De l'Isère à la Drôme...

 

Une fois passée l'Isère au niveau du Carrefour de St Égrèves, je longe la rivière quelques kilomètres jusqu'à Sassenage où j'oblique vers le château. Les cuves de Sassenage (grottes) sont fermées et la visite est donc vite faite. Je remonte le Furon où des adeptes du canyoning assurent le spectacle. Foule. Un peu plus haut un mémorial me colle dans le crâne le "Maquis, maquisard" de No One is Innocent. Je plante mon bivouac à proximité du barrage d'Engins. Le lendemain je monte sur le plateau par la Molière, Plénouze, le plateau Sornin, karstique plein de lapiaz de ouf et où se trouve d'ailleurs le gouffre Berger, bien connu des spéléologues. Puis je suis toute la falaise nord du massif qui me met les jambes en compote. Les vues du haut des murailles impressionnantes sur la Chartreuse et plus encore, sur le Bugey, ou Grenoble, sont superbes. Les nuages accrochent encore et toujours la chaîne de Belledonne. La Sure, la Buffe, le Bec de l'Orient, … on m'a vue dans le Vercors mais je n'ai pas sauté à l'élastique. Je tourne autour d'Autrans sans jamais y passer. C'est dimanche, je passe inaperçue entre les pintades qui gloussent, les mecs qui braillent, les gosses qui chialent et les chiens qui aboient. Mais pourquoi y a t-il des routes qui montent jusqu'en haut des montagnes ? Pour le soir j'ai avisé une cabane, fait mon plein d'eau à une source 1,5 km avant mais la cabane de Nave est occupée par une famille avec 4 gosses qui font griller des shamallows sur le feu de bois. J'aurais pu rester mais la nuit s'annonçant calme et sèche, j'ai pris mes jambes à mon cou et suis allée installer ma toile un peu plus loin au plus profond de la forêt. Sauvage ! Puis je suis passée par le canyon des Écouges et j'ai compris pourquoi un tunnel, même étroit et non éclairé, a remplacé l'ancienne route littéralement accrochée à la paroi, pendue au dessus du vide. La montée du col du Neurre m'a pris un peu plus de temps bien que ce soit une des montées les plus raides que j'aie jamais faite sur piste forestière : un mur de 400 m de dénivelé. De là, hop, pas du Follet qui domine Malleval et me voici de nouveau sur le plateau. La météo annoncée orageuse a l'air de se maintenir, je poursuis. Un petit détour par La Lunette et me voici au Faz. Et je suis vraiment sur le côté forestier du massif, les prairies sont rares, les hauts plateaux de l'autre côté du massif. il me faut arriver au Morel pour que le paysage s'ouvre un peu. Des cultures céréalières et du fromage de brebis. Je campe dans un gros buisson avant Serre Cocu que je gravirai le lendemain. D'ailleurs au Serre Cocu, il y a un gîte d'étape, occasionnel est-il marqué, avec une vue de dingue, il se nomme l'Amer… à Serre Cocu ! 

 

Descente sur Pont en Royans, son pont, ses maisons suspendues au dessus de la Bourne, ses ruelles en escaliers. Joli village. L'unique épicier pratique dans sa minuscule échoppe des prix que tje qualifierais de déraisonnables. Mais je n'ai pas le choix, même si c'est indécent. Passée la Bourne et ses pittoresques gorges, je remonte sur le plateau par le Pas des Voûtes. Rien de difficile mais l'attention est nécessaire, parcours sur des vires, sous des voûtes, c'est magnifique. Je ne vois personne, il fait beau sur la Petite Cornouze. Le soleil éclaire le lac et les falaises de Chorange. Après un passage aux baraques en Vercors devant le mémorial des Grands Goulets et une longue discussion avec un type d'ici, je vais planter ma tente à proximité du belvédère des rochers d'Echevis. Le lendemain je grimpe jusqu'à Révoulat avant de rejoindre La Chapelle en Vercors. La météo annoncée n'incite qu'à une chose : me trouver un abri pour les 2 jours qui viennent. Ce sera chose faite grâce au réseau Warm Shower. Je me retrouve logée en écolodge chez Bernard et Annette, Noé, Charlène et les enfants. Marionnettistes, accueil de chantiers de jeunes internationaux, éveil à la nature, gîte en habitat naturel (yourte, tipi, écolodge), radio, voyages en tandem debout/ couché fait maison, vie dans un bus aménagé pour certains, chapiteau pour les spectacles, bric et broc… des gens formidables qui me laisseront leur maison entre Vassieux et la falaise qui tombe de 1400 m vers le Diois alors qu'ils partent pour 4 jours faire du kite surf à Gruissant avec la carabane. La carabane ? Un arrière de C15 ou dans le genre, coupé, bricolé, personnalisé, monté sur un châssis remorque qui sert à la fois de remorque pendant le voyage et de cabane pour les enfants le reste du temps. Une heure avant de partir le poste à souder chauffait encore et la carabane était les deux fers en l'air… Un bonheur que d'être avec ces gens, pas de chichis, top. 

 

Ce sud du Vercors, La Chapelle, Vassieux, me fait dire pour la première fois que c'est un endroit où je vivrais volontiers. Marché très sympa, il y a un truc, des barbus, des chevelus, des sourires. Je reste 3 nuits. Un jour de repos pour cause de pluie incessante et un autre pour une rando en boucle sans mon gros sac par temps humide. Mais c'est beau quand même avec les brumes qui vont et viennent, comme dans le Jura. J'ai tout de même eu la vue sur le Diois depuis le But de l'Aiglette.

 

Le Vercors est une île, un rocher de 60 km de long, et 30 de large, posé sur le reste du monde. Une île que se partagent les départements de l'Isère au nord et de la Drôme au sud. Juché sur de hautes murailles qui le délimitent entièrement, on y trouve des villages, petits, des forêts, grandes, des stèles, trop nombreuses, de maquisards tombés aux mains de l'ennemi, des "buts" et des "pas", des "scialets" et des "jasses", comprendre respectivement des sommets, des passages de sentiers dans la falaise, des trous, failles et gouffres dans le calcaire et des bergeries, mais aussi des gorges profondes, des routes accrochées dans le vide, des brumes, des vents... Mais à cette latitude les forêts sont feuillues, parfois mixtes. J'ai traversé des bois entiers de buis où le sentier étroit frayait son passage entre l'arbuste victime de la pyrale et les grappes jaunes et odorantes des cytises en fleurs. 

 

À part les plateaux, le froid, la faible densité humaine et la pratique du ski de fond comme sport national, je vois dans le Vercors d'autres similitudes avec le Jura : le karst encore, le peu d'eau sur les hauteurs et surtout, surtout l'utilisation du fer à repasser uniquement pour farter les skis.

 

De Vassieux, je suis montée à Fond D'Urle par le col de La Chau. Au passage j'ai vu les carcasses de planeurs avec lesquels les 600 Allemands ont été débarqués sur le plateau, rayant de la carte derrière leur passage les 2 villages de La Chapelle et Vassieux. Nécropole, musée, mémorial… Fond d'Urle et Ambel sont 2 grands plateaux de pâturages estivaux qui se terminent au sud par des hautes falaises qui plongent sur le Diois. L'extrémité de l'île… C'est très beau. Les moutons ne sont toujours pas montés et il est vrai que l'herbe est encore bien rase. Pas beaucoup d'humains non plus malgré le fait qu'on soit samedi, ils ont tous foutu le camp en ce premier week end où il est possible de nouveau d'aller à plus de 100 km de chez soi. Par contre le refuge visé ( propriété du département) est fermé et le garde à cheval, après une brève discussion m'indique une bergerie ouverte. C'est que la pluie est toujours annoncée pour la nuit et la journée du lendemain. Il y a un autre refuge à 20 mn, mais il est au bord de la route au niveau du parking et nous sommes samedi soir… et il s'avérera lui aussi fermé. Je trouve une botte de foin pour mettre sous ma bâche et ma tente.

 

Le lendemain est d'abord pluvieux, venteux, puis brumeux. Col de la Bataille, l'Echaillon, je plonge sur Leoncel et son abbaye puis me dirige vers les gorges d'Omblèze, la cascade de la Pissoire puis un peu plus loin la chute de la Druise. Je suis dans le Diois. Des noyers, des chênes et autres feuillus, des odeurs différentes, des tuiles "canal", des maisons en pierres, des minuscules hameaux perdus dans la campagne, à moitié morts. Les sentes ne sont pas balisées, et je joue parfois à pile ou face sur le fait que j'en trouverai une pour aller d'ici à là, pariant sur le fait que ces passages qui reliaient une vallée à l'autre par la montagne doivent peut-être encore être visibles sur le terrain. Et ça marche, j'ai les fleurs jaunes des genêts qui me chatouillent les aisselles mais ça passe. Et je descends toujours quand au détour d'un virage me sautent soudain dans les pupilles à la fois la Drôme aux eaux turquoises et les vignes qui font la clairette. De Die. 

 

Je suis à Sainte Croix, minuscule village tout en pierre, avec une magnifique ancienne abbaye. Un stage de constructions écologiques s'y déroule et je trouve à me loger chez Simone. Elle me met à dispo pour une nuit un appartement qu'habituellement elle loue. J'en profite pour faire une lessive avant l'arrivée de la pluie, recharger mes batteries, prendre une vraie douche. Merci Simone pour ton hospitalité.

 

Je suis à 7 km de Die. Et je remonte ensuite sur les hauts plateaux du Vercors...

 

Retrouvez des photos du Vercors (première partie) et du Diois dans la galerie et pardonnez moi le fait qu'elles soient dans le désordre, je ne parviens pas à régler le soucis.