Du Vercors aux Bauges en passant par la Chartreuse

 

Jusqu'au bout le Vercors aura gardé sa pudeur extrême, ne se dévoilant que bien difficilement et par tous petits bouts. En partant de chez Annick après y être restée tout de même 3 nuits, je croyais vraiment aller vers du temps dégagé, donc je n'ai pas fait la fainéante, je suis montée sur Soeur Agathe, oui, c'est le nom d'une montagne, tout près de la Moucherolle mais une fois de plus après m'être bien gelée à attendre l'éclaircie, j'ai capitulé, dépitée, alors qu'une heure avant c'était dans le bleu. J'ai alors contourné la Grande Moucherolle pour arriver au col du même nom et pour le même résultat. Demi tour. Et pour finir je m'installe ce jour là dans une cabane ouverte d'arrivée de télésiège à 2050 m sur la crête. Malgré le vent violent, je reste dans les nuages et ma visibilité est réduite à une trentaine de mètres. C'est pas beaucoup. Misère !

 

Et soudain, vers 21 h, tout se dégage en 10 minutes. J'enfile doudoune et coupe vent, et file gravir la Petite Moucherolle toute proche alors que le soleil se couche. Toutes les falaises sont à l'ombre mais j'ai vu, enfin, la grande muraille du Vercors. J'espère le soleil levant pour éclairer les falaises le lendemain matin.

 

Au réveil, gelée blanche, fort vent, je pars avec les surgants mais très motivée. D'une part le temps est dégagé, j'ai ce pour quoi j'ai tant tourné dans le massif, enfin, et d'autre part je dois retrouver des amis venus pour le week-end. Le Pas de la Balme avec son passage sous la grande voûte est facile et très esthétique tandis que déjà les brumes montent à l'assaut des sommets. Le Pas de l'Oeille est bien engagé et je suis bien contente de le passer à la montée. En haut, une bonne vingtaine de bouquetins posent pour les photos, avec des cornes É-NORMES. Je ne traîne pas et retrouve mes amis à la cabane de Roybon. Ensemble, nous allons jusqu'à Fontaine Froide où Simon se charge même de ma poche à eau de 4 l. Nous montons au Pic Saint Michel qui s'est enfin découvert et campons un peu plus loin, pas très loin de la plateforme au dessus du vide. Grégory fait ses tests de matos et les discussions vont bon train. Après un bivouac très humide à 1800 m, nous atteignons le lendemain le faîte du Moucherotte, dernier sommet pour moi dans ce massif qui m'a occupée trois semaines. Nous nous séparons, je descends vers Grenoble, avec un bout en stop pour économiser mes pieds et mes genoux dans ce plongeon inintéressant vers l'Isère et les températures élevées.

 

Trois semaines dans le Vercors… Je l'ai pas mal usé mais plus je voyais de choses, plus je voyais de choses à faire et à voir, comme souvent. Cependant je crois que j'ai eu un bon aperçu. C'est un territoire intéressant, à tous points de vue et mon passage m'a donné envie d'y revenir en hiver, les lumières doivent y être magiques. 

 

Je fais un petit tour dans le centre ville de Grenoble, où je me fais alpaguer par un randonneur un peu particulier, se définissant lui même comme étant un marcheur des villes. Torse nu et kilt écossais, sac à dos minuscule, petit tapis matelas. Il m'offre un pain au chocolat tout écrasé qu'il comptait donner aux oiseaux car lui est végan. Encore une rencontre bien insolite. Un kebab plus loin, je traverse l'Isère et monte par la Bastille, le col de Vence et le fort St Eynard où des militaires jouent, ou s'entraînent à la guerre. Après passage à Le Sappey en Chartreuse, je gravis la Pointe de Chamechaude, point culminant du massif et qui présente la caractéristique de n'être aligné ni avec les sommets Ouest, ni avec ceux de l'Est. La pointe se dresse entre les deux et offre donc une belle vue globale du territoire. 

 

Je devais ensuite retrouver mes parents au col du Coq mais la route est fermée et je descends donc à St Hugues en Chartreuse. Le programme des jours suivants reste celui qui était prévu : Dent de Crôôôôlles par le trou du Glaz, col de Bellefont , l'alpette des Dames, chalet de l'Alpe, col de l'Alpette, montée au Granier par le Pas des Barres, descente à la Plagne par la baulme, montée à la pointe de Gorgeat et descente sur les environs de Challes les Eaux vers Chambéry pour en terminer avec la Chartreuse. Mes parents m'ont accompagnée deux jours et demi et nous nous recroiserons quelques jours plus tard.

 

C'en est donc terminé de la Chartreuse qui est tout de même un territoire minuscule. J'en ai gravi les principaux sommets, n'y ai eu que du beau temps. Petits villages, vaches tarines, moutons qui se font bouffer par les loups dans les alpages et qu'il faut "démontagner" quelques jours seulement après les avoir montés, bergers dépités et inquiets. Des sentiers qui demandent beaucoup d'attention, escarpés, abrupts, parfois engagés ou exposés. Des lapiazs, des gouffres, des grottes. Ici les bergeries s'appellent des "habert", et les fontaines en cascades dans les alpages des "bachassons", comme dans le Vercors. Un refuge non gardé est un "couchage", parole de berger. Les fromages y sont bons…

 

Après les petits villages de montagne et leur coopérative, Challes les Eaux avec son centre thermal, son casino et son château créent la surprise. Je ne m'attarde pas, l'orage menace, je monte à Curienne où je suis accueillie dans la famille de Stanislas. Ils m'emmènent voir le lac naturel de la Thuile avant d'ingurgiter un succulent repas. Stan et sa fille aînée de 12 ans partiront dans quelques pour une virée à vélo, en bivouac. Me voici donc dans les Bauges.

 

Dès le lendemain je passe à la croix géante du Nivolet, qui domine le lac du Bourget. La Feclaz, le Revard, résidences secondaires, tourisme de masse, samedi soir, je passe sans m'attarder et plante ma tente à proximité du sommet. Cependant, je n'aurai pas le loisir de goûter au coucher du soleil car mon matelas est crevé et les tentatives successives de réparation seront vaines, il est mort et je suis condamnée à m'allonger sur du dur. J'en fait expédier un en poste restante au Chatelard, dans trois jours à pied.

 

Un petit tour sur le plateau du Revard et les tourbières de Creusate, un pique nique offert à Chavonnes et je grimpe sur la montagne de Margériaz. Gros orages annoncés, je m'installe sous l'arrivée du télésiège quand j'apprends que mes parents sont dans la vallée aux Aillons. Je remballe et descends. Ici dans les Bauges, on ne parle plus de trous, de scialets mais de tannes pour définir les gros lapiaz ou gouffres dans le calcaire. Je rencontre mon premier patou gardien d'un troupeau de chèvres, qui a bien fait son travail… et m'a par conséquent bien intimidée. 

 

De Aillon le Jeune je me rends au Chatelard en passant par le mont Colombier. Chèvres au sommet. Mon matelas n'arrive pas, je dois attendre... Ce repos est cependant le bienvenu car voici 10 jours qu'une douleur dorsale tenace gâche une partie du plaisir. Je peux ainsi me soigner pendant que mon matelas envoyé de Villers le Lac en poste restante est en train d'arriver dans les Bauges via Bar le Duc et Clermont Ferrand... 

 

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À bientôt !