Maroc encore !


 

Bonjour à tous,  

Oui oui, mon tour d'être en vacances !

Je ne suis pas partie ce printemps et il est grand temps que j'aille faire une cure de détox d'actualités, de médias, de société occidentale aussi. Bref, la soupape... Décompresser, faire le vide un peu et rafraîchir la boîte à synthèses. 

Le départ est prévu vendredi, avec mon vélo vert. Aller d'abord prendre le train, puis le bateau avant de pouvoir enfourcher le biclou. Quatre jours de transports doux pour lentement sortir de l'effervescence, larguer les amarres, et prendre le large. 

J'ai terminé ma saison ce vendredi. Elle a été longue, très remplie, diversifiée et intense, heureuse. Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour moi, mais ai tout de même essayé 3 selles différentes en vue de cette nouvelle escapade, couru un peu, et fait 1500 km sur ce vélo. Hier encore, je faisais des adaptations sur des sous-vêtements pour tenter de m'affranchir de problèmes d'irritations mal situées... Et aujourd'hui je ferai encore des essais. C'est la dernière sortie vélo avant le grand départ. 

Ce sera le Maroc encore, et je constate que cela fait deux fois qu'après être allée une fois dans un pays, j'y retourne dans la foulée. Il y avait eu l'Ecosse, il y a le Maroc. Ces deux pays ne se ressemblent que sur un point : les grands espaces qu'ils offrent. Tout le reste y est tellement différent.

Donc le Maroc. C'est un pays accessible en transport doux et respectueux sans avoir à démonter le vélo, ce qui est toujours appréciable, ça libère l'esprit de savoir que la monture arrivera en bon état à destination. Nous partons à trois, de Sète. Marie Christine que j'abrègerai en Marie, partira mardi de son domicile et rejoindra notre ville d'embarquement à vélo et Jipé descendra en train de nuit. Je les connais les deux déjà. Jipé est un ancien accompagnateur en montagne, voyageur à vélo aguerri, Marie a moins d'expérience mais n'est pas novice non plus. Notre ferry est prévu à 21 heures samedi et devrait parvenir à Nador dans l'Est du Maroc lundi vers la mi-journée. Une cabine pour nous trois, nous aurons tout le temps d'échanger...

Je me suis chargée de proposer un itinéraire, c'était plus simple que ce soit moi qui m'y colle étant donné que je dois éviter trop de tronçons communs avec mon précédent voyage. J'étais restée plutôt dans la moitié Est du pays, nous irons cette fois ci plus à l'Ouest, l'idée étant de remonter par la côte océanique. Je rentrerai au plus tard dans les premiers jours de décembre, reprenant le boulot le 8.

Les derniers préparatifs vont bon train, je ne devrais pas m'ennuyer ces derniers jours. La pluie annoncée m'aidera à ne pas me disperser trop...

Pas grand chose à dire de pus, je partagerai le voyage comme d'habitude sur mon site www.nathaliecourtet.fr qui sera mis à jour tous les 10/15 jours dans le blog et la galerie photos, tout est prêt et normalement fonctionnel. 

Allez ciao ciao, et à bientôt depuis l'autre côté de la grande bleue !

 

Que calor !


 

Et hop, 12 septembre 14 heures, déposée par mes parents avec mon vélo vert à la gare de Bellegarde, je saute dans le train. Escale sympathique et conviviale à Valence chez mes amis Bruno et Marianne au vélo gîte et départ le 13 au matin pour Sète où j’arrive à l’heure et sous la flotte. À noter que les 4 trains successifs ont été ponctuels, oui oui.

Sète donc, j’y retrouve Jipé et Marie. Attente à la gare à l’abri de la flotte qui tombe drue et serrée. À l'heure d’aller au port, ça s’arrête, c’est sûrement qu’on mérite. Jipé est descendu de Paris en train de nuit, Marie a pédalé de Grenoble en 4 jours. Nous sommes les premiers à embarquer. Le ferry est aux ¾ vide, nous larguons les amarres à 20 heures, direction l’Afrique. Petite cabine de 4, nuit tranquille, la mer est d’huile, comme la journée du lendemain, comme la nuit suivante… 

 

Nous débarquons à Nador lundi 11 heures, donc bien en avance sur l’horaire prévu. Passage à la machine qui donne de l’argent, passage à Maroc telecom où tout va très vite, vers 13 heures nous sommes opérationnels et enfourchons les bécanes. Nous longeons le triple barbelé enroulé au pied de la barrière elle-même en barbelé, elle même gardée par des bidasses tous les 100 m. La barrière de quoi ? Mellilah, enclave espagnole. À 5 mètres sur notre droite c’est l’Europe, et donc une zone quelque peu stratégique. Une espèce de petite corne qui rentre en Méditerranée.

Les raidillons bien pesés se succèdent mais nous atteignons l’autre côté de la corne, et la mer. Premier tronçon de piste, mauvais, qui secoue la mécanique. Nous posons notre bivouac dans un champ d’oliviers et chance, nous ne voyons personne.

 

Le lendemain nous commençons par longer la grande Bleue sur un macadam velours et le vent dans le dos. Légers vallonnements agréables avant de rentrer dans les terres, de pousser le vélo sous le cagnard dans des pentes déraisonnables. Et je ne me souviens déjà plus de la suite ni du bivouac… ah si, en sortie de ville. Des habitants viendront nous offrir thé, cacahuètes et biscuits en soirée. Continuant notre route plein sud, après un premier col passé dans une cascade de nuages, nous dévalons vers Tafersite où Marie renvoie 4,5 kg de matos inutile en France. Courses à Midar où le soleil cogne trop fort, Jipe n'est pas au mieux, un bon rhume. Après la bascule en haut d’un col dont nous avons gravi la pente trop raide en partie à pied, nous pénétrons dans un secteur désertique. Piste roulante, cagnard infâme. Assommés de chaleur, nous trouvons refuge chez l’habitant qui ouvre et nous met à dispo la pièce de réception. Tables basses, coussins, tapis, et bien évidemment victuailles. Le soir nous assistons à la cuisson du pain à l'extérieur et je plante ma tente dans la fraîcheur relative de la nuit.

 

Aint Zorha - Mezguitem. J’ai reconnu le café où nous avions pris un thé, le village, la rampe à l’entrée et la bonne bosse pour monter au col à 1150 m, où j’attends longtemps mes coéquipiers. Arrêt, adossés au mur de la même mosquée que l’an dernier et même plaisir dans la descente qui suit. La succession de bosses infernales avant Mezguitem est toujours aussi éreintante. Jusque là nous avons profité d’un vent favorable mais il a tourné. Nous avons maintenant vent de sud et il est chaud. Nous trouvons là aussi l’hospitalité et même topo que la veille chez une famille toutefois plus riche, elle possède une Sandero en bon état. Comme la veille, ils refusent avec vigueur l’argent que nous proposons. Partir en proposant un dédommagement nous donne bonne consciences mais nous sommes tellement ridicules à leurs yeux… limite affront ! Là aussi j’ai préféré monter ma tente dehors qu’entre 4 murs qui restituent la chaleur accumulée la journée. 

 

Les 40 km nous séparant de la grande ville de Taza furent facilement avalés, faciles, vent en poupe et macadam velours. Arrêt chez un réparateur vélo pour remplacer les pédales du vélo de Marie, qui donnent des signes de fatigue. Petite visite de la médina, plus vieille que celle de Fès, et attente des heures moins chaudes pour sortir de la ville. Le bivouac est à 7 km et nous atterrissons devant la grille d’une centrale hydroélectrique. Le gardien nous autorise mais bien sûr, le “caïd”, représentant de l’autorité locale, nous rend visite, me passe un gendarme royal au téléphone, qui dans un français parfait nous autorise à rester après m’avoir avoué être venu faire de la spéléo dans le Jura. Ce qu’on ne savait pas, c’est qu’à 22 h 33, le caïd allait venir installer son hamac à côté de nous et qu’un camion avec 2 bidasses serait également réquisitionné pour garder, on ne sait, nous ou la centrale…

 

Montée agréable le lendemain dans le parc national de Tazekka, je ne suis pas en terre inconnue, je reconnais le paysage magnifique et la grosse fontaine en bord de route. Je m’abstiens cette fois-ci d’acheter du raisin qui me fait pourtant de l’oeil, car me souviens l’avoir payé à prix très fort l’an dernier… Je décide ce jour de fausser compagnie à mes compagnons car nos rythmes sont vraiment trop différents mais nous nous retrouvons tout de même le soir pour un bivouac sous la pinède 15 km avant Ribate el Kheir. 

Coup de vent, bonnes bourrasques, très beaux éclairs, quelques gouttes, et vers 23 heures, bim, ça devait arriver tant nous ne sommes pas discrets à 3, bruit de bagnole, phares sur la tente. Je sais ce que ça signifie. Comme d’habitude les gendarmes sont souriants et sympathiques mais nous devons remballer. Un camion vient de la ville pour charger tout notre barda et nous pose devant la porte d’un hôtel impersonnel mais très spacieux, propre et calme, où une chambre gratuite nous attend. Minuit trente… 

 

Il est décidé une journée de repos par mes coéquipiers, je suis le mouvement. Petit déjeuner et balade dans la mini bourgade, courses pour le lendemain, et repos…

 

Des photos dans la rubrique concernée, album Maroc 2025… comme d’hab ! À une prochaine, un peu plus au sud-ouest !

 

 Les contreforts nord du Moyen-Atlas


 

De Ribate el Kheir, je poursuis donc seule vers le sud, croise les écoliers d’abord puis un flot de voitures qui pétaradent et fument fort dans la montée que nous avons évitée, étant de nuit dans ce qui nous servit de panier à salade…

La route fut ensuite aussi jolie que tranquille, bien vallonnée. À un carrefour, ma trace m’indique à gauche, mais les indications routières me disent à droite. Aucune route sur mes applis mais le macadam semble récent. Renseignements pris auprès des locaux, l’ancienne route est désormais noyée par la retenue du barrage M’dez. N’ayant pas envie d’avoir à nager avec mon vélo chargé, je prends la nouvelle route, n’y rencontre absolument aucun véhicule mais sens bien le pourcentage élevé des montagnes russes qui m’obligent à tirer des bords. Ce n’est pourtant pas la place qui manque dans le paysage désertique pour faire des virages et adoucir la pente ! Après être passée sous le barrage de type poids, je domine un temps le lac bleu avant de rejoindre Skoura m’daz. Les jambes tournent bien, un cafouillage me fait louper le centre-ville, je poursuis en remontant l’oued Guigou dans une vallée magnifique bordée de hameaux traditionnels et de cultures. Dans celui de Taferdoust, je décide de demander pour me loger. On m'envoie à l’école où les élèves se lèvent en cœur pour me souhaiter la bienvenue. Safae a 7 élèves sur 2 cours, Mohammed en a 4 sur 3 niveaux différents, ce qui lui impose des heures considérables de préparation chaque soir. Le couple d’instituteurs m’invite spontanément à dormir chez eux. Il est 15 h 30, la classe termine à 18 h 10. Après avoir déposé mon barda, je pars visiter à pied l’ancien village perché sur un éperon rocheux. Un pont remarquable en pierre, à deux arches, enjambe le flot rendu ocre par les orages très violents de samedi et se poursuit par un escalier soutenu par un imposant mur de pierres, me menant à cette place forte. Les habitations sont en ruines, seule la mosquée est entretenue. La vue sur la vallée vaut le coup d'œil. Redescendue chez Safae et Mohammed, la discussion va bon train, et je crains de voir mon estomac exploser, rempli de victuailles diverses et variées par mes hôtes. 

Le lendemain, la route toujours aussi déserte, montante et ravissante me mène à Boulemane où c’est jour de souk. Je retrouve là un axe plus important et n’ai qu’à me laisser glisser vers l’immense plaine de Guigou sur le macadam velours. Timahdite, altitude 1839 m, il fait bon. Je passe à la gendarmerie pour trouver un logement. Il n’y a qu’une auberge, je négocie le tarif de la petite chambre. La bourgade se situe sur la route très passante qui relie Fès à Midelt, Rich, Er Rachidia puis Merzouga. Pléthore de restaurants et épiceries. Je fais des provisions en suffisance pour 2 à 3 jours, qui assurément ne seront pas faciles, à travers le parc national de Khénifra. 

 

Dès la sortie de Timahdite dans la fraîcheur matinale, je prends dans la campagne par une piste, réponds en passant aux dizaines de bras en l’air des travailleurs qui grattent la terre, courbés en deux, puis il n’y a plus que des fermes isolées, des chiens qui me gueulent dessus et me courent après tous crocs dehors. Dès que je mets pied à terre, ils s’en vont la plupart du temps la queue entre les jambes. Quand ce n’est pas le cas, quelqu’un finit par sortir et les rappeler, ce qui me vaut quelques rencontres pittoresques et hautement sympathiques. Je vais poser ma tente ce soir-là dans le parc national de Khénifra, au pied de véritables cathédrales vivantes, des cèdres séculaires aux houppiers si hauts qu’il me faut basculer loin la tête vers l’arrière pour les voir. J’entends quelques singes, et passerai la nuit la plus profonde, la plus calme, la plus noire, la plus silencieuse depuis le début du voyage. J’ai vu en tout ce jour 3 véhicules, ai croisé plus d’ânes et de chevaux.

 

La piste continue en serpentant parmi les cèdres, les sous-bois d’ombre et de lumière invitent à la rêverie, les bergers continuent à me saluer du bras. 17 km encore de piste plus tard, je retrouve un macadam, certes troué, mais bienvenu tout de même. Me voici bientôt sur la grande route descendante et vent en poupe. Au croisement pour Boumia, par le plus grand des hasards, je retrouve Jipe, arrêté en train d’attendre Marie. Nous prenons une chambre dans la bourgade où c’est jour de marché aux animaux et par conséquent, l’effervescence. 

 

Entre Boumia et Aghbala, un immense plateau d’abord vide jusqu'à Tounfite puis des exploitations agricoles qui font des taches de vert dans le paysage jaune et désertique. Deux patelins où les groupes électrogènes (pour l’irrigation) tournent au gaz bouteille. Des centaines de bouteilles de gaz en bord de route ou piste. Des pommiers aussi, de la route et des bouts de piste qui se négocient sur le vélo même si ça secoue parfois. À Aghbala, la vie bat son plein, un hôtel est vite trouvé, ainsi qu’une gargote où nous nous délectons au moins autant de la sympathie et du sourire des hôtesses que du menu. Mes coéquipiers ayant bien roulé, nous sommes encore ensemble, même si j’ai passé 2,5 heures de moins qu’eux à pédaler.

 

Ce 27 septembre, l’objectif est de me rendre au village de Boutferda, afin de visiter, dans les parages, les greniers Aoujgal. Ce sont des structures en pierre, comme des maisons, adossées au rocher et surtout perchées sur une longue et étroite vire rocheuse à mi hauteur d’une paroi verticale impressionnante. Il ne reste que des vestiges mais le sentier est vertigineux. À certains endroits, des bouts d’arbres forment passerelles et comblent les manques de terrain au dessus du vide. Je n’en mène pas large, le moindre faux pas est fatal. Dans la soirée, depuis mon bivouac soleil couchant, j’entends les tams tams et les chants des habitants du minuscule village au sommet de la falaise.

 

Le village de Boutferda est charmant, j’y croise les écoliers qui me saluent, puis poursuis par une route qui longe, ou plonge et remonte le long de canyons impressionnants. J’avance tranquille, négocie les bosses en moulinant, afin de me ménager et en garder sous la pédale. Je passe Tagfelt où je fais mon plein d’eau en vue d’un bivouac, qui s’avèrera tranquille, comme je les aime.

 

Une grosse montée le lendemain et je bascule à Ouaouigazh, après avoir croisé un couple de cyclos de Lyon. J’achète quelques fruits et légumes, remplis mon estomac et reprends ma route contre un fort vent de face le long de la retenue de barrage de Bin el Ouidane. Le vent soulève la poussière et l’atmosphère est loin d’être limpide. Je rencontre un cyclo marocain et discute un moment avec lui. Ses poignées de frein sont défectueuses, il ralentit avec ses semelles de savates direct sur le pneu. Après encore un col, je trouve un joli coin pour poser ma tente.

 

Le lendemain, c’est à dire aujourd'hui, je rejoins la bourgade de Ait Attab, par monts et par vaux dans un paysage verdoyant. J’y consomme à manger dans un café avant de reprendre la route, et sans savoir que j’y reviendrai, bien stressée. Une grande descente et surtout 500 m de d+ plus loin, je me rends compte que j’ai oublié mon téléphone, mis à charger au café… Je suis en haut de ce gros col, à 16 km de la ville. Une maison est là, vers des antennes telecom. Ni une, ni deux, je pose mon vélo et fais du stop pour retourner en ville. Une camionnette de livreurs Danone me prend, et les flics nous arrêtent, défaut de ceinture pour le chauffeur, verbalisé, et le temps qui tourne. Au café, je retrouve mon téléphone comme je l’avais laissé. OUF !!!!. Ne reste plus qu’à retrouver des véhicules pour remonter vers mon vélo. Ce sera vite fait, avec l’aide des mêmes gendarmes, toujours postés au même endroit et qui me voient passer pour la 3ème fois. Le vendeur de détergents qui m'embarque quitte son emploi ce soir, et me montre son CV, rédigé en français. Après ces aventures, je rejoins Ouzoud où je trouve une chambre confortable et vais visiter les fameuses cascades d’Ouzoud, à pied. Dans la soirée, sur une scène au milieu du village touristique, des danseuses du ventre très en chair se trémoussent au son des tambours et violons. Les cascades d’Ouzoud sont annoncées comme parmi les plus grandes d’Afrique ! 110 mètres en tout. Vous ferez la comparaison vous-même avec celles du Zambeze, pas tout à fait le même débit !!!

 

Mes jambes tournent bien, mon postérieur ne me fait pas soufrir, j’ai trouvé la bonne solution, alors tout va bien. Et demain je repars direct par 500 m de d+, direction Azilal.

 

Va falloir envoyer du lourd sur le prochain tronçon, je vais prendre de l’altitude… Des images comme d'habitude dans la rubrique photos... Ciao ciao.

 

 

Semaine exigeante à travers l'Atlas


 

À Ouzoud, j'avais pris le petit déjeuner, à 8 heures. Il s'est fait attendre, mais ça en valait la peine. De compèt le petit déj ! Je suis partie trop lourde, et après ces quelques journées bien remplies, les jambes et l’organisme demandent un peu de repos. Je rejoins la jolie ville d’Azilal, 30 000 habitants, 1400 m d'altitude, et m’y pose dans un hôtel modeste (où j’aurai tout de même une douche chaude). Dans cette ville et pour une fois, ça ne pétarade et ne fume pas de partout. Il y a la rue principale, circulante, et le reste, où une auto ne saurait s’aventurer. Les échoppes de fruits et légumes sont très bien fournies, les petites gargotes sont foison, et le choix est donc grand. La place centrale, marbrée, possède même de petits jets d’eau qui se mettent en route le soir venu. Un dinosaure incongru donne un autre point de repère et les mamans ou les papas font des tours de voitures miniatures électriques marquées “police” ou “barbie” avec leur enfant, autour de la place propre. Très kitch tout ça… Le souk permanent se situe dans les ruelles juste derrière. Autour de 19 heures, au coucher du soleil, toute la population vient flâner et les terrasses s’emplissent d’hommes, et seulement d’hommes. Autrement dit, je me sens un peu regardée… J’ai bien aimé Azilal, c’était calme pour une ville marocaine. Mon voisin de palier est un Flamand, seul européen croisé ici. 

 

 

Le lendemain matin, j’espère juste avoir plus de jambes que la veille parce que sinon, comme on dit, j’ai pas l’cul sorti des ronces, tant les dénivelées qui m’attendent sont importantes ! Je pars doucement. La route est trop passante pour tirer des bords et la pente est tout sauf régulière. À une importante bifurcation, je prends à droite vers la vallée d’Ait Bouguemez, bien nommée la vallée heureuse pour sa verdure, ses jardins abondants, ses hectares de pommiers, ses greniers forts perchés sur des collines à la forme conique parfaite. Plus une voiture, la route est en macadam pourri, troué, percé, et les travaux durent 25 km, donc toute la montée et la descente suivante. Paysage de ouf, tant depuis le col à 2200 m, que dans la descente vertigineuse qui plonge vers Aït Abbas et la vallée de l’oued Lakhdar, profonde, cultivée, enjolivée par de nombreux hameaux pittoresques en terre battue. Je suis bel et bien dans le Haut Atlas. Quelques rencontres sympathiques, quelques verres de thé bienvenus. Il faut maintenant remonter cette vallée pour atteindre la vallée heureuse que je reconnais pour l’avoir parcourue l’an dernier. Je me pose dans un gîte et comme toutes les chambres sont pleines, je me vois conviée à dormir dans l’appartement familial, qui fourmille de femmes. Accueil royal comme d’habitude. Il faudra juste attendre 20 h 30 pour manger le tajine avec les autres touristes, la cuisson est longue, c’est le secret du goût du tajine, il faut que ça mijote loooonnnngtemps ! Le gîte est situé pile poil au pied du grenier sur la colline, que nous avions visité l’an dernier avec Philippe en revenant du sommet du M’Goun.

 

Vendredi 3 octobre, le muezzin tout proche s’en donne à coeur-joie depuis 5 heures du matin sans interruption. La cause en est qu’une habitante est décédée hier, alors il faut prier… 

Elle était âgée ? 

Oui

Quel âge ?

55 ou 58. 2, 3 jours malade et hop, c’est la vie !

Ok

 

À noter que la personne avec qui je parle fait bien 60 ou 65 ans et c’est quand même plus la mort que la vie ! Après un solide petit déjeuner, je prends la route, et quelle route ! Monter d’abord de 1800 à 2910 m au col, sur le goudron merci. Voilà déjà 1100 m de d+ en 13 km. Il a fallu parfois pousser dans les rampes ! Ensuite, la bascule dans la vallée d’Ouzighimt, magnifique, 10 km de piste qui secoue la mécanique, les genoux, les poignets, les valises. Faire attention à ne rien casser… 12 km/h de moyenne. Puis petite pause thé, pain, sardines, invitée chez l’habitant où j’avais demandé de l’eau. Allez ensuite, goudron à nouveau pour monter le second col, je remets 650 de d+ pour peu de kilomètres, et en haut, décide de laisser la suite pour le lendemain. À chaque jour suffit sa peine, j’ai déjà fait gros hier. Je dors donc au beau milieu du Haut Atlas, pas très loin de la ligne de crête, à un col venté à 2815 mètres. Comme le vent est assez fort et pas très chaud, j’ai monté ma tente à l’intérieur d’un abri de berger, à l’écart de la route. En pierres, sans porte (juste une ouverture bien orientée), le toit est fait de branches recouvertes de bâches et de terre. Je suis là depuis 15 heures. Une famille est venue regrouper les moutons, chèvres et ânes éparpillés, j’ai regardé la lune se lever et le soleil se coucher. Je vais enfin profiter d’une nuit sans clébard, sans muezzin, sans bruits de rue, sans bagnole, sans réverbère ou autre source lumineuse, bref… une nuit ! Il est 19 heures, même les cimes ne sont plus éclairées. Bouhhhh, les bras de Morphée, vite et bien.

 

Je commence le lendemain par une courte descente puis une très raide remontée à 3005 m, soit disant la plus haute route carrossable du Maroc. Là haut, je tape la discute quelques instants avec 3 motards marocains et le gardien de l’antenne (telecom). Oui, c’est un métier… et admire le paysage… La descente qui suit me fait littéralement plonger dans la vallée d’Ameskar par des lacets serrés, raides, où les plaquettes de frein en prennent un sacré coup ! A Ameskar, je devrais normalement regrimper un col par la route goudronnée mais tout le monde me conseille de suivre l’oued pour éviter cette infâme remontée. Je me retrouve ainsi sur la piste en galets, à passer des gués, puis m’engouffrer dans les gorges du M’Goun, spectaculaires et très étroites où il y a juste la place pour le canal d’irrigation, la piste et le ruisseau. Seule au monde dans ce décor grandiose, je ressors à Ameljag et n'ai plus qu’à rejoindre le haut de la vallée des Roses, route parcourue déjà l’an dernier. 10 km avant Kalaat m'gouna, la ville du secteur, je rejoins Jipe et Marie. 

 

Le jour suivant, nous rallions Ouarzazate par 90 km de route nationale sans virage et vent en poupe, égayée seulement par des kasbahs imposantes. La palmeraie de Skoura est censée être une des plus belles du pays mais ils avaient oublié de passer le plumeau sur les palmiers, qui faisaient plutôt pitié. Arrivés et posés à Ouarzazate, nous retournons visiter la kasbah Taourirt, grand dédale, véritable labyrinthe, en totale réfection (durée estimée des travaux : 10 ans). Le soir, je me sens faible, la nuit est minable, bruyante, excessivement étouffante, faite d’aller-retours incessants aux toilettes. Quand mes compagnons partent ce matin, je décide de passer la journée ici, trop faible pour envisager quoi que ce soit. Changer d’hôtel relève déjà de la corvée… donc je change juste de chambre, plus petite mais équipée de la clim et salle d’eau privative avec PQ !

 

En plus de l'accumulation de grosses journées, de trop fortes chaleurs, de nuits où je ne dors guère, c'est, je pense, l'ingurgitation d'eau ou d'aliments "malpropres" ( je ne saurais dire où et quand), qui ont eu raison de mon organisme. Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que ça aille mieux demain. Je n’ai rien mangé aujourd'hui, juste bu un coca dégazé… Le gérant est prévenant et compatissant.

 

PS _ le lendemain : contente, j'ai pu aller toute seule à la pharma, me voici avec mes boites de médocs sur la table de chevet. Maintenant, il faut que je trouve riz blanc et patates à l'eau, mais quitter la proximité immédiate des toilettes est un risque immense !!!

 

 

Du Haut-Atlas à l'Anti-Atlas.


 

Je crois que c’est la première fois que j’ai ce “truc” de ma vie. J’ai déjà goûté aux giardiases, salmonelloses et autres sympathiques désagréments intestinaux, mais jamais à “ça”. Avantage, j’ai retrouvé en 48 heures la ligne de mes 18 ans, flotte dans le bracelet de ma montre et dans mes shorts, qui heureusement, sont tenus par des ceintures (donc réglables). C'est fou tout de même comme nous sommes réduits à pas grand-chose en si peu de temps par des bébêtes invisibles tant elles sont petites ! Autre grande chance (en plus d’avoir perdu mes kilos superflus) : cela m’arrive en ville, j’ai une chambre d’hôtel avec clim et salle de bain privative pour 14 euros la nuit, avec du papier hygiénique à volonté (Imaginez ce point en bivouac, en rupture de pq et à court d’eau. Nan nan, la vie est bien faite… mais sérieux, j’aurais sauté dans une bagnole pour rejoindre une ville…) Il y a des chambres single à 6 euros dans cet hôtel mais là, j’ai besoin du haut de gamme, enfin… du caisson blanc qui ronronne et des toilettes libres à proximité immédiate ! Et puis pharma, échoppes, tout est là, même un aéroport si les choses ne s’arrangeaient pas ! Ouarzazate est une ville calme, où je me contente de faibles déplacements. J’ai pris chaud patate, ça m’a bien secouée, enfoncée bien profond, une loque, reste à voir comment ça va repartir en terme d’énergie à déployer sur le vélo.

 

Les tenues vestimentaires dans ce pays sont vraiment d’une grande diversité. Chez les femmes, on va des bras nus sans foulard au nikab, et chez les hommes, du t-shirt à la djellaba en passant par le costard cravate. Toutefois, jamais de jambes nues et les nikabs sont souvent accompagnés des djellabas. 

 

Bon, à Ouarzazate, le petit marchand n’a pas la monnaie sur mon billet de 200 pour ma bouteille à 5,5. Il me la file qd même, en me disant “tu reviendras payer plus tard”. Merci pour la confiance gars ! Pas comme si j'étais juste touriste de passage hein… À l'hôtel, Hamid n’a pas la monnaie sur mon billet de 200, “ je te donne 50 plus tard”. Au distributeur de la poste, un homme pourtant jeune galère depuis un moment, je finis par m’approcher pour l’aider à faire son retrait, tape son code confidentiel... les billets sortent, il est content et me serre la main avec un grand sourire. La confiance règne et ça me plaît tellement. Hamid m’a rendu mes 50, je suis allée payer ma bouteille au commerçant. Et Hamid veut me crever mes pneus cette nuit pour ne pas que je parte demain…

 

J’ai passé quelques heures à regarder passer la vie, les 4L, kangoo, Dacia, Mercedes, motos et quads, les “petits taxis”, qui sont ceux, jaune pâle, qui restent dans la ville et que tout le monde prend, les trottinettes électriques, les vélos déglingués, les bus de ville “luxe”, ma foi dans un état de délabrement avancé, les minibus de transports touristiques, rutilants, les taxis collectifs aux galeries chargées, les gros bus intervilles, et les bus luxueux des opérateurs touristiques. J’ai vu passer un cycliste au moins octogénaire, marocain, frisant le mètre cinquante et tremblotant, maillot cycliste et casque, les mains en position basse sur le cintre, à environ 6 km/h. Et puis ici les simplets, les handicapés de tous genres et les estropiés ne sont pas remisés dans des institutions, dans la journée ils sont dans la rue. Les regards ici ne sont pas pesants, ils ont l’habitude des touristes occidentales. J’ai eu une longue discussion à propos du statut des femmes, de l’état de la France, et de sa vie avec Hamid, le sympathique employé de cet hôtel, retraité de l’armée. Les femmes de ménage sont black, parlent berbère et chouilla français. 

 

Nous sommes le 9 octobre, j’ai stoppé le régime spécifique, ai arrêté antispasmodiques et antidiarrhéiques, garde les antibio jusqu’au bout du traitement. Et je bois, je bois et bois encore, espère sérieusement reprendre la route demain, en croisant les doigts pour que “ça fasse”. Je ne pensais pas rester 4,5 jours à Ouarzazate !

 

Vendredi, je monte sur mon vélo non sans une certaine appréhension, il est clair que ce n’est pas du 100%... Je démarre tranquille, ca tombe bien c’est plat et un léger vent m'est favorable. 20 km, je pique à droite vers Aït Ben Hadou, et lors d’une pause banane, un cyclo coloré me passe. Je réenfourche rapidement, le rattrape. C’est Omar, il vélotaf, son vélo est customisé comme une oeuvre d’art (art brut), et nous faisons route ensemble jusqu’au village avec sa kasbah classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Les bus de touristes alignés ne m’incitent pas y entrer, je me contente de vues extérieures et préfère prendre du temps à siroter le thé offert par Omar au snack des amis, là où il travaille, peintre de son état.

Je finis par me remettre en route, remonte toute cette vallée que je trouve superbe, et termine la journée en poussant le vélo dans les bosses. Bivouac avec point de vue panoramique avant Telouet.

 

Le lendemain, toujours pas bien de l’appétit, je dois me forcer pour manger. J’avance bien cependant, en ne forçant pas trop et longe les contreforts sud des hautes montagnes du Haut Atlas dans une atmosphère opaque, poussiéreuse, décevante. Bivouac encore, avec encore une vue jolie jolie.

 

Dimanche, c’est parti par une piste jusqu’à Aït Kallat, détour qui me permettra ensuite de passer au cœur du massif du Siroua, de géologie particulière, volcanique, et réputé pour son safran, qui fait partie de l’anti-atlas. En effet les montagnes de l'Atlas se décomposent en trois chaînons distincts : le Moyen Atlas, le Haut Atlas et l'Anti-Atlas. Ce dernier chaînon, le plus au sud, regroupe le djebel Saghro (où j'avais randonné l'an dernier, magnifique), le djebel Siroua et l'anti-atlas de Tafraout. Bon, cette étape courte dans le djebel Siroua est une horreur pour les jambes, les côtes sont des rampes que je passe pour la plupart en marchant, les descentes se négocient sur les freins. Le démiurge devait être en colère ce jour-là pour créer un paysage aussi torturé. Je parviens à Amassine où je pense récupérer un axe plus important mais décide surtout de demander l'hospitalité. Je suis accueillie dans la première maison, sauf que ces gens sont pauvres, qu’en guise de dîner nous avons partagé 4 oeufs à trois. Je ne peux pas manger mes provisions devant eux et comme celles-ci s'épuisent et que dimanche oblige, tout est fermé, je ne peux pas non plus me départir du peu qu'il me reste pour le lendemain. Je m’endors le ventre creux… Par contre, bonheur, j’ai l’occasion de “décortiquer” le fameux safran. En fait, il s’agit de récolter des crocus sativus qui poussent dans ce massif, cultivés ou non, pour ensuite prélever les trois stigmates rouge, puis les sécher. Sur le marché européen, le prix de vente oscille entre 30 000 et 40 000 euros le kilo. Octobre, la saison démarre, et sera aussi courte que celle de nos colchiques (proche cousin). Je ne vous raconte pas le boulot que c’est…

 

Lundi matin, petit déjeuner réduit à un thé, je leur laisse un billet pour l’hébergement qui pour moi, n’a pas eu de prix. Et l’axe plus important, que nenni, j’apprends que je dois aller jusqu’à Askaoun avant de retrouver l’asphalte, mais aussi que Blake, qui a vu Jipe et Marie, m'accueillera dans sa famille. Je pars le coeur joyeux et cet état ne me quittera pas de la journée. La piste est en pente douce et je n’ai pas à pousser ma monture pour atteindre les 2 cols à 2500 m, les paysages sont juste un gros coup de coeur et donnent franchement envie de s’attarder en rando itinérante dans ce massif. Autant de vallées douces, de sommets bruts, de villages pittoresques, une activité pastorale intense, des sources d’eau partout, bref, l’idée d’un paradis sur terre, à 2500 m d’altitude. Comme mon étape est très courte, je me prélasse, me vautre dans ce décor enchanteur, me repais de bonnes sensations, et finis par arriver à Askaoun vers 13 h. Petit arrêt gargotte, achats pour le lendemain et hop, Blake arrive. Je le suis jusqu’à la maison sur les hauteurs du village voisin. Premier thé. Pendant qu’il prépare le tajine pour nous deux, je me douche et règle perfecto mes freins dont j’ai changé les plaquettes il y a deux jours. Tajine. Tour en scooter dans les jardins, visite de l’agadir du village, ce grenier fort à la fois collectif et individuel, mais ancestral et toujours usité. Son gardien se fait vieux. Retour à la maison, thé, puis dîner vers 21 heures et enfin, enfin… dodo ! Tous ces repas devraient finir de me requinquer !

Blake a 24 ans, il travaille comme laborantin (études de chimie) au secteur “or” de la mine d’Askaoun où sont extraits principalement de l’argent, du zinc, du cobalt, et un peu d’or. Il travaille en 3 x 8 et nous quitte à 21 heures après avoir préparé le dîner pour sa sœur et sa mère, au jardin toute la journée. Son père est dans la montagne avec le bétail.

C’était drôlement bien chez Blake, dommage que je me sois faite bouffer par les punaises de lit, déclenché l'allergie habituelle, et au possible en avoir amené dans mes affaires… à suivre. Vive la cortisone. 

 

Le lendemain, définitivement requinquée, énergie revenue, gêne intestinale enfin disparue, je me fais vraiment plaisir à gravir les dernières bosses du Siroua avant de plonger dans la fournaise de Taliouine. Le prix de l’or rouge, le safran, s’y discute ferme au cul des kangoos ou autres utilitaires, ce sont les femmes qui ont les narines qui frétillent et donnent leur avis d’expertes. Après un repas gargantuesque dans un boui-boui, je me remets en selle, direction toujours le sud ouest. Je quitte rapidement la nationale peu passante pour une route qui sera de plus en plus déserte au fil des kilomètres. J’installe mon bivouac à 15 h, à l’ombre d’un arbre, le dernier avant au moins 25 km… Il fait trop chaud, ça monte et le vent ne m'aide pas. Avec 87 km et 860 d+ au compteur, ma journée est faite, le reste pour demain. Je passe en revue t-shirt de nuit, drap sac et duvet, et… déloge la méchante punaise encore gorgée de mon sang tentant de se faire la malle en loucedé sous mon matelas.

 

Nuit calme loin de tout, ça fait du bien. L’étape du jour, déjà difficile par le relief, est rendue exténuante par le vent de face. Je suis remontée sur des hauts plateaux dont je me demande un peu s'ils font déjà partie de l'anti-atlas de Tafraout. J’avance bien encore, passe Igherm, et à la sortie du village, me charge de 8 kilos d'eau, n'etant pas sensée en retrouvervavant le lendemain. L'arrêt à la mosquée pour ce faire me vaut un délicieux couscous accompagné de kefir, nickel. Je repars le ventre plein, le vélo bien lourd et finalement avance plus que prévu, et pose mon bivouac en toute discrétion. Sauf que… ayant demandé des infos à Jipe sur un de leur précédent bivouac, il a cru bon de dire au poste des forces auxiliaires que j’allais passer (pour qu'ils m'accueillent et que j’y pose aussi ma tente). Mais je ne m’y suis pas arrêtée parce que l’endroit ne me plaisait pas (vent, chiens, mosquée…), les militaires se sont inquiétés, m’ont cherchée, ont ratissé les alentours jusqu’à 10 km, et ont fini par me trouver. Démontage, remballage, panier à salade, remontage et nuit de merde avec un chien qui a gueulé une bonne partie de la nuit à 20 mètres de ma tente. Je pars le lendemain sans me retourner ni saluer les bidasses, un peu furax contre la terre entière.

 

Heureusement, la route déserte, les hauts plateaux, la fraîcheur relative, le paysage, l’absence de vent me réjouissent et je me régale. Je rentre vraiment dans le cœur de l’anti atlas de Tafraout, je bifurque à droite pour aller voir d’un peu plus près cette partie du massif qui se distingue déjà par la couleur de sa roche, plus foncée. Dans les villages, les femmes portent des tenues qui pourraient s’apparenter à des nikabs, il n’en est rien, je passe dans la tribu des Ammelns, et c’est la tenue traditionnelle, toute noire, légèrement et finement brodée, avec aux pieds des babouches très colorées, superbes. À Ida Ougnidif ce jour-là, je suis accueillie dans la famille de la pharmacienne car il n’y a aucune possibilité d’hébergement dans la bourgade. Les trois femmes de la maisonnée sont excitées comme des puces d’avoir une française à la maison. Les deux jeunes parlent un peu français et anglais, ce qui permet de communiquer, et de leur dire d’arrêter de vouloir à tout prix fuir le Maroc pour la France ou l’Allemagne, le rêve pour beaucoup. Comme souvent, le dîner se prend tard, entre 20 et 21 heures, alors que je lutte depuis un moment contre l’endormissement !

 

Vendredi 17 octobre, normalement, c’est le dernier jour de ce voyage avec des dénivelés de dingue (je cumule 30 000 m depuis Nador), je pars vers 8 h 30 avec l’objectif d’atteindre Tafraout, où je pourrai me poser quelques jours. Je passe par la montagne, quasi déserte, j’ai dû voir en tout et pour tout une dizaine de véhicules, pas plus d’humains. Par contre, le nombre de lacets négociés, en montant ou en descendant fût impressionnant. Je ne pense pas avoir eu 100 m de plat consécutifs de la journée. La chaleur aidant, je termine mon étape bien séchée, dans tous les sens du terme. L’arrivée par en haut sur la magnifique vallée verte de Ammeln restera gravée, entourée de massifs montagneux imposants. Et l’arrivée dans la petite bourgade calme de Tafraout marque une étape importante de ce voyage. Deux jours de repos me sont nécessaires, ma petite chambre orientée nord, avec wc, douche et petite terrasse au calme et privative, ne me coûte que 5,5 euros la nuit et ne devrait donc pas me ruiner !

 

 

 

De l’Anti-Atlas de Tafraout à Agadir


 

Pour mon premier jour à Tafraout et vu le programme effectué depuis Ouarzazate, je m’attends à avoir les jambes en coton, qui hurlent leur douleur dans les escaliers. Hors, il n’en est rien, j’ai l’impression que je pourrais partir faire un footing. Tant mieux. Bien décidée à profiter du secteur, je pars marcher vers la vallée des rochers peints. En 1985, l’artiste belge Jean Verame a l’idée saugrenue de peindre en bleu, violet, rouge ou jaune des rochers entiers d’une vallée proche de la bourgade. La première auto qui passe m’embarque sur 7 km pour accéder à l’extrémité du site, je ferai le retour à pied au milieu des blocs de cailloux rose. La première chose que je vois est une antilope aux cornes effilées, avant que les touristes en 4x4 et autres gosses qui s'expriment bruyamment ne la fassent fuir… Pendant plus de deux heures je me suis promenée, à la fraîche, dans ce paysage, avec pour toile de fond le massif du djebel L’Kest, point culminant du secteur à 2359 m. Retour par le chapeau de Napoléon, en suivant une femme de la tribu Ammeln, en tenue traditionnelle. De retour à l’hôtel, j’hésite entre repartir demain ou prolonger d’un jour ici. La bourgade est agréable, c’est calme. Je pourrais occuper une partie de seconde journée pour faire un vrai nettoyage de la transmission de mon vélo à la station essence toute proche. J’ai du temps… La tribu des Ammeln occupe un petit territoire centré sur Tafraout. Voici ce que je trouve sur internet : La Vallée des Ammeln occupe une cuvette surplombée de falaises escarpées, et s’étend sur un long couloir verdoyant aux pieds de Jbel El Kest. Un décor grandiose, orné d’un filet d’oliviers, de caroubiers, d’arganiers, de palmiers et bien sûr d’amandiers. Les Ammeln peuplent la vallée depuis des générations. Il s’agit d’une grande tribu amazighe (berbère), qui s’est sédentarisée dans les lieux, et qui y a développé l’agriculture des céréales et des arbres fruitiers. Les Ammeln sont aussi célèbres pour leur sens des affaires. Plusieurs d’entre eux, ayant émigré aux grandes villes, sont devenus des hommes d’affaire fortunés. En témoignent les quelques grandioses palais et domaines perchés sur les bords de la Vallée.

 

Finalement, je décide de rester un jour de plus, et comme la veille, débute par une marche, cette fois-ci sur les tas de cailloux qui devraient m’offrir ue vue sur vallée des Ammeln. De retour, je squatte la station service pour un entretien de mon véhicule.

 

En ce lundi 20 octobre, je me remets en route, direction les gorges d’Aït Mansour. La première montée ne me surprend pas, 600 m de d+ pour basculer dans ces gorges impressionnantes, étroites et profondes, bordées de hautes falaises rouges, et au fond desquelles on trouve une palmeraie serrée comme une jungle, quelques hameaux, des canaux d’irrigation. Bref, le détour vaut le coup. Enfin… sauf que je n’avais pas vu le profil altimétrique et fut bien surprise, ayant déjà fait 900 de d+ aujourd'hui, d’avoir encore un col à 1610 m à passer… Soit. La fin pique un peu sous le cagnard de l’après-midi, mais il est tôt encore quand je bascule vers Izerbi. Rien pour loger ici, c’est mort, je prends de l’eau et poursuis. Je plante ma tente cachée derrière un bosquet d’épineux, en espérant que personne ne me verra… Belle étape, de plus en plus près de l’océan, je dors encore à 1242 m d’altitude après 83 km et 1500 de d+. 

 

Après une nuit calme et tranquille, c’est reparti. Quelques kilomètres encore sur les plateaux vallonnés avant un plongeon spectaculaire au fond d’un canyon. Dans le patelin qui se trouve au fond, les orages de l’automne dernier ont fait des dégâts dans ce couloir étroit, route endommagée, les travaux sont toujours en cours pour remettre en état. Plus bas dans l’oued, des tas de troncs de palmiers, des débris… Le paysage change, l’oued à sec est maintenant très très large et j’arrive à Aït Tamanart où je retrouve un peu de vie, quelques échoppes et gargotes. À partir de là, c'est vent de face et ce sera ainsi jusqu’à la fin de mon étape, 50 km plus loin. En effet, chaleur, paysage désertique et absence de tout m’obligent à pousser jusqu’à Tarhjijt où je sais qu’on peut louer une chambre dans un café. Même pas un petit resto dans cette bourgade où les gamins rencontrés n’ont su que me balancer des “touriste, touriste” provocateurs. Oui, certes, et alors ? 

 

Le lendemain, gros changement dans le climat, départ dans les brumes matinales humides, qui vont et qui viennent, qui parfois me tiennent au frais et d’autres fois me font l’effet d’être au hammam. J’avance bien, et après une pause omelette à la station-service de Fask, toujours dans le désert, je file vers Guelmim. Je traverse la ville mais ne m’y attarde pas, si je veux rattraper un jour mes deux acolytes, il faut que je pédale. Je m’approche ce jour-là de l’océan, et si je ne vais pas le toucher encore, j’en entends les vagues s’écrasant sur les rochers ou les galets, depuis mon bivouac à quelques kilomètres à vol d’oiseau, planquée une nouvelle fois derrière un bosquet d’épineux. Juste deux gamines menant le troupeau de chèvres et moutons décèleront ma présence…

 

Allez, le jour suivant, dix bornes de toboggans bien sentis et je vois enfin les vagues atlantiques, dans la brume, sous un ciel plutôt bas. Rien de folichon. Et les 40 km suivants n’offrent rien à voir. Par contre, bonjour les “valleuses” qui me déchirent les pattes à chaque fois, et que je remonte même parfois à pied en poussant mon lourd vélo vert…

 

Sidi Ifni, du blanc et du bleu, et du soleil qui a enfin percé les brumes. Pause omelette et lentilles. Puis la plage et surtout l’arche de Lezgira. Une voûte naturelle d’une trentaine de mètres de large, autant de long et une quinzaine de haut. Joli site. Je ne regrette pas le minuscule détour. Je me pose ce soir-là dans un petit hôtel à Mirleft, d’où Jipe et Marie sont repartis ce matin même.

 

Voyant qu’ils n’ont pas l’air de prendre leur jour de repos hebdo, je décide de mettre un dernier gros coup de pédale pour arriver le même jour qu’eux à Agadir. Je suis dans les starting blocks, attendant le lever du jour et dès potron minet, plafff, j’enfourche le vélo vert. Et au terme d’une étape plus ou moins roulante de 126 km, j’arrive… bien avant eux à l'hôtel prévu, qui affiche complet ! J'en cherche et trouve un autre, où ils viennent me rejoindre un moment plus tard. Depuis Ouarzazate et mon coup de calgon intestinal que je ne les avais pas vus, 15 jours, arrivant parfois dans une chambre qu’ils ont quitté le matin même. Il faut dire que j’ai fait des détours dans le djebel Siroua et l’Anti-Atlas de Tafraout. Voilà le “trio morocco” enfin reconstitué à Agadir.

 

Agadir, ciel bas sur une ville moderne, vaste, reconstruite après un tremblement de terre de 1960 qui avait tout foutu en bas et fait des victimes. Pas de véritable médina mais un immense souk, donné comme le plus grand du Maroc, où l’on déambule un moment. Montagnes de denrées alimentaires en tous genres, babouches, fringues, vaisselle, quincaillerie, on y trouve de tout ! On se promène dans les rues, voyons quelques beaux spécimens d'ateliers de mécanique, traînons nos savates assez mollement jusqu’au musée d’art contemporain que Jipe visite. Je n’ai guère d'énergie, mais l’après-midi, les nuages ayant totalement disparu, nous enfourchons les vélos pour aller longer toute la corniche, essayer de rentrer au port de pêche pour voir les bateaux colorés (zone frontière, nous ne pourrons accéder), et monter les 200 m de d+ qui nous séparent de la kasbah qui offre une belle vue sur la ville, la plage, le port. Le folklore autour de la kasbah fait sourire, touristes juchés sur des dromadaires décorés pour faire 300 m. Bref…

 

 

 

 

 

Côte atlantique sud, Agadir - Safi


 

Second matin à Agadir, pendant que les participants au triathlon se jettent à l’eau, je descends acheter de quoi petit-déjeuner, puis m'attelle à mon vélo. Un point dur bien centré dans la direction m’enquiquine depuis quelques jours et il faut que je regarde mes freins avant. Démontage des bagues, du cintre, bref tout, nettoyage, remontage. Soit le point dur est ailleurs sur une position où je ne vais jamais, soit c’est solutionné. Nathalie contente. Les freins, 5 minutes, Nathalie contente encore. À 11 heures, je descends avec Jipe manger une bonne grosse omelette et à midi (heure prévue entre nous), nous enfourchons les bicycles à pédales sous un soleil radieux. Marie fait scission. Sortie d'Agadir congestionnée à cause de la partie cyclisme du triathlon qui se déroule sur la 2 x 2 voies et détourne tout le trafic sur la route côtière. Cependant, très belle petite étape de 61 km avec l’océan et les kilomètres de plage de sable blond ou de rochers où s’écrase la flotte, juste à côté. Nous nous sommes régalés, même quand le vent nous a fait face. À Tamri, pas d’hébergement malgré une recherche longue et assidue, alors nous tentons notre chance dans le gros hôtel cossu du patelin suivant et le gérant nous ouvre un appartement pour moins de 10 euros par personne. Marie débarque plus tard et après petite discussion dans le calme, Jipe changera de “partenaire” pour terminer son voyage avec moi jusqu’à Casablanca, c’est la fin de ce que l’on avait nommé “Trio Morocco”.

 

De Tamri à Tafedna, l'étape est très belle encore. Après un début de 25 km sur la route un peu passante, nous bifurquons à gauche pour rester au plus près de l’océan. Nous surplombons des plages magnifiques ourlées d'écume, faisons une heureuse escale pique-nique face aux vagues d'où émergent des surfeurs attendant le bon moment à Imsouane, et terminons à Tafedna par une dizaine de km de piste roulante. Aziz nous ouvre la maison de son frère pour une somme modique, où nous disposons du rez-de-chaussée entier…

 

Dès les premiers hectomètres le lendemain, nous sommes au village de pêcheurs. Belle plage sauvage, pas de surfeur ici, la baie est calme. Quelques grosses barques et une rangée de maisons bleues et blanches, la bourgade est minuscule. Quelques photos, macadam retrouvé, nous pouvons entamer une longue montée qui nous mène sur un plateau vallonné agréable, parsemé d’arbres et de petits villages. Après avoir rattrapé la route principale où nous nous méfions un peu plus des bolides, nous atteignons rapidement Smimou, bourgade très vivante, où des montagnes de fruits et légumes bordent la route. La distance est ensuite vite faite jusqu’à Essaouira où nous arrivons vers 14 h. D’hôtels en auberges de jeunesse trop chers à l’intérieur de la médina, il nous faudra une petite heure pour trouver une chambre confortable à prix acceptable à l'extérieur mais proche des fortifications portugaises. Très bien, draps, serviettes, nos montures dans la chambre, salle de bain privative, embourgeoisement donc… Pas vraiment vu le prix ! Petite douche en vitesse et nous profitons du soleil pour entamer la visite, qui durera 2,5 jours. Plage, port de pêche important et très vivant, étalages de poisson frais, ou non, médina, concentration impressionnante de goélands dont les déjections nous atteignent parfois, remparts garnis de canons tous différents, tours et bastions, venelles, ruelles, parties commerçantes ou au contraire réservées à l'habitation de la médina, galeries d’artistes, placettes, souk. Nous prenons vite nos repères dans cette ville à taille humaine, qui est blindée de touristes parce qu’elle vaut définitivement le détour. Les vagues s’écrasent et font de belles gerbes sur les rochers au pied des remparts, la température est agréable. De la pluie dans la seconde soirée et nuit, visiblement bienvenue, rafraîchit l’atmosphère momentanément, mais dès le lendemain nous retrouvons le soleil. C’est d’ailleurs la météo annoncée sur toute la côte atlantique jusqu’au 12 novembre… Logeant dans un quartier populaire, nous avons tout à portée de main (épicerie, fruits, petits restos), à des tarifs parfois trois fois moins élevés que dans la partie touristique, à 1 km. 

 

Nous reprenons la route dans le calme d’un matin frais, dans l’air chargé d’humidité. La première petite bosse de rien du tout anéantit nos efforts pour rester au sec et ne pas transformer t-shirts et chemise en serpillières blanches de sel. Un premier détour pour aller à Moulay Bouzertkoum, où la mosquée blanche se détache sur le bleu de l’océan. Le village est vide. Passé Sidi Ishaq, nous décidons de pousser jusqu’à Souira Kedima. Dans ce village de résidences secondaires ou de vacances, sans hôtel ni auberge, nous trouvons à nous loger en louant un appartement pour une nuit. Le prix est modique ( moins de 10 euros par tête) et nous disposons d’une cuisine. Des dizaines de grosses barques de pêche colorées, à l'eau ou sur le sable, rendent agréable la visite du port très odorant, et centre névralgique de la bourgade. 

 

Il ne nous reste que 33 km pour rejoindre Safi le jour suivant. Cette ville industrielle où notre entrée est peu glorieuse, main sur la bouche et à moitié en apnée pour lutter comme on peut contre les fumées de l’immense usine de phosphore, est toute en longueur le long de l'océan. D’ailleurs, ça a commencé par la centrale thermique, terminus de la ligne ferroviaire, puis les travaux du nouveau futur port industriel de Safi, puis cette usine de phosphore. Bref, si tu ne veux pas choper un cancer, il est plus prudent de vivre ailleurs. Nous nous installons à l'hôtel de Paris, très propre, vaste chambre à 2 lits doubles, dont la fenêtre donne sur du calme, toit terrasse avec fils pour faire sécher la lessive et la vue sur les toits… le tout pour 5,8 euros chacun la nuit, assurément le meilleur rapport qualité/prix de ce voyage. Safi n’attire pas les touristes, et pourtant, y faisant halte une journée et demie, nous avons trouvé beaucoup de charme à la vieille médina, entourée de remparts, où seule la partie basse est commerçante. Le reste est un quartier populaire, avec des gosses qui jouent dehors, des gens qui circulent à pied, vaquant à leurs occupations. Plutôt “délabrées”, les venelles en pente et tortueuses nous ont offert des arches, portes, passages couverts, couleurs et détails photogéniques à profusion. Sous la corniche, les vagues là aussi s’écrasent en grosses gerbes d'écume blanche, et il faut se méfier des bombardiers goélands. Après le port de pêche dont l'accès nous a été refusé par la police (sous prétexte de dimanche) se trouve le port industriel, zone frontière, avec ses silos de phosphates. Les trains de marchandises chimiques passent très lentement dans un potin d’enfer. Safi est également réputée pour sa poterie. À l'entrée, nous nous sommes arrêtés au village des potiers où chacun à sa spécialité. Certains tournent, puis vendent à ceux qui peignent, qui vendent à ceux qui ont le four… Rares sont les artisans qui font tout de A à Z. Nous visitons également la colline des potiers, petits ateliers, les fours traditionnels où les pneus, vêtements foutus, plastiques étaient cramés autant que le bois sont maintenant remplacés par des fours à gaz, moins polluants. C’est qu’à Safi, la pollution se voit et se sent. La dernière demie journée est consacrée au repos, avant de reprendre la route demain, direction El Jadida par Oualidia… nord-est, face au vent !

 

Comme d'habitude, plein de nouvelles photos dans la rubrique "photos"...

 

 

 

Côte atlantique de Safi à Rabat


 

Départ de Safi, comme d’habitude vers minuit 510. Non, il n’y a pas de faute de frappe. L’objectif, Oualidia, n’est qu’à 65 km, mais c’est le seul endroit où nous aurons peut-être la possibilité de trouver à nous loger dans nos prix (moins de 200 dir pour 2, soit moins de 10 euros par personne). C’est notre limite haute ! Un vent bien marqué de nord-est est annoncé, et nous nous dirigeons pile poil… nord-est ! D’ailleurs il est déjà debout quand nous partons. Une petite bosse pour atteindre la corniche où nous resterons, avec vue sur l’océan, quasi toute la journée. En contrebas, nous aurons alternativement des plages, des falaises, quelques patelins, des jardins, un phare ou deux. La route est neuve, lisse, agréable. Le vent oblige à appuyer sur les pédales. En début d'après-midi, nous sommes à destination. Oualidia, ville pour surfeurs, un ou deux hôtels trop chers impossibles à négocier, et comme quand c’est le cas, nous trouvons un appartement à louer pour une nuit, pour 200 dirhams. Nous nous posons, puis visitons à pied le lagon. La marée baisse et les bancs de sable se découvrent. Sur la plage Sud, les bateaux de pêche colorés se laissent prendre en photo. Nous recroisons deux jeunes françaises cyclotes, déjà vues à Essaouira.

Le lendemain, le vent est annoncé faible pour notre étape de 85 km jusqu’à El Jadida. Des haies nous en protégeons en fait, et heureusement, car il n’était pas si faible que cela. Quelques vues sur les marais salants, les jardins, mais la côte est brumeuse, la route passante, étroite et en mauvais état. Bref, une seule envie : sortir de là. La grande banlieue de El Jadida ressemble à celle de Safi, gros port, grosse centrale thermique d'où partent des tas de lignes haute tension, industrie lourde, réservoirs d’hydrocarbures… Ça pique les yeux, dans tous les sens du terme. À 16 km de El Jadida, je prends la route côtière, tranquille, lisse et jolie. Le soleil fait enfin sa franche apparition au phare du Cap Blanc. Débarrassée du trafic, au plus proche de l’océan, les 20 derniers kilomètres sont agréables. Avec Jipe, nous ne roulons pas du tout à la même vitesse, nous nous retrouvons lorsque la fin d’étape approche. Je pique nique donc seule à 9 km de l’hôtel convoité, sur une large esplanade, sur un banc. 2 badauds et une promeneuse de chien me demanderont si tout va bien pour moi, si j’ai tout ce qu’il faut… La dame me dit qu’elle a sa maison a 300 mètres. Ça fait vraiment du bien ces réactions prévenantes, et ça fait 7 semaines que ça dure ! Mais bon, j’ai tout ce qu’il faut…

 

Ayant coupé par le centre-ville au lieu de longer l’océan, Jipe arrive très peu de temps après moi à l’hôtel de Nice, situé dans un quartier plus que populaire ! Pas trop le choix des établissements dans notre gamme de prix. Nous sommes au coeur des attractions, phare, cité portugaise, souk, vie locale. La chambre est au deuxième, pas super grande, salle d’eau privée, c’est propre et il y a des draps, la vue est dégagée, le toit terrasse domine la ville. Moins de 7,5 euros par tête et par nuit. Nous en prenons 2 puisqu’il faut traîner. 

 

Le soleil est bien présent, je sors visiter en partie la cité portugaise, les remparts, où seule à un moment, j’ai l’impression lourde de me faire suivre par un jeune homme à l’attitude suspecte. J’accélère le pas et suis soulagée de voir débarquer deux visiteurs desquels je me rapproche. L’autre, évidemment, fait demi-tour. 

 

Des pêcheurs assis sur leur chambre à air, barbottent avec des palmes dans le port rempli d’ordures, des gamins sautent depuis les remparts et nagent dans les douves pas clean au bout desquelles se trouve un petit chantier naval. L’accès au port de pêche nous est refusé par les autorités locales. 

 

La vie bat son plein dans les rues congestionnées par les piétons. La nuit venue, les guirlandes lumineuses vertes qui ornent les minarets se mettent à crier. Ah non ! Oups, c’est le dernier appel à la prière, il est 20 h 30. Le muezzin le plus proche aurait dû faire chanteur !

 

Le jour suivant nous quittons El Jadida par les grands boulevards. Des joggers en pagaille, quelques femmes aussi, qui les pauvres, gardent leur tenue habituelle pour courir... Comme nous devons couper en deux encore les 110 bornes plates qui nous séparent de Casablanca, nous traînons, prenons le temps de visiter Azemmour après avoir laissé nos vélos sous bonne garde dans l’entrée d’une salle de fitness. La cité intra-muros est agréable, nous n’y rencontrons aucun touriste, il y a beaucoup de couleurs sur les murs, des fresques. Construite par les Portugais, elle est aujourd'hui entretenue, restaurée, rénovée, reconstruite par des Européens. Pas moins de 36 Français vivent là, et des Allemands… leurs maisons sont reconnaissables, ce sont celles qui tiennent debout, les autres croulant un peu sous les années ! De là, il nous reste 45 bornes, pas très intéressantes. Seul l’endroit de la pause pique-nique, à l’écart de la route, au bord de l’océan agité et assourdissant vaudra le coup d'œil. Aujourd'hui est jour férié, nous sommes le 6 novembre, commémoration de la marche verte. En 1975, pour que le Sahara occidental soit marocain, 350 000 personnes avaient marché… Un nouveau jour férié vient d’être décrété depuis le 31 octobre de cette année. Il y a quelques jours, le roi Mohammed VI considérant comme acquis le fait que les débats sur ce territoire désertique sont terminés, a proclamé un discours et ajouté un jour férié. Mais les Algériens n'interprètent pas le texte de la même façon, et rien n'est encore définitif. Il semblerait que le peuple Sahraoui doive se prononcer… alors que le Maroc voit un territoire autonome sous autorité marocaine et le considère déjà comme tel.

Bien, la bourgade où nous aimerions nous loger ne possède pas d’hôtel et les appartements sont chers. Pour finir, Aziz, rencontré par hasard, nous emmène à pied 3 km plus loin, et nous dégote un lieu. L’appartement est grand, le ménage n’a pas été fait depuis des semaines, des mois, voire des années. Cependant, nous avons du gaz, une douche chaude, de l’eau. Les fenêtres ne ferment pas, les cafards morts sont bien secs, les matelas sont corrects. Qu’est ce que j’aurais aimé venir directement à Casablanca ! Ce soir-là, Jipe m’annonce que contrairement à ce que nous avions planifié, il ne sera pas avec moi à Casa car il y retrouve un couple d’amis (vivant à Casa) pour le week-end, alors vraiment, qu’est ce que j’aurais aimé être à Casa ce soir... 

 

Je pars et roule donc à mon rythme le lendemain pour rejoindre la grande ville, capitale économique du pays. Les variantes de l’itinéraire, au plus proche de l’océan, permettent d’esquiver en bonne partie la 2 x 3 voies. J’arrive par l'esplanade de 7 km, passe par la pointe et le phare d’El Hank, avant d’arriver à l’impressionnante mosquée Hassan II, et atterris à l’auberge de jeunesse, basique. J’y loue un lit dans un dortoir de 5 lits pour 2 nuits, 80 dirhams la nuit (7,5 euros), petit-déjeuner inclus. Les chambres donnent sur le patio.

 

Après installation à midi, je retourne en tenue correcte voir la grande mosquée et déboule au moment de la prière du vendredi. Les gens se pressent, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, par centaines, mais la salle ne semble pas se remplir. Étant touriste je ne peux que regarder depuis l’entrée. Tout est très travaillé, des sols aux plafonds. La mosquée s'étend sur 9 hectares, et peut accueillir 25 000 fidèles dans la salle et 80 000 sur l'esplanade. Son minaret, le plus haut du monde, mesure 210 m. Construite entre 1986 et 1993 elle a un toit ouvrant de 3400 m2 qui pèse 1100 tonnes, les portes sont en titane et leur mécanisme est absolument silencieux. Elle est en partie érigée sur la mer, c’est très propre. Par contre, les quartiers juste à côté me replongent dans le tiers-monde et les ordures nauséabondes, il faut faire attention où poser les pieds, sous peine de glissades... Je vois la place Mohammed V devant le théâtre, celle des Nations Unies, le parc de la ligue arabe, l’église moderne et toute blanche, rentre dans la médina vers la tour de l'horloge. La médina n’a rien de particulier, j’avoue être un peu déçue.

Le jour suivant, je marche jusque dans le quartier des Habous, celui du palais royal, qu’on ne peut pas voir, celui aussi du Mechouar, qui était l’endroit où logeaient les personnalités reçues par le roi. Il y a une petite médina, quelques arches, mais qui ne vaut pas d’y passer trop de temps. Entre les deux, il y a une ville “normale”, avec des boulevards, des bagnoles, des magasins, le marché central où je m’envoie une assiette de lentilles. De retour à l’auberge, comptant me reposer, je découvre que c’est la fête, une scène a été montée juste devant la porte et le patio de l’auberge fait office de lieu d’accueil… c’est bien raté pour le calme. La réceptionniste me dit que tout s’arrête en fin d’aprem…

Casa, Casa. Mouais ! Je crois que je m’attendais à plus de choses à voir mais il est vrai que cette ville n’est pas historique, elle a été créée comme nouvelle place économique sous le protectorat français. Je crois même qu’il me tarde de la quitter ! Et je me jure de ne plus aller en dortoir, quitte à payer quelques euros de plus…

 

Le trajet entre Casablanca et Rabat n’offre guère d’alternatives, ce sera donc par la 2x2 voire 2x3 voies. C’est lisse, et comme c’est dimanche matin, j’ai les 2 ou 3 voies pour moi ou presque. Pas de trafic, mais des cyclistes par dizaines, dont je prendrai parfois la roue pour m’abriter du sensible vent de face. Je fais une halte au musée de la photographie à l’entrée de la ville, n’y rentre pas car la plus grande partie des photos exposées se trouve à l’extérieur, autour d’un bastion magnifique orné de 2 canons, au bord de l’océan déchaîné. Des portraits, que des portraits, de quidams du monde entier. J’ai aimé cette halte. Puis il y eut le phare et la corniche. Les vagues s’écrasent fort et les gerbes d’écume montent très haut. Spectacle garanti, la puissance de l’eau… La côte étant brumeuse ce jour, je reviendrai. Il ne me restait qu’à suivre les remparts pour atteindre le centre. Après au moins 15 enseignes prospectées, trop chères ou pleines, je me retrouve dans un dortoir de 14, qui heureusement n'est pas plein, à l’auberge de jeunesse sommaire. 7 lits superposés entassés dans une pièce borgne, pas de cuisine, interdiction de laver du linge même si je le ferai discrètement par petites quantités, pas de petit-déjeuner, bien situé, silencieux, patio et terrasse agréables… le tout pour plus cher qu’une chambre simple dans un hôtel… 

La fin de journée est occupée à ne rien faire d’autre qu’organiser mes 2 prochains jours.

 

Rabat, capitale administrative et politique du Maroc est une grande ville qui, néanmoins, est tranquille, calme, propre, agréable, agrémentée de nombreux parcs et jardins. Donc après la crasse innommable de la médina de Casablanca, Rabat fait du bien. Pendant deux jours j’ai usé les semelles de mes baskets. Médina, kasbah des Oudayas, phare encore, marchés, église, palais royal, tour Momo V et mausolée, tour Momo 6 achevée en 2023 de style hyper moderne, plus de 200 m de haut, en forme de fuseau horaire et dont la face sud est recouverte de panneaux photovoltaïques, cimetière immense, remparts, portes… J’avoue commencer à saturer des villes, des hôtels, du bruit et je sens que le compte à rebours jusqu'au 23 va bientôt commencer. J’ai l’habitude, c’est chaque fois pareil. Sentiment renforcé par le fait que la météo s'annonce bien capricieuse.

Une centaine de photos supplémentaires dans la rubrique dédiée...

 

 

De Rabat à Tanger par Meknès


 

Disposant de trop de temps pour aller à Tanger sans m’ennuyer, je décide donc d’un détour. La météo s'annonçant compliquée fin de semaine, je dois toutefois rester sur mes gardes, ne pas aller trop loin, au risque d'avoir à pédaler dans le mauvais temps pour finir… je ne vais pas m'infliger des supplices inutiles. Meknès, ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco me fait de l'œil, je pourrai ensuite soit revenir sur la côte, soit poursuivre dans les terres par Ouezzane, le ciel décidera pour moi. Donc Meknès, c'est parti ! Voie rapide, puis nationale avec petit accotement, puis route de campagne déserte dans un fond de vallée arborée. Après avoir passé Tiflet et Khemisset, je me pose vers 15 heures en catimini dans une plantation de mandariniers délimitée par des cyprès et des haies d’épineux, en poussant un rare portail non cadenassé mais grinçant. À l’abri du vent, des regards et du soleil chaud, je n’y verrai personne bien que j’aie entendu une voiture s’arrêter en début de nuit, le portail s’ouvrir, se refermer… j’en suis loin, mais tous mes sens sont en éveil et ma discrétion est immense. Des hommes sont d’ailleurs passés de l’autre côté de la haie sans déceler ma présence. Pas de bruit, pas de lumière. Bref, nuit tranquille. Les 38 km et 500 de d+ me séparant de Meknès sont avalés le lendemain matin sous les nuages et j’arrive au centre-ville quelques kilomètres seulement après avoir quitté la petite route de campagne, jalonnée de fermes, de chiens enquiquinants et de bonnes rampes où j’ai dû pousser mon vélo vert et son chargement, vert également. La recherche d’hôtel peut commencer, le premier est complet. Juste là, je croise une Française sur le trottoir, lui demande où elle loge, et ma foi, me rends à l’endroit indiqué. C’est un riad somptueux, il y a des chambres et des dortoirs de 5 lits. C’est très propre, le tarif est acceptable (moins de 10 euros). Toit terrasse dominant le reste. Je m’installe, bien qu’aucune cloison entière ni mur plein ne sépare les dortoirs, ni entre eux, ni du patio dont le rez-de -chaussée est… un restaurant ! Je ne paie qu’une nuit pour commencer et pars me promener dans la médina sous le ciel toujours gris. Ce n'est pas gênant car quoi qu'il en soit, sauf à être dans l'axe parfait des ruelles, le soleil ne plonge que rarement au fond des artères à la fois trop étroites et trop hautes. Au moins, pas de contraste compliqué à gérer avec tout noir d’un côté et cramé de l’autre. J'aime bien cette médina, elle est calme, habitée, pas trop commerçante, propre. Mes pas me mènent ensuite vers d’autres intérêts comme le bassin Agdal, réserve d’eau ancestrale, accolé aux écuries et greniers antiques fermés actuellement, le palais royal dont on ne voit que la porte mais dont on devine l’étendue puisque le tour de l’enceinte fait 3,5 km. En fait, à l’intérieur, se trouvent l’ancien palais en ruines de Moulay Ismaïl, le palais de Momo 6, et le golf royal. On voit tout bien en vue satellite sur gogole map. Si je suis passée voir le mausolée de Moulay Ismail, c’est uniquement pour voir les mosaïques, les boiseries et la pierre sculptées, l’art floral, la géométrie et la calligraphie qui sont les 3 piliers de l’art arabe. J'ai terminé par la cité médiévale, déroutante, un autre monde d’arches, de murs très hauts, de voûtes, de vieilles pierres sur des murs rénovés. Beaucoup d’impasses. La cité est habitée, par des familles. Ce lieu est vraiment surprenant. Ce sera le même programme le lendemain, mais avec le soleil en plus et sous le ciel bleu, à aller me perdre un peu plus profond... Comme à Rabat, la ville comporte des kilomètres de remparts et un petit tas de portes travaillées. La médina, habitée et vivante est très agréable, colorée, à taille humaine. Mon séjour à Meknès fut donc plaisant… ce n’était pas une raison pour y laisser un t-shirt technique manches courtes jaune pétant Espace Évasion que je regrette déjà ! Je m’en veux, je ne comprends pas, je regarde systématiquement par terre, sous le lit, sur le lit, et je ne l’ai pas vu, c’est une énigme, un mystère…

 

Et puis il a fallu prendre la décision de la prochaine destination. J’ai fait travailler sévère mes méninges. Tel jour à telle heure, il fait beau là, il pleut ici, le front vient d’ouest, ils annoncent ça ici, et ça là-bas… ok, donc en faisant comme ci et comme ça, en partant pas trop tôt, je ne devrais croiser que deux averses. Et j’ai prévu les étapes en conséquence avec des haltes là où il y a des hôtels car les nuits seront à priori toutes arrosées. J’oublie l'option de continuer dans les terres, vais me rapatrier sur la côte où ça semble plus clément.

 

Je commence donc par une étape de 110 km qui aboutit à Souk El Arbaa, rondement menée avant d’avoir du vent latéral trop fort, par la nationale d’abord calme, et qui s’est chargée au fil des heures sans devenir un problème. Le vent m’a d’abord aidée, mais j’ai ensuite dû appuyer, pour finir par me battre un peu. Un seul hôtel répertorié, annoncé comme un taudis. Effectivement. État de saleté et de délabrement très avancés. J’aurais pu prendre une “duche”, vu qu’y avait pas d’o, fenêtres explosées, bref, à se demander comment ils peuvent encore avoir l’autorisation d’ouverture au public… Mais de l’autre côté de la rue, je vois “café/hôtel”. Donc je traverse, et me voici logée dans un hôtel simple mais propre, avec douche eau chaude sur le palier, une petite chambre simple avec lavabo, table, chaise, miroir, fenêtres et volets qui ferment, au second pour ne pas entendre le bruit du foot à la télé au bar, toit terrasse avec fil pour étendre ma lessive, accueil sympathique, prix modique, c’est parfait. Et s’il faut rester là jusqu’à mardi matin à attendre que le déluge passe, ce ne serait pas bien grave… je vais d’ailleurs y réfléchir car il y a un bon resto à côté, et le marché est bien fourni en fruits et légumes. 

 

Dans la soirée il se met à pleuvoir et le matin, les flaques d’eau cachent une bonne partie du macadam. Je laisse passer l’averse de 9 heures et démarre. La route est trempée mais le soleil est là. C’est bien sûr ce jour-là que Iphigénie, Mapy et autres applis m’envoient sur une route jaune sur les cartes, qui est en fait une piste, qui s’est transformée en bourbier avec la flotte. Mes baskets et mon vélo en ressortent couverts de boue, mes mollets aussi. Passage de ma monture au jet haute pression dans la première station-service. À la sortie du village, je croise la rabasse de 11 h annoncée, je m’abrite sous un hangar, mes lunettes de vue tombent, une branche se fait la malle, je sors la pince coupante pour réparer, avec mes lunettes de soleil embuées par l’humidité sur le nez. Oui parce qu'elles sont aussi adaptées à ma vue, et parce que sinon j’y vois tout flou pour réparer les autres, c’est con hein, mais faut toujours avoir deux paires à sa vue. Bref, je finis par y arriver et me rends compte à ce moment-là qu'il y a 4 personnes à côté de moi, qui éclatent de rire quand je prends conscience de leur présence, la bouche en rond. J’étais tellement focus lunettes… Bon, la rabasse est passée et j’étais bien contente de ne pas être dessous. J’en profite pour contenter mon estomac, puis repars. Normalement, je ne devrais plus avoir de pluie aujourd'hui. Je traverse une belle forêt mais jonchée de déchets comme c’est peu croyable, puis navigue entre des jardins, des serres, et me retrouve avec Gabriel, un jeune cyclo bordelais, pour les 25 derniers kilomètres. Il finit par me demander ouvertement mon âge, un peu surpris par mes “capacités physiques”. Ah ah, il faut dire que son vélo menaçant de tomber en ruines craque de partout, qu'il est très chargé, pédale en claquettes et tout ceci n’aide pas à un pédalage fluide contre le vent. Mais oui Gabi, une femme de 55 ans, ça peut avancer non de bleu… Bon, je n’ai pas vu le temps passer, me voici à Larache, au centre-ville et je trouve facilement à me loger. Ma petite chambre pas chère me plaît bien, j’ai les bruits de la rue mais les boules Quies sauveront mon sommeil. L’ampoule au plafond diffuse de la lumière même “éteinte”, et ça, c’est plus embêtant, et je ne peux pas l’atteindre ! Une fois douchée et ma lessive faite et mise à sécher sur le toit-terrasse, je peux partir voir cette ville que j’avais imaginée sans intérêt. Eh bien, j’ai été très surprise. D’abord il y a la violence de l’océan qui prend aux tripes ici encore, les alignées de tétrapodes brise-lames à l’entrée du port et de la lagune, les anciens remparts et bastions, en rénovation, la plage immense en face, le port aux bateaux colorés, la médina pour le moins labyrinthique, toute en pente et en escaliers, et qui se prend parfois pour Chefchaouen avec ses bleus et son blanc, qui dégringole jusqu'à une grande esplanade où les gosses jouent au foot, et il y a la corniche, et le gros ovale central de la ville nouvelle où l’architecture est espagnole, et le marché sur une jolie place pavée ornée de fresques murales. Bref… c’eût été dommage de ne pas venir à Larache. Dans la soirée comme prévu la pluie revient, mais ma lessive est sèche et je suis à l’abri !

 

Le lendemain lundi, comme prévu les averses alternent avec les éclaircies, je sors, pour la 1ère fois du voyage, la veste de pluie pour aller prendre l’air mais elle ne verra pas l’eau. Rien de nouveau, je passe l’après-midi à regarder pour la suite… pas loin de la fin. Contrairement à ce que j’ai écrit la dernière fois, je ne compte pas les jours, ne fais pas de compte à rebours, je continue à profiter. La météo est annoncée bonne jusqu’à la date de mon bateau, il ne me reste plus que 2 hébergements à trouver (la partie la moins plaisante des haltes en ville), et 150 km à parcourir à vélo, en trois fois. 

 

Mardi 18, je remonte sur mon vélo pour faire 42 km seulement. Au matin, les routes sont encore détrempées des pluies intenses de la nuit mais le soleil est là et le vent faible m’est favorable. J’arrive à Asilah vers 11 h 30 et file direct à l’hôtel dont on m’a dit du bien. Toutes les chambres sont libres. Je prends la moins chère, toutes sont propres. J’ai des draps, une serviette, un lavabo, une table de chevet, une lucarne sur le patio garni de plantes vertes, une autre sur la rue calme, des patères, un miroir, sol carrelé et belle faïence au mur. C'est gai et coloré, le tout dans la superficie d’une petite cabane du Risoux, 2 x 2,4 m ! Douche chaude et toit terrasse, que demande le peuple ? Je pose mes affaires, mange mon pique-nique et pars visiter la petite bourgade, très charmante. Le port de pêche est croquignolet, l’esplanade trop propre, la médina derrière les remparts offre du calme, des petites ruelles à foison, plein de fresques murales. Bref, c’est encore une très jolie halte que je fais là. Au coucher du soleil, celui-ci éclaire les remparts et les murs blancs et bleus. Rien à dire, c’est très sympa. Saison morte, à part deux bus de touristes et une quinzaine de campings-cars sur le parking qui leur est attribué, personne. D’ailleurs je suis absolument seule à l’auberge.

 

Le jour qui suit, je n’ai qu’une soixantaine de km à faire sur le vélo, et un marathon pour trouver à me loger. Aller à Tanger, sans vouloir y passer un automne (certains comprendront). Dernière ville de cette infernale série. À vélo, je pars toujours en short mais les matins sont frais et les manches longues indispensables. J’ai suivi la côte au mieux, longé des lagunes, été voir le phare du Cap Spartel. Il paraît que c’est ici que se mélangent les eaux de l'Atlantique et de la Méditerranée… C’est vrai que la côte marocaine, à cet endroit, fait un virage à 90 °, qu’elle quitte une direction plein Nord pour prendre plein Est et initier le détroit de Gibraltar dont la partie la plus rétrécie se situe un peu plus loin, à 40 km environ. Bon, depuis la corniche de Tanger, l’Espagne est aujourd'hui très visible, on la touche du doigt en tendant le bras. A midi je suis dans la médina, dans le quartier des hôtels pas chers. Certains sont bien bien miteux, et les autres beaucoup trop chers. Je finis par louer une chambre double (pas de single dispo) dans une pension au fond d’une impasse. J’y espère du calme. C’est propre, j’ai drap et serviette, lavabo. La douche sur le palier est propre et chaude. Je m’installe et pars à pied prendre quelques points de repère pour les jours suivants.

 

Tanger, toujours cette chanson dans la tête, elle ne me quittera pas tant que je ne la quitterai pas moi-même. Il n’y a franchement pas grand chose à voir. La médina, ok, les ruelles sont trop étroites, trop hautes, trop commerçantes, aucun rayon de soleil et pas vraiment de détails croustillants à se mettre dans l’objectif, même en arpentant de bas en haut et de droite à gauche au pas de sénateur, coincée derrière des groupes de 50 en file indienne. Beaucoup d’Espagnols. D’ailleurs c’est dans cette langue que je me fais souvent alpaguer, exit le french, ça rafraîchit mes modestes connaissances. Sinon, que des commerces. Les portes n'ont rien de spectaculaires. Non, je ne suis pas blasée. Le quartier Dradeb, tout en escaliers, pas de commerces, des habitants, et visiblement pas les plus riches de la ville. Ça fait comme une autre médina sauf que le quartier n’est pas ceinturé. De loin, et au soleil toute la journée, l’étalement des murs blancs sur le flanc de la colline est plutôt photogénique. Ensuite, le port, de pêche, de plaisance ou de ferries, tout est totalement inaccessible, ce qui se comprend, si près de l’Europe. Les remparts et bastions, les tombes romaines qui servent de poubelles, quelques mosquées, synagogues et églises. J’ai tout de même vu deux types faire un métier surprenant : fumeurs de pieds de bovins. C’est coupé au niveau du genou, il y a une cargaison de pieds sur le trottoir devant l’atelier, le type empale chaque pied sur une longue broche avant d’y mettre au-dessus de la braise. Ça c’est du métier. Alors, comme je ne vais pas faire 3 jours la même chose en attendant celui du bateau, je décide le second jour de prendre le bus pour sortir de ville et aller randonner dans la réserve du Cap Spartel, entre autres. Le bus me pose et après 1 km à pied, le sentier convoité disparaît dans les broussailles et arbustes piquants et griffants. Je galère, les cartes sont fausses, les sentiers n’existent pas ou plus, mais je finis par retomber sur une sente et poursuis vers le sommet du cap, à 300 mètres d'altitude, où est érigée une tour. Le phare, lui, est beaucoup plus bas, j’y suis passée à vélo. La vue côté océan : des plages de sable, pas de végétation, mais côté méditerranée, on a une belle forêt et une côte rocheuse. Alors c'est marrant, pourquoi ce serait juste là la jonction des eaux de la mer et de l’océan ? Qu’est ce qui fait dire ça ? Eh ben en observant l’eau justement, on peut voir des remous qu’il n’y a pas ailleurs, ça clapote, ça fait des petits courants circulaires, juste là, sur une centaine de mètres de large. Serait-ce donc ça ? L’atmosphère est bien limpide aujourd'hui encore, la côte espagnole très distincte du rocher britannique jusqu’à Cadix. Et puis il y a un radôme et des antennes sur un sommet tout proche alors je pourrais me croire à Poêle Chaud, avec la Dôle, le Léman (détroit), et l’Espagne c’est les Préalpes… Bon, j’ai continué, suis descendue jusqu'à la mer, comptant emprunter ensuite le sentier côtier jusqu’à Tanger. Je suis tombée sur des tentes faites de bouts de tissu, de bâches, de cartons. Des mecs vivent là ! Il y a plein de pêcheurs. Les mêmes ? Je me demande s’ils vivent là et pêchent pour assurer leur subsistance ou s’ils utilisent ces abris quand ils viennent pêcher… Certains ont l'air de vivre là. Toujours est-il que mon cheminement est empêché par des rochers surplombant la mer alors je dois tout remonter. Arrivée en haut, je chope le bus pour 3 km de route. Tout se passe bien un moment, mais ensuite, je suis encore empêchée par les forces auxiliaires qui m’interdisent un sentier. Décidément, je ne pourrai pas marcher le long de la mer, je dois me contenter du macadam entre deux murs de 4 mètres de haut. Il y a un militaire tous les cinquante mètres. Alors tant pis, je rejoins la ville, mange une omelette, des frites et des lentilles et rentre à l’hôtel. Demain sera mon dernier jour plein en Afrique, mon dernier jour plein au Maroc, mon dernier jour plein à Tanger. Alors pour terminer en beauté ce voyage, je m’offre un passage au hammam, avec gommage s’il vous plaît. Le hammam était moyennement chaud, en fait, ce sont des bains publics pour celles et ceux qui n’ont pas de salle d’eau chez eux. Celui où je me rends est réservé aux femmes, au cœur de la médina, donc populaire. On commence par se laver avec du vrai savon et de grands seaux d’eau. Ensuite le gommage. Allongée à même le carrelage en slip, je me suis fait bien frotter par la dame en short à genoux à côté de moi. Bon, après 2,5 mois de douches vite faites, de poussière et de sueur et de pollution, il n’y avait pas à douter de ce qui allait ressortir de ma peau. Je sais très bien pourquoi je voulais gommage et pas massage. De la tête aux pieds la dame a frotté, ôté la crasse, ça a fait massage en même temps, j’avais limite honte en voyant ce qu’elle enlevait. J’ai perdu mes marques de bronzage (nan, quand même pas). Bon, ça a fait du bien. Le reste de la journée est occupé à faire un gommage sur mon vélo plein de boue séchée, d’aller m’approvisionner en nourriture pour les 3 prochains jours et à glandouiller.

 

Ça commence à sentir sérieusement la fin, même si pour me rendre au port j'ai encore quelques dizaines de kilomètres à faire et 600 m de dénivelée positive, sur une route qui s’annonce belle.

 

Un dernier post quand je serai rentrée dans le Jura, où la neige et le froid sont bien présents, où les skis sont déjà de sortie ! Alors pour avoir un peu de chaleur, allez voir les photos, j’en ai remis une ballée dans la galerie Maroc 2025. Tchuss !

 

 

 

Retour au bercail


 

Je quitte la ville de Tanger en short. Il y a au moins le contenu d’une sacoche entière que je n’ai pas servi, n’ayant pas fait de rando en altitude. Les gants et fins surgants, collant, sous vêtement chaud, petite doudoune, pantalon de pluie… Sans compter ce qu’il faut toujours emmener, au cas où, la mécanique, la pharmacie et trousse secours. Et puis le sac à dos. Et puis le réchaud et l’essence et la gamelle que j’ai très peu servis. La veste de pluie qui m’a servi une fois de coupe-vent, en ville. Ceci dit, à l’heure qu’il est, pas certaine que je ne m’en servirai pas pour rentrer chez moi car il va y avoir un choc thermique au moment de remonter dans le Jura, où il faudrait des pneus cloutés.

 

Mes derniers kilomètres au Maroc furent montagneux, agréables. J’ai profité du soleil et des températures idéales, me suis rincé l’œil dans la Méditerranée, avec le rocher de Gibraltar bien visible en point de mire. D’ailleurs, le fait d’avoir pedalé la côte marocaine fait une belle continuité sur le rivage atlantique avec mon périple de 2014 entre Dunkerque et Gibraltar.

Je m’égare… J’ai savouré ces derniers kilomètres.

 

Voilà le port, que je connais pour l’avoir pratiqué l’an dernier. Immense, moderne, calme. Enregistrement entre 11 h 30 et 16 h 30. J’y suis à 12 h 30 après avoir dépanné un cycliste marocain qui avait un pneu à plat le long de la route. Il n’y a plus qu’à attendre l’embarquement, à discuter avec d’autres cyclos (10 en tout sur le bateau) et motards. Le navire quitte le quai à 21 h 30. Bye bye terre africaine, bye bye Morocco. 

 

Nous larguons les amarres à 21 h 30. C’est parti pour 40 heures, dont 2 nuits. Je partage la cabine de 4 seulement avec Nadia, discrète, calme et fort sympathique. Une partie de la journée pleine sur le bateau est occupée à “randonner” pour tenter d’atteindre les 10000 pas avec un couple cyclo franco britannique. À force de glandouille, le soir arrive, la mer est houleuse, nous tangons comme des pochtrons lors de nos moindres déplacements et il n’en faudrait guère plus pour commencer à mettre à mal les estomacs sensibles. Toujours avec mes deux cyclos, nous regardons, que dis-je, nous extasions, nous laissons envahir, dans l’obscurité épaisse et abrités du vent, par le déferlement, les roulements, les mouvements de ces énormes et puissantes masses d’eau et d’écume. Des creux de 3 mètres de haut, c’est peu mais déjà très impressionnant. Un spectacle à part entière. Le navire, imperturbable dans ce chaos liquide, trace sa route dans la nuit. Nous ne nous imaginons même pas dans les canots de sauvetage qui nous apparaissent soudain pas plus gros que des coques de noix. La puissance des éléments nous fait taire. C'est comme une hypnose, un envoûtement. Pour rentrer à l'intérieur, nous nous mettons à deux pour tirer la porte que le vent retient, et avec toutes nos forces, finissons par l’ouvrir juste assez afin de nous glisser dans le couloir.

 

Le lendemain, nous sommes réveillés à 7 heures par le haut-parleur. Nous serons au port à environ 9 heures (au lieu de 12 h 45) et les cabines doivent être libérées dans 30 minutes. Le navire s’immobilisera contre le quai de Sète à 10 heures. Si jusque là le retour se faisait dans la douceur et la lenteur, le fait de poser pied à terre en France me fait passer la seconde.

 

Le mistral me mord les joues, me glace, me cloue sur place dans mon déplacement jusqu’à la gare, je sors le gros bonnet. Vu l'heure, je pourrais être chez moi ce soir, certes tard, mais après quelques tergiversations téléphoniques avec un ami du Jura qui devrait venir me chercher à la gare, il apparaît que, vu l’état catastrophique des routes dû aux chutes de neige et la nuit, lui faire faire l’aller-retour Bellegarde s’apparenterait à une véritable expédition. Je reste finalement sur le plan initial, fait escale à Valence chez mes amis Bruno et Marianne, où j’arrive en milieu d’aprem. 

 

Et le lendemain, je rallie finalement Genève en train, puis pédale 25 km au bord du Léman et sous l’unique averse de la journée, jusqu'à Nyon, pour reprendre un train jusqu’à la Cure où Paco me cueille avec la voiture d’Isa pour m’emmener chez moi. Association de bienfaiteurs... À ce moment-là, je passe de la seconde directement à la cinquième. Il a pris deux pelles car 50 cm de neige obstruent l’accès à ma porte. C’est l’hiver, les paysages sont superbes, les majestueux épicéas sont couverts de neige. Paysage de carte postale. Ça remet vite dans le bain, partie du Maroc en short, j’arrive chez moi avec polaire, gore tex, gants, surpantalon, bonnet, et froid aux pieds malgré les sacs plastique entre chaussettes et baskets. Il fait 0 degré dans mon appartement, les velux de ma mansarde sont sous la neige. Le feu n'attend plus qu’une allumette pour démarrer… anticipation du 12 septembre. 

Puis il faut sauter dans la bagnole avec les cabas pour aller s’approvisionner en denrées alimentaires, finir de déneiger, me battre avec mes velux pour ôter la neige et ne pas vivre comme une taupe, dans le noir, passer quelques coups de fil qui priment…

 

Le voyage est terminé. Loin déjà, même s’il y a seulement quelques heures, je n’étais clairement pas encore rentrée. 

 

Et ce voyage fût bon encore, doux, sans bagarre jamais contre les éléments, sans difficulté notoire, sans mauvaise expérience, comme si j’avais juste eu à me laisser glisser, et vivre, sobrement. Le voyage le plus facile, je pense, que j'aie fait. Même mon coup de calgon à Ouarzazate n’est plus qu’un très lointain souvenir. Et je maintiens que le Maroc, après ce deuxième opus, est un bel endroit pour aller se promener à vélo. Paysages, population, culture, diversité, climat, dépaysement, facilité d’accès, sécurité, coût de la vie, accueil ; tout est aligné pour passer un agréable et régénérant séjour. 

 

3509 km, 43485 mètres de dénivelée positive. 70 jours sur place, 78 jours en tout. Le transport (train + bateau) représente quasi un tiers du coût total du voyage (1380 euros en tout en étant souvent à l’hôtel). 

 

Si j’ajoute le voyage de 2024, ce sont environ 7000 km de routes marocaines parcourues : un bon aperçu du pays, sans plus. Il y aurait encore de la place pour faire un bon mélange de vélo/rando de 2 ou 3 mois pour aller plus profond dans les massifs et la culture berbère.

 

Dès le lendemain de mon retour, je sors les skis de fond et parcours avec volupté les pistes de la forêt du Risoux dans ce paysage de rêve…

 

Vous trouverez encore quelques photos supplémentaires dans la rubrique dédiée. 

À bientôt pour d’autres aventures, quand et où ???