C'est reparti...

 

Oyez oyez braves gens !

 

Cela fait 10 mois et demi que je suis chez moi. J'ai vu passer un été, un automne, un hiver et un printemps. Les bourgeons ont explosé il y a deux semaines, l'herbe est vert fluo. Nous avons cette chance, ici, d'avoir de l'eau et de la fraîcheur.

La dernière fois que j'avais passé une si longue période sans bouger de manière significative remonte à 2013. 9 ans...

Je vais repartir. Demain, mardi après-midi. Je le sais depuis 5 minutes, allez... quelques heures, peut-être quelques jours.

J'ai terminé de travailler vendredi, je n'ai plus aucun engagement avant début novembre, me voici donc avec 5 mois et demi de liberté.

Me préparer, trier, tout mettre en ordre, lessiver, ne rien oublier... Même si je suis rôdée en la matière, j'avance méticuleusement, avec application.

 

Je pars découvrir les Pyrénées, comme l'an dernier, et j'espère, en prenant soin de moi, pouvoir rentrer cette fois-ci autrement qu'en ambulance et pas avant la fin d'octobre. Je devrai aller tranquille, boire beaucoup, bref... prendre soin de mon organisme. Une espèce de test.

 

Comme l'année passée, j'ai d'abord l'intention de descendre jusque dans les Pyrénées orientales chez mes amis Thérèse et Thierry où je laisserai mon vélo vert. 1000 km. L'itinéraire sera évidemment différent, moins long, plus direct mais montagneux tout de même. Après le Jura sud, je rejoindrai le Rhône dont je couperai le grand virage de Lyon pour le rattraper un très bref instant, puis je filerai dans les monts d'Ardèche, les Cévennes, le Languedoc... J'ai pour objectif de visiter le Mont Gerbier de Jonc ainsi que le Mont Aigual, entre autres... De chez mes amis je rejoindrai le point de départ de ma marche (vers Ustou) par un quelconque moyen motorisé. Puis je marcherai... longtemps. J'ai envie de silloner le parc des Encantats, c'est là que la douleur m'avait obligé à prendre au plus court, puis à stopper. J'ai une revanche à prendre. J'aimerais traverser ce massif autrement qu'en utilisant mes bâtons de marche comme cannes anglaises, pour profiter pleinement de ce qui m'avait paru très beau malgré ma fracture du plateau tibial. Et puis je continuerai... si le cœur m'en dit.

 

Contrairement à l'an dernier, je ne transporterai pas toutes mes affaires de marche sur mon vélo, elles partiront demain également, soigneusement emballées, par Mondial Relay. Je devrais ainsi être légère.

 

Ces derniers jours ont été étouffés de chaleur, mais à partir de ce soir et pour les sept prochains jours, les températures annoncées oscillent entre 7 et 20 degrés. Et ça ira très bien comme ça. Un vent du nord semble se préparer à souffler, je suis preneuse !

 

Comme d'habitude, je tâcherai de mettre mon site à jour régulièrement. Je croise les doigts pour une météo complaisante, de la pluie seulement entre 23 et 4 heures, et des journées pas trop chaudes.

 

A tout bientôt sur les petites routes, les chemins, les sentiers...

 

 

Premier objectif atteint !

 

Salut salut, 

Devinette : j'en ai montées et j'en ai descendues, des froides et des chaudes. Mais des chaudes je n'ai fait à personne, c'est pas le genre, sauf à mon vélo peut-être. Si je les monte, elles mènent la plupart du temps à des endroits qui justement les entourent et les rendent chaudes. La réponse est une expression française aujourd'hui quasi abandonnée qui signifie " flatter", un peu roucouler comme ça. Les 10 premiers qui donnent la bonne réponse peuvent manger un figolu.

 

 

Bon, je suis partie à la minute où les routes ont été sèches suite à la dernière averse du mardi 24 mai. Par le Massacre. Mais qu'on se rassure, quelques heures plus tard, j'admirais le coucher de soleil depuis les roches d'Orvaz, en me demandant si ce bivouac serait le plus beau de l'été et par conséquent, si ça valait la peine d'aller plus loin. Le lendemain, le vent venant du Nord, il m'était plus simple de poursuivre vers le Sud… Dès que je suis arrivée au pays des clochers pointus et des cultures en patchwork, et que je suis donc descendue du Jura, j'ai pu déclarer ouverte la saison de la maraude aux cerises, je précise toutefois que je ne me sers que sur ceux en bord de route, semblant n'appartenir à personne.

 

 

J'ai longé le Rhône 30 km une première fois puis ai shunté son grand virage de Lyon pour le récupèrer de Andacette à St Vallier. Mais le plat m'ennuie. J'ai alors commencé une longue série de gorges, cols, sommets, plongeons et dégringolades, jusqu'à l'arrivée. J'ai remonté la Cance, suis passée par Lalouvesc et par une route en corniche où l'odeur des genêts me tapissait les narines, j'ai rejoint Lamastre un jour de marché producteurs. Ensuite j'ai compris pourquoi au " Vivarais", on associe toujours les monts. Ah oui, c'est pas plat. Et puis de St Sauveur de Montagu, j'ai monté, monté encore, pour aller, sous l'œil incrédule des badauds en doudoune, me laver la tête par un vent tout aussi glacial que l'eau à la fontaine de Mézilhac. Je voulais être présentable pour aller voir le premier jet du grand fleuve, au pied du Mont Gerbier de Jonc. M'y rendre à vélo un dimanche de week end d'Ascension n'était une idée que moyennement lumineuse. Je ne sais pas s'ils étaient pressés de monter sur le tas de cailloux avec leurs gosses et leurs chiens mal élevés ou d'aller voir l'eau sortir du bout de tuyau, mais les automobilistes avaient le pied bien assez lourd et le volant pas trop maniable pour me laisser un peu d'espace. Une fois sur place, je ne me suis pas attardée très longtemps même si la vue depuis là haut est plutôt sympathique. La descente sur le Burzel par la route de 2,5 mètres de large a laissé la marque des poignées de freins sur mes mains ad vitam aeternam mais ça valait son pesant d'or.

 

Les Monts d'Ardèche, la vache ! Ou des Cévennes déjà ? Je ne sais plus. Col de la Croix Bauzon, col de Meynard, Borne. Ouh là, Borne ! Cherchez ce village de Lozère sur la carte car vous n'y passerez jamais tant il est paumé. Il faut en vouloir. Accessible par des routes où l'herbe pousse entre les passages de roue, il est pourtant habité à l'année et on y voit, entre autre, une tour médiévale pas mal conservée. Et des coteaux entiers jaunes de genêts odorants. J'en suis sortie par le col de Printazanier et ai rejoint Notre Dame des Neiges sous une chaleur accablante par un chemin en caillasse sur 8 km. Avant Villefort j'ai passé une journée entière sous ma tente pour cause de météo maussade, à lire. Pas envie de prendre le risque d'avoir à monter ma tente en catastrophe sous l'orage et dans le vent à 1400 m. Petite joueuse ! C'était mieux le lendemain d'aller côtoyer le pied du Mont Lozère par un temps parfait. J'ai fait mon Antoinette dans les Cévennes sur un bout de GR avec mon vélo entre le Mas de la Barque et l'Hôpital. Très beaux, les paysages m'ont enchantée. Dégringolade au Pont de Montvert, que le Tarn traverse. Moi j'ai traversé le Tarn et le bourg en même temps pour me diriger vers le charmant village de la Barre des Cévennes. Je me souviens d'un superbe bivouac sur le GR7-67, qui pourrait ressembler à celui des roches d'Orvaz. Juste les vaches ne sont pas des Montbéliardes et en face c'est le Causse Méjean. Et puis il y eut le géant du secteur, le Mont Aigual, 1569 m et point culminant de mon parcours. Du sommet j'ai cherché la mer sans la voir. Descente de la Dourbie. Les villages sont tout de même fichtrement jolis depuis que j'ai quitté le Rhône, depuis que je suis sur une diagonale du vide, une zone d'hyper ruralité qui n'en finit pas. PNR du Haut Jura, PNR des Monts d'Ardèche, PN des Cévennes, PNR des Grands Causses, PNR du Haut Languedoc. Des forêts domaniales à foison… Sur la montagne de L'Espinouze, je me suis faite dévorée par les suceurs de sang, pourtant à 1060 m d'altitude, sous les plantations d'épicéas et d'éoliennes, aussi moches les unes que les autres. Le vent marin qui apporte une humidité démentielle n'a pas bien des avantages. Je poisse, je colle, rien ne sèche, je marine dans mon jus. Beurk.

 

Puis il y eut encore la traversée du Lodévois, puis du Minervois, puis toutes les vignes des Corbières. Sur les petites routes blanches depuis des centaines de km, je tire des bords quand la pente est raide et je roule à gauche si c'est là que se trouve l'ombre. 

 

Et puis il y a eu cette dernière journée… de dingue. Partie de Féline Minervois, j'ai croisé l'autoroute à Capendu avant de passer la montagne d'Alaric, de remonter les gorges d'Orbieux, de passer sous le château d'Auriac, de sillonner les gorges de Galamus avant de passer à l'aqueduc d'Ansignan et de voir enfin au détour d'un virage la tour de Prats de Sournia. 132 km, 2020 de d+. Mais quel bonheur d'arriver dans ce bel endroit, d'où je vois à la fois la grande bleue et le Canigou, et surtout chez mes chers amis, dans cette maison que je connais bien.

 

 

Sur ce trajet vélocipédique, que des bivouacs sauvages, que des douches à poil dans la nature à la bouteille, lavages de cheveux et lessives aux fontaines, recharge de mes appareils au solaire. Oui, j'ai toutefois besoin d'épiceries…

 

Des désagréments ? Oui la moiteur du "marin", les moustiques, les fourmis, les tiques, et les nuits parfois en pointillés, réveillée par des gros mammifères dont j'investis le territoire. Sangliers, chevreuils, renards, cerfs… Et dans ces cas-là, je peux vous dire que je jubile. Oui, je jubile, de me sentir au milieu d'eux, dans la nature. De me sentir animale moi aussi. 

 

Pas beaucoup de rencontres mais des gens sympathiques voire prévenants, avec des accents qui changent au fil des kilomètres, pour devenir chantant. Et ça fait toujours du bien.

 

Un constat toujours : mais bordel que ce territoire est beau, que les villages ont de la gueule, que la pierre des murets et des maisons est belle ! Diversité du bâti, de l'occupation du territoire par l'homme pour ses activités agricoles, des clochers, des paysages, de l'élevage, des terrains… Mais partout le manque d'eau, les sources taries, les ruisseaux secs, les fontaines tristes, des cascades qui n'ont que le nom, la terre craquelée font souci aux habitants…

 

 

Je suis posée ici pour 2, 3 jours, le temps de donner un coup de chiffon à mon vélo avant de l'entreposer pour quelques mois j'espère, de laver ma garde robe, de me reposer un peu, de préparer ma marche et de vous donner ces nouvelles. 

 

Mon départ à pied est prévu de Ustou, en Ariège, pas très loin de Aulus les Bains. 

La vie est belle.

 

Ciao ciao. Et n'hésitez pas à vous abonner à la newsletter pour être au courant des mises à jour.

 

Départ en fanfare

 

Quelques jours de repos à Prats m'ont fait leplus grand bien, mais quand-même, je n'aurais pas du rester inactive. J'aurais dû aller marcher un peu, mes jambes me l'ont fait cher payer les premiers jours. Thierry, Thérèse et une amie à eux m'ont déposée au Port de Lers après un généreux pique-nique au bord de l'étang éponyme. Sur la route, nous avons croisé des buffles, oui, des buffles, il reste un seul éleveur, à Massat, donc juste en dessous. Dans les rafales ils m'ont lâchée au bord de la route et je suis partie par un sentier dans la montagne… Pas de sentier balisé ou alors mal, il me faut déjà naviguer dans les passages brumeux. Le lendemain, je me souviens avoir remonté tout le vallon d'Ars, célèbre pour son impressionnante cascade. Pour ne pas redescendre dans des fonds de vallée, j'ai parfois coupé au travers, en croisant les doigts pour que ça passe,... parfois un peu scabreux ! Des champs pentus de rhodos, ou des pentes herbeuses glissantes bien assez inclinées, quelques courts passages où mes mains furent utiles à nous hisser, mon sac et moi. J'étais motivée, partout autour on m'annonçait des "tuc", et je les aime les "tuc". J'ai déchanté vite fait en me rendant compte qu'hormis un seul point commun ( le goût salé mais ici celui de ma sueur), ils n'avaient rien à voir, ceux ci désignant des sommets. Et les cabanes ouvertes sont ici des turons, avec des bas flancs ou des couchettes. Les 2 premiers jours, j'ai croisé un seul randonneur, qui a dormi à la cabane du lac d'Hillette, comme moi. Le lendemain fut encore une journée difficile, avec un très fort sentiment d'isolement, pas un chat, pas de réseau, le sentier balisé GRT (transfrontalier) qui disparaît dans les orties, des passages de névés et des appréhensions à chaque virage quant à la praticabilité de la suite de l'itinéraire, notamment vers le col de Marterat, qui marque mon entrée en Espagne. Je quitte le PNR des Pyrénées ariègeoises. 

 

Ensuite ce fut du gâteau, un orage de grêle par ci, des sangliers par là, des chevreuils et des bouquetins en veux tu en voilà, un lièvre, des rapaces et quelques carcasses de bétail dont il ne reste que le squelette. Des zones très sauvages, pas fréquentées du tout et donc désertes. J'ai navigué pas mal, je me suis parfois trompée, ai dû rebrousser chemin, pas sur long heureusement, trompée par les contournements de névés. Bref… je ne peux pas parler d'un départ cool… direct dans le bain.

 

 

Après 3 jours de marche, j'atteins Dorve, premier hameau, personne, fantôme, puis la Guingueta d'Aneu, Jou et enfin Espot, premier ravito. Une seule épicerie dans ce patelin touristique. Les prix ne sont pas affichés et en me voyant débarquer avec mon gros sac sur le dos, la commerçante sait que j'ai besoin de sa marchandise. Elle a des dollars qui tournent dans les yeux et l'attitude qui va avec. Elle essaie d'être aimable et jubile et voyant les articles s'amonceler sur le comptoir. Ah oui, ça fait mal, la note est salée, quelle solution ais-je ? Il me faut à manger.

 

J'entame ici la traversée du Parc National des Encantats et cela devrait m'occuper quelques jours. Après 3 heures de montée, je me retrouve sur ma trace de l'an dernier. Je me souviens de la souffrance, je me souviens au mètre près du bivouac où je ne savais plus comment faire pour assumer le minimum, mon genou se dérobait dès que je mettais du poids dessus. J'avançais comme je pouvais avec ma genouillère et sous médocs à fond. Et là je passe comme une fleur, bienheureuse… Je tiens ma revanche… faire en sorte que ça dure. Je quitte rapidement mon itinéraire de 2021, et vais voir ailleurs. Les Encantats (dont la traduction est, me semble t-il, les enchanteurs) est un massif minéral avec beaucoup de chaos granitiques qu'il faut traverser, monter, descendre. On entend parfois les torrents mugir sous les gros blocs, il ne s'agit pas de laisser échapper quoi que ce soit, hormis quelques jurons. Les sentiers ne sont pas roulants, les kilomètres ne se font pas vite, mais il ne se passe pas souvent plus d'une heure sans avoir un nouveau lac. C'est très beau, l'eau dégringole partout et le beau temps est de la partie, ce qui ne gâche rien. Je croise un peu de monde… un peu. Je me lave à l'eau glacée des lacs et des torrents, y rince mes fringues qui sèchent en pas bien du temps, fait mes étirements tous les jours et prends soin de ma personne en allant mollo. Mon panneau solaire charge ma batterie en journée sur mon sac à dos. Tout fonctionne. En short et tee-shirt du matin au soir, je me bats parfois contre les mouches, les moucherons, les fourmis et les moustiques de merde ! J'ai recroisé un guide avec qui j'avais discuté l'an dernier… il se souvenait de moi !

 

Le mercredi 15 juin à 15 heures j'ai rejoint ma trace de 2021 juste avant le refuge où j'avais passé 3 nuits, en espérant en vain que la douleur s'atténuerait… Cette année j'y fais juste le plein de ma gourde à la fontaine, ne me fais pas connaître, et je poursuis, l'orage menace. D'avoir refait cette descente me questionne : mais comment avais je pu descendre ça avec une fracture du plateau tibial ? Un truc de dingue. Me voici donc pour de bon dans la continuité quasi un an après, presque jour pour jour…  

 

 

Je remonte ensuite le val de Rius, puis par un parcours succintement marqué de cairns, passe au lac Redon et grimpe au Tuc deth Port de Vielha. Une variante au GR11 qui m'emmène ensuite à Vielha.

 

J'étais contente d'atteindre la ville en ce vendredi matin, fraîche et pimpante, mon coeur en joie à l'idée de manger quelques fruits et légumes frais… Supermarchés fermés, commerces fermés… !!. Consternation, que pasa ? Jour férié dans le val d'Aran. Le 17 juin, il y a un seul petit endroit dans le monde où TOUT est fermé, c'est exactement là où je suis pour faire mon ravito pour 6 jours ! J'aurais eu 10 fois le temps de passer ici hier. Bref contrariée par le fait d'avoir été obligée de me ravitailler pour 6 jours de montagne dans les 4 mètres carrés d'un magasin de station service Repsol ( j'ai tout de même des sardines, des pâtes, du chocolat, du fromage et de la merde, le tout m'a coûté un bras encore) j'ai décidé de sauter dans le bus qui m'évite 9 km d'asphalte le long de la Garonne. Et à Es Bordes, pas remise de ma contrariété matinale, je marche en tendant le pouce pour les 9 km de bitume qui suivent, jusqu'à Artiga de Lin. Un Anglais, volant à droite, dans une voiture immatriculée en France, avec à son bord une Parisienne et un Sud Américain, m'a donc prise en stop en Espagne. Une voiture par heure sur cette route, je n'ai marché que 2,5 km. Ceci m'a permis de grimper ensuite jusqu'à 2330 m au Port dera Picada, où les nuages trop noirs, les jolis coins plats de verdure et les petits ruisseaux m'ont incitée à vite monter ma tente avant de faire encore un peu de lessive ( mon passe temps favori dès que j'ai une heure à tuer et qu'il fait beau). Cette partie en stop m'a fait gagner pas mal de distance et par le fait, j'ai un jour de trop de ravito… À l'heure où j'écris cette partie, il ne reste qu'un coin de ciel bleu, c'est au dessus de ma tête, mais ça monte ça noircit et ça gronde partout. Le petit coin de bleu se referme peu à peu…

 

Le jour suivant, je suis passée en France au niveau du Port de Vénasque, très couru en ce samedi matin. Une descente interminable par des lacets innombrables vers les Hospices de France et je chope le sentier de l'impératrice pour aller dans le cirque de Glère, le col Sacroux, le col Pinada et là, hop, je sors de mes prévisions pour ne pas redescendre et monte jusqu'au lac Celinda, superbe, puis le lac Charles, magnifique, et enfin le lac Bleu où je capitule et me pose. Le temps est calme, je me lave dans le lac je me couche tranquille. C'est l'arceau de ma tente, en venant s'écraser sur mon nez, qui m'a réveillée vers 22 h 30. Des bourrasques aussi violentes que soudaines, un coup dans un sens un coup dans l'autre. J'ai passé une partie de la nuit à tenir l'armature de la tente en croisant les doigts pour qu'il n'y ait pas de casse. Et au matin, dès qu'il a fait jour, j'ai replié comme j'ai pu et suis partie, pas la peine d'attendre un malheur.

 

 

Toute la journée a été ventée, à se faire parfois sérieusement bousculer. Mais la sente oubliée du cirque des Crabioules, parcourue avec un compagnon éphémère, fait oublier tout le reste par son attrait. Un truc dommage tout de même, c'est que j'ai l'impression de décrire un cercle depuis 2 jours, dont le point central n'est autre que l'hideuse station de Super Bagnères, super beurk, immanquable ! Plus loin, j'ai rejoint les traits rouge et blancs du GR 10, que je me vois contrainte de suivre jusqu'à Loudenvielle. En effet, mon itinéraire par le haut ne passe pas sans crampons et piolet car il reste trop de neige. Dommage ! J'abandonne aussi l'idée de monter la tente dans ce vent de folie et passe la nuit au refuge d'Espingo.

Je me dirige alors vers Saint Lary Soulan par le lac d'Oo et le couret d'Esquierry, Saint Lary où je pourrai, j'espère, manger quelques fruits frais…

 Et je suis désolée si la mise en page est dégueu sur un écran d'ordinateur, je fais tout avec mon smartphone, c'est assez fastidieux et je ne vois le rendu que sur mon petit écran... Merci de votre compréhension.

 

 

De Saint Lary Soulan à Lescun

 

Saint Lary Soulan, je fais mon petit ravito 5 jours au Carrefour Montagne juste avant d'apprendre qu'à 1,6 km, il y a un vrai supermarché avec donc probablement des fruits secs et à coques en vrac, des lentilles corail, voire du sarrazin, le tout sans que j'y laisse un bras. Je fais le pari de tenir jusqu'à Luz Saint Sauveur avec ce que j'ai d'essence pour mon réchaud. 

 

Dans la montée après Soulan, une douleur au talon du pied droit me fait légèrement traîner la patte. Le lendemain matin, il me faut plus d'un kilomètre pour m'échauffer et marcher normalement…

 

La météo a changé, il a beaucoup plu dans la nuit et tout le jour je chemine dans le brouillard très humide et de plus en plus froid au fur et à mesure que je monte. À la Hourquette d'Ancizan, la visibilité est de 100 m, ça mouille. Après le lac d'Arou, je prends une sente bordée d'herbes hautes et les gouttelettes se décrochent pour venir imbiber mes chaussettes puis transformer mes chaussures en baignoire. Après le col de Crabe, je m'installe dans la cabane spartiate de Montarrouye et écoute la pluie dans la nuit. Dix minutes de rayon de soleil ont permis à ma tente de sécher. Primordial !

 

Le jour suivant je pars sous le ciel bleu mais 30 minutes plus tard, déboulant de derrière le col de Couradette, les nuages et grondements montent vitesse grand, grand, grand Vé. Il y a bien un abri de berger plus haut mais… Ça pète très fort autour de moi pas loin du tout, il se met à pleuvoir, et très vite à grêler. L'apocalypse, bourrasques, éclairs, tonnerre, je suis pile poil là où il faut ! J'ai ma veste de pluie et le sursac mais suis restée en short, plus facile et rapide à faire sécher ensuite. Je me demande si je vais avoir des bleus quand les grêlons de plus d'un centimètre commencent à me marteler les cuissots. Et bordel je ne trouve pas ce pu*** d'abri. Je n'ose plus sortir le téléphone pour me situer précisément de peur de le noyer et ça flashe si fort que j'en ferme les yeux en rentrant la tête dans les épaules. Une seconde entre la lumière et le son… Pas fière plus que ça, pas de panique non plus, pas de solution, ça va forcément passer. Dans ma mémoire, l'abri se situe dans la continuité du lac en contrebas… l'abri ! L'abri ! Je ne peux pas ouvrir les yeux ! L'abri ! Un tas de pierres de 2 x 3 mètres, empilées proprement au milieu d'autres pierres empilées pas proprement. Toit en tôle recouvert de pierres pour ne pas que les tôles s'envolent ! Vas-y le repérer dans le paysage... et alors dans l'orage ! Voilou tiens ! En 5 minutes, 5 cm de billes blanches par terre, mes cuisses toute rouges, ma culotte trempée, mes os aussi, et je ne passe pas par la porte de l'abri, trop étroite, trop basse. Ôter le sac, le faire passer en force en travers, puis passer de biais.. Ahhhh, ahhh, ah ben le plus gros est passé, fin de l'orage, petite pluie fine. Dans l'abri glauque mais hôtel dans ces conditions dantesques, trois "couchettes", matelas pourris comme incrustés dans la pierre, minuscule table rabattable, j'ôte la veste et le t-shirt, enfile un mérinos sec, remets le t-shirt humide par dessus pour qu'il sèche et attends, 15 minutes, puis poursuis mon chemin. J'y suis arrivée 15 minutes trop tard… Le reste de la journée fût bien ensoleillé, magnifique mais froid. Mes grolles et chaussettes encore trempées de la veille en ont repris une dose. La météo annoncée instable m'incite à changer mes plans et je m'installe à 14 h 30 dans un abri en tôle dans lequel je monte une partie de ma tente pour "l'hygiène". Mes souliers sèchent, mes batteries rechargent, je prends un anti inf pour mon talon et ôte 4 tiques ( nuque, aisselle, côte flottante, arrière du genou). Mûries de bestioles ! À part ça, je suis dans le Néouvielle et c'est superbe ! J'étais venue déjà, il y a longtemps. 

 

Je sillonne ce massif du Néouvielle par les sentes non balisées, me faisant passer par les Hourquettes dominant des lacs tous plus bleus et limpides les uns que les autres. Les pêcheurs montagnards abondent, oui montagnards, parce qu'il faut marcher longtemps pour accéder à ces joyaux et venir taquiner les truites.

 

Pour descendre directement sur Luz Saint Sauveur autrement qu'avec le bruit des motards du Tourmalet dans les écoutilles, je vais dormir une nuit au refuge de Packe au col de Rabiet. Un nid d'aigle que ce refuge caf non gardé à 2509 m, avec d'un côté au loin le Pic du Midi de Bigorre et de l'autre la brèche de Roland. Rien que ça. Le refuge de Packe, un des plus anciens du massif pyrénéen, est de forme ogivale, ce qui permettait une construction entièrement en pierres prélevées sur place avec une voûte pour toiture. Il domine le lac du Rabiet, le Turon de Néouvielle et le Pic Long ferment l'horizon au Sud-Est. Il est dans un courant d'air effroyable, c'est la tempête en permanence. Paysage dramatique au moment où les brumes commencent à monter et à danser comme des dingues dans les bourrasques très violentes du soir. J'y suis seule, j'y suis bien.

Le lendemain à Luz Saint Sauveur, j'achète un peigne, mes cheveux sont irrécupérables, le vent s'en est mêlé.

 

Luz Saint Sauveur, le pays Toy, une des sept vallée du Lavedan en Bigorre, je me pose dans une auberge et après une lessive manuelle dans le camping adjacent, je demande à une femme de m'inspecter partout où je ne peux me voir pour contrôler la présence éventuelle d'autres tiques. J'ai attaqué certaines à l'opinel quand elles sont inaccessibles au tire-tique (va t'ôter une tique toute seule au milieu du dos ou derrière la nuque !) après vidéo au smartphone pour confirmer ( je filme à l'aveugle et regarde la vidéo ensuite…) et je veux aussi savoir si c'est propre, s'il n'y a pas d'auréole autour etc. Ensuite je file à la pharmacie (samedi aprem…) pour confirmer mon diagnostic : inflammations des tendons et ligaments sous et à l'arrière de la malléole externe. Surcharge. Anti inf, froid, repos, massages doux… Ce n'est pas pire, le dimanche est pluvieux, je me repose et me mets à jour. Courses, essence, prévision en détail de la suite, prise de renseignements sur l'état d'enneigement pour certains passages auprès du poste montagne…

 

Deux jours et demi de repos complet à Luz ne servent pas à grand chose sinon quelques belles rencontres et passer ces 2 journées pluvieuses au sec. À part ça, je tue le temps. 

 

Pour sortir de là, je me fais pousser jusque sous le lac des Gloriettes en auto. Toute la matinée je traîne sérieux la patte et le moral, par conséquent, est moyen. Mais le cirque d'Estaubé est beau. Hourquette d'Alan, refuge des Espuguettes, souvenirs… J'y demande une semelle intérieure de godasse, par hasard, et ils ont ! Pour me faire une talonnette… Cela ne fonctionnera pas et ce bout de semelle me servira finalement à réparer mon sac à dos. Après le 3eme bain froid du jour, soudain, je peux presque courir. Je profite donc à fond du paysage et traverse le cirque de Gavarnie dans la liesse, qui plus est avec un agréable compagnon de quelques heures. Je campe ce soir là avec vue sur le fameux cirque éclairé. Un must. Mes ligaments et tendons sont totalement dégonflés et je n'ai plus mal. 

 

Malheureusement le lendemain dès que j'enfile les chaussures la souffrance commence. J'ai fini le traitement Ketoprofene et n'en prendrai pas plus, je serre les dents et tire la jambe toute la journée. Ne sachant plus à quel saint me vouer, je m'arrête dormir à la cabane de Lourdes, ne reculant devant aucun sacrifice ( mouarf…) 4 couchettes, 9 Espagnols et un chien…

 

Le lendemain, jour de mon anniv, annoncé pluvieux dans l'aprem, je pars tôt et ô, sans m'en rendre compte, sans cachet mais juste massage et bains froids, voilà que je ne claudique plus. Hier soir c'était douleur et gonflé, ce matin tout est normal. J'en perds mon latin. Comme quoi Lourdes… ( re mouarf). La Hourquette d'Ossoue juste sous le Vignemale est vite avalée, avant les nuages trop enveloppants. Pas de douleur de tout le jour, je revis, la dernière fois c'était il y a 9 jours. Je n'abuse cependant pas et me pose quelques kilomètres avant Cauterets dans une cabane encore, que je partage avec un marcheur du GR10 d'agréable compagnie. 

 

À Cauterets, tout va encore mieux que prévu. J'y descends à pied par le magnifique sentier des cascades qui porte très bien son nom. Celles du Hérisson peuvent presque pâlir de jalousie. Et de là, un gentil garçon m'a prise en stop pour aller mettre 48 cts d'essence dans ma bouteille à la station 2 km en aval, et m'a remmenée au village. Ravitaillement fait pour 6 jours, c'est un couple espano danois dans une voiture française qui me pousse jusqu'au pont d'Espagne. Les allers et retours, très peu pour moi. 

 

La suite de l'itinéraire, toujours aussi beau. Le vallon de Marcadau, les lacs d'Embarrat, du Pourtet, Nère, Cambales. Des cols hauts encore, celui de Cambales, difficile mais superbe, encombré de quelques névés, m'amène jusqu'à toucher la frontière sans pour autant la franchir au col de la Peyre St Martin. Trois jours pleins que mes pieds vont bien, j'en prends soin. Je retrouve l'espoir, l'océan se rapproche.

 

Un changement notable : les vacanciers et ce qui va avec en terme de comportements ont débarqué. Il y en a pour 2 mois et ça me gonfle déjà… Le premier m'alpague à Cauterets alors que je tends le pouce :

 

Eh, les vacances c'est à pied, il faut marcher !

Viens donc qu'on cause 5 minutes !

 

L'est pas venu. P'tit joueur !

 

J'en étais où ? Oui, le Port de la Peyre Saint Martin, descente, remontée à Migouleou, puis au col d'Artouste qui marque une étape. Je quitte le Lavedan ou vallées des gaves pour entrer dans le Béarn. Lac d'Artouste et son petit train touristique, refuge d'Arremoulit, passage d'Orteig et montage de la tente en catastrophe tant l'orage est arrivé vite. Les premières gouttes s'écrasent, je jette mes affaires à l'intérieur et laisse passer la trombe. Première accalmie, je sors me laver. Seconde accalmie je cuisine. Du vent toute la nuit. 

 

Le jour suivant, je coupe la route qui monte au Pourtalet au niveau de Soques dans un brouillard à couper au couteau, et rattrape le soleil sous le refuge de Plombie au pied du Pic du Midi d'Ossau, autour duquel je tourne un peu toute la journée, jusqu'au col d'Ayous. Les vallées d'Ossau et d'Aspe sont noyées dans des brumes humides. Par le Chemin de la Mature (Napoléon, pour les mâts des navires, faisait venir des troncs d'en haut, le chemin taillé dans la falaise devait faire la largeur permettant à deux boeufs de passer côte à côte, un certain nombre d'attelages ont dû finir au fond des gorges d'Enfer…), je descends à Urdos, taille la bavette avec l'épicière sympathique, coupe la route du Somport et monte le vallon du gave de Baralet. Le lendemain étant annoncé plutot très moche, bouché, pluvieux orageux, il faut que je trouve un abri. Mouarf, j'ai trop de chance, il y a une cabane non occupée par les bergers en haut, très très spartiate me dit-on, mais mieux, un berger croisé en cours de montée me dit spontanément d'aller chez lui, cabane de Courgue Sec et de voir avec la bergère. Le courant passe immédiatement, j'y passe deux nuits et de très bons moments de convivialité partagée. Éleveur et son employée saisonnière, ils traient les vaches à la trayeuse et les 250 brebis à la main, puis fromagent sur place deux fois par jour, 300 litres de lait. Le saloir (cave) est 50 mètres plus bas, partagé avec l'estive voisine, il assume aussi l'affinage. De A à Z. Levés à 6 h, couchés à minuit. Les bonnes journées une sieste est possible. Les trajets dans la vallée se font avec des ânes, il y en a 7 ici, 5 patous aussi, et aussi 5 gros gorets qui se goinfrent du petit lait, 4 autres chiens… La cabane est petite mais correctement équipée, eau chaude au gaz, électricité au photovoltaïque, douche à l'intérieur. Les discussions vont bon train.

 

Le jour suivant je pars sous le ciel bleu mais suis très vite rattrapée par les brumes montantes. Vent fort, brouillard épais qui mouille, je retrouve la visibilité beaucoup plus bas. 

 

Et ici s'arrête cette partie, à Lescun, le pays basque n'est qu'à une journée de marche…

 

 

Devant moi de l'eau, que de l'eau !

 

J'en étais donc à Lescun, charmant village muni d'une épicerie sympa et bien achalandée. De là, je grimpe vers le dernier col " alpin" de cette traversée. En effet, après les pas d'Azum et de l'Osque à quelques encablures du pic d'Anie ( prévu au retour), je ne monterai plus jamais au dessus de 1700 m, c'est la fin des grandes montagnes. D'ailleurs devant moi au dessus de la mer de nuages, il n'y a que… le ciel. Pas un sommet n'émerge, euh…, je vais donc bientôt être engloutie à mon tour. La station de la Pierre St Martin rivalise de mocheté avec Super Bagneres, mais en plus, ici, ils ont effectué un véritable massacre, à grands coups de tirs de mines, détruit une partie d'une magnifique zone karstique, lapiazs et compagnie. C'est horrible, le summum de la conerie humaine. J'y passe donc un 8 juillet, la station est morte, pas un chat, la barre de béton appelée "galerie marchande" me rappelle certaines ambiances de la décrépitude post-soviétique. Il faut descendre pour accéder à un erzatz d'épicerie au milieu de rideaux métalliques baissés. C'est d'un glauque ! Et rien qui ne vaille dans ce boui boui pour le randonneur. Pendant ma halte, les brumes sont montées et la suite de la journée se fera dans un brouillard épais, visibilité, sans rire, 15 mètres. Je fais 4 km sur le macadam côté Espagne en stop, agréable moment, et me fait poser au milieu de nulle part afin de retrouver le sentier qui me permet de descendre à Ste Engrace par les gorges très glissantes d'Ehüjarre. Ste Engrace, je passe…

 

Je suis donc au pays basque et les noms ne laissent pas de doute. Difficilement prononçables, il faudra que je m'entraîne ! Le paysage a subi une métamorphose. Je ne vois que collines vertes arrondies, enfin… un peu abruptes quand même, souvent recouvertes de fougères plus hautes que moi qui empêchent de sortir des sentiers, gardent l'humidité, et sont un merveilleux incubateur pour insectes en tous genres, surtout de ceux qui piquent. De sorte, en traversant ces fougeraies j'ai l'impression d'évoluer en milieu tropical. Les gens sont ma foi fort avenants et sympathiques. J'essaie de ne pas me trouver trop sur le GR10 bien assez peuplé à mon goût. Je sors dès que possible et surtout au moment des bivouacs. En effet, le moindre petit plat de quelques mètres carrés se transforme systématiquement en camping et j'avoue que ça m'agace quelque peu, alors je m'éloigne et m'offre ainsi quelques jolis spots, en échange parfois d'un petit effort supplémentaire.

 

Et puis la canicule est arrivée. Et en cette première journée de très fortes chaleurs, des sentes marquées sur la carte n'existent plus sur le terrain. Ce jour là je me fait manger par les taons, sucer par les moustiques et scarifier par les ronces. La guerre quoi ! Du sang plein les jambes qui me brûlent encore le surlendemain. Ce qui m'enquiquine le plus dans l'histoire est que je ne vais pas pouvoir pavaner sur la plage d'Hendaye avec toutes ces imperfections sur les tibias.. J'ai alors décidé, par prudence, de me rabattre sur le GR10… Pas d'itinéraire à chercher, juste des marques rouges et blanches à suivre bêtement, beaucoup moins d'énergie dépensée, bref la facilité, l'économie, la sûreté de points d'eau réguliers. J'ai aussi changé la tactique bivouac, au lieu de privilégier les endroits en hauteur pour la vue et le soleil, je suis allée m'enterrer dans les fonds de vallée, où le soleil se cache beaucoup plus vite et se montre beaucoup plus tard. J'ai cherché des endroits qui ne voient pas beaucoup le soleil, des frondaisons denses. Ça m'a valu parfois de cohabiter avec hum… je ne suis pas phobe, mais pas fan non plus quand, en train de prendre mes notes tranquille le derrière posé sur mon sous-cul, un léger bruit me fait tourner la tête. Dans le mètre me séparant de ma tente passe Kaa… (voir le livre de la jungle)

 

Jusqu'au jeudi 14 j'ai relativement bien géré la chaleur, ai toujours eu de l'eau en quantité abondante (quitte à porter un peu) mais le jeudi soir, après le repas chaud et le bain dans le ruisseau à l'eau douteuse, j'ai renoué avec le phénomène désagréable d'être obligée de rentrer dans ma tente pour cause de maringouins assoiffés et agressifs, tente non suffisamment aérée dans laquelle je me mets à me liquéfier. Encore 4 jours crescendo et ça devrait se calmer. Certains des randonneurs qui ont entamé leur GR10 à Hendaye il y a quelques jours, dont l'organisme, les pieds et les épaules ne sont pas encore habitués à cet exercice quotidien, semblent au bord de l'explosion et  incapables d'un minimum d'adaptation à ces conditions exceptionnelles. Certains avouent s'être sentis mal, au bord de l'évanouissement, obligés de s'allonger ( au soleil hum…), un autre me dit avoir eu l'impression que son cerveau déconnecte. Pied gauche, pied droit, comme un automate, la moindre réflexion est un effort, je ne veux pas me mettre dans ces états, il faut rester lucide. Jour après jour… 

 

Ah tiens, un soir que je demandais de l'eau en sortant de St Etienne de Baigorry, je me suis vue conviée à planter ma tente sous les grands arbres sur la pelouse nickel d'une grande propriété. On m'a offert une bière, une douche, de la compagnie. Ah ben tiens d'ailleurs à Baigorry toujours, l'opticienne à ajusté mes lunettes en refusant toute contrepartie, et puis la coiffeuse à côté m'a repassé un coup de tondeuse sous la broussaille sans contrepartie, alors j'ai filé à Intermarché faire des courses mais là, il a fallu que je dégaine la carte bleue…

 

J'ai allongé les étapes, je table sur 20 km par jour, j'ai parfois fait plus, jusqu'à 30, une fois, parce que je ne peux me poser tôt, il fait trop chaud même à l'ombre. La traversée du pays basque ne m'a pas plus enchantée que ça, trop de macadam, trop de fougères, un relief certes particulier mais qui n'est pas ma tasse de thé. Par contre, des gens avenants et accueillants, une langue qui sonne totalement différemment et me rappelle le croate, peut-être. Les circonstances ont fait que je suis passée relativement vite. Les troupeaux ne sont pas gardés, il n'y a pas de prédateurs, les gens montent juste pour traire et fromager. Les brebis ne savent plus où se mettre avec ce chaud, certaines dégringolent en bas chercher les forêts, d'autres croient qu'elles sont à l'ombre parce que juste leur tête l'est, elles font pitié. Les sources tarissent, la végétation est, me dit-on, comme fin août début septembre. À moins que la suite ne soit pluvieuse, l'estive n'ira pas au bout de la saison. 

 

Depuis les crêtes entre Baigorry et Bidarray je vois l'océan, c'est un premier soulagement, ils ne l'ont pas encore bitumé pour en faire des surfaces commerciales ou des parkings. Je le vois, à l'infini. Et il ne s'est pas évaporé… Je poursuis donc, récupère le contact d'un copain d'armée à mon père à Sare ainsi qu'un colis de légumes déshydratés et entame sous le cagnard la dernière grosse bosse : la Rhune, à 900 m. J'ai cru ne jamais arriver en haut, trop chaud. Et les gens dans le petit train à crémaillère qui te font coucou comme des gros niais avec leur tronche de premier de la classe… La vue sur en bas n'est pas nette, atmosphère saturée mais je crois que je m'en moque. Ce soir là je regarde les hébergements sur Hendaye… J'ai envie de savourer les derniers kilomètres de ce second tronçon ( le premier étant la partie à vélo). Je me pose vers une baignoire/abreuvoir alimentée par une belle source et y prend un bain d'eau bien froide. Un chêne magnifique assure l'ombrage nécessaire à mon bien-être pour le restant de la journée. Encore une fois je tire pas mal mon épingle du jeu. Plus que 3 jours de fournaise…

 

Col d'Ibardin, bienvenue dans le monde débile de la consommation, de la surconsommation… Il faudrait pouvoir passer vite mais ça plombe trop. J'avais mis un petit lac de barrage sur mon chemin dans l'espoir d'y prendre un bain, mais la berge est un repère de taons mal intentionnés, je passe presqu'en courant. J'atterris vers 15 heures dans le bloc sanitaire (qu'on a ouvert pour moi) d'une colonie de vacances inoccupée. J'y reste, y lave ma garde robe, mon drap sac et tout ce qui peut se laver jusqu'à ma housse de duvet, puis pose mon matelas sur le carrelage. 27 degrés la nuit. 

 

Et puis le 17 juillet est arrivé, un grand jour. À 9 heures je suis au fort de Port Socoa. Je trouvais classe de terminer dans un endroit dont le nom est aussi exotique qu'un comptoir des Indes… La suite fût moins drôle. Pour commencer, le sentier de la corniche qui va jusqu'à Hendaye est interdit car il y a des affaissements par endroits. Je marche 5 km de l'autre côté de la barrière de sécurité, route passante. J'arrive à l'hébergement que j'avais appelé, chambre partagée (comprendre dortoir). Ok, sauf que le dortoir en question est un marabout dans un camping, une bonne bâche bien épaisse sous laquelle je n'ose même pas imaginer la température dans 2 heures ou quand il fera 40 degrés à l'ombre demain. Bloc sanitaire à l'autre bout du camping… je fuis. Je vais à Hendaye, par le domaine d'Abbadia et la pointe Ste Anne qui marque la fin de ma trace "Aller à l'océan". Et j'arrive sur l'interminable plage que je longe dans son intégralité pour aller chez D4 acheter une nouvelle paire de chaussettes pour le retour, les miennes sont en dentelle depuis une dizaine de jours. J'avais pris soin d'appeler pour m'assurer qu'ils avaient des chaussettes de randonnée… Ah oui, ils ont, des chaussettes normales, qu'ils vendent par 2 ou 3 paires, en 42/45. Super. Et pour terminer je me retrouve dans une piaule à 70 euros alors que tous les tarifs affichés annoncent 55, y compris dans la piaule, l'impression de me faire arnaquer est forte, haute saison me dit-on, hôtel de la gare, le moins cher de la ville. Les piaules ont la clim, la chaleur dehors est à tomber, une fournaise, j'y passerai 2 nuits avant de vite reprendre le chemin des montagnes pour le retour, toujours à pied, dès demain mardi 19...

 

Ciao ciao et à bientôt.

 

C'est plus court dans l'autre sens

 

Salut, 

 

J'étais dans une chambre d'hôtel climatisée la dernière fois que j'ai écrit. C'était à Hendaye sur l'Atlantique. J'en suis repartie le lendemain et ai commencé par suivre un chouillas le GR10. Pas longtemps. Un chemin de traverse m'a fait choper le GR11, le frère espagnol du GR10, plus sauvage, moins couru. À la mi-journée j'ai rencontré Loïs, qui se reposait. Je crois que je lui ai niqué sa sieste. Loïs traverse les Pyrénées plus ou moins par la HRP, au plus court, en autonomie complète. Cela signifie qu'il a avec lui, dans son sac à dos, 30 jours de nourriture. Il marche en kilt. Son équipement est réduit au minimum mais il a tout de même une tente légère. Côté vestimentaire 2 caleçons, son kilt, 2 paires de chaussettes, un t-shirt manches longues à capuche qu'il porte en permanence, un poncho, une petite polaire, une casquette. Chaussures de trail Sportiva Ultra raptor. Pas de réchaud, pas de couteau, pas de smartphone mais un gps. 35 kg au départ. Il n'ira qu'en s'allègeant au fil des jours, il doit avancer tous les jours, quelles que soient les conditions, ses jours sont comptés. Toutes ses étapes sont prévues, progressives, ainsi que ses menus. J'ai marché quatre jours plus ou moins avec lui puis suis partie faire quelques détours. 

 

Je me souviendrai longtemps d'un bivouac de merde, on peut le dire comme ça. Ça a débuté par du crachin, t'avances, puis ça a commencé à mouiller, tu mets le poncho et le couvre-sac, ça se calme donc tu continues en dédaignant un abri potentiel, il n'est que 13 heures. Toute façon t'as pas assez d'eau pour ton bivouac. Plus loin tu hésites, t'as toujours pas d'eau mais ça mouille et tu sais que tu trouveras dans une bonne heure un ruisseau. T'arrives au ruisseau vers 16 heures par une sente dans des grandes herbes qui ont gaugé ce que tu avais encore de sec, et là tu poses ta tente sur des herbes d'un mètre de haut chargées de flotte, que tu prends soin de coucher en te faisant bouffer par les taons que tu déranges. Bien sûr il est difficile de tout garder au sec pendant le montage de la tente. Tu termines enfin et quand tu t'allonges tu réalises que tu as une pente latérale qui va t'obliger toute la nuit à lutter contre la gravité de manière sévère. Et puis il pleut carrément alors tu manges des fruits secs ou à coque, tu ouvres une boîte de sardines et tu ne touches pas aux 4 litres d'eau après lesquels tu as tant couru… Nuit blanche ! Le lendemain tu remballes ton barda trempé dans le brouillard humide, tu enfiles ton short, ton t-shirt, tes chaussettes et tes chaussures trempées, tu continues le single track dans les hautes herbes chargées de flotte qui te trempent jusqu'aux aisselles et tu croises les doigts pour que ce putain de brouillard se lève pour pouvoir faire sécher tout ton matos dans la journée. À ce moment là, Loïs me dit que le pays basque sans cette expérience n'aurait pas été le pays basque… D'accord, une seule fois en 2 semaines, c'est de la chance… Et on a pu faire sécher après la forêt d'Iraty, pour ensuite suer comme des porcs sous le cagnard…

 

J'ai trouvé plus joli le pays basque côté espagnol, plus d'étendues nature, moins de fougères. En revenant côté français avant le pic d'Orhy, alors que je stoppe demander de l'eau dans un cayolar, je me retrouve attablée devant une assiette pleine de légumes et de roti suite au gargantuesque repas de famille qui en est au dessert. J'apprends alors que tous ces chevaux, élevés par centaines, sont destinés à la boucherie. Et qui donc mange autant de cheval ? Les Japonais ! La viande part au Japon ! Si ce n'est pas l'autre bout du monde, ça n'en est pas loin ! Pas un centimètre carré d'herbe qui ne soit brouté en Haute Soule. Partout des cloches, aux brebis par milliers, aux vaches et aux chevaux par centaines. Toutes les sources sont captées pour abreuver le bétail et alimenter les cayolars et c'est un défi que de trouver de l'eau dans la nature, pauvres marcheurs que nous sommes ! Je suis obligée d'en demander et de porter lourd si je ne veux manquer. Je n'ai pas traîné pour traverser toutes ces collines et retrouver vite les montagnes en profitant du beau temps, mais ai tout de même gravi le point culminant du pays basque, le pic d'Orhy, à 2017 m par un jour tempêtueux. La mer de nuages n'est pas loin dessous. Par les crêtes j'ai rejoint le refuge Bonagua pas très loin du col de la Pierre Saint Martin qui marque la limite du pays basque. J'ai fait du stop pour rejoindre ce col. Le pic d'Anie est dans mes objectifs et il me faudrait marcher 7 km sur le bitume en plein cagnard… Mon chauffeur me dépose au col et me fournit 6 litres d'eau, pour mon bivouac et la journée du lendemain. Je campe 50 mètres plus haut et chance encore et toujours, au matin, la mer de nuages dégueule par le col mais ne m'atteint pas. Tout est sec chez moi, 30 mètres plus bas tout est trempé. Je pars dans cette magnifique et immense zone karstique et gravis le pic d'Anie par le Pourtet, puis dans un terrain technique et malaisé, je rallie la Table des 3 rois. La mer de nuages est toujours là côté français, à 1900 m, et il va falloir y plonger si je veux de l'eau car le côté espagnol est encore plus aride. Et très vite dessous, ça mouille. Beurk. Je demande à tout hasard à Sandra, bergère de la cabane Pedain, s'il y a un petit coin pour mon matelas au sec et après quelques minutes de discussion sympathique, elle m'envoie dans une dépendance à 30 mètres que je ne voyais pas dans le brouillard. J'y trouve 2 lits. Cool. Belle conversation le lendemain matin pendant qu'elle trait ses brebis, où j'apprends que la luzerne qu'elle achète pour l'hiver aux Espagnols pour nourir ses brebis est passée de 220 à 400 euros la tonne, car c'est à ce prix là que les pays du Moyen Orient l'achètent ! Entre la sécheresse comme jamais elle n'a vu en 20 ans dans cette estive, qui va probablement la contraindre à redescendre avant la fin de l'été et la mondialisation qui fait que les Espagnols préfèrent envoyer l'herbe à l'autre bout du monde plutôt qu'à 3 km à vol d'oiseau chez les voisins, tout va bien ! 

Ce jour là, je suis dare-dare repassée côté espagnol au dessus du lac d'Ansabert pour faire un très chouette détour par le col d'Achert, le Bisaurin à 2670 m, et de revenir au col du Somport par le lac Ibon de Estanes. Détour de 2 jours où je n'ai croisé que quelques personnes, des paysages somptueux, des baignoires naturelles dont j'ai longuement profité tandis que les nuages par panaches se laissent voir derrière la crête frontière. Autrement dit, l'itinéraire officiel de la HRP est dans la mouise depuis plusieurs jours et ceux qui le suivent scrupuleusement sans s'adapter ne voient rien et sont humides, voire mouillés. 

Du col du Somport je devais prendre les crêtes pour rejoindre celui du Pourtalet mais ces crapahuts ont mis mes jambes à mal et des orages sont annoncés les 2 prochains jours. Je change ma trace et suis le GR11, pose ma tente à 12 h et m'octroie un peu de repos en attendant les orages annoncés mais le ciel se dégage dans l'aprem et ma tente est une étuve ! Pas un grondement, pas une goutte… mais cette petite journée de 11 km et 530 m de d+ m'aura fait du bien. 

 

Le lendemain matin fut cependant conforme aux prévisions avec un orage d'enfer, des cataractes, de la grêle, la foudre qui est tombée une fois tout près, vraiment, l'eau du ruisseau qui est montée de manière impressionnante, pas toutefois jusqu'à m'atteindre, et ma tente dans une baignoire de 4 cm. Mon matelas qui flotte mais le tapis de sol qui tient bien le coup. Toutes mes autres affaires sont dans des ziplocks, donc pas de souci. Après les hostilités, il fût facile et rapide de faire sécher la tente et de partir le coeur léger. Ça en est normalement terminé avec ces orages. À la station de ski de Formigal, des ouvriers font l'entretien du matériel, je leur demande une lime, que l'un d'eux va chercher, il propose de faire le job, interrogateur, et tout le monde rigole quand je me déchausse et montre la corne sous mes talons !!! Je pousse ensuite en stop jusqu'à Sallent de Gallego pour éviter encore 7 bornes à côté de la route. Je trouve les Espagnols à qui j'ai affaire très serviables et souriants, agréables et enjoués et ça fait du bien. Le soleil est revenu, je prends 7 à 8 jours de ravito à Sallent de Gallego et disparais de nouveau dans les montagnes avec une semaine de beau temps en perspective…

 

 

L'échappée par le haut

 

Sallent de Gallego, le supermercado, comme souvent en Espagne, n'en a que le nom. C'est en fait une petite épicerie. Ni lentilles corail, ni quinoa, ni sarrasin, ni fruits secs, ni polenta. Me voici donc au régime gluten pour une semaine, pâtes, pâtes et pâtes. Et sans concentré de tomates parce qu'il n'y en a pas non plus. Bien lestée, je pars pour plusieurs jours qui vont me demander de l'énergie, avec des passages techniques et des incertitudes, c'est à dire des traces récupérées sur Internet mais rien sur ma cartographie. Les sentes existeront elles, seront elles praticables et à mon niveau ? Prévoir des plans B au cas où. La première partie est facile, je suis le GR11 jusqu'à Bachimana, puis je le quitte, et avec lui la foule. À partir de là, des cairns à suivre scrupuleusement, le domaine des izards, des chocards, des craves. Beau, très beau. Et les sentiments de petitesse, de vulnérabilité, d'isolement qui reviennent au galop. Baignade et bivouac dans un silence intense. Dans les fonds de vallée, accessibles en auto, je retrouve la foule, allez j'en profite parfois pour m'offrir une tortilla patata et un coca… J'ai effleuré ma trace de l'aller au Port de Boucharo. À l'époque je boitais sévère, le pire jour, juste avant la cabane de Lourdes… pour ceux qui suivent. Mais de Boucharo, je suis partie vers la Brèche de Roland, que je tiens à passer, tout de même. Je suis donc allée bivouaquer sur la caillasse autour du refuge au pied du passage. Bivouac particulier, pas moyen de mettre une sardine, menace d'orage. En fait il ne fera ni vent ni pluie mais nous avons tout de même le son et lumière. Magique. Les trombes d'eau sont pour l'Espagne. Le lendemain, après la Brèche, tout le monde file vers le refuge Goriz et le Mont Perdu, mais je descends jusqu'en bas à la Pradera. C'est là que j'ai fait, je crois, le passage le plus engagé de ma vie. Sur la carte un sentier, sur le terrain, 50 mètres de via ferrata dont la moitié horizontale, les pieds et les mains sur des barres métalliques scellées dans la roche, un câble pour s'assurer mais je n'ai pas de baudrier, le tout dans le vide complet avec plusieurs centaines de mètres de chute en dessous. Concentration extrême, le sac serré à mort contre le dos pour éviter tout déséquilibre. J'ai eu des courbatures pendant 2 jours suite à ce passage… Mais qu'est ce que cet itinéraire était beau ! Je remonte en face de manière à avoir la grandiose vallée d'Ordesa et le massif du Mont Perdu juste en face. Je dors hors la loi dans le parc d'Ordesa où il est maintenant carrément interdit de bivouaquer et mets le réveil à 6 heures pour partir avant le passage éventuel des gardes. C'est alors le jour du Mont Perdu. Passage à Goriz où c'est la fête du slip, une cinquantaine de boyscouts font un vacarme d'enfer. Je monte. Au lac glacé je laisse mon sac et gravis comme une fusée les 350 mètres restants. Redescendue encore plus vite, un jeune homme engage la conversation et me demande où je vais ensuite. Lac de Marboré. Il y a quelques passages délicats et il préférerait qu'on soit deux. Vamos ! Oscar passe en fait comme une fleur, un gaillard de 27 ans, et moi aussi (comme une fleur, pour le reste c'est trop tard). Un peu d'escalade, une cheminée à désescalader, 15 mètres et l'affaire est jouée. Ce secteur en met plein les yeux encore. Je descends au collada de la Pineta et m'offre un joli bivouac entre les bosquets de buis odorants. 

 

Le jour suivant commence par 500 m de grimpette très raide sur une toute petite sente cairnée où il ne faut pas mettre le pied à côté sous peine… de mort assurée. Rien de difficile en soi mais beaucoup d'attention requise. Je ne suis pas friande de ce type de terrain mais bon, quand il faut je fais. La suite est débonnaire jusqu'au col de la Munia qui me fait basculer dans le cirque de Troumouse. Le début de la descente est facile puis vient la barre de 50 mètres à désescalader. Non, ce n'est pas vertical, mais c'est de la vraie désescalade tout de même, du 2, allez. Mais avec le gros sac et pas d'assurance, il ne faut pas se la mettre. À monter ça irait tout seul, à descendre c'est plus délicat. Je passe bien et vais dormir à la cabane d'Aguila où j'arrive vers 15 heures. Le temps de me baquer dans le ruisseau et de rincer mes habits et les premières gouttes s'écrasent. Orage. 

 

Jeudi, les orages sont annoncés tôt, je passe vite la Hourquette d'Heas, puis celle de Chermentas, pas un nuage, les lacs de Barroude, le col du même nom. De nouveau en Espagne, je vais dormir à la cabane de Barrosa, au sec. Dans la soirée, l'éclairage est permanent, ça prend sévère sur Parzan mais rien de méchant là où je suis avec Cédric, un sérieux marcheur qui rallie le Mont Blanc au pic d'Orhy et qui a croisé Loïs, l'homme kilt. Discussions intéressantes jusque tard. 

 

Parzan, 3 supermercados, une station service, quelques bars et restaurants, de la connexion. L'occasion pour moi de me mettre à jour dans beaucoup de choses et de reprendre à manger pour les jours suivants. 3 heures plus tard, je suis à 2200 m, côté français, dans un bout de cabane au dessus de Saint Lary Soulan. J'ai du mouiller le maillot dans la dernière heure pour arriver avant l'orage sans savoir d'ailleurs si ce serait ouvert. La vie est belle, je regarde tomber la pluie à travers le carreau. Le berger n'est pas très causant, je lui fous la paix.

 

Le lendemain, ciel bleu, je monte sur les crêtes avant de basculer côté espagnol, un peu, avant de revenir sur France par le col d'Aguas Tortes. Je passe la nuit à la cabane de Prat Caseneuve, partagée avec les bergers. Dans la soirée, un orage infernal fait trembler 3 fois la cabane. La foudre tombe tout près et la bergère qui était dehors se prend un coup de jus, ça ne rigole pas. Louis et Alisson ont 700 brebis sur le secteur qui se situe en fait au dessus de Saint Lary Soulan. S'ensuit un coup de vent tempêtueux et j'ai de la chance d'être en sécurité plutôt que sous ma tente. Je repasse ensuite côté espagnol par les lacs de Pouchergues et Clarabide, puis le col de Gias, terrain technique, je ne croise qu'une seule personne. La descente sur le refuge d'Estos me prend du temps. Midi, l'orage menace déjà mais je continue vers le col supérieur de Paul sous le sommet des Posets. Je me pose à mi pente alors qu'il commence à pleuvoir. La chance me sourit puisque j'arrive juste au seul endroit où il y a un bout de plat pour poser mon bivouac, à 14 h. Je ne vois personne. 

 

Puis je monte au col de Posets, entièrement minéral, avant de redescendre vers des lacs turquoises, et de remonter au collado de Plana qui me permet de basculer vers Benasque par un itinéraire ponctué de lacs. 

 

Tous ces derniers jours, l'orage s'invite systématiquement en milieu d'après-midi et j'ai la chance de trouver sur mon chemin des cabanes ouvertes où je m'installe régulièrement pour la nuit. 

 

Toute cette partie entre Sallent de Gallego et Benasque fut somptueuse, sauvage, techniquement assez difficile, avec des sentes peu empruntées, balisées par des cairns que j'ai parfois cherchés dans le paysage. Peu de monde dès qu'on sort des sentiers battus et des itinéraires balisés. De la vraie montagne…

 

À Benasque, je me ravitaille pour aller jusqu'à Vielha. Et j'entre dans la seconde partie de ce parc naturel : maladeta. C'est le nom d'un sommet juste à côté du Pic d'Aneto. Je dois revoir mon itinéraire car il y a un bout de glacier qui nécessite du matériel. Par le fait, le trajet suivi pour venir jusqu'à Vielha a été très sauvage, très exigeant, beaucoup de blocs, de caillasse, peu ou pas de cairns sur ce qui, d'après la carte récupérée à la maison du parc, auraient dû être des sentiers. J'ai tournicoté deux jours, des cols et des lacs, des orages très violents parfois et dès le début d'après midi. J'ai pris de la grêle, ma tente a été inondée, à 2600 m, c'est pas cool. Mais ma foi, j'ai séché, je me suis débrouillée et finalement cela restera une belle anecdote. J'ai juste oublié de prendre une photo quand j'étais pieds nus dans mes crocs à 2600 m, à patauger dans 10 cm de grêle et d'eau, en train de tailler des rigoles d'évacuation à l'opinel pour que ma tente retrouve la terre ferme et arrête de flotter… Assurément des grands moments ! 

 

Me voici donc à la porte de Vielha, je connais la ville par coeur, 3ème fois que j'y passe. La dernière fois c'était le 17 juin, jour de fête du val d'Aran, tout était fermé et j'avais dû me ravitailler pour 6 jours dans l'épicerie d'une station service…

 

A une prochaine !

 

C'est bientôt la mer ?

 

Salut, 

 

À Vielha, je ne sais pas. Je crois que c'est à cause de la chaleur d'une part et puis aussi du manque d'eau sur les crêtes. Au dernier moment sans que je ne puisse les faire changer d'avis, mes pieds et mes jambes ont décidé de prendre un bout de GR11 le long de la Garonne au lieu de monter droit dans le crêt. Je les ai suivi… C'était reculer pour mieux sauter, 2 heures plus tard, ils étaient fourbus de marcher dans la fournaise et le bruit de la route voisine alors on est montés, droit dans le pentu, mais un pentu avec un ruisseau… Ça change tout ! Ceci dit, l'endroit était un peu glauque, le terrain pas facile, la sente pas marquée pour gravir la serra d'Arinho. Je n'ai vu personne. Le lendemain, je me suis rendue, toujours à pied, vers le vallon de Liat, magnifique, avant d'aller voir côté français en passant le col de la Hourquette. Toujours aussi sauvage, je ne vois personne là non plus et commence à me poser des questions : mais où sont les gens ?? Je suis alors passée proche des cabanes de Bentaillou. Des ruines, des baraquements d'anciennes exploitations minières en ruines. Je prends un sentier en balcon taillé dans la roche, j'y vois des trous de galerie. Je vais ainsi pendant 5 kilomètres, sans voir personne, le sentier est indiqué sur la carte mais comme une simple sente. L'histoire du lieu m'intrigue. Je débouche dans le vallon d'Urets où là, il y a carrément des pylones métalliques rouillés qui montent jusqu'au col du même nom qui fait frontière. Les installations continuent en Espagne. Côté espagnol sous le mail du Bulard, il y a encore des rails et des wagonnets. Je suis en fait au coeur de la plus haute exploitation minière d'Europe, à 2600 m d'altitude. Je suis ce qu'il reste des rails jusqu'au Port d'Orla. Là, je repasse en France. Les vallées du Couserans sont trop encaissées, trop difficiles. Les ruines s'arrêtent là. Mais pas moi. Dans un brouillard à couper au couteau ( comme souvent côté français alors qu'en Espagne il faisait grand bleu), je descends le vallon d'Orla, je pense à Maupassant. C'est lugubre, austère, glauque et s'il y a un endroit où je pourrais me trouver nez à nez avec un cousin de Canelle, j'imagine que c'est ici. Je n'en verrai pas. Plus bas je prends la voie Decauville, encore des galeries et restes de wagonnets, je rejoins pour un temps le GR10, et recroise 4 personnes, les premières depuis que j'ai quitté la Garonne. Je remonte dans le brouillard et dors à la cabane du Clôt du lac. Il n'y a ni lac ni eau, c'est un col. De là je fais le lendemain toute la crête du Tuc du Pourtillou puis passe le port de Barlonguere, longe l'étang long, domine l'étang rond mais remonte au port de Claouere, et repasse en Espagne, au soleil. Je dérange quelques dizaines de magnifiques cerfs aux andouillers imposants. Je reviens en France par le port de Salau, et descends me ravitailler en partie en stop à Seix. 

 

Je n'y fais pas long feu, retends le pouce et me fait déposer à Le Trein, au pied du Tuc de Soubirou que je ne voudrais surtout pas laisser de côté… un tel nom attise ma curiosité. La cabane d'Ardio est la bienvenue. Encore de la chance puisque 30 minutes après être posée, juste le temps de laver t-shirt, short et moi-même et l'orage éclate. Je suis au sec à l'abri comme souvent ces temps ci. Je parviens jusqu'à maintenant à passer entre les gouttes, pourvu que ça dure. Et ce n'est pas ici que je vais voir passer du monde. L'estive n'est pas en activité.

 

Le jour suivant, je pars par les crêtes du Tuc de Soubirou, plus difficiles que ne le laissait voir la carte. Des sentes encore une fois, qui n'existent plus et le brouillard qui s'en mêle. En mode sanglier dans des pentes herbeuses raides sans visibilité, j'adore… Doucement mais sûrement, j'ai fini par rejoindre le GR et passer le col de Marterat pour la seconde fois cette année. En Espagne il fait beau, mais l'orage gronde, j'enfile un poncho et continue vers les lacs de Cervascan, superbe massif. Le lendemain je n'ai pas bougé de ma tente, j'ai avalé deux bouquins et pas mal de chocolat. Brouillard, pluie, vent je suis à 2300 m, il fait 6 degrés. Bonjour le grand écart ! Et puis le jour d'après il a fait beau et j'ai profité comme il se doit des jolis paysages et de la chaleur revenue. Alors que j'étais près de Vicdessos pour mon ravito, un ultratrail m'invite à modifier ma trace. Je remonte le vallon de Bassies, qui m'en colle plein les pupilles et descends direct le lendemain à l'épicerie.

 

Samedi 20 août, je sors de l'épicerie de Vicdessos, je tends le pouce pour monter idéalement jusqu'à l'étang de Soulcem, à 15 km, au bout d'un cul de sac improbable, en plein après-midi, pas l'heure la plus favorable. Le troisième véhicule s'arrête, Eric me demande où je vais, il me dit de monter. Et me pose une demie heure plus tard… à l'étang de Soulcem ! Ça tient du miracle. Un type super sympa.

 

J'ai alors passé des cols et longé des lacs, passé la frontière je ne sais combien de fois. En passant devant le refuge de Fourcat, j'ai craqué. Noyée dans le brouillard ave déjà 1700 m de d+ et 17 km pour la journée, j'ai craqué pour la chambre indiv à 10 euros ( privilège du métier qui me donne droit à mi tarif sur les nuitées). Et j'en ai profité pour me laver les cheveux. Ouch ! Ça faisait si longtemps. La dernière fois que j'ai dormi dans du dur c'était à Hendaye ! 

 

Je commence à avoir un peu de lassitude parfois à faire tous ces détours pour voir les différentes vallées. Je ne suis jamais déçue, certes, mais bon voilà. Et puis les sentiers des Pyrénées ne sont pas roulants, c'est cassant, les kilomètres ne se déroulent pas vite et il faut une attention de chaque instant et c'est ça je crois, qui commence à me peser. Et puis le fait de toujours manger la même chose ou quasi, j'ai envie de légumes et de fruits, grave ! Le fait de toujours avoir à regarder où poser les pieds me fatigue parfois, fatigue mentale. Oh, sauf cas de force majeure j'irai au bout, évidemment, ce n'est plus si loin et je serais plus frustrée encore d'arrêter si près du but. J'ai la forme, pas de douleur… tout va bien.

 

Après quelques jours de superbe parcours espagnol en partie sur le GR11, et un tout aussi bel itinéraire pour traverser tout le nord de l'Andorre, me voici au Pas de la Case à faire les boutiques de tabac, d'alcool et de parfums. Nan… je déconne, mais toujours est-il qu'il a fallu faire 3 magasins pour rassembler sardines, muesli et fruits secs ou à coque. Bref, un autre monde ! 

 

La distance jusqu'à la mer ? Je tiens le bon bout, je peux quasi compter les jours restant sur les doigts, à moins que la météo… et je fais des incantations tous les matins pour que mes grolles ne me jouent pas de mauvais tour ! Mais elles ont l'air décidées à me tenir compagnie jusqu'au bout...

 

 

 Et ben ayet, la voilà !

 

Bien, j'étais au Pas de la Case en train de choisir le parfum qui pourrait masquer l'odeur de 3 mois de vagabondages pyrénéens quand je t'ai écrit la dernière fois. La météo annonçait des journées très orageuses pour la semaine qui suivait et je me demandais comment j'allais pouvoir gérer cette situation. Eh bien le soir même, la foudre a tapé trois fois à moins de 300 mètres de la tente, le son et lumière a duré pas moins de 8 heures, oui oui, 8 heures, avec durant tout ce temps interminable, une pluie battante. J'avais soigné l'installation et, bien que je n'aie guère dormi, j'étais au sec jusqu'au bout de la nuit. Et à 10 heures, je reprenais mon chemin… après avoir laissé sécher la tente. J'ai encore fait des détours, par le vallon d'en Beys et un bout du tour des Péric, par les lacs de Camporells, une zone que j'ai trouvée magnifique. Des eaux tortes encore dans les mousses des tourbières calmes… entrecoupées de jolis pierriers, gros blocs où lenteur est gage de sûreté. Il y eu de la pluie encore, mais l'orage infernal de la première nuit a bouleversé la situation et les journées suivantes ont finalement été assez calmes. Pas d'orage avant 17 heures…

 

Un passage à la biocoop et au casino de Boquére, (le casino où on fait les courses hein), et me voici de nouveau lestée pour quelques jours. Je traverse les villages de Eyne et Llo puis récupère la crête et la frontière espagnole au col de Finistrelles. Les gorges du Sègre, outre leur intérêt géologique, sont jolies mais n'ont rien de très spectaculaire. Une fois sur la crête, je n'en suis guère redescendue, j'ai recroisé ma trace de 2021 au col de Carança et ai vu de haut Nuria, côté espagnol. La seule raison de quitter la crête est d'attraper de l'eau pour mes bivouacs. Les orages se sont calmés, il tombe parfois une averse en fin de journée mais c'est gérable facilement. Enfin… sauf quand ça se met à taper dès le début d'après-midi.

 

Après un parcours en crête descendante sur des kilomètres jusqu'à Lamanère, au fin fond du Vallespir, je suis entrée dans la forêt. J'avais oublié que les arbres permettent de marcher à l'ombre mais aussi que la végétation envahissante est le domaine des tiques, moustiques… et que sous les arbres, à l'ombre, ma batterie ne charge pas… Saint Laurent, pas en Grandvaux mais de Cerdans, quelques courses au 8 à 8, ma foi plutôt bien achalandé, et je repasse la frontière sous un ciel déjà noir à 10 heures du matin. 

 

Arrivée à Maçanet de Cabrenys après 10 km en stop pour abréger les kilomètres sur le macadam, je fais sécher la tente et repars. Mais à la Viajol, l'outre au dessus de ma tête, soudainement percée par un furieux glaive, se vide à n'en plus finir. Il y a une auberge de jeunesse municipale dans ce petit patelin, je succombe. J'ai une douche chaude, la première depuis Hendaye, une serviette de bain au moins aussi bonne que la douche elle-même, une lessive machine, la première depuis que je marche le 8 juin, la possibilité de charger à bloc tous mes appareils, une cuisine à dispo, un lit propre et confortable. J'y suis seule, j'ai 120 m2… Et j'en profite pour me mettre à jour d'un tas de choses. Le tout pour 15 euros… 

 

Le jour suivant je n'ai croisé qu'un seul randonneur. Le début de journée fut assez monotone, en forêt sur de la grosse piste forestière carrossable. Puis j'ai passé la voie ferrée, l'autoroute, les zones commerciales et la vieille ville à La Jonquera avant de remonter en face. Maquis, le soleil cogne fort, ni ombre ni eau. Rien du caillou et des piquants, des griffants… Je passe vers un château qui émerge de la forêt, perché sur une butte. Et à la ferme voisine, la femme voudrait me faire croire que je ne trouverai plus d'eau jusqu'à Cerbère,... pour m'en vendre. Mais ça ne marche pas. Après un bivouac fort sympathique au bord d'un ruisseau dans les bois, je remonte à 700 m, puis descends à 192, et remonte me poser au refuge du col du berger mort, aussi appelé col de Banyuls. Quoi ? Col de Banyuls ? Ah oui, depuis ce col à 361 m, je pourrais juste me laisser glisser jusqu'à la grande bleue et avoir les orteils dans l'eau dans 10 km, sauf que je veux suivre la crête pyrénéenne jusqu'au bout, et arriver à Cerbère… avant la suite. Comme je n'aurai pas d'eau sur les crêtes qui s'annoncent énergivores et que les nuages noirs montent déjà malgré l'heure précoce, je m'arrête à 12 h 30. Et alors ? Un gentil employé du parc, espagnol, venu donner une interview, est allé me chercher 6 litres d'eau au village. Avec les 4 que j'ai déjà ça devrait aller jusqu'à Cerbère, putain de chaleur, putain de sécheresse. Il y en a plein des sources, des ruisseaux, des rivières mais cette année " todo es seco". Eh oui tout est sec, que du caillou. Certains habitants de maisons isolées ont la bonne idée de mettre à dispo des randonneurs qui font le GR11, des bonbonnes d'eau en bord de chemin c'est dire… Du col de Banyuls je vois la mer au nord, je vois la mer au sud, mais le lendemain, c'est à l'Est que j'irai, là où je ne vois que des tas de cailloux recouverts de piquants et de griffants. Mouarf !

 

Voilà, le lendemain donc, je pars de la cabane du berger mort sous un ciel dont je ne sais s'il va s'eclairicir ou au contraire s'assombrir. Ce fût la seconde option. Trois heures d'orage pour mon parcours en crête qui doit être de toute beauté. Cependant, un peu avant d'arriver à Cerbère, la pluie s'arrête, le son et lumière également, et le ciel se dégage pour laisser voir Port Bou à droite et son énorme gare ferroviaire internationale et Cerbère à gauche, ave son énorme gare ferroviaire internationale. Re mouarf ! 

Voilà, oui, je suis arrivée à la mer, pas eu besoin de me tremper, j'y suis déjà ! J'ai acheté des fruits et les ai mangé tout en séchant… en partie, parce que les grolles, ce ne sera pas avant demain. 

 

Et puis je suis partie, j'ai pris le sentier côtier jusqu'à Banyuls. On est samedi, donc il y en a qui piaillent on dirait une bassecour, y'en a qui braillent comme des porcs qu'on égorge et y'a des chiens qui aboient, alors ça m'agace, voire m'énerve et je passe mon chemin. Le sentier côtier est joli, une fois que t'as passé le club vacances moche, le camping hideux et l'arrière de l'hôpital, il y a un peu de nature. 

 

Banyuls, je ne me suis pas attardée non plus. Qu'est ce que je peux bien aller faire sur une plage au milieu de corps gras laiteux, moi qui suis sèche et bicolore ? Hein ? 

 

J'ai remis un peu d'essence pour mon réchaud, 21 cts, puis j'ai racheté deux trois trucs pour assurer ma subsistance jusqu'au col du Perthuis à 35 km, et j'ai pris 6 litres d'eau sur mon dos et j'ai repris le maquis pour me poser un peu plus haut. Voilà. Et c'est bien. 

 

Non, je n'ai pas versé de larmes en voyant la mer, non, l'aller retour n'est pas tout à fait terminé. De Banyuls, il me reste 135 km à faire à pince…

 

Alors à bientôt…

 

Fin de l'échappée par les pieds

 

Banyuls, j'aimerais revenir sur l'endroit où j'ai dormi avant d'arriver à Cerbère, à savoir le col de Banyuls. La route y monte côté espagnol, la route y monte côté français mais d'énormes blocs de pierre bloquent le passage de véhicules. "On" m'a dit que ces blocs avaient été mis là pour fermer la frontière et empêcher le passage de migrants et le terrorisme… Comme si trois cailloux au milieu de la route… mouarf ! Bref… c'était un peu glauque.

 

Bien, Banyuls, cela fait deux fois que je fais demi-tour devant une étendue d'eau trop grande pour être traversée ou contournée à pied dans le temps disponible, si ça continue faudra que ça cesse ! Boule de flipper, il faut que j'arrête d'aller d'Est en Ouest et vice versa, je me retrouve chaque fois le bec dans l'eau. 

 

En quittant la côte à Banyuls, je trouve un petit coin pas très discret pour dormir sur les hauteurs de la bourgade, à proximité du GR10. Avarie de matelas, la valve lâche et je dors sur du "gonflé à moitié". Pas top, je sens le sol dessous et c'est irréparable… je vais terminer ma marche comme ça. 

 

Le lendemain est une superbe étape en crête, offrant de jolies vues sur le littoral méditerranéen, Argeles, Leucate… La forêt de Massane m'impressionne par la taille énorme de ses bouquets de hêtres et marcher sous et entre ces grands arbres me fait éprouver un véritable bien-être. J'y dors, dans une cabane entourée de brouillard en compagnie d'un autre randonneur. Ensuite, j'ai voulu dormir une nuit au dessus de Las Illas, au col frontière, après avoir suivi la crête toute la journée. Surprise ! Route macadamée côté espagnol qui s'arrête net à la frontière pour laisser place à une piste côté français, et surtout une flopée de militaires, pour la plupart très basanés ou noirs, parlant français comme ils peuvent ou pas du tout, armés jusqu'aux dents et qui jouent à la guerre sous le ciel noir qui menace de s'épancher. Des véhicules français estampillés " vigie pirate". Je débarque là au milieu comme un chien dans un jeu de quilles, ma poche à eau pleine à la main, à la recherche de 6 m2 plats où installer ma couche pour la nuit… Ça flashe et gronde. Je leur demande la raison de leur présence, "protection" me répond un black avec un fort accent. Eh ben je ne me sentais pas du tout en sécurité, j'ai fait demi-tour et suis descendue un bout avant de finalement poser ma tente sous un chêne et les premiers grêlons. Des grillages le long de la frontière délimitent un no man's land imposant. Las Illas, grillage tout neuf de 2 mètres de haut, surmonté par un fil électrifié. Sur les 40 cm au sol, grillage renforcé à petites mailles et 50 cm en retrait du grillage, 3 rangs de fils électrifiés sur 50 cm de haut au total. Le sentier balisé longe ce grillage pendant trop longtemps puis on passe une porte métallique pour poursuivre en Espagne vers Las Salinas, puis repasser la frontière... sans porte ni grillage. Pour rappel, j'ai passé la frontière des dizaines de fois en 3 mois, sur les routes ou les chemins, sans jamais voir un contrôle et c'est bien comme ça, autant dire que l'argent dépensé pour tous ces dispositifs et déploiements dérisoires, n'est à mes yeux qu'un honteux gaspillage. J'ai eu la désagréable impression que l'État a armé des migrants pour empêcher l'intrusion d'autres migrants sur l'Hexagone ?!

 

Ensuite et pour aller jusqu'à Amélie les Bains, beaucoup de fouillis de végétation impénétrable, et des ronces dont les branches ploient sous le poids des mûres gonflées de sucre et de vitamines. Tous les jours je me goinfre, les avalant par pleines poignées. Roc de Fraussa, col du Drapeau, bivouac et descente sur Amélie les Bains où je fais mon dernier ravito sur cette partie pédestre. Lors de ce bivouac, dans la nuit je me lève pour pisser, sors sans frontale à poil. Alors que je me soulage, j'entends arriver le galop d'un animal, sanglier, qui vient droit vers moi. Quand il fût à 20 mètres, je ne le voyais pas et vice versa, toujours aussi pressé, je lui ai demandé " tu vas où comme ça ?" La bestiole s'est arrêtée net à quelques mètres, je pouvais maintenant le voir et vice versa, s'est interrogée, m'a identifiée, a grogné, fait demi-tour et détalé en gueulant aussi vite qu'il était arrivé.

 

Amélie, le Canigou n'est plus très loin, j'y accède le jour suivant par la Batėre puis la crête du Barbet et la Cheminée. J'y étais déjà montée, il y a… 31 ans. S'ensuit une interminable descente vers la vallée de la Têt, plus de 2500 mètres plus bas, que je traverse au niveau de ce qu'il reste du lac de Vinça. Et en ce 10 septembre au réveil, il me reste 19 km et 1000 m de d+ à parcourir dans le Fenouillèdes avant de poser mon sac. C'est chose faite à 14 heures. 

 

Fin de la partie pédestre. 

La boucle est bouclée, la mission accomplie. 

Le sentiment d'accomplissement bien présent. 

Non, je ne connais pas les Pyrénées pour autant, je n'ai fait que passer mais disons que j'ai une idée du "à quoi ça ressemble". 

Pour tout le reste, il faudrait y vivre.

 

J'ai trouvé une diversité, certes paysagère, mais pas que. Les Pyrénées orientales ne ressemblent en rien aux vallées ariégeoises, pas plus qu'au coeur des Pyrénées, qu'au pays basque. Les Pyrénées espagnoles ne ressemblent guère aux françaises. Des sous-bois inextricables, du maquis, des fougères, des champs de cailloux, des lapiaz, en passant par des pâturages et quelques forêts… Des vallées espagnoles, larges, baignées de soleil, aux vallées ariégeoises abruptes, sombres et noyées dans le brouillard, mystérieuses. Des sommets très minéraux. Des lieux touristiques accablés par une masse humaine parfois compacte, aux endroits où le sentiment d'isolement et donc de vulnérabilité étaient forts. Du macadam aux singles envahis par les ronces, de la terre battue où l'avancée est rapide aux chaos de blocs rocheux où j'ai joué les équilibristes. Des pâturages ouverts aux sous-bois qui ont entamé ma peau… Des zones où chaque creux révèle un lac, chaque thalweg un ruisseau, aux longues étapes sans eau. Des fonds de vallées encaissés et sans horizon, étouffants, aux crêtes aériennes et aérées avec vue sur l'infini…

 

J'ai trouvé une diversité linguistique, et identitaire, affirmées. À la question "espagnol ou français ?" que j'ai souvent posée pour savoir dans quelle langue poursuivre, on m'a répondu " basque, catalan, espagnol, français" Sur un massif qui somme toute n'est pas très grand, cela fait déjà pas mal. Et des querelles de clocher bien sûr entre ces différentes entités. Et tous ces différents mots suivant les vallées pour désigner les cols, les cabanes, les sommets m'ont enchanté. Des tucs, des hourquettes, des cayolars, des burons, des turons, des jasses, des puigs, des pics, des ports, des coll et collados des soums, des cirques… La géologie de ce massif m'a semblé complexe et très diversifiée également, en partie responsable évidemment de la diversité paysagère… Des lacs, beaucoup, très beaux. 

 

J'ai trouvé une diversité dans les pratiques agricoles. Au pays basque, toutes les estives sont accessibles par le macadam, les sources sont captées pour alimenter les cayolars, les éleveurs montent à tour de rôle pour la surveillance et les soins du bétail. Beaucoup de chevaux. Pas ou peu de traite et fabrication sur place, pas de prédateurs, la vie est belle et "facile". Pas de chiens, ni de protection ni de travail. Au coeur des Pyrénées, des bergers qui bossent avec des ânes ou des mules pour leurs ravitos, qui traient 2 fois par jour et à la main quelques centaines de brebis et quelques vaches (salle de traite mobile), qui fabriquent sur place… sur la brèche de 5 à 23 heures, avec parfois une sieste d'une heure, le tout dans des conditions parfois extrêmement spartiates, avec la menace de l'ours, et maintenant du manque d'eau. Magnifiques patous et borders collie. Et puis des régions sans rien, comme les PO, où il n'y a que des piquants et des griffants sur un sol caillouteux ingrat, même pas bon pour des chèvres. 

 

J'ai aimé cheminer dans les nombreux vestiges des exploitations minières d'altitude, et j'ai aimé lire les panneaux ou écouter les explications sur tous les échanges historiques transpyrénéens, qu'ils soient commerciaux ou humains. Le bois, le minerais, la retirada et autres passages "clandestins". J'ai aimé jouer à saute-mouton en permanence sur cette frontière, passant du français à l'espagnol et vice-versa.

 

J'ai cheminé seule à 95%. Au moins. J'ai fait quelques belles rencontres, éphémères. J'ai évité autant que possible les endroits à moins de deux heures des parkings, j'ai croisé du monde quand j'étais sur le GR10. Dès que je pouvais sortir de cette autoroute pour prendre des GR de pays, ou la HRP, ou le GR11, les rencontres étaient plus espacées, voire absentes. Et sur les chemins non balisés, sentes de bétail ou "à travers en mode sanglier", c'est le calme complet où les rencontres sont plus souvent animales. Profusion de sangliers dans les étages forestiers, de jour comme de nuit, du cerf un peu plus haut, puis des isards, des marmottes et une quantité incroyable de grands rapaces et charognards, les nettoyeurs…

 

J'ai aimé être en Espagne quand il faisait un temps pourri dans les vallées françaises que les "entrées maritimes" noyaient sous un brouillard dense et humide. J'ai aimé voir les volutes et les nuages français bousculés par le vent se heurter à cette crête frontière sans pouvoir la franchir. À quelques dizaines de mètres de distance seulement, d'un côté grand bleu, de l'autre la mouise pendant des jours.

 

Les sentiers des Pyrénées sont souvent cassants, techniques, nécessitant une attention de chaque instant, à chaque pas. Je me suis parfois rabattue sur les GR parce que cela me "fatiguait" d'avoir toujours besoin de regarder où et comment poser le pied. Je me suis vautrée parfois, rarement, mais ces chutes sans gravité sont chaque fois de sérieux rappels à l'ordre parce qu'avec un sac lourd, on ne tombe jamais légèrement, on se vautre comme une m…

 

Le ciel a été généreux en soleil et la météo éprouvée sur ces trois bons mois de marche peut se résumer en 2 mots : chaleur et orage. En effet, j'ai passé des heures à dégouliner et à chercher l'ombre, trouvant les jours parfois beaucoup trop longs, attendant l'extinction du chalumeau avec impatience, ne sachant pas où me mettre pour être bien. Et j'ai passé des heures, heureusement beaucoup moins nombreuses, sous ma tente martelée avec force par des gouttes épaisses et serrées, voire de la grêle, secouée par des bourrasques inquiétantes, à une distance trop faible des impacts de foudre. Dans ces grosses tourmentes et quand le craquement et le flash sont simultanés, je fermais les yeux, recroquevillée sur ma mousse isolante, la tête rentrée dans les épaules et après l'impact à chaque fois je murmurais pour moi-même : "Loupé, je suis vivante.", mais je ne brillais pas. J'ai tenté au mieux de me protéger de tous ces aléas météorologiques, ai passé deux nuits en refuge gardé et deux nuits en hôtel pour ne pas me mettre en danger. Et puis une journée complète sous ma tente sans bouger. 

 

Mon itinéraire fût extrêmement tortueux, j'ai visité et traversé, ou parcouru, beaucoup de lieux, patiemment, repassant parfois à quelques centaines de mètres plusieurs jours plus tard après un grand détour. Dès que je pourrai, je mettrai ma trace sur ce site. J'ai sillonné, de chaque côté de la frontière. Les raisons principales qui m'ont fait modifier le tracé que j'avais longuement préparé à l'avance ont été la présence de neige, la météo, la nécessité de trouver de l'eau ou de la nourriture, le besoin de "repos". Je m'explique sur ce dernier point. J'avais préparé une trace ambitieuse, jour après jour, avec des sections parfois longues, hors sentiers, sur des crêtes… Hors comme expliqué précédemment, après des parties de 3 ou 4 jours très techniques, où il fallait parfois mettre les mains, j'éprouvais le besoin de terrain un peu plus facile, plus roulant, nécessitant moins d'attention. Avancer en permanence en "navigant" requiert beaucoup d'énergie et d'avoir toujours le nez sur la carte. Mon sac était lourd pour ça, hors, si je voulais rester en hauteur et ne pas redescendre trop souvent, j'étais obligée de prendre parfois plus d'une semaine de nourriture. Dilemme toujours. Les Pyrénées ont ceci de très différent d'avec les Alpes qu'elles ne sont pas fragmentées par des vallées profondes où se lovent villages importants et villes où l'on peut facilement acheter à manger au passage. D'autre part, ma volonté d'être autonome, seule et tranquille, et la complexité de mon régime alimentaire font que je ne fréquente pas plus les refuges que les gîtes, restaurants et autres… La liberté se paie parfois en kilos dans la besace. Dans tous les cas, cet itinéraire m'a comblée.

 

Ma carcasse ne m'a pas fait souffrir et j'en suis fort contente. Je termine certes un peu fatiguée mais mes pieds, mes genoux et mon dos n'ont quasi pas couiné, ce qui était loin d'être gagné en partant. La douleur intense qui m'a fait boiter pendant 9 jours était à priori due à une épine calcanéenne. Il s'en est fallu de quelques jours seulement pour que j'abandonne la partie cette année encore… Mon sac était trop lourd, évidemment, et j'ai parfois évité des parcours en crête techniques parce que ainsi chargée, je perds trop en équilibre, dextérité, aisance… 

 

Au niveau du matériel, pas de souci notoire. Mes semelles de chaussures terminent bien bien lisses, la seconde couche bien entamée par endroits, mais elles sont allées au bout. L'intérieur est nickel, elles ne sont plus étanches… plus de 2000 km de montagne. La valve de mon matelas a rendu l'âme, j'en attends un nouveau, en test. Mon sac à dos léger, forcément fragile, a nécessité quelques points de suture. J'ai pu être autonome en énergie avec mon panneau solaire et ma petite powerbank. Une chose m'a frustrée sur cette longue itinérance pédestre, celle de ne pouvoir écrire autant et comme je l'aurais souhaité. Toujours j'ai bâclé ma prise de notes quotidiennes et les posts de mon site parce que, faisant tout sur mon téléphone et rechargeant uniquement au solaire, j'étais en permanence soucieuse d'économiser ma batterie. La tente Vaude s'est bien comportée, elle tient très bien à l'eau et au vent si elle est bien orientée. La partie moustiquaire a des trous de 2 cm, provoqués une nuit par des grillons, criquets, bref ce genre de bestioles. Bâtons de marche nickel. J'ai utilisé tout le matériel, parfois très peu, comme veste et pantalon de pluie. 

 

Que dire de plus ? N'hésitez pas à me poser des questions sur des choses qui vous intriguent, vous interrogent. Je gérais les orages en tentant de planter ma tente et avoir de l'eau avant que ça pète, ce qui demande un peu d'anticipation car on ne plante pas la tente n'importe où quand il y a menace d'orage. (Pas près d'étendues d'eau, pas au pied de falaises, pas sur les crêtes, faire attention aux cuvettes, aux écoulements, aux terrains qui ne drainent pas, protection contre le vent et les bourrasques…)

 

Il y aurait tant à dire… 1709 km à pied, 102 760 de dénivelée positive. 88 jours de marche + 4 jours de repos complet. À ajouter à ce qui avait été fait l'an dernier.

7 nuits payantes ( refuge d'Espingo : tempête, Luz St Sauveur 3 nuits : épine calcanéenne, Hendaye, 2 nuits : canicule, refuge de Fourcat : météo) 

 

Je digère gentiment, des images d'endroits magnifiques me reviennent, la mémoire a commencé son tri sélectif. Il me tarde de voir mes photos autrement que sur l'écran de mon appareil photo. Je récupère physiquement, je savoure ce temps de transition éphémère entre marche et vélo.

D'ailleurs après un seul jour de repos complet j'ai ressorti le vélo, tout doux tout doux, désireuse de refaire un minimum la selle et de faire tourner les jambes avant de remonter dans le Jura. Je fais toujours mes étirements quasi quotidiens. 

 

Et non ! Je ne sais pas quelle sera ma prochaine folie, mes prochaines découvertes. Je n'ai pas encore de projet en tête.

PS : aucune des photos de cet été n'a subi la moindre retouche. Elles sont telles que prises avec mon petit compact. Je n'ai ni le temps, ni l'envie, ni l'autonomie de batterie nécessaires.

Et hop !

 

Retour express

 

Après 10 jours de repos, de bons moments, 4 petites séances de vélo, quelques bières, de succulents repas et des nuits régénératrices, me voici opérationnelle pour entamer le retour vers mon chez moi. Depuis plusieurs jours je surveille les prévisions météo sur mon parcours, et le mardi 20 septembre au matin, mes freins qui couinent méchamment réveillent tout le village alors que je prends la route. Comme pour l'aller, j'ai préparé un colis en Mondial relay pour les affaires dont je n'aurai pas besoin et c'est donc avec un paquetage relativement léger et peu volumineux que je m'élance. La plus grande descente du parcours est faite dans les tout premiers kilomètres.

 

Je ne dois pas trop traîner, un possible épisode cévenol se profile pour la fin de semaine et je dois être à Valence avant. Car à Valence (435 km), il y a le vélogîte de Bruno et Marianne, des amis que je suis bien décidée à voir sur mon parcours. L'itinéraire est simple : rejoindre le Rhône au plus court, au plus plat, en évitant les grandes villes et les trop gros axes, puis suivre la via Rhôna jusqu'à Vienne, couper ensuite vers l'Est et retrouver le fleuve après avoir shunté toute la partie lyonnaise, et terminer par Bellegarde et la vallée de la Valserine.

 

Dans les premiers villages traversés, les vendanges vont bon train, la route est parfois collante de sucre du raisin échappé des bennes et écrasé par les véhicules, les coopératives et autres caveaux se repèrent au flair à plusieurs centaines de mètres. Les premières journées sont bien ensoleillées, la température est idéale, le vent absent ou favorable ou... pas trop fort. J'avance bien, et même mieux que prévu. Sans avoir pédalé depuis des mois, je ne m'attendais pas à faire des étincelles mais ça passe plutôt crème. Certaines petites routes ressemblent plutôt à de mauvais chemins, défoncées, tape-cul, énergivores et je privilégie donc les départementales où je suis plus efficace. Des dizaines, des centaines de kilomètres dans les vignes. Si je me basais sur ce que j'ai vu sur ce trajet retour, je pourrais dire que ce pays est monoculture tant j'ai traversé de vignes et rien d'autre. En bas c'était les vendanges, plus haut, elles étaient déjà faites et j'ai vu certaines vignes sèches sur pied, avec des grains rabougris, ratatinés, secs. Je suis passée à Saint Guilhem le Désert et ai remonté les gorges de l'Hérault jusque sur le causse de la Selle, le tout dans le calme de septembre un jour de semaine. Je trouve des fruits régulièrement et me gave, après ces mois de frustration. Et puis à la Roque sur Cèze où l'eau a sculpté de superbes formes dans le calcaire du lit de la Cèze, je fais une petite halte. Sur l'autre rive, c'est à dire à 4 mètres de moi, il y a un couple et tout à coup la femme penchée au dessus de l'eau s'écrie :

  • Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhh !

Son conjoint approche vite et je suis moi aussi prête à intervenir suite à ce cri qui déchire limite les tympans. Elle continue :

  • Des poissooooons !!!!

Et là c'est sorti tout seul de ma bouche :

  • Ooooh, des poissons dans l'eau, mon dieu comme c'est bizaaarre !

Fin de l'épisode. J'en rigole encore.

 

Dès le jeudi soir je retrouve le Rhône au niveau de Pont Saint Esprit et n'ai plus qu'à suivre la Via Rhôna. Je suis tout de même surprise de constater que les chasseurs aussi sont sur la Via Rhôna alors que des centaines de cyclistes en tous genres y passent chaque heure... Et plus tard, depuis mon bivouac, j'entends le rallye automobile de ces connards (oui oui j'assume) en bagnole sur la piste cyclable à grands coups de klaxons avant chaque virage des fois qu'il y resterait un cycliste !

 

La perturbation météo initialement annoncée pour la nuit de samedi à dimanche semble avoir pris de l'avance et je ne suis pas mécontente à l'idée d'être à Valence vendredi.

 

Alors la Via Rhôna... J'avais juré de ne jamais suivre ces itinéraires mortellement plats le long des fleuves et voilà que je me retrouve contente à l'idée de filer sans avoir à me soucier ni des directions ni du trafic, sur le mètre cinquante de macadam hors du reste du monde ou quasi. Autant le dire tout de suite, j'ai pas aimé. Je n'ai pas aimé les incessantes chicanes, je n'ai pas aimé les virages à 90 degrés, je n'ai pas aimé traverser le Rhône quasi à chaque pont, je n'ai pas aimé tournicoter un coup à droite, un coup à gauche, passerelles himalayennes métalliques (comprendre pont suspendu, ah, l'exotisme jusque dans les mots...), virevolton sous les ponts comme sur des échangeurs autoroutiers, plots au beau milieu du mètre cinquante, quelque peu dangereux. Bref, pour faire 10 bornes vers le nord, tu en fais 13 ou 15, et tu as relancé 50 fois la machine, sans même avoir le loisir de croiser une seule pâtisserie (un exemple au hasard). Bref, ça n'avance pas et ça tue les jambes. En septembre au moins pas trop de monde et pas besoin d'avertisseur sonore. Alors c'est sûr il y a de jolis villages parfois, de jolies centrales aussi, avec de beaux panaches qui forment des nuages, qu'on contourne sur trois faces pour bien les voir sous tous les angles, de jolies faces arrières de zones commerciales ou industrielles, et de jolis vieux ponts aussi. Et le Rhône dans tout ça ? Eh bien on ne le voit que rarement, à part depuis les ponts justement. Souvent une haie nous prive de sa vue, quant aux parties le long des canaux de dérivation, la piste cyclable passe de l'autre côté de la digue, au pied. Voilà voilà, d'ac, je ne vais pas me faire que des amis sur ce coup. Je suis remontée sur la route à la Voulte sur Rhône pour ne plus la quitter, j'avais juste envie de faire du vélo, pas uniquement du gymkana. En arrivant à Valence vers 13 heures, je suis passée sous le pont des grafs, super, et puis chez Aldi où j'ai taillé la bavette un moment avec la jeune qui faisait la manche, et où j'ai encore failli m'énerver.

Je raconte.

Je suis en train de casser la croûte dos au mur d'Aldi. Deux rebeux dans une BMW se garent sur la place handicapé, le chauffeur descend mais laisse tourner le moteur, le passager reste dans la voiture. Plusieurs minutes passent. Comme j'en prends plein les naseaux, je me lève et vais demander poliment au passager de couper le moteur.

  • Nan, j'peux pas sinon elle redémarre pas.
  • Le coup classique mais j'aimerais s'il te plaît que tu coupes le moteur, j'en prends plein les naseaux.
  • J'te dis j'peux pas.
  • Ça vaut bien le coup d'avoir une BM !

Plusieurs minutes passent encore, je retourne le voir et lui redemande poliment de couper le moteur. Même réponse évidemment. Alors j'ai dit :

  • Ben tu vois, je suis une femme, mais si j'étais un mec, je mettrais un grand coup d'saton dans ta caisse, et pi un gros coup d'boule dans ta tronche. Voilà, mais je peux pas et t'as juste d' la chance gros connard que j'sois une femme.

Ça ne sert à rien, je le sais, mais ça me soulage de le dire.

Ma réintégration s'annonce chaude, j'ai du mal avec la société, et il y en a des pareils dans mon village.

Sur ce, un petit tour à la biocoop pour la fin du trajet et me voici au Vélogîte à 15 heures. Soirée crêpes dans la bonne ambiance, c'est bon !

La météo pour le samedi ne s'annonce pas tant moche mais sur le Jura dans quelques jours c'est un peu la cata. Une seule solution pour échapper au gros gros mauvais temps froid : être chez moi au plus tard lundi soir. Je revois mon itinéraire, je ne monterai plus jusqu'à Vienne, je couperai avant. Marianne m'accompagne jusqu'à Tain l'Hermitage, et ces 20 kilomètres sur l'accôtement de la nationale 7 (peu passante un samedi matin à 8 heures) bien câlée dans sa roue ont été une grande aide pour un échauffement au top, les jambes tournent bien, je peux poursuivre. Assez peu de dénivelée pour cette étape très longue qui m'emmène jusque chez Bernard et Christine un peu avant Belley. Des routes mouillées par endroits mais ô chance, je n'ai pas pris une goutte ! 146 km et 800 m de d+ à 22 km/h sur mon tank chargé et équipé de pneus de 2 pouces ! Je ne suis pas encore foutue.

 

Dimanche, je voulais m'avancer d'au moins 40 km pour ne pas avoir encore une dernière étape de folie mais la météo au moins aussi indécise que moi n'a pas arrêté de changer d'avis, et a finalement fait que je suis restée pour finir le clafoutis aux noyaux. Le temps des restrictions est bien là, les noyaux ont du goût et sont réutilisables à condition de ne pas trop les sucer. Heureusement qu'il y avait de la choucroute avant. On a joué au trivial poursuit. On a rigolé, et c'est pas tous les jours ! Et je me suis endormie dans les mêmes draps que la veille. Le défi pour le lendemain, dernier jour avant la météo de dèche : 118 km et 1650 m de dénivelé positif, le tout avant 17 heures (pluie). Heureusement que le goût des noyaux tient au ventre !

 

Et comme ils sont vicieux ces gens, Bernard commence par me faire faire 4 km de rab dès le départ. Euh, c'est peut-être de ma faute... Je lui ai demandé s'il pouvait m'accompagner jusqu'à me mettre sur la via Rhôna (je voulais dire au bord du Rhône), mais à cet endroit elle est de l'autre côté du fleuve ! Bon ben ça fera 122 km, je n'en suis plus à ça près. À beaucoup d'endroits la route est mouillée mais je suis rapidement en t-shirt et manchettes, short, et j'appuie sur les pédales. Peu importe que j'arrive claquée, c'est le dernier jour. Culoz, Bellegarde, Chezery Forens, Lelex, le Tabagnoz. Le ciel jusque là plutôt clément, au détour du virage des Tuffes, apparaît soudain d'une noirceur qui ne donne pas confiance. Restent 12 km, je ne vais tout de même pas me faire mouiller maintenant ! Le vent me pousse. Il est 15 heures quand je passe la pancarte de mon village, j'immortalise, les premières gouttes s'écrasent mais ça ne mouillera pas la poussière. Le thermomètre de la pharmacie affiche 7 degrés, je suis toujours en short, t-shirt et manchettes, et je n'ai pas froid, c'est dire si j'ai appuyé !

Et là le dernier doute...

Cela fait dix jours que je me demande si j'ai laissé une clef. Je ne l'ai retrouvée ni dans mes sacoches ni dans mon sac à dos. Je suppose... je suppose que j'étais partie sans. Allez, j'ai confiance, sinon je l'aurais trouvée, je suis quelqu'un d'ordonné... Ouf, elle est là, j'ouvre la porte et je rentre chez moi.

Je rentre chez moi !

Il fait quatorze degrés, ça va, j'ai le droit de chauffer un peu...

PS : les cartes Voyages à vélo et voyages à pied sont à jour.