Petit tour automnal

 

Voilà, je ne sais même plus exactement quand j'étais rentrée, autour du 25 septembre je crois. Alors c'est long jusqu'à l'hiver, d'autant plus que l'été joue les prolongations, que les températures restent clémentes voire chaudes. Vous l'aurez deviné... je suis repartie. Oh, pas longtemps ! J'ai juste profité de cette semaine annoncée particulièrement sèche et chaude entre le 25 et le 31 octobre inclus pour faire une petite escapade. Je me suis décidée au dernier moment et ai hésité entre "à pied ou à vélo". Comme le fait de prendre mon auto m'est devenu un peu étranger pour partir en vacances, la balance a penché côté vélo. Cela me permettra d'aller plus loin et de ne pas polir des cailloux que j'ai déjà poli maintes fois, cela me permettra également de ménager mes articulations... Donc vélo.

Où ?

Hésitation encore entre Morvan et Vosges et puis hop, l'idée m'est venue d'aller faire un tour sur le plateau des 1000 étangs, puis sur les ballons comtois (et un peu alsaciens) avant de rentrer en suivant le Doubs depuis Ste Ursanne jusqu'à quasi sa source. Le hasard, oui, le plus pur hasard fait que mon itinéraire sur Iphigénie mesure exactement 666 km. Vade retro Satanas, le chiffre de la bête, du Diable, je n'ai rien à voir avec la religion secrête de la bête : la franc maçonnerie ! Je ne vais pas pour autant refaire ma trace, étant certaine de la modifier en cours de route. Donc au programme pour la semaine à venir (et plus si l'été indien se poursuit) : sillonner le plateau des 1000 étangs, gravir la Planche des Belles Filles et la Super Planche, gravir le ballon de Servance, gravir le Ballon d'Alsace, gravir le Grand Ballon, rallier le virage du Doubs à Ste Ursanne, là où il prend son héroïque décision de ne pas aller en Suisse et de revenir en France fissa pour y couler des kilomètres heureux, et suivre ce cours d'eau au plus proche quasi jusqu'à sa source à Mouthe. Après coup, je me dis que j'aurais pu simplement suivre le cours d'eau de sa source à sa confluence. Il a cette particularité d'avoir les 453 km de son linéaire dans le département qui porte son nom (sauf sa petite incursion en Suisse qu'il regrette immédiatement). Sa confluence n'est distance de sa source que de 70 km à vol d'oiseau... une autre fois ! Cela m'aurait toutefois beaucoup moins fait mal aux jambes !

Me voici donc partie, relativement légère. Seulement deux sacoches à l'arrière et deux minis sacoches pour la mécanique et réparations éventuelles. J'ai fait le choix de ne pas prendre de réchaud, ni popote. Je pars avec un duvet 2 degrés confort, le même que cet été.

Jour 1 : j'attaque droit dans le pentu par la montée et la traversée du Risoux. Les paysages verts et réjouissants du Haut Doubs défilent alors, Chapelle des Bois, Combe des Cives, le col du Pré Poncet, Chaux Neuve, les Pontets, le col des Lanciers, Frasne. Je suis déjà descendue d'un niveau, second plateau. Je poursuis en direction d'Ornans où je touche un fond avant de remonter à l'Hôpital du Grosbois par une magnifique voie verte sur laquelle je rencontre Hélène et Candice venues à ma rencontre. Oui, ce soir, après cette longue étape, je dors chez des amis.

Jour 2 : Sylvain m'accompagne un bout dans le petit matin frisquet. Il fait demi-tour bien avant que je ne passe le tunnel des escargots. J'enchaîne les quelques lacets qui me permettent de récupérer la voie verte, l'Eurovélo 6 je crois, qui longe le Doubs en cet endroit. Je suis bien loin de sa source, il a déjà dessiné son M et s'en va dans la Saône. Il est ici large et majestueux, ce 10ème cours d'eau de France par sa longueur... Des écluses permettent aux péniches et autres bateaux de le naviguer. D'ailleurs tiens je ne sais même pas jusqu'où il est considéré comme navigable. Je l'ai longé de Laissey à Appenans, et c'était bien. Pas trop de chicanes, une belle voie verte qui ne tape pas le derrière sur la selle. Et bien sûr à cette saison et cette heure encore matinale, aucun encombrement ! A Appenans j'ai pris droit au nord pour aller passer la nuit chez un membre Warm Shower aux Guidons. Si si, aux Guidons, c'est le nom du hameau sur la commune de Melisey. Et non, rien n,est laissé au hasard dans la préparation de mes traces ! J'ai passé une très belle soirée aux Guidons. Catherine m'a fait faire quelques pas pour m'emmener voir la réjouissance future, j'ai nommé la Planche des Belles Filles ! Mais avant il faut dormir, il y a du chemin à faire demain.

Jour 3 : Dans "plateau des 1000 étangs", il y a "plateau". Ben moi, le plateau, j'ai surtout vu le petit, tout petit, 22 dents, parce qu'une fois sortie des Guidons, je ne peux pas dire que ce fut plat ! Des rampes infernales passées debout sur les pédales, des bouts de chemins noirs ou blancs, boueux ou non, encombrès d'arbres ou non...Bref, j'ai fait du sport ! J'ai bien sillonné, je n'ai pas vu 1000 étangs mais un certain nombre tout de même. Une région jusqu'à maintenant préservée mais qui, j'ai bien peur, ne le restera pas longtemps, l'objectif étant visiblement d'y développer le tourisme, autrement dit probablement la massacrer en partie. Ceci dit, fin octobre en semaine, je n'y ai pas croisé grand monde. Je suis passée à Ecromagny, la Mer, ai effleuré Saphoz, Emoulières, Beulotte Saint Laurent, ai sillonné les Rouillons et le Grilloux avant d'aller au nord récupérer la route du col des Croix, pas très loin de la Tête Niqueuse. Jolie descente jusqu' à Servance en suivant l'Oignon et là, la partie la plus raide de mon parcours : la montée entre Servance et Belfahy ! J'ai bien poussé et même à pied, j'ai tiré des bords, et bien transpiré ! De Belfahy, je me suis dirigée vers Plancher des Mines, y ai pris de l'eau et ai entamé la rude montée vers la Planche des Belles Filles avec déjà bien des kilomètres et de la dénivelée dans les guiboles. Je suis allée jusqu'au parking en haut, avec 3.5 l d'eau sur le vélo, sans mettre pied à terre. Et j'y ai posé mon bivouac, enfin, cachée dans la forêt sur la crête pour le soleil couchant et levant. Je n'ai pas été enquiquinée par les voisins.

Jour 4 : Allez, je charge le vélo et commence direct par la montée de Super Planche des Belles Filles. Pour rappel, cette montée rendue célèbre par le tour de France cycliste comporte une première rampe à 20%, puis une seconde de 300 mètres à 24%. Oui, oui, oui, j'ai tout passé sur mon vélo chargé. Sur mon 22 x 36. 22 devant et 36 derrière. Oh non, non, non, je n'aurais pas réussi hier soir. Météo brumeuse, la vue n'est pas transcendante mais j'ai atteint un but. Cette route est un cul de sac, toute personne qui monte en véhicule est donc sensée redescendre par le même endroit, sauf que j'ai pris une piste pour aller directement au col du Stalon, Jusque là, tout va à peu près bien. Mais alors pour rejoindre le Ballon de Servance, j'ai comme qui dirait beaucoup poussé. Poussez madame, et parfois même porté, surtout après le col du Luthier. Tout ça pour découvrir que le ballon convoité est en zone militaire, la route qui monte à son sommet interdite. Je plonge alors vers la vallée de la Moselle que je longe un court instant par une voie verte avant d'entamer la montée du ballon d'Alsace. La pente en est extrèmement régulière, à 7%, je bascule vers le lac d'Alfed et la superbe vallée de la Doller, jusqu'à Masevaux. De là, je repasse les cols de Shirm et de Hundsruck pour rejoindre la vallée de la Thur d'où je me cogne encore la montée de Moosch à Geishouse. Et je pose ma tente sous un abri communal 3 cotés tout en haut du village.

Jour 5 : Les jambes sont moins fringantes suite à ces journées d'efforts intenses et ce malgré des étirements quotidiens. Je démarre par la montée bien sentie sur une minuscule route trouée jusqu'à la ferme auberge du Haag. La fin de la montée jusqu'au Grand Ballon est une formalité. Mais tout de même, je vais jusqu'au sommet à pied. Je prends ensuite la route des crêtes, qui ne sont pas plates, m'arrête visiter la nécropole nationale et la crypte du Vieil Armand, avant de plonger vers Cernay. Une grande portion plate, en partie le long du canal du Rhône au Rhin puis de la Largue et me voici à Pfetterhouse où je passe en Suisse. Pour ce jour il me reste la trop dure montée du col de la Croix, je l'ai bien portée ma croix, enfin... poussée ! Je demande de l'eau à la ferme au sommet et me pose juste plus bas, au dessus de Sainte Ursanne, soleil couvhant et levant mais il est très voilé, comme tous les jours.

Jour 6 : Départ en descente avec le coupe-vent. Je passe à Sainte Ursanne à l'heure où les agriculteurs apportent le lait au chalet, à l'heure où les plus matinaux vident un petit crème en lisant le journal au bar de la place. C'est joli Sainte Ursanne, très joli, et j'ai été étonnée de voir à quel point le Doubs est large à cet endroit. Ce n'est pourtant que son premier demi-tour, plus proche de sa source que de sa confluence avec la Saône. Je l'ai suivie, cette belle rivière, dans sa partie la plus sauvage, là où il n' a que 3 ponts et quelques passerelles sur 66 kilomètres, le premier à Soubey, que je traverse, le second à Goumois, que je ne traverse pas. J'ai repassé la frontière sur une minuscule route où l'équipement n'a pas omis de rappeler par un hideux panneau que les pneus neige sont obligatoires entre le 1er novembre et le 31 mars. Ouf, nous sommes le 30 octobre ! A Goumois, j'ai du prendre mes distances avec la rivière, j'aurais pu la longer encore un moment côté suisse mais quoi qu'il en soit vient un moment où elle passe entre de hautes falaises que ses eaux viennent lécher. En Suisse comme en France, il faudra remonter à plus de 1000 mètres d'altitude avant de redescendre le retrouver au niveau de Villers le Lac. La route de la corniche, que j'emprunte, est truffée de points de vue, le plus beau étant probablement celui qui donne sur le débarcadère du Saut du Doubs, au dessus des célèbres bassins. Mon père est venu à ma rencontre, je le retrouve au bas du Pissoux et nous finissons ensemble cette étape jusque chez eux après avoir passé Morteau.La douche fait du bien !

Jour 7 : je ne m'attarde cependant pas chez mes parents. Ce 31 octobre est la dernière journée clémente et sèche annoncée pour l'instant. J'aimerais beaucoup me reposer un jour ou deux mais la météo future ne me le permet pas, aussi je fais dans la foulée les 85km restants pour rejoindre mon chez moi. Pour ce je remonte toujours le Doubs scrupuleusement jusqu'à Rochejean où je passe par dessus le Mont d'Or (montagne qui a donné son nom au fromage) pour rejoindre le col d'Orzieres et la vallée de Joux, en Suisse. Il ne me reste qu'à remonter l'Orbe sur une vingtaine de kilomètres avant de tourner la clé dans la serrure !

Cette virée m'a vraiment donné envie d'en faire une autre, qui longerait le Doubs dans son intégralité. Peut-être pas tout à vélo. Est-il envisageable de le descendre en kayak, en portant bien sûr au niveau des barrages et du Saut du Doubs ? Ou à pied ? Pied + vélo + kayak ? A méditer...Et d'ailleurs pourquoi ce n'est pas le Rau Cébriot qui est considéré comme la source du Doubs, au lieu de la résurgence à Mouthe ? Histoire de débit sûrement.

Et finalement, sauvée par mes modifications incessantes de parcours, je n'ai fait que 655 km ! Sauvée de justesse de la bête !