Aravis, Bauges, Beaufortain

 

Maintenant que je suis sortie de la Yaute, je peux le dire sans craindre de me faire casser la gueule au détour d'un sentier : je trouve que les Hauts Savoyards manquent d'imagination. Oui parce qu'en trois jours j'ai passé 4 cols de la Forclaz. Quelle originalité ! Bon, de chez Claire et Batiste au Grand Bornand je suis partie par le col des Annes, Méry, puis suis montée sous la Pointe d'Areu que j'avais déjà gravie en d'autres temps. Et j'ai basculé vers Doran par le passage de…. dans le mille… la Forclaz ! Puis le col Doran, Chombaz, les Fours, Croisse Baulet où paissent des moutons des Bouchoux dans le Jura, Bonjournal, et toutes les crêtes hérissées de pylônes de remontées mécaniques jusqu'à plonger sur la Giettaz au pied du col des Aravis et où je fais un petit ravitaillement. De là, montée vers le Charvin que je préfère contourner d'abord, passant par le lac, pour le gravir par le sentier le plus facile plutôt que par les câbles. Oui parce que c'est 14 juillet, donc la fête du slip, et qu'il est hors de question que j'aille m'entasser avec d'autres sur cette crête aérienne, à cause du Co Vide. Co, partager. Co Vide, partager le vide, et accessoirement les chutes de pierres. La procession du dimanche. Le cortège dominical. J'ai contourné disais-je, suis allée poser ma tente et mon sac vers le refuge de l'Aulp de Marlens et ai attendu quelques heures. Repos. À 16 h 45, après avoir sifflé une bière et engouffré une glace à 2 boules et 4 balles, j'ai enfilé les chaussures et suis allée au sommet en un aller-retour express efficace, seule dans la montagne, toute la cohue ayant regagné son chez soi dans son automobile. C'était bien même si au final, ça m'a fait une journée à 2300 m de positif. Quand même, et 26 km. 

 

Le lendemain je suis descendue dans la vallée à Marlens, et j'ai donc quitté les Aravis. J'ai tendu le pouce jusqu'au Carrouf d'Ugine et suis repartie illico presto dans le versant pentu après avoir remis 4 jours de nourriture dans mon sac. Retour dans les Bauges. Je serais bien passée par la Dent de Cons, rien que pour le nom, mais 5,5 km de crête effilée m'ont un peu refroidie. Et puis la Dent de Cons, comme un fait exprès, c'est la séparation entre la Savoie et la Yaute, et comme chacun le sait, faut pas mélanger les serviettes et les torchons. Déjà une Dent pour les séparer (celle qu'ils ont les uns contre les autres ?), c'est quelque chose mais en plus la Dent de Cons ! Bon, j'ai grimpé sur cette crête, mais plus loin, comptant mettre à mon actif la Belle Étoile mais le lendemain est sans visibilité, je navigue dans le brouillard, le sol est très glissant, je me contente de passer le col de l'Alpettaz (encore un !), de repasser donc dans la Yaute et de plonger sur Tamié, célèbre pour son abbaye que je n'ai aperçue qu'entre les houppiers fournis des grands hêtres. Ensuite, j'ai été invitée à me mettre à table dans une famille franco kurde dans un hameau regroupant une douzaine de maisons. Kebab, ayran, thé et café, on me propose même une douche, on me propose tout, même ce dont je n'ai pas besoin. Sillonner les sentiers de montagne de l'Hexagone pour se faire inviter par des Kurdes ! Au refuge de la Tournette, je m'étais vue offrir des fruits frais par une équipe d'Iraniens étudiants à Lausanne que j'avais photographiés à leur demande avec leur téléphone. Ah, que de bons souvenirs cela a fait réapparaître… Pendant ce temps, chaussures et chaussettes sèchent au soleil. Oui parce que ce matin, la végétation haute et touffue sur les bords du sentier très étroit m'a trempée jusqu'à la taille, et par moments jusque sous les bras. Si si. 

 

Bien, ils m'ont remerciée de n'avoir pas eu de scrupules à entrer chez eux ! Tu parles d'une joie ! Ce n'est pas le tout, après avoir immortalisé ces visages accueillants, il a fallu repartir, et monter en haut du télésiège de la Sambuy, par le versant sauvage et raide. Comme je suis repassée dans la Yaute, le passage délicat, que j'évite, s'appelle comme au Charvin, le pas de l'Ours. Toujours très inspirés ces sacrés Hauts Savoyards ! Je passe la nuit sous un abri couvert luxueux en espérant que le lendemain les nuages me lâcheront. Mais c'était croire au Père Noël, je suis dans le brouillard au sommet de la Sambuy et dans la purée de pois à Chaurionde. Du coup j'abandonne l'idée de l'Arcaloz et descends direct le vallon d'Orgeval jusqu'à École. Après renseignements pris sur l'état de la source de la grange du col de Potat, je monte bivouaquer à l'Epion sous la dent d'Arclusaz que je gravis le lendemain à la fraîche et avant la cohue du samedi. S'ensuit une descente en stop du Col du Frêne jusqu'à Albertville où je suis logée chez une amie avant de retrouver mes parents pour quelques jours dans le Beaufortain.

 

Le temps des cerises, on le sait, s'est enfui depuis longtemps et a été remplacé par celui des fraises et des framboises qui jalonnent les bords de sentiers et dont je me gave dès que possible.

 

Dans le Beaufortain, le relief, la montagne sont différents, les sentiers plus roulants, moins caillouteux, les vaches brunes maquillées. Les cols s'appellent des Cormets. Avec les deux fidèles septuagénaires (193 ans à nous trois), nous avons débuté par une demie journée vers le refuge d'Arolle et le lac de Brassa. Le Mont Blanc est dans les nuages mais il fait beau tout de même, des ruisseaux coulent, c'est beau. J'ai déjà marché dans ce massif mais plus au Nord et je suis fort contente d'y repasser, en ayant gardé un bon souvenir… de brouillard, d'orages et autres réjouissances du genre. J'ai une revanche à prendre.

 

Avec mes parents nous avons gravi le Mont Mirantin, sommes passés au col des Lacs et celui de la Bathie, celui de la Forclaz (oui encore !) et celui de la Louze vers les lacs de la Tempête. Le Grand Mont à 2686 m ne nous a pas résisté depuis le lac Saint Guérin (Saint Guérin est le protecteur des troupeaux) tandis qu'un orage s'abattait sur Albertville et sur le nord du massif, donnant lieu à des éclairages particuliers très contrastés. Le jour suivant nous écourtons la rando pour cause d'orage, prenons la grêle et faisons juste la crête dominant le lac de Roselend entre le passage de Miraillet et celui de la Charmette par les monts Acrays, discutons avec l'agricultrice venue s'occuper des 50 vaches dont la moitié sont en pension et ne leur appartiennent pas, pour la plupart des tarines. Comme dans les Bauges où les versants sont pentus, on peut voir ici des petits tracteurs, avec des petites pirouettes, des petits andaineurs bref, une agriculture à taille humaine. Un Beaufort est fabriqué avec le lait d'un troupeau unique, pas de mélange, beaucoup de salles de traite mobiles, agriculture de montagne, prairies fleuries, pas d'engrais, coopératives et groupements d'éleveurs pour l'estive. J'aime cette moyenne montagne facile, moins escarpée que les massifs précédents et donc plus reposante. Et qui regorge d'eau.

 

Mes parents repartent dans le Jura, me posent à Beaufort où Stéphanie d'Albertville me récupère. Nous montons jusqu'au Plan de la Lai et effectuons une très belle boucle par le Col Du Coin, le lac D'Amour, le col Tutu, le refuge de Presset le col du Grand Fond et rejoignons la route du Cormet de Roselend. Sur les cartes, le col Tutu se nomme le Passeur de la Mintaz, il est situé au pied de ce bout de rocher que Gargantua a envoyé valser d'un bon coup de pied depuis les Aravis, la Pierra Menta. D'ailleurs la Tournette constitue le fauteuil de ce même géant. Dans le Beaufortain, le mot de Passeur définit également un col, plus escarpé toutefois qu'un Cormet qui est toujours large et ouvert. Mon petit tour dans le Beaufortain, un extra qui n'était pas prévu, s'achève sur cette magnifique journée. La pluie donne prétexte à un jour complet de repos, qui en définitive s'annonce bien ensoleillé. Je reprendrai la route demain après avoir défini la suite de mon parcours...