Salut, 

 

J'étais dans une chambre d'hôtel climatisée la dernière fois que j'ai écrit. C'était à Hendaye sur l'Atlantique. J'en suis repartie le lendemain et ai commencé par suivre un chouillas le GR10. Pas longtemps. Un chemin de traverse m'a fait choper le GR11, le frère espagnol du GR10, plus sauvage, moins couru. À la mi-journée j'ai rencontré Loïs, qui se reposait. Je crois que je lui ai niqué sa sieste. Loïs traverse les Pyrénées plus ou moins par la HRP, au plus court, en autonomie complète. Cela signifie qu'il a avec lui, dans son sac à dos, 30 jours de nourriture. Il marche en kilt. Son équipement est réduit au minimum mais il a tout de même une tente légère. Côté vestimentaire 2 caleçons, son kilt, 2 paires de chaussettes, un t-shirt manches longues à capuche qu'il porte en permanence, un poncho, une petite polaire, une casquette. Chaussures de trail Sportiva Ultra raptor. Pas de réchaud, pas de couteau, pas de smartphone mais un gps. 35 kg au départ. Il n'ira qu'en s'allègeant au fil des jours, il doit avancer tous les jours, quelles que soient les conditions, ses jours sont comptés. Toutes ses étapes sont prévues, progressives, ainsi que ses menus. J'ai marché quatre jours plus ou moins avec lui puis suis partie faire quelques détours. 

 

Je me souviendrai longtemps d'un bivouac de merde, on peut le dire comme ça. Ça a débuté par du crachin, t'avances, puis ça a commencé à mouiller, tu mets le poncho et le couvre-sac, ça se calme donc tu continues en dédaignant un abri potentiel, il n'est que 13 heures. Toute façon t'as pas assez d'eau pour ton bivouac. Plus loin tu hésites, t'as toujours pas d'eau mais ça mouille et tu sais que tu trouveras dans une bonne heure un ruisseau. T'arrives au ruisseau vers 16 heures par une sente dans des grandes herbes qui ont gaugé ce que tu avais encore de sec, et là tu poses ta tente sur des herbes d'un mètre de haut chargées de flotte, que tu prends soin de coucher en te faisant bouffer par les taons que tu déranges. Bien sûr il est difficile de tout garder au sec pendant le montage de la tente. Tu termines enfin et quand tu t'allonges tu réalises que tu as une pente latérale qui va t'obliger toute la nuit à lutter contre la gravité de manière sévère. Et puis il pleut carrément alors tu manges des fruits secs ou à coque, tu ouvres une boîte de sardines et tu ne touches pas aux 4 litres d'eau après lesquels tu as tant couru… Nuit blanche ! Le lendemain tu remballes ton barda trempé dans le brouillard humide, tu enfiles ton short, ton t-shirt, tes chaussettes et tes chaussures trempées, tu continues le single track dans les hautes herbes chargées de flotte qui te trempent jusqu'aux aisselles et tu croises les doigts pour que ce putain de brouillard se lève pour pouvoir faire sécher tout ton matos dans la journée. À ce moment là, Loïs me dit que le pays basque sans cette expérience n'aurait pas été le pays basque… D'accord, une seule fois en 2 semaines, c'est de la chance… Et on a pu faire sécher après la forêt d'Iraty, pour ensuite suer comme des porcs sous le cagnard…

 

J'ai trouvé plus joli le pays basque côté espagnol, plus d'étendues nature, moins de fougères. En revenant côté français avant le pic d'Orhy, alors que je stoppe demander de l'eau dans un cayolar, je me retrouve attablée devant une assiette pleine de légumes et de roti suite au gargantuesque repas de famille qui en est au dessert. J'apprends alors que tous ces chevaux, élevés par centaines, sont destinés à la boucherie. Et qui donc mange autant de cheval ? Les Japonais ! La viande part au Japon ! Si ce n'est pas l'autre bout du monde, ça n'en est pas loin ! Pas un centimètre carré d'herbe qui ne soit brouté en Haute Soule. Partout des cloches, aux brebis par milliers, aux vaches et aux chevaux par centaines. Toutes les sources sont captées pour abreuver le bétail et alimenter les cayolars et c'est un défi que de trouver de l'eau dans la nature, pauvres marcheurs que nous sommes ! Je suis obligée d'en demander et de porter lourd si je ne veux manquer. Je n'ai pas traîné pour traverser toutes ces collines et retrouver vite les montagnes en profitant du beau temps, mais ai tout de même gravi le point culminant du pays basque, le pic d'Orhy, à 2017 m par un jour tempêtueux. La mer de nuages n'est pas loin dessous. Par les crêtes j'ai rejoint le refuge Bonagua pas très loin du col de la Pierre Saint Martin qui marque la limite du pays basque. J'ai fait du stop pour rejoindre ce col. Le pic d'Anie est dans mes objectifs et il me faudrait marcher 7 km sur le bitume en plein cagnard… Mon chauffeur me dépose au col et me fournit 6 litres d'eau, pour mon bivouac et la journée du lendemain. Je campe 50 mètres plus haut et chance encore et toujours, au matin, la mer de nuages dégueule par le col mais ne m'atteint pas. Tout est sec chez moi, 30 mètres plus bas tout est trempé. Je pars dans cette magnifique et immense zone karstique et gravis le pic d'Anie par le Pourtet, puis dans un terrain technique et malaisé, je rallie la Table des 3 rois. La mer de nuages est toujours là côté français, à 1900 m, et il va falloir y plonger si je veux de l'eau car le côté espagnol est encore plus aride. Et très vite dessous, ça mouille. Beurk. Je demande à tout hasard à Sandra, bergère de la cabane Pedain, s'il y a un petit coin pour mon matelas au sec et après quelques minutes de discussion sympathique, elle m'envoie dans une dépendance à 30 mètres que je ne voyais pas dans le brouillard. J'y trouve 2 lits. Cool. Belle conversation le lendemain matin pendant qu'elle trait ses brebis, où j'apprends que la luzerne qu'elle achète pour l'hiver aux Espagnols pour nourir ses brebis est passée de 220 à 400 euros la tonne, car c'est à ce prix là que les pays du Moyen Orient l'achètent ! Entre la sécheresse comme jamais elle n'a vu en 20 ans dans cette estive, qui va probablement la contraindre à redescendre avant la fin de l'été et la mondialisation qui fait que les Espagnols préfèrent envoyer l'herbe à l'autre bout du monde plutôt qu'à 3 km à vol d'oiseau chez les voisins, tout va bien ! 

Ce jour là, je suis dare-dare repassée côté espagnol au dessus du lac d'Ansabert pour faire un très chouette détour par le col d'Achert, le Bisaurin à 2670 m, et de revenir au col du Somport par le lac Ibon de Estanes. Détour de 2 jours où je n'ai croisé que quelques personnes, des paysages somptueux, des baignoires naturelles dont j'ai longuement profité tandis que les nuages par panaches se laissent voir derrière la crête frontière. Autrement dit, l'itinéraire officiel de la HRP est dans la mouise depuis plusieurs jours et ceux qui le suivent scrupuleusement sans s'adapter ne voient rien et sont humides, voire mouillés. 

Du col du Somport je devais prendre les crêtes pour rejoindre celui du Pourtalet mais ces crapahuts ont mis mes jambes à mal et des orages sont annoncés les 2 prochains jours. Je change ma trace et suis le GR11, pose ma tente à 12 h et m'octroie un peu de repos en attendant les orages annoncés mais le ciel se dégage dans l'aprem et ma tente est une étuve ! Pas un grondement, pas une goutte… mais cette petite journée de 11 km et 530 m de d+ m'aura fait du bien. 

 

Le lendemain matin fut cependant conforme aux prévisions avec un orage d'enfer, des cataractes, de la grêle, la foudre qui est tombée une fois tout près, vraiment, l'eau du ruisseau qui est montée de manière impressionnante, pas toutefois jusqu'à m'atteindre, et ma tente dans une baignoire de 4 cm. Mon matelas qui flotte mais le tapis de sol qui tient bien le coup. Toutes mes autres affaires sont dans des ziplocks, donc pas de souci. Après les hostilités, il fût facile et rapide de faire sécher la tente et de partir le coeur léger. Ça en est normalement terminé avec ces orages. À la station de ski de Formigal, des ouvriers font l'entretien du matériel, je leur demande une lime, que l'un d'eux va chercher, il propose de faire le job, interrogateur, et tout le monde rigole quand je me déchausse et montre la corne sous mes talons !!! Je pousse ensuite en stop jusqu'à Sallent de Gallego pour éviter encore 7 bornes à côté de la route. Je trouve les Espagnols à qui j'ai affaire très serviables et souriants, agréables et enjoués et ça fait du bien. Le soleil est revenu, je prends 7 à 8 jours de ravito à Sallent de Gallego et disparais de nouveau dans les montagnes avec une semaine de beau temps en perspective…

 

Devant moi de l'eau, que de l'eau !

 

J'en étais donc à Lescun, charmant village muni d'une épicerie sympa et bien achalandée. De là, je grimpe vers le dernier col " alpin" de cette traversée. En effet, après les pas d'Azum et de l'Osque à quelques encablures du pic d'Anie ( prévu au retour), je ne monterai plus jamais au dessus de 1700 m, c'est la fin des grandes montagnes. D'ailleurs devant moi au dessus de la mer de nuages, il n'y a que… le ciel. Pas un sommet n'émerge, euh…, je vais donc bientôt être engloutie à mon tour. La station de la Pierre St Martin rivalise de mocheté avec Super Bagneres, mais en plus, ici, ils ont effectué un véritable massacre, à grands coups de tirs de mines, détruit une partie d'une magnifique zone karstique, lapiazs et compagnie. C'est horrible, le summum de la conerie humaine. J'y passe donc un 8 juillet, la station est morte, pas un chat, la barre de béton appelée "galerie marchande" me rappelle certaines ambiances de la décrépitude post-soviétique. Il faut descendre pour accéder à un erzatz d'épicerie au milieu de rideaux métalliques baissés. C'est d'un glauque ! Et rien qui ne vaille dans ce boui boui pour le randonneur. Pendant ma halte, les brumes sont montées et la suite de la journée se fera dans un brouillard épais, visibilité, sans rire, 15 mètres. Je fais 4 km sur le macadam côté Espagne en stop, agréable moment, et me fait poser au milieu de nulle part afin de retrouver le sentier qui me permet de descendre à Ste Engrace par les gorges très glissantes d'Ehüjarre. Ste Engrace, je passe…

 

Je suis donc au pays basque et les noms ne laissent pas de doute. Difficilement prononçables, il faudra que je m'entraîne ! Le paysage a subi une métamorphose. Je ne vois que collines vertes arrondies, enfin… un peu abruptes quand même, souvent recouvertes de fougères plus hautes que moi qui empêchent de sortir des sentiers, gardent l'humidité, et sont un merveilleux incubateur pour insectes en tous genres, surtout de ceux qui piquent. De sorte, en traversant ces fougeraies j'ai l'impression d'évoluer en milieu tropical. Les gens sont ma foi fort avenants et sympathiques. J'essaie de ne pas me trouver trop sur le GR10 bien assez peuplé à mon goût. Je sors dès que possible et surtout au moment des bivouacs. En effet, le moindre petit plat de quelques mètres carrés se transforme systématiquement en camping et j'avoue que ça m'agace quelque peu, alors je m'éloigne et m'offre ainsi quelques jolis spots, en échange parfois d'un petit effort supplémentaire.

 

Et puis la canicule est arrivée. Et en cette première journée de très fortes chaleurs, des sentes marquées sur la carte n'existent plus sur le terrain. Ce jour là je me fait manger par les taons, sucer par les moustiques et scarifier par les ronces. La guerre quoi ! Du sang plein les jambes qui me brûlent encore le surlendemain. Ce qui m'enquiquine le plus dans l'histoire est que je ne vais pas pouvoir pavaner sur la plage d'Hendaye avec toutes ces imperfections sur les tibias.. J'ai alors décidé, par prudence, de me rabattre sur le GR10… Pas d'itinéraire à chercher, juste des marques rouges et blanches à suivre bêtement, beaucoup moins d'énergie dépensée, bref la facilité, l'économie, la sûreté de points d'eau réguliers. J'ai aussi changé la tactique bivouac, au lieu de privilégier les endroits en hauteur pour la vue et le soleil, je suis allée m'enterrer dans les fonds de vallée, où le soleil se cache beaucoup plus vite et se montre beaucoup plus tard. J'ai cherché des endroits qui ne voient pas beaucoup le soleil, des frondaisons denses. Ça m'a valu parfois de cohabiter avec hum… je ne suis pas phobe, mais pas fan non plus quand, en train de prendre mes notes tranquille le derrière posé sur mon sous-cul, un léger bruit me fait tourner la tête. Dans le mètre me séparant de ma tente passe Kaa… (voir le livre de la jungle)

 

Jusqu'au jeudi 14 j'ai relativement bien géré la chaleur, ai toujours eu de l'eau en quantité abondante (quitte à porter un peu) mais le jeudi soir, après le repas chaud et le bain dans le ruisseau à l'eau douteuse, j'ai renoué avec le phénomène désagréable d'être obligée de rentrer dans ma tente pour cause de maringouins assoiffés et agressifs, tente non suffisamment aérée dans laquelle je me mets à me liquéfier. Encore 4 jours crescendo et ça devrait se calmer. Certains des randonneurs qui ont entamé leur GR10 à Hendaye il y a quelques jours, dont l'organisme, les pieds et les épaules ne sont pas encore habitués à cet exercice quotidien, semblent au bord de l'explosion et  incapables d'un minimum d'adaptation à ces conditions exceptionnelles. Certains avouent s'être sentis mal, au bord de l'évanouissement, obligés de s'allonger ( au soleil hum…), un autre me dit avoir eu l'impression que son cerveau déconnecte. Pied gauche, pied droit, comme un automate, la moindre réflexion est un effort, je ne veux pas me mettre dans ces états, il faut rester lucide. Jour après jour… 

 

Ah tiens, un soir que je demandais de l'eau en sortant de St Etienne de Baigorry, je me suis vue conviée à planter ma tente sous les grands arbres sur la pelouse nickel d'une grande propriété. On m'a offert une bière, une douche, de la compagnie. Ah ben tiens d'ailleurs à Baigorry toujours, l'opticienne à ajusté mes lunettes en refusant toute contrepartie, et puis la coiffeuse à côté m'a repassé un coup de tondeuse sous la broussaille sans contrepartie, alors j'ai filé à Intermarché faire des courses mais là, il a fallu que je dégaine la carte bleue…

 

J'ai allongé les étapes, je table sur 20 km par jour, j'ai parfois fait plus, jusqu'à 30, une fois, parce que je ne peux me poser tôt, il fait trop chaud même à l'ombre. La traversée du pays basque ne m'a pas plus enchantée que ça, trop de macadam, trop de fougères, un relief certes particulier mais qui n'est pas ma tasse de thé. Par contre, des gens avenants et accueillants, une langue qui sonne totalement différemment et me rappelle le croate, peut-être. Les circonstances ont fait que je suis passée relativement vite. Les troupeaux ne sont pas gardés, il n'y a pas de prédateurs, les gens montent juste pour traire et fromager. Les brebis ne savent plus où se mettre avec ce chaud, certaines dégringolent en bas chercher les forêts, d'autres croient qu'elles sont à l'ombre parce que juste leur tête l'est, elles font pitié. Les sources tarissent, la végétation est, me dit-on, comme fin août début septembre. À moins que la suite ne soit pluvieuse, l'estive n'ira pas au bout de la saison. 

 

Depuis les crêtes entre Baigorry et Bidarray je vois l'océan, c'est un premier soulagement, ils ne l'ont pas encore bitumé pour en faire des surfaces commerciales ou des parkings. Je le vois, à l'infini. Et il ne s'est pas évaporé… Je poursuis donc, récupère le contact d'un copain d'armée à mon père à Sare ainsi qu'un colis de légumes déshydratés et entame sous le cagnard la dernière grosse bosse : la Rhune, à 900 m. J'ai cru ne jamais arriver en haut, trop chaud. Et les gens dans le petit train à crémaillère qui te font coucou comme des gros niais avec leur tronche de premier de la classe… La vue sur en bas n'est pas nette, atmosphère saturée mais je crois que je m'en moque. Ce soir là je regarde les hébergements sur Hendaye… J'ai envie de savourer les derniers kilomètres de ce second tronçon ( le premier étant la partie à vélo). Je me pose vers une baignoire/abreuvoir alimentée par une belle source et y prend un bain d'eau bien froide. Un chêne magnifique assure l'ombrage nécessaire à mon bien-être pour le restant de la journée. Encore une fois je tire pas mal mon épingle du jeu. Plus que 3 jours de fournaise…

 

Col d'Ibardin, bienvenue dans le monde débile de la consommation, de la surconsommation… Il faudrait pouvoir passer vite mais ça plombe trop. J'avais mis un petit lac de barrage sur mon chemin dans l'espoir d'y prendre un bain, mais la berge est un repère de taons mal intentionnés, je passe presqu'en courant. J'atterris vers 15 heures dans le bloc sanitaire (qu'on a ouvert pour moi) d'une colonie de vacances inoccupée. J'y reste, y lave ma garde robe, mon drap sac et tout ce qui peut se laver jusqu'à ma housse de duvet, puis pose mon matelas sur le carrelage. 27 degrés la nuit. 

 

Et puis le 17 juillet est arrivé, un grand jour. À 9 heures je suis au fort de Port Socoa. Je trouvais classe de terminer dans un endroit dont le nom est aussi exotique qu'un comptoir des Indes… La suite fût moins drôle. Pour commencer, le sentier de la corniche qui va jusqu'à Hendaye est interdit car il y a des affaissements par endroits. Je marche 5 km de l'autre côté de la barrière de sécurité, route passante. J'arrive à l'hébergement que j'avais appelé, chambre partagée (comprendre dortoir). Ok, sauf que le dortoir en question est un marabout dans un camping, une bonne bâche bien épaisse sous laquelle je n'ose même pas imaginer la température dans 2 heures ou quand il fera 40 degrés à l'ombre demain. Bloc sanitaire à l'autre bout du camping… je fuis. Je vais à Hendaye, par le domaine d'Abbadia et la pointe Ste Anne qui marque la fin de ma trace "Aller à l'océan". Et j'arrive sur l'interminable plage que je longe dans son intégralité pour aller chez D4 acheter une nouvelle paire de chaussettes pour le retour, les miennes sont en dentelle depuis une dizaine de jours. J'avais pris soin d'appeler pour m'assurer qu'ils avaient des chaussettes de randonnée… Ah oui, ils ont, des chaussettes normales, qu'ils vendent par 2 ou 3 paires, en 42/45. Super. Et pour terminer je me retrouve dans une piaule à 70 euros alors que tous les tarifs affichés annoncent 55, y compris dans la piaule, l'impression de me faire arnaquer est forte, haute saison me dit-on, hôtel de la gare, le moins cher de la ville. Les piaules ont la clim, la chaleur dehors est à tomber, une fournaise, j'y passerai 2 nuits avant de vite reprendre le chemin des montagnes pour le retour, toujours à pied, dès demain mardi 19...

 

Ciao ciao et à bientôt.

 

De Saint Lary Soulan à Lescun

 

Saint Lary Soulan, je fais mon petit ravito 5 jours au Carrefour Montagne juste avant d'apprendre qu'à 1,6 km, il y a un vrai supermarché avec donc probablement des fruits secs et à coques en vrac, des lentilles corail, voire du sarrazin, le tout sans que j'y laisse un bras. Je fais le pari de tenir jusqu'à Luz Saint Sauveur avec ce que j'ai d'essence pour mon réchaud. 

 

Dans la montée après Soulan, une douleur au talon du pied droit me fait légèrement traîner la patte. Le lendemain matin, il me faut plus d'un kilomètre pour m'échauffer et marcher normalement…

 

La météo a changé, il a beaucoup plu dans la nuit et tout le jour je chemine dans le brouillard très humide et de plus en plus froid au fur et à mesure que je monte. À la Hourquette d'Ancizan, la visibilité est de 100 m, ça mouille. Après le lac d'Arou, je prends une sente bordée d'herbes hautes et les gouttelettes se décrochent pour venir imbiber mes chaussettes puis transformer mes chaussures en baignoire. Après le col de Crabe, je m'installe dans la cabane spartiate de Montarrouye et écoute la pluie dans la nuit. Dix minutes de rayon de soleil ont permis à ma tente de sécher. Primordial !

 

Le jour suivant je pars sous le ciel bleu mais 30 minutes plus tard, déboulant de derrière le col de Couradette, les nuages et grondements montent vitesse grand, grand, grand Vé. Il y a bien un abri de berger plus haut mais… Ça pète très fort autour de moi pas loin du tout, il se met à pleuvoir, et très vite à grêler. L'apocalypse, bourrasques, éclairs, tonnerre, je suis pile poil là où il faut ! J'ai ma veste de pluie et le sursac mais suis restée en short, plus facile et rapide à faire sécher ensuite. Je me demande si je vais avoir des bleus quand les grêlons de plus d'un centimètre commencent à me marteler les cuissots. Et bordel je ne trouve pas ce pu*** d'abri. Je n'ose plus sortir le téléphone pour me situer précisément de peur de le noyer et ça flashe si fort que j'en ferme les yeux en rentrant la tête dans les épaules. Une seconde entre la lumière et le son… Pas fière plus que ça, pas de panique non plus, pas de solution, ça va forcément passer. Dans ma mémoire, l'abri se situe dans la continuité du lac en contrebas… l'abri ! L'abri ! Je ne peux pas ouvrir les yeux ! L'abri ! Un tas de pierres de 2 x 3 mètres, empilées proprement au milieu d'autres pierres empilées pas proprement. Toit en tôle recouvert de pierres pour ne pas que les tôles s'envolent ! Vas-y le repérer dans le paysage... et alors dans l'orage ! Voilou tiens ! En 5 minutes, 5 cm de billes blanches par terre, mes cuisses toute rouges, ma culotte trempée, mes os aussi, et je ne passe pas par la porte de l'abri, trop étroite, trop basse. Ôter le sac, le faire passer en force en travers, puis passer de biais.. Ahhhh, ahhh, ah ben le plus gros est passé, fin de l'orage, petite pluie fine. Dans l'abri glauque mais hôtel dans ces conditions dantesques, trois "couchettes", matelas pourris comme incrustés dans la pierre, minuscule table rabattable, j'ôte la veste et le t-shirt, enfile un mérinos sec, remets le t-shirt humide par dessus pour qu'il sèche et attends, 15 minutes, puis poursuis mon chemin. J'y suis arrivée 15 minutes trop tard… Le reste de la journée fût bien ensoleillé, magnifique mais froid. Mes grolles et chaussettes encore trempées de la veille en ont repris une dose. La météo annoncée instable m'incite à changer mes plans et je m'installe à 14 h 30 dans un abri en tôle dans lequel je monte une partie de ma tente pour "l'hygiène". Mes souliers sèchent, mes batteries rechargent, je prends un anti inf pour mon talon et ôte 4 tiques ( nuque, aisselle, côte flottante, arrière du genou). Mûries de bestioles ! À part ça, je suis dans le Néouvielle et c'est superbe ! J'étais venue déjà, il y a longtemps. 

 

Je sillonne ce massif du Néouvielle par les sentes non balisées, me faisant passer par les Hourquettes dominant des lacs tous plus bleus et limpides les uns que les autres. Les pêcheurs montagnards abondent, oui montagnards, parce qu'il faut marcher longtemps pour accéder à ces joyaux et venir taquiner les truites.

 

Pour descendre directement sur Luz Saint Sauveur autrement qu'avec le bruit des motards du Tourmalet dans les écoutilles, je vais dormir une nuit au refuge de Packe au col de Rabiet. Un nid d'aigle que ce refuge caf non gardé à 2509 m, avec d'un côté au loin le Pic du Midi de Bigorre et de l'autre la brèche de Roland. Rien que ça. Le refuge de Packe, un des plus anciens du massif pyrénéen, est de forme ogivale, ce qui permettait une construction entièrement en pierres prélevées sur place avec une voûte pour toiture. Il domine le lac du Rabiet, le Turon de Néouvielle et le Pic Long ferment l'horizon au Sud-Est. Il est dans un courant d'air effroyable, c'est la tempête en permanence. Paysage dramatique au moment où les brumes commencent à monter et à danser comme des dingues dans les bourrasques très violentes du soir. J'y suis seule, j'y suis bien.

Le lendemain à Luz Saint Sauveur, j'achète un peigne, mes cheveux sont irrécupérables, le vent s'en est mêlé.

 

Luz Saint Sauveur, le pays Toy, une des sept vallée du Lavedan en Bigorre, je me pose dans une auberge et après une lessive manuelle dans le camping adjacent, je demande à une femme de m'inspecter partout où je ne peux me voir pour contrôler la présence éventuelle d'autres tiques. J'ai attaqué certaines à l'opinel quand elles sont inaccessibles au tire-tique (va t'ôter une tique toute seule au milieu du dos ou derrière la nuque !) après vidéo au smartphone pour confirmer ( je filme à l'aveugle et regarde la vidéo ensuite…) et je veux aussi savoir si c'est propre, s'il n'y a pas d'auréole autour etc. Ensuite je file à la pharmacie (samedi aprem…) pour confirmer mon diagnostic : inflammations des tendons et ligaments sous et à l'arrière de la malléole externe. Surcharge. Anti inf, froid, repos, massages doux… Ce n'est pas pire, le dimanche est pluvieux, je me repose et me mets à jour. Courses, essence, prévision en détail de la suite, prise de renseignements sur l'état d'enneigement pour certains passages auprès du poste montagne…

 

Deux jours et demi de repos complet à Luz ne servent pas à grand chose sinon quelques belles rencontres et passer ces 2 journées pluvieuses au sec. À part ça, je tue le temps. 

 

Pour sortir de là, je me fais pousser jusque sous le lac des Gloriettes en auto. Toute la matinée je traîne sérieux la patte et le moral, par conséquent, est moyen. Mais le cirque d'Estaubé est beau. Hourquette d'Alan, refuge des Espuguettes, souvenirs… J'y demande une semelle intérieure de godasse, par hasard, et ils ont ! Pour me faire une talonnette… Cela ne fonctionnera pas et ce bout de semelle me servira finalement à réparer mon sac à dos. Après le 3eme bain froid du jour, soudain, je peux presque courir. Je profite donc à fond du paysage et traverse le cirque de Gavarnie dans la liesse, qui plus est avec un agréable compagnon de quelques heures. Je campe ce soir là avec vue sur le fameux cirque éclairé. Un must. Mes ligaments et tendons sont totalement dégonflés et je n'ai plus mal. 

 

Malheureusement le lendemain dès que j'enfile les chaussures la souffrance commence. J'ai fini le traitement Ketoprofene et n'en prendrai pas plus, je serre les dents et tire la jambe toute la journée. Ne sachant plus à quel saint me vouer, je m'arrête dormir à la cabane de Lourdes, ne reculant devant aucun sacrifice ( mouarf…) 4 couchettes, 9 Espagnols et un chien…

 

Le lendemain, jour de mon anniv, annoncé pluvieux dans l'aprem, je pars tôt et ô, sans m'en rendre compte, sans cachet mais juste massage et bains froids, voilà que je ne claudique plus. Hier soir c'était douleur et gonflé, ce matin tout est normal. J'en perds mon latin. Comme quoi Lourdes… ( re mouarf). La Hourquette d'Ossoue juste sous le Vignemale est vite avalée, avant les nuages trop enveloppants. Pas de douleur de tout le jour, je revis, la dernière fois c'était il y a 9 jours. Je n'abuse cependant pas et me pose quelques kilomètres avant Cauterets dans une cabane encore, que je partage avec un marcheur du GR10 d'agréable compagnie. 

 

À Cauterets, tout va encore mieux que prévu. J'y descends à pied par le magnifique sentier des cascades qui porte très bien son nom. Celles du Hérisson peuvent presque pâlir de jalousie. Et de là, un gentil garçon m'a prise en stop pour aller mettre 48 cts d'essence dans ma bouteille à la station 2 km en aval, et m'a remmenée au village. Ravitaillement fait pour 6 jours, c'est un couple espano danois dans une voiture française qui me pousse jusqu'au pont d'Espagne. Les allers et retours, très peu pour moi. 

 

La suite de l'itinéraire, toujours aussi beau. Le vallon de Marcadau, les lacs d'Embarrat, du Pourtet, Nère, Cambales. Des cols hauts encore, celui de Cambales, difficile mais superbe, encombré de quelques névés, m'amène jusqu'à toucher la frontière sans pour autant la franchir au col de la Peyre St Martin. Trois jours pleins que mes pieds vont bien, j'en prends soin. Je retrouve l'espoir, l'océan se rapproche.

 

Un changement notable : les vacanciers et ce qui va avec en terme de comportements ont débarqué. Il y en a pour 2 mois et ça me gonfle déjà… Le premier m'alpague à Cauterets alors que je tends le pouce :

 

Eh, les vacances c'est à pied, il faut marcher !

Viens donc qu'on cause 5 minutes !

 

L'est pas venu. P'tit joueur !

 

J'en étais où ? Oui, le Port de la Peyre Saint Martin, descente, remontée à Migouleou, puis au col d'Artouste qui marque une étape. Je quitte le Lavedan ou vallées des gaves pour entrer dans le Béarn. Lac d'Artouste et son petit train touristique, refuge d'Arremoulit, passage d'Orteig et montage de la tente en catastrophe tant l'orage est arrivé vite. Les premières gouttes s'écrasent, je jette mes affaires à l'intérieur et laisse passer la trombe. Première accalmie, je sors me laver. Seconde accalmie je cuisine. Du vent toute la nuit. 

 

Le jour suivant, je coupe la route qui monte au Pourtalet au niveau de Soques dans un brouillard à couper au couteau, et rattrape le soleil sous le refuge de Plombie au pied du Pic du Midi d'Ossau, autour duquel je tourne un peu toute la journée, jusqu'au col d'Ayous. Les vallées d'Ossau et d'Aspe sont noyées dans des brumes humides. Par le Chemin de la Mature (Napoléon, pour les mâts des navires, faisait venir des troncs d'en haut, le chemin taillé dans la falaise devait faire la largeur permettant à deux boeufs de passer côte à côte, un certain nombre d'attelages ont dû finir au fond des gorges d'Enfer…), je descends à Urdos, taille la bavette avec l'épicière sympathique, coupe la route du Somport et monte le vallon du gave de Baralet. Le lendemain étant annoncé plutot très moche, bouché, pluvieux orageux, il faut que je trouve un abri. Mouarf, j'ai trop de chance, il y a une cabane non occupée par les bergers en haut, très très spartiate me dit-on, mais mieux, un berger croisé en cours de montée me dit spontanément d'aller chez lui, cabane de Courgue Sec et de voir avec la bergère. Le courant passe immédiatement, j'y passe deux nuits et de très bons moments de convivialité partagée. Éleveur et son employée saisonnière, ils traient les vaches à la trayeuse et les 250 brebis à la main, puis fromagent sur place deux fois par jour, 300 litres de lait. Le saloir (cave) est 50 mètres plus bas, partagé avec l'estive voisine, il assume aussi l'affinage. De A à Z. Levés à 6 h, couchés à minuit. Les bonnes journées une sieste est possible. Les trajets dans la vallée se font avec des ânes, il y en a 7 ici, 5 patous aussi, et aussi 5 gros gorets qui se goinfrent du petit lait, 4 autres chiens… La cabane est petite mais correctement équipée, eau chaude au gaz, électricité au photovoltaïque, douche à l'intérieur. Les discussions vont bon train.

 

Le jour suivant je pars sous le ciel bleu mais suis très vite rattrapée par les brumes montantes. Vent fort, brouillard épais qui mouille, je retrouve la visibilité beaucoup plus bas. 

 

Et ici s'arrête cette partie, à Lescun, le pays basque n'est qu'à une journée de marche…

 

Départ en fanfare

 

Quelques jours de repos à Prats m'ont fait leplus grand bien, mais quand-même, je n'aurais pas du rester inactive. J'aurais dû aller marcher un peu, mes jambes me l'ont fait cher payer les premiers jours. Thierry, Thérèse et une amie à eux m'ont déposée au Port de Lers après un généreux pique-nique au bord de l'étang éponyme. Sur la route, nous avons croisé des buffles, oui, des buffles, il reste un seul éleveur, à Massat, donc juste en dessous. Dans les rafales ils m'ont lâchée au bord de la route et je suis partie par un sentier dans la montagne… Pas de sentier balisé ou alors mal, il me faut déjà naviguer dans les

 

 

passages brumeux. Le lendemain, je me souviens avoir remonté tout le vallon d'Ars, célèbre pour son impressionnante cascade. Pour ne pas redescendre dans des fonds de vallée, j'ai parfois coupé au travers, en croisant les doigts pour que ça passe,... parfois un peu scabreux ! Des champs pentus de rhodos, ou des pentes herbeuses glissantes bien assez inclinées, quelques courts passages où mes mains furent utiles à nous hisser, mon sac et moi. J'étais motivée, partout autour on m'annonçait des "tuc", et je les aime les "tuc". J'ai déchanté vite fait en me rendant compte qu'hormis un seul point commun ( le goût salé mais ici celui de ma sueur), ils n'avaient rien à voir, ceux ci désignant des sommets. Et les cabanes ouvertes sont ici des turons, avec des bas flancs ou des couchettes. Les 2 premiers jours, j'ai croisé un seul randonneur, qui a dormi à la cabane du lac d'Hillette, comme moi. Le lendemain fut encore une journée difficile, avec un très fort sentiment d'isolement, pas un chat, pas de réseau, le sentier balisé GRT (transfrontalier) qui disparaît dans les orties, des passages de névés et des appréhensions à chaque virage quant à la praticabilité de la suite de l'itinéraire, notamment vers le col de Marterat, qui marque mon entrée en Espagne. Je quitte le PNR des Pyrénées ariègeoises. 

 

Ensuite ce fut du gâteau, un orage de grêle par ci, des sangliers par là, des chevreuils et des bouquetins en veux tu en voilà, un lièvre, des rapaces et quelques carcasses de bétail dont il ne reste que le squelette. Des zones très sauvages, pas fréquentées du tout et donc désertes. J'ai navigué pas mal, je me suis parfois trompée, ai dû rebrousser chemin, pas sur long heureusement, trompée par les contournements de névés. Bref… je ne peux pas parler d'un départ cool… direct dans le bain.

 

 

Après 3 jours de marche, j'atteins Dorve, premier hameau, personne, fantôme, puis la Guingueta d'Aneu, Jou et enfin Espot, premier ravito. Une seule épicerie dans ce patelin touristique. Les prix ne sont pas affichés et en me voyant débarquer avec mon gros sac sur le dos, la commerçante sait que j'ai besoin de sa marchandise. Elle a des dollars qui tournent dans les yeux et l'attitude qui va avec. Elle essaie d'être aimable et jubile et voyant les articles s'amonceler sur le comptoir. Ah oui, ça fait mal, la note est salée, quelle solution ais-je ? Il me faut à manger.

 

J'entame ici la traversée du Parc National des Encantats et cela devrait m'occuper quelques jours. Après 3 heures de montée, je me retrouve sur ma trace de l'an dernier. Je me souviens de la souffrance, je me souviens au mètre près du bivouac où je ne savais plus comment faire pour assumer le minimum, mon genou se dérobait dès que je mettais du poids dessus. J'avançais comme je pouvais avec ma genouillère et sous médocs à fond. Et là je passe comme une fleur, bienheureuse… Je tiens ma revanche… faire en sorte que ça dure. Je quitte rapidement mon itinéraire de 2021, et vais voir ailleurs. Les Encantats (dont la traduction est, me semble t-il, les enchanteurs) est un massif minéral avec beaucoup de chaos granitiques qu'il faut traverser, monter, descendre. On entend parfois les torrents mugir sous les gros blocs, il ne s'agit pas de laisser échapper quoi que ce soit, hormis quelques jurons. Les sentiers ne sont pas roulants, les

 

 

kilomètres ne se font pas vite, mais il ne se passe pas souvent plus d'une heure sans avoir un nouveau lac. C'est très beau, l'eau dégringole partout et le beau temps est de la partie, ce qui ne gâche rien. Je croise un peu de monde… un peu. Je me lave à l'eau glacée des lacs et des torrents, y rince mes fringues qui sèchent en pas bien du temps, fait mes étirements tous les jours et prends soin de ma personne en allant mollo. Mon panneau solaire charge ma batterie en journée sur mon sac à dos. Tout fonctionne. En short et tee-shirt du matin au soir, je me bats parfois contre les mouches, les moucherons, les fourmis et les moustiques de merde ! J'ai recroisé un guide avec qui j'avais discuté l'an dernier… il se souvenait de moi !

 

Le mercredi 15 juin à 15 heures j'ai rejoint ma trace de 2021 juste avant le refuge où j'avais passé 3 nuits, en espérant en vain que la douleur s'atténuerait… Cette année j'y fais juste le plein de ma gourde à la fontaine, ne me fais pas connaître, et je poursuis, l'orage menace. D'avoir refait cette descente me questionne : mais comment avais je pu descendre ça avec une fracture du plateau tibial ? Un truc de dingue. Me voici donc pour de bon dans la continuité quasi un an après, presque jour pour jour…  

 

 

Je remonte ensuite le val de Rius, puis par un parcours succintement marqué de cairns, passe au lac Redon et grimpe au Tuc deth Port de Vielha. Une variante au GR11 qui m'emmène ensuite à Vielha.

 

J'étais contente d'atteindre la ville en ce vendredi matin, fraîche et pimpante, mon coeur en joie à l'idée de manger quelques fruits et légumes frais… Supermarchés fermés, commerces fermés… !!. Consternation, que pasa ? Jour férié dans le val d'Aran. Le 17 juin, il y a un seul petit endroit dans le monde où TOUT est fermé, c'est exactement là où je suis pour faire mon ravito pour 6 jours ! J'aurais eu 10 fois le temps de passer ici hier. Bref contrariée par le fait d'avoir été obligée de me ravitailler pour 6 jours de montagne dans les 4 mètres carrés d'un magasin de station service Repsol ( j'ai tout de même des sardines, des pâtes, du chocolat, du fromage et de la merde, le tout m'a coûté un bras encore) j'ai décidé de sauter dans le bus qui m'évite 9 km d'asphalte le long de la Garonne. Et à Es Bordes, pas remise de ma contrariété matinale, je marche en tendant le pouce pour les 9 km de bitume qui suivent, jusqu'à Artiga de Lin. Un Anglais, volant à droite, dans une voiture immatriculée en France, avec à son bord une Parisienne et un Sud Américain, m'a donc prise en stop en Espagne. Une voiture par heure sur cette route, je n'ai marché que 2,5 km. Ceci m'a permis de grimper ensuite jusqu'à 2330 m au Port dera Picada, où les nuages trop noirs, les jolis coins plats de verdure et les petits ruisseaux m'ont incitée à vite

 

 

monter ma tente avant de faire encore un peu de lessive ( mon passe temps favori dès que j'ai une heure à tuer et qu'il fait beau). Cette partie en stop m'a fait gagner pas mal de distance et par le fait, j'ai un jour de trop de ravito… À l'heure où j'écris cette partie, il ne reste qu'un coin de ciel bleu, c'est au dessus de ma tête, mais ça monte ça noircit et ça gronde partout. Le petit coin de bleu se referme peu à peu…

 

Le jour suivant, je suis passée en France au niveau du Port de Vénasque, très couru en ce samedi matin. Une descente interminable par des lacets innombrables vers les Hospices de France et je chope le sentier de l'impératrice pour aller dans le cirque de Glère, le col Sacroux, le col Pinada et là, hop, je sors de mes prévisions pour ne pas redescendre et monte jusqu'au lac Celinda, superbe, puis le lac Charles, magnifique, et enfin le lac Bleu où je capitule et me pose. Le temps est calme, je me lave dans le lac je me couche tranquille. C'est l'arceau de ma tente, en venant s'écraser sur mon nez, qui m'a réveillée vers 22 h 30. Des bourrasques aussi violentes que soudaines, un coup dans un sens un coup dans l'autre. J'ai passé une partie de la nuit à tenir l'armature de la tente en croisant les doigts pour qu'il n'y ait pas de casse. Et au matin, dès qu'il a fait jour, j'ai replié comme j'ai pu et suis partie, pas la peine d'attendre un malheur.

 

 

Toute la journée a été ventée, à se faire parfois sérieusement bousculer. Mais la sente oubliée du cirque des Crabioules, parcourue avec un compagnon éphémère, fait oublier tout le reste par son attrait. Un truc dommage tout de même, c'est que j'ai l'impression de décrire un cercle depuis 2 jours, dont le point central n'est autre que l'hideuse station de Super Bagnères, super beurk, immanquable ! Plus loin, j'ai rejoint les traits rouge et blancs du GR 10, que je me vois contrainte de suivre jusqu'à Loudenvielle. En effet, mon itinéraire par le haut ne passe pas sans crampons et piolet car il reste trop de neige. Dommage ! J'abandonne aussi l'idée de monter la tente dans ce vent de folie et passe la nuit au refuge d'Espingo.

Je me dirige alors vers Saint Lary Soulan par le lac d'Oo et le couret d'Esquierry, Saint Lary où je pourrai, j'espère, manger quelques fruits frais…

 Et je suis désolée si la mise en page est dégueu sur un écran d'ordinateur, je fais tout avec mon smartphone, c'est assez fastidieux et je ne vois le rendu que sur mon petit écran... Merci de votre compréhension.

Premier objectif atteint !

 

Salut salut, 

Devinette : j'en ai montées et j'en ai descendues, des froides et des chaudes. Mais des chaudes je n'ai fait à personne, c'est pas le genre, sauf à mon vélo peut-être. Si je les monte, elles mènent la plupart du temps à des endroits qui justement les entourent et les rendent chaudes. La réponse est une expression française aujourd'hui quasi abandonnée qui signifie " flatter", un peu roucouler comme ça. Les 10 premiers qui donnent la bonne réponse peuvent manger un figolu.

 

 

Bon, je suis partie à la minute où les routes ont été sèches suite à la dernière averse du mardi 24 mai. Par le Massacre. Mais qu'on se rassure, quelques heures plus tard, j'admirais le coucher de soleil depuis les roches d'Orvaz, en me demandant si ce bivouac serait le plus beau de l'été et par conséquent, si ça valait la peine d'aller plus loin. Le lendemain, le vent venant du Nord, il m'était plus simple de poursuivre vers le Sud… Dès que je suis arrivée au pays des clochers pointus et des cultures en patchwork, et que je suis donc descendue du Jura, j'ai pu déclarer ouverte la saison de la maraude aux cerises, je précise toutefois que je ne me sers que sur ceux en bord de route, semblant n'appartenir à personne.

 

 

J'ai longé le Rhône 30 km une première fois puis ai shunté son grand virage de Lyon pour le récupèrer de Andacette à St Vallier. Mais le plat m'ennuie. J'ai alors commencé une longue série de gorges, cols, sommets, plongeons et dégringolades, jusqu'à l'arrivée. J'ai remonté la Cance, suis passée par Lalouvesc et par une route en corniche où l'odeur des genêts me tapissait les narines, j'ai rejoint Lamastre un jour de marché producteurs. Ensuite j'ai compris pourquoi au " Vivarais", on associe toujours les monts. Ah oui, c'est pas plat. Et puis de St Sauveur de Montagu, j'ai monté, monté encore, pour aller, sous l'œil incrédule des badauds en doudoune, me laver la tête par un vent tout aussi glacial que l'eau à la fontaine de Mézilhac. Je voulais être présentable pour aller voir le premier jet du grand fleuve, au pied du Mont Gerbier de Jonc. M'y rendre à vélo un dimanche de week end d'Ascension n'était une idée que moyennement lumineuse. Je ne sais pas s'ils étaient pressés de monter sur le tas de cailloux avec leurs gosses et leurs chiens mal élevés ou d'aller voir l'eau sortir du bout de tuyau, mais les automobilistes avaient le pied bien assez lourd et le volant pas trop maniable pour me laisser un peu d'espace. Une fois sur place, je ne me suis pas attardée très longtemps même si la vue depuis là haut est plutôt sympathique. La descente sur le Burzel par la route de 2,5 mètres de large a laissé la marque des poignées de freins sur mes mains ad vitam aeternam mais ça valait son pesant d'or.

 

Les Monts d'Ardèche, la vache ! Ou des Cévennes déjà ? Je ne sais plus. Col de la Croix Bauzon, col de Meynard, Borne. Ouh là, Borne ! Cherchez ce village de Lozère sur la carte car vous n'y passerez jamais tant il est paumé. Il faut en vouloir. Accessible par des routes où l'herbe pousse entre les passages de roue, il est pourtant habité à l'année et on y voit, entre autre, une tour médiévale pas mal conservée. Et des coteaux entiers jaunes de genêts odorants. J'en suis sortie par le col de Printazanier et ai rejoint Notre Dame des Neiges sous une chaleur accablante par un chemin en caillasse sur 8 km. Avant Villefort j'ai passé une journée entière sous ma tente pour cause de météo maussade, à lire. Pas envie de prendre le risque d'avoir à monter ma tente en catastrophe sous l'orage et dans le vent à 1400 m. Petite joueuse ! C'était mieux le lendemain d'aller côtoyer le pied du Mont Lozère par un temps parfait. J'ai fait mon Antoinette dans les Cévennes sur un bout de GR avec mon vélo entre le Mas de la Barque et l'Hôpital. Très beaux, les paysages m'ont enchantée. Dégringolade au Pont de Montvert, que le Tarn traverse. Moi j'ai traversé le Tarn et le bourg en même temps pour me diriger vers le charmant village de la Barre des Cévennes. Je me souviens d'un superbe bivouac sur le GR7-67, qui pourrait ressembler à celui des roches d'Orvaz. Juste les vaches ne sont pas des Montbéliardes et en face c'est le Causse Méjean. Et puis il y eut le géant du secteur, le Mont Aigual, 1569 m et point culminant de mon parcours. Du sommet j'ai cherché la mer sans la voir. Descente de la Dourbie. Les villages sont tout de même fichtrement jolis depuis que j'ai quitté le Rhône, depuis que je suis sur une diagonale du vide, une zone d'hyper ruralité qui n'en finit pas. PNR du Haut Jura, PNR des Monts d'Ardèche, PN des Cévennes, PNR des Grands Causses, PNR du Haut Languedoc. Des forêts domaniales à foison… Sur la montagne de L'Espinouze, je me suis faite dévorée par les suceurs de sang, pourtant à 1060 m d'altitude, sous les plantations d'épicéas et d'éoliennes, aussi moches les unes que les autres. Le vent marin qui apporte une humidité démentielle n'a pas bien des avantages. Je poisse, je colle, rien ne sèche, je marine dans mon jus. Beurk.

 

Puis il y eut encore la traversée du Lodévois, puis du Minervois, puis toutes les vignes des Corbières. Sur les petites routes blanches depuis des centaines de km, je tire des bords quand la pente est raide et je roule à gauche si c'est là que se trouve l'ombre. 

 

Et puis il y a eu cette dernière journée… de dingue. Partie de Féline Minervois, j'ai croisé l'autoroute à Capendu avant de passer la montagne d'Alaric, de remonter les gorges d'Orbieux, de passer sous le château d'Auriac, de sillonner les gorges de Galamus avant de passer à l'aqueduc d'Ansignan et de voir enfin au détour d'un virage la tour de Prats de Sournia. 132 km, 2020 de d+. Mais quel bonheur d'arriver dans ce bel endroit, d'où je vois à la fois la grande bleue et le Canigou, et surtout chez mes chers amis, dans cette maison que je connais bien.

 

 

Sur ce trajet vélocipédique, que des bivouacs sauvages, que des douches à poil dans la nature à la bouteille, lavages de cheveux et lessives aux fontaines, recharge de mes appareils au solaire. Oui, j'ai toutefois besoin d'épiceries…

 

Des désagréments ? Oui la moiteur du "marin", les moustiques, les fourmis, les tiques, et les nuits parfois en pointillés, réveillée par des gros mammifères dont j'investis le territoire. Sangliers, chevreuils, renards, cerfs… Et dans ces cas-là, je peux vous dire que je jubile. Oui, je jubile, de me sentir au milieu d'eux, dans la nature. De me sentir animale moi aussi. 

 

Pas beaucoup de rencontres mais des gens sympathiques voire prévenants, avec des accents qui changent au fil des kilomètres, pour devenir chantant. Et ça fait toujours du bien.

 

Un constat toujours : mais bordel que ce territoire est beau, que les villages ont de la gueule, que la pierre des murets et des maisons est belle ! Diversité du bâti, de l'occupation du territoire par l'homme pour ses activités agricoles, des clochers, des paysages, de l'élevage, des terrains… Mais partout le manque d'eau, les sources taries, les ruisseaux secs, les fontaines tristes, des cascades qui n'ont que le nom, la terre craquelée font souci aux habitants…

 

 

Je suis posée ici pour 2, 3 jours, le temps de donner un coup de chiffon à mon vélo avant de l'entreposer pour quelques mois j'espère, de laver ma garde robe, de me reposer un peu, de préparer ma marche et de vous donner ces nouvelles. 

 

Mon départ à pied est prévu de Ustou, en Ariège, pas très loin de Aulus les Bains. 

La vie est belle.

 

Ciao ciao. Et n'hésitez pas à vous abonner à la newsletter pour être au courant des mises à jour.