et moutons qui lui appartiennent, sur ce terrain communal qu'il loue l'été, bail de 6 ans. 300 têtes, 4 patous et plusieurs autres chiens. Le loup est bien présent, une attaque quotidienne en moyenne sur l'ensemble du massif. De jour. Car le loup a compris que la nuit les moutons sont en enclos et gardés étroitement par les chiens. Ce berger là arpente le terrain avec son troupeau tous les jours, et aujourd'hui, c'est loin d'être idyllique ! Un autre me disait que les alpagistes ont du mal à trouver des éleveurs, que ceux-ci n'ont pas envie de donner leurs agneaux et brebis en pâture aux prédateurs, que le terrain n'est plus entretenu, que la forêt est "sale" et les pentes herbeuses avalancheuses faute d'être "tondues".

 

Deux fois déjà dans ma cabane, des marcheurs se sont engouffrés, paniqués, croyant se faire attaquer et poursuivre par les 4 gros patous. Pourtant, partout sur les sentiers, des panneaux indiquent la conduite à tenir avec les chiens de travail… Ces gens savent-ils lire ? Ils se mettent à courir, et les chiens derrière eux aboient encore plus fort et gambadent à leurs trousses. La surfréquentation de certains secteurs est un réel problème pour les bergers, des gens viennent se promener avec des chiens, non tenus en laisse… à proximité des troupeaux.

 

À dix minutes peut-être, en contrebas de mon antre, il y a un refuge gardé. J'aurais pu y aller, enfin non… hier soir il était plein, j'ai écopé du surplus de clients sans tente, qui pensaient pouvoir dormir à la belle… avec la météo pourrie annoncée. Doit-on continuer à faire en sorte qu'un maximum de gens aient accès à la montagne, à coups de clics et de paiements paypal ? Je ne le pense pas, la montagne, comme la plongée sous-marine ou le parapente, il faut apprendre, progressivement. Je vois décidément trop d'aberrations sur les sentiers, surtout les week-ends. Ce matin je n'avais pas envie de descendre au refuge, pas envie de porter un masque toute la journée, pas envie de retourner dans la société, j'y aurais à coup sûr engouffré plusieurs dizaines d'euros en crumble et autres gourmandises. Dans ma tanière, il y avait un kilo de spaghettis, j'ai tapé dedans, ça change des coquillettes. Sauf que manger des spaghettis à la petite cuillère n'est pas simple. Je n'ai pas de fourchette par économie de poids. Tout se mange à la cuillère, … sauf les spaghettis ! 

 

Je suis à une petite journée de marche de Chamrousse, qui marquera la fin du massif de Belledonne. Je suis quasi sous le Grand Pic de Belledonne, point culminant du massif et sous lequel subsiste l'unique glacier du chaînon. Pour combien de temps encore ? J'ai sillonné pas mal, dessinant de jolies arabesques en 3D sur la carte en 2D. La ligne droite ou les sentiers trop bien balisés ne suffisant toujours pas à me satisfaire, il faut toujours que j'aille voir de l'autre côté. Le poids du sac empêche les parcours hors sentiers en mode sanglier et me cantonne sur des sentes. Les dénivelées positives allant de 1600 à 2300 m par jour, tous les jours depuis Albertville, pour une vingtaine de km, j'ai mérité mon jour de repos. Pas plus ici qu'ailleurs la Terre n'est plate.

 

Mon itinéraire depuis Albertville est passé par la Thuile, le Grand Arc, le Petit Arc, Bellacha où un magnifique spoutnik explosé marque le sommet, col de la Madeleine, St François Lonchamp pour ravitaillement, le col de Sarvatan, le col de la Perche, la pointe de Rognier, le col de prè Rèmy, le col du Fort, le col de la Frêche, les Grands Moulins, Ferice, Pré carré, col de Merlet, lac et col des Balmettes, col de Bellard, Glandon, lac et col de la Croix, col de la Vieille, les Sept Laux, col de la Vache, Pas de la Coche, lac de Crop, col de la Mine de Fer, le col de la Sitre et celui de la Pra avant de rejoindre Chamrousse par des lacs encore.

 

J'ai fini par décoller de mon antre, une éclaircie m'a fait sortir du duvet le lendemain vers 9 heures. Je me suis mise en route, les intestins en vrac, sans manger. L'éclaircie était prometteuse mais j'ai fait l'étape avec une visibilité limitée et n'ai pas vu les sommets blanchis par la neige de la nuit ni les lacs sous le soleil. Vent, froid, mais pas de pluie. En descendant sur Chamrousse, je vois le Mont Aiguille entre deux nuages. Je me paie le luxe d'un lit dans un gîte, première fois que je paie pour dormir depuis le début de ce périple. Et j'ai trop d'administratif et de bricoles à faire (ma 2035 entre autres choses) pour envisager repartir le lendemain matin, je reste donc deux nuits, salutaires pour mes intestins. Une fois toutes ces tâches terminées, je suis allée me promener quelques heures vers le lac Achard et la Croix de Chamrousse histoire de voir une montagne complètement défigurée par les remontées mécaniques moches et les travaux en tous sens, entendre le bruit des installations et des pelleteuses, me noyer anonyme dans la foule. Je vois tout le Vercors et la Chartreuse, je vois les Grandes Rousses, la Meije et la barre des Écrins, je vois aussi la suite de mon parcours : le Taillefer et l'Obiou.

 

Des montagnes à perte de vue...

 

Aravis, Bauges, Beaufortain

 

Maintenant que je suis sortie de la Yaute, je peux le dire sans craindre de me faire casser la gueule au détour d'un sentier : je trouve que les Hauts Savoyards manquent d'imagination. Oui parce qu'en trois jours j'ai passé 4 cols de la Forclaz. Quelle originalité ! Bon, de chez Claire et Batiste au Grand Bornand je suis partie par le col des Annes, Méry, puis suis montée sous la Pointe d'Areu que j'avais déjà gravie en d'autres temps. Et j'ai basculé vers Doran par le passage de…. dans le mille… la Forclaz ! Puis le col Doran, Chombaz, les Fours, Croisse Baulet où paissent des moutons des Bouchoux dans le Jura, Bonjournal, et toutes les crêtes hérissées de pylônes de remontées mécaniques jusqu'à plonger sur la Giettaz au pied du col des Aravis et où je fais un petit ravitaillement. De là, montée vers le Charvin que je préfère contourner d'abord, passant par le lac, pour le gravir par le sentier le plus facile plutôt que par les câbles. Oui parce que c'est 14 juillet, donc la fête du slip, et qu'il est hors de question que j'aille m'entasser avec d'autres sur cette crête aérienne, à cause du Co Vide. Co, partager. Co Vide, partager le vide, et accessoirement les chutes de pierres. La procession du dimanche. Le cortège dominical. J'ai contourné disais-je, suis allée poser ma tente et mon sac vers le refuge de l'Aulp de Marlens et ai attendu quelques heures. Repos. À 16 h 45, après avoir sifflé une bière et engouffré une glace à 2 boules et 4 balles, j'ai enfilé les chaussures et suis allée au sommet en un aller-retour express efficace, seule dans la montagne, toute la cohue ayant regagné son chez soi dans son automobile. C'était bien même si au final, ça m'a fait une journée à 2300 m de positif. Quand même, et 26 km. 

 

Le lendemain je suis descendue dans la vallée à Marlens, et j'ai donc quitté les Aravis. J'ai tendu le pouce jusqu'au Carrouf d'Ugine et suis repartie illico presto dans le versant pentu après avoir remis 4 jours de nourriture dans mon sac. Retour dans les Bauges. Je serais bien passée par la Dent de Cons, rien que pour le nom, mais 5,5 km de crête effilée m'ont un peu refroidie. Et puis la Dent de Cons, comme un fait exprès, c'est la séparation entre la Savoie et la Yaute, et comme chacun le sait, faut pas mélanger les serviettes et les torchons. Déjà une Dent pour les séparer (celle qu'ils ont les uns contre les autres ?), c'est quelque chose mais en plus la Dent de Cons ! Bon, j'ai grimpé sur cette crête, mais plus loin, comptant mettre à mon actif la Belle Étoile mais le lendemain est sans visibilité, je navigue dans le brouillard, le sol est très glissant, je me contente de passer le col de l'Alpettaz (encore un !), de repasser donc dans la Yaute et de plonger sur Tamié, célèbre pour son abbaye que je n'ai aperçue qu'entre les houppiers fournis des grands hêtres. Ensuite, j'ai été invitée à me mettre à table dans une famille franco kurde dans un hameau regroupant une douzaine de maisons. Kebab, ayran, thé et café, on me propose même une douche, on me propose tout, même ce dont je n'ai pas besoin. Sillonner les sentiers de montagne de l'Hexagone pour se faire inviter par des Kurdes ! Au refuge de la Tournette, je m'étais vue offrir des fruits frais par une équipe d'Iraniens étudiants à Lausanne que j'avais photographiés à leur demande avec leur téléphone. Ah, que de bons souvenirs cela a fait réapparaître… Pendant ce temps, chaussures et chaussettes sèchent au soleil. Oui parce que ce matin, la végétation haute et touffue sur les bords du sentier très étroit m'a trempée jusqu'à la taille, et par moments jusque sous les bras. Si si. 

 

Bien, ils m'ont remerciée de n'avoir pas eu de scrupules à entrer chez eux ! Tu parles d'une joie ! Ce n'est pas le tout, après avoir immortalisé ces visages accueillants, il a fallu repartir, et monter en haut du télésiège de la Sambuy, par le versant sauvage et raide. Comme je suis repassée dans la Yaute, le passage délicat, que j'évite, s'appelle comme au Charvin, le pas de l'Ours. Toujours très inspirés ces sacrés Hauts Savoyards ! Je passe la nuit sous un abri couvert luxueux en espérant que le lendemain les nuages me lâcheront. Mais c'était croire au Père Noël, je suis dans le brouillard au sommet de la Sambuy et dans la purée de pois à Chaurionde. Du coup j'abandonne l'idée de l'Arcaloz et descends direct le vallon d'Orgeval jusqu'à École. Après renseignements pris sur l'état de la source de la grange du col de Potat, je monte bivouaquer à l'Epion sous la dent d'Arclusaz que je gravis le lendemain à la fraîche et avant la cohue du samedi. S'ensuit une descente en stop du Col du Frêne jusqu'à Albertville où je suis logée chez une amie avant de retrouver mes parents pour quelques jours dans le Beaufortain.

 

Le temps des cerises, on le sait, s'est enfui depuis longtemps et a été remplacé par celui des fraises et des framboises qui jalonnent les bords de sentiers et dont je me gave dès que possible.

 

Dans le Beaufortain, le relief, la montagne sont différents, les sentiers plus roulants, moins caillouteux, les vaches brunes maquillées. Les cols s'appellent des Cormets. Avec les deux fidèles septuagénaires (193 ans à nous trois), nous avons débuté par une demie journée vers le refuge d'Arolle et le lac de Brassa. Le Mont Blanc est dans les nuages mais il fait beau tout de même, des ruisseaux coulent, c'est beau. J'ai déjà marché dans ce massif mais plus au Nord et je suis fort contente d'y repasser, en ayant gardé un bon souvenir… de brouillard, d'orages et autres réjouissances du genre. J'ai une revanche à prendre.

 

Avec mes parents nous avons gravi le Mont Mirantin, sommes passés au col des Lacs et celui de la Bathie, celui de la Forclaz (oui encore !) et celui de la Louze vers les lacs de la Tempête. Le Grand Mont à 2686 m ne nous a pas résisté depuis le lac Saint Guérin (Saint Guérin est le protecteur des troupeaux) tandis qu'un orage s'abattait sur Albertville et sur le nord du massif, donnant lieu à des éclairages particuliers très contrastés. Le jour suivant nous écourtons la rando pour cause d'orage, prenons la grêle et faisons juste la crête dominant le lac de Roselend entre le passage de Miraillet et celui de la Charmette par les monts Acrays, discutons avec l'agricultrice venue s'occuper des 50 vaches dont la moitié sont en pension et ne leur appartiennent pas, pour la plupart des tarines. Comme dans les Bauges où les versants sont pentus, on peut voir ici des petits tracteurs, avec des petites pirouettes, des petits andaineurs bref, une agriculture à taille humaine. Un Beaufort est fabriqué avec le lait d'un troupeau unique, pas de mélange, beaucoup de salles de traite mobiles, agriculture de montagne, prairies fleuries, pas d'engrais, coopératives et groupements d'éleveurs pour l'estive. J'aime cette moyenne montagne facile, moins escarpée que les massifs précédents et donc plus reposante. Et qui regorge d'eau.

 

Mes parents repartent dans le Jura, me posent à Beaufort où Stéphanie d'Albertville me récupère. Nous montons jusqu'au Plan de la Lai et effectuons une très belle boucle par le Col Du Coin, le lac D'Amour, le col Tutu, le refuge de Presset le col du Grand Fond et rejoignons la route du Cormet de Roselend. Sur les cartes, le col Tutu se nomme le Passeur de la Mintaz, il est situé au pied de ce bout de rocher que Gargantua a envoyé valser d'un bon coup de pied depuis les Aravis, la Pierra Menta. D'ailleurs la Tournette constitue le fauteuil de ce même géant. Dans le Beaufortain, le mot de Passeur définit également un col, plus escarpé toutefois qu'un Cormet qui est toujours large et ouvert. Mon petit tour dans le Beaufortain, un extra qui n'était pas prévu, s'achève sur cette magnifique journée. La pluie donne prétexte à un jour complet de repos, qui en définitive s'annonce bien ensoleillé. Je reprendrai la route demain après avoir défini la suite de mon parcours...

 

Dépasser les Bornes.

 

J'en étais donc au Chatelard, au coeur des Bauges, coincée à attendre un matelas envoyé en poste restante. Celui-ci n'arrivant pas le jour espèré, j'ai contacté Marion et Samuel, membres du réseau Warm Shower, à La Compote et suis allée attendre chez eux. Une journée de repos supplémentaire pour mon dos, une journée bienvenue. Comme d'habitude, la rencontre est profitable, de bons moments passés avec mes hôtes. J'y suis restée deux nuits, retournant chercher mon matelas enfin arrivé en stop. 

 

Le lendemain je reprends les chemins en direction du mont Trélod. Malheureusement, un crachin persistant et désagréable me fait faire demi-tour avant d'atteindre le sommet. Un peu plus bas je retrouve de la visibilité, les nuages se déchirent pour faire place au soleil et je suis quasi seule sur la Montagne du Charbon. 

 

C'est ensuite la dégringolade vers Doussard, à l'extrémité du lac d'Annecy. Je dévalise la boulangerie, quitte les Bauges et entre dans le massif des Bornes qui regroupe la Tournette et le Bargy. Monter à la Tournette sur un week-end n'est pas forcément une bonne idée à cause de la surfréquentation du site. Une véritable procession de gens souvent sous équipés et aux comportements inadaptés, mais je ne peux pas toujours choisir mes jours, je trace mon chemin indifférente à ce genre de considérations. La seule chose qui me préoccupe est de ne pas passer sur les lieux de ravitaillement un dimanche après-midi, le reste n'a guère d'importance. Je plante ma tente au niveau du refuge fermé et attends la fin du cortège pour partir à l'assaut du sommet, légère et en soirée, au seul moment de la journée où les nuages lâcheront la montagne. Nous sommes 3 sur le piton rocheux, pas d'embouteillage dans les passages câblés ou les échelles, nickel, je profite du paysage et du silence, de la vue sur le lac d'Annecy, le Mont Blanc, entre autres. Le coucher de soleil aux couleurs éclatantes viendra clore cette belle journée.

C'est ensuite la descente jusque dans la vallée de Thones. J'y arrive au niveau du cimetière militaire de Morette et Eva, une amie, vient m'y chercher en auto. Je passe une nuit chez elle, lessive, ravitaillement et bonne surprise : son compagnon est kiné/osteo et s'occupe de mon dos de manière efficace. Ma prochaine "étape" se situe au Grand Bornand, 12 km par la route, enviton 100 par mon itinéraire sauvage. 

Passage câblé de La Bourse, vallon d'Ablon, Croix du Bénitier, vallon de Perthuis, Tête du Parmelan et son extraordinaire et gigantesque lapiaz, plateau des Glières et son monument à la mémoire des Résistants décimés, la Montagne et la Tête de Sous Dine, un rapide passage au Petit Bornand avant d'aller arpenter le plateau de Solaison, les rochers de Leschaux, le plateau de Cenise. De là, la vue sur le petit chaînon du Bargy est impressionnante. Des cols raides en éboulis calcaire entre des sommets comme des forteresses. C'est pourtant là que je me dirige. Montée au Petit Bargy ( vue d'en haut sur la chartreuse du Reposoir) par le lac Bénit et le col d'Encrenaz entre deux chutes de pierres, Tête des Bécus, lac de Peyre et Pointe de Balafrasse, Aiguille Verte, lac de Leyssi, col de la Forclaz, descente sur le Grand Bornand chez Claire, Batiste et leurs filles. Claire est une accompagnatrice en montagne que j'ai connue quand elle travaillait dans le Jura avant de s'installer ici.

 

Le Bargy est un petit secteur en triangle délimité au sud par le Grand Bornand, au nord ouest par Saint Pierre de Faucigny et au nord est par Scionzier. Si dans les Bauges je ne voyais quasi que des vaches, ici, c'est un joyeux mélange de chèvres, vaches et moutons. On y fabrique entre autres du Reblochon et les sommets s'appellent des Têtes, les bergeries des chalets. 

 

Au chalet de la Colombière j'ai connu Emeric et Viviane, les bergers. Rencontre extraordinaire et fortuite. J'étais adossée à l'ombre contre le.mur de leur chalet quand ils sont arrivés. Considérant mon statut différent de celui des centaines de promeneurs qui montent au lac de Peyre, je me retrouve rapidement devant une bière, attablée au frais devant une assiette bien remplie. Ils sont nomades, se déplacent, suivent le troupeau de moutons, vont là où il y a de l'herbe. Donc l'été ils sont là, et l'hiver ils vivent dans une caravane. L'après-midi midi est passé trop vite, je monte au lac et à la pointe de Balafrasse une fois la cohue redescendue, légère. Quand je repasse prendre mon sac, ils m'indiquent un endroit où passer la nuit tranquille et me font faire connaissance avec leurs deux patous. Les gros chiens dormiront à quelques mètres de ma tente et je vois leurs yeux briller dans la nuit lorsque je me relève assouvir une envie naturelle. Je suis bien gardée !

 

Dans le Bargy, les sources sont rares et les ruisseaux quasi inexistants. Entre ou sur les sommets rocheux parfois difficilement accessibles au tout-venant, sur les crêtes effilées, j'ai vu des bouquetins qui avaient l'air en parfaite santé… et des rapaces que je pense être des gypaètes.

 

Ces derniers 10 jours, certains ont proposé de m'offrir le café en passant, d'autres se sont arrêtés spontanément en auto pour m'éviter 3 km de macadam, on m'a offert une bière, un repas, des connaissances, des bons moments… Et puis et puis… depuis les sommets je voyais ceux du Jura comme s'ils étaient à portée de main. C'est qu'en fait, ils sont à moins de 40 km à vol d'oiseau. 40 km de mon lit et mon chez moi. Je vois très bien le radome de la Dole, et même le Mont Sala. 40 km à vol d'oiseau, j'en ai fait assurément plus de 1000… et ce n'est que le début !

 

Aujourd'hui samedi 11 juillet, jour de repos complet chez mes amis. Il pleut, les brumes se transportent au gré des courants d'air et dansent sur le flanc des montagnes. Je repartirai demain pour découvrir ce que j'appelle l'envers des Aravis, c'est à dire le versant Est. Dans une autre vie j'avais skié les pentes des différentes combes du Toblerone géant !

 

Arvi pa !

 

Du Vercors aux Bauges en passant par la Chartreuse

 

Jusqu'au bout le Vercors aura gardé sa pudeur extrême, ne se dévoilant que bien difficilement et par tous petits bouts. En partant de chez Annick après y être restée tout de même 3 nuits, je croyais vraiment aller vers du temps dégagé, donc je n'ai pas fait la fainéante, je suis montée sur Soeur Agathe, oui, c'est le nom d'une montagne, tout près de la Moucherolle mais une fois de plus après m'être bien gelée à attendre l'éclaircie, j'ai capitulé, dépitée, alors qu'une heure avant c'était dans le bleu. J'ai alors contourné la Grande Moucherolle pour arriver au col du même nom et pour le même résultat. Demi tour. Et pour finir je m'installe ce jour là dans une cabane ouverte d'arrivée de télésiège à 2050 m sur la crête. Malgré le vent violent, je reste dans les nuages et ma visibilité est réduite à une trentaine de mètres. C'est pas beaucoup. Misère !

 

Et soudain, vers 21 h, tout se dégage en 10 minutes. J'enfile doudoune et coupe vent, et file gravir la Petite Moucherolle toute proche alors que le soleil se couche. Toutes les falaises sont à l'ombre mais j'ai vu, enfin, la grande muraille du Vercors. J'espère le soleil levant pour éclairer les falaises le lendemain matin.

 

Au réveil, gelée blanche, fort vent, je pars avec les surgants mais très motivée. D'une part le temps est dégagé, j'ai ce pour quoi j'ai tant tourné dans le massif, enfin, et d'autre part je dois retrouver des amis venus pour le week-end. Le Pas de la Balme avec son passage sous la grande voûte est facile et très esthétique tandis que déjà les brumes montent à l'assaut des sommets. Le Pas de l'Oeille est bien engagé et je suis bien contente de le passer à la montée. En haut, une bonne vingtaine de bouquetins posent pour les photos, avec des cornes É-NORMES. Je ne traîne pas et retrouve mes amis à la cabane de Roybon. Ensemble, nous allons jusqu'à Fontaine Froide où Simon se charge même de ma poche à eau de 4 l. Nous montons au Pic Saint Michel qui s'est enfin découvert et campons un peu plus loin, pas très loin de la plateforme au dessus du vide. Grégory fait ses tests de matos et les discussions vont bon train. Après un bivouac très humide à 1800 m, nous atteignons le lendemain le faîte du Moucherotte, dernier sommet pour moi dans ce massif qui m'a occupée trois semaines. Nous nous séparons, je descends vers Grenoble, avec un bout en stop pour économiser mes pieds et mes genoux dans ce plongeon inintéressant vers l'Isère et les températures élevées.

 

Trois semaines dans le Vercors… Je l'ai pas mal usé mais plus je voyais de choses, plus je voyais de choses à faire et à voir, comme souvent. Cependant je crois que j'ai eu un bon aperçu. C'est un territoire intéressant, à tous points de vue et mon passage m'a donné envie d'y revenir en hiver, les lumières doivent y être magiques. 

 

Je fais un petit tour dans le centre ville de Grenoble, où je me fais alpaguer par un randonneur un peu particulier, se définissant lui même comme étant un marcheur des villes. Torse nu et kilt écossais, sac à dos minuscule, petit tapis matelas. Il m'offre un pain au chocolat tout écrasé qu'il comptait donner aux oiseaux car lui est végan. Encore une rencontre bien insolite. Un kebab plus loin, je traverse l'Isère et monte par la Bastille, le col de Vence et le fort St Eynard où des militaires jouent, ou s'entraînent à la guerre. Après passage à Le Sappey en Chartreuse, je gravis la Pointe de Chamechaude, point culminant du massif et qui présente la caractéristique de n'être aligné ni avec les sommets Ouest, ni avec ceux de l'Est. La pointe se dresse entre les deux et offre donc une belle vue globale du territoire. 

 

Je devais ensuite retrouver mes parents au col du Coq mais la route est fermée et je descends donc à St Hugues en Chartreuse. Le programme des jours suivants reste celui qui était prévu : Dent de Crôôôôlles par le trou du Glaz, col de Bellefont , l'alpette des Dames, chalet de l'Alpe, col de l'Alpette, montée au Granier par le Pas des Barres, descente à la Plagne par la baulme, montée à la pointe de Gorgeat et descente sur les environs de Challes les Eaux vers Chambéry pour en terminer avec la Chartreuse. Mes parents m'ont accompagnée deux jours et demi et nous nous recroiserons quelques jours plus tard.

 

C'en est donc terminé de la Chartreuse qui est tout de même un territoire minuscule. J'en ai gravi les principaux sommets, n'y ai eu que du beau temps. Petits villages, vaches tarines, moutons qui se font bouffer par les loups dans les alpages et qu'il faut "démontagner" quelques jours seulement après les avoir montés, bergers dépités et inquiets. Des sentiers qui demandent beaucoup d'attention, escarpés, abrupts, parfois engagés ou exposés. Des lapiazs, des gouffres, des grottes. Ici les bergeries s'appellent des "habert", et les fontaines en cascades dans les alpages des "bachassons", comme dans le Vercors. Un refuge non gardé est un "couchage", parole de berger. Les fromages y sont bons…

 

Après les petits villages de montagne et leur coopérative, Challes les Eaux avec son centre thermal, son casino et son château créent la surprise. Je ne m'attarde pas, l'orage menace, je monte à Curienne où je suis accueillie dans la famille de Stanislas. Ils m'emmènent voir le lac naturel de la Thuile avant d'ingurgiter un succulent repas. Stan et sa fille aînée de 12 ans partiront dans quelques pour une virée à vélo, en bivouac. Me voici donc dans les Bauges.

 

Dès le lendemain je passe à la croix géante du Nivolet, qui domine le lac du Bourget. La Feclaz, le Revard, résidences secondaires, tourisme de masse, samedi soir, je passe sans m'attarder et plante ma tente à proximité du sommet. Cependant, je n'aurai pas le loisir de goûter au coucher du soleil car mon matelas est crevé et les tentatives successives de réparation seront vaines, il est mort et je suis condamnée à m'allonger sur du dur. J'en fait expédier un en poste restante au Chatelard, dans trois jours à pied.

 

Un petit tour sur le plateau du Revard et les tourbières de Creusate, un pique nique offert à Chavonnes et je grimpe sur la montagne de Margériaz. Gros orages annoncés, je m'installe sous l'arrivée du télésiège quand j'apprends que mes parents sont dans la vallée aux Aillons. Je remballe et descends. Ici dans les Bauges, on ne parle plus de trous, de scialets mais de tannes pour définir les gros lapiaz ou gouffres dans le calcaire. Je rencontre mon premier patou gardien d'un troupeau de chèvres, qui a bien fait son travail… et m'a par conséquent bien intimidée. 

 

De Aillon le Jeune je me rends au Chatelard en passant par le mont Colombier. Chèvres au sommet. Mon matelas n'arrive pas, je dois attendre... Ce repos est cependant le bienvenu car voici 10 jours qu'une douleur dorsale tenace gâche une partie du plaisir. Je peux ainsi me soigner pendant que mon matelas envoyé de Villers le Lac en poste restante est en train d'arriver dans les Bauges via Bar le Duc et Clermont Ferrand... 

 

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À bientôt !

 

 

Du Diois au Vercors, encore.

 

Que s'est-il passé depuis Sainte Croix dans le Diois ? Je suis descendue à Die sous un crachin malsain en longeant plus ou moins la Drôme et me suis enfilée direct dans un magasin de sport pour y acheter une nouvelle paire de souliers car les miens, pourtant quasi neufs, prennent décidément trop l'eau. Quatre pas dans la rosée et j'ai les pieds trempés jusqu'au soir, gros inconfort et risque de plaie aggravé. Je ressors avec des Meindl aux pieds. Visite express de Die sous les nuages. Le crachin a cessé, c'est déjà ça. Macadam jusqu'à l'abbaye de Valcroissant puis chemin jusqu'à Laval d'Aix où je suis attendue par Andjali et Camille. Bergers sur la montagne de Glandasse, ils sont en plein préparatifs, les brebis arriveront le 21 du sud de la France par camions. La dépose en hélico de tout le nécessaire pour les deux mois s'est mal passée, une sangle a cassé et les 700 kg de nourriture et autres se sont écrasés par terre. Trouver l'impact, nettoyer au maximum, et tout refaire. À l'alpage de Chatillons et Laval d'Aix, ils accueillent 1700 moutons venant de 2 éleveurs différents. Ces derniers fournissent également 12 chiens de protection (patous), et le berger monte avec son chien de travail, un border. Camille et Andjali sont aussi de grands voyageurs à vélo qui ont traversé l'Asie… La discussion va bon train autour du succulent repas.

 

Le lendemain je quitte la maraude aux cerises, les champs de lavande et les vignes pour retourner en altitude. Je quitte le Diois et retrouve le Vercors. La montée est rapide jusqu'à la montagne de Glandasse à plus de 1800 m. Je me pose une première nuit à la cabane de Chatillons. Et attends le soleil… Je viens d'entrer dans la réserve.

 

La réserve naturelle des Hauts Plateaux du Vercors, la plus grande de France métropolitaine, fait 17 000 hectares. Espace préservé, désert, secret et sauvage. C'est un territoire inhabité mais toujours exploité par l'homme. Des alpages, des moutons, des bergers, 11 bergeries pour 16 000 moutons sur la réserve. Dureté du climat, absence d'eau, difficulté d'accès. Cependant on y trouve des sites archéologiques témoignant de la présence de chasseurs nomades, on y voit des carrières romaines qui fournissaient la ville de Die. Fours à poix, extraction de minerais, charbonniers, exploitation forestière…

 

Le matin du jour suivant, le brouillard a disparu mais le soleil est bien timide. Au moins ai-je la visibilité. Une petite boucle sur l'alpage avant de partir m'offre de superbes vues sur le cirque d'Archiane que j'ai juste sous les yeux. Je passe par quelques sommets desquels je vois Die, la Drôme, et tout le Diois avant de descendre et remonter vers la cabane de Chaumailloux et sa vue sur le Mont Aiguille. Cette cabane occupe un petit coin de paradis ; un vert pâturage, la bergerie un peu plus bas, un minuscule plan d'eau, assez rare pour être noté, un monument et des tombes de résistants, l'entrée étroite d'une grotte qui donne ensuite accès, paraît-il, à une rivière souterraine, la vue sur le Grand Veymont et le Mont Aiguille juste en face. Des marmottes jouent autour du refuge et aujourd'hui j'ai vu des bouquetins, des chamois, un chevreuil… Et j'aimerais un peu plus de soleil à la place des averses.

 

J'ai ensuite fait une boucle à la journée, profitant d'éclaircies entre les nuages épais qui parfois crèvent et m'arrosent. Tête Chevaliere, belle vue sur le Mont Aiguille, rayon de soleil et bouquetin. Puis après avoir rejoint la Croix de Lautaret, je suis descendue dans le Jardin du Roi. Je n'y ai vu ni Brigitte ni Manu, la bergerie était peut-être trop spartiate, à moins que ce soit la vaisselle qui ne convienne pas. Beaucoup de hors sentier pour cette journée en boucle avec un sac léger. Je dors dans la même cabane mais si la veille j'y étais seule, nous sommes maintenant 12. 

 

Le lendemain, la météo est annoncée pluvieuse dès la mi-journée, je pars tôt pour me rendre à la cabane des Aiguillettes par les rochers du Parquet, y laisser mon sac et gravir le Grand Veymont, point culminant du massif, en aller retour et sans sac. Mais la pluie s'est invitée beaucoup trop tôt et j'arrive bien mouillée aux Aiguillettes où je passerai la journée. C'est une cabane minuscule et bien sommaire mais je suis à l'abri des intempéries. Dans la soirée la pluie cesse et je monte au Grand Veymont après souper. Le sommet restera cependant dans les nuages à partir de 2200 m. 

 

Le dimanche est annoncé beau mais c'est encore du crachin au réveil. J'attends. Le soleil se pointe vers 10 h 30. Je pars à 11 h en direction de la plaine de la Queyrie et ses anciennes carrières romaines. Un peu plus tard je pose mon sac à la cabane de Pré Perret et fais l'aller retour à vide jusqu'aux rochers de Plautrel. Les nuages menaçants sont déjà de retour… je reste à la cabane jusqu'à ce qu'une équipe de vrais beaufs débarque. Il y a déjà beaucoup de monde. À 20 heures je recharge tout et m'en vais camper. Et là je vois le Grand Veymont complètement dégagé, je suis verte, il est trop tard pour y monter ce soir, je suis trop loin, je mets le réveil à 5 h 30. 

 

Driiiing ! Coup d'oeil dehors, cool, c'est dégagé, je remballe ma tente trempée, ne déjeune pas et file au sommet, pour arriver... 15 minutes après les nuages. Après deux heures d'attente dans le froid et le vent, d'une éclaircie qui ne viendra jamais, je continue mon chemin… J'ai mal joué hier et du coup, ai laissé passer le seul créneau météo qui m'aurait permis la vue. Il faudra revenir ! Par le GR, je rejoins la cabane de Carrette puis Corrençon en Vercors où je suis cueillie par Annick et emmenée jusqu'à Villard de Lans chez elle et ses fils Thibaut et Yoël. Je profite d'un voyage chez Expé pour acheter un nouveau réchaud, en ayant marre de me battre une heure tous les 2 jours avec le mien, les démontages et nettoyages s'avérant inefficaces. À Villard de Lans, où la station de ski est maintenant propriété de Tony Parker le basketteur, j'attends le soleil bien au chaud et au sec, bien décidée à ne pas quitter ce massif sans avoir vu sa muraille Est dans de bonnes conditions.

 

Avec Annick nous faisons une belle boucle par le Col Vert, balcon Est et Pierre Virari avant de redescendre et aujourd'hui je suis allée en boucle également visiter les scialets, les gouffres, les grottes dans le secteur d Herbouilly.

 

Comme vous l'aurez compris, la météo bien capricieuse et aléatoire a totalement conditionné mon avancée et mes détours sur le Vercors. J'ai tourné, traîné, visité beaucoup d'endroits dans le seul but d'attendre des jours meilleurs et des vues bien dégagées. Et je suis têtue, comme tout le monde le sait. Ceci dit, je n'ai vraiment aucun regret car cela m'a permis une belle immersion dans ce massif qui donne envie de revenir. Mon sac était prêt pour partir ce matin et continuer par les crêtes mais ce fut un faux départ, ce sera pour demain…

 

Je vais repartir un peu vers le sud, une journée, avant de filer vers le Nord. Annick m'accompagnera un bout demain matin et des amis viendront me rejoindre pour le bivouac de samedi soir. 

 

Les prochaines nouvelles viendront peut-être des Bauges...