Devant moi de l'eau, que de l'eau !

 

J'en étais donc à Lescun, charmant village muni d'une épicerie sympa et bien achalandée. De là, je grimpe vers le dernier col " alpin" de cette traversée. En effet, après les pas d'Azum et de l'Osque à quelques encablures du pic d'Anie ( prévu au retour), je ne monterai plus jamais au dessus de 1700 m, c'est la fin des grandes montagnes. D'ailleurs devant moi au dessus de la mer de nuages, il n'y a que… le ciel. Pas un sommet n'émerge, euh…, je vais donc bientôt être engloutie à mon tour. La station de la Pierre St Martin rivalise de mocheté avec Super Bagneres, mais en plus, ici, ils ont effectué un véritable massacre, à grands coups de tirs de mines, détruit une partie d'une magnifique zone karstique, lapiazs et compagnie. C'est horrible, le summum de la conerie humaine. J'y passe donc un 8 juillet, la station est morte, pas un chat, la barre de béton appelée "galerie marchande" me rappelle certaines ambiances de la décrépitude post-soviétique. Il faut descendre pour accéder à un erzatz d'épicerie au milieu de rideaux métalliques baissés. C'est d'un glauque ! Et rien qui ne vaille dans ce boui boui pour le randonneur. Pendant ma halte, les brumes sont montées et la suite de la journée se fera dans un brouillard épais, visibilité, sans rire, 15 mètres. Je fais 4 km sur le macadam côté Espagne en stop, agréable moment, et me fait poser au milieu de nulle part afin de retrouver le sentier qui me permet de descendre à Ste Engrace par les gorges très glissantes d'Ehüjarre. Ste Engrace, je passe…

 

Je suis donc au pays basque et les noms ne laissent pas de doute. Difficilement prononçables, il faudra que je m'entraîne ! Le paysage a subi une métamorphose. Je ne vois que collines vertes arrondies, enfin… un peu abruptes quand même, souvent recouvertes de fougères plus hautes que moi qui empêchent de sortir des sentiers, gardent l'humidité, et sont un merveilleux incubateur pour insectes en tous genres, surtout de ceux qui piquent. De sorte, en traversant ces fougeraies j'ai l'impression d'évoluer en milieu tropical. Les gens sont ma foi fort avenants et sympathiques. J'essaie de ne pas me trouver trop sur le GR10 bien assez peuplé à mon goût. Je sors dès que possible et surtout au moment des bivouacs. En effet, le moindre petit plat de quelques mètres carrés se transforme systématiquement en camping et j'avoue que ça m'agace quelque peu, alors je m'éloigne et m'offre ainsi quelques jolis spots, en échange parfois d'un petit effort supplémentaire.

 

Et puis la canicule est arrivée. Et en cette première journée de très fortes chaleurs, des sentes marquées sur la carte n'existent plus sur le terrain. Ce jour là je me fait manger par les taons, sucer par les moustiques et scarifier par les ronces. La guerre quoi ! Du sang plein les jambes qui me brûlent encore le surlendemain. Ce qui m'enquiquine le plus dans l'histoire est que je ne vais pas pouvoir pavaner sur la plage d'Hendaye avec toutes ces imperfections sur les tibias.. J'ai alors décidé, par prudence, de me rabattre sur le GR10… Pas d'itinéraire à chercher, juste des marques rouges et blanches à suivre bêtement, beaucoup moins d'énergie dépensée, bref la facilité, l'économie, la sûreté de points d'eau réguliers. J'ai aussi changé la tactique bivouac, au lieu de privilégier les endroits en hauteur pour la vue et le soleil, je suis allée m'enterrer dans les fonds de vallée, où le soleil se cache beaucoup plus vite et se montre beaucoup plus tard. J'ai cherché des endroits qui ne voient pas beaucoup le soleil, des frondaisons denses. Ça m'a valu parfois de cohabiter avec hum… je ne suis pas phobe, mais pas fan non plus quand, en train de prendre mes notes tranquille le derrière posé sur mon sous-cul, un léger bruit me fait tourner la tête. Dans le mètre me séparant de ma tente passe Kaa… (voir le livre de la jungle)

 

Jusqu'au jeudi 14 j'ai relativement bien géré la chaleur, ai toujours eu de l'eau en quantité abondante (quitte à porter un peu) mais le jeudi soir, après le repas chaud et le bain dans le ruisseau à l'eau douteuse, j'ai renoué avec le phénomène désagréable d'être obligée de rentrer dans ma tente pour cause de maringouins assoiffés et agressifs, tente non suffisamment aérée dans laquelle je me mets à me liquéfier. Encore 4 jours crescendo et ça devrait se calmer. Certains des randonneurs qui ont entamé leur GR10 à Hendaye il y a quelques jours, dont l'organisme, les pieds et les épaules ne sont pas encore habitués à cet exercice quotidien, semblent au bord de l'explosion et  incapables d'un minimum d'adaptation à ces conditions exceptionnelles. Certains avouent s'être sentis mal, au bord de l'évanouissement, obligés de s'allonger ( au soleil hum…), un autre me dit avoir eu l'impression que son cerveau déconnecte. Pied gauche, pied droit, comme un automate, la moindre réflexion est un effort, je ne veux pas me mettre dans ces états, il faut rester lucide. Jour après jour… 

 

Ah tiens, un soir que je demandais de l'eau en sortant de St Etienne de Baigorry, je me suis vue conviée à planter ma tente sous les grands arbres sur la pelouse nickel d'une grande propriété. On m'a offert une bière, une douche, de la compagnie. Ah ben tiens d'ailleurs à Baigorry toujours, l'opticienne à ajusté mes lunettes en refusant toute contrepartie, et puis la coiffeuse à côté m'a repassé un coup de tondeuse sous la broussaille sans contrepartie, alors j'ai filé à Intermarché faire des courses mais là, il a fallu que je dégaine la carte bleue…

 

J'ai allongé les étapes, je table sur 20 km par jour, j'ai parfois fait plus, jusqu'à 30, une fois, parce que je ne peux me poser tôt, il fait trop chaud même à l'ombre. La traversée du pays basque ne m'a pas plus enchantée que ça, trop de macadam, trop de fougères, un relief certes particulier mais qui n'est pas ma tasse de thé. Par contre, des gens avenants et accueillants, une langue qui sonne totalement différemment et me rappelle le croate, peut-être. Les circonstances ont fait que je suis passée relativement vite. Les troupeaux ne sont pas gardés, il n'y a pas de prédateurs, les gens montent juste pour traire et fromager. Les brebis ne savent plus où se mettre avec ce chaud, certaines dégringolent en bas chercher les forêts, d'autres croient qu'elles sont à l'ombre parce que juste leur tête l'est, elles font pitié. Les sources tarissent, la végétation est, me dit-on, comme fin août début septembre. À moins que la suite ne soit pluvieuse, l'estive n'ira pas au bout de la saison. 

 

Depuis les crêtes entre Baigorry et Bidarray je vois l'océan, c'est un premier soulagement, ils ne l'ont pas encore bitumé pour en faire des surfaces commerciales ou des parkings. Je le vois, à l'infini. Et il ne s'est pas évaporé… Je poursuis donc, récupère le contact d'un copain d'armée à mon père à Sare ainsi qu'un colis de légumes déshydratés et entame sous le cagnard la dernière grosse bosse : la Rhune, à 900 m. J'ai cru ne jamais arriver en haut, trop chaud. Et les gens dans le petit train à crémaillère qui te font coucou comme des gros niais avec leur tronche de premier de la classe… La vue sur en bas n'est pas nette, atmosphère saturée mais je crois que je m'en moque. Ce soir là je regarde les hébergements sur Hendaye… J'ai envie de savourer les derniers kilomètres de ce second tronçon ( le premier étant la partie à vélo). Je me pose vers une baignoire/abreuvoir alimentée par une belle source et y prend un bain d'eau bien froide. Un chêne magnifique assure l'ombrage nécessaire à mon bien-être pour le restant de la journée. Encore une fois je tire pas mal mon épingle du jeu. Plus que 3 jours de fournaise…

 

Col d'Ibardin, bienvenue dans le monde débile de la consommation, de la surconsommation… Il faudrait pouvoir passer vite mais ça plombe trop. J'avais mis un petit lac de barrage sur mon chemin dans l'espoir d'y prendre un bain, mais la berge est un repère de taons mal intentionnés, je passe presqu'en courant. J'atterris vers 15 heures dans le bloc sanitaire (qu'on a ouvert pour moi) d'une colonie de vacances inoccupée. J'y reste, y lave ma garde robe, mon drap sac et tout ce qui peut se laver jusqu'à ma housse de duvet, puis pose mon matelas sur le carrelage. 27 degrés la nuit. 

 

Et puis le 17 juillet est arrivé, un grand jour. À 9 heures je suis au fort de Port Socoa. Je trouvais classe de terminer dans un endroit dont le nom est aussi exotique qu'un comptoir des Indes… La suite fût moins drôle. Pour commencer, le sentier de la corniche qui va jusqu'à Hendaye est interdit car il y a des affaissements par endroits. Je marche 5 km de l'autre côté de la barrière de sécurité, route passante. J'arrive à l'hébergement que j'avais appelé, chambre partagée (comprendre dortoir). Ok, sauf que le dortoir en question est un marabout dans un camping, une bonne bâche bien épaisse sous laquelle je n'ose même pas imaginer la température dans 2 heures ou quand il fera 40 degrés à l'ombre demain. Bloc sanitaire à l'autre bout du camping… je fuis. Je vais à Hendaye, par le domaine d'Abbadia et la pointe Ste Anne qui marque la fin de ma trace "Aller à l'océan". Et j'arrive sur l'interminable plage que je longe dans son intégralité pour aller chez D4 acheter une nouvelle paire de chaussettes pour le retour, les miennes sont en dentelle depuis une dizaine de jours. J'avais pris soin d'appeler pour m'assurer qu'ils avaient des chaussettes de randonnée… Ah oui, ils ont, des chaussettes normales, qu'ils vendent par 2 ou 3 paires, en 42/45. Super. Et pour terminer je me retrouve dans une piaule à 70 euros alors que tous les tarifs affichés annoncent 55, y compris dans la piaule, l'impression de me faire arnaquer est forte, haute saison me dit-on, hôtel de la gare, le moins cher de la ville. Les piaules ont la clim, la chaleur dehors est à tomber, une fournaise, j'y passerai 2 nuits avant de vite reprendre le chemin des montagnes pour le retour, toujours à pied, dès demain mardi 19...

 

Ciao ciao et à bientôt.