Du Diois au Vercors, encore.

 

Que s'est-il passé depuis Sainte Croix dans le Diois ? Je suis descendue à Die sous un crachin malsain en longeant plus ou moins la Drôme et me suis enfilée direct dans un magasin de sport pour y acheter une nouvelle paire de souliers car les miens, pourtant quasi neufs, prennent décidément trop l'eau. Quatre pas dans la rosée et j'ai les pieds trempés jusqu'au soir, gros inconfort et risque de plaie aggravé. Je ressors avec des Meindl aux pieds. Visite express de Die sous les nuages. Le crachin a cessé, c'est déjà ça. Macadam jusqu'à l'abbaye de Valcroissant puis chemin jusqu'à Laval d'Aix où je suis attendue par Andjali et Camille. Bergers sur la montagne de Glandasse, ils sont en plein préparatifs, les brebis arriveront le 21 du sud de la France par camions. La dépose en hélico de tout le nécessaire pour les deux mois s'est mal passée, une sangle a cassé et les 700 kg de nourriture et autres se sont écrasés par terre. Trouver l'impact, nettoyer au maximum, et tout refaire. À l'alpage de Chatillons et Laval d'Aix, ils accueillent 1700 moutons venant de 2 éleveurs différents. Ces derniers fournissent également 12 chiens de protection (patous), et le berger monte avec son chien de travail, un border. Camille et Andjali sont aussi de grands voyageurs à vélo qui ont traversé l'Asie… La discussion va bon train autour du succulent repas.

 

Le lendemain je quitte la maraude aux cerises, les champs de lavande et les vignes pour retourner en altitude. Je quitte le Diois et retrouve le Vercors. La montée est rapide jusqu'à la montagne de Glandasse à plus de 1800 m. Je me pose une première nuit à la cabane de Chatillons. Et attends le soleil… Je viens d'entrer dans la réserve.

 

La réserve naturelle des Hauts Plateaux du Vercors, la plus grande de France métropolitaine, fait 17 000 hectares. Espace préservé, désert, secret et sauvage. C'est un territoire inhabité mais toujours exploité par l'homme. Des alpages, des moutons, des bergers, 11 bergeries pour 16 000 moutons sur la réserve. Dureté du climat, absence d'eau, difficulté d'accès. Cependant on y trouve des sites archéologiques témoignant de la présence de chasseurs nomades, on y voit des carrières romaines qui fournissaient la ville de Die. Fours à poix, extraction de minerais, charbonniers, exploitation forestière…

 

Le matin du jour suivant, le brouillard a disparu mais le soleil est bien timide. Au moins ai-je la visibilité. Une petite boucle sur l'alpage avant de partir m'offre de superbes vues sur le cirque d'Archiane que j'ai juste sous les yeux. Je passe par quelques sommets desquels je vois Die, la Drôme, et tout le Diois avant de descendre et remonter vers la cabane de Chaumailloux et sa vue sur le Mont Aiguille. Cette cabane occupe un petit coin de paradis ; un vert pâturage, la bergerie un peu plus bas, un minuscule plan d'eau, assez rare pour être noté, un monument et des tombes de résistants, l'entrée étroite d'une grotte qui donne ensuite accès, paraît-il, à une rivière souterraine, la vue sur le Grand Veymont et le Mont Aiguille juste en face. Des marmottes jouent autour du refuge et aujourd'hui j'ai vu des bouquetins, des chamois, un chevreuil… Et j'aimerais un peu plus de soleil à la place des averses.

 

J'ai ensuite fait une boucle à la journée, profitant d'éclaircies entre les nuages épais qui parfois crèvent et m'arrosent. Tête Chevaliere, belle vue sur le Mont Aiguille, rayon de soleil et bouquetin. Puis après avoir rejoint la Croix de Lautaret, je suis descendue dans le Jardin du Roi. Je n'y ai vu ni Brigitte ni Manu, la bergerie était peut-être trop spartiate, à moins que ce soit la vaisselle qui ne convienne pas. Beaucoup de hors sentier pour cette journée en boucle avec un sac léger. Je dors dans la même cabane mais si la veille j'y étais seule, nous sommes maintenant 12. 

 

Le lendemain, la météo est annoncée pluvieuse dès la mi-journée, je pars tôt pour me rendre à la cabane des Aiguillettes par les rochers du Parquet, y laisser mon sac et gravir le Grand Veymont, point culminant du massif, en aller retour et sans sac. Mais la pluie s'est invitée beaucoup trop tôt et j'arrive bien mouillée aux Aiguillettes où je passerai la journée. C'est une cabane minuscule et bien sommaire mais je suis à l'abri des intempéries. Dans la soirée la pluie cesse et je monte au Grand Veymont après souper. Le sommet restera cependant dans les nuages à partir de 2200 m. 

 

Le dimanche est annoncé beau mais c'est encore du crachin au réveil. J'attends. Le soleil se pointe vers 10 h 30. Je pars à 11 h en direction de la plaine de la Queyrie et ses anciennes carrières romaines. Un peu plus tard je pose mon sac à la cabane de Pré Perret et fais l'aller retour à vide jusqu'aux rochers de Plautrel. Les nuages menaçants sont déjà de retour… je reste à la cabane jusqu'à ce qu'une équipe de vrais beaufs débarque. Il y a déjà beaucoup de monde. À 20 heures je recharge tout et m'en vais camper. Et là je vois le Grand Veymont complètement dégagé, je suis verte, il est trop tard pour y monter ce soir, je suis trop loin, je mets le réveil à 5 h 30. 

 

Driiiing ! Coup d'oeil dehors, cool, c'est dégagé, je remballe ma tente trempée, ne déjeune pas et file au sommet, pour arriver... 15 minutes après les nuages. Après deux heures d'attente dans le froid et le vent, d'une éclaircie qui ne viendra jamais, je continue mon chemin… J'ai mal joué hier et du coup, ai laissé passer le seul créneau météo qui m'aurait permis la vue. Il faudra revenir ! Par le GR, je rejoins la cabane de Carrette puis Corrençon en Vercors où je suis cueillie par Annick et emmenée jusqu'à Villard de Lans chez elle et ses fils Thibaut et Yoël. Je profite d'un voyage chez Expé pour acheter un nouveau réchaud, en ayant marre de me battre une heure tous les 2 jours avec le mien, les démontages et nettoyages s'avérant inefficaces. À Villard de Lans, où la station de ski est maintenant propriété de Tony Parker le basketteur, j'attends le soleil bien au chaud et au sec, bien décidée à ne pas quitter ce massif sans avoir vu sa muraille Est dans de bonnes conditions.

 

Avec Annick nous faisons une belle boucle par le Col Vert, balcon Est et Pierre Virari avant de redescendre et aujourd'hui je suis allée en boucle également visiter les scialets, les gouffres, les grottes dans le secteur d Herbouilly.

 

Comme vous l'aurez compris, la météo bien capricieuse et aléatoire a totalement conditionné mon avancée et mes détours sur le Vercors. J'ai tourné, traîné, visité beaucoup d'endroits dans le seul but d'attendre des jours meilleurs et des vues bien dégagées. Et je suis têtue, comme tout le monde le sait. Ceci dit, je n'ai vraiment aucun regret car cela m'a permis une belle immersion dans ce massif qui donne envie de revenir. Mon sac était prêt pour partir ce matin et continuer par les crêtes mais ce fut un faux départ, ce sera pour demain…

 

Je vais repartir un peu vers le sud, une journée, avant de filer vers le Nord. Annick m'accompagnera un bout demain matin et des amis viendront me rejoindre pour le bivouac de samedi soir. 

 

Les prochaines nouvelles viendront peut-être des Bauges...